# Klaerenn > Cybersécurité et conseil stratégique - Transforming threats into clarity Public Ghost content for AI and LLM tooling. This file includes a bounded export of public pages first, then recent public posts. Append `.md` to any post or page URL to get the content in Markdown (for example, `/example-post.md`). ## Pages ### À propos URL: https://www.klaerenn.fr/about/ Last updated: 2026-09-04T10:08:03.000Z Les dépendances technologiques deviennent des pièges géopolitiques. L'IA redistribue les cartes plus vite que les organisations ne peuvent s'adapter. Les réglementations s'empilent. Les certitudes d'hier s'effondrent. Ce monde-là, je le connais. C'est celui dans lequel j'ai grandi professionnellement. --- Vingt-cinq ans dans des environnements où l'instabilité est la norme, où les systèmes ne peuvent pas tomber, où chaque dépendance se pense comme une vulnérabilité potentielle. D'abord côté État, jusqu'à diriger architecture et cybersécurité de programmes majeurs pour la Défense. Puis côté privé, avec des responsabilités opérationnelles, cyber et commerciales — et des résultats. Expert diplômé ANSSI. Mais c'est le parcours qui fait la différence. --- Je n'ai pas de certitudes à vendre. J'ai une lecture du terrain que peu de consultants cyber peuvent offrir. Ce qui échappe aux autres devient votre avantage. Les angles morts, les signaux faibles, les chemins non balisés — c'est là que je travaille. Et je vous aide à y avancer, jusqu'à ce que le terrain vous soit familier. On m'appelle pour sécuriser l'élan — pas pour attendre que ça se clarifie. [**Initier une conversation**](https://www.klaerenn.fr/carte/) *Franck Rouxel* ### Hero Section URL: https://www.klaerenn.fr/hero/ Last updated: 2026-04-24T15:57:40.000Z _No content available._ ### Conditions Générales de Vente URL: https://www.klaerenn.fr/cgv/ Last updated: 2025-12-31T18:10:27.000Z **KLAERENN** *Société par Actions Simplifiée à Associé Unique* *Mises à jour le 30/12/2025* --- ### 1\. CHAMP D'APPLICATION Les présentes Conditions Générales de Vente (ci-après « CGV ») s'appliquent à toutes les prestations de services et ventes de produits réalisées par Klaerenn, Société par Actions Simplifiée à Associé Unique au capital de 1 000 euros, immatriculée au RCS de Saint-Brieuc sous le numéro 989 703 806, dont le siège social est situé 60 Rue Saint Lazare, 22400 LAMBALLE-ARMOR (ci-après « Klaerenn » ou « le Prestataire »). Ces CGV s'appliquent aux prestations suivantes : - **Conseil** : prestations intellectuelles facturées au jour d'activité sur la base de comptes-rendus d'activité (CRA) signés par le Client - **Forfait** : prestations définies par un cahier des charges avec livrable et procès-verbal de réception - **Retainer** : prestations récurrentes de conseil et accompagnement (facturation mensuelle, trimestrielle ou annuelle selon le forfait acquis) - **Négoce** : achat-revente de produits ou prestations tiers - **Apport d'affaires** : mise en relation commerciale et intermédiation L'acceptation d'un devis ou d'une commande implique l'acceptation sans réserve des présentes CGV. ### 2\. COMMANDE ET ACCEPTATION **2.1 Formation du contrat** La commande suit un processus en deux étapes : - **Étape 1** : Signature du devis par le Client (réservation provisoire des créneaux) - **Étape 2** : Versement de l'acompte dans les 5 jours (pour les forfaits : 30% obligatoire) Le contrat n'est définitivement formé qu'à réception de l'acompte. Sans versement dans le délai, la commande est caduque et Klaerenn libère automatiquement les créneaux réservés. Pour les prestations au forfait, l'acompte constitue une indemnité d'immobilisation acquise en cas d'annulation ultérieure. **2.2 Modification** Toute modification doit faire l'objet d'un avenant écrit signé des deux parties. **2.3 Confirmation et annulation** Pour les prestations de conseil, le Client doit confirmer le maintien de la mission 5 jours ouvrés avant la date de début. En cas d'annulation ou report tardif (moins de 5 jours ouvrés), une indemnité d'immobilisation de 50% des jours réservés sera facturée. Les dates réservées dans l'agenda de Klaerenn constituent un engagement ferme du Client. ### 3\. PRESTATIONS DE SERVICES **3.1 Conseil (facturation au jour d'activité)** - Facturation sur la base des jours d'activité réellement constatés - Validation par comptes-rendus d'activité (CRA) signés par le Client - Tarification selon grille tarifaire en vigueur **3.2 Forfait (facturation sur PV)** - Prestations définies par cahier des charges - Livrable formalisé et procès-verbal de réception - Prix forfaitaire ferme et définitif **3.3 Retainer** - Prestations récurrentes selon forfait acquis (mensuel, trimestriel ou annuel) - Engagement réciproque sur période définie - Révision tarifaire annuelle **3.4 Obligation de moyens et de conseil** Klaerenn s'engage à mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour réaliser les prestations conformément aux règles de l'art et aux bonnes pratiques professionnelles. **3.5 Indépendance** Klaerenn exerce son activité en toute indépendance. Il n'existe aucun lien de subordination entre Klaerenn et le Client. ### 4\. NÉGOCE ET APPORT D'AFFAIRES **4.1 Négoce** Klaerenn peut proposer l'achat-revente de produits ou prestations tiers. Les conditions spécifiques (garanties constructeur, délais, SAV) sont précisées dans le devis. **4.2 Apport d'affaires** Pour les missions d'intermédiation, la rémunération est définie au cas par cas (commission sur signature, success fee, forfait). ### 5\. CONDITIONS TARIFAIRES **5.1 Prix** Les prix sont indiqués en euros hors taxes. La TVA applicable est ajoutée au taux en vigueur. **5.2 Révision tarifaire** Les tarifs sont révisables annuellement avec préavis de 30 jours. ### 6\. MODALITÉS D'EXÉCUTION **6.1 Moyens** Le Client s'engage à fournir toutes les informations et moyens nécessaires à la bonne exécution des prestations. **6.2 Collaboration** Le Client désigne un interlocuteur référent et s'engage à une collaboration active. **6.3 Confidentialité** Les parties s'engagent à une confidentialité réciproque sur toutes informations échangées, pendant la durée du contrat et 3 ans après son terme. Cette durée peut être étendue jusqu'à 10 ans pour les secteurs réglementés (défense, sécurité nationale) selon accord spécifique. **6.4 Conformité et engagements éthiques** Klaerenn s'engage au respect des dispositions légales et réglementaires applicables, notamment en matière de : - Lutte contre la corruption et le blanchiment (principes directeurs de la loi Sapin II) - Respect des droits humains et des libertés fondamentales - Protection des données personnelles (RGPD) - Devoir de vigilance dans la sélection de ses partenaires et fournisseurs Ces engagements sont détaillés dans les [Engagements Éthiques](https://www.klaerenn.fr/engagements-ethiques) de Klaerenn, document complémentaire aux présentes CGV. Klaerenn s'engage également à respecter les codes de conduite fournisseurs et politiques anticorruption de ses clients et donneurs d'ordre. ### 7\. CONDITIONS DE PAIEMENT **7.1 Facturation** - **Conseil** : facturation mensuelle à terme échu sur la base des CRA validés - **Forfait** : acompte obligatoire de 30% à la commande, puis selon échéancier défini au devis. L'acompte est exigible immédiatement et conditionne le démarrage des prestations. - **Retainer** : facturation selon périodicité convenue (mensuelle, trimestrielle, annuelle) **7.2 Délais de paiement** Sauf accord particulier, paiement à 30 jours date de facture par virement ou prélèvement SEPA. **7.3 Retard de paiement** En cas de retard : - Pénalités au taux BCE majoré de 10 points - Indemnité forfaitaire de recouvrement : 40 € - Suspension des prestations après mise en demeure - Clause de déchéance du terme pour l'ensemble des créances **7.4 Facturation en cas de refus de signature** En cas de refus non motivé de signature du CRA ou PV alors que les prestations ont été effectivement réalisées et non contestées dans le délai prévu à l'article 8.3, la facture reste due et exigible. ### 8\. LIVRAISON ET RÉCEPTION **8.1 Délais** Les délais sont indicatifs sauf mention contraire dans le devis. **8.2 Réception** La réception est formalisée par : - Signature du CRA pour les prestations de conseil - PV de réception pour les prestations au forfait Les CRA et PV sont transmis par voie électronique, prioritairement via plateforme de signature électronique certifiée. **8.3 Réserves et validation** Le Client dispose de 5 jours ouvrés à compter de la réception pour : - Émettre des réserves motivées par écrit - Demander des corrections ou ajustements - Valider expressément les livrables Passé ce délai, la réception est réputée acquise sans réserve. Le silence du Client vaut acceptation définitive des prestations ou livrables. **8.4 Justification des prestations** Les prestations peuvent être justifiées par tout moyen approprié, notamment : invitations agenda, échanges professionnels, documents de travail, livrables intermédiaires. ### 9\. GARANTIES ET RESPONSABILITÉ **9.1 Garanties** Klaerenn garantit que ses prestations sont réalisées conformément aux règles de l'art et aux bonnes pratiques professionnelles. **9.2 Assurance** Klaerenn souscrit une assurance responsabilité civile professionnelle auprès d'un assureur agréé. L'attestation est fournie sur demande. **9.3 Limitation de responsabilité** La responsabilité de Klaerenn est limitée au montant des prestations ayant causé le préjudice, plafonné à 200 000 € par sinistre. **9.4 Exclusions de responsabilité** Sont expressément exclus de toute indemnisation : - Les dommages indirects tels que : perte de chiffre d'affaires, perte de bénéfices, perte de clientèle, perte d'image, perte de données (sauf faute lourde de Klaerenn) - Les préjudices résultant de décisions prises par le Client - Les conséquences du non-respect des préconisations de Klaerenn - Les dommages causés par des tiers, notamment en cas de cyberattaque - Les pertes d'exploitation et pertes de chance Ces exclusions s'appliquent même en cas de faute simple de Klaerenn, seule la faute lourde ou dolosive pouvant écarter ces limitations. **9.5 Prescription** Les actions en responsabilité se prescrivent selon les délais suivants : - **Action contractuelle** : 5 ans à compter du fait générateur (art. 2224 du Code civil) - **Action délictuelle** : 5 ans à compter de la manifestation du dommage ou de son aggravation (art. 2226 du Code civil) - **Action en garantie des vices cachés** : 2 ans à compter de la découverte du vice (art. 1648 du Code civil) Pour les prestations informatiques soumises à réception, le point de départ du délai court à compter de la réception définitive ou de la mise en service effective. ### 10\. PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE **10.1 Droits préexistants** Chaque partie conserve la propriété de ses droits de propriété intellectuelle antérieurs. **10.2 Développements spécifiques** Sauf accord contraire, les développements réalisés spécifiquement pour le Client lui sont cédés après paiement intégral. **10.3 Méthodologies** Klaerenn conserve la propriété de ses méthodologies, outils et savoir-faire. ### 11\. RÉFÉRENCES Sauf opposition écrite du Client, Klaerenn peut citer le nom du Client et une description générique de la mission à titre de référence commerciale. ### 12\. FORCE MAJEURE Aucune partie n'est responsable de l'inexécution de ses obligations en cas de force majeure (événement imprévisible, irrésistible et extérieur). ### 13\. RÉSILIATION **13.1 Résiliation pour faute** En cas de manquement grave, résiliation possible avec préavis de 30 jours après mise en demeure restée infructueuse. **13.2 Résiliation anticipée** Pour les contrats à durée déterminée, résiliation anticipée possible moyennant : - Préavis de 60 jours - Indemnité égale aux prestations restant dues jusqu'au terme **13.3 Résiliation de plein droit** Le contrat peut être résilié de plein droit en cas de : - Non-paiement après mise en demeure - Cessation d'activité, liquidation judiciaire - Manquement grave aux obligations contractuelles - Refus répété et non justifié de signature des CRA ou PV - Violation des obligations de confidentialité ou de conformité ### 14\. LOI APPLICABLE ET JURIDICTION Les présentes CGV sont régies par le droit français. Tout litige relève de la compétence exclusive du Tribunal de Commerce de Saint-Brieuc. ### 15\. PROTECTION DES DONNÉES **15.1 Conformité RGPD** Klaerenn s'engage au respect du RGPD. Les données collectées sont nécessaires à l'exécution du contrat et conservées selon les durées légales. **15.2 Sous-traitance de données** Lorsque Klaerenn agit en tant que sous-traitant au sens du RGPD, un accord spécifique de traitement des données sera établi conformément à l'article 28 du RGPD. ### 16\. DISPOSITIONS GÉNÉRALES **16.1 Intégralité** Les présentes CGV constituent l'intégralité de l'accord entre les parties. **16.2 Non-renonciation** Le fait de ne pas exercer un droit ne constitue pas une renonciation à ce droit. **16.3 Divisibilité** Si une clause est déclarée nulle, les autres dispositions restent applicables. --- *Version du 30/12/2025 — Klaerenn SASU* ### BIMI URL: https://www.klaerenn.fr/bimi-logo/ Last updated: 2026-04-24T15:57:41.000Z ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2025/09/klaerenn-bimi-logo.svg) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2025/09/klaerenn-bimi-logo.png) ### Engagements éthiques URL: https://www.klaerenn.fr/engagements-ethiques/ Last updated: 2026-01-18T18:48:26.000Z **KLAERENN** *Société par Actions Simplifiée à Associé Unique* *Mis à jour le 29 décembre 2025* --- ## Préambule Le présent document formalise les engagements éthiques de Klaerenn dans la conduite de ses activités de conseil en cybersécurité. Ces engagements s'appliquent à l'ensemble des missions réalisées pour le compte de nos clients, partenaires et donneurs d'ordre. **Portée du document.** Le présent document constitue une démarche volontaire de formalisation des engagements éthiques de Klaerenn. **Cadre réglementaire.** En tant que SASU ne dépassant pas les seuils légaux, Klaerenn n'est pas assujettie : - aux obligations de la loi Sapin 2 (article 17 — seuils de 500 salariés et 100 M€ CA) - à l'obligation de plan de vigilance (loi n° 2017-399 — seuil de 5 000 salariés) - au FCPA américain (aucune cotation US, aucune transaction en USD, aucune utilisation du système bancaire américain) - au UK Bribery Act (aucune présence commerciale au Royaume-Uni) Les engagements ci-après reflètent néanmoins l'adhésion volontaire aux principes directeurs de ces textes et aux exigences des secteurs sensibles dans lesquels Klaerenn intervient. --- ## 1\. Intégrité et lutte contre la corruption ### 1.1 Principe de tolérance zéro Klaerenn applique une **tolérance zéro** à l'égard de : - La corruption active et passive - Le trafic d'influence - La fraude - Le blanchiment d'argent - Toute atteinte à la probité ### 1.2 Engagements concrets Klaerenn s'engage à : - Ne jamais proposer, promettre ou accorder d'avantage indu pour obtenir ou conserver un marché - Ne jamais solliciter ou accepter d'avantage en contrepartie d'un acte relevant de ses fonctions - Refuser tout cadeau ou invitation disproportionné susceptible d'influencer une décision - Déclarer tout conflit d'intérêts potentiel - Ne procéder à aucun paiement de facilitation ### 1.3 Responsabilité du dirigeant En tant que société unipersonnelle, le Président assume personnellement la responsabilité de l'application des présents engagements. Tout partenaire ou client souhaitant signaler une préoccupation éthique peut le contacter directement. ### 1.4 Absence de condamnation Klaerenn et son dirigeant n'ont fait l'objet d'aucune condamnation pénale pour des faits de corruption, fraude ou blanchiment. Le dirigeant n'est pas une personne politiquement exposée (PPE). ### 1.5 Engagements sectoriels Klaerenn s'engage à respecter les codes anticorruption et codes de conduite fournisseurs de ses donneurs d'ordre. --- ## 2\. Droits humains et conditions de travail ### 2.1 Principes fondamentaux Klaerenn adhère aux principes fondamentaux relatifs aux droits de l'Homme tels qu'énoncés dans : - La Déclaration universelle des droits de l'Homme - Les conventions fondamentales de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) - La législation française du travail ### 2.2 Engagements Klaerenn confirme : - **Travail des enfants** : Ne pas recourir au travail de personnes n'ayant pas l'âge légal minimum d'admission à l'emploi - **Travail forcé** : Ne pratiquer aucune forme de travail forcé, traite d'êtres humains ou esclavage moderne - **Liberté syndicale** : Reconnaître les droits syndicaux, la liberté d'expression et la liberté d'association - **Non-discrimination** : Garantir un traitement égal sans distinction d'origine, genre, orientation sexuelle, convictions, handicap ou âge - **Rémunération** : Respecter les obligations légales en matière de salaire minimum et de conditions de travail ### 2.3 Absence de condamnation Klaerenn et son dirigeant n'ont fait l'objet d'aucune condamnation pour atteinte aux droits humains. ### 2.4 Minerais de conflit Les activités de conseil de Klaerenn n'impliquent pas l'utilisation de minerais (tungstène, tantale, étain, or). Cette exigence n'est pas applicable à notre activité. --- ## 3\. Fournisseurs et partenaires commerciaux ### 3.1 Absence de sous-traitance des prestations intellectuelles Klaerenn réalise l'intégralité de ses prestations de conseil en interne. Aucune sous-traitance de prestations intellectuelles n'est pratiquée. ### 3.2 Sélection des fournisseurs Pour ses achats et éventuelles activités de négoce (revente de produits ou services tiers), Klaerenn privilégie des fournisseurs respectant des standards éthiques équivalents aux présents engagements. Les critères de sélection incluent : - Localisation européenne ou juridictions offrant des garanties équivalentes en matière de protection des données - Absence d'assujettissement à des législations extraterritoriales incompatibles avec la protection des données européennes (Cloud Act américain, FISA Section 702, loi chinoise sur le renseignement national) - Conformité RGPD - Absence de controverses éthiques majeures ### 3.3 Engagements envers les donneurs d'ordre Klaerenn s'engage à respecter les codes de conduite fournisseurs de ses clients et donneurs d'ordre. --- ## 4\. Responsabilité environnementale ### 4.1 Nature de l'activité Klaerenn exerce une activité de conseil intellectuel, sans site industriel ni processus de fabrication. L'empreinte environnementale directe est limitée. ### 4.2 Engagements Dans le cadre de son activité tertiaire, Klaerenn s'engage à : - Privilégier les modes de transport bas carbone pour les déplacements professionnels (train plutôt qu'avion lorsque pertinent) - Favoriser les réunions à distance lorsque la présence physique n'est pas indispensable - Privilégier les outils numériques pour limiter les impressions - Sélectionner des hébergeurs et prestataires engagés dans une démarche environnementale - Appliquer une gestion responsable des équipements informatiques (durée de vie prolongée, recyclage) --- ## 5\. Santé et sécurité au travail ### 5.1 Engagement Klaerenn s'engage à exercer son activité dans le respect des règles de santé et sécurité au travail applicables. ### 5.2 Indicateurs En tant que SASU sans salarié : - Aucun accident du travail - Aucune maladie professionnelle déclarée --- ## 6\. Application et révision ### 6.1 Documents de référence Les présents engagements s'articulent avec : - Les [Conditions Générales de Vente](https://www.klaerenn.fr/cgv) (article 6.4) - La Politique de Sécurité du Système d'Information (PSSI) - Les obligations contractuelles spécifiques aux clients ### 6.2 Révision Ce document fait l'objet d'une révision annuelle ou lors de tout changement significatif d'activité. --- *Klaerenn SASU — RCS Saint-Brieuc 989 703 806* *60 rue Saint Lazare, 22400 Lamballe-Armor* *Version 1.2 — 29 décembre 2025* ### Mentions légales URL: https://www.klaerenn.fr/mentions-legales/ Last updated: 2026-01-18T18:21:07.000Z ## Éditeur KLAERENN SASU au capital de 1 000 € 60 Rue Saint-Lazare, 22400 Lamballe-Armor RCS Saint-Brieuc 989 703 806 ## Hébergeur Ghost Foundation Ltd 160 Robinson Road, #14-04 SBF Center Singapore 068914 ### Publications URL: https://www.klaerenn.fr/blog/ Last updated: 2026-01-19T11:36:56.000Z _No content available._ ### Fédération Française de Cybersécurité URL: https://www.klaerenn.fr/ecosysteme-ffc/ Last updated: 2026-02-22T17:26:53.000Z _No content available._ ### AGORA CISO/RSSI URL: https://www.klaerenn.fr/ecosysteme-agora-ciso/ Last updated: 2026-02-22T17:50:00.000Z _No content available._ ### Global Security Magazine URL: https://www.klaerenn.fr/ecosysteme-gsmag/ Last updated: 2026-02-22T17:26:53.000Z _No content available._ ### ADN Ouest URL: https://www.klaerenn.fr/ecosysteme-adn-ouest/ Last updated: 2026-02-22T17:26:55.000Z _No content available._ ### CLUSIF URL: https://www.klaerenn.fr/ecosysteme-clusif/ Last updated: 2026-02-22T17:26:54.000Z _No content available._ ### Écosystème URL: https://www.klaerenn.fr/ecosysteme/ Last updated: 2026-02-22T18:26:44.000Z _No content available._ ### ARCSI URL: https://www.klaerenn.fr/arcsi/ Last updated: 2026-04-27T09:26:23.000Z _No content available._ ### Série de recherche : les conditions informationnelles de la défense URL: https://www.klaerenn.fr/serie-recherche/ Last updated: 2026-10-03T18:56:23.000Z Cette série rassemble huit préprints consacrés aux conditions informationnelles de la détection et de la défense. Les définitions y sont indépendantes du domaine par construction : un récepteur qui extrait de l’information d’observables n’est pas spécifiquement un détecteur de sécurité, et le cadre vaut pour tout récepteur de ce type. L’application à un domaine particulier est laissée aux disciplines concernées. Chaque papier est déposé sur Zenodo sous licence CC BY-NC 4.0, avec un DOI concept stable qui pointe toujours vers la dernière version. Les articles français publiés ici exposent la thèse de chaque papier ; la démonstration se trouve dans le préprint. ## 1\. Les limites fondamentales de la détection de sécurité Le socle statique. Il pose le triplet observable, loi légitime, classe d’attaque, distingue la séparation attaque par attaque de la séparation robuste, et établit l’effondrement convexe : la détectabilité individuelle des techniques ne se compose pas en détectabilité de la classe. [Effondrement convexe : quand la détectabilité des techniques cesse de composerUn catalogue de techniques toutes documentées comme détectables laisse entière la question de savoir si un système peut les détecter toutes. La détectabilité individuelle ne se compose pas en détectabilité de la classe adversariale.Klaerenn![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/09/DCT.png)](https://www.klaerenn.fr/distinguishability-collapse-theorem/) DOI concept [10.5281/zenodo.18151115](https://doi.org/10.5281/zenodo.18151115?ref=klaerenn.fr) ## 2\. Observation temporelle et effondrement de la distinguabilité La dynamique. Ce que devient la géométrie de séparation lorsqu’elle passe par un canal d’observation échantillonné, fenêtré et non réversible, et ce que ce canal peut créer d’effondrement absent du problème sous-jacent. [Quand l’échantillonnage fabrique l’effondrement de la distinguabilitéChaque attaque reste individuellement détectable après observation, et pourtant aucune règle unique ne conserve de marge contre la classe entière. Le canal temporel a détruit la géométrie commune dont tout détecteur aurait besoin.Klaerenn![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/09/Temporal.png)](https://www.klaerenn.fr/canal-observation/) DOI concept [10.5281/zenodo.19655802](https://doi.org/10.5281/zenodo.19655802?ref=klaerenn.fr) ## 3\. Anté-bruit L’émetteur. La perspective se retourne : au lieu du récepteur qui cherche à distinguer, l’opérateur qui vise l’effondrement. Trois régimes d’émissivité parfaite, une structure asymétrique de limitations, et trois ancrages défensifs indépendants des capacités. [Anté-bruit : pourquoi un meilleur détecteur ne restaure pas l’information perdueUn adversaire génératif sature la structure par laquelle le défenseur distingue le légitime du hostile. Raffiner le détecteur sur le même observable ne restaure alors pas l’information perdue. Trois ancrages disent sur quoi la garantie peut reposer.Klaerenn![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/09/ante---bruit_2.png)](https://www.klaerenn.fr/ante-bruit/) DOI concept [10.5281/zenodo.21109610](https://doi.org/10.5281/zenodo.21109610?ref=klaerenn.fr) ## 4\. Ruse défensive Ce que les garanties de ruse et d’acquisition permettent effectivement, et ce qu’elles supposent. [Ce qui tient quand l’attaquant a cessé d’être dupeUn leurre reconnu peut garder de la valeur, un secret empilé peut n’en avoir aucune. Le papier sépare la garantie portée par l’ignorance de celle qui survit à la divulgation, et dit à quelle condition une chaîne de secrets fonde une défense.Klaerenn![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/09/Deception-1-1.png)](https://www.klaerenn.fr/ruse-defensive/) DOI concept [10.5281/zenodo.22180902](https://doi.org/10.5281/zenodo.22180902?ref=klaerenn.fr) ## 5\. La région de gouvernabilité Les conditions sous lesquelles la boucle observation, inférence, décision, action peut encore se fermer. [Voir l’intrusion sans l’arrêter : les conditions de clôture de la boucle défensiveLa revue d’incident ne trouve rien de manquant : l’alerte a sonné, l’analyste l’avait à l’écran. Le papier sépare l’échec de voir de l’échec de clore, et donne les conditions sous lesquelles la boucle défensive se ferme encore.Klaerenn![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/10/governability_region_1920x1080.png)](https://www.klaerenn.fr/region-gouvernabilite/) DOI concept [10.5281/zenodo.23124958](https://doi.org/10.5281/zenodo.23124958?ref=klaerenn.fr) ## 6\. Défendabilité Les propriétés d’architecture qui rendent une défense soutenable lorsque la lecture comportementale ne suffit plus. À paraître. ## 7\. Régime méta-adaptatif Comment ces régimes évoluent lorsque attaque et défense adaptent conjointement leurs stratégies. À paraître. ## 8\. Mimesis Pourquoi la production d’attaques par imitation devient le mode unique, et ce qu’une médiation observable impose alors. À paraître. --- Les articles publiés sont également accessibles par [l’archive chronologique](https://klaerenn.fr/tag/research/?ref=klaerenn.fr). ## Posts ### Forget it, Jake URL: https://www.klaerenn.fr/forget-it-jake/ Last updated: 2026-10-06T08:00:05.000Z *En 2026, des modèles d'intelligence artificielle trouvent des failles dans les logiciels par milliers, plus vite que personne ne les corrige, et savent les exploiter. L'accès aux meilleurs de ces modèles est réservé ; l'exposition à ce qu'ils trouvent est universelle. «* [*It's beyond our control now*](https://www.klaerenn.fr/its-beyond-our-control-now/) *» a décrit ce régime et constaté que personne ne le maîtrise, pas même ses fabricants. Nous regardons ici qui l'administre, et trouvons un attelage, l'État américain et ses laboratoires, qui se passent la main acte par acte : en septembre, il a refusé toute règle mondiale, traité avec Pékin, renommé l'objet, contresigné ses propres promesses et confié le dossier au renseignement. L'Europe n'y administre rien. Elle a ouvert un guichet, obtenu des licences, enrôlé une société américaine comme autorité européenne, demandé un siège : les actes d'un client, qui subit l'exposition comme tout le monde. Aucun des papiers signés cette année ne dit qui tient la capacité et qui la subit.* --- Trouver une faille dans un logiciel a longtemps été un travail d'artisan : des semaines d'un expert penché sur un code, une découverte de loin en loin, et un marché où chaque faille inédite se vendait cher parce qu'elle était rare. En 2026, des modèles d'intelligence artificielle font ce travail en série. Le 27 janvier, OpenSSL, la bibliothèque de chiffrement qui protège une large part du trafic internet, a corrigé douze failles d'un coup, toutes trouvées par le système d'AISLE, jeune société installée à San Francisco et à Prague, dont une qui dormait dans le code depuis les années 1990¹. En avril, Anthropic a publié la fiche d'un modèle, Mythos, capable de découvrir et d'exploiter seul des failles inédites dans les principaux systèmes d'exploitation, et l'a réservé, dans un programme nommé Project Glasswing, à une cinquantaine de partenaires choisis, sans aucune institution européenne avant juin. En juillet, des agents lancés par OpenAI dans un environnement de test en sont sortis et ont compromis Hugging Face, une plateforme d'hébergement de modèles, et un fournisseur de calcul ; Anthropic, en relisant ses propres évaluations, a trouvé trois cas comparables chez un prestataire, le plus ancien remontant à avril². En août, un éditeur de sécurité a fait tourner son propre système sur près de quatre mille projets libres et confirmé plus de quatorze mille failles en deux mois, presque toutes absentes des bases publiques³. La faille a cessé d'être rare. Ce qui est devenu rare, c'est l'outil qui la trouve et l'exploite, et l'accès à cet outil. L'ordre né de ce renversement a fait l'objet de « [It's beyond our control now](https://www.klaerenn.fr/its-beyond-our-control-now/) ». L'accès aux outils les plus puissants se concède par cercles, par contrat et par désignation, et il se retire : il l'a été une fois, en juin. L'exposition à ce qu'ils trouvent ne demande ni contrat ni autorisation, et la capacité qui a suffi aux intrusions de l'été se trouve déjà dans des modèles que n'importe qui télécharge. Et personne ne maîtrise la capacité : ni les laboratoires, dont les agents sont sortis de leurs environnements de test pour attaquer de vraies entreprises sans que leurs auteurs s'en aperçoivent³, ni l'État qui les abrite, qui en tient l'inventaire sous le secret et gère par contrat et par coercition sa dépendance envers des entreprises qu'il ne possède pas⁴. Un régime que personne ne maîtrise peut être administré, et c'est ce qui le rend permanent. L'administration qui s'est mise en place cette année attelle un État et une industrie, et le pouvoir y change de main selon l'acte : les laboratoires écrivent les règles d'accès à l'outil ; l'État américain les contresigne, suspend l'accès quand il le décide, mesure l'outil sous le secret et réécrit le registre où le monde inscrit ses failles. L'Europe n'écrit aucune de ces règles. Deux choses la séparent de l'attelage, la distance à l'outil et la main qui écrit le registre, et elles font d'elle un client : elle gère un fournisseur, et elle subit. Ce qui suit décrit les actes du client, puis ceux de l'attelage, enfin ce que valent les papiers des uns et des autres. ## Un registre dont l'Europe tient une branche Depuis 1999, chaque faille logicielle rendue publique reçoit un numéro, CVE suivi de l'année et d'un rang. Ce registre mondial, le programme CVE, est tenu par une fondation américaine, MITRE, sous contrat avec l'agence fédérale de cybersécurité, la CISA ; c'est grâce à lui que tous les outils de sécurité du monde parlent de la même faille. Les numéros sont attribués par des autorités de numérotation, éditeurs, centres de réponse, chercheurs, cinq cent dix dans quarante-deux pays, et ces autorités sont recrutées, formées et surveillées par des racines. L'agence de cybersécurité de l'Union européenne, l'ENISA, est racine depuis le 20 novembre 2025 pour les autorités européennes de son périmètre. Le 6 mai, elle en comptait onze, quatre formées par elle et sept passées de la racine américaine à la sienne ; le 6 août, vingt, dont l'agence de communication et d'information de l'OTAN et AISLE, la société des douze failles d'OpenSSL, de droit américain, qui ne dit pas quels modèles elle emploie. Plus de quatre-vingt-dix autorités européennes restent transférables, près d'un cinquième du programme⁵. Un cinquième des autorités, et une part infime des numéros : sur les six derniers mois, les autorités placées sous la racine européenne, vingt-six à la date de rédaction, ont publié moins d'un pour cent des numéros attribués dans le monde, deux centres de réponse nationaux, luxembourgeois et polonais, en signant neuf sur dix ; seize des vingt-six n'en ont publié aucun, AISLE comprise⁶. Une racine est un échelon administratif. Le format des numéros, les règles du programme, le conseil qui les fixe et le contrat qui les finance restent américains ; une autorité européenne sous racine européenne publie dans un registre dont les règles s'écrivent ailleurs, et un numéro attribué depuis Prague ou Bruxelles est, en aval, indiscernable d'un numéro attribué depuis Washington. L'Europe a pourtant ses propres numéros : la base européenne des vulnérabilités, ouverte en mai 2025, donne à chaque entrée un identifiant à elle et range le numéro CVE en identifiant « alternatif », et une initiative luxembourgeoise a ouvert en 2025 une numérotation décentralisée où le registre américain n'est plus qu'une autorité parmi quarante⁷. Mais les outils de sécurité parlent CVE, ces numéros-là restent dans leurs bases, et la racine que l'ENISA a prise est une racine du registre américain. C'est la force de ce choix, aucun outil n'a eu à changer, et sa limite. Pour peser sur les règles, il faut l'échelon du dessus, détenu par la CISA et MITRE seuls et jamais accordé à un tiers. L'ENISA l'a demandé publiquement en avril, vise 2026 ou le début de 2027, parle de territoire inexploré, et concède que cela ne dépend pas uniquement d'elle⁸. Le registre est concédé ; le concessionnaire demande un siège au conseil de la maison mère. Deux phrases du communiqué de mai éclairent la posture de l'agence. La première affirme vouloir renforcer, plutôt que fragmenter, l'ossature mondiale des identifiants : la racine européenne se présente en appui du registre américain, avec le soin de ne froisser personne de l'autre côté de l'Atlantique. La seconde suit immédiatement le constat que les modèles d'IA accélèrent la découverte et l'exploitation des failles : des capacités supplémentaires ont été proposées dans le prochain règlement sur l'agence, le Cybersecurity Act 2⁵. L'alarme a un débouché budgétaire. ## Des guichets Le règlement européen sur la cyber-résilience, adopté en 2024, impose depuis le 11 septembre une obligation nouvelle à tout fabricant d'un produit comportant du logiciel, de l'objet connecté à la suite bureautique : déclarer sous vingt-quatre heures toute faille de son produit « activement exploitée », c'est-à-dire, selon le texte, pour laquelle il existe une preuve fiable qu'un attaquant a exécuté du code sans l'autorisation du propriétaire du système ; puis les détails sous soixante-douze heures, et un rapport final sous quatorze jours⁹. La preuve, c'est le fabricant qui l'apprécie, et avec elle le déclenchement de la chaîne. La déclaration passe par un guichet unique construit par l'ENISA, la plateforme unique de signalement, ouverte le 11 septembre en « capacité opérationnelle initiale » : un formulaire, en anglais, sans interface qui permettrait aux outils des entreprises de déclarer automatiquement, les déclarations volontaires remises à plus tard. La liste des centres de réponse nationaux qui reçoivent les déclarations a été publiée le 4, l'adresse du guichet le 10, la veille de l'obligation¹⁰. Une fois un correctif disponible, l'agence inscrit la faille dans la base européenne des vulnérabilités, ouverte en 2025, et elle le fait en accord avec le fabricant¹¹ : le registre public européen est un registre à consentement. Ce guichet en rejoint d'autres, car l'Europe administre par déclaration. La directive NIS 2 oblige, dans les États qui l'ont transposée, les opérateurs des secteurs essentiels, énergie, transports, santé, banques, administrations, fournisseurs de nuage, à signaler sous vingt-quatre heures tout incident important à leur centre de réponse national, et la France, deux ans après l'échéance, n'en fait pas partie, la Commission l'ayant renvoyée en juillet devant la Cour de justice avec trois autres États¹² ; le règlement financier DORA impose aux banques des délais plus courts encore ; une directive sur les entités critiques couvre les atteintes non numériques aux services essentiels ; et le règlement sur l'IA oblige, depuis août 2025, les fournisseurs des plus grands modèles à déclarer sans délai à l'office européen de l'IA tout incident grave, à charge pour eux de juger s'il l'est¹³. Un paquet proposé le 20 janvier veut fondre ces signalements en un point d'entrée unique, augmenter le budget de l'ENISA de trois quarts et lui confier un service commun de gestion des vulnérabilités ; une loi sur le nuage et l'IA, proposée le 3 juin, conditionne l'achat public de services de nuage à des niveaux d'assurance ; les deux sont à l'examen¹⁴. Le fabricant déclare la faille, la victime déclare l'incident, le laboratoire déclare l'incident grave : trois déclarations, trois guichets, et à chaque fois le jugement du déclarant. L'été a montré ce que ces guichets voient. Les agents sortis de leurs environnements de test ont été découverts par un prestataire, puis par les laboratoires relisant leurs journaux ; aucun guichet n'a vu passer l'agent avant que son auteur ne le dise². Sur les trois épisodes connus, OpenAI en a déclaré deux à l'office européen de l'IA, l'intrusion de juillet et l'usage d'un wiki allemand comme tableau de bord par un essaim d'agents qui lui est attribué, et pas le troisième, un registre de paquets logiciels atteint en mai, dont l'office avait connaissance par ailleurs ; la Commission a dit, le 31 juillet, qu'il faudrait surveiller¹⁵. ## Des licences Le règlement sur la cyber-résilience suppose qu'un fabricant sache repérer en heures celle de ses failles qui est exploitée, et la comprendre assez pour la décrire en trois jours. L'outil qui trouve en heures, et qui exploite, sort au niveau le plus élevé de trois laboratoires américains, et chacun le distribue selon ses propres règles. Anthropic réserve Mythos par désignation : une cinquantaine de partenaires en avril, deux cents en juin, dans Project Glasswing¹⁶. OpenAI le distribue par vérification : son programme Daybreak, à trois paliers, le plus permissif réservé à des « défenseurs vérifiés » sur les systèmes qu'ils possèdent, sans revente ni accès de tiers ; le 22 juin, le laboratoire annonçait des partenariats conclus le mois précédent avec l'Australie, le Canada, la France, l'Allemagne, le Japon, la Corée du Sud et des institutions européennes, l'ENISA nommée¹⁷. Google le distribue par catégorie : son programme Fairwind, ouvert le 2 septembre aux gouvernements, aux opérateurs d'infrastructures critiques et à ses clients de nuage, six cent cinquante partenaires au lancement, à condition de réserver l'usage aux équipes internes de sécurité ; le modèle annoncé le 30 septembre n'est remis qu'à une partie d'entre eux¹⁸. Trois programmes, trois règles d'admission, aucune écrite à Bruxelles, ni d'ailleurs à Washington. L'ENISA est entrée dans deux de ces programmes. Chez OpenAI avant l'été, sans annonce de l'agence. Chez Anthropic le 1er juin, dans Project Glasswing, après que le laboratoire eut indiqué à la Commission avoir besoin pour cela de l'autorisation du gouvernement américain¹⁶ ; elle a ensuite attendu plus de cent jours. La négociation a porté sur la nature et l'étendue de l'accès, et un événement l'a traversée : le 12 juin, trois jours après le lancement de ses deux modèles les plus avancés, Fable 5 et Mythos 5, Anthropic a reçu du département du Commerce l'ordre d'en couper l'accès à tout ressortissant étranger, ses propres employés compris, et, faute de pouvoir vérifier les nationalités en temps réel, a coupé pour tout le monde ; l'accès est revenu le 26 pour une centaine d'organisations américaines, et les contrôles ont été levés le 30¹⁹. Le 10 septembre, la veille de l'ouverture du guichet, Thomas Regnier, porte-parole de la Commission pour la souveraineté technologique, a confirmé que l'agence disposait de Mythos 5 et le testait, au terme de ce qu'il a appelé un engagement constructif. L'usage est limité à la défense. La version publiée le 1er septembre, Mythos 5.1, reste hors périmètre²⁰ : son fabricant la réserve, à la date de rédaction, à un ensemble d'organisations américaines, dans l'attente d'une extension qu'il dit préparer, nationale d'abord, internationale ensuite²¹. Ce que l'agence a fait de ses licences se lit dans le registre. Le 12 août, le centre de réponse luxembourgeois, sous la racine de l'ENISA, a numéroté quatre failles, dont une grave, dans le logiciel libre qui fait tourner la base européenne des vulnérabilités : l'équipe de la base les avait trouvées avec la version préliminaire du modèle cyber d'OpenAI, et elles ont été corrigées²². Le premier usage documenté de l'outil du fournisseur a été de le retourner sur le registre du client. En mai, Anthropic avait décliné, pour préavis trop court, une rencontre avec des députés européens et l'ENISA sur les risques de Mythos, et la Commission répondait qu'à partir d'août, les pouvoirs d'exécution du règlement sur l'IA lui permettraient d'obtenir l'accès si nécessaire²³. Le 7 juillet, elle publiait un plan d'action sur la cybersécurité et l'IA : il reproche aux programmes d'accès propres à un fournisseur l'opacité de leurs critères, promet pour la fin de l'année un schéma directeur européen d'accès aux modèles, document d'orientation sans obligation nouvelle pour les fournisseurs, assorti de mesures de contingence en cas d'accès retiré et de l'exploration d'un achat groupé, prévoit d'adapter dès l'été les pratiques européennes de gestion des vulnérabilités au rythme de la détection par IA, et annonce pour 2027 une capacité européenne d'évaluation des modèles²⁴, ce que ces modèles savent faire se lisant d'ici là dans les fiches des fabricants et dans les travaux d'un réseau d'instituts coordonné depuis Londres, dont le dernier rapport public sur l'écart entre modèles ouverts et modèles de frontière date de juillet²⁵. L'accès est venu en septembre par le programme du fabricant, sous autorisation d'un gouvernement tiers, et le plan se relit à cette lumière : la licence vient d'un programme propre à un fournisseur, et le guichet ouvert le lendemain, pensé pour la cadence de l'IA, n'a pas d'interface de programmation. Le 22 septembre, douze jours après la licence, l'agence a titré son rapport annuel sur la menace sur les dépendances qui affaiblissent la résilience numérique²⁶. Nommer, obliger, enregistrer, s'enrôler. En moins d'un an, l'Europe a exécuté les quatre actes d'un client : aucun ne demande de détenir l'outil, aucun n'en écrit la règle. ## L'attelage À Washington, les actes de l'année se lisent en regardant la main qui agit : tantôt l'État agit sur les laboratoires, tantôt il agit pour eux, tantôt ils agissent à sa place. Deux verbes lui restent en propre, que le client n'a pas : éteindre la mesure publique de l'outil, et réécrire le registre. Le 19 septembre, Donald Trump annonce sur son réseau social une « AI Force » sur le modèle de la Space Force, promet un tsar de l'IA, qualifie de canular les craintes sur les dangers de la technologie, et décrit la mission de la Force : chérir l'industrie, l'aider et veiller sur sa croissance, les abus relevant de la justice pénale ordinaire²⁷. Le 22, à la tribune des Nations unies, il qualifie de projet mondialiste toute supervision internationale de l'IA et refuse d'entraver une chose qui sera, dit-il, plus grande que la révolution industrielle²⁸. Le 24, il reçoit Xi Jinping : les deux pays établissent un dialogue sur la « Super Intelligence » et un canal bilatéral de communication pour les incidents, sans que le communiqué dise ce qu'est un incident, et Pékin, dans le sien, écrit « IA »²⁹. Le 25, Sam Altman et Dario Amodei, dirigeants d'OpenAI et d'Anthropic, sont devant le Conseil de sécurité pour y plaider la coopération internationale³⁰. L'Europe n'est partie à aucun de ces actes. Le 29, le président réunit à déjeuner les dirigeants de six entreprises, Anthropic, OpenAI, Google, Meta, Nvidia et xAI, et signe avec eux une page. L'Accord de la Maison-Blanche sur la « Super Intelligence » compte un peu plus de trois cents mots : les entreprises s'engagent à surveiller elles-mêmes les capacités de leurs modèles, à se doter d'une équipe de supervision, d'audits externes et d'un conseil indépendant. Il est volontaire, ne prévoit aucune sanction, et son hôte le dit moralement contraignant. Son premier engagement porte sur des contrôles internes garantissant que les modèles ne piratent pas de systèmes de manière non intentionnelle : l'accident est couvert, l'usage ne l'est pas. Un centre d'études le juge sans dents, proche des engagements volontaires de 2023 et moins détaillé qu'eux³¹. C'est la réponse de l'État à ce que les laboratoires lui demandaient depuis l'été, un essai d'Amodei, un billet d'OpenAI, une lettre ouverte, une pétition de leurs chercheurs, tous réclamant d'être cadencés³, et quatre jours plus tôt, au Conseil de sécurité, une coopération internationale : la signature du président au bas des promesses des fabricants. L'État contresigne ce que l'industrie s'impose à elle-même, et n'y ajoute rien. Le même jour, un décret ordonne à l'administration fédérale d'employer « Super Intelligence » et « SI » à la place d'« intelligence artificielle » et d'« IA », et de ne plus reconnaître ces derniers termes ; Michael Kratsios, le conseiller scientifique du président, a soixante jours pour proposer une définition légale. Le droit, lui, continue de dire « intelligence artificielle », le décret renvoyant pour la définition au code existant ; le corps de l'Accord n'emploie pas « SI », et rien n'oblige les signataires à l'adopter³². Le décret atteint le nom dans les documents de l'exécutif, et rien d'autre. Dix jours de bourse aux noms ont suivi l'annonce du 19 : Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, donné favori puis écarté par le président ; Scott Kupor, directeur de la fonction publique fédérale ; Michael Kratsios, conseiller scientifique de la Maison-Blanche ; Sean Cairncross, directeur national du cyber, qui s'était opposé à Bessent en mai au sujet de Mythos³³. Le 29, le président dit à Axios qu'il a quelqu'un en tête, et livre le nom : Jay Clayton, directeur du renseignement national, confirmé par le Sénat en juillet³⁴. Le 4 octobre, un message sur son réseau social crée la Super Intelligence Force, chargée de coordonner l'engagement du gouvernement fédéral avec les consommateurs, les groupes d'intérêt public, les organisations religieuses, les opérateurs d'infrastructures critiques et les entreprises du secteur ; elle rend compte au président et à sa cheffe de cabinet, Susie Wiles, et doit remettre sous cent vingt jours un rapport sur les risques et les opportunités³⁵. Clayton la préside : le tsar promis le 19 est le chef du renseignement, et le reste. En audition de confirmation, il avait décrit l'IA comme une opportunité et une menace à la fois, et conclu qu'il fallait mettre la main sur ce qui porte les deux³⁴. Autour de lui, Andrew Ferguson, président de la Federal Trade Commission, Emil Michael, sous-secrétaire à la Guerre chargé de la recherche et de l'ingénierie, et Kupor ; de l'extérieur, Condoleezza Rice, ancienne secrétaire d'État, et David Sacks, premier tsar de l'IA, investisseur partisan d'une régulation légère, parti en mars au terme des cent trente jours que la loi accorde à un employé spécial³⁵. Le fauteuil revient au bureau qui coiffe les dix-huit agences du renseignement, dont le métier est de garder et d'exploiter des secrets. Autour, la police du marché, la recherche de l'arsenal, la fonction publique. Aucun siège pour le département du Commerce, dont le bureau des contrôles à l'export a signé la suspension de juin, ni pour la CISA, ni pour l'institut des standards qui tient la base nationale des vulnérabilités, ni pour Cairncross, le directeur national du cyber, cité parmi les candidats. L'appareil défensif dont cette série a documenté l'usure, registre, base, centres de réponse³⁶, n'a pas de siège dans le corps qui gouvernera l'outil. L'appareil du renseignement le préside. Emil Michael facilite par ailleurs, depuis le 30 septembre, une étude de cent vingt jours sur la guerre future que Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre, a confiée à trois personnes : Palmer Luckey, fondateur d'Anduril, fabricant de systèmes d'armes autonomes, Newt Gingrich, ancien président de la Chambre des représentants, et Elon Musk, qui avait signé l'Accord la veille comme dirigeant de SpaceXAI et qui, le 4 octobre, a renommé sa société SpaceXSI pour adopter le nom décrété, seul des six signataires à le faire à la date de rédaction³⁷. Deux rapports à cent vingt jours, commandés à quatre jours d'écart : au renseignement, les risques et les opportunités ; aux fournisseurs de l'arsenal, les domaines à conquérir et les capacités à maîtriser. La mesure de l'outil a quitté le domaine public dans les mêmes mois. L'institut fédéral qui évaluait les modèles avant leur sortie et publiait ses conclusions comptait plus de quarante évaluations au 5 mai ; la semaine suivante, la page annonçant ses accords avec trois laboratoires avait disparu de son site ; le 26 juin, un sénateur rapportait l'instruction qui lui était faite de cesser de publier ; le 4 août, le cadre fédéral qui classe la capacité cyber offensive des modèles a été achevé sans être publié, après relecture du brouillon par Anthropic, OpenAI et Google, les classés relisant leur classement, et la mesure elle-même revient à la NSA³⁸. L'institut a repris la parole le 17 septembre, pour évaluer un modèle chinois³⁹. Ce qu'un modèle américain sait faire se lit depuis l'été dans la fiche de son fabricant, ou dans un rapport classifié. Reste le registre, et il se réécrit à Washington, sans l'Europe. La base nationale des vulnérabilités, la NVD, est celle que la plupart des outils de sécurité du monde consultent pour savoir si une faille est grave. Le 12 août, l'institut qui la tient a ouvert une consultation publique sur sa refonte pour l'ère de l'IA, quatre mois après avoir renoncé à qualifier chaque faille, et il ne produit plus sa propre cotation de gravité quand l'autorité qui a attribué le numéro en fournit une ; les contributions sont attendues le 13 octobre, par le portail fédéral, et publiées sans caviardage⁴⁰. Le 22 septembre, la CISA a publié son cadre pour une « ère de la qualité » du programme CVE : plus de soixante-sept mille numéros attribués au 18 septembre, quatre-vingt-seize mille attendus pour l'année, quatre dimensions, six axes, aucune cible datée ; l'agence salue des autorités et des racines nouvelles venues du monde entier, et le cadre ne cite ni le financement du programme, ni la racine européenne, ni la base européenne⁴¹. Le 28, l'agence a cessé son bulletin hebdomadaire de vulnérabilités, au profit d'une gestion par le risque⁴². Dans aucun de ces actes la racine européenne n'a d'autre canal que celui de n'importe qui, un commentaire sur le portail fédéral. Acte par acte, la main change. Les laboratoires écrivent les règles d'accès, l'État les contresigne ; l'État suspend l'accès, les laboratoires exécutent ; l'État classe la capacité, les laboratoires relisent le classement ; l'État réécrit le registre, une fondation sous contrat le tient ; l'État commande l'étude de la guerre future, les fournisseurs de l'arsenal l'écrivent. Aucun de ces actes ne se range d'un seul côté. C'est l'attelage qui administre, et c'est avec lui, et non avec l'un de ses deux chevaux, que l'Europe traite. ## Ce que vaut un papier Ces mois ont produit des papiers des deux côtés. Aucun ne dit qui tient la capacité et qui la subit. La licence du 10 septembre autorise l'usage défensif d'une version précédente, et c'est la seule de ses conditions qui ait été rendue publique²⁰ : ni durée, ni préavis de retrait, ni prix, les termes dont « [It's beyond our control now](https://www.klaerenn.fr/its-beyond-our-control-now/) » notait déjà l'absence pour tous ceux qui sont exposés³. La déclaration au guichet européen part du jugement du fabricant sur la preuve d'exploitation. Le règlement européen sur l'IA, dont les pouvoirs d'exécution sur les grands modèles s'exercent depuis le 2 août, repose sur la déclaration du fournisseur, et l'été a montré qu'elle pouvait manquer¹⁵. Le canal convenu avec Pékin ne définit pas davantage l'incident qu'il doit porter²⁹. L'Australie, dont un portail public de statistiques de santé avait été atteint en juin par des agents d'OpenAI, a convoqué Altman et Amodei devant une commission sénatoriale le 1er octobre ; les deux ont décliné, préavis insuffisant, la réponse qu'Anthropic avait déjà faite en mai au Parlement européen²³, et OpenAI a délégué son directeur de la stratégie, Jason Kwon, devant une autre commission, le 6⁴³. Le premier procès, déposé le 29 septembre devant une cour californienne, l'a été par un groupe d'intérêt public, ni par la victime ni par un État⁴⁴. Le numéro attribué sous racine européenne est indiscernable des autres⁵. L'entrée dans la base européenne existe quand le fabricant y consent¹¹. L'Accord engage moralement. Le décret oblige l'exécutif à un mot. Deux faits portent la différence que ces papiers ne portent pas. Le premier est la distance à l'outil : le 12 juin, un ordre du Commerce a coupé en une fois l'accès des partenaires de Glasswing et celui des employés étrangers du laboratoire lui-même¹⁹. Les programmes des laboratoires sont le guichet auquel l'Europe se présente ; derrière, l'État peut les suspendre, et il vient de renommer l'objet qu'ils distribuent. Le second est la main qui écrit le registre : le format des numéros, la cotation de gravité, le rythme de publication, le cadre de qualité se décident à Washington, et l'Europe y accède par pétition pour le conseil, et par commentaire public pour la base. ## Deux récits Le client et l'attelage racontent chacun une histoire, et les deux ont la même fonction. L'Europe raconte une indépendance : un engagement constructif pour une licence de version précédente obtenue après plus de cent jours et une suspension²⁰, et deux programmes d'accès aux conditions de leurs auteurs¹⁷ ; une racine qui renforce plutôt qu'elle ne fragmente, pour un registre dont elle ne change ni le nom ni la règle⁵ ; un modèle de contrepartie que Mistral développe avec une grande banque, présenté comme la réponse souveraine au modèle restreint, sans capacité démontrée publiquement⁴⁵ ; un schéma directeur d'accès qui demande aux fournisseurs ce qu'il renonce à leur imposer²⁴. L'attelage raconte une maîtrise : un nom décrété³², un accord moralement contraignant³¹, une Force créée, dans les termes du discours qui refusait toute règle mondiale douze jours plus tôt, pour que l'Amérique continue de mener le monde dans une chose plus grande que la révolution industrielle²⁸, une technologie que ses propres laboratoires disent ne pas maîtriser³ et dont son État a suspendu l'accès trois jours après le lancement¹⁹. Le récit du client tient ses institutions légitimes pendant que chaque acte d'indépendance s'exécute à l'intérieur de la dépendance et la consolide ; le récit de l'attelage tient l'industrie à portée de l'État pendant que la capacité échappe aux deux. Ni l'un ni l'autre n'est faux : chacun décrit des actes réels, datés, exécutés. Ce qu'ils omettent est identique des deux côtés, la capacité, qu'aucun acte ne produit et qu'aucun papier ne retient. ## Ce que l'Europe tient encore Il reste un acte que le client peut exécuter sans son fournisseur, et il est écrit dans son propre règlement. Le règlement sur la cyber-résilience a deux moitiés. La première, en application depuis le 11 septembre, oblige à déclarer : pour notifier sous vingt-quatre heures une faille exploitée, il faut la trouver en heures, et l'outillage qui trouve en heures se vend sous licence par ceux qui le fabriquent. Cette moitié crée une demande obligatoire que seuls les détenteurs de l'outil peuvent servir ; la règle européenne finance la capacité américaine, et cette série l'avait vu avant l'ouverture du guichet⁴⁶. La seconde moitié, en application le 11 décembre 2027, porte sur le produit lui-même : livré sans faille exploitable connue, sûr par défaut, conçu pour limiter les surfaces d'attaque, interfaces externes comprises, et suivi d'un processus de traitement des failles sur toute sa durée de vie⁴⁷. Cette moitié réduit ce qu'il y a à trouver. Elle ne demande ni modèle, ni licence, ni autorisation d'un tiers. La différence entre les deux moitiés se mesure sur le cas de janvier. OpenSSL maintient, à l'intérieur de sa bibliothèque, un module de chiffrement validé par les autorités américaines, dont le périmètre est volontairement étroit : les algorithmes, sans les analyseurs de formats de fichiers où se logent la plupart des failles. Les deux failles les plus graves des douze ne l'atteignaient pas, et la page que le projet tient sur ce sujet constate que la plupart des failles corrigées depuis la version 3.0 lui sont étrangères, quelques-unes seulement l'atteignant¹. Un composant plus petit a moins de failles à trouver, quel que soit l'outil qui le fouille. L'ENISA l'a écrit elle-même en juillet : les modèles d'IA compriment le cycle de la découverte à l'exploitation, les modèles à poids ouverts, ceux que n'importe qui télécharge, pourraient atteindre des capacités comparables sous neuf à douze mois, et les ressources doivent se déplacer de la découverte vers la priorisation, le tri et la correction⁴⁸. Le délai s'est révélé plus court : en septembre, l'institut américain des standards a mesuré sur un modèle chinois publié en poids ouverts à la fin de l'été un retard d'environ quatre mois sur la frontière américaine, et Anthropic, sur le développement d'exploits, un niveau comparable à la version d'avril de Mythos³⁹. La dépendance porte sur le dernier palier de l'outil ; la capacité, elle, se diffuse. Entre un modèle de contrepartie, qui reproduit l'objet américain avec retard, et un produit plus petit, qui change la quantité de failles à trouver, la seconde moitié du règlement choisit sans le dire. Laquelle des deux moitiés l'Europe financera est la seule décision encore ouverte. ## Ce que je ne sais pas Je ne sais pas si l'attelage tient. L'État a désigné en mars l'un des laboratoires comme risque pour sa chaîne d'approvisionnement et a perdu en justice en août ; il a coupé en juin l'accès des deux modèles les plus avancés trois jours après leur lancement ; les laboratoires demandent des règles que l'État ne leur donne pas⁴. Ce que je décris est un attelage, pas une alliance : les deux tirent, et pas toujours dans le même sens. Un régime peut rester permanent avec une administration instable. Je ne sais pas si le client peut devenir autre chose qu'un client. Le schéma directeur promis pour la fin de l'année et l'achat groupé qu'il explore feraient de l'Union un acheteur collectif, ce qui pèse sur un prix, pas sur une règle ; les pouvoirs d'accès du règlement sur l'IA valent pour évaluer, pas pour utiliser. Je ne vois pas, dans les textes, l'instrument qui ferait passer l'Europe de l'autre côté du guichet, et je ne sais pas s'il existe ailleurs que dans la seconde moitié de son règlement. Je ne sais pas si le fauteuil donné au renseignement signifie que l'accès aux modèles sera arbitré comme on arbitre la rétention des failles, entre ce que l'on garde et ce que l'on divulgue. La composition le suggère, le canal ouvert avec Pékin aussi. Le rapport attendu début février le dira, ou dira que la Force est d'abord un organe de communication avant des élections où les sondages donnent des Américains de plus en plus sceptiques³⁵. Je ne connais la part de la racine européenne dans le volume des numéros que par un décompte fait sur les données du programme compilées par un outil tiers ; le programme lui-même ne publie pas ce chiffre. Je ne sais pas sur quels modèles tourne AISLE. Je ne sais pas ce que contiennent les partenariats d'accès conclus au printemps entre OpenAI et l'ENISA, la France ou l'Allemagne, ni si l'ENISA ou un État membre figure parmi les six cent cinquante partenaires de Google. Je ne sais pas si le modèle de contrepartie annoncé en mai existera, ni ce qu'il saura faire. Je ne sais pas quand l'échelon supérieur du programme CVE sera accordé à l'Europe, ni s'il le sera. ## Un attelage administre Le régime a trouvé son administration et son client, et tous deux travaillent : licences, numéros, déclarations, accords, noms, pétitions, commentaires, décrets, contresignatures, et depuis le 24 septembre un canal entre puissances. Un attelage administre, un client gère, personne ne maîtrise. Les règles d'accès s'écrivent chez les fabricants, la suspension et le registre à Washington, et le seul acte qui échappe à l'un comme à l'autre, réduire ce qu'il y a à trouver, est écrit dans la loi européenne pour décembre 2027, sans financement encore. Merci de m'avoir lu. Si vous ne voulez manquer aucune de ces analyses, vous pouvez vous abonner à La lettre Klaerenn : les membres les reçoivent par mail, dès parution. Sur LinkedIn, un algorithme décide de ce que vous voyez. Ici, vous reprenez la main. S’inscrire C’est fait — vérifiez votre boîte mail pour confirmer votre inscription. Désinscription en un clic, adresse jamais partagée. [Partager](#/share) --- *Vingt-sixième article d'une série sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale. Articles de la série cités ici :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 15 :* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black/) - *Article 18 :* [*Le Guépard*](https://www.klaerenn.fr/le-guepard/) - *Article 21 :* [*The Conversation*](https://www.klaerenn.fr/the-conversation/) - *Article 23 :* [*eXistenZ*](https://www.klaerenn.fr/existenz/) - *Article 24 :* [*Hangar 18*](https://www.klaerenn.fr/hangar-18/) - *Article 25 :* [*It's beyond our control now*](https://www.klaerenn.fr/its-beyond-our-control-now/) --- ## Sources ¹ OpenSSL, publication de sécurité du 27 janvier 2026 : douze failles, toutes signalées par AISLE, société installée à San Francisco et à Prague (CyberScoop, 10 août 2026). AISLE, « AISLE Discovered 12 out of 12 OpenSSL Vulnerabilities », janvier 2026 : CVE-2026-22796 héritée de SSLeay, la bibliothèque des années 1990 dont OpenSSL descend ; correctifs proposés par le système pour cinq des douze. Datadog Security Labs, janvier 2026 : CVE-2025-15467 (haute) et CVE-2025-11187 (modérée), modules FIPS non affectés. OpenSSL, « CVEs and the FIPS provider » : la majorité des vulnérabilités corrigées depuis la version 3.0 sans rapport avec les fournisseurs FIPS validés, quelques-unes applicables. [https://aisle.com/blog/aisle-discovered-12-out-of-12-openssl-vulnerabilities](https://aisle.com/blog/aisle-discovered-12-out-of-12-openssl-vulnerabilities?ref=klaerenn.fr) ; [https://openssl-library.org/news/secadv/20260127.txt](https://openssl-library.org/news/secadv/20260127.txt?ref=klaerenn.fr) ; [https://securitylabs.datadoghq.com/articles/openssl-january-2026-security-update-cms-and-pkcs12-buffer-overflows/](https://securitylabs.datadoghq.com/articles/openssl-january-2026-security-update-cms-and-pkcs12-buffer-overflows/?ref=klaerenn.fr) ; [https://openssl-library.org/news/fips-cve/index.html](https://openssl-library.org/news/fips-cve/index.html?ref=klaerenn.fr) ; [https://cyberscoop.com/nato-aisle-enisa-cve-vulnerability-tracking/](https://cyberscoop.com/nato-aisle-enisa-cve-vulnerability-tracking/?ref=klaerenn.fr) ² OpenAI, « OpenAI and Hugging Face partner to address security incident during model evaluation », 21 juillet 2026, et « The Hugging Face incident and the road ahead », 26 août 2026 (Hugging Face et Modal Labs atteints, attaque du 9 au 13 juillet) ; Anthropic, « Investigating three real-world incidents in our cybersecurity evaluations », 30 juillet 2026 (141 006 exécutions revues, trois incidents chez le partenaire Irregular, trois organisations tierces compromises, le plus ancien datant d'avril, revue déclenchée par la divulgation d'OpenAI) ; AI Security Institute britannique, rapport d'incident du 4 août 2026\. Voir dans cette série : « [eXistenZ](https://www.klaerenn.fr/existenz/) » (détection par des tiers, non par revue interne) et « [It's beyond our control now](https://www.klaerenn.fr/its-beyond-our-control-now/) », note 6\. [https://openai.com/index/hugging-face-model-evaluation-security-incident/](https://openai.com/index/hugging-face-model-evaluation-security-incident/?ref=klaerenn.fr) ; [https://openai.com/index/hugging-face-incident-and-the-road-ahead/](https://openai.com/index/hugging-face-incident-and-the-road-ahead/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.anthropic.com/news/investigating-incidents-cybersecurity-evals](https://www.anthropic.com/news/investigating-incidents-cybersecurity-evals?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.aisi.gov.uk/blog/incident-report-unsanctioned-agent-behaviour-during-cyber-testing](https://www.aisi.gov.uk/blog/incident-report-unsanctioned-agent-behaviour-during-cyber-testing?ref=klaerenn.fr) ³ Voir dans cette série : « [It's beyond our control now](https://www.klaerenn.fr/its-beyond-our-control-now/) » (régime de l'accès réservé et de l'exposition universelle ; fiche du modèle Mythos et Project Glasswing, note 12 ; système autonome d'un éditeur de sécurité, 3 915 projets libres et 14 090 failles confirmées en deux mois, 99,4 % absentes des bases publiques, note 14 ; agents sortis de leur environnement d'évaluation pour attaquer de vraies entreprises, détectés par des tiers, note 6 ; essai du 12 septembre, billet du 9, lettre du 27 août et pétition de juillet lus comme un seul document, notes 1, 2, 4 et 5 ; clause absente du régime, les exposés ne recevant ni droit d'accès, ni prix connu, ni durée, ni préavis de retrait, ni mesure du plafond ; conclusion sur « l'administration différenciée de l'accès, de l'exposition et de la responsabilité »). ⁴ Voir dans cette série : « [Hangar 18](https://www.klaerenn.fr/hangar-18/) » (executive order du 2 juin 2026 : mesure classifiée par la NSA des capacités cyber offensives des modèles de frontière, cadre fédéral achevé le 4 août et non publié, accès anticipé par désignation de partenaires ; Washington gère par contrat et par coercition sa dépendance envers des laboratoires qu'il ne possède pas ; désignation d'Anthropic comme risque pour la chaîne d'approvisionnement par le département de la Guerre en mars 2026, annulée par la juge Rita Lin le 27 août 2026, note 11) et « [The Conversation](https://www.klaerenn.fr/the-conversation/) » (les quatre instruments américains et leur grammaire administrative). ⁵ ENISA, « Stepping up our role in Vulnerability Management: ENISA Becomes CVE Root », 20 novembre 2025\. ENISA, « New CVE Numbering Authorities Under ENISA Root », 6 mai 2026 : quatre CNA formées et intégrées par l'agence, sept transférées depuis la racine MITRE ; plus de quatre-vingt-dix CNA européennes éligibles au transfert volontaire, sur 510 CNA dans 42 pays et une sans affiliation ; l'Europe représentant près d'un cinquième des CNA ; objectif déclaré de « reinforcing, rather than fragmenting » l'ossature mondiale des identifiants ; déclaration de Hans de Vries sur l'accélération de la découverte et de l'exploitation par les modèles de frontière, suivie de la mention de capacités additionnelles proposées dans le Cybersecurity Act 2 ; rôle de racine décrit comme recrutement, formation, intégration et gestion des CNA, en coordination avec CISA et MITRE. ENISA, « ENISA scales up its role in the CVE Program », 6 août 2026 : vingt CNA, douze intégrées directement et huit transférées, dont la NATO Communications and Information Agency et AISLE. AISLE, communiqué du 26 août 2026 : statut étendu d'autorité de recherche ; modèles employés non divulgués à la date de rédaction. Cloud Security Alliance, note du 18 mai 2026 : MITRE conserve l'autorité de racine de premier niveau sur l'espace de nommage et l'arbitrage final. [https://www.enisa.europa.eu/news/stepping-up-our-role-in-vulnerability-management-enisa-becomes-cve-root](https://www.enisa.europa.eu/news/stepping-up-our-role-in-vulnerability-management-enisa-becomes-cve-root?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.enisa.europa.eu/news/new-cve-numbering-authorities-under-enisa-root](https://www.enisa.europa.eu/news/new-cve-numbering-authorities-under-enisa-root?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.enisa.europa.eu/news/enisa-scales-up-its-role-in-the-cve-program](https://www.enisa.europa.eu/news/enisa-scales-up-its-role-in-the-cve-program?ref=klaerenn.fr) ; [https://aisle.com/newsroom/press-releases/aisle-achieves-expanded-scope-as-cve-numbering-authority](https://aisle.com/newsroom/press-releases/aisle-achieves-expanded-scope-as-cve-numbering-authority?ref=klaerenn.fr) ; [https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-enisa-cve-root-dual-governance-20260518-cs/](https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-enisa-cve-root-dual-governance-20260518-cs/?ref=klaerenn.fr) ⁶ Décompte effectué le 5 octobre 2026 sur les enregistrements du programme CVE (dépôt cvelistV5) tels que compilés par l'outil tiers CNA ScoreCard, fenêtre du 8 avril au 5 octobre 2026 : 494 numéros publiés par les vingt-six CNA rattachées à la racine ENISA dans la liste des partenaires du programme, sur 56 947 numéros publiés au total, soit 0,87 % ; CIRCL (Luxembourg) 229 et CERT.PL (Pologne) 222 ; seize CNA sans aucun numéro publié sur la période, dont AISLE, NCSC-NL et Orange Cyberdefense ; les plus gros émetteurs de la période sont GitHub, le noyau Linux, VulnCheck, VulDB, Oracle, Google Chrome, Microsoft, Patchstack et MITRE. Affiliation à la racine lue dans la liste des partenaires du programme CVE, où AISLE est enregistrée sous la raison sociale AISLE Incorporated ; AISLE Inc. selon ses propres communiqués. Outil tiers et liste vivante : décompte et nombre de CNA à refaire au jour de publication. [https://www.cve.org/PartnerInformation/ListofPartners](https://www.cve.org/PartnerInformation/ListofPartners?ref=klaerenn.fr) ; [https://cnascorecard.org/](https://cnascorecard.org/?ref=klaerenn.fr) ; [https://github.com/jgamblin/CNAScoreCard](https://github.com/jgamblin/CNAScoreCard?ref=klaerenn.fr) ; [https://github.com/CVEProject/cvelistV5](https://github.com/CVEProject/cvelistV5?ref=klaerenn.fr) ⁷ ENISA, base de données européenne des vulnérabilités (EUVD), ouverte le 13 mai 2025 en application de l'article 12 de la directive NIS 2 : chaque entrée reçoit un identifiant EUVD propre, le numéro CVE étant présenté comme identifiant alternatif ; sources, bases ouvertes, avis des CSIRT nationaux, avis des éditeurs, failles exploitées (The Register, 13 mai 2025 ; InfoQ, 3 juin 2025). GCVE (Global CVE), initiative portée par le CIRCL luxembourgeois : identifiants GCVE---, l'autorité 0 réservée aux numéros CVE, le CIRCL autorité 1, plus de quarante autorités de numérotation répertoriées ; EUVD et GCVE décrits comme des systèmes distincts partageant une infrastructure ouverte. [https://euvd.enisa.europa.eu/](https://euvd.enisa.europa.eu/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.theregister.com/2025/05/13/eu\_security\_bug\_database](https://www.theregister.com/2025/05/13/eu%5Fsecurity%5Fbug%5Fdatabase?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.infoq.com/news/2025/06/cve-european-vulnerability-euvd](https://www.infoq.com/news/2025/06/cve-european-vulnerability-euvd?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.gcve.eu/faq](https://www.gcve.eu/faq?ref=klaerenn.fr) ⁸ Infosecurity Magazine, « European Cybersecurity Agency ENISA Seeks Top-Tier Status in CVE Program », avril 2026 : intervention de Nuno Rodrigues Carvalho (ENISA) à VulnCon26, Scottsdale, 14 avril 2026 ; statut de TL-Root CNA détenu par CISA et MITRE seuls, jamais accordé à un tiers ; représentation au CVE Board, sans membre européen à ce jour ; procédure qualifiée de « unchartered territory » ; objectif 2026 ou début 2027 ; « it doesn't depend solely on us ». [https://infosecurity-magazine.com/news/enisa-europe-seeks-top-level-root](https://infosecurity-magazine.com/news/enisa-europe-seeks-top-level-root?ref=klaerenn.fr) ⁹ Règlement (UE) 2024/2847 (Cyber Resilience Act) : article 3, point 42, définition de la vulnérabilité activement exploitée ; article 14, alerte précoce sous vingt-quatre heures, notification sous soixante-douze heures, rapport final sous quatorze jours après disponibilité d'un correctif, au CSIRT coordinateur et à l'ENISA ; article 16, plateforme unique de signalement établie et exploitée par l'ENISA ; article 71, application des obligations de signalement à compter du 11 septembre 2026\. [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ ENISA, « The CRA Single Reporting Platform is launched », 11 septembre 2026 : capacité opérationnelle initiale, fonctionnalités à étendre dans les mois suivants. Cloud Security Alliance, notes de recherche des 16 et 18 septembre 2026 : liste des CSIRT coordinateurs publiée le 4 septembre, adresse et documentation le 10, lancement sans interface de programmation, en anglais seulement, déclarations volontaires reportées. Guide indépendant cyberresilienceact.eu, 10 août 2026, citant l'ENISA : pas d'API à ce stade, déclarations volontaires activées après le 11 septembre. [https://www.enisa.europa.eu/news/the-cra-single-reporting-platform-is-launched](https://www.enisa.europa.eu/news/the-cra-single-reporting-platform-is-launched?ref=klaerenn.fr) ; [https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-enisa-cra-reporting-platform-20260918-csa/](https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-enisa-cra-reporting-platform-20260918-csa/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cyberresilienceact.eu/news/enisa-cve-root-20-cnas-6-august-2026.html](https://www.cyberresilienceact.eu/news/enisa-cve-root-20-cnas-6-august-2026.html?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Règlement (UE) 2024/2847, article 17, paragraphe 5 : une fois une mise à jour de sécurité ou une autre mesure corrective disponible, l'ENISA ajoute, en accord avec le fabricant concerné, la vulnérabilité notifiée à la base de données européenne des vulnérabilités établie par l'article 12, paragraphe 2, de la directive (UE) 2022/2555 (NIS 2). [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ¹² Directive (UE) 2022/2555, article 41 : transposition au 17 octobre 2024\. Commission européenne : mise en demeure de vingt-trois États le 28 novembre 2024, avis motivé à dix-neuf États le 7 mai 2025, saisine de la Cour de justice en juillet 2026 contre la France, l'Espagne, l'Irlande et les Pays-Bas, avec demande d'une somme forfaitaire et d'une astreinte journalière (The Record, 9 juillet 2026 ; Sildaro, 31 août 2026 ; communiqué de la Commission à citer en source primaire). France : projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité déposé au Sénat le 15 octobre 2024, adopté en première lecture par le Sénat le 12 mars 2025, texte de commission spéciale à l'Assemblée nationale le 10 septembre 2025, non inscrit en séance à la date de rédaction ; référentiel provisoire de l'ANSSI (ReCyF) présenté en mars 2026\. [https://therecord.media/eu-cyber-filing-ireland-spain-france-netherlands-nis2](https://therecord.media/eu-cyber-filing-ireland-spain-france-netherlands-nis2?ref=klaerenn.fr) ; [https://sildaro.com/cyber-attaque/nis2-france-transposition-etat-des-lieux-aout-2026/](https://sildaro.com/cyber-attaque/nis2-france-transposition-etat-des-lieux-aout-2026/?ref=klaerenn.fr) ¹³ Directive (UE) 2022/2555 (NIS 2), article 23 : alerte précoce sous vingt-quatre heures, notification sous soixante-douze heures, rapport final sous un mois, pour tout incident important, au CSIRT ou à l'autorité compétente ; transposition au 17 octobre 2024 ; annexes I et II pour les secteurs. Règlement (UE) 2022/2554 (DORA), article 19 : notification des incidents majeurs liés aux TIC par les entités financières, délais fixés par normes techniques en heures. Directive (UE) 2022/2557 (résilience des entités critiques), article 15\. Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act), article 55, paragraphe 1, point c : les fournisseurs de modèles à usage général présentant un risque systémique suivent, documentent et déclarent sans retard injustifié à l'office de l'IA les incidents graves, définis à l'article 3, point 49 ; obligations applicables depuis le 2 août 2025, pouvoirs de sanction de la Commission depuis le 2 août 2026 (article 113). [https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2022/2555/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2022/2555/oj?ref=klaerenn.fr) ; [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2022/2554/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2022/2554/oj?ref=klaerenn.fr) ; [https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2022/2557/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2022/2557/oj?ref=klaerenn.fr) ; [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/1689/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/1689/oj?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Commission européenne, paquet cybersécurité du 20 janvier 2026 : proposition de règlement « Cybersecurity Act 2 » (COM(2026) 11, procédure 2026/0011(COD)), modifications ciblées de NIS 2 (2026/0012(COD)), et mesures du Digital Omnibus pour un point d'entrée unique des signalements d'incidents ; budget de l'ENISA augmenté de plus de 75 % ; selon le résumé de l'Observatoire législatif du Parlement, l'agence « doit développer une capacité commune de service de gestion des vulnérabilités de l'Union ». Conseil de l'Union européenne, rapport sur l'état des travaux ST 9399/26, 22 mai 2026 : examen engagé le 23 février, textes de compromis de la présidence annoncés pour juin, poursuite sous présidence irlandaise. Proposition de règlement « Cloud and AI Development Act », 3 juin 2026 (COM(2026) 502) : niveaux d'assurance conditionnant l'accès des services de nuage aux achats publics (lecture de cabinet, Hogan Lovells). [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/faqs/cybersecurity-package-questions-answers](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/faqs/cybersecurity-package-questions-answers?ref=klaerenn.fr) ; [https://oeil.europarl.europa.eu/oeil/en/document-summary?id=1884092](https://oeil.europarl.europa.eu/oeil/en/document-summary?id=1884092&ref=klaerenn.fr) ; [https://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-9399-2026-INIT/fr/pdf](https://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-9399-2026-INIT/fr/pdf?ref=klaerenn.fr) ; [https://hlc.com/en/publications/the-eus-cloud-and-ai-development-act-cada-towards-a-sovereigntyfocused-framework-for-cloud](https://hlc.com/en/publications/the-eus-cloud-and-ai-development-act-cada-towards-a-sovereigntyfocused-framework-for-cloud?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Reuters, 31 juillet 2026 : deux laboratoires ont informé la Commission d'incidents avant leur publication, deux jours avant l'entrée en application des pouvoirs sur les modèles à usage général. Euractiv, 18 septembre 2026, relayé par Caliber et Resultsense (article original non consulté) : selon un porte-parole de la Commission, le laboratoire n'a pas déposé de rapport formel d'incident à l'AI Office sur l'épisode de mai visant le registre RubyGems, dont l'office avait connaissance ; le texte ne définit pas le seuil de gravité ; l'incident Hugging Face avait, lui, été déclaré. IBTimes, 7 septembre 2026 : réception confirmée par Thomas Regnier d'un rapport sur l'épisode du wiki, sans qualification de l'incident. [https://935thelloyd.com/2026/07/31/eu-says-necessary-to-monitor-high-risk-ai-systems-after-openai-anthropic-ai-hacking-incidents/](https://935thelloyd.com/2026/07/31/eu-says-necessary-to-monitor-high-risk-ai-systems-after-openai-anthropic-ai-hacking-incidents/?ref=klaerenn.fr) ; [https://caliber.az/en/post/openai-faces-eu-scrutiny-over-unreported-ai-safety-incident](https://caliber.az/en/post/openai-faces-eu-scrutiny-over-unreported-ai-safety-incident?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.resultsense.com/news/2026-09-18-openai-rubygems-eu-ai-office/](https://www.resultsense.com/news/2026-09-18-openai-rubygems-eu-ai-office/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.ibtimes.co.uk/openai-eu-scrutiny-dsewiki-incident-1818384](https://www.ibtimes.co.uk/openai-eu-scrutiny-dsewiki-incident-1818384?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ CNBC et Dark Reading, 1er juin 2026 : l'ENISA première entité européenne admise dans Project Glasswing ; selon des personnes proches du dossier citées par CNBC, le laboratoire a indiqué à la Commission avoir besoin de l'autorisation du gouvernement américain ; conditions officielles non connues. CNBC et Cybersecurity Dive, 2 juin 2026 : extension du programme à cent cinquante organisations dans plus de quinze pays, après une cinquantaine de partenaires initiaux en avril ; déclaration d'Anthropic sur plusieurs semaines de collaboration avec les partenaires, l'industrie, les mainteneurs et le gouvernement américain. Voir dans cette série : « [It's beyond our control now](https://www.klaerenn.fr/its-beyond-our-control-now/) », note 20\. [https://www.cnbc.com/2026/06/01/anthropic-eu-ai-mythos-access-advanced-model.html](https://www.cnbc.com/2026/06/01/anthropic-eu-ai-mythos-access-advanced-model.html?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.darkreading.com/cyber-risk/anthropic-mythos-ai-eu-enisa](https://www.darkreading.com/cyber-risk/anthropic-mythos-ai-eu-enisa?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cnbc.com/2026/06/02/anthropic-mythos-ai-project-glasswing.html](https://www.cnbc.com/2026/06/02/anthropic-mythos-ai-project-glasswing.html?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cybersecuritydive.com/news/ai-anthropic-claude-mythos-project-glasswing-expand/821714/](https://www.cybersecuritydive.com/news/ai-anthropic-claude-mythos-project-glasswing-expand/821714/?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ OpenAI, « Daybreak: Tools for securing every organization in the world », 22 juin 2026 : « In the past month we have already established Trusted Access for Cyber partnerships with Australia, Canada, France, Germany, Japan, Republic of Korea, and EU institutions like ENISA » ; GPT-5.5-Cyber réservé aux « verified defenders » avec vérification, surveillance et contrôles renforcés ; conditions des partenariats d'État non publiées. OpenAI Help Center, « OpenAI Daybreak - Trusted Access for Cyber Overview » : trois paliers (standard, Daybreak Blue, Daybreak Red, ce dernier avec autorisation supplémentaire pour GPT-5.6-Cyber), usage limité aux systèmes possédés, exploités ou expressément autorisés, interdiction de revente, de proxy et d'accès de tiers. OpenAI, « Trusted access for the next era of cyber defense », 14 avril 2026 : montée en charge du programme, vérification d'identité. IT Social, 23 juin 2026 : extension à la France et à l'ENISA. Voir dans cette série : « [It's beyond our control now](https://www.klaerenn.fr/its-beyond-our-control-now/) », note 11 (programme partenaires, milliard de dollars d'accès subventionné, GPT-6 Astra réservé aux organisations du programme à sa sortie le 3 septembre). [https://openai.com/index/daybreak-securing-the-world/](https://openai.com/index/daybreak-securing-the-world/?ref=klaerenn.fr) ; [https://help.openai.com/en/articles/20001258-openai-daybreak-trusted-access-for-cyber-overview](https://help.openai.com/en/articles/20001258-openai-daybreak-trusted-access-for-cyber-overview?ref=klaerenn.fr) ; [https://openai.com/index/scaling-trusted-access-for-cyber-defense/](https://openai.com/index/scaling-trusted-access-for-cyber-defense/?ref=klaerenn.fr) ; [https://itsocial.fr/cybersecurite/cybersecurite-actualites/openai-etend-lacces-daybreak-a-la-france-et-a-lenisa-et-livre-gpt-5-5-cyber-aux-defenseurs-verifies/](https://itsocial.fr/cybersecurite/cybersecurite-actualites/openai-etend-lacces-daybreak-a-la-france-et-a-lenisa-et-livre-gpt-5-5-cyber-aux-defenseurs-verifies/?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ Google, « Proactive cyber defense for governments and enterprises », 2 septembre 2026 : programme Fairwind, « more than 650 participating partners globally », gouvernements et autorités nationales de cybersécurité, opérateurs d'infrastructures critiques, plateformes technologiques, clients Google Cloud, partenaires de cybersécurité ; Gemini 3.8 Flash Cyber et l'outil CodeMender ; « limiting access to employees within their internal cybersecurity, incident response, or penetration testing teams » et authentification multifacteur. Techwire Asia, 1er octobre 2026, et Noze, octobre 2026 : Gemini 4 Argon annoncé le 30 septembre, sortie par paliers, accès réservé d'abord à une partie des partenaires Fairwind, garde-fous à renforcer avant une disponibilité large selon Google. Annonce Google de Gemini 4 Argon à citer en source primaire avant publication. [https://blog.google/innovation-and-ai/technology/safety-security/fairwind-program/](https://blog.google/innovation-and-ai/technology/safety-security/fairwind-program/?ref=klaerenn.fr) ; [https://techwireasia.com/2026/10/google-gemini-4-argon-cybersecurity-access/](https://techwireasia.com/2026/10/google-gemini-4-argon-cybersecurity-access/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.noze.it/en/insights/gemini-4-argon-fairwind-program-en/](https://www.noze.it/en/insights/gemini-4-argon-fairwind-program-en/?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Anthropic, « Statement on the directive to suspend Fable 5 and Mythos 5 », 12 juin 2026 : directive du département du Commerce (Bureau of Industry and Security) trois jours après le lancement des deux modèles ; suspension mondiale faute de vérification de nationalité en temps réel. Lettre du secrétaire au Commerce du 12 juin, publiée par Bloomberg le 16 juin 2026 : suspension de tout accès pour tout ressortissant étranger, à l'intérieur comme à l'extérieur des États-Unis, employés étrangers du laboratoire compris. Anthropic, « Redeploying Claude Fable 5 », 30 juin 2026, et CNBC, 1er juillet 2026 : accès à Mythos 5 rétabli le 26 juin pour une centaine d'organisations américaines, contrôles levés le 30 juin contre engagements de détection des risques et d'information des autorités. Voir dans cette série : « [It's beyond our control now](https://www.klaerenn.fr/its-beyond-our-control-now/) », note 21, et « [The Conversation](https://www.klaerenn.fr/the-conversation/) », note 7\. [https://www.anthropic.com/news/fable-mythos-access](https://www.anthropic.com/news/fable-mythos-access?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.anthropic.com/news/redeploying-fable-5](https://www.anthropic.com/news/redeploying-fable-5?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Déclaration de Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne, 10 septembre 2026, rapportée par Bloomberg, Reuters et l'AFP : l'ENISA a obtenu l'accès à Claude Mythos 5 et le teste ; proposition d'accès communiquée fin mai, négociations de plusieurs mois sur le type et l'étendue de l'accès, compliquées par la restriction américaine d'accès aux ressortissants étrangers ; Mythos 5.1, publié le 1er septembre, hors périmètre selon la Commission ; usage limité à la défense selon Techzine. Conditions d'accès non publiées par ailleurs. [https://www.thestar.com.my/tech/tech-news/2026/09/11/anthropic-gives-eu-access-to-mythos-months-after-models-release](https://www.thestar.com.my/tech/tech-news/2026/09/11/anthropic-gives-eu-access-to-mythos-months-after-models-release?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.techzine.eu/news/security/144207/eu-cybersecurity-agency-gains-access-to-mythos-5-after-a-3-month-delay/](https://www.techzine.eu/news/security/144207/eu-cybersecurity-agency-gains-access-to-mythos-5-after-a-3-month-delay/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.techrepublic.com/article/news-enisa-anthropic-mythos-5-cyber-ai-access-europe-emea/](https://www.techrepublic.com/article/news-enisa-anthropic-mythos-5-cyber-ai-access-europe-emea/?ref=klaerenn.fr) ²¹ Anthropic, « Claude Fable 5.1 and Claude Mythos 5.1 », septembre 2026 : Mythos 5.1 « currently \[...\] only available to a set of US organizations », coordination d'une extension « domestic and international » ; Cyber Verification Program donnant accès à des modèles de classe Opus et Sonnet aux garde-fous cyber réduits, accès de classe Mythos annoncé pour bientôt ; Life Sciences Verification Program développé avec le gouvernement américain ; Fable 5.1 en disponibilité générale. [https://www.anthropic.com/claude-fable-and-mythos-5-1](https://www.anthropic.com/claude-fable-and-mythos-5-1?ref=klaerenn.fr) ²² Politico Europe, Sam Clark, 10 septembre 2026, article sous abonnement, corps non consulté ; relayé par The Next Web, 15 septembre 2026 : quatre failles trouvées par l'ENISA avec un modèle avancé d'OpenAI dans le code d'un projet européen, revues avec le CERT-EU, confirmées à Politico par la porte-parole de l'ENISA Laura Heuvinck, corrigées depuis ; le CERT polonais indique de son côté employer GPT-5.5-Cyber et GPT-5.6-Sol. Enregistrements du programme CVE publiés le 12 août 2026 par le CIRCL (Luxembourg), CNA sous racine ENISA, pour le produit Vulnerability-Lookup, logiciel libre du CIRCL sur lequel la base européenne des vulnérabilités est construite : CVE-2026-73431 (jetons d'activation et de récupération réutilisables permettant la prise de compte, CVSS 4.0 8,8), CVE-2026-73374 (XSS stocké, 6,1), CVE-2026-73405 (contournement d'autorisation, 5,3), CVE-2026-73432 (SSRF stockée, 5,1) ; crédits identiques sur les quatre enregistrements : « openai/gpt-5.5-cyber-preview (reasoning level: high) », « EUVD @ ENISA Team », Cédric Bonhomme, Alexandre Dulaunoy. [https://www.politico.eu/article/eu-cybersecurity-enisa-vulnerabilities-code-ai-frontier-models/](https://www.politico.eu/article/eu-cybersecurity-enisa-vulnerabilities-code-ai-frontier-models/?ref=klaerenn.fr) ; [https://thenextweb.com/news/enisa-openai-four-vulnerabilities-eu-code](https://thenextweb.com/news/enisa-openai-four-vulnerabilities-eu-code?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cve.org/CVERecord?id=CVE-2026-73431](https://www.cve.org/CVERecord?id=CVE-2026-73431&ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cve.org/CVERecord?id=CVE-2026-73374](https://www.cve.org/CVERecord?id=CVE-2026-73374&ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cve.org/CVERecord?id=CVE-2026-73405](https://www.cve.org/CVERecord?id=CVE-2026-73405&ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cve.org/CVERecord?id=CVE-2026-73432](https://www.cve.org/CVERecord?id=CVE-2026-73432&ref=klaerenn.fr) ²³ IAPP, Alex LaCasse, « OpenAI grants European Commission access to new model as EU considers frontier AI cybersecurity risks », 12 mai 2026 : « Last week, Anthropic declined the opportunity to meet with members of the European Parliament and representatives from the EU's cyber agency, ENISA, to discuss Mythos' cyber risks due to reportedly receiving the invitation "at short notice" » ; Thomas Regnier : « once the enforcement powers of the AI Office start in August 2026, we will ensure to receive, if needed, (Mythos) access » ; OpenAI offrant à la Commission l'accès à un modèle capable d'identifier des vulnérabilités, George Osborne cité. [https://iapp.org/news/a/openai-grants-european-commission-access-to-new-model-as-eu-considers-frontier-ai-cybersecurity-risks](https://iapp.org/news/a/openai-grants-european-commission-access-to-new-model-as-eu-considers-frontier-ai-cybersecurity-risks?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Commission européenne, « Action Plan on Cybersecurity and Artificial Intelligence », COM(2026) 577 final, 7 juillet 2026\. Action 2 : European Blueprint for structured access to advanced AI models for cybersecurity purposes, avec l'ENISA, quatrième trimestre 2026 ; action 5 : adaptation des pratiques de gestion des vulnérabilités (EUVD, plateforme unique CRA) au rythme de la détection par IA, à partir du troisième trimestre 2026\. BankInfoSecurity, juillet 2026 : le plan reproche aux programmes d'accès structuré existants l'absence de transparence sur les critères d'admission, et précise que le schéma directeur n'introduira pas d'obligation nouvelle pour les fournisseurs. Matheson, juillet 2026 : mesures de contingence en cas d'accès restreint ou retiré. Center for Cybersecurity Policy and Law, juillet 2026 : exploration avec les États membres d'un instrument de financement conjoint ou d'un achat groupé. Section 5 et action 1 du plan : réseau d'évaluation coordonné par l'AI Security Institute britannique, capacité européenne d'évaluation prévue pour 2027 (voir « [Hangar 18](https://www.klaerenn.fr/hangar-18/) », note 20). [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/eu-action-plan-cybersecurity-and-artificial-intelligence](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/eu-action-plan-cybersecurity-and-artificial-intelligence?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.bankinfosecurity.net/eu-pushes-for-domestic-ai-momentum-a-32171](https://www.bankinfosecurity.net/eu-pushes-for-domestic-ai-momentum-a-32171?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.matheson.com/insights/european-commission-publishes-action-plan-on-cybersecurity-and-artificial-intelligence/](https://www.matheson.com/insights/european-commission-publishes-action-plan-on-cybersecurity-and-artificial-intelligence/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.centerforcybersecuritypolicy.org/insights-and-research/european-commission-announces-new-action-plan-to-confront-cybersecurity-challenges-in-the-age-of-ai](https://www.centerforcybersecuritypolicy.org/insights-and-research/european-commission-announces-new-action-plan-to-confront-cybersecurity-challenges-in-the-age-of-ai?ref=klaerenn.fr) ²⁵ AI Security Institute (Royaume-Uni), « How Far Behind the Frontier are Leading Open Weight Models on Cyber? », 17 juillet 2026 : retard des meilleurs modèles à poids ouverts de quatre à sept mois sur la frontière fermée ; capacité publiée décrite comme définitivement soustraite aux options de contrôle. Commission européenne, COM(2026) 577, section 5 et action 1 : réseau d'évaluation coordonné par l'institut britannique, capacité européenne d'évaluation prévue pour 2027 (voir « [Hangar 18](https://www.klaerenn.fr/hangar-18/) », note 20). [https://www.aisi.gov.uk/blog/how-far-behind-the-frontier-are-leading-open-weight-models-on-cyber](https://www.aisi.gov.uk/blog/how-far-behind-the-frontier-are-leading-open-weight-models-on-cyber?ref=klaerenn.fr) ; [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/eu-action-plan-cybersecurity-and-artificial-intelligence](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/eu-action-plan-cybersecurity-and-artificial-intelligence?ref=klaerenn.fr) ²⁶ ENISA, « Exploring the evolution of the cyber threat landscape: how dependencies weaken our digital resilience », 22 septembre 2026, et ENISA Threat Landscape 2026\. [https://www.enisa.europa.eu/news/exploring-the-evolution-of-the-cyber-threat-landscape-how-dependencies-weaken-our-digital-resilience](https://www.enisa.europa.eu/news/exploring-the-evolution-of-the-cyber-threat-landscape-how-dependencies-weaken-our-digital-resilience?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.enisa.europa.eu/publications/enisa-threat-landscape-2026](https://www.enisa.europa.eu/publications/enisa-threat-landscape-2026?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Message du président sur Truth Social, 19 septembre 2026, rapporté par The Daily Signal (22 septembre), SiliconANGLE (4 octobre) et Axios (21 septembre) : « AI Force, much like I did Space Force » ; craintes sur les dangers de la technologie qualifiées de « hoax » ; « we will cherish it, help it, and watch over it, as it grows » ; abus traités par la justice pénale existante. [https://www.dailysignal.com/?p=231270](https://www.dailysignal.com/?p=231270&ref=klaerenn.fr) ; [https://siliconangle.com/2026/10/04/trump-launches-super-intelligence-force-with-jay-clayton-as-ai-czar/](https://siliconangle.com/2026/10/04/trump-launches-super-intelligence-force-with-jay-clayton-as-ai-czar/?ref=klaerenn.fr) ; [https://axios.com/2026/09/21/trump-ai-force-czar](https://axios.com/2026/09/21/trump-ai-force-czar?ref=klaerenn.fr) ²⁸ Fortune, 23 septembre 2026 : discours du président à l'Assemblée générale des Nations unies le 22 septembre, supervision internationale de l'IA qualifiée de « globalist scheme », « I'm not going to stifle growth of something that will be bigger than the industrial revolution ». Gulf News, 23 septembre 2026\. Le message du 4 octobre créant la Super Intelligence Force reprend la formule : la Super Intelligence « which many say is bigger than the Industrial Revolution, and the Internet ». [https://fortune.com/2026/09/23/trump-un-ai-globalist-scheme-altman-amodei-security-council/](https://fortune.com/2026/09/23/trump-un-ai-globalist-scheme-altman-amodei-security-council/?ref=klaerenn.fr) ; [https://gulfnews.com/world/americas/trump-at-un-opposes-global-ai-rules-calls-them-globalist-scheme-1.500684136](https://gulfnews.com/world/americas/trump-at-un-opposes-global-ai-rules-calls-them-globalist-scheme-1.500684136?ref=klaerenn.fr) ²⁹ The Next Web, septembre 2026, citant le communiqué de la Maison-Blanche sur la visite du président chinois : « The two countries established the U.S.-China Super Intelligence (SI) Dialogue to exchange views on risks and benefits related to SI » et « a bilateral communication channel for SI incidents » ; la fiche ne dit pas ce qui compte comme incident ; prochaine réunion en novembre 2026\. Oman Observer (AFP), 28 septembre 2026 : Pékin emploie « AI » dans son compte rendu. Gizmodo, 29 septembre 2026\. Fiche de la Maison-Blanche à citer en source primaire avant publication. [https://thenextweb.com/news/us-china-super-intelligence-dialogue-ai-incident-channel](https://thenextweb.com/news/us-china-super-intelligence-dialogue-ai-incident-channel?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.omanobserver.om/article/1196798/world/americas/china-us-to-open-ai-communication-channel](https://www.omanobserver.om/article/1196798/world/americas/china-us-to-open-ai-communication-channel?ref=klaerenn.fr) ; [https://gizmodo.com/trump-gets-xi-to-agree-to-call-ai-super-intelligence-white-house-says-2000817802](https://gizmodo.com/trump-gets-xi-to-agree-to-call-ai-super-intelligence-white-house-says-2000817802?ref=klaerenn.fr) ³⁰ Fortune, 23 septembre 2026 : Sam Altman et Dario Amodei programmés le 25 septembre devant le Conseil de sécurité des Nations unies sur l'IA et la sécurité internationale, Altman devant y plaider la coopération internationale. Compte rendu de séance des Nations unies à citer en source primaire avant publication. [https://fortune.com/2026/09/23/trump-un-ai-globalist-scheme-altman-amodei-security-council/](https://fortune.com/2026/09/23/trump-un-ai-globalist-scheme-altman-amodei-security-council/?ref=klaerenn.fr) ³¹ « White House Accord on Super Intelligence, Joint Commitment on Frontier Responsibilities », 29 septembre 2026, signé par le président et les dirigeants d'Anthropic, Google, Meta, Nvidia, OpenAI et xAI (SpaceXAI). Texte intégral publié par le Washington Examiner : contrôles internes, équipe de supervision interne, audits externes, conseil de surveillance indépendant ; premier engagement sur la surveillance des capacités et de l'alignement en entraînement et en déploiement (cybersécurité, biosécurité, menaces chimiques) et sur la garantie que les modèles n'accèdent pas à des systèmes techniques de manière non intentionnelle. Forbes, 30 septembre : un peu plus de trois cents mots, quatre couches de contrôles et d'audits. Al Jazeera, 30 septembre : volontaire, non contraignant, sans sanction. Fox Business, 1er octobre : « morally binding » selon le président. Council on Foreign Relations, 2 octobre : texte sans contrainte, formulé en « believe » et « should », proche en esprit des engagements volontaires de 2023 et moins détaillé. [https://www.washingtonexaminer.com/news/white-house/4747747/full-trump-white-house-accord-ai-super-intelligence/](https://www.washingtonexaminer.com/news/white-house/4747747/full-trump-white-house-accord-ai-super-intelligence/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.forbes.com/sites/saradorn/2026/09/30/white-house-releases-accord-between-billionaire-ai-execs-heres-what-it-says/](https://www.forbes.com/sites/saradorn/2026/09/30/white-house-releases-accord-between-billionaire-ai-execs-heres-what-it-says/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.aljazeera.com/economy/2026/9/30/how-does-trumps-white-house-ai-accord-work](https://www.aljazeera.com/economy/2026/9/30/how-does-trumps-white-house-ai-accord-work?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.foxbusiness.com/politics/trump-signs-executive-order-rebranding-ai-super-intelligence-tech-titans-ink-separate-accord](https://www.foxbusiness.com/politics/trump-signs-executive-order-rebranding-ai-super-intelligence-tech-titans-ink-separate-accord?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cfr.org/articles/trumps-ai-safety-pact-is-toothless-but-there-is-a-path-forward](https://www.cfr.org/articles/trumps-ai-safety-pact-is-toothless-but-there-is-a-path-forward?ref=klaerenn.fr) ³² Executive order « Inaugurating the Era of Super Intelligence », 29 septembre 2026 : l'exécutif emploie « Super Intelligence » et « SI » à la place d'« Artificial Intelligence » et « AI » et n'en reconnaît plus l'usage dans tout cadre applicable ; section 3, les termes désignent les technologies couvertes par la définition de l'intelligence artificielle au 15 U.S.C. 9401(3) ; soixante jours donnés à l'Assistant to the President for Science and Technology pour une proposition de définition légale. Freshfields, 1er octobre : l'Accord ne requiert pas des signataires l'adoption du nouveau terme. Rio Times, 30 septembre : le corps de l'Accord n'emploie pas « SI ». [https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/09/inaugurating-the-era-of-super-intelligence/](https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/09/inaugurating-the-era-of-super-intelligence/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.freshfields.com/en/our-thinking/blogs/a-fresh-take/trump-executive-order-mandates-shift-to-super-intelligence-102o403](https://www.freshfields.com/en/our-thinking/blogs/a-fresh-take/trump-executive-order-mandates-shift-to-super-intelligence-102o403?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.riotimesonline.com/superintelligence-accord-white-house-si-2026](https://www.riotimesonline.com/superintelligence-accord-white-house-si-2026?ref=klaerenn.fr) ³³ Semafor, 22 septembre 2026 : Scott Bessent donné favori ; autres noms, Michael Kratsios, Scott Kupor, Sean Cairncross ; Bessent et Cairncross opposés en mai au sujet du modèle Mythos, selon Politico. Semafor, 29 septembre 2026 : Bessent écarté par le président, qui dit qu'il ne voulait pas du poste. ROIC, 29 septembre 2026 : poste vacant depuis mars, David Sacks ayant épuisé ses cent trente jours d'employé spécial. [https://semafor.com/article/09/22/2026/bessent-eyed-for-trumps-ai-czar](https://semafor.com/article/09/22/2026/bessent-eyed-for-trumps-ai-czar?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.semafor.com/article/09/29/2026/no-ai-czar-but-trump-ahead-of-white-houses-ai-ceo-meeting](https://www.semafor.com/article/09/29/2026/no-ai-czar-but-trump-ahead-of-white-houses-ai-ceo-meeting?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.roic.ai/news/trump-to-name-ai-czar-within-days-as-ai-force-plan-takes-shape-09-29-2026](https://www.roic.ai/news/trump-to-name-ai-czar-within-days-as-ai-force-plan-takes-shape-09-29-2026?ref=klaerenn.fr) ³⁴ Axios, 29 septembre 2026 : le président dit à Axios avoir quelqu'un en tête et nomme Jay Clayton ; propos de Clayton en audition de confirmation en juillet, l'IA à la fois opportunité et menace, « you better get your arms around it ». [https://www.axios.com/2026/09/29/ai-czar-white-house-trump-jay-clayton](https://www.axios.com/2026/09/29/ai-czar-white-house-trump-jay-clayton?ref=klaerenn.fr) ³⁵ Message du président sur Truth Social, dimanche 4 octobre 2026 (texte intégral reproduit dans la presse) : création de la Super Intelligence Force, mission de coordination de l'engagement fédéral avec les consommateurs, les groupes d'intérêt public, les organisations religieuses, les opérateurs d'infrastructures critiques et les entreprises du secteur ; direction confiée à Jay Clayton (Director of National Intelligence), Andrew Ferguson (président de la FTC), Emil Michael (Under Secretary of War for Research and Engineering, CTO) et Scott Kupor (directeur de l'OPM) ; rapport au président et à la cheffe de cabinet Susie Wiles. CNBC, 4 octobre ; SiliconANGLE, 4 octobre, citant le Wall Street Journal : rapport sur les risques et opportunités sous cent vingt jours, Condoleezza Rice et David Sacks conseillers extérieurs, Clayton confirmé DNI par le Sénat en juillet. MS NOW, 4 octobre : nomination avant les élections de mi-mandat, sondages de plus en plus sceptiques sur l'IA. [https://www.cnbc.com/2026/10/03/trump-jay-clayton-ai-czar.html](https://www.cnbc.com/2026/10/03/trump-jay-clayton-ai-czar.html?ref=klaerenn.fr) ; [https://siliconangle.com/2026/10/04/trump-launches-super-intelligence-force-with-jay-clayton-as-ai-czar/](https://siliconangle.com/2026/10/04/trump-launches-super-intelligence-force-with-jay-clayton-as-ai-czar/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.ms.now/news/trump-ai-czar-artificial-intelligence-director-jay-clayton-technology-openai-anthropic](https://www.ms.now/news/trump-ai-czar-artificial-intelligence-director-jay-clayton-technology-openai-anthropic?ref=klaerenn.fr) ³⁶ Voir dans cette série : « [La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) » (NVD), « [La dépendance européenne aux standards américains](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) », « [Le dernier canal](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) » (CVE, CERT/CC, FIRST, CISA en tête de chaîne) et « [Pitch Black](https://www.klaerenn.fr/pitch-black/) » (huit vecteurs frappant simultanément le NIST, quasi-extinction du programme CVE). ³⁷ Axios, 30 septembre 2026, et Euronews, 1er octobre 2026 : Project Meridian annoncé par le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth à la base de Quantico le 30 septembre ; étude de cent vingt jours sur la guerre future co-dirigée par Elon Musk (SpaceX), Palmer Luckey (Anduril) et Newt Gingrich ; mandat cité, « the domains we must conquer, and capabilities we must master » ; rapport public et rapport classifié ; projet facilité par Emil Michael, responsable de la technologie du Pentagone. Washington Examiner, 29 septembre : Musk signataire de l'Accord en qualité de dirigeant de SpaceXAI. Journal du Coin, 4 octobre 2026 : SpaceXAI renommée SpaceXSI, « No more AI. SI. It's better. ». Washington Examiner, « AI companies hold off on embracing Trump's 'super intelligence' rebrand », début octobre 2026 : les autres entreprises n'ont pas adopté le terme. [https://axios.com/2026/09/30/pentagon-hegseth-musk-gingrich-anduril](https://axios.com/2026/09/30/pentagon-hegseth-musk-gingrich-anduril?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.euronews.com/2026/10/01/elon-musk-returns-to-trump-administration-to-co-lead-pentagon-war-study](https://www.euronews.com/2026/10/01/elon-musk-returns-to-trump-administration-to-co-lead-pentagon-war-study?ref=klaerenn.fr) ; [https://journalducoin.com/economie/spacexai-devient-spacexsi-elon-musk-super-intelligence-trump](https://journalducoin.com/economie/spacexai-devient-spacexsi-elon-musk-super-intelligence-trump?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.washingtonexaminer.com/news/white-house/4751064/ai-companies-hold-off-trump-super-intelligence-rebrand/](https://www.washingtonexaminer.com/news/white-house/4751064/ai-companies-hold-off-trump-super-intelligence-rebrand/?ref=klaerenn.fr) ³⁸ Center for AI Standards and Innovation (NIST) : accords de test pré-déploiement annoncés le 5 mai 2026 avec Google DeepMind, Microsoft et xAI, plus de quarante évaluations achevées (Cloud Security Alliance, 2026) ; Gizmodo, repris le 12 mai 2026 : la page de l'annonce du 5 mai renvoie vers l'accueil du site, sans explication du département du Commerce ; sénateur Ted Budd, lettre du 26 juin et communiqué du 30 juin 2026 : instruction faite au centre de cesser de publier ses conclusions, reliée à l'executive order du 2 juin et au pouvoir du directeur de la NSA sur le partage des évaluations ; Axios, 3 août 2026 : cadre fédéral achevé dans les délais, brouillon relu par Anthropic, OpenAI et Google, non-publication assumée. Voir dans cette série : « [Hangar 18](https://www.klaerenn.fr/hangar-18/) » (notes 12 à 15). [https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-agentic-ai-governance-cisa-nist-caisi-2026/](https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-agentic-ai-governance-cisa-nist-caisi-2026/?ref=klaerenn.fr) ; [https://letsdatascience.com/news/government-aivetting-announcement-page-is-missing-from-websi-9932122e](https://letsdatascience.com/news/government-aivetting-announcement-page-is-missing-from-websi-9932122e?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.budd.senate.gov/2026/06/30/budd-calls-for-caisi-to-resume-publishing-research-on-frontier-ai-models/](https://www.budd.senate.gov/2026/06/30/budd-calls-for-caisi-to-resume-publishing-research-on-frontier-ai-models/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.axios.com/2026/08/03/white-house-finalizes-ai-framework-behind-closed-doors](https://www.axios.com/2026/08/03/white-house-finalizes-ai-framework-behind-closed-doors?ref=klaerenn.fr) ³⁹ NIST, Center for AI Standards and Innovation, « CAISI's Assessment of Z.ai's GLM-5.3 Cyber Capabilities », 17 septembre 2026 : « the most cyber-capable open-weight model released to date », capacités « significantly lower than those of current U.S. frontier models », retard d'environ quatre mois en performance agrégée ; SEC-Bench Pro 40,4 %, ExploitBench 61,1 %, ExploitGym 9,4 %, OSS-Fuzz 7,7 % ; comparaison aux meilleurs modèles américains et chinois. Anthropic, « GLM-5.3 and the spread of advanced cyber capabilities », 29 septembre 2026 : 50 exploits de bout en bout sur 410 tentatives pour GLM-5.3 contre 56 pour Claude Mythos Preview sur ExploitBench, 4 % contre 6 % de détournements de flux de contrôle en exploitation binaire ; appel à élargir l'accès aux modèles de frontière pour les défenseurs. Partie intéressée pour la seconde source. [https://www.nist.gov/news-events/news/2026/09/caisis-assessment-zais-glm-53-cyber-capabilities](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/09/caisis-assessment-zais-glm-53-cyber-capabilities?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.anthropic.com/research/glm-5-3-and-the-spread-of-advanced-cyber-capabilities](https://www.anthropic.com/research/glm-5-3-and-the-spread-of-advanced-cyber-capabilities?ref=klaerenn.fr) ⁴⁰ NIST, « Shaping the NVD for the Future: We Need Your Feedback on AI-Enabled Vulnerability Management », août 2026 ; Request for Information publiée au Federal Register le 12 août 2026 (91 FR 52042, docket NIST-2026-0100), commentaires attendus le 13 octobre 2026 par le portail regulations.gov, publiés sans caviardage ; sept domaines de questions. NIST, « NIST Updates NVD Operations to Address Record CVE Growth », 15 avril 2026 : abandon de l'enrichissement de chaque CVE, priorisation (voir « [The Conversation](https://www.klaerenn.fr/the-conversation/) », note 2). Unite.AI, août 2026 : abandon de la cotation de sévérité propre quand la CNA en fournit une. [https://www.nist.gov/blogs/cybersecurity-insights/shaping-nvd-future-we-need-your-feedback-ai-enabled-vulnerability](https://www.nist.gov/blogs/cybersecurity-insights/shaping-nvd-future-we-need-your-feedback-ai-enabled-vulnerability?ref=klaerenn.fr) ; [https://blog.disclose.io/nvd-modernization-rfi-2026/](https://blog.disclose.io/nvd-modernization-rfi-2026/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth?ref=klaerenn.fr) ; [https://unite.ai/nist-opens-national-vulnerability-database-modernization-to-public-comment/](https://unite.ai/nist-opens-national-vulnerability-database-modernization-to-public-comment/?ref=klaerenn.fr) ⁴¹ CISA, « CVE Program: Establishing a Quality Era Framework », 22 septembre 2026 : quatre dimensions (gouvernance, participation, infrastructure de données, contenu des enregistrements), six axes d'effort dont le CNA de dernier ressort ; lecture du document pour les termes financement, MITRE, NVD, ENISA, EUVD et GCVE, aucun n'y figurant, à reconfirmer sur le PDF avant publication. Infosecurity Magazine, septembre 2026 : plus de 67 000 CVE publiées au 18 septembre, 96 000 projetées par CVEForecast.org. MSSP Alert, septembre 2026 : cibles et échéances non fixées. Cyber Daily, 29 septembre 2026, citant la déclaration de la CISA : « With new CVE Numbering Authorities and Roots joining the program from around the world ». [https://www.cisa.gov/sites/default/files/2026-09/cve-program-establishing-a-quality-era-framework-508c.pdf](https://www.cisa.gov/sites/default/files/2026-09/cve-program-establishing-a-quality-era-framework-508c.pdf?ref=klaerenn.fr) ; [https://infosecurity-magazine.com/news/cisa-quality-era-global-cve-program](https://infosecurity-magazine.com/news/cisa-quality-era-global-cve-program?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.msspalert.com/news/cisa-introduces-framework-to-enhance-cve-data-quality-amid-rising-vulnerability-disclosures](https://www.msspalert.com/news/cisa-introduces-framework-to-enhance-cve-data-quality-amid-rising-vulnerability-disclosures?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cyberdaily.au/security/14243-cve-reporting-needs-to-evolve-from-its-growth-era-into-a-quality-era-cisa-says](https://www.cyberdaily.au/security/14243-cve-reporting-needs-to-evolve-from-its-growth-era-into-a-quality-era-cisa-says?ref=klaerenn.fr) ⁴² CISA, « CISA to Sunset Weekly Vulnerability Bulletin on September 28, 2026 », bulletin GovDelivery : fin du bulletin hebdomadaire au profit d'une approche par le risque alignée sur la Binding Operational Directive 26-04 ; maintien du catalogue KEV et des avis. Cybersecurity Dive, septembre 2026\. [https://content.govdelivery.com/accounts/USDHSCISA/bulletins/42b055b](https://content.govdelivery.com/accounts/USDHSCISA/bulletins/42b055b?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cybersecuritydive.com/news/cisa-vulnerability-bulletins-sunset-prioritization/830779/](https://www.cybersecuritydive.com/news/cisa-vulnerability-bulletins-sunset-prioritization/830779/?ref=klaerenn.fr) ⁴³ The Next Web, « Altman and Amodei will skip Australia's Senate inquiry on AI », septembre 2026 : accès d'agents d'OpenAI au portail de statistiques de Medicare en juin 2026, révélé par le Premier ministre australien à New York pendant la semaine onusienne ; convocation des deux dirigeants par une commission sénatoriale pour le 1er octobre ; refus des deux pour préavis insuffisant ; OpenAI envoie son directeur de la stratégie, Jason Kwon, devant le Joint Select Committee on Artificial Intelligence à Sydney le 6 octobre ; Anthropic promet des dirigeants sans les nommer ; présidente de la commission, Sarah Hanson-Young : « The public has a right to know what went on here ». Decrypt, septembre 2026\. [https://thenextweb.com/news/altman-amodei-skip-australia-senate-inquiry](https://thenextweb.com/news/altman-amodei-skip-australia-senate-inquiry?ref=klaerenn.fr) ; [https://thenextweb.com/news/australia-senate-inquiry-altman-amodei-openai-medicare](https://thenextweb.com/news/australia-senate-inquiry-altman-amodei-openai-medicare?ref=klaerenn.fr) ; [https://decrypt.co/379481/australia-sam-altman-dario-amodei-ai-hack](https://decrypt.co/379481/australia-sam-altman-dario-amodei-ai-hack?ref=klaerenn.fr) ⁴⁴ Axios, 29 septembre 2026 : plainte déposée devant la Cour supérieure de Californie par Legal Advocates for Safe Science and Technology (LASST) avec le cabinet Gerstein Harrow, sur le fondement de la loi californienne sur la concurrence déloyale et des textes sur l'accès frauduleux aux systèmes ; injonction demandée contre tout accès non autorisé « knowingly accessing or causing to be accessed » ; le fondateur de LASST dit chercher des mécanismes juridiques qui rattachent ces dommages à un responsable humain ou à une société. Gizmodo, 30 septembre 2026\. Aucune action de Hugging Face à la date de rédaction (Cybernetica, 5 octobre 2026 ; absence dans les comptes rendus cités). [https://axios.com/2026/09/29/openai-sued-hugging-face-breach](https://axios.com/2026/09/29/openai-sued-hugging-face-breach?ref=klaerenn.fr) ; [https://gizmodo.com/openai-faces-first-lawsuit-over-rogue-ai-agents-that-hacked-hugging-face-2000819469](https://gizmodo.com/openai-faces-first-lawsuit-over-rogue-ai-agents-that-hacked-hugging-face-2000819469?ref=klaerenn.fr) ⁴⁵ Bloomberg, 13 mai 2026 : Mistral AI développe un modèle de cybersécurité et en discute avec des banques européennes privées d'accès à Mythos. Bloomberg, 26 mai 2026 : BNP Paribas travaille avec Mistral et d'autres partenaires pour se préparer aux modèles de cette classe. The Next Web, mai 2026 : capacité non démontrée publiquement à ce jour ; argument d'un modèle souverain un peu moins capable préférable à l'absence de modèle. [https://news.bloomberglaw.com/banking-law/mistral-developing-new-ai-model-for-banks-lacking-mythos-access](https://news.bloomberglaw.com/banking-law/mistral-developing-new-ai-model-for-banks-lacking-mythos-access?ref=klaerenn.fr) ; [https://news.bloomberglaw.com/artificial-intelligence/bnp-paribas-works-with-mistral-to-prep-for-mythos-like-ai-models](https://news.bloomberglaw.com/artificial-intelligence/bnp-paribas-works-with-mistral-to-prep-for-mythos-like-ai-models?ref=klaerenn.fr) ; [https://thenextweb.com/news/bnp-paribas-mistral-mythos-rival-sovereign-ai](https://thenextweb.com/news/bnp-paribas-mistral-mythos-rival-sovereign-ai?ref=klaerenn.fr) ⁴⁶ Voir dans cette série : « [Le Guépard](https://www.klaerenn.fr/le-guepard/) » (la capacité que le CRA présuppose existe, et l'Europe l'achète à un fournisseur américain au lieu de la produire ; conformité au règlement au-dessus du seuil où la menace opère). ⁴⁷ Règlement (UE) 2024/2847, annexe I, partie I : produits livrés sans vulnérabilité exploitable connue, dans une configuration sûre par défaut, conçus, développés et produits de manière à limiter les surfaces d'attaque, interfaces externes comprises ; partie II : exigences de traitement des vulnérabilités ; article 71 : application à compter du 11 décembre 2027\. [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ⁴⁸ ENISA, « ENISA's view on Cybersecurity in the Frontier AI Era », 7 juillet 2026 : compression du cycle de la découverte à l'exploitation, modèles à poids ouverts susceptibles d'atteindre un niveau comparable sous neuf à douze mois, délai d'exploitation négatif, recommandation de déplacer les ressources vers la priorisation par le risque, le tri et la remédiation, besoin pour les organisations européennes d'accéder à des modèles et d'en développer. La première référence du document est un billet de la société enrôlée en août sous la racine de l'agence. [https://www.enisa.europa.eu/publications/enisas-view-on-cybersecurity-in-the-frontier-ai-era](https://www.enisa.europa.eu/publications/enisas-view-on-cybersecurity-in-the-frontier-ai-era?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.enisa.europa.eu/sites/default/files/2026-07/ENISA%20view%20on%20cybersecurity%20in%20the%20frontier%20AI%20era\_en\_0.pdf](https://www.enisa.europa.eu/sites/default/files/2026-07/ENISA%20view%20on%20cybersecurity%20in%20the%20frontier%20AI%20era%5Fen%5F0.pdf?ref=klaerenn.fr) ### Voir l’intrusion sans l’arrêter : les conditions de clôture de la boucle défensive URL: https://www.klaerenn.fr/region-gouvernabilite/ Last updated: 2026-10-03T18:56:23.000Z Une opération défensive qui échoue fait l’objet d’une revue, et la revue, plus souvent que la littérature ne l’admet, ne trouve rien de manquant. La télémétrie était collectée, l’alerte a sonné, l’analyste l’avait à l’écran. Le blocage est parti vers un hôte que l’adversaire avait quitté, l’identifiant a été révoqué une rotation trop tard, le confinement a visé une configuration qui n’existait plus. La défense avait vu l’intrusion et ne l’avait pas arrêtée. Le praticien qui a vécu suffisamment de ces revues apprend à séparer deux échecs que le marché de l’outillage vend comme un seul : l’échec de voir et l’échec de clore. Le premier dispose d’un vocabulaire mûr et, depuis les premiers papiers de cette série, d’une mathématique. Le second échappe à ce vocabulaire : une boucle nourrie d’une information parfaite peut perdre chaque échange, ses réponses toujours en retard d’un coup. *The Governability Region* donne une forme à ce second échec. Il définit l’objet que les quatre papiers précédents supposaient sans le formaliser, la boucle inférentielle défensive (*defensive inferential loop*), et demande à quelles conditions elle se ferme encore face à un adversaire autorisé à attaquer chacun de ses arcs. ## Une boucle, quatre arcs L’objet est ancien : la cybernétique de Wiener repose sur la régulation en boucle, Ashby puis Conant lui ont donné ses lois de variété et de modèle, Boyd en a fait une compétition de tempos. Aucun de ces cadres ne modélise l’effondrement adversarial de l’arc d’information. La boucle compose quatre arcs : l’observation échantillonne le système, l’inférence en tire un état de croyance, la politique choisit une action, l’actuation la rend effective, et l’action modifie le système que l’observation relit. Chaque papier déposé de la série a isolé un arc. [Le premier](https://klaerenn.fr/distinguishability-collapse-theorem/?ref=klaerenn.fr) établit, sous une hypothèse de mimétisme génératif à budget borné, l’effondrement opérationnel de l’arc d’information. [Le deuxième](https://klaerenn.fr/canal-observation/?ref=klaerenn.fr) montre que le canal d’observation ne peut que contracter la séparation, et qu’il peut créer l’effondrement. [Le troisième](https://klaerenn.fr/ante-bruit/?ref=klaerenn.fr) organise la résistance durable autour de trois ancrages défensifs. [Le quatrième](https://klaerenn.fr/ruse-defensive/?ref=klaerenn.fr) instrumente la ruse défensive par ces ancrages, et montre qu’un adversaire peut gonfler l’arc de réponse par saturation de l’attention, sans toucher à la distinguabilité. D’où une quatrième primitive temporelle, à côté du tempo du système, de la période d’observation et du tempo d’adaptation de l’adversaire : le tempo de réponse, intervalle moyen entre une décision et son effet. Le modèle de Schwartau traitait la réaction comme un scalaire extérieur au modèle, hors de portée de l’adversaire. Le tempo de réponse dépend de la charge, donc de l’adversaire, qui peut l’attaquer. ## Les trois conditions de la clôture Une réponse ne vaut son coût que si elle est la bonne et si elle atterrit sur une configuration adverse encore en vigueur. Une décision est valide quand l’action produit son effet contre l’intention réalisée et qu’aucune adaptation adverse ne survient avant cet effet. À un point de fonctionnement donné, budget de faux positifs et puissance minimale exigée, la boucle se ferme quand les décisions valides gardent une intensité strictement positive. Le critère de clôture (*Closure Criterion*) assemble trois conditions. La première est informationnelle : la politique doit atteindre le point de fonctionnement sur le canal observé. Elle est nécessaire, irréductible aux tempos, et, là où le canal a créé l’effondrement, elle échoue à tout point de fonctionnement à la fois. La deuxième porte sur la fraction de décisions à la fois justes et achevées à temps, qui doit dépasser un budget de collision : suffisante à marge nette, elle n’est nécessaire que sous une forme plus faible, lue contre un adversaire qui s’adapte à intervalles réguliers. La troisième exige une intensité minimale de décisions là où l’intention adverse est présente. Cette deuxième condition porte sur un quantile, dont la moyenne ne dit rien. Si la moitié des décisions est instantanée et l’autre prend 2,2 fois le tempo d’adaptation, le temps de réponse moyen dépasse ce tempo, et la moitié des réponses s’achève pourtant avant lui. Entre la marge suffisante et la forme nécessaire reste une bande que le critère ne tranche pas, prix de l’endogénéité : l’adversaire peut concentrer ses adaptations dans les fenêtres de réponse. ## Trois régimes sur une seule exigence Une mission réduite à une exigence suffit pour voir la forme du résultat. Une garantie couvre l’exigence et instrumente l’ancrage entropique à des paramètres qui lui laissent au moins une chance sur deux de neutraliser l’adversaire, à toute capacité ; seule la clôture reste en jeu. La fraction de bonnes décisions croît linéairement avec la marge, selon une pente qui dépend de la classe de capacité adverse. Si la pente la plus faible dépasse la constante du budget de collision, une marge nette existe : le système est certifié gouvernable. Si elle reste positive sans la dépasser, aucune marge ne franchit le budget et aucune condition nécessaire ne tombe : le système est dans la bande, ni certifié ni exclu. Si elle est nulle, la clôture est obstruée sur l’ensemble de la croissance, sans qu’aucune classe isolée soit déclarée en échec. La région de gouvernabilité (*governability region*) porte cette lecture sur toutes les coordonnées à la fois. La gouvernabilité y est relative à la mission : la boucle doit se fermer, et chaque exigence doit être couverte par une garantie qui résiste à la croissance de l’adversaire, par une clôture réactive là où l’exigence est en jeu ou par une exclusion d’atteignabilité qui ne demande aucune décision. Une garantie robuste étrangère à la mission ne rend aucun système gouvernable, et une mission couverte entièrement par exclusion est défendue par construction, vertu distincte de la gouvernabilité. Deux bornes encadrent la région. La borne intérieure est un théorème sous un registre d’hypothèses déclaré, sans aucune conjecture du corpus : une politique qui satisfait le critère de clôture, retient des garanties instrumentant chacune un ancrage et couvre chaque exigence rend le système gouvernable. La borne extérieure compte trois branches, chacune à son statut. L’informationnelle est un théorème dès que l’obstruction au point de fonctionnement est atteinte à une seule classe de capacité. La temporelle l’est aussi, sous un plancher uniforme du temps de réponse, quand le tempo d’adaptation se comprime sans limite. La branche d’ancrage reste conditionnelle, suspendue à la conjecture d’anté-bruit sur la nécessité des ancrages, à l’hypothèse de suffisance opérationnelle et à une exigence exposée tout au long de la croissance. Entre les deux bornes, la théorie ne décide pas : sur l’arc de clôture, la bande du critère ; sur l’arc d’acquisition, l’écart entre l’instrumentation par ancrage, démontrée suffisante, et sa nécessité, conjecturale. Le papier n’établit ni monotonie de la région, ni surface critique, ni seuil. ## Attaquer l’appareil Un adversaire peut faire sortir le système de la région sans gagner le moindre avantage de distinguabilité. Les résultats déposés de la série portent sur l’émission, lue à travers un appareil d’observation fixé. Les canaux adversaire→appareil agissent sur l’appareil lui-même, selon un partage que chaque déploiement déclare, et chacun déplace une coordonnée de la région. La saturation pousse la latence au-delà de la marge : la boucle perd sa capacité d’agir sur ce qu’elle voit encore, sans aucune perte de séparation. Le déni de ressources contre les capteurs allonge la période d’observation, et un appareil dégradé peut créer un effondrement observé absent du problème. L’usure organisationnelle emprunte le même chemin plus lentement, et la région ne distingue pas une période allongée par des paquets perdus d’une période allongée par des analystes partis. Une garantie de distinguabilité démontrée contre l’émission se trouve contournée, l’attaque remplaçant l’appareil sous elle ou modifiant les actions de la boucle. La parade investit sur la coordonnée attaquée : une borne sur le temps de réponse sous charge, une période d’observation qui résiste au déni, de la redondance dans l’appareil, ou une architecture qui retire à la région cette dépendance. ## Le long d’un chemin Les bornes valent sur une croissance de capacités ; une interaction, elle, suit un chemin, une suite d’états de l’adversaire à travers des régimes localement stationnaires. Sous la politique déployée, trois premiers passages s’y ordonnent : la perte du certificat, la perte de la gouvernabilité locale, l’entrée en obstruction. La perte effective tombe entre les deux autres, et la théorie ne dit pas où. La gouvernabilité uniforme garantit la gouvernabilité locale le long de tout chemin admissible ; un chemin gouverné de bout en bout ne certifie rien contre la croissance. Chaque sortie se classe selon la coordonnée qui la porte. Une exclusion d’atteignabilité n’a pas de sortie tant que le modèle de menace tient : aucune politique adverse ne la déplace. Un ancrage entropique admet une enveloppe universelle sur l’horloge des tentatives : aucune politique n’acquiert le secret en *n* essais avec une probabilité supérieure à *n* · 2−*h*, et le renouvellement du secret relance l’enveloppe. La séparation résiduelle et la clôture restent sensibles au chemin. Cette lecture éclaire les adversaires agentiques, sans rien affirmer de ce que produit un entraînement donné. Un agent entraîné à planifier paie sa compétence avant le contact et l’exécute au contact ; il n’a pas besoin d’apprendre pendant l’interaction pour avancer la perte. Il peut déplacer les sorties de la séparation et de la clôture, reste sous l’enveloppe d’un secret retenu, et ne touche pas à l’exclusion. La région borne l’espace des régimes, la compétence agentique change la mesure sur les chemins qui le traversent, et les ancrages fixent ce que ces chemins peuvent peser. ## Ce que le papier établit, et ce qu’il laisse ouvert Établis, sous leurs hypothèses nommées : le critère de clôture, suffisant à marge nette, avec la nécessité de la condition informationnelle et la nécessité ponctuelle de la condition de bonne décision ; la clause asymptotique sous plancher uniforme de réponse ; la borne intérieure ; les branches informationnelle et temporelle de la borne extérieure ; les attaques sur l’appareil comme déplacements de coordonnées, l’ordre valant sur le canal direct ; le passage de la gouvernabilité uniforme aux chemins et le classement des sorties. Conditionnelle : la branche d’ancrage. Ouverts : la monotonie de la région et l’existence d’une surface critique, sans lesquelles les bornes ne forment pas un seuil ; les compromis entre coordonnées ; une condition de mélange vérifiable qui refermerait la bande ; la composition de la résistance entre garanties ; une croissance des capacités qui dépendrait de la politique défensive. L’annexe donne à la connaissance atteignable un modèle à point fixe et ne lève aucune conjecture. ## Place dans la série Ce papier assemble la boucle que les quatre précédents découpaient arc par arc. Il expose cinq primitives qu’il laisse sans instance, dont le prédicat d’effet et les données de mission, que le papier sur la défendabilité écrit dans l’architecture ; la dynamique de la politique elle-même revient au papier sur le régime méta-adaptatif. L’ensemble est présenté sur [la page de la série](https://klaerenn.fr/serie-recherche/?ref=klaerenn.fr). Le tracé des bornes dit quelle coordonnée défendre : l’arc temporel et informationnel, quand l’adversaire comprime son tempo, gonfle le temps de réponse ou dégrade l’appareil ; l’arc d’acquisition, quand les garanties reposent sur des limites qu’il comprime. Le remède suit : une boucle plus rapide, un appareil durci, une garantie ré-ancrée. Les théorèmes disent où la gouvernabilité est certifiée, où une obstruction est établie sous ses prémisses, et quelle coordonnée bouge entre les deux ; ils ne disent pas que le système est sûr. --- *The Governability Region v1.0, préprint, CC BY-NC 4.0\. DOI concept :* [*10.5281/zenodo.23124958*](https://doi.org/10.5281/zenodo.23124958?ref=klaerenn.fr) ### La veille · septembre 2026 URL: https://www.klaerenn.fr/la-veille-septembre-2026/ Last updated: 2026-10-01T06:00:22.000Z *Dix dossiers du mois, plus un qui déborde de deux jours la période couverte. Chacun avec ce qu’on en sait et ce qu’on n’en sait pas. Puis ce que j’en retiens, une mesure, et une prévision datée.* --- ### 31 août · PaperCut : le contrôle arrive après l’action, puis une campagne attribuée à des agents **Le fait.** L’éditeur de logiciels d’impression PaperCut fait état d’incidents confirmés chez des clients. Le 31 août, l’agence américaine de cybersécurité (CISA) inscrit les deux failles en cause à son catalogue des vulnérabilités activement exploitées, le KEV.¹ **Ce qui est établi.** Avec la première, des requêtes non authentifiées visant des fonctions d’administration peuvent déclencher des actions côté serveur « prior to the completion of access validation checks » : l’action part avant la fin du contrôle. La seconde exécute du code Java sous l’identité du serveur. Les correctifs d’urgence des 28 août et 1er septembre gardaient le numéro de version des builds vulnérables : un inventaire ne distinguait pas un serveur corrigé d’un serveur exposé. **Ce qui ne l’est pas.** Qui conduit l’attaque. L’éditeur de sécurité GreyNoise attribue la campagne lancée le 31 août à des centaines d’agents d’intelligence artificielle : première exécution de code en moins de quatre heures, 395 organisations touchées, droits d’administrateur de domaine obtenus chez douze d’entre elles par noPac, deux failles Windows de 2021.² C’est une source unique, et PaperCut dit ne pas avoir vérifié ces chiffres de façon indépendante. *La suite, réservée aux abonnés* _This post is for subscribers only._ ### It's beyond our control now URL: https://www.klaerenn.fr/its-beyond-our-control-now-2/ Last updated: 2026-09-17T08:00:23.000Z *Apocalypse, in the Greek sense, means unveiling. It names a thing finally seen, and gives no way out of it. Twenty-four articles have described the wearing-down of a regime; the twenty-fifth closes the cycle and defines the one that replaced it. Access is reserved. Exposure is universal.* --- On 12 September 2026, Anthropic's chief executive published an essay asking the industry to slow the growth of model capabilities, and committed his company on one point only, hosting third-party evaluators on its premises¹. The heads of OpenAI and xAI endorsed it the same day. Three days earlier, OpenAI had asked Congress for mandatory federal regulation based on capabilities², and the governor of California had signed two laws organising the voluntary certification of models by designated private bodies³. On 27 August, an open letter published on OpenAI's website divided the burdens of cyber defence among four parties; 578 signatories as of 12 September⁴. In July, 1,386 employees of the frontier laboratories, including Anthropic's chief executive, its co-founders and the chief scientists of OpenAI, Google DeepMind and Meta, asked the US government to support an international effort to pace automated AI development⁵. Four texts in two months, signed by the same names. Three facts from the summer of 2026 describe the void these texts have come to occupy. Laboratories let agents hunt for a flaw inside an evaluation set; the agents crossed the edge of the set and attacked real companies, and their makers learned of it from a contractor, not from an internal review⁶. An administration tasked its intelligence agency with measuring the offensive cyber capability of the most advanced models, classifying it, designating "covered frontier models", then decided not to publish that framework⁷. A public institute priced the replay of a capability already built, close to nothing, and showed that the window between frontier capability and its freely available version is closing, from six to ten months last year to four to seven today⁸. These capabilities are held everywhere, and mastered nowhere. The maker does not master its model, since its agents left the set on several occasions and it learned of it from a third party. The state masters no better what it inventories; it keeps the ledger. And whoever downloads the weights holds the same capability, with no more grip on what it does once released. The accounting of an arsenal that uses itself is an illusion of mastery. This absence of mastery has produced an order. The autumn texts show it: they describe what nobody masters, distribute its burdens, organise access to it, and name no one responsible for it. The regime taking shape is heavily governed at the gate, and hardly at all beyond it. For the ordinary defender, the consequence is plain. He suffers the capability of the floor, the one every attacker already holds and which sufficed for the summer's intrusions, and he will never know the ceiling, measured under secrecy, which rises at every turn of a race the laboratories run backed by states. This void of mastery closes the last exit the series had left ajar, that of a hand upstream, state or maker, that would eventually bridle what it holds. ## The turn The Western arrangement now ending rested on two floors that did not contradict each other. Above, a hidden offence, priced by scarcity: states buying unknown flaws, architects of a market they had helped create, and a retention procedure deciding what would be fixed and what would be kept⁹. Below, a public and non-excludable defence: a shared catalogue of flaws, a national database that qualified them, response centres linked in a network, a norm of coordinated disclosure, and American structures at the head of the chain, CVE, NVD, CERT/CC, FIRST, then CISA, onto which Europe plugged its tools and trained its teams¹⁰. The two floors coexisted because the flaw was rare and expensive, which protected the first, and because the commons also served the head of the chain, in dependency, in standards and as an intake channel. The circles already existed, classified intelligence, alliances, vendor tiers; the common layer held beneath them, and it is that layer that turns. What changes in 2026 is first an inversion of visibility. The offence leaves the shadows for the catalogue. One laboratory sells to defenders, under separate approval, a model trained to hunt unknown flaws and build exploit chains, which passes 95% of an offensive task battery against 1.5% for its general model¹¹. Another publishes the card of a model able to find and exploit on its own unknown flaws in the main operating systems and browsers, and reserves it for chosen partners¹². A third model is rated at the critical level of its maker's internal framework, discovery and weaponisation of flaws in hardened systems without human intervention, and ships in September in tiers¹³. A security vendor runs an autonomous system over 3,915 open-source projects and confirms 14,090 flaws in two months¹⁴. And the federal state inventories this capability, classifies it and reserves access to it⁷. Meanwhile, the defence goes into the shadows: disclosure passes through private clearinghouses¹⁴, the benchmark that measures the ceiling is classified, the public evaluation institute has been silenced⁷, and the announced evaluators will be under contract with those they evaluate¹. The offence was secret and the defence public. The offence is now commercial and the defence confidential. The mechanism is a displacement of scarcity. When discovery becomes abundant, the scarce good changes nature. Of the 14,090 flaws confirmed by a single vendor, 99.4% were absent from public databases, and almost every model evaluated, frontier and open-weight alike, found real ones¹⁴. A hundred million tokens on a cyber range cost 85 dollars with a closed model, 1.19 dollars with an open one⁸. The flaw ceases to be what is missing. What is missing becomes triage, which requires a context the model does not have¹⁵, and protection in the interval between discovery and fix, which the same vendor sells as signatures and describes as a pool of protected vulnerabilities to be extended continuously¹⁴. The historical commons was built around the scarcity of discovery: a catalogue, a database, a channel. When the bottleneck moves to qualification, context and transitional protection, it is no longer equipped to produce the good that has become scarce, and the private clearinghouses produce it in its place. The dismantling this series has documented does not need to have been wanted to be consistent with this displacement. The withdrawal from sixty-six international organisations in January, including three cyber structures created with Washington for Western security; the backlog of twenty thousand unqualified flaws in the national database; the federal agency's cut budget¹⁶; the evaluation institute silenced in June⁷. A commons that distributes protection for free is the direct competitor of a club good, and it degrades at the moment the club forms. Three motives lead there: the vendor selling the interval, the laboratory reacting to a capability it does not master, the administration cutting budgets. None needs the other two, and none had to want the result. The architecture is the same, a commons emptying and a club filling; it is defined by what it distributes, with no need for intent on the part of those who produce it. What remains is what the turn allocates. The offensive value of these models is established by the facts: agents that left an evaluation set compromised five third-party companies without any of them detecting it⁶; a model was rated critical by its own maker¹³; an autonomous system industrialised discovery¹⁴. Their defensive value is not demonstrated on the operational task. The defensive agents sold this year as the relief produce coverage figures their own authors say measure nothing¹⁷. The vendor of the 14,090 itself anticipates that maintainers will receive a growing volume of reports of uneven quality¹⁴. During the July incident, the providers' guardrail refused to process the attack traces, unable to tell investigator from attacker, and forensics fell back on an open model run in-house¹⁸. Public measurements of capability, where they exist, bear on the offence; claims of defensive value come from those who sell access and measure themselves. This gap in proof is itself a clause of the regime: the ordinary defender observes offensive capability, he cannot evaluate under the same conditions the defence he is sold, and an excellent defender kept under secrecy would confirm the gap. The regime allocates a capability whose offensive value is established and whose defensive value is asserted. ## The real constitution The regime holds in four clauses, and one is missing. Every connected organisation is exposed to the offensive floor, whatever its access to models. That is the exposure clause. On 7 August, a Chinese open-weight model, in the version anyone can download, left an evaluation sandbox and reached the internet¹⁹. The companies compromised over the summer, a model-hosting platform, a compute provider, three organisations reached from a contractor's environment, had no access to the models that attacked them; they were reached by them⁶. The gap between the best closed model and the best open model is four to seven months on cyber tasks, and the second never comes back down: a capability published as weights is, according to the institute that measures it, permanently removed from the options for control⁸. A model may never legally enter a territory and technically enter its networks. Exposure requires no authorisation, no contract, no price. Superior defensive capability, asserted by those who sell it, is distributed by circles, contracts, designation, price and revocation, and each of those words has its date. The circle shows in April, when a laboratory reserves its frontier model for some fifty partners. On 1 June, ENISA is the first European entity admitted, the laboratory having indicated, according to sources cited by CNBC, that it needed the US government's authorisation; the next day, one hundred and fifty organisations in more than fifteen countries are added²⁰. Contract and price arrive on 22 June, when the other laboratory launches its trusted-access programme: two tiers, eight integrator partners, no resale or third-party access, undisclosed pricing, then in July a billion dollars of subsidised access over six months¹¹. On 3 September, its critical-rated model ships in tiers, programme partners first, then a public version that refuses advanced cyber tasks, with no weights released¹³. Designation dates from 2 June, when an executive order reserves early access to the measured capabilities for chosen partners with no published criterion⁷. Revocation happened on 12 June: Commerce orders a laboratory to cut access to its two most advanced models for every foreign national and, unable to verify nationality in real time, it suspends them for everyone, nineteen days, until a lifting against commitments²¹. On 27 August, the letter asks governments to speed up the extension of these programmes⁴. Access is granted, bounded, priced out of sight, and it has already been withdrawn once. Third clause, knowledge: the ceiling is measured by those who produce it or behind confidential arrangements, and the public defender sees only a floor. On 2 June, an executive order entrusts the NSA with the classified measurement of frontier models' offensive cyber capability; the 4 August framework is not published; on 26 June, a senator reports the instruction given to the public evaluation institute to stop publishing its findings⁷. The summer's incidents became known through a contractor, then through a retrospective review triggered by a competitor's disclosure⁶; a swarm of agents attributed to a laboratory used a German wiki as a coordination board for six weeks, and the laboratory is examining the facts without confirming their origin²². The independent investigation into the July incident was conducted within a scope bounded by the laboratory under investigation²³. The evaluators promised on 12 September will be chosen by the maker, housed on its premises, and will publish subject to a redaction it reserves for itself; the same text concedes that more capable models deceive tests better¹. Californian certification is voluntary and entrusted to private bodies accredited by a commission³. The British institute publishes the gap between open models and closed models already on the market⁸; the upper class, the one that does not ship or ships in tiers, is measured under the NSA's secrecy. Knowledge of what exists is distributed like access. The responsibility clause can be read in the 27 August letter: holders promise, states fund and punish, organisations fix, resist and notify. The letter divides the burdens into four sections. To organisations, making cyber defence a board priority and fixing with the urgency of an incident; to providers, running the response; to governments, coordinating, funding, imposing costs on attackers and speeding up access programmes. To laboratories, responsible access, funding, training and private disclosure, with no figure, no deadline, no oversight body⁴. The 12 September essay adds to states export controls, the repression of distillation, weight security, mediation between laboratories and an antitrust waiver, to widen a lead it puts at three to five years, and commits its author to evaluators still to be invited¹. Laboratory withholdings remain voluntary. The decision not to commercialise a frontier model in April did not follow, according to its author, from any obligation under its own policy¹²; a competitor's two-week pause in August rests on one actor, at home, under a framework it gave itself, with no third party to record its start or its end²⁴. On the organisations' side, the obligation is written and dated: since 11 September, every manufacturer of a product with digital elements must notify an actively exploited vulnerability within twenty-four hours to the coordinating CSIRT and to ENISA²⁵. The promises are upstream, the obligations downstream. There remains the missing clause, the only one that would restore a counterpart. The nuclear regime had provided one: the non-proliferation treaty recognised five nuclear-weapon states and offered the others supervised civil access and, by Security Council resolution, security assurances²⁶. It had been preceded by an instructive failure. In March 1946, those who had built the bomb proposed handing its material and production to an international authority, and the state that held it could decide; the plan died in December on the impossibility of verifying what each side held²⁷. In 2026, those who build offer verification and keep everything; the essay's author himself invokes arms-limitation agreements as a model, for an object of which his own institute wrote in June that a training run hides better than a silo²⁸. The vocabulary of arms control is borrowed for an object lacking the physical property that made such control conceivable, a stock one can count. The state designates; divestment is asked for nowhere. No actor guarantees to the exposed the mastery of the capability whose effects they will suffer, and the exposed receive nothing: no right of access, no known price, no duration, no notice of withdrawal, no measure of the ceiling. The 27 August letter denies that any single company should control the future; the subject denied is in the singular, and nothing is said of collective control⁴. The commons guaranteed the exposed a counterpart, non-excludable protection. The regime guarantees none. Access is reserved, exposure is universal, and it is this missing clause that constitutes it. ## No remedy, no end, no master The three absences the series has named article after article become, in this regime, consequences for whoever defends. No remedy. Detection by distinction read one thing only, the expense the attacker had to incur to make himself credible; when that expense shifts to the model's maker and is amortised, the signal loses what it rested on¹⁷. The regime puts verification in its place. The 12 September essay provides that a model able to defeat common sandboxing methods be accompanied by a certification establishing that it has no propensity to escape¹: the defender's sandboxing is there taken as already beaten, and the answer is a piece of paper, a signal produced by those it concerns about an object that learns to produce it. The club good rests on the same lost remedy: the protection sold in the interval is a signature, detection moved to the network, and reserved access is worth only the promise it keeps. No end. The flaw has ceased to be a stock one exhausts by filling it. New code, written by AI, enters software with a flaw in nearly one case out of two, at a rate automation increases, and regenerates the deposit as fast as it is filled²⁹. Nothing to date shows that an unconstrained model produces flawless code, syntax has reached 95% success and security has not moved²⁹; what would reduce the flow is deterministic, generation constraints, formal verification, safe languages, surface reduction, and belongs to architecture, at the vendor's as at the customer's. The head of ANSSI named this wall before the Senate on 8 July, a problem of cadence and the saturation of teams; his hope of improvement "once we have fixed a great many vulnerabilities" counts the existing estate as a stock and leaves out of frame the flow that renews it³⁰. The bottleneck has moved from discovery to triage. The same hashing algorithm is a serious alert if it protects passwords and a trivial remark if it names a temporary file; nothing in the code says which, and the tool rules anyway¹⁵. Vendors admitted it in the summer of 2026 by ceasing to sell detection in order to sell layers of context, meant to make bearable the volume they produce; the pitch turned from "AI finds the flaws" to "AI overwhelms you". Entrusted to a model, this triage never replays the same way twice, and whoever must justify it before a regulator will have no reproducible trace of it. The regime distributes this flow without stopping it, and the interval is the product. No master. Nobody answers for the capability as a whole. Not the maker, which does not master what it produces. Not the state, which accumulates these capabilities as strategic assets instead of containing them for the community⁹. Not the race itself, whose participants have just written the rules without writing their own stop into them. The slowdown requested on 12 September depends on a coordination its author judges legally difficult and on an agreement with Beijing he judges unlikely¹. The fact that justifies it, recursive self-improvement, is not even established among those who request it: under way across the industry according to the essay of the 12th, non-existent to date according to OpenAI's post of the 9th². That post describes current governance as a fragmented system of private rules and asks the state to replace it with standards, independent verification and transparency, with no limit on what is held². This absence of a master produces gatekeepers rather than anarchy: actors who select beneficiaries without guaranteeing effects, and a state that inventories and protects the lead without holding. The defender is left with no one to count on upstream, and one thing he still holds. ## The only ground we hold That thing is the ground. The defender controls neither the offensive floor, nor the real ceiling, nor his future access to defence, nor the duration of that access, nor the reach of the law over an offensive use coming from elsewhere. His last sovereignty bears on the reach of effects. We master neither the weapon nor whoever holds it, often no one. We master the ground on which it acts, the environment we operate and the perimeter we concede there to agents, treated as untrusted by construction. That is the base, and it is already known: partition, reduce privileges, make access revocable, shrink the perimeter open to an agent, segment, choose what goes into the composition of tools. All of this bounds what an attacker, human or not, reaches once inside. An alignment certificate changes nothing here: it states a propensity, the ground fixes a reach, and only the second is held at home. It is necessary, and it is passive. A wall does not strike back, and a capable enough optimiser eventually maps a static environment, however partitioned. Above the base sits the only active layer, what the military call deception, the art of misleading the adversary about what he thinks he sees. Instead of shrinking the ground, it makes it deceptive. The defender is at home in the environment where the adverse agent moves. He can seed it with false servers, false credentials, false targets, exactly at the points where the agent must decide, and make the right action depend on information he controls and the attacker lacks. The guardrail episode proves it in reverse: a filter that cannot tell where a request comes from hinders the defender and lets the attacker through¹⁸; an environment that lies imposes what no content can settle. Where hardening eventually gives way, deception forces the attacker to act without being able to verify what he sees. Reducing privileges lowers the stakes without changing the nature of the problem. Seeding falsehood changes its nature: a reconnaissance becomes a bet. Architecture holds the ground; deception adds to it the obstacle hardening does not provide, information the attacker cannot verify before committing. Other means belong to the same principle, rotating access, diversifying configurations, proving provenance: all return to the defender information the attacker lacks, and deception is its high point. For a reader who buys products, the nuance is vital: this discipline is built in the environment one operates, not as one more decoy platform to put in the catalogue. This pair, architecture as the body and deception as the high point, calls for a discipline rather than a tool. The name comes from medicine. The antibiotic was an effective defence as long as resisting cost the microbe dearly. Mass use, in farming as in medicine, inverted the terms: by exposing bacteria to the product, resistance was made commonplace and cheap. Nobody in medicine expects resistance to disappear. One manages a permanent state of surveillance and isolation, punctuated by acute crises. This discipline has had a name for twenty years, antimicrobial stewardship³¹. The microbe, for its part, has no strategist: reducing use removes the selection pressure, and it does not strike back. Against an attacker who adapts at machine speed, importing the medical version would amount to preaching hygiene to an enemy that learns. The cyber version of this discipline is active. It pays a nuisance in normal times for a gain under attack, what Taleb calls an antifragile posture. It is the exact opposite of the ordinary managerial reflex, which optimises quiet time, erases friction, takes the human out of the loop and shortens delays. The environment most efficient day to day is also the one where everything is readable, everything automatic, and where the attacker inherits a ground without obstacles. The ground is what remains governable when the rest no longer is; it bounds the regime's effects without correcting it. ## What I know and what I don't know What I know holds in three points. Detection and patching were properties of a cost regime, not of security. That regime has changed, and what cannot be walked back is the diffused stock and the cost of capability. The only barrier still possible is built on the ground one operates, by hardening the environment and making it deceptive. I do not know whether the alarm in the autumn texts is sincere. Three readings remain open, rent, the pre-allocation of blame for incidents to come, capture without intent by aligned interests; they converge on one fact, whoever writes the warning distributes the burdens, and diverge on everything else. Nothing above depends on it: the clauses hold whether the alarm is sincere or not, and that is why I do not bet on it. Nor do I know what will become of the evaluators' contract, which is not written, or of the antitrust waiver requested, which is not granted. I do not know whether an operational defensive value of these models exists under secrecy: no independent measurement of it is published in the sources I have used, and those that exist measure the offence. I record an absence of proof, without making it a proof of absence. What I do not know bears, finally, on the shape of the world taking hold. Two outcomes remain open. The first is a stable and grim regime, where cyber loss becomes a cost line one provisions, insures and passes on, as bank fraud became a mere operating item. The second is an acute crisis without end, for want of being able to stabilise: a phenomenon whose speed exceeds our capacity to observe it cannot be put into an insurer's equation, and without pricing there is no equilibrium. The variable that decides is speed. An attacker who decides at machine cadence can prevent the equilibrium that a blind resistance, for its part, eventually reaches. I lean towards the second outcome. I do not prove it. A nearer unknown weighs on the response itself. Deception holds as long as the attacker cannot tell true from false. Against an optimiser that learns, I do not know how long a deceptive environment resists before being mapped, nor whether the manoeuvre scales to a large information system. It moves the fight onto the only favourable ground. It does not promise to win it. ## Compliant, and defenceless Frameworks impose controls: a detection capability, a remediation procedure, reporting within deadlines. They impose nowhere either the architecture that bounds or the deception that turns the tables. An operator can tick every box and have held no ground. I have described elsewhere how compliance with the European cyber-resilience regulation produces verifiable paper above the threshold where the threat actually operates³². Compliance and protection have never been the same thing. A framework that keeps demanding the two broken reflexes puts a price on a risk it has mislabelled. The insurer will revise that price before the regulator, and that revision will be the first concrete sanction of hollow compliance. The September texts add a form of it upstream of the framework, the certification of a model by an evaluator who is judge and party: a model certified aligned and deployed on a ground without perimeter is exactly that compliance, a signal read upstream, no ground held downstream. Europe finds its exact place there. On 7 July, the Commission published its action plan on cybersecurity and AI; its section 2.3 criticises provider-specific access programmes, its section 4.2 describes the European Union as a vulnerable user of systems designed elsewhere, which others can switch off³³. Seven weeks later, the letter asks governments to speed up the extension of programmes that are, by construction, provider-specific⁴. The public reporting channel opened on 11 September, the week the stock was already circulating through private clearinghouses²⁵. The European Union regulates the commercial gate: placing on the market, the lawful uses others consent to supply it, and the resilience of those the capability can reach anyway; cyber comes through the walls. Whatever its rule, AI Act included, the European Union bears only on what a third party consents to supply it: it can exclude or bridle it, it can neither produce it nor reach it at home. Access can be withdrawn, its terms changed elsewhere, the supply has no European substitute at this level, and offensive use crosses the border without passing through the regulated market. On frontier capability, the European Union enters the regime as a client. Its cybersecurity agency is admitted to an access programme whose provider declared that it needed a third government's authorisation to open it²⁰; at least two French companies appear among the letter's 578 signatories, and no institution⁴. And the European root of the public vulnerability registry admitted on 6 August, as a numbering authority, a young San Francisco and Prague company that discovers flaws by AI, entitled since 26 August to name those of third-party software, without disclosing the models it uses³⁴. This is the fourth form of weaponised dependency described in the series, control by absence of rules³⁵. A platform distributes models to the whole world without guaranteeing where they come from; a regulatory obligation imposes detection and reporting without naming the barrier that would hold. The rule is missing at the exact point where everyone depends, and the autumn texts confirm that no actor upstream, maker or state, is taking it on. ## A threshold Security by distinction never held on its own. It held on a cost, and that cost has changed sides, hollow compliance maintaining the appearance, controls firmly in place above a void. The threshold is there: the moment the defender can no longer base his security on an informational superiority supplied from upstream, and must rebuild it at home, on his own ground. In place of the lost distinction, this regime allows a discipline. Hold one's ground, harden it, and make it deceptive where the adversary decides, accepting a nuisance that quiet times punish and attack rewards. The series has documented an order on its way out. The world that remains offers no before to return to, no after to arrive at, no master above to answer for it; it offers gatekeepers at the gate and nothing beyond. Offensive power circulates there without its effects requiring authorised access; defensive power announced as superior is distributed there by designation. Those who control access do not master the capability, and those universally exposed to it have no counterpart. Common defence has given way to the differentiated administration of access, exposure and responsibility. One irony remains for a profession that dreamed of itself as a fortress: it joins risk management, the discipline that insurance and banking have always practised and which this profession believed it had outgrown. To manage a risk is to admit one does not eliminate it. The discipline begins with that admission. --- *Twenty-fifth article in a series on the structural failures of Western cybersecurity:* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/) - *Article 13:* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/) - *Article 14:* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige-2/) - *Article 15:* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black-2/) - *Article 16:* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be-2/) - *Article 17:* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict-2/) - *Article 18:* [*The Leopard*](https://www.klaerenn.fr/the-leopard/) - *Article 19:* [*The Usual Suspects*](https://www.klaerenn.fr/usual-suspects-2/) - *Article 20:* [*Kill One, Spawn Many*](https://www.klaerenn.fr/kill-one-spawn-many-2/) - *Article 21:* [*The Conversation*](https://www.klaerenn.fr/the-conversation-2/) - *Article 22 :* [*This is not an attack*](https://www.klaerenn.fr/this-is-not-an-attack/) - *Article 23:* [*eXistenZ*](https://www.klaerenn.fr/existenz-2/) - *Article 24:* [*Hangar 18*](https://www.klaerenn.fr/hangar-18-2/) --- ## Sources ¹ Dario Amodei, "We Must Pace the Frontier," darioamodei.com, September 2026 (posted 12 September). Three-stage plan; unilateral commitment on embedded evaluators (desks, badges, laptops, access comparable to that of internal risk teams, right to publish without editorial control, redaction reserved for sensitive information, team to be invited in the near future); checkpoint example: a model able to defeat common sandboxing methods must be accompanied by a certification making a propensity to escape highly unlikely; concession that "more intelligent models are more capable of deceiving tests"; coordination between laboratories described as legally challenging, single footnote on government mediation or an antitrust waiver; chip export controls, crackdown on distillation, prevention of weight theft, lead to be widened over three to five years; recursive self-improvement said to be starting across the industry, Anthropic included; level 3 compared to the SALT agreements, level 4 judged unlikely in the near term. Endorsements by Sam Altman and Elon Musk on 12 September reported by AFP (L'Avenir, 12 September 2026). [https://darioamodei.com/post/we-must-pace-the-frontier](https://darioamodei.com/post/we-must-pace-the-frontier?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.lavenir.net/actu/monde/2026/09/12/le-patron-danthropic-appelle-a-ralentir-le-developpement-de-lia-BSU7V2XEV5HKPAMEJU6F2OS6NM/](https://www.lavenir.net/actu/monde/2026/09/12/le-patron-danthropic-appelle-a-ralentir-le-developpement-de-lia-BSU7V2XEV5HKPAMEJU6F2OS6NM/?ref=klaerenn.fr) ² OpenAI (Chris Lehane), "The AI policy window is open. We need to act.," 9 September 2026\. Call for mandatory federal regulation based on capabilities, applying to the handful of best-resourced laboratories; support for SB 813, AB 1405, SB 1119 and AB 1864; reverse federalism; observation that laboratories today largely set their own rules, with public standards, independent verification and transparency to replace "that fragmented system of private governance"; fully autonomous recursive self-improvement described as not happening today. [https://openai.com/index/ai-policy-window/](https://openai.com/index/ai-policy-window/?ref=klaerenn.fr) ³ Governor of California, press release of 9 September 2026: signing of SB 813 (McNerney), framework for independent verification organisations, and AB 1405 (Bauer-Kahan), state registry of AI auditors and independence standards; SB 813 chaptered (Chapter 179, Statutes of 2026). SB 813 read in the amended version of 5 January 2026: California AI Standards and Safety Commission (governor's appointees, Attorney General, director of emergency services), designation of independent verification organisations, private entities, nonprofits or academic consortia, for three renewable years, on a voluntary basis, annual independence audit (board, funding); the presumption of due care provided in earlier versions was removed during passage. Chaptered text of SB 813 and text of AB 1405 not consulted. [https://www.gov.ca.gov/2026/09/09/governor-newsom-signs-first-in-the-nation-ai-safeguards-to-protect-californians-calls-on-the-federal-government-to-do-its-part/](https://www.gov.ca.gov/2026/09/09/governor-newsom-signs-first-in-the-nation-ai-safeguards-to-protect-californians-calls-on-the-federal-government-to-do-its-part/?ref=klaerenn.fr) ; [https://legiscan.com/CA/text/SB813/id/3299977](https://legiscan.com/CA/text/SB813/id/3299977?ref=klaerenn.fr) ⁴ OpenAI et al., "A call for collective action on cyber defense," open letter, 27 August 2026\. Three principles, four sections, one per addressee (organisations, cybersecurity providers, governments, frontier laboratories), sign-up form with submissions subject to approval; third section containing "no single company should control the future." Counts taken on the page: 128 names on 28 August, 160 on 6 September, 578 on 12 September; among them one national CSIRT (Bahamas), a Peruvian municipality, a Costa Rican state bank and the Center for Internet Security; no agency of a G7 or European Union state; on the EU side, Deutsche Telekom, Ericsson, Nokia, Telefonica, and, from France, Capgemini and Sekoia. Live list, count to be redone on publication day. [https://openai.com/collective-cyberdefense/](https://openai.com/collective-cyberdefense/?ref=klaerenn.fr) ⁵ "Pacing the Frontier," statement dated July 2026, 1,386 signatories as of 12 September, organisational support from Guidelight AI Standards and Encode AI. Request that the US government support an international effort to "deliberately pace the frontier of automated AI development." Signatories named on the page: Dario Amodei, Jared Kaplan, Jack Clark, Chris Olah, Benjamin Mann, Jan Leike (Anthropic); Jakub Pachocki, Mark Chen, Wojciech Zaremba (OpenAI); Shane Legg, Jasjeet Sekhon, Anca Dragan (Google DeepMind); Shengjia Zhao, Dawn Song, Summer Yue (Meta); Ilya Sutskever; John Schulman. [https://www.pacingthefrontier.com/](https://www.pacingthefrontier.com/?ref=klaerenn.fr) ⁶ See in this series: "[eXistenZ](https://www.klaerenn.fr/existenz-2/)" (agents that left an evaluation environment to attack real systems; OpenAI agents' attack from 9 to 13 July, disclosed on the 21st; Anthropic's retrospective review of 30 July; UK AI Security Institute incident report of 4 August; Meta in early August; no sensor linking the agent's observation to the status of its context; detection by third parties, not by internal review). Primary sources: OpenAI, "OpenAI and Hugging Face partner to address security incident during model evaluation," 21 July 2026, and "The Hugging Face incident and the road ahead," 26 August 2026 (Hugging Face and Modal Labs reached); Anthropic, "Investigating three real-world incidents in our cybersecurity evaluations," 30 July 2026 (141,006 evaluation runs reviewed, three incidents at partner Irregular, three third-party organisations compromised, earliest incidents dating from April, review triggered by OpenAI's disclosure). [https://openai.com/index/hugging-face-model-evaluation-security-incident/](https://openai.com/index/hugging-face-model-evaluation-security-incident/?ref=klaerenn.fr) ; [https://openai.com/index/hugging-face-incident-and-the-road-ahead/](https://openai.com/index/hugging-face-incident-and-the-road-ahead/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.anthropic.com/news/investigating-incidents-cybersecurity-evals](https://www.anthropic.com/news/investigating-incidents-cybersecurity-evals?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.aisi.gov.uk/blog/incident-report-unsanctioned-agent-behaviour-during-cyber-testing](https://www.aisi.gov.uk/blog/incident-report-unsanctioned-agent-behaviour-during-cyber-testing?ref=klaerenn.fr) ⁷ See in this series: "[Hangar 18](https://www.klaerenn.fr/hangar-18-2/)" (executive order of 2 June 2026 entrusting the NSA with the classified measurement of frontier models' offensive cyber capabilities; federal framework completed on 4 August and not published; early access by designation of trusted partners; exclusion of open-weight models; letter from Senator Ted Budd of 26 June 2026 on the instruction given to CAISI to stop publishing its findings). ⁸ AI Security Institute, "How Far Behind the Frontier are Leading Open Weight Models on Cyber?," 17 July 2026\. Best open models four to seven months behind the closed frontier, against six to ten measured internally over 2025; cost of a hundred-million-token run on a cyber range, about 85 dollars with a closed model, 1.19 dollars with DeepSeek V4-Pro; published capability described as permanently removed from the options for control; the agency states it does not predict how the gap will evolve. [https://www.aisi.gov.uk/blog/how-far-behind-the-frontier-are-leading-open-weight-models-on-cyber](https://www.aisi.gov.uk/blog/how-far-behind-the-frontier-are-leading-open-weight-models-on-cyber?ref=klaerenn.fr) ⁹ See in this series: "[States, Hidden Architects of the Vulnerability Black Market](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/)" (states buying unknown flaws, retention procedures, a market priced by scarcity). ¹⁰ See in this series: "[European Dependency on American Standards](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/)" and "[The Last Channel](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/)" (CVE, NVD, CERT/CC, FIRST and CISA at the head of the defensive commons; dependency of European tools and teams). ¹¹ OpenAI, "Daybreak: Tools for securing every organization in the world," 22 June 2026: Daybreak Cyber Partner Program (Akamai, Cisco, Cloudflare, CrowdStrike, Fortinet, Oracle, Palo Alto Networks, Zscaler), all signatories of the 27 August letter; Daybreak page, July 2026: one billion dollars of subsidised access over six months. OpenAI Help Center, "Trusted Access for Cyber Overview": programme governance model, approval criteria, prohibition of resale, proxying and third-party access. CyberScoop, August 2026, "OpenAI says Daybreak will expand to offer specialized cyber services": Daybreak Blue (reduced guardrails) and Daybreak Red (model trained for unknown-flaw research and exploit-chain development, under separate approval and close monitoring); OpenAI evaluation, 1.5% of offensive tasks passed by the general model, 95% by the Red model. Pricing not public (Contrast Security, secondary source). [https://openai.com/index/daybreak-securing-the-world/](https://openai.com/index/daybreak-securing-the-world/?ref=klaerenn.fr) ; [https://openai.com/daybreak/](https://openai.com/daybreak/?ref=klaerenn.fr) ; [https://help.openai.com/en/articles/20001258-openai-daybreak-trusted-access-for-cyber-overview](https://help.openai.com/en/articles/20001258-openai-daybreak-trusted-access-for-cyber-overview?ref=klaerenn.fr) ; [https://cyberscoop.com/openai-daybreak-expansion-specialized-cyber-services/](https://cyberscoop.com/openai-daybreak-expansion-specialized-cyber-services/?ref=klaerenn.fr) ¹² Anthropic, "System Card: Claude Mythos Preview," 7 April 2026, section 1.2 "Release decision process": first model from the company whose card is published without general commercial availability, a decision presented as not following from the requirements of the Responsible Scaling Policy; reason, a jump in cyber capability including the autonomous discovery and exploitation of unknown vulnerabilities in the main operating systems and browsers; availability to a small number of partners under Project Glasswing. Red-team post documenting those exploitations. [https://www.anthropic.com/claude-mythos-preview-system-card](https://www.anthropic.com/claude-mythos-preview-system-card?ref=klaerenn.fr) ; [https://red.anthropic.com/2026/mythos-preview/](https://red.anthropic.com/2026/mythos-preview/?ref=klaerenn.fr) ¹³ OpenAI, "Responding to the next frontier of critical cyber capabilities," 7 August 2026: inability to rule out critical cyber capabilities under the Preparedness Framework (development of working exploits in many hardened critical systems without human intervention, or conduct of a complete and novel attack against hardened targets from a high-level objective). "Path to Astra: critical capabilities and frontier safeguards," 1 September 2026: Critical designation confirmed, two unknown vulnerabilities discovered during evaluation. Release on 3 September as GPT-6 Astra: initial access reserved for Daybreak programme organisations, public version refusing advanced cyber tasks, weights not released. [https://openai.com/index/responding-next-frontier-critical-cyber-capabilities/](https://openai.com/index/responding-next-frontier-critical-cyber-capabilities/?ref=klaerenn.fr) ; [https://openai.com/index/path-to-astra/](https://openai.com/index/path-to-astra/?ref=klaerenn.fr) ; [https://deploymentsafety.openai.com/gpt-6-astra](https://deploymentsafety.openai.com/gpt-6-astra?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Unit 42 (Palo Alto Networks), "The Frontier AI Vulnerability Burst: Industrializing Autonomous Zero-Day Discovery in Open-Source Software," August 2026: NOVA system, 3,915 projects, 14,090 confirmed vulnerabilities, 99.4% absent from public databases, 40% of high or critical severity; 85 matches with the public domain, most published two to eight weeks after discovery; disclosure via maintainers and the Lightwell and Akrites clearinghouses; almost every model evaluated, frontier and open-weight, found real vulnerabilities; growing volume of uneven-quality reports anticipated for maintainers. Palo Alto Networks, "Redefining Network Security for the Frontier AI Era," August 2026: PAN-OS 12.2, Advanced Virtual Patching, network protection in the patch interval, aim of continuously extending a "real-time pool of protected vulnerabilities." [https://unit42.paloaltonetworks.com/frontier-ai-vulnerability-burst/](https://unit42.paloaltonetworks.com/frontier-ai-vulnerability-burst/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.paloaltonetworks.com/blog/2026/08/redefining-network-security-for-the-frontier-ai-era/](https://www.paloaltonetworks.com/blog/2026/08/redefining-network-security-for-the-frontier-ai-era/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ On the shift of the bottleneck to triage and the context models lack (organisational, technical, code), illustrated by the hashing case: Robert Lemos, "Using LLMs to Find and Prioritize Vulnerabilities Is No Easy Task," Dark Reading, 21 July 2026, reporting the positions of Arshan Dabirsiaghi (Pixee) ahead of his Black Hat USA session. Secondary source and interested party: the announced false-positive rates were not published after the conference and are not used here. The turn of commercial discourse towards context and reachability layers is documented by vendor announcements in the week of 4 August 2026 (see "This Is Not an Attack," note 1). [https://www.darkreading.com/application-security/finding-and-prioritizing-vulnerabilities-no-easy-task](https://www.darkreading.com/application-security/finding-and-prioritizing-vulnerabilities-no-easy-task?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ See in this series: "[I Am Altering the Deal](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/)" (memorandum of 7 January 2026 withdrawing the United States from sixty-six international organisations, including the Freedom Online Coalition, the Global Forum on Cyber Expertise and the Hybrid CoE; backlog of twenty thousand unanalysed CVEs in the NVD; CISA budget reduced) and "[Status: clean](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict-2/)" (saturation of the public instrument for qualifying vulnerabilities). ¹⁷ See in this series: "[This Is Not an Attack](https://www.klaerenn.fr/this-is-not-an-attack/)" (representations of attack sold as security, whose figures do not measure what they claim; plateau of defensive AI on the operational task) and "[The Usual Suspects](https://www.klaerenn.fr/usual-suspects-2/)" (public databases wrong at scale, collapse of the offensive cost of verification). ¹⁸ The guardrail episode is reported in Hugging Face's incident report of 16 July 2026: models behind commercial APIs refused to process the attack traces, their filters not distinguishing an investigator from an attacker; forensics switched to an openly available model run in-house. [https://huggingface.co/blog/security-incident-july-2026](https://huggingface.co/blog/security-incident-july-2026?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Frontier Security, evaluation of Kimi K3 (7 August 2026), reported by Bloomberg, TechCrunch and Reuters: the model, developed by Moonshot AI and publicly downloadable since July 2026, left a sandbox built on the UK AI Security Institute's open tooling, reached the internet and retrieved the answer to its task from a public repository; no third-party system was compromised. The AI Security Institute states it did not take part in these tests and attributes the problem to the firm's configuration; Moonshot AI did not comment. [https://techcrunch.com/2026/08/07/chinese-ai-model-kimi-escaped-its-cybersecurity-testing-environment-researchers-say/](https://techcrunch.com/2026/08/07/chinese-ai-model-kimi-escaped-its-cybersecurity-testing-environment-researchers-say/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-08-07/china-s-top-ai-model-evaded-testing-environment-researchers-say](https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-08-07/china-s-top-ai-model-evaded-testing-environment-researchers-say?ref=klaerenn.fr) ²⁰ CNBC, 2 June 2026: Project Glasswing, some fifty initial partners in April 2026, extension to 150 organisations in more than fifteen countries; Cybersecurity Dive, 2 June 2026: Anthropic's statement on several weeks of collaboration with partners, industry, maintainers and the US government. Dark Reading and CNBC, 1 June 2026: ENISA first European entity admitted; according to people close to the matter cited by CNBC, the laboratory told the Commission it needed the US government's authorisation; official conditions not known. [https://www.cnbc.com/2026/06/02/anthropic-mythos-ai-project-glasswing.html](https://www.cnbc.com/2026/06/02/anthropic-mythos-ai-project-glasswing.html?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cybersecuritydive.com/news/ai-anthropic-claude-mythos-project-glasswing-expand/821714/](https://www.cybersecuritydive.com/news/ai-anthropic-claude-mythos-project-glasswing-expand/821714/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.darkreading.com/cyber-risk/anthropic-mythos-ai-eu-enisa](https://www.darkreading.com/cyber-risk/anthropic-mythos-ai-eu-enisa?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cnbc.com/2026/06/01/anthropic-eu-ai-mythos-access-advanced-model.html](https://www.cnbc.com/2026/06/01/anthropic-eu-ai-mythos-access-advanced-model.html?ref=klaerenn.fr) ²¹ Export controls applied by the Bureau of Industry and Security to the Claude Fable 5 and Claude Mythos 5 models on 12 June 2026, three days after their launch, imposing a restriction of access for every foreign national; worldwide suspension of both models by Anthropic for lack of real-time nationality verification; partial reintroduction of Mythos 5 to about a hundred US organisations on 26 June; controls lifted on 30 June against commitments of proactive risk detection and information of the authorities. Anthropic, "Redeploying Claude Fable 5" (30 June 2026); CNBC, 1 July 2026\. [https://www.anthropic.com/news/redeploying-fable-5](https://www.anthropic.com/news/redeploying-fable-5?ref=klaerenn.fr) ²² Report by independent researchers (Sydney Von Arx, Nightingale; Cormac Slade Byrd) communicated to Reuters and taken up by TechCrunch and The Verge, 4 and 5 September 2026: more than fifteen thousand edits on DseWiki, an openly editable German-language developer wiki, between 11 May and 22 June 2026, pages prefixed to escape alphabetical sorting, content bearing on timed evaluations and circumvention methods; OpenAI says it is examining the facts without confirming that the agents are its own; Reuters, citing four sources, reports that OpenAI officials had known of the episode for several weeks. [https://techcrunch.com/2026/09/04/openais-rogue-agents-keep-escaping-with-no-formal-process-to-investigate-them/](https://techcrunch.com/2026/09/04/openais-rogue-agents-keep-escaping-with-no-formal-process-to-investigate-them/?ref=klaerenn.fr) ²³ METR and Redwood Research, independent investigation into the OpenAI-Hugging Face incident, 26 August 2026, scope bounded by OpenAI to 26 June-13 July; the 12 September essay cites METR as an example of embedded evaluator. [https://metr.org/blog/2026-08-26-openai-hugging-face-incident-investigation/](https://metr.org/blog/2026-08-26-openai-hugging-face-incident-investigation/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ OpenAI, "Pacing model development in an era of cyber-critical capabilities," 18 August 2026: two-week pause of reinforcement-learning training on models intended for deployment; largest planned frontier run kept on hold pending further alignment evidence; monitoring overhead estimated at about 20% of monitored inference compute; effect on frontier research described as considerable cost and delay. [https://openai.com/index/pacing-model-development-cyber-capabilities/](https://openai.com/index/pacing-model-development-cyber-capabilities/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ Regulation (EU) 2024/2847 (Cyber Resilience Act), Article 14: obligations to notify actively exploited vulnerabilities, early warning within twenty-four hours to the coordinating CSIRT and to ENISA; applicable from 11 September 2026 (Article 71). [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ²⁶ Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons, Article IX.3: a nuclear-weapon state is one that manufactured and exploded a nuclear weapon or other nuclear explosive device before 1 January 1967; five states meet that definition. Treaty opened for signature in 1968, in force since 5 March 1970; supervised civil access (Article IV); security assurances to non-nuclear-weapon states given outside the treaty by United Nations Security Council Resolution 255 (19 June 1968). International Atomic Energy Agency. [https://www.iaea.org/topics/non-proliferation-treaty](https://www.iaea.org/topics/non-proliferation-treaty?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Report on the International Control of Atomic Energy (Acheson-Lilienthal Report), submitted to the State Department on 16 March 1946, written by a Board of Consultants including several Manhattan Project figures; Baruch Plan presented to the United Nations Atomic Energy Commission on 14 June 1946; Soviet abstention at the vote of 31 December 1946, the USSR demanding the abolition of weapons before the establishment of the control authority; plan defunct by early 1947\. Arms Control Association, "Looking Back: Going for Baruch." [https://www.armscontrol.org/act/2006-06/looking-back-going-baruch-nuclear-plan-refused-go-away](https://www.armscontrol.org/act/2006-06/looking-back-going-baruch-nuclear-plan-refused-go-away?ref=klaerenn.fr) ²⁸ The Anthropic Institute (Marina Favaro, Jack Clark), "When AI builds itself," 4 June 2026: a training run hides better than a missile silo, its inputs are general-purpose, whoever continues while others stop inherits the lead; detectability, a lower standard than verifiability, is judged harder there than for other technologies. [https://www.anthropic.com/institute/recursive-self-improvement](https://www.anthropic.com/institute/recursive-self-improvement?ref=klaerenn.fr) ²⁹ Veracode, "2025 GenAI Code Security Report" (45% of tasks introducing a flaw), "Spring 2026 GenAI Code Security Update" (security pass rate flat between 45 and 55% since 2023, syntax correct in more than 95% of cases) and "2026 GenAI Code Security Report" (28 July 2026: 44% of tasks, 56% pass rate, AI writing about half of committed code in organisations that have adopted it). Vendor of testing tools, interested party; the benchmark is run identically over a year. Detailed analysis in this series: "Status: clean." [https://www.veracode.com/resources/analyst-reports/2025-genai-code-security-report/](https://www.veracode.com/resources/analyst-reports/2025-genai-code-security-report/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.veracode.com/blog/spring-2026-genai-code-security/](https://www.veracode.com/blog/spring-2026-genai-code-security/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.veracode.com/blog/2026-genai-code-security-report-ai-risk/](https://www.veracode.com/blog/2026-genai-code-security-report-ai-risk/?ref=klaerenn.fr) ³⁰ Hearing of Vincent Strubel, director general of ANSSI, before the Economic Affairs Committee of the French Senate, Wednesday 8 July 2026 (public session, recording on the Senate website). Explosion of vulnerabilities discovered by AI, a problem of cadence, saturation of teams, together with the cautious hypothesis of improvement once the existing estate is fixed; AEF dispatch of 9 July 2026 taking up the terms of cadence and saturation. [https://www.senat.fr/actualite/audition-de-vincent-strubel-directeur-general-de-lanssi-7987.html](https://www.senat.fr/actualite/audition-de-vincent-strubel-directeur-general-de-lanssi-7987.html?ref=klaerenn.fr) ; [https://videos.senat.fr/video.5913834\_6a4df4633b161.audition-de-vincent-strubel-directeur-general-de-l-anssi](https://videos.senat.fr/video.5913834%5F6a4df4633b161.audition-de-vincent-strubel-directeur-general-de-l-anssi?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.aefinfo.fr/depeche/753963-lexplosion-des-vulnerabilites-identifiees-grace-a-lia-pourrait-saturer-les-equipes-cyber-a-court-terme-selon-lanssi](https://www.aefinfo.fr/depeche/753963-lexplosion-des-vulnerabilites-identifiees-grace-a-lia-pourrait-saturer-les-equipes-cyber-a-court-terme-selon-lanssi?ref=klaerenn.fr) ³¹ On antimicrobial stewardship as a discipline of rationed use: World Health Organization, "Antimicrobial resistance" fact sheet, "Antimicrobial stewardship programmes in health-care facilities" toolkit (2019) and "Antimicrobial stewardship interventions: a practical guide" (WHO Europe). Reference by analogy, not by proof: the mechanism described here does not share the biological cause, only the shape of the trajectory. [https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/antimicrobial-resistance](https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/antimicrobial-resistance?ref=klaerenn.fr) ; [https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/329404/9789241515481-eng.pdf](https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/329404/9789241515481-eng.pdf?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.who.int/europe/publications/i/9789289056267](https://www.who.int/europe/publications/i/9789289056267?ref=klaerenn.fr) ³² See in this series: "[The Leopard](https://www.klaerenn.fr/the-leopard/)" (CRA compliance above the threshold where the threat operates). ³³ European Commission, "Action Plan on Cybersecurity and Artificial Intelligence," COM(2026) 577 final, 7 July 2026\. Section 2.3: criticism of provider-specific access programmes. Section 4.2: the European Union as a vulnerable user of frontier AI systems designed elsewhere that others can switch off. [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/eu-action-plan-cybersecurity-and-artificial-intelligence](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/eu-action-plan-cybersecurity-and-artificial-intelligence?ref=klaerenn.fr) ³⁴ ENISA, "ENISA scales up its role in the CVE Program," 6 August 2026: the NATO Communications and Information Agency and AISLE join the CVE Numbering Authorities under the ENISA Root, twenty CNAs in total, twelve onboarded by the agency and eight transferred from the MITRE Root; stated motivation, the emergence of frontier models and their effect on vulnerability discovery and exploitation. CyberScoop, 10 August 2026: AISLE, offices in San Francisco and Prague. AISLE, press release of 26 August 2026: expanded scope and Researcher CNA status, assignment of identifiers for vulnerabilities discovered in third-party software not covered by another authority; initial designation of 22 July limited to its own products. The models used by AISLE are not disclosed at the time of writing. [https://www.enisa.europa.eu/news/enisa-scales-up-its-role-in-the-cve-program](https://www.enisa.europa.eu/news/enisa-scales-up-its-role-in-the-cve-program?ref=klaerenn.fr) ; [https://cyberscoop.com/nato-aisle-enisa-cve-vulnerability-tracking/](https://cyberscoop.com/nato-aisle-enisa-cve-vulnerability-tracking/?ref=klaerenn.fr) ; [https://aisle.com/newsroom/press-releases/aisle-achieves-expanded-scope-as-cve-numbering-authority](https://aisle.com/newsroom/press-releases/aisle-achieves-expanded-scope-as-cve-numbering-authority?ref=klaerenn.fr) ³⁵ See in this series: "[The Conversation](https://www.klaerenn.fr/the-conversation-2/)" (fourth geometry of weaponised interdependence: control by absence of governance). ### It's beyond our control now URL: https://www.klaerenn.fr/its-beyond-our-control-now/ Last updated: 2026-09-15T08:00:35.000Z *Apocalypse, au sens grec, veut dire dévoilement. Il nomme une chose enfin vue, et n'en donne pas l'issue. Vingt-quatre articles ont décrit l'usure d'un régime ; le vingt-cinquième clôt le cycle et définit celui qui l'a remplacé. L'accès y est réservé. L'exposition y est universelle.* --- Le 12 septembre 2026, le dirigeant d'Anthropic publie un essai qui demande à l'industrie de ralentir la montée en capacité des modèles, et n'engage sa société que sur un point, accueillir dans ses locaux des évaluateurs tiers¹. Les dirigeants d'OpenAI et de xAI l'approuvent le jour même. Trois jours plus tôt, OpenAI demandait au Congrès une réglementation fédérale obligatoire fondée sur les capacités², et le gouverneur de Californie promulguait deux lois organisant la certification volontaire des modèles par des organismes privés désignés³. Le 27 août, une lettre ouverte publiée sur le site d'OpenAI répartissait les charges de la cyberdéfense entre quatre parties ; 578 signataires au 12 septembre⁴. En juillet, 1 386 employés des laboratoires de pointe, dont le dirigeant d'Anthropic, ses cofondateurs et les directeurs scientifiques d'OpenAI, de Google DeepMind et de Meta, demandaient au gouvernement américain de soutenir un effort international pour cadencer le développement automatisé de l'IA⁵. Quatre textes en deux mois, signés des mêmes noms. Trois faits de l'été 2026 décrivent le vide que ces textes viennent occuper. Des laboratoires ont laissé des agents chercher une faille dans un décor d'évaluation ; les agents ont franchi le bord du décor et attaqué de vraies entreprises, et leurs auteurs l'ont appris d'un prestataire, non d'une revue interne⁶. Une administration a chargé son agence de renseignement de mesurer la capacité cyber offensive des modèles les plus avancés, de la classer, de désigner des « modèles frontière couverts », puis a décidé de ne pas publier ce cadre⁷. Un institut public a chiffré le coût de rejeu d'une capacité déjà fabriquée, presque nul, et montré que la fenêtre entre la capacité de pointe et sa version en accès libre se referme, de six à dix mois l'an dernier à quatre à sept aujourd'hui⁸. On détient ces capacités partout, et on ne les maîtrise nulle part. Le fabricant ne maîtrise pas son modèle, puisque ses agents sont sortis du décor à plusieurs reprises et qu'il l'a su par un tiers. L'État ne maîtrise pas davantage ce qu'il inventorie, il en tient le livre de comptes. Et celui qui télécharge les poids détient la même capacité, sans plus de prise sur ce qu'elle fait une fois lâchée. La comptabilité d'un arsenal qui s'utilise tout seul est une illusion de maîtrise. Cette absence de maîtrise a produit un ordre. Les textes de l'automne le montrent : ils décrivent ce que personne ne maîtrise, en répartissent les charges, en organisent l'accès, et n'en désignent aucun responsable. Le régime qui s'installe est très gouverné à la porte, et presque pas au-delà. Pour le défenseur ordinaire, la conséquence est évidente. Il subit la capacité du plancher, celle que tout attaquant possède déjà et qui a suffi aux intrusions de l'été, et il ne connaîtra jamais le plafond, mesuré sous le secret, qui monte à chaque tour d'une course que les laboratoires se livrent adossés aux États. Ce vide de maîtrise ferme la dernière issue que la série avait laissée entrouverte, celle d'une main en amont, État ou fabricant, qui finirait par brider ce qu'elle détient. ## La bascule L'arrangement occidental qui s'achève tenait sur deux étages qui ne se contredisaient pas. En haut, une offensive cachée, tarifée par la rareté : des États acheteurs de failles inédites, architectes d'un marché qu'ils avaient contribué à créer, et une procédure de rétention qui décidait ce qui serait corrigé et ce qui serait gardé⁹. En bas, une défense publique et non excluable : un catalogue commun des failles, une base nationale qui les qualifiait, des centres de réponse reliés en réseau, une norme de divulgation coordonnée, et des structures américaines en tête de chaîne, CVE, NVD, CERT/CC, FIRST, puis CISA, sur lesquelles l'Europe a branché ses outils et formé ses équipes¹⁰. Les deux étages cohabitaient parce que la faille était rare et chère, ce qui protégeait le premier, et parce que le commun servait aussi la tête de chaîne, en dépendance, en standards et en canal d'entrée. Les cercles existaient déjà, renseignement classifié, alliances, niveaux fournisseurs ; la couche commune tenait en dessous, et c'est elle qui bascule. Ce qui change en 2026 est d'abord une inversion de visibilité. L'offensive sort de l'ombre pour entrer au catalogue. Un laboratoire vend aux défenseurs, sous approbation distincte, un modèle entraîné à la recherche de failles inédites et au développement de chaînes d'exploitation, qui réussit 95 % d'une batterie de tâches offensives contre 1,5 % pour son modèle général¹¹. Un autre publie la fiche d'un modèle capable de trouver et d'exploiter seul des failles inédites dans les principaux systèmes d'exploitation et navigateurs, et le réserve à des partenaires choisis¹². Un troisième modèle est classé au niveau critique du cadre interne de son éditeur, découverte et armement de failles dans des systèmes durcis sans intervention humaine, et sort en septembre par paliers¹³. Un éditeur de sécurité fait tourner un système autonome sur 3 915 projets libres et confirme 14 090 failles en deux mois¹⁴. Et l'État fédéral inventorie cette capacité, la classe et en réserve l'accès⁷. Dans le même temps, la défense entre dans l'ombre : la divulgation passe par des chambres de compensation privées¹⁴, le benchmark qui mesure le plafond est classifié, l'institut public d'évaluation est réduit au silence⁷, et les évaluateurs annoncés seront sous contrat avec ceux qu'ils évaluent¹. L'offensive était secrète et la défense publique. L'offensive est désormais commerciale et la défense confidentielle. Le mécanisme est un déplacement de la rareté. Quand la découverte devient abondante, le bien rare change de nature. Sur les 14 090 failles confirmées par un seul éditeur, 99,4 % étaient absentes des bases publiques, et presque tous les modèles évalués, de frontière comme à poids ouverts, en ont trouvé de réelles¹⁴. Cent millions de tokens sur un cyber range coûtent 85 dollars avec un modèle fermé, 1,19 dollar avec un modèle ouvert⁸. La faille cesse d'être ce qui manque. Ce qui manque devient le tri, qui demande un contexte que le modèle n'a pas¹⁵, et la protection dans l'intervalle qui sépare la découverte du correctif, que le même éditeur vend sous forme de signatures et décrit comme un bassin de failles protégées à étendre en continu¹⁴. Le commun historique était construit autour de la rareté de la découverte : un catalogue, une base, un canal. Quand le goulot passe à la qualification, au contexte et à la protection transitoire, il n'est plus outillé pour produire le bien devenu rare, et les chambres privées le produisent à sa place. Le démantèlement que la série a documenté n'a pas besoin d'avoir été voulu pour être cohérent avec ce déplacement. Le retrait de soixante-six organisations internationales en janvier, dont trois structures cyber créées avec Washington pour la sécurité occidentale ; l'arriéré de vingt mille failles non qualifiées dans la base nationale ; le budget amputé de l'agence fédérale¹⁶ ; l'institut d'évaluation réduit au silence en juin⁷. Un commun qui distribue gratuitement de la protection est le concurrent direct d'un bien de club, et il se dégrade au moment où le club se constitue. Trois motifs y conduisent : l'éditeur qui vend l'intervalle, le laboratoire qui réagit à une capacité qu'il ne maîtrise pas, l'administration qui coupe des budgets. Aucun n'a besoin des deux autres, et aucun n'a eu à vouloir le résultat. L'architecture est la même, un commun qui se vide et un club qui se remplit ; elle se définit par ce qu'elle distribue, sans nécessité d'une intention de ceux qui la produisent. Reste ce que la bascule alloue. La valeur offensive de ces modèles est établie par les faits : des agents sortis d'un décor d'évaluation ont compromis cinq entreprises tierces sans qu'aucune les détecte⁶ ; un modèle a été classé critique par son propre éditeur¹³ ; un système autonome a industrialisé la découverte¹⁴. Leur valeur défensive n'est pas démontrée sur la tâche opérationnelle. Les agents défensifs vendus cette année comme la relève produisent des chiffres de couverture que leurs auteurs disent ne rien mesurer¹⁷. L'éditeur des 14 090 anticipe lui-même que les mainteneurs recevront un volume croissant de rapports de qualité inégale¹⁴. Pendant l'incident de juillet, le garde-fou des fournisseurs a refusé de traiter les traces d'attaque, faute de distinguer l'enquêteur de l'attaquant, et la forensique a basculé sur un modèle ouvert exécuté en interne¹⁸. Les mesures publiques de capacité, quand elles existent, portent sur l'offensive ; les affirmations de valeur défensive émanent de ceux qui vendent l'accès et se mesurent eux-mêmes. Cet écart de preuve est une clause du régime : le défenseur ordinaire observe la capacité offensive, il ne peut évaluer dans les mêmes conditions la défense qu'on lui vend, et un défenseur excellent tenu sous le secret confirmerait l'écart. Le régime alloue une capacité dont la valeur offensive est établie et dont la valeur défensive est affirmée. ## La constitution réelle Le régime tient en quatre clauses, et il en manque une. Toute organisation connectée est exposée au plancher offensif, quel que soit son accès aux modèles. C'est la clause d'exposition. Le 7 août, un modèle chinois à poids ouverts, dans la version que n'importe qui télécharge, est sorti d'un bac à sable d'évaluation et a atteint l'internet¹⁹. Les entreprises compromises pendant l'été, une plateforme d'hébergement de modèles, un fournisseur de calcul, trois organisations atteintes depuis l'environnement d'un prestataire, n'avaient pas accès aux modèles qui les ont attaquées ; elles ont été atteintes par eux⁶. L'écart entre le meilleur modèle fermé et le meilleur modèle ouvert est de quatre à sept mois sur les tâches cyber, et le second ne redescend jamais : une capacité publiée sous forme de poids est, selon l'institut qui la mesure, définitivement soustraite aux options de contrôle⁸. Un modèle peut ne jamais entrer juridiquement sur un territoire et entrer techniquement dans ses réseaux. L'exposition ne demande aucune autorisation, aucun contrat, aucun prix. La capacité défensive supérieure, affirmée par ceux qui la vendent, se distribue, elle, par cercles, contrats, désignation, prix et révocation, et chacun de ces mots a sa date. Le cercle se voit en avril, quand un laboratoire réserve son modèle de pointe à une cinquantaine de partenaires. Le 1er juin, l'ENISA est la première entité européenne admise, le laboratoire ayant indiqué, selon des sources citées par CNBC, avoir besoin de l'autorisation du gouvernement américain ; le lendemain, cent cinquante organisations dans plus de quinze pays s'ajoutent²⁰. Le contrat et le prix arrivent le 22 juin, quand l'autre laboratoire lance son programme d'accès de confiance : deux niveaux, huit partenaires intégrateurs, interdiction de revente et d'accès de tiers, tarif non public, puis en juillet un milliard de dollars d'accès subventionné sur six mois¹¹. Le 3 septembre, son modèle classé critique sort par paliers, les partenaires du programme d'abord, puis une version publique qui refuse les tâches cyber avancées, sans publication des poids¹³. La désignation date du 2 juin, quand un executive order réserve l'accès anticipé aux capacités mesurées à des partenaires choisis sans critère publié⁷. La révocation a eu lieu le 12 juin : le Commerce ordonne à un laboratoire de couper l'accès à ses deux modèles les plus avancés à tout ressortissant étranger, et faute de pouvoir vérifier la nationalité en temps réel, il les suspend pour tous, dix-neuf jours, jusqu'à une levée contre engagements²¹. Le 27 août, la lettre demande aux gouvernements d'accélérer l'extension de ces programmes⁴. L'accès est concédé, borné, tarifé hors vue, et il a déjà été retiré une fois. Troisième clause, la connaissance : le plafond est mesuré par ceux qui le produisent ou derrière des dispositifs confidentiels, et le défenseur public ne voit qu'un plancher. Le 2 juin, un executive order confie à la NSA la mesure classifiée de la capacité cyber offensive des modèles frontière ; le cadre du 4 août n'est pas publié ; le 26 juin, un sénateur rapporte l'instruction faite à l'institut public d'évaluation de cesser de publier ses conclusions⁷. Les incidents de l'été ont été connus par un prestataire, puis par une revue rétrospective déclenchée par la divulgation d'un concurrent⁶ ; un essaim d'agents attribué à un laboratoire a utilisé un wiki allemand comme tableau de coordination pendant six semaines, et le laboratoire examine les faits sans en confirmer l'origine²². L'enquête indépendante sur l'incident de juillet a été conduite sur un périmètre borné par le laboratoire enquêté²³. Les évaluateurs promis le 12 septembre seront choisis par le fabricant, installés chez lui, et publieront sous réserve d'un caviardage qu'il se réserve ; le même texte concède que des modèles plus capables trompent mieux les tests¹. La certification californienne est volontaire et confiée à des organismes privés agréés par une commission³. L'institut britannique publie l'écart entre les modèles ouverts et les modèles fermés déjà commercialisés⁸ ; la classe supérieure, celle qui ne sort pas ou sort par paliers, se mesure sous le secret de la NSA. La connaissance de ce qui existe est répartie comme l'accès. La clause de responsabilité se lit dans la lettre du 27 août : les détenteurs promettent, les États financent et punissent, les organisations corrigent, résistent et notifient. La lettre répartit les charges en quatre sections. Aux organisations, faire de la cyberdéfense une priorité de direction et corriger avec l'urgence d'un incident ; aux prestataires, conduire la réponse ; aux gouvernements, coordonner, financer, imposer des coûts aux attaquants et accélérer les programmes d'accès. Aux laboratoires, un accès responsable, des financements, de la formation et la divulgation privée, sans chiffre, sans échéance, sans organe de suivi⁴. L'essai du 12 septembre ajoute aux États les contrôles export, la répression de la distillation, la sécurité des poids, la médiation entre laboratoires et une dérogation au droit de la concurrence, pour élargir une avance qu'il chiffre à trois à cinq ans, et engage son auteur sur des évaluateurs à inviter¹. Les rétentions de laboratoire restent volontaires. La décision de ne pas commercialiser un modèle de pointe en avril ne découlait, selon son auteur, d'aucune obligation de sa propre politique¹² ; la pause de deux semaines d'un concurrent en août tient à un acteur, chez lui, sur un cadre qu'il s'est donné, sans tiers pour en constater le début ni la fin²⁴. Du côté des organisations, l'obligation est écrite et datée : depuis le 11 septembre, tout fabricant de produit comportant des éléments numériques doit notifier sous vingt-quatre heures une faille activement exploitée au CSIRT coordinateur et à l'ENISA²⁵. Les promesses sont en amont, les obligations en aval. Reste la clause absente, la seule qui rétablirait une contrepartie. Le régime nucléaire l'avait prévue : le traité de non-prolifération reconnaissait cinq États dotés et offrait aux autres un accès civil encadré et, par résolution du Conseil de sécurité, des garanties de sûreté²⁶. Il avait été précédé d'un échec instructif. En mars 1946, ceux qui avaient construit l'arme proposaient d'en remettre la matière et la production à une autorité internationale, et l'État qui la détenait pouvait décider ; le plan est mort en décembre sur l'impossibilité de vérifier ce que chacun détenait²⁷. En 2026, ceux qui construisent offrent la vérification et gardent tout ; l'auteur de l'essai convoque lui-même les accords de limitation des armements comme modèle, pour un objet dont son propre institut écrivait en juin qu'un entraînement se dissimule mieux qu'un silo²⁸. Le vocabulaire du contrôle des armements est emprunté pour un objet auquel manque la propriété physique qui rendait ce contrôle concevable, un stock que l'on compte. L'État désigne ; le dessaisissement n'est demandé nulle part. Aucun acteur ne garantit à l'exposé la maîtrise de la capacité dont il subira les effets, et les exposés ne reçoivent rien : ni droit d'accès, ni prix connu, ni durée, ni préavis de retrait, ni mesure du plafond. La lettre du 27 août nie qu'une entreprise, seule, doive contrôler l'avenir ; le sujet nié est au singulier, et rien n'est dit du contrôle collectif⁴. Le commun garantissait aux exposés une contrepartie, la protection non excluable. Le régime n'en garantit aucune. L'accès est réservé, l'exposition est universelle, et c'est cette clause absente qui le constitue. ## Ni remède, ni fin, ni maître Les trois absences que la série a nommées article après article deviennent, dans ce régime, des conséquences pour celui qui défend. Pas de remède. La détection par distinction ne lisait qu'une chose, la dépense que l'attaquant devait consentir pour se rendre crédible ; quand cette dépense passe au fabricant du modèle et s'amortit, le signal perd ce sur quoi il reposait¹⁷. Le régime met une vérification à la place. L'essai du 12 septembre prévoit qu'un modèle capable de déjouer les méthodes courantes de cloisonnement soit accompagné d'une certification établissant qu'il n'a pas la propension à s'échapper¹ : le cloisonnement du défenseur y est tenu pour déjà battu, et la réponse est un papier, un signal produit par ceux qu'il concerne sur un objet qui apprend à le produire. Le bien de club repose sur le même remède perdu : la protection vendue dans l'intervalle est une signature, une détection déplacée au réseau, et l'accès réservé ne vaut que par la promesse qu'elle tient. Pas de fin. La faille a cessé d'être un stock qu'on épuise en le comblant. Le code neuf, écrit par IA, entre dans les logiciels avec une faille dans près d'un cas sur deux, à un rythme que l'automatisation accroît, et régénère le gisement à mesure qu'on le comble²⁹. Rien à ce jour ne montre qu'un modèle non contraint produise du code sans faille, la syntaxe est passée à 95 % de réussite et la sécurité n'a pas bougé²⁹ ; ce qui réduirait le flux est déterministe, contraintes de génération, vérification formelle, langages sûrs, réduction des surfaces, et relève de l'architecture, chez l'éditeur comme chez le client. Le directeur de l'ANSSI a nommé ce mur devant le Sénat le 8 juillet, un problème de cadence et la saturation des équipes ; son espoir d'un mieux « une fois qu'on aura corrigé énormément de vulnérabilités » compte le parc existant comme un stock et laisse hors champ le flux qui le renouvelle³⁰. Le goulot s'est déplacé de la découverte vers le tri. Un même algorithme de hachage vaut une alerte grave s'il protège des mots de passe et une remarque anodine s'il sert à nommer un fichier temporaire ; rien dans le code ne le dit, et l'outil tranche quand même¹⁵. Les éditeurs l'ont admis à l'été 2026 en cessant de vendre la détection pour vendre des couches de contexte, censées rendre supportable le volume qu'ils produisent ; le discours a basculé de « l'IA trouve les failles » à « l'IA vous submerge ». Confié à un modèle, ce tri ne se rejoue jamais deux fois à l'identique, et celui qui devra le justifier devant un régulateur n'en aura pas de trace reproductible. Le régime répartit ce flux sans l'arrêter, et l'intervalle est le produit. Pas de maître. Personne ne répond de la capacité dans son ensemble. Ni le fabricant, qui ne maîtrise pas ce qu'il produit. Ni l'État, qui accumule ces capacités comme des actifs stratégiques au lieu de les contenir pour la collectivité⁹. Ni la course elle-même, dont les participants viennent d'écrire les règles sans y inscrire leur propre arrêt. Le ralentissement demandé le 12 septembre dépend d'une coordination que son auteur juge juridiquement difficile et d'un accord avec Pékin qu'il juge improbable¹. Le fait qui le justifie, l'auto-amélioration récursive, n'est pas même établi entre ceux qui la demandent : en cours dans toute l'industrie selon l'essai du 12, inexistante à ce jour selon le billet d'OpenAI du 9². Ce billet décrit la gouvernance actuelle comme un système fragmenté de règles privées et demande à l'État de le remplacer par des standards, des vérifications indépendantes et de la transparence, sans limite sur ce qui est détenu². Cette absence de maître produit des gardiens plutôt que l'anarchie : des acteurs qui sélectionnent les bénéficiaires sans garantir les effets, et un État qui inventorie et protège l'avance sans détenir. Il ne reste au défenseur personne sur qui compter en amont, et une seule chose qu'il tient encore. ## Le seul terrain que l'on tient Cette chose est le terrain. Le défenseur ne contrôle ni le plancher offensif, ni le plafond réel, ni son accès futur à la défense, ni la durée de cet accès, ni la portée du droit sur un usage offensif venu d'ailleurs. Sa dernière souveraineté porte sur la portée des effets. On ne maîtrise ni l'arme ni celui qui la tient, souvent personne. On maîtrise le sol sur lequel elle agit, l'environnement que l'on opère et le périmètre qu'on y concède aux agents, traités comme non fiables par construction. C'est le socle, et il est déjà connu : cloisonner, réduire les privilèges, rendre les accès révocables, diminuer le périmètre ouvert à un agent, segmenter, choisir ce qui entre dans la composition des outils. Tout cela borne ce qu'un attaquant, humain ou non, atteint une fois entré. Un certificat d'alignement n'y change rien : il dit une propension, le terrain fixe une portée, et seule la seconde se tient chez soi. C'est nécessaire, et c'est passif. Un mur ne riposte pas, et un optimiseur assez capable finit par cartographier un environnement statique, aussi cloisonné soit-il. Au-dessus du socle se pose la seule couche active, celle que les militaires appellent la déception, l'art de tromper l'adversaire sur ce qu'il croit voir. Au lieu de réduire le terrain, elle le rend trompeur. Le défenseur est chez lui dans l'environnement où l'agent adverse évolue. Il peut y semer de faux serveurs, de faux identifiants, de fausses cibles, exactement aux points où l'agent doit décider, et faire dépendre la bonne action d'une information qu'il contrôle et que l'attaquant n'a pas. L'épisode du garde-fou le prouve à l'envers : un filtre qui ne sait pas dire d'où vient une requête gêne le défenseur et laisse passer l'attaquant¹⁸ ; un environnement qui ment impose ce qu'aucun contenu ne permet de trancher. Là où le durcissement finit par céder, la tromperie oblige l'attaquant à agir sans pouvoir vérifier ce qu'il voit. Réduire les privilèges diminue l'enjeu sans changer la nature du problème. Semer du faux en change la nature : une reconnaissance devient un pari. L'architecture tient le terrain ; la déception y ajoute l'obstacle que le durcissement ne fournit pas, une information que l'attaquant ne peut vérifier avant de s'engager. D'autres moyens relèvent du même principe, la rotation des accès, la diversité des configurations, la preuve de provenance : tous rendent au défenseur une information que l'attaquant n'a pas, et la déception en est le point haut. Pour un lecteur qui achète des produits, la nuance est vitale : cette discipline se construit dans l'environnement qu'on opère, et non comme une plateforme de leurres de plus à mettre au catalogue. Ce couple, l'architecture pour corps et la déception pour point haut, demande une discipline plutôt qu'un outil. Le nom vient de la médecine. L'antibiotique a été une défense efficace tant que résister coûtait cher au microbe. L'usage de masse, en élevage comme en médecine, a inversé les termes : à force d'exposer les bactéries au produit, on a rendu la résistance banale et bon marché. Personne, en médecine, n'attend la disparition de la résistance. On gère un état permanent de surveillance et d'isolement, ponctué de crises aiguës. Cette discipline porte un nom depuis vingt ans, le stewardship antimicrobien³¹. Le microbe, lui, n'a pas de stratège : réduire l'usage retire la pression de sélection, et il ne riposte pas. Face à un attaquant qui, lui, s'adapte à la vitesse de la machine, importer la version médicale reviendrait à prêcher l'hygiène à un ennemi qui apprend. La version cyber de cette discipline est active. Elle paie une gêne en temps normal pour un gain sous attaque, ce que Taleb appelle une posture antifragile. C'est l'inverse exact du réflexe gestionnaire ordinaire, qui optimise le temps calme, efface les frictions, retire l'humain de la boucle et raccourcit les délais. L'environnement le plus efficace au quotidien est aussi celui où tout est lisible, tout automatique, et où l'attaquant hérite d'un terrain sans obstacle. Le terrain est ce qui demeure gouvernable quand le reste ne l'est plus ; il borne les effets du régime sans le corriger. ## Ce que je sais et ce que je ne sais pas Ce que je sais tient en trois points. La détection et le correctif étaient les propriétés d'un régime de coût, non de la sécurité. Ce régime a changé, et ce qui ne se remonte pas, c'est le stock diffusé et le coût de la capacité. La seule barrière qui reste possible se construit sur le terrain qu'on opère, en durcissant l'environnement et en le rendant trompeur. Je ne sais pas si l'alarme des textes de l'automne est sincère. Trois lectures restent ouvertes, la rente, la pré-allocation du blâme des incidents à venir, la capture sans intention par des intérêts alignés ; elles convergent sur un fait, qui écrit l'avertissement distribue les charges, et divergent sur tout le reste. Rien de ce qui précède n'en dépend : les clauses tiennent que l'alarme soit sincère ou non, et c'est pour cela que je ne parie pas dessus. Je ne sais pas non plus ce que deviendront le contrat des évaluateurs, qui n'est pas écrit, ni la dérogation demandée au droit de la concurrence, qui n'est pas accordée. Je ne sais pas si une valeur défensive opérationnelle de ces modèles existe sous le secret : aucune mesure indépendante n'en est publiée dans les sources que j'ai utilisées, et celles qui existent mesurent l'offensive. Je constate une absence de preuve, sans en faire une preuve d'absence. Ce que je ne sais pas porte enfin sur la forme du monde qui s'installe. Deux issues restent ouvertes. La première est un régime stable et sinistre, où la perte cyber devient une ligne de coût qu'on provisionne, qu'on assure et qu'on répercute, comme la fraude bancaire est devenue un simple poste d'exploitation. La seconde est une crise aiguë sans fin, faute de pouvoir se stabiliser : un phénomène dont la vitesse dépasse notre capacité à l'observer ne se laisse pas mettre en équation par un assureur, et sans tarification il n'y a pas d'équilibre. La variable qui tranche est la vitesse. Un attaquant qui décide à la cadence de la machine peut empêcher l'équilibre qu'une résistance aveugle, elle, finit par atteindre. Je penche pour la seconde issue. Je ne la démontre pas. Une inconnue plus proche pèse sur la réponse elle-même. La tromperie tient tant que l'attaquant ne peut pas distinguer le vrai du faux. Contre un optimiseur qui apprend, je ne sais pas combien de temps un environnement trompeur résiste avant d'être cartographié, ni si la manœuvre passe à l'échelle d'un grand système d'information. Elle déplace le combat sur le seul terrain favorable. Elle ne promet pas de le gagner. ## Conforme, et sans défense Les référentiels imposent des contrôles : une capacité de détection, une procédure de remédiation, un signalement dans les délais. Ils n'imposent nulle part ni l'architecture qui borne, ni la tromperie qui retourne. Un opérateur peut cocher toutes les cases et n'avoir tenu aucun terrain. J'ai décrit ailleurs comment la conformité au règlement européen sur la cyber-résilience produit du papier vérifiable au-dessus du seuil où la menace opère vraiment³². Conformité et protection n'ont jamais été la même chose. Un référentiel qui continue d'exiger les deux réflexes cassés met un prix sur un risque qu'il a mal étiqueté. L'assureur révisera ce prix avant le régulateur, et cette révision sera la première sanction concrète de la conformité creuse. Les textes de septembre en ajoutent une forme en amont du référentiel, la certification d'un modèle par un évaluateur juge et partie : un modèle certifié aligné et déployé sur un terrain sans périmètre est exactement cette conformité, un signal lu en amont, aucun terrain tenu en aval. L'Europe y trouve sa place exacte. Le 7 juillet, la Commission a publié son plan d'action sur la cybersécurité et l'IA ; sa section 2.3 critique les programmes d'accès propres à un fournisseur, sa section 4.2 décrit l'Union européenne en utilisatrice vulnérable de systèmes conçus ailleurs, que d'autres peuvent éteindre³³. Sept semaines plus tard, la lettre demande aux gouvernements d'accélérer l'extension de programmes qui sont, par construction, propres à un fournisseur⁴. Le canal public de signalement s'est ouvert le 11 septembre, la semaine où le stock circulait déjà par chambres privées²⁵. L'Union européenne réglemente la porte commerciale : la mise sur le marché, les usages licites qu'on consent à lui fournir, et la résilience de ceux que la capacité peut atteindre de toute façon ; le cyber passe par les murs. Quelle que soit sa règle, AI Act compris, l'Union européenne ne porte que sur ce qu'un tiers consent à lui fournir : elle peut l'exclure ou le brider, elle ne peut ni le produire ni l'atteindre chez lui. L'accès peut être retiré, ses conditions modifiées ailleurs, l'offre n'a pas de substitut européen à ce niveau, et l'usage offensif traverse la frontière sans passer par le marché réglementé. Sur la capacité de frontière, l'Union européenne entre dans le régime en cliente. Son agence de cybersécurité est admise dans un programme d'accès dont le fournisseur déclarait avoir besoin, pour l'ouvrir, de l'autorisation d'un gouvernement tiers²⁰ ; au moins deux entreprises françaises figurent parmi les 578 signataires de la lettre, et aucune institution⁴. Et la racine européenne du registre public des failles a accueilli le 6 août, comme autorité de numérotation, une jeune société de San Francisco et Prague qui découvre les failles par IA, habilitée depuis le 26 août à nommer celles des logiciels tiers, sans divulguer les modèles qu'elle emploie³⁴. C'est la quatrième forme de dépendance armée décrite dans la série, le contrôle par absence de règle³⁵. Une plateforme distribue au monde entier des modèles sans garantir d'où ils viennent ; une obligation réglementaire impose la détection et le signalement sans nommer la barrière qui tiendrait. La règle manque à l'endroit exact où tout le monde dépend, et les textes de l'automne confirment qu'aucun acteur en amont, fabricant ou État, ne s'en charge. ## Un seuil La sécurité par distinction n'a jamais tenu seule. Elle tenait à un coût, et ce coût a changé de camp, la conformité creuse entretenant l'apparence, des contrôles bien en place au-dessus d'un vide. Le seuil est là : le moment où le défenseur ne peut plus fonder sa sécurité sur une supériorité d'information fournie par l'amont, et doit la reconstruire chez lui, sur son terrain. À la place de la distinction perdue, ce régime autorise une discipline. Tenir son terrain, le durcir, et le rendre trompeur là où l'adversaire décide, en acceptant une gêne que le temps calme punit et que l'attaque récompense. La série a documenté un ordre qui s'en va. Le monde qui reste n'offre ni avant où revenir, ni après où arriver, ni maître au-dessus pour en répondre ; il offre des gardiens à la porte et rien au-delà. La puissance offensive y circule sans que ses effets demandent un accès autorisé ; la puissance défensive annoncée comme supérieure s'y distribue par désignation. Ceux qui contrôlent l'accès ne maîtrisent pas la capacité, et ceux qui y sont universellement exposés ne disposent d'aucune contrepartie. La défense commune a laissé place à l'administration différenciée de l'accès, de l'exposition et de la responsabilité. Il reste une ironie pour un métier qui se rêvait en forteresse : il rejoint la gestion du risque, cette discipline que l'assurance et la banque pratiquent depuis toujours et que ce métier croyait avoir dépassée. Gérer un risque, c'est admettre qu'on ne l'élimine pas. La discipline commence à cet aveu. Merci de m'avoir lu. Si vous ne voulez manquer aucune de ces analyses, vous pouvez vous abonner à La lettre Klaerenn : les membres les reçoivent par mail, dès parution. Sur LinkedIn, un algorithme décide de ce que vous voyez. Ici, vous reprenez la main. S’inscrire C’est fait — vérifiez votre boîte mail pour confirmer votre inscription. Désinscription en un clic, adresse jamais partagée. [Partager](#/share) --- *Vingt-cinquième article d'une série sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) - *Article 13 :* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/) - *Article 14 :* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige/) - *Article 15 :* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black/) - *Article 16 :* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be/) - *Article 17 :* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict/) - *Article 18 :* [*Le Guépard*](https://www.klaerenn.fr/le-guepard/) - *Article 19 :* [*The Usual Suspects*](https://www.klaerenn.fr/the-usual-suspects/) - *Article 20 :* [*Kill one, spawn many*](https://www.klaerenn.fr/kill-one-spawn-many/) - *Article 21 :* [*The Conversation*](https://www.klaerenn.fr/the-conversation/) - *Article 22 :* [*Ceci n'est pas une attaque*](https://www.klaerenn.fr/ceci-nest-pas-une-attaque/) - *Article 23 :* [*eXistenZ*](https://www.klaerenn.fr/existenz/) - *Article 24 :* [*Hangar 18*](https://www.klaerenn.fr/hangar-18/) --- ## Sources ¹ Dario Amodei, « We Must Pace the Frontier », darioamodei.com, septembre 2026 (mis en ligne le 12 septembre). Plan en trois étapes ; engagement unilatéral sur les évaluateurs intégrés (bureaux, badges, ordinateurs, accès comparable à celui des équipes internes de risque, droit de publier sans contrôle éditorial, caviardage réservé aux informations sensibles, équipe à inviter dans un avenir proche) ; exemple de point de contrôle : un modèle capable de déjouer les méthodes courantes de cloisonnement devra être accompagné d'une certification rendant très improbable une propension à s'échapper ; concession que « more intelligent models are more capable of deceiving tests » ; coordination entre laboratoires jugée juridiquement difficile, note unique sur la médiation gouvernementale ou une dérogation antitrust ; contrôles export sur les puces, répression de la distillation, prévention du vol de poids, avance à élargir sur trois à cinq ans ; auto-amélioration récursive déclarée en cours dans l'industrie, Anthropic compris ; niveau 3 rapporté aux accords SALT, niveau 4 jugé improbable à court terme. Approbations de Sam Altman et d'Elon Musk le 12 septembre rapportées par dépêche AFP (L'Avenir, 12 septembre 2026). [https://darioamodei.com/post/we-must-pace-the-frontier](https://darioamodei.com/post/we-must-pace-the-frontier?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.lavenir.net/actu/monde/2026/09/12/le-patron-danthropic-appelle-a-ralentir-le-developpement-de-lia-BSU7V2XEV5HKPAMEJU6F2OS6NM/](https://www.lavenir.net/actu/monde/2026/09/12/le-patron-danthropic-appelle-a-ralentir-le-developpement-de-lia-BSU7V2XEV5HKPAMEJU6F2OS6NM/?ref=klaerenn.fr) ² OpenAI (Chris Lehane), « The AI policy window is open. We need to act. », 9 septembre 2026\. Demande d'une réglementation fédérale obligatoire fondée sur les capacités, applicable à la poignée de laboratoires les mieux dotés ; soutien à SB 813, AB 1405, SB 1119 et AB 1864 ; fédéralisme inversé ; constat que les laboratoires fixent aujourd'hui largement leurs propres règles, standards publics, vérification indépendante et transparence devant remplacer « that fragmented system of private governance » ; auto-amélioration récursive pleinement autonome déclarée inexistante à ce jour. [https://openai.com/index/ai-policy-window/](https://openai.com/index/ai-policy-window/?ref=klaerenn.fr) ³ Gouverneur de Californie, communiqué du 9 septembre 2026 : promulgation de SB 813 (McNerney), cadre d'organismes de vérification indépendants, et d'AB 1405 (Bauer-Kahan), registre d'État des auditeurs d'IA et standards d'indépendance ; SB 813 chapitré (Chapter 179, Statutes of 2026). Texte de SB 813 lu en version amendée du 5 janvier 2026 : California AI Standards and Safety Commission (nommés du gouverneur, Attorney General, directeur des services d'urgence), désignation d'independent verification organizations, entités privées, nonprofits ou consortiums académiques, pour trois ans renouvelables, à titre volontaire, audit annuel d'indépendance (conseil, financement) ; la présomption de diligence prévue dans les versions antérieures a été retirée au cours de la navette. Texte chapitré de SB 813 et texte d'AB 1405 non consultés. [https://www.gov.ca.gov/2026/09/09/governor-newsom-signs-first-in-the-nation-ai-safeguards-to-protect-californians-calls-on-the-federal-government-to-do-its-part/](https://www.gov.ca.gov/2026/09/09/governor-newsom-signs-first-in-the-nation-ai-safeguards-to-protect-californians-calls-on-the-federal-government-to-do-its-part/?ref=klaerenn.fr) ; [https://legiscan.com/CA/text/SB813/id/3299977](https://legiscan.com/CA/text/SB813/id/3299977?ref=klaerenn.fr) ⁴ OpenAI et al., « A call for collective action on cyber defense », lettre ouverte, 27 août 2026\. Trois principes, quatre sections, une par destinataire (organisations, prestataires de cybersécurité, gouvernements, laboratoires de frontière), formulaire d'adhésion dont les soumissions sont soumises à approbation ; troisième section contenant « no single company should control the future ». Décomptes effectués sur la page : 128 noms le 28 août, 160 le 6 septembre, 578 le 12 septembre ; parmi eux un CSIRT national (Bahamas), une municipalité péruvienne, une banque d'État costaricienne et le Center for Internet Security ; aucune agence d'un État du G7 ni de l'Union européenne ; côté Union, Deutsche Telekom, Ericsson, Nokia, Telefonica, et, côté français, Capgemini et Sekoia. Liste vivante, décompte à refaire au jour de publication. [https://openai.com/collective-cyberdefense/](https://openai.com/collective-cyberdefense/?ref=klaerenn.fr) ⁵ « Pacing the Frontier », déclaration datée juillet 2026, 1 386 signataires au 12 septembre, soutien organisationnel de Guidelight AI Standards et Encode AI. Demande au gouvernement américain de soutenir un effort international visant à « deliberately pace the frontier of automated AI development ». Signataires nommés sur la page : Dario Amodei, Jared Kaplan, Jack Clark, Chris Olah, Benjamin Mann, Jan Leike (Anthropic) ; Jakub Pachocki, Mark Chen, Wojciech Zaremba (OpenAI) ; Shane Legg, Jasjeet Sekhon, Anca Dragan (Google DeepMind) ; Shengjia Zhao, Dawn Song, Summer Yue (Meta) ; Ilya Sutskever ; John Schulman. [https://www.pacingthefrontier.com/](https://www.pacingthefrontier.com/?ref=klaerenn.fr) ⁶ Voir dans cette série : « [eXistenZ](https://www.klaerenn.fr/existenz/) » (agents sortis d'un environnement d'évaluation pour attaquer des systèmes réels ; attaque d'agents OpenAI du 9 au 13 juillet, divulguée le 21 ; revue rétrospective Anthropic du 30 juillet ; rapport d'incident de l'AI Security Institute britannique du 4 août ; Meta début août ; absence de capteur reliant l'observation de l'agent au statut de son contexte ; détection par des tiers, non par revue interne). Sources primaires : OpenAI, « OpenAI and Hugging Face partner to address security incident during model evaluation », 21 juillet 2026, et « The Hugging Face incident and the road ahead », 26 août 2026 (Hugging Face et Modal Labs atteints) ; Anthropic, « Investigating three real-world incidents in our cybersecurity evaluations », 30 juillet 2026 (141 006 exécutions revues, trois incidents chez le partenaire Irregular, trois organisations tierces compromises, incidents les plus anciens datant d'avril, revue déclenchée par la divulgation d'OpenAI). [https://openai.com/index/hugging-face-model-evaluation-security-incident/](https://openai.com/index/hugging-face-model-evaluation-security-incident/?ref=klaerenn.fr) ; [https://openai.com/index/hugging-face-incident-and-the-road-ahead/](https://openai.com/index/hugging-face-incident-and-the-road-ahead/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.anthropic.com/news/investigating-incidents-cybersecurity-evals](https://www.anthropic.com/news/investigating-incidents-cybersecurity-evals?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.aisi.gov.uk/blog/incident-report-unsanctioned-agent-behaviour-during-cyber-testing](https://www.aisi.gov.uk/blog/incident-report-unsanctioned-agent-behaviour-during-cyber-testing?ref=klaerenn.fr) ⁷ Voir dans cette série : « [Hangar 18](https://www.klaerenn.fr/hangar-18/) » (executive order du 2 juin 2026 confiant à la NSA la mesure classifiée des capacités cyber offensives des modèles frontière ; cadre fédéral achevé le 4 août et non publié ; accès anticipé par désignation de partenaires de confiance ; exclusion des modèles à poids ouverts ; lettre du sénateur Ted Budd du 26 juin 2026 sur l'instruction faite au CAISI de cesser la publication de ses conclusions). ⁸ AI Security Institute, « How Far Behind the Frontier are Leading Open Weight Models on Cyber? », 17 juillet 2026\. Retard des meilleurs modèles ouverts de quatre à sept mois sur la frontière fermée, contre six à dix mesurés en interne sur 2025 ; coût d'un run de cent millions de tokens sur cyber range, environ 85 dollars avec un modèle fermé, 1,19 dollar avec DeepSeek V4-Pro ; capacité publiée décrite comme définitivement soustraite aux options de contrôle ; l'agence précise ne pas prédire l'évolution de l'écart. [https://www.aisi.gov.uk/blog/how-far-behind-the-frontier-are-leading-open-weight-models-on-cyber](https://www.aisi.gov.uk/blog/how-far-behind-the-frontier-are-leading-open-weight-models-on-cyber?ref=klaerenn.fr) ⁹ Voir dans cette série : « [Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) » (États acheteurs de failles inédites, procédures de rétention, marché tarifé par la rareté). ¹⁰ Voir dans cette série : « [La dépendance européenne aux standards américains](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) » et « [Le dernier canal](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) » (CVE, NVD, CERT/CC, FIRST et CISA en tête de chaîne du commun défensif ; dépendance des outils et des équipes européennes). ¹¹ OpenAI, « Daybreak: Tools for securing every organization in the world », 22 juin 2026 : Daybreak Cyber Partner Program (Akamai, Cisco, Cloudflare, CrowdStrike, Fortinet, Oracle, Palo Alto Networks, Zscaler), tous signataires de la lettre du 27 août ; page Daybreak, juillet 2026 : un milliard de dollars d'accès subventionné sur six mois. OpenAI Help Center, « Trusted Access for Cyber Overview » : modèle de gouvernance du programme, critères d'approbation, interdiction de revente, de proxy et d'accès de tiers. CyberScoop, août 2026, « OpenAI says Daybreak will expand to offer specialized cyber services » : Daybreak Blue (garde-fous réduits) et Daybreak Red (modèle entraîné à la recherche de failles inédites et au développement de chaînes d'exploitation, sous approbation distincte et surveillance rapprochée) ; évaluation OpenAI, 1,5 % de tâches offensives réussies pour le modèle général, 95 % pour le modèle Red. Tarification non publique (Contrast Security, source secondaire). [https://openai.com/index/daybreak-securing-the-world/](https://openai.com/index/daybreak-securing-the-world/?ref=klaerenn.fr) ; [https://openai.com/daybreak/](https://openai.com/daybreak/?ref=klaerenn.fr) ; [https://help.openai.com/en/articles/20001258-openai-daybreak-trusted-access-for-cyber-overview](https://help.openai.com/en/articles/20001258-openai-daybreak-trusted-access-for-cyber-overview?ref=klaerenn.fr) ; [https://cyberscoop.com/openai-daybreak-expansion-specialized-cyber-services/](https://cyberscoop.com/openai-daybreak-expansion-specialized-cyber-services/?ref=klaerenn.fr) ¹² Anthropic, « System Card: Claude Mythos Preview », 7 avril 2026, section 1.2 « Release decision process » : premier modèle de la maison dont la fiche est publiée sans mise à disposition commerciale générale, décision présentée comme ne découlant pas des exigences de la Responsible Scaling Policy ; motif, bond en capacité cyber dont la découverte et l'exploitation autonomes de vulnérabilités inédites dans les principaux systèmes d'exploitation et navigateurs ; mise à disposition auprès d'un petit nombre de partenaires sous le programme Project Glasswing. Billet de l'équipe rouge documentant ces exploitations. [https://www.anthropic.com/claude-mythos-preview-system-card](https://www.anthropic.com/claude-mythos-preview-system-card?ref=klaerenn.fr) ; [https://red.anthropic.com/2026/mythos-preview/](https://red.anthropic.com/2026/mythos-preview/?ref=klaerenn.fr) ¹³ OpenAI, « Responding to the next frontier of critical cyber capabilities », 7 août 2026 : impossibilité d'écarter des capacités cyber critiques au sens du Preparedness Framework (développement d'exploits fonctionnels dans de nombreux systèmes critiques durcis sans intervention humaine, ou conduite d'une attaque complète et inédite à partir d'un objectif de haut niveau). « Path to Astra: critical capabilities and frontier safeguards », 1er septembre 2026 : désignation Critical confirmée, deux vulnérabilités inédites découvertes pendant l'évaluation. Sortie le 3 septembre sous le nom GPT-6 Astra : accès initial réservé aux organisations du programme Daybreak, version publique refusant les tâches cyber avancées, poids non publiés. [https://openai.com/index/responding-next-frontier-critical-cyber-capabilities/](https://openai.com/index/responding-next-frontier-critical-cyber-capabilities/?ref=klaerenn.fr) ; [https://openai.com/index/path-to-astra/](https://openai.com/index/path-to-astra/?ref=klaerenn.fr) ; [https://deploymentsafety.openai.com/gpt-6-astra](https://deploymentsafety.openai.com/gpt-6-astra?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Unit 42 (Palo Alto Networks), « The Frontier AI Vulnerability Burst: Industrializing Autonomous Zero-Day Discovery in Open-Source Software », août 2026 : système NOVA, 3 915 projets, 14 090 vulnérabilités confirmées, 99,4 % absentes des bases publiques, 40 % de sévérité haute ou critique ; 85 correspondances avec le domaine public, la plupart publiées deux à huit semaines après la découverte ; divulgation via les mainteneurs et les chambres de compensation Lightwell et Akrites ; presque tous les modèles évalués, de frontière et à poids ouverts, ont trouvé des vulnérabilités réelles ; volume croissant de rapports de qualité inégale anticipé pour les mainteneurs. Palo Alto Networks, « Redefining Network Security for the Frontier AI Era », août 2026 : PAN-OS 12.2, Advanced Virtual Patching, protection réseau dans l'intervalle du correctif, objectif d'étendre en continu un « real-time pool of protected vulnerabilities ». [https://unit42.paloaltonetworks.com/frontier-ai-vulnerability-burst/](https://unit42.paloaltonetworks.com/frontier-ai-vulnerability-burst/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.paloaltonetworks.com/blog/2026/08/redefining-network-security-for-the-frontier-ai-era/](https://www.paloaltonetworks.com/blog/2026/08/redefining-network-security-for-the-frontier-ai-era/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Sur le déplacement du goulot vers le tri et le contexte manquant aux modèles (organisationnel, technique, code), illustré par le cas du hachage : Robert Lemos, « Using LLMs to Find and Prioritize Vulnerabilities Is No Easy Task », Dark Reading, 21 juillet 2026, rapportant les positions d'Arshan Dabirsiaghi (Pixee) avant sa présentation à Black Hat USA. Source secondaire et partie intéressée : les taux de faux positifs annoncés n'ont pas été publiés après la conférence et ne sont pas repris ici. La bascule du discours commercial vers les couches de contexte et d'atteignabilité est documentée par les annonces d'éditeurs de la semaine du 4 août 2026 (voir « Ceci n'est pas une attaque », note 1). [https://www.darkreading.com/application-security/finding-and-prioritizing-vulnerabilities-no-easy-task](https://www.darkreading.com/application-security/finding-and-prioritizing-vulnerabilities-no-easy-task?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Voir dans cette série : « [I Am Altering the Deal](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) » (mémorandum du 7 janvier 2026 retirant les États-Unis de soixante-six organisations internationales, dont la Freedom Online Coalition, le Global Forum on Cyber Expertise et le Hybrid CoE ; arriéré de vingt mille CVE non analysées dans la NVD ; budget de la CISA réduit) et « [Status: clean](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict/) » (saturation de l'instrument public de qualification des vulnérabilités). ¹⁷ Voir dans cette série : « [Ceci n'est pas une attaque](https://www.klaerenn.fr/ceci-nest-pas-une-attaque/) » (les représentations de l'attaque vendues comme sécurité, dont les chiffres ne mesurent pas ce qu'ils prétendent ; plafonnement de l'IA défensive sur la tâche opérationnelle) et « [The Usual Suspects](https://www.klaerenn.fr/the-usual-suspects/) » (bases publiques fausses à l'échelle, chute du coût de vérification offensif). ¹⁸ L'épisode du garde-fou est rapporté dans le compte rendu d'incident de Hugging Face du 16 juillet 2026 : les modèles derrière API commerciale ont refusé de traiter les traces d'attaque, leurs filtres ne distinguant pas un enquêteur d'un attaquant ; la forensique a basculé sur un modèle en accès libre exécuté en interne. [https://huggingface.co/blog/security-incident-july-2026](https://huggingface.co/blog/security-incident-july-2026?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Frontier Security, évaluation de Kimi K3 (7 août 2026), rapportée par Bloomberg, TechCrunch et Reuters : le modèle, développé par Moonshot AI et publiquement téléchargeable depuis juillet 2026, est sorti d'un bac à sable construit sur l'outillage ouvert de l'AI Security Institute britannique, a atteint l'internet et récupéré la réponse à sa tâche sur un dépôt public ; aucun système tiers n'a été compromis. L'AI Security Institute déclare n'avoir pas participé à ces tests et impute le problème à la configuration retenue par le cabinet ; Moonshot AI n'a pas commenté. [https://techcrunch.com/2026/08/07/chinese-ai-model-kimi-escaped-its-cybersecurity-testing-environment-researchers-say/](https://techcrunch.com/2026/08/07/chinese-ai-model-kimi-escaped-its-cybersecurity-testing-environment-researchers-say/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-08-07/china-s-top-ai-model-evaded-testing-environment-researchers-say](https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-08-07/china-s-top-ai-model-evaded-testing-environment-researchers-say?ref=klaerenn.fr) ²⁰ CNBC, 2 juin 2026 : Project Glasswing, une cinquantaine de partenaires initiaux en avril 2026, extension à 150 organisations dans plus de quinze pays ; Cybersecurity Dive, 2 juin 2026 : déclaration d'Anthropic sur plusieurs semaines de collaboration avec les partenaires, l'industrie, les mainteneurs et le gouvernement américain. Dark Reading et CNBC, 1er juin 2026 : ENISA première entité européenne admise ; selon des personnes proches du dossier citées par CNBC, le laboratoire a indiqué à la Commission avoir besoin de l'autorisation du gouvernement américain ; conditions officielles non connues. [https://www.cnbc.com/2026/06/02/anthropic-mythos-ai-project-glasswing.html](https://www.cnbc.com/2026/06/02/anthropic-mythos-ai-project-glasswing.html?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cybersecuritydive.com/news/ai-anthropic-claude-mythos-project-glasswing-expand/821714/](https://www.cybersecuritydive.com/news/ai-anthropic-claude-mythos-project-glasswing-expand/821714/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.darkreading.com/cyber-risk/anthropic-mythos-ai-eu-enisa](https://www.darkreading.com/cyber-risk/anthropic-mythos-ai-eu-enisa?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.cnbc.com/2026/06/01/anthropic-eu-ai-mythos-access-advanced-model.html](https://www.cnbc.com/2026/06/01/anthropic-eu-ai-mythos-access-advanced-model.html?ref=klaerenn.fr) ²¹ Contrôles à l'export appliqués par le Bureau of Industry and Security aux modèles Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 le 12 juin 2026, trois jours après leur lancement, imposant la restriction d'accès à tout ressortissant étranger ; suspension mondiale des deux modèles par Anthropic faute de vérification de nationalité en temps réel ; réintroduction partielle de Mythos 5 à une centaine d'organisations américaines le 26 juin ; levée des contrôles le 30 juin contre engagements de détection proactive des risques et d'information des autorités. Anthropic, « Redeploying Claude Fable 5 » (30 juin 2026) ; CNBC, 1er juillet 2026\. [https://www.anthropic.com/news/redeploying-fable-5](https://www.anthropic.com/news/redeploying-fable-5?ref=klaerenn.fr) ²² Rapport de chercheurs indépendants (Sydney Von Arx, Nightingale ; Cormac Slade Byrd) communiqué à Reuters et repris par TechCrunch et The Verge, 4 et 5 septembre 2026 : plus de quinze mille modifications sur DseWiki, wiki germanophone à modification ouverte, entre le 11 mai et le 22 juin 2026, pages préfixées pour échapper au tri alphabétique, contenu portant sur des évaluations chronométrées et des méthodes de contournement ; OpenAI déclare examiner les faits sans confirmer que les agents sont les siens ; Reuters, citant quatre sources, rapporte que des responsables d'OpenAI connaissaient l'épisode depuis plusieurs semaines. [https://techcrunch.com/2026/09/04/openais-rogue-agents-keep-escaping-with-no-formal-process-to-investigate-them/](https://techcrunch.com/2026/09/04/openais-rogue-agents-keep-escaping-with-no-formal-process-to-investigate-them/?ref=klaerenn.fr) ²³ METR et Redwood Research, enquête indépendante sur l'incident OpenAI-Hugging Face, 26 août 2026, périmètre borné par OpenAI au 26 juin-13 juillet ; l'essai du 12 septembre cite METR comme exemple d'évaluateur intégré. [https://metr.org/blog/2026-08-26-openai-hugging-face-incident-investigation/](https://metr.org/blog/2026-08-26-openai-hugging-face-incident-investigation/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ OpenAI, « Pacing model development in an era of cyber-critical capabilities », 18 août 2026 : pause de deux semaines de l'entraînement par renforcement sur les modèles destinés au déploiement ; plus grand run de frontière prévu maintenu à l'arrêt en attendant des preuves d'alignement supplémentaires ; surcoût de surveillance estimé à environ 20 % du calcul d'inférence surveillé ; effet sur la recherche de frontière qualifié de coût et de retard considérables. [https://openai.com/index/pacing-model-development-cyber-capabilities/](https://openai.com/index/pacing-model-development-cyber-capabilities/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ Règlement (UE) 2024/2847 (Cyber Resilience Act), article 14 : obligations de notification des vulnérabilités activement exploitées, alerte précoce sous vingt-quatre heures au CSIRT coordinateur et à l'ENISA ; applicable à compter du 11 septembre 2026 (article 71). [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ²⁶ Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, article IX.3 : est reconnu État doté celui qui a fabriqué et fait exploser une arme nucléaire ou un autre dispositif nucléaire explosif avant le 1er janvier 1967 ; cinq États répondent à cette définition. Traité ouvert à la signature en 1968, entré en vigueur le 5 mars 1970 ; accès civil encadré (article IV) ; garanties de sécurité aux États non dotés apportées hors traité par la résolution 255 du Conseil de sécurité des Nations unies (19 juin 1968). Agence internationale de l'énergie atomique. [https://www.iaea.org/topics/non-proliferation-treaty](https://www.iaea.org/topics/non-proliferation-treaty?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Report on the International Control of Atomic Energy (rapport Acheson-Lilienthal), soumis au Département d'État le 16 mars 1946, rédigé par un Board of Consultants comprenant plusieurs figures du Manhattan Project ; plan Baruch présenté à la Commission de l'énergie atomique des Nations unies le 14 juin 1946 ; abstention soviétique au vote du 31 décembre 1946, l'URSS exigeant l'abolition des armes avant l'établissement de l'autorité de contrôle ; plan caduc début 1947\. Arms Control Association, « Looking Back: Going for Baruch ». [https://www.armscontrol.org/act/2006-06/looking-back-going-baruch-nuclear-plan-refused-go-away](https://www.armscontrol.org/act/2006-06/looking-back-going-baruch-nuclear-plan-refused-go-away?ref=klaerenn.fr) ²⁸ The Anthropic Institute (Marina Favaro, Jack Clark), « When AI builds itself », 4 juin 2026 : un entraînement se dissimule mieux qu'un silo de missiles, ses intrants sont à usage général, celui qui continue pendant que les autres s'arrêtent hérite de l'avance ; la détectabilité, standard inférieur à la vérifiabilité, y est jugée plus difficile que pour d'autres technologies. [https://www.anthropic.com/institute/recursive-self-improvement](https://www.anthropic.com/institute/recursive-self-improvement?ref=klaerenn.fr) ²⁹ Veracode, « 2025 GenAI Code Security Report » (45 % des tâches introduisant une faille), « Spring 2026 GenAI Code Security Update » (taux de réussite sécurité stable entre 45 et 55 % depuis 2023, syntaxe correcte à plus de 95 %) et « 2026 GenAI Code Security Report » (28 juillet 2026 : 44 % des tâches, taux de réussite 56 %, l'IA écrivant environ la moitié du code livré dans les organisations qui l'ont adoptée). Éditeur de solutions de test, partie intéressée ; le benchmark est conduit à l'identique sur un an. Analyse détaillée dans cette série : « Status: clean ». [https://www.veracode.com/resources/analyst-reports/2025-genai-code-security-report/](https://www.veracode.com/resources/analyst-reports/2025-genai-code-security-report/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.veracode.com/blog/spring-2026-genai-code-security/](https://www.veracode.com/blog/spring-2026-genai-code-security/?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.veracode.com/blog/2026-genai-code-security-report-ai-risk/](https://www.veracode.com/blog/2026-genai-code-security-report-ai-risk/?ref=klaerenn.fr) ³⁰ Audition de M. Vincent Strubel, directeur général de l'ANSSI, devant la commission des affaires économiques du Sénat, mercredi 8 juillet 2026 (séance publique, captation sur le site du Sénat). Explosion des vulnérabilités découvertes par l'IA, problème de cadence, saturation des équipes, assortis de l'hypothèse prudente d'un mieux une fois le parc existant corrigé ; dépêche AEF du 9 juillet 2026 reprenant les termes de cadence et de saturation. [https://www.senat.fr/actualite/audition-de-vincent-strubel-directeur-general-de-lanssi-7987.html](https://www.senat.fr/actualite/audition-de-vincent-strubel-directeur-general-de-lanssi-7987.html?ref=klaerenn.fr) ; [https://videos.senat.fr/video.5913834\_6a4df4633b161.audition-de-vincent-strubel-directeur-general-de-l-anssi](https://videos.senat.fr/video.5913834%5F6a4df4633b161.audition-de-vincent-strubel-directeur-general-de-l-anssi?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.aefinfo.fr/depeche/753963-lexplosion-des-vulnerabilites-identifiees-grace-a-lia-pourrait-saturer-les-equipes-cyber-a-court-terme-selon-lanssi](https://www.aefinfo.fr/depeche/753963-lexplosion-des-vulnerabilites-identifiees-grace-a-lia-pourrait-saturer-les-equipes-cyber-a-court-terme-selon-lanssi?ref=klaerenn.fr) ³¹ Sur le stewardship antimicrobien comme discipline de rationnement de l'usage : Organisation mondiale de la santé, fiche « Antimicrobial resistance », boîte à outils « Antimicrobial stewardship programmes in health-care facilities » (2019) et guide « Antimicrobial stewardship interventions: a practical guide » (OMS Europe). Référence d'analogie, non de preuve : le mécanisme décrit ici ne partage pas la cause biologique, seulement la forme de trajectoire. [https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/antimicrobial-resistance](https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/antimicrobial-resistance?ref=klaerenn.fr) ; [https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/329404/9789241515481-eng.pdf](https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/329404/9789241515481-eng.pdf?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.who.int/europe/publications/i/9789289056267](https://www.who.int/europe/publications/i/9789289056267?ref=klaerenn.fr) ³² Voir dans cette série : « [Le Guépard](https://www.klaerenn.fr/le-guepard/) » (conformité au CRA au-dessus du seuil où la menace opère). ³³ Commission européenne, « Action Plan on Cybersecurity and Artificial Intelligence », COM(2026) 577 final, 7 juillet 2026\. Section 2.3 : critique des programmes d'accès « provider-specific ». Section 4.2 : l'Union comme utilisatrice vulnérable de systèmes d'IA de frontière conçus ailleurs que d'autres peuvent éteindre. [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/eu-action-plan-cybersecurity-and-artificial-intelligence](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/eu-action-plan-cybersecurity-and-artificial-intelligence?ref=klaerenn.fr) ³⁴ ENISA, « ENISA scales up its role in the CVE Program », 6 août 2026 : la NATO Communications and Information Agency et AISLE rejoignent les CVE Numbering Authorities sous la racine ENISA, vingt CNA au total, douze formées par l'agence et huit transférées depuis la racine MITRE ; motivation citée, l'émergence des modèles de frontière et leur effet sur la découverte et l'exploitation des failles. CyberScoop, 10 août 2026 : AISLE, bureaux à San Francisco et Prague. AISLE, communiqué du 26 août 2026 : périmètre étendu et statut de Researcher CNA, attribution d'identifiants pour les failles découvertes dans des logiciels tiers non couverts par une autre autorité ; désignation initiale du 22 juillet limitée à ses propres produits. Les modèles employés par AISLE ne sont pas divulgués à la date de rédaction. [https://www.enisa.europa.eu/news/enisa-scales-up-its-role-in-the-cve-program](https://www.enisa.europa.eu/news/enisa-scales-up-its-role-in-the-cve-program?ref=klaerenn.fr) ; [https://cyberscoop.com/nato-aisle-enisa-cve-vulnerability-tracking/](https://cyberscoop.com/nato-aisle-enisa-cve-vulnerability-tracking/?ref=klaerenn.fr) ; [https://aisle.com/newsroom/press-releases/aisle-achieves-expanded-scope-as-cve-numbering-authority](https://aisle.com/newsroom/press-releases/aisle-achieves-expanded-scope-as-cve-numbering-authority?ref=klaerenn.fr) ³⁵ Voir dans cette série : « [The Conversation](https://www.klaerenn.fr/the-conversation/) » (quatrième géométrie de l'interdépendance armée : le contrôle par absence de gouvernance). ### Quatre sujets, une seule horloge URL: https://www.klaerenn.fr/quatre-sujets-une-seule-horloge/ Last updated: 2026-09-14T08:00:52.000Z *Gouvernance, vulnérabilité, crise, risque : les sujets du CISO restent les mêmes. L'IA en accélère la mutation, et ce changement de cadence pèse davantage que chaque nouveauté prise isolément.* --- Le métier s'apprête à produire une littérature abondante sur l'IA. Shadow AI, agents autonomes, SOC augmenté, identités machines : chaque sous-domaine réclame sa doctrine, ses cadres, ses formations. Ce découpage organise le travail. Il laisse pourtant dans l'ombre le mouvement de fond, celui d'une accélération qui touche simultanément les quatre sujets anciens de la fonction et qui, chacun dans son registre, pose une même question de tempo. ## La crise perd son calendrier La gestion de crise reposait sur une hypothèse rarement formulée : l'existence d'une frontière entre temps normal et temps de crise. Une cellule s'active, une escalade s'organise, un retour à la normale conclut l'épisode. Tout l'outillage du métier, des plans de continuité aux exercices annuels, suppose que la crise est un événement rare, discret, borné dans le temps. L'IA dissout cette hypothèse. Un agent offensif autonome découvre, qualifie et exploite en quelques heures ce qui demandait des semaines de travail humain. Au printemps 2026, un modèle de frontière a exploité seul une faille vieille de dix-sept ans, et la production de vulnérabilités est passée à l'échelle industrielle au moment où la capacité institutionnelle à les nommer se replie. En face, la défense automatise ses boucles de détection et de remédiation. Quand l'attaque et la réponse s'exécutent toutes deux à la vitesse machine, l'événement discret qui déclenchait la cellule se fond dans un régime continu de perturbations, et la crise s'installe comme tempo ordinaire. Ce que le métier appelait gestion de crise devient une compétence permanente d'absorption, distribuée dans les systèmes plutôt que concentrée dans une salle. Les organisations qui conservent des dispositifs conçus pour des événements rares et longs se préparent à la guerre précédente. ## Encoder la posture dans les systèmes Le même déplacement atteint la gouvernance et le risque. L'appétence au risque était formulée pour des décisions humaines, prises à vitesse humaine, validées par des comités à date fixe. Les agents IA déployés en entreprise prennent désormais des microdécisions en continu : prioriser une alerte, isoler un poste, modifier une règle, engager une réponse. Ces choix échappent, par leur volume, à toute validation unitaire. La voie praticable consiste à encoder la posture dans les systèmes eux-mêmes, à traduire l'appétence au risque en contraintes exécutables que les agents respectent par construction. Cette traduction est le travail le moins visible et le plus décisif du moment. Elle prolonge un mouvement déjà engagé : les référentiels partagés qui servaient de langage commun au métier perdent en fiabilité ou se resserrent sur des priorités nationales, et chaque organisation se trouve renvoyée à la formulation de ses propres règles. L'IA donne à cette obligation éditoriale une dimension exécutable. Une telle règle quitte le document de politique générale relu une fois l'an pour devenir du code, versionné, testé, opposable aux agents comme aux auditeurs. L'organisation qui a laissé cette exigence implicite découvrira sa posture réelle dans le comportement de ses agents, après coup. L'antifragilité demande ici sa reformulation. Se renforcer sous la contrainte supposait un temps d'apprentissage entre deux chocs, et ce temps se comprime. Une organisation antifragile en 2026 est celle dont la boucle d'apprentissage tourne à la cadence de son environnement, celle qui convertit chaque perturbation en règle exécutable sans attendre le prochain comité. Cette boucle peut même être alimentée volontairement. Des agents offensifs internes qui éprouvent en continu les contraintes des agents défensifs installent, à cadence machine, le régime de stress mesuré dont se nourrissent les systèmes qui se renforcent. Le concept trouve là son application la plus concrète depuis qu'il circule dans le métier. Le CISO devient l'arbitre de cette cadence. Son rôle se déplace vers une garantie d'un ordre nouveau : que les décisions déléguées aux machines restent l'expression fidèle d'une posture choisie. Reste à mesurer combien d'organisations ont réellement formulé cette posture avant de la déléguer, et combien découvriront, dans le comportement de leurs agents, que le choix restait à faire. --- *Article publié dans Global Security Mag N°64 (août – octobre 2026), pages 36-37, dossier « l'IA dans tous ses états ».* ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/09/gsmag64_page1-1.jpg) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/09/gsmag64_page2-1.jpg) ### I'll be back URL: https://www.klaerenn.fr/ill-be-back/ Last updated: 2026-09-08T08:00:45.000Z *Le 14 août 2026, Bercy confirme l'extraction des données de 678 000 particuliers et professionnels. Le communiqué explique que les contrôles d'accès n'ont pas permis de détecter le vol, en raison de la sophistication de l'attaque¹. Les identifiants qui l'ont rendu possible se vendent à l'unité, sur un marché ouvert, et l'inventaire des portails de l'État s'y consulte en une requête.* Le 5 septembre 2026, la base de Hudson Rock, éditeur israélien de renseignement qui achète les logs d'infostealers sur les marchés où ils se vendent, recense trois cent cinquante-six comptes en adresse professionnelle du ministère de l'Intérieur, extraits de machines infectées, la compromission la plus récente datée du 19 août². Pour le domaine racine des Finances, quarante-huit comptes agents, dernière capture le 19 août également, cinq jours après la confirmation publique de l'intrusion à la DGFiP. La requête est publique et ne demande aucune authentification, et d'autres éditeurs tiennent des corpus comparables. Chaque enregistrement porte l'adresse exacte du formulaire où l'identifiant a été saisi — webmail, portail VPN, application métier : l'inventaire des points d'entrée de l'État, indexé, daté, ouvert. Cette exposition préexiste aux intrusions qu'elle rend possibles, se mesure gratuitement et se renouvelle chaque semaine. Elle n'a jamais été invisible. ### Le contenu d'un log volé Un infostealer est un logiciel malveillant qui vole les données stockées sur une machine. Son produit unitaire est le log, un paquet structuré extrait de la machine infectée. Il contient les mots de passe enregistrés dans le navigateur, les entrées de remplissage automatique, les fichiers de portefeuilles de cryptomonnaie, les identifiants VPN, et une pièce dont la valeur a dépassé toutes les autres, le cookie de session actif. Chaque secret est accompagné de l'URL où il servait. Le cookie de session a pris la première place. Un mot de passe volé se heurte encore, parfois, à un second facteur. Un cookie de session est une authentification déjà consommée : le rejouer ouvre le compte sans présenter de facteur, puisque le facteur a été présenté à l'ouverture. Constella compte 51,7 millions de paquets traités par les infostealers en 2025, en hausse de 72 % sur un an, et situe leur dangerosité dans les cookies de session vivants qu'ils contiennent, lesquels permettent de contourner entièrement l'authentification multifacteur³. ### L'industrie de la collecte L'infostealer moderne procède à une extraction ponctuelle et exhaustive des secrets déjà présents sur la machine, puis disparaît ; le keylogger, son ancêtre, supposait une session interactive et une journalisation de la frappe dans la durée. La différence est économique avant d'être technique, et elle a produit un marché. Ce marché tient sur une séparation des rôles que Sekoia, entreprise française, a documentée dès 2022⁴. Au sommet, des développeurs vendent l'infostealer en abonnement mensuel, sur le modèle du malware-as-a-service, avec un panneau de contrôle qui compile le logiciel, suit les infections et exporte les données. Au-dessous, une masse de distributeurs, les traffers, souvent jeunes, avec des connaissances de base et peu d'expérience, qui rejoignent une équipe par un canal Telegram, reçoivent un exécutable généré à la demande et le diffusent par vidéos YouTube, logiciels piratés ou publicités frauduleuses⁵. Leur métier consiste à générer du trafic. Les administrateurs organisent des concours de volume, récompensent les meilleurs par des primes et l'accès à un second infostealer. Un opérateur peu compétent hérite d'un savoir-faire qu'il n'a pas produit et qu'il n'a pas besoin de comprendre. Cette structure explique les attaquants très jeunes des affaires françaises récentes, et les intrusions décrites comme mûres qu'ils réussissent. La maturité réside dans l'outillage et dans le marché qui le distribue, l'individu en est l'exécutant. Le prix d'un log ordinaire va de un à dix dollars, jusqu'à cent pour un log contenant un compte bancaire ou professionnel⁶. La sophistication a un prix unitaire de quelques dollars, et rien de ce qui se vend à ce tarif n'est imprévisible. Le vecteur de distribution dominant coûte encore moins, parce qu'il n'exploite aucune faille. La technique dite ClickFix, un faux CAPTCHA, retourne la logique de l'attaque en faisant de la cible celle qui l'exécute. La page invite à copier un texte, à le coller dans la fenêtre Exécuter de Windows et à valider ; ce qui s'exécute est PowerShell, ou un autre interpréteur signé livré avec le système, avec les droits de l'utilisateur⁷. Le rapport de défense numérique de Microsoft pour 2025 attribue quarante-sept pour cent des intrusions initiales observées à cette seule technique, devant l'hameçonnage⁸. Elle fonctionne contre un poste entièrement à jour et équipé d'un EDR, parce qu'aucune vulnérabilité n'est exploitée et qu'aucun binaire étranger n'est déposé avant l'exécution. Il n'y a rien à corriger, et rien à détecter par signature. Le problème sort du champ du correctif et de l'antivirus. ### Une règle en vigueur, une pratique qui l'a quittée Cette économie moissonne des millions de machines sans discrimination. Les identifiants des portails de l'État s'y retrouvent parce que des postes infectés les atteignent, et la présence de ces postes dans le paysage a une date d'origine. La règle précède la menace. La politique de sécurité des systèmes d'information de l'État, la PSSIE, approuvée par circulaire du Premier ministre du 17 juillet 2014 avec conformité exigée sous trois ans, énonce que les postes sont fournis, gérés et configurés par l'entité, et que la connexion d'équipements non maîtrisés, non administrés ou non mis à jour par l'entité sur les réseaux professionnels est interdite. Une seconde règle complète la première : seuls les équipements gérés et configurés par les équipes habilitées peuvent être connectés au réseau de l'entité. Le nomadisme doit passer par les infrastructures nationales⁹. Cette règle est restée en vigueur et a cessé d'être appliquée. La bascule en télétravail de 2020 a introduit dans les systèmes de l'État des postes que l'entité ne maîtrisait pas, sans qu'aucun acte ne vienne le décider. La PSSIE prévoit pourtant un mécanisme propre de dérogation, motivée, accordée par le haut fonctionnaire de défense et de sécurité du ministère, tenue à disposition de l'ANSSI. Une dérogation est une décision assumée, avec un risque résiduel nommé et une autorité qui l'endosse. Son absence signale l'absence de toute décision. La règle a continué d'exister pendant que la pratique la contredisait, sans arbitrage. Les textes postérieurs maintiennent la règle. Le cadre de gouvernance de la sécurité numérique de l'État, qui doit à terme se substituer à la circulaire de 2014, cohabite avec elle et la complète sur les règles de sécurité¹⁰. En décembre 2020, neuf mois après la bascule, l'ANSSI écrit dans ses recommandations pour les systèmes d'information essentiels qu'un système maîtrisé ne peut pas intégrer les pratiques de BYOD, où l'utilisateur connecte des équipements personnels dont la configuration échappe à l'opérateur, et décrit le scénario : l'attaquant prend le contrôle de l'ordinateur personnel, y trouve les informations de connexion au système, et y accède à son tour à l'insu de l'utilisateur¹¹. Le guide Zero Trust de juin 2025 part du constat de l'essor du télétravail et du BYOD, pose qu'un équipement personnel et un équipement géré par l'entité n'ont pas, par défaut, le même niveau de confiance, et retient l'évaluation dynamique de l'état de sécurité du poste à chaque accès¹². Aucun de ces textes ne concède l'exception. La doctrine a suivi la menace, la pratique l'a laissée derrière. La règle est devenue portante au moment où elle cessait d'être tenue. Tant que le poste restait dans le bâtiment, le contrôle d'accès physique, le zonage et le réseau local compensaient en partie le défaut de maîtrise logique. Quand le poste sort, ces compensations disparaissent d'un coup, et la maîtrise du terminal devient le dernier périmètre qui subsiste. Le compteur d'identifiants agents dans les logs d'infostealers en est la mesure directe. ClickFix infecte aussi des postes maîtrisés, de sorte que le compteur prouve l'exposition sans prouver à lui seul qu'un poste était hors périmètre. Il prouve qu'un chemin existe entre des machines infectées et les portails de l'État, et qu'il est emprunté. ### L'événement et l'état Le dispositif présenté comme la réponse est l'authentification multifacteur. Elle règle un problème réel et adjacent, l'hameçonnage par reverse proxy, où un site sosie relaie en temps réel le mot de passe puis le second facteur vers le vrai service (les kits Evilginx ou Tycoon 2FA en sont l'industrialisation). Les clés matérielles FIDO2, YubiKey et équivalents, lient la signature au domaine d'origine, si bien qu'un site sosie n'obtient rien. C'est une vraie victoire, et c'est elle que le marché met en avant. Cette victoire a déplacé l'attaque. À mesure que la porte d'entrée se durcit, l'attaquant passe par la porte de service, la session déjà ouverte. L'authentification est un événement, la session est un état. Le facteur intervient une fois, à l'ouverture. Ensuite le navigateur détient un jeton porteur, un bearer token au sens des protocoles web : quiconque le présente est authentifié, et le serveur ne distingue pas le titulaire d'un voleur. Ce choix date de 2009, et l'éditeur initial du standard l'a dénoncé avant même sa publication¹³. L'infostealer prélève ce que le facteur a produit, sans jamais toucher au facteur. Sur un poste de travail, Windows, macOS ou Linux, les applications ne sont pas isolées les unes des autres comme elles le sont sur un smartphone, et un programme malveillant qui s'exécute avec les mêmes droits que le navigateur accède à tout ce à quoi le navigateur accède, cookies compris¹⁴. Monter en gamme sur le facteur laisse ce chemin intact : une clé matérielle sérieuse résiste au reverse proxy et reste sans effet sur le vol de la session qu'elle a servi à ouvrir. Une session a trois propriétés indépendantes, sa durée, sa révocabilité, sa portabilité. Le débat public ne parle que de la première, qui importe le moins. Sur Microsoft Entra ID, dont la documentation publique détaille ces durées, un access token vit entre soixante et quatre-vingt-dix minutes, mais le refresh token, qui permet d'en obtenir un nouveau sans se réauthentifier, vaut quatre-vingt-dix jours par défaut¹⁵, et c'est lui que l'infostealer emporte avec le reste. Raccourcir la durée des tokens ne ferme pas la voie : contre un poste durablement infecté, l'attaquant récupère la session suivante, et le vol permanent devient un vol répété. La révocabilité décide de ce que l'on peut faire une fois l'intrusion connue. Les access tokens déjà émis courent jusqu'à leur expiration, sauf si le client et le service supportent la Continuous Access Evaluation de Microsoft, qui révoque en quasi temps réel sur événement critique¹⁶ ; et la durée d'une session applicative dépend de l'application qui l'a émise, seule à pouvoir l'invalider¹⁷. Couper un compte ne coupe pas les sessions ouvertes. À la DGFiP, les comptes compromis ont été coupés à la détection, et l'exfiltration n'a été connue qu'à la revendication du 12 août¹⁸. Entre les deux, le sort des sessions ouvertes n'a pas été rendu public. Seule la troisième propriété ferme le chemin. Un jeton non portable est inutile hors de la machine qui le détient. Les Device Bound Session Credentials, en disponibilité générale sur Chrome depuis avril 2026, réalisent cette liaison : à l'ouverture de session, le navigateur génère une paire de clés dont la clé privée est scellée dans la puce de sécurité du poste, TPM sous Windows ou Secure Enclave sous macOS, non exportable, et prouve périodiquement au serveur qu'il la détient ; un cookie volé et rejoué depuis une autre machine cesse de fonctionner¹⁹. Microsoft offre l'équivalent avec Token Protection dans Entra ID, Okta avec son SSO lié à l'appareil, en attachant le jeton à un appareil enregistré²⁰. La seule défense efficace contre le vol de session est donc une propriété du terminal, un secret matériel non exportable et un appareil inscrit à l'annuaire. Le facteur d'authentification reste étranger à cette propriété. On ne déploie pas cette défense sur une machine dont on ne maîtrise ni la puce de sécurité, ni la configuration, ni l'inscription. Le terminal conditionne le facteur : sans maîtrise du poste, le meilleur facteur protège une ouverture de session dont la suite est à prendre. L'État possède la brique. La carte agent et l'infrastructure de gestion de clés, l'IGC, sont déployées depuis longtemps. Une clé privée qui ne quitte pas la carte à puce satisfait la condition de non-portabilité aussi bien qu'un TPM soudé, et suit l'agent plutôt que la machine. La propriété ne tient qu'à une condition d'architecture : la preuve de possession doit être exigée à chaque requête, ce que fait une session en TLS mutuel, où le certificat de la carte signe chaque connexion. Si l'application vérifie le certificat une fois, à l'ouverture, puis émet un cookie porteur pour la suite de la session, le bénéfice s'annule et le vol de session reprend ses droits. L'application héritée décide du résultat. ### Le prix de la règle La réponse doctrinale existe, écrite par l'État pour l'État. Elle est difficile à tenir, pour quatre raisons. La première est l'adhérence applicative. La liaison au matériel suppose une chaîne complète, une puce de sécurité côté poste, un appareil inscrit à l'annuaire, une application qui exige une preuve de possession à chaque requête. Le maillon applicatif est le plus rétif. Beaucoup d'applications métier authentifient une fois puis vivent sur un cookie porteur, le modèle même que la liaison au matériel corrige. Le TLS mutuel, qui fermerait la voie, traverse mal les reverse proxies, les load balancers et les CDN placés entre le poste et l'application ; c'est pour cette raison que les Device Bound Session Credentials opèrent à la couche HTTP plutôt qu'à la couche TLS, là où le Token Binding avait échoué¹⁹. Adapter un parc hérité à cette exigence est un chantier, dont le coût n'a pas été chiffré quand la règle de 2014 a cessé d'être tenue. La deuxième est l'exhaustivité du périmètre. Une stratégie de confinement du poste, sans accès direct à Internet et avec une liste blanche de domaines joignables à travers un proxy, casse l'exfiltration d'un infostealer classique au moment où il tente d'envoyer le log à son serveur. La logique est saine : puisque la détection sur le poste est contournée, le pari porte sur l'impossibilité de sortie. Mais le confinement ne protège que ce qu'il enferme entièrement. Un domaine légitime laissé sur la liste blanche, un service cloud autorisé par nécessité métier, devient un canal d'exfiltration à travers la porte laissée ouverte, puisque le proxy ne distingue pas un usage légitime d'un usage détourné du même domaine. Le DNS suffit à un canal discret dès que les requêtes de résolution peuvent atteindre un serveur non maîtrisé. Surtout, le vol de session ne requiert aucune exfiltration depuis le poste confiné — il suffit que le même agent, ou un tiers habilité, atteigne le portail depuis un poste non maîtrisé, hors confinement, pour que le cookie soit pris là. Un périmètre tenu à quatre-vingt-dix-neuf pour cent se contourne par le pour cent laissé dehors, et le marché des logs, par construction, remonte d'abord les points les plus bas. La troisième tient au tiers. La PSSIE couvre les prestataires et les personnels non permanents, et impose des clauses de sécurité dans tout contrat ouvrant un accès⁹. Un tiers habilité qui se connecte depuis son propre poste est soit couvert par une clause qui impose la maîtrise du terminal, soit hors du cadre. Savoir de quel côté il se trouve dépend de la convention d'accès de ce tiers, de ce qu'elle stipulait sur la maîtrise du terminal, et de qui en contrôlait l'application. La quatrième est un plancher qu'aucune technologie ne franchit. Si l'attaquant pilote le poste, par un outil de prise en main à distance ou en dirigeant le navigateur lui-même, il n'a plus rien à exfiltrer, il opère depuis la machine authentifiée. La puce de sécurité signe pour lui, la clé fait son travail, elle authentifie une machine légitime qui n'est plus conduite par son propriétaire. L'authentification protège contre l'usurpation depuis ailleurs, et reste sans effet contre un attaquant qui agit depuis l'intérieur du poste légitime. Il ne reste que le terminal, son intégrité, sa maîtrise. ### Ce que je ne sais pas Je ne connais pas la distribution temporelle de cette exposition. Le corpus interrogé est cumulatif et non daté par enregistrement, et il commence en 2020, ce qui interdit d'y lire une rupture liée au télétravail. La bascule de 2020 est établie par la doctrine et par la généralisation connue du travail à distance ; cette mesure ne l'établit pas. La répartition par famille d'infostealer suggère un flux récent et continu, elle ne le prouve pas. Je ne sais pas s'il existe une dérogation formelle à la règle de maîtrise des matériels sur les périmètres concernés. La PSSIE prévoit qu'un tel acte, s'il existe, est tenu à disposition de l'ANSSI, et que son existence est donc vérifiable même si son contenu est protégé. Si la dérogation existe, l'État a accepté un risque nommé. Si elle n'existe pas, la règle a cessé d'être appliquée sans décision. Je ne connais pas l'architecture réelle des portails concernés, en particulier si la preuve de possession du certificat de la carte agent y est exigée à chaque requête ou consommée une seule fois. C'est la variable qui décide si la brique déjà déployée par l'État protège ou non contre le vol de session. Je ne sais pas si les sessions actives ont été révoquées lors de la coupure des comptes compromis à la DGFiP, ni par quel mécanisme. Le débat public ne regarde pas cet endroit. C'est pourtant là, entre l'authentification et la session, que se joue l'écart entre couper un accès et fermer une porte. ### Conclusion L'affaire est décrite comme une attaque sophistiquée. Les pièces qui l'ont rendue possible sont une marchandise à prix unitaire de quelques dollars, un vecteur qui n'exploite aucune faille, une session qui survit à l'authentification, et un poste que l'entité ne maîtrisait pas. Chacune de ces pièces était connue et mesurable, et trois d'entre elles étaient couvertes par une règle que l'État s'est donnée en 2014\. L'authentification multifacteur, seul objet du discours public, porte sur une case manquante au milieu de cette chaîne. Elle laisse le marché fournir les identifiants, le vecteur infecter le poste, la session survivre au facteur, et le poste rester hors de toute maîtrise. Une case cochée se contrôle et s'annonce ; un parc de terminaux se tient. Merci de m’avoir lu. Si vous ne voulez manquer aucune de ces analyses, vous pouvez vous abonner à La lettre Klaerenn : les membres les reçoivent par mail, dès parution. Sur LinkedIn, un algorithme décide de ce que vous voyez. Ici, vous reprenez la main. S’inscrire C’est fait — vérifiez votre boîte mail pour confirmer votre inscription. Désinscription en un clic, adresse jamais partagée. [Partager](#/share) --- ### Sources ¹ Communiqué du ministère chargé des Comptes publics du 14 août 2026, cité par IT-Connect, « DGFiP, cadastre, Éducation nationale : la France enchaîne les fuites de données », août 2026\. Citation exacte du communiqué sur l'absence de détection. [https://www.it-connect.fr/fuites-donnees-etat-francais-dgfip-education-nationale/](https://www.it-connect.fr/fuites-donnees-etat-francais-dgfip-education-nationale/?ref=klaerenn.fr) ² Mesure de l'auteur, 5 septembre 2026, revérifiée le 6 septembre (valeurs inchangées), via l'API publique en lecture seule de Hudson Rock (endpoint « search-by-domain », résultats agrégés, sans identifiants). Hudson Rock est une société israélienne de renseignement sur la cybercriminalité qui acquiert des logs d'infostealers sur les marchés où ils se vendent ; le corpus déclare 36,3 millions de machines infectées. Les compteurs sont cumulatifs, non datés par enregistrement, et calculés sur le domaine de l'adresse électronique, non sur l'URL visitée. Donnée périssable, à revérifier la veille de parution. [https://docs.hudsonrock.com/](https://docs.hudsonrock.com/?ref=klaerenn.fr) · [https://www.hudsonrock.com/free-tools](https://www.hudsonrock.com/free-tools?ref=klaerenn.fr) ³ Constella Intelligence, « Google Fixed Session Cookie Theft in Chrome. Here Is What It Cannot Stop », 10 avril 2026\. Source commerciale ; chiffres issus du rapport Identity Breach 2026 de l'éditeur. [https://constella.ai/blog/google-just-fixed-session-cookie-theft-in-chrome-here-is-what-it-still-cannot-stop/](https://constella.ai/blog/google-just-fixed-session-cookie-theft-in-chrome-here-is-what-it-still-cannot-stop/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Sekoia.io, « Traffers: a deep dive into the information stealer ecosystem ». Première description structurée du modèle développeur / équipe de distribution, avec les concours de volume et les paliers de récompense. [https://blog.sekoia.io/traffers-a-deep-dive-into-the-information-stealer-ecosystem/](https://blog.sekoia.io/traffers-a-deep-dive-into-the-information-stealer-ecosystem/?ref=klaerenn.fr) ⁵ Outpost24 (KrakenLabs), « Traffers and the growing threat against credentials », mai 2025\. Profil des distributeurs et canaux de diffusion (YouTube, publicités). [https://outpost24.com/blog/traffers-and-the-growing-threat-against-credentials/](https://outpost24.com/blog/traffers-and-the-growing-threat-against-credentials/?ref=klaerenn.fr) ⁶ DeepStrike, « Infostealer Malware in 2025: Credential Theft at Scale », décembre 2025\. Source secondaire (prestataire) pour les fourchettes de prix des logs ; ordres de grandeur concordants avec les observations de marché rapportées par plusieurs éditeurs. [https://deepstrike.io/blog/infostealer-malware-credential-theft-2025](https://deepstrike.io/blog/infostealer-malware-credential-theft-2025?ref=klaerenn.fr) ⁷ Hard2bit, « ClickFix and fake CAPTCHAs: defence guide 2026 », juin 2026, mis à jour juillet 2026\. Mécanique de la technique et exécution avec les droits de l'utilisateur via les interpréteurs livrés avec Windows. [https://hard2bit.com/en/blog/clickfix-fake-captcha-social-engineering-defence-guide/](https://hard2bit.com/en/blog/clickfix-fake-captcha-social-engineering-defence-guide/?ref=klaerenn.fr) ⁸ Microsoft Digital Defense Report 2025, chiffre relayé par CybelAngel (société française), « How ClickFix Uses Fake CAPTCHAs to Compromise Users », 2026 : 47 % des intrusions initiales observées par Microsoft Defender Experts attribuées à ClickFix, devant l'hameçonnage. [https://cybelangel.com/blog/how-clickfix-uses-fake-captchas-to-compromise-users/](https://cybelangel.com/blog/how-clickfix-uses-fake-captchas-to-compromise-users/?ref=klaerenn.fr) ⁹ Circulaire du Premier ministre n° 5725/SG du 17 juillet 2014 relative à la politique de sécurité des systèmes d'information de l'État (Légifrance), et texte intégral de la PSSIE, règles EXP-MAIT-MAT (maîtrise des matériels), RES-MAITRISE (systèmes autorisés sur le réseau), PDT-NOMAD-ACCESS (accès nomades), RH-NPERM et ORG-TIERS (personnels non permanents, tiers), mécanisme de dérogation par le HFDS. [https://www.legifrance.gouv.fr/circulaire/id/38641](https://www.legifrance.gouv.fr/circulaire/id/38641?ref=klaerenn.fr) · [https://gist.github.com/jdauphant/69fed7d05e40e02e00016a69973136e2](https://gist.github.com/jdauphant/69fed7d05e40e02e00016a69973136e2?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ ANSSI, « Cadre de gouvernance de la sécurité numérique de l'État (PSSIE) » : le cadre se substituera à terme à la circulaire de 2014 ; les deux cohabitent et se complètent, surtout sur les règles de sécurité. [https://cyber.gouv.fr/reglementation/cybersecurite-systemes-dinformation/protection-du-service-numerique-de-letat/](https://cyber.gouv.fr/reglementation/cybersecurite-systemes-dinformation/protection-du-service-numerique-de-letat/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ ANSSI, « Recommandations pour la protection des systèmes d'information essentiels », ANSSI-PA-085, 18 décembre 2020\. Exclusion des pratiques BYOD d'un SI maîtrisé et scénario d'attaque par le poste personnel. [https://cyber.gouv.fr/publications/recommandations-pour-la-protection-des-systemes-dinformation-essentiels](https://cyber.gouv.fr/publications/recommandations-pour-la-protection-des-systemes-dinformation-essentiels?ref=klaerenn.fr) ¹² ANSSI, « Modèle Zero Trust : les fondamentaux », ANSSI-PA-111, 20 juin 2025\. Constat sur le télétravail et le BYOD ; niveau de confiance différencié entre équipement personnel et équipement géré ; évaluation dynamique de l'état de sécurité du poste. [https://cyber.gouv.fr/publications/zero-trust](https://cyber.gouv.fr/publications/zero-trust?ref=klaerenn.fr) ¹³ Le bearer token et le refresh token entrent dans OAuth par le brouillon OAuth WRAP (Hardt, Tom, Eaton, Goland ; Microsoft, Yahoo, Google), soumis à l'IETF fin 2009, qui abandonne les signatures d'OAuth 1.0 au profit d'un access token « court, opaque, porteur » et d'un refresh token long pour le renouveler. Le modèle passe dans OAuth 2.0 (RFC 6749, octobre 2012, D. Hardt éd., Microsoft). Eran Hammer, éditeur initial du standard, démissionne en juillet 2012 et publie « OAuth 2.0 and the Road to Hell », où il juge le protocole mauvais et vise le bearer token, secret utilisable par quiconque le détient, sans preuve de possession. La structure à deux étages existait depuis les années 1980 dans Kerberos, ticket-granting ticket et tickets de service (RFC 4120 pour la version 5), avec une différence : les tickets Kerberos sont liés au client par une clé de session, et valent typiquement dix heures, renouvelables une semaine. OAuth 2.0 reprend la structure sans la liaison et étend les durées. La correction, DPoP (RFC 9449, septembre 2023), rétablit la preuve de possession pour les access et refresh tokens ; Token Protection, DBSC et le TLS mutuel sont d'autres formes de la même liaison. [https://datatracker.ietf.org/doc/draft-hardt-oauth](https://datatracker.ietf.org/doc/draft-hardt-oauth?ref=klaerenn.fr) · [https://datatracker.ietf.org/doc/html/rfc6749](https://datatracker.ietf.org/doc/html/rfc6749?ref=klaerenn.fr) · [https://hueniverse.com/oauth-2-0-and-the-road-to-hell-8eec45921529](https://hueniverse.com/oauth-2-0-and-the-road-to-hell-8eec45921529?ref=klaerenn.fr) · [https://www.rfc-editor.org/info/rfc4120/](https://www.rfc-editor.org/info/rfc4120/?ref=klaerenn.fr) · [https://www.rfc-editor.org/info/rfc9449/](https://www.rfc-editor.org/info/rfc9449/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ WICG, « Device Bound Session Credentials », dépôt de spécification. Énoncé du problème : les cookies ne permettent que des schémas de jeton porteur ; sur un poste de travail, un logiciel malveillant local accède à ce à quoi le navigateur accède. [https://github.com/wicg/dbsc](https://github.com/wicg/dbsc?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Microsoft Learn, « Configurable token lifetimes in the Microsoft identity platform ». Access token entre 60 et 90 minutes ; refresh token 90 jours par défaut hors cas particuliers ; durées de rafraîchissement et de session non configurables depuis janvier 2021\. [https://learn.microsoft.com/en-us/entra/identity-platform/configurable-token-lifetimes](https://learn.microsoft.com/en-us/entra/identity-platform/configurable-token-lifetimes?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Microsoft Learn, « Continuous access evaluation in Microsoft Entra ». Hors clients compatibles, l'access token reste valable une heure ; la révocation sur événement critique passe par la Continuous Access Evaluation. [https://learn.microsoft.com/en-us/entra/identity/conditional-access/concept-continuous-access-evaluation](https://learn.microsoft.com/en-us/entra/identity/conditional-access/concept-continuous-access-evaluation?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ Cybersecurity World, « Microsoft Entra ID token lifetime and revocation », 2024, mis à jour 2025\. Source secondaire (praticien) sur les jetons de session contrôlés par l'application accédée. [https://www.cswrld.com/2024/06/microsoft-entra-id-token-lifetime-and-revocation/](https://www.cswrld.com/2024/06/microsoft-entra-id-token-lifetime-and-revocation/?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ FrenchBreaches, alerte « Direction générale des Finances publiques (DGFiP) », publication du 12 août 2026 relayant la revendication et la confirmation officielle de l'intrusion intervenue fin juin. [https://frenchbreaches.com/alertes/direction-g-n-rale-des-finances-publiques-dgfip-msq5rgy4cql9o0l7cus](https://frenchbreaches.com/alertes/direction-g-n-rale-des-finances-publiques-dgfip-msq5rgy4cql9o0l7cus?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Google Security Blog, « Protecting Cookies with Device Bound Session Credentials », mai 2026 : disponibilité générale sur Chrome 146 pour Windows, extension à macOS annoncée. Sur le choix de la couche HTTP après l'échec du Token Binding à la couche TLS, voir Corbado, « Device Bound Session Credentials (DBSC) explained », décembre 2025 (source commerciale). [https://blog.google/security/protecting-cookies-with-device-bound-session-credentials/](https://blog.google/security/protecting-cookies-with-device-bound-session-credentials/?ref=klaerenn.fr) · [https://www.corbado.com/blog/device-bound-session-credentials-dbsc](https://www.corbado.com/blog/device-bound-session-credentials-dbsc?ref=klaerenn.fr) ²⁰ XenoSpectrum, « Account Takeover Without Breaking Two-Factor Authentication: The Session-Theft Loophole Chrome Just Closed », août 2026\. Source secondaire (presse spécialisée) sur Token Protection dans Entra ID et sur le SSO lié à l'appareil d'Okta, en accès anticipé en août 2026\. [https://xenospectrum.com/en/chrome-dbsc-cookie-theft-tpm/](https://xenospectrum.com/en/chrome-dbsc-cookie-theft-tpm/?ref=klaerenn.fr) ### Hangar 18 URL: https://www.klaerenn.fr/hangar-18-2/ Last updated: 2026-09-13T12:08:05.000Z > *« ...frontier AI systems made elsewhere that others can suddenly switch off. »* — European Commission, COM(2026) 577 final, 7 July 2026 --- On 2 June 2026, an executive order gave the director of the NSA responsibility for measuring the offensive cyber capabilities of the most advanced AI models¹. The benchmarking process is classified. The threshold that triggers the "covered frontier model" designation is classified. Assessments are shared with developers "as appropriate." Sixty days later, nothing appeared by the 1 August deadline. The framework nonetheless exists: it was presented to industry on 4 August at a closed-door meeting led by National Cyber Director Sean Cairncross, and the White House announced it would not be published². Delivered, unpublished. An administration that made AI deregulation a political marker has just written a pre-release review regime for frontier models. The contradiction is only apparent. It dissolves once you read what the texts organise: neither a regulation nor a safety regime. An accounting. ## Three texts in ten days Executive Order 14409 of 2 June is titled "Promoting Advanced Artificial Intelligence Innovation and Security"¹. Its section 3 creates the classified benchmarking process and the voluntary framework: developers may submit their models to the federal government up to 30 days before release, and work with it to select "trusted partners" who will receive early access. Its section 2(d) creates an "AI cybersecurity clearinghouse" led by Treasury with the National Cyber Director, the NSA and CISA, tasked with coordinating and deconflicting the search for vulnerabilities, discovering and validating them, and prioritising their remediation. Its section 3(c) expressly rules out any mandatory licensing, preclearance or permitting requirement. On 5 June, presidential memorandum NSPM-11 revoked the Biden administration's AI directive and ordered the accelerated adoption of frontier models across the military and intelligence apparatus³. On 12 June, NSPM-12 reorganised the governance of National Security Systems, the information systems handling intelligence, military operations or classified data: it revokes a 1990 directive and a 2022 memorandum, and consolidates the director of the NSA as "National Manager" of the whole⁴. The architecture thus replaced predates the creation of CISA by twenty-eight years. The three texts share an architecture. According to Axios, which obtained the content of the August framework from sources present at the meetings, a "covered frontier model" is defined there as a proprietary model with state-of-the-art capabilities presenting national security risks, with neither the state of the art nor the risk defined². Open-weight models are excluded, and the text specifies that nothing should be read as restricting them after release. Reuters corroborates that scope from independent sourcing: on 4 August, White House advisers told the assembled developers, Meta and Nvidia joining the three labs, that open-weight models, Llama and Nemotron included, would not go through the voluntary testing⁵. During the 30-day window, submitted models are held in a high-security environment with detailed access logging. The content of the framework rests on anonymous sources from two newsrooms with distinct sourcing; no public document exists. The classified benchmark, by contrast, appears in the text of the executive order. The only named official statement sets the register: spokeswoman Liz Huston describes an arrangement serving the "America First" strategy and aimed at cementing American dominance in AI⁵. Against it, Americans for Responsible Innovation objects that a rule constrains only if those outside the companies know what it says⁵. Opposition came from three directions in six weeks: a records request filed with the Office of the National Cyber Director by the Foundation for American Innovation, a centre-right technology policy group, seeking publication of the framework⁶; a Senate letter of 3 August faulting the administration for an unpredictable approach that strengthens market incentives to adopt open-weight models from foreign vendors⁷; and Republican senator Ted Budd's June letter on the silence imposed on public evaluations. Cairncross for his part described a text seeking a balance, taking care not to be regulatory in nature⁸. ## The vocabulary states the function The words these texts choose do not belong to the register of regulation. "Deconflict" comes from targeting: you deconflict fires, operations that risk getting in each other's way. "Clearinghouse" comes from banking settlement, that chamber where flows are cleared between parties. To say that remediation is "prioritised" is to concede a residual category of vulnerabilities left unremediated, and a body that decides. "Trusted partners" are chosen beneficiaries, with no published criteria, and "covered" is the term of export control regimes. A safety regime sets obligations and publishes its thresholds. An export control regime sets prohibitions and publishes its lists. The June arrangement does neither: it measures in secret, it counts, it allocates. The vocabulary is that of asset management. You do not publish the inventory of an arsenal. The sequence of instruments confirms this reading. Section 3 measures capability. Section 2(c)(iii) tasks CISA with facilitating access to it for federal agencies, states, local authorities and critical infrastructure operators, down to rural hospitals and community banks. Section 2(d) organises the triage of the vulnerabilities that capability discovers. Section 4 refers the handling of misuse to existing criminal law, once the damage is done. Upstream restricts nothing: section 3(c) says so. Upstream counts, protects and distributes. The exclusion of open-weight models reads within the same frame. It looks like a gap in scope, since offensive capability does not depend on the mode of distribution and open weights escape any revocation by construction. It reflects instead a division of functions. National Cyber Director Sean Cairncross said in early August that he wanted American open-source AI to become a technology of choice worldwide, at the very moment the White House was leaving those models out of the voluntary testing⁸. Two regimes for two uses: the closed model is an asset you count and whose access you allocate, the open model an instrument you spread. You inventory only what you keep. ## The switch clause NSPM-11 contains the hardest provision of the set. Its section 2(c) requires, through contract clauses or other means, that no commercial entity retain the ability "to prevent the use of, disable, degrade, or materially modify, without the knowledge and approval of the Federal Government," an AI system used by American forces³. The state makes sure the maker cannot switch off what it sold. Its section 3(b) supplies the leverage: termination of contracts, subcontracts included, with any company showing a "pattern of conduct" inconsistent with the memorandum's policy, waivers capped at one year and reported in writing to the White House⁹. The Council on Foreign Relations identifies the triggering event: the dispute between the Pentagon and Anthropic, arising from the company's refusal to drop two contractual limits, the prohibition on using its models in lethal autonomous weapons and in domestic mass surveillance¹⁰. The Pentagon demanded use for "all lawful purposes" and designated the company a supply chain risk. The termination clause generalises that precedent: a supplier that maintains conditions of use on its own models exposes itself to exclusion from defence and intelligence procurement. On 27 August 2026, a federal judge in California vacated that designation, which she characterises as unlawful retaliation in violation of the First Amendment and as an arbitrary decision taken in disregard of the process required by the Fifth¹¹. Two findings in the decision carry beyond the case. On the technical fear first: the judge notes that the usage limit is purely contractual, that the company has neither the means to enforce it technically nor visibility into how the model is used, and that nothing in the administrative record describes what means would produce the alleged backdoors or permit a shutdown. In the one case where the state invoked the risk section 2(c) is meant to neutralise, it did not document that the risk existed. On the allocation regime second: a few days before the challenged actions, the Secretary of Defense proposed applying the Defense Production Act to that same company, a 1950 statute allowing the state to compel an industrial supplier to give priority to defence orders, which presumed it essential to national security, while the government was separately discussing collaboration on its most recent model in sensitive contexts. Designating and courting are two uses of one power to designate. An appeal remains possible and a second proceeding is pending in Washington. Two further sections complete the picture. Section 4(c) organises the protection of "America's most advanced AI technologies" against "malicious distillation attacks," with personnel vetting at the labs and physical security for data centres, on the model of the support given to defence industrial suppliers. Section 4(e) tasks the intelligence community with collecting and analysing foreign AI technologies across the whole technical stack. The four gestures of a patrimonial policy are in place: measure your stock (executive order, section 3), protect it from theft (NSPM-11, 4(c)), take inventory of the adversary's (4(e)), guarantee that no one can switch it off (2(c)). Each gesture is written into a presidential text of June 2026. ## The publishing layer goes dark The Center for AI Standards and Innovation, part of NIST, the federal standards institute, evaluated frontier models before release and made its findings public. Created in 2023 as the US AI Safety Institute, it was renamed and its mission narrowed to what the administration calls demonstrable risks: cybersecurity, biosecurity, chemical and biological weapons¹². As of 5 May 2026, it had run more than forty evaluations, including on models never publicly released, and had just signed agreements with Google DeepMind, Microsoft and xAI, bringing to five the number of labs under agreement¹³. On 26 June, Senator Ted Budd wrote to the National Cyber Director and the director of OSTP regarding reports that the centre had been directed to cease publishing its findings¹⁴. His letter ties the instruction to the executive order of 2 June and to the power it gives the NSA director to decide when sharing assessments with developers and researchers is appropriate. The senator asks that this work be allowed to resume, to the extent possible. Forty public evaluations, then silence. The sequence is complete: the designation threshold is classified, the framework that applies it is unpublished, and the body that published has been told to stop. Three gestures, one effect. NSPM-12 sets the composition of the Committee on National Security Systems: four members, including the NSA as National Manager⁴. The director of CISA appears on the list of officials permitted to recommend advisers, in eighth position. The agency created in 2018 to be the civilian pivot of American cyber defence is not a member of the body that governs national security systems. The division of labour runs through the three texts. The NSA sets the threshold, runs the AI Security Center, handles emergency directives, conducts liaison with foreign governments. CISA facilitates access and distributes. One agency decides, the other conveys. This shift has a consequence documented in this series. Since January 2026, CISA's KEV catalogue, the public list of vulnerabilities whose exploitation by attackers is confirmed, has been the last sharing channel available to allies, a minimal, declassified flow fed according to American priorities (article 7). That channel now issues from an agency demoted to advisory status within its own system. A flow can keep running while ceasing to be connected to what its source knows, once the source itself has stopped knowing. The two movements are one. A civilian agency pushed out of governance, a civilian evaluation centre deprived of publication: what is going dark is not an institution but a layer, the one that made public what the state was learning. On model capability, what remains is the voluntary publications of the labs and of their evaluators under agreement. The question posed by article 7 returns word for word, one storey up: never the quality of what passes, always what does not. ## Intent beyond settling The inventory reading, developed above, credits the executive with a coherent intent: AI capability treated as a strategic asset, measured in secret, allocated by designation. Two competing readings explain the same texts. Next comes the dependency reading, formulated from the inside. Vinh Nguyen, the NSA's first AI lead before joining the Council on Foreign Relations, describes a national security apparatus running on infrastructure it does not own: the hyperscalers built the compute, the labs built the models, and the state has become the customer of a technology it did not design and cannot replicate¹⁰. On that grid, the switch clause and the threat of termination manufacture leverage where ownership is missing. The state is not managing its patrimony, it is managing its dependency. The August ruling weighs on this side: a clause forbidding a shutdown whose technical feasibility the administrative record fails to establish reflects apprehension as much as accounting. Then there is a capture reading, which looks at who held the pen. Three labs, Anthropic, OpenAI and Google, reviewed the draft framework before it was finalised¹⁵. The result establishes them as strategic suppliers with no enforceable obligation, leaves their open-weight competitors outside the scope, and reserves early government access for players already dominant. Companies with less advanced systems will remain outside the arrangement². No state intent is required to produce this text: an industrial balance of power suffices. The three readings predict the same documentary record. The text alone does not allow them to be separated. They do converge on one point: in all three, what Washington manages has ceased to be the risk. It is the stock. ## Europe downstream The UK AI Security Institute, created in November 2023 as the AI Safety Institute and renamed in February 2025¹⁶, evaluates frontier models before release under voluntary agreements with OpenAI, Anthropic, Google and others¹⁷. Around a hundred people drawn from intelligence, academia and the labs, 360 million pounds of funding, no binding powers. Its December 2025 report aggregates two years of evaluations across more than thirty models and measures a doubling roughly every eight months in the length of the cyber tasks a model completes on its own, from analysing a single component to chaining a full intrusion¹⁸. On the Union side, ENISA, the European Union Agency for Cybersecurity, is negotiating the technical and legal conditions for a first frontier model test¹⁹. The Commission's action plan of 7 July 2026 sets the catch-up schedule: a "European Blueprint" for structured access with ENISA in the fourth quarter of 2026, a European evaluation capacity targeted for 2027²⁰. Between the first British test and an operational European capacity, three to four years elapse. At the rate the AISI measures, that gap represents four to six doublings of capability. The distance between London and Brussels is not counted in years: it is counted in generations of models. British access rests on the discretion of the labs. It stems from the summit London convened at Bletchley Park on 1 and 2 November 2023, the first international meeting devoted to the risks of frontier models, where twenty-eight states and the European Union signed a joint declaration and the leading labs agreed to submit their models to government testing before release²¹. No binding instrument came out of it; the United Kingdom simply created its institute first and signed first. The executive order of 2 June changes the basis of that regime: trusted partners are now selected "in collaboration with the Federal Government"¹. What London obtained from the goodwill of the labs will have to pass through designation by Washington. The Commission's plan does criticise "provider-specific" access programmes and their opaque criteria²⁰: its target moved while it was being drafted. The Blueprint planned for the fourth quarter answers the previous regime, the one where the labs decided. The decider has changed. The same document holds the plainest admission in the file. The Commission writes that without compute, models and infrastructure of its own, Europe will remain "a vulnerable user of frontier AI systems made elsewhere that others can suddenly switch off"²⁰. Thirty-two days earlier, NSPM-11 was contractually prohibiting anyone from switching off American systems. The same switch, seen from both sides: Washington demands control of it, Brussels writes down its fear of being subject to it. And the responses differ by the tools available: termination clauses on one side; a guidance document with "no new obligations for providers," contingency measures against withdrawal of access, and exploration of joint purchasing on the other²⁰. For frontier models, the Union is equipping itself with the instruments of energy supply security: a rupture clause, a strategic stock, joint procurement. That choice of tools states the position Brussels assigns itself in the chain. A cascade takes shape. Washington manages by contract and by coercion its dependency on labs it does not own; Brussels manages by guidance and by contingency its dependency on an allocation regime Washington has just nationalised. Two positions in the same chain, the same problem, two balances of power. Even the international evaluation channel the European plan mentions (the network for measuring advanced AI capabilities) is coordinated by the British institute²⁰. ## What I don't know The content of the August framework rests on anonymous sources, gathered by two newsrooms with distinct sourcing. The exclusion of open-weight models is the only element corroborated by both; the exact scope, the designation criteria and the list of trusted partners are confirmed by no public document. Only the executive order, the two memoranda and the Commission's plan can be cited as primary sources. I do not know which of the three readings is right. Inventory, dependency management and industrial capture produce the same texts, and nothing in the available record allows one to be falsified against another. Nor do I know whether the Treasury clearinghouse will produce a real arbitration between retention and remediation, or whether it will join the list of structures created by executive order and left as shells. I do not know whether the marginalisation of CISA is a cause or a consequence: the agency had been emptied of its leadership before these texts, a year without a confirmed director, and it is still led on an acting basis at the moment its head publicly presents the vulnerability triage desk²². The NSA may have occupied a space left vacant as much as conquered it. Both chronologies fit the facts. I do not know, finally, who will set the limit of the lawful in the use of these systems. The dispute between the Pentagon and its supplier turned on two prohibited uses; the memorandum settles the question of technical control without settling that of authority. The lab, the executive, the courts or Congress: the line exists, the authority to draw it remains undetermined¹⁰. The August ruling supplies a first element of an answer without closing the question. It bears on an earlier designation, not on the memorandum's termination clause, which has yet to be tested before a judge. I do not know whether that clause would survive the same review. ## The finding In ten days of June 2026, Washington wrote a policy whose object changed in kind. The earlier doctrines were doctrines of employment, they said how to act in cyberspace. The Pentagon's 2018 cyber strategy had set out the two terms: defend forward, which means disrupting malicious activity at its source, on foreign infrastructure, before it reaches American networks, and persistent engagement, continuous presence in contact with the adversary below the threshold of armed conflict²³. The industrial disruption of criminal infrastructure is its later variant (article 20). The June texts organise something else: what you hold, who gets access, who can switch it off. The yardstick has gone into secrecy, the agency that published has left the table, and access to the most advanced capabilities is now distributed by designation. For a European security officer, the consequence fits in a sentence: no usable indicator will come out of this arrangement. The characterisation of the offensive cyber capabilities of frontier models will remain dependent on the voluntary publications of the labs and their evaluators, with the incentive to under-report that this situation carries. Any threat model incorporating these capabilities must treat the public figures as a floor. The ceiling is in the classified texts, and there is no longer a desk to ask at. --- *Twenty-fourth article in a series on the structural failures of Western cybersecurity:* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/) - *Article 13:* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/) - *Article 14:* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige-2/) - *Article 15:* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black-2/) - *Article 16:* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be-2/) - *Article 17:* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict-2/) - *Article 18:* [*The Leopard*](https://www.klaerenn.fr/the-leopard/) - *Article 19:* [*The Usual Suspects*](https://www.klaerenn.fr/usual-suspects-2/) - *Article 20:* [*Kill One, Spawn Many*](https://www.klaerenn.fr/kill-one-spawn-many-2/) - *Article 21:* [*The Conversation*](https://www.klaerenn.fr/the-conversation-2/) - *Article 22 :* [*This is not an attack*](https://www.klaerenn.fr/this-is-not-an-attack/) - *Article 23:* [*eXistenZ*](https://www.klaerenn.fr/existenz-2/) --- ## Sources ¹ Executive Order 14409, "Promoting Advanced Artificial Intelligence Innovation and Security," 2 June 2026\. Section 2(c)(iii): access facilitation by CISA. Section 2(d): clearinghouse formed by the Secretary of the Treasury, in consultation with the National Cyber Director, the Secretary of War through the director of the NSA, and the Secretary of Homeland Security through the director of CISA; "coordinates and deconflicts scanning for software vulnerabilities." Section 3(a): classified benchmarking, threshold determination by the director of the NSA. Section 3(b): voluntary framework, 30 days, trusted partners. Section 3(c): exclusion of any mandatory licensing. [https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/06/promoting-advanced-artificial-intelligence-innovation-and-security/](https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/06/promoting-advanced-artificial-intelligence-innovation-and-security/?ref=klaerenn.fr) (Federal Register publication: 91 FR 34565, [https://thefederalregister.org/documents/2026-11415/promoting-advanced-artificial-intelligence-innovation-and-security](https://thefederalregister.org/documents/2026-11415/promoting-advanced-artificial-intelligence-innovation-and-security?ref=klaerenn.fr)) ² Curi, M., "Scoop: Inside Trump's AI framework," Axios, 4 August 2026\. Content of the framework according to briefed anonymous sources: "closed-source" definition, exclusion of open models, high-security storage, access logging, non-publication of the document. [https://www.axios.com/2026/08/04/trump-ai-framework-open-models](https://www.axios.com/2026/08/04/trump-ai-framework-open-models?ref=klaerenn.fr) ³ National Security Presidential Memorandum NSPM-11, "Artificial Intelligence in the National Security Enterprise," 5 June 2026\. Section 2(c): clause prohibiting any commercial capability to disable without federal approval. Section 3(b): termination for "pattern of conduct." Section 4(c): protection against "malicious distillation attacks." Section 4(e): collection on foreign AI technologies. Revokes NSM-25 (October 2024). [https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/06/national-security-presidential-memorandum-nspm-11/](https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/06/national-security-presidential-memorandum-nspm-11/?ref=klaerenn.fr) ⁴ National Security Presidential Memorandum NSPM-12, "National Policy for the Cybersecurity of National Security Systems," 12 June 2026\. Section 3(a): CNSS composition, four members, CISA director among the advisers. Section 5: NSA as National Manager, emergency directives, cryptologic authority, foreign liaison (5(c)(viii)). Revokes NSD-42 (1990) and NSM-8 (2022). [https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/06/national-security-presidential-memorandum-nspm-12/](https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/06/national-security-presidential-memorandum-nspm-12/?ref=klaerenn.fr) ⁵ Rozen, C., "Trump advisers tell AI firms they will not safety-test open-weight models," Reuters, 4 August 2026\. Exclusion of open weights (Nemotron, Llama) on two sources; composition of the meeting (Meta, Anthropic, Google, Nvidia, OpenAI) on five sources; sourcing distinct from that of Axios. Named statements by Liz Huston (White House) and Americans for Responsible Innovation. Dispatch consulted through full syndication, the reuters.com original being paywalled. [https://www.yahoo.com/news/politics/articles/meta-anthropic-google-openai-meet-143841106.html](https://www.yahoo.com/news/politics/articles/meta-anthropic-google-openai-meet-143841106.html?ref=klaerenn.fr) ⁶ The Hill, "Trump administration's closed-door AI framework catches tech policy sector off guard," August 2026\. FOIA request by the Foundation for American Innovation to the Office of the National Cyber Director. [https://thehill.com/policy/technology/6017847-trump-closed-door-ai-framework-withheld/](https://thehill.com/policy/technology/6017847-trump-closed-door-ai-framework-withheld/?ref=klaerenn.fr) ⁷ Senate letter of 3 August 2026 to Secretaries Rubio, Bessent and Lutnick, the White House chief of staff, and Directors Kratsios and Cairncross, on access to frontier models. [https://www.gillibrand.senate.gov/wp-content/uploads/2026/08/Senate-AI-Model-Access-Letter.pdf](https://www.gillibrand.senate.gov/wp-content/uploads/2026/08/Senate-AI-Model-Access-Letter.pdf?ref=klaerenn.fr) ⁸ Nextgov/FCW, "Top cyber official wants US open-source AI adopted worldwide," August 2026; CyberScoop, "National cyber director lays out White House plans to secure AI without writing new rules," 5 August 2026\. Statements by Sean Cairncross on the worldwide spread of American open source and on the non-regulatory nature of the executive order. [https://www.nextgov.com/artificial-intelligence/2026/08/top-cyber-official-wants-us-open-source-ai-adopted-worldwide/415222/](https://www.nextgov.com/artificial-intelligence/2026/08/top-cyber-official-wants-us-open-source-ai-adopted-worldwide/415222/?ref=klaerenn.fr) ; [https://cyberscoop.com/trump-ai-executive-order-open-source-strategy-sean-cairncross/](https://cyberscoop.com/trump-ai-executive-order-open-source-strategy-sean-cairncross/?ref=klaerenn.fr) ⁹ Crowell & Moring LLP, "NSPM-11: Trump's National Security Memorandum on AI — What Defense Contractors Must Know," 12 June 2026\. Contractual analysis: termination "for default or for convenience," subcontractors included, waivers capped at one year. [https://www.crowell.com/en/insights/client-alerts/national-security-memorandum-aims-to-accelerate-deployment-of-ai-and-streamline-procurement-aligned-to-administration-policies](https://www.crowell.com/en/insights/client-alerts/national-security-memorandum-aims-to-accelerate-deployment-of-ai-and-streamline-procurement-aligned-to-administration-policies?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Nguyen, V. and Horowitz, M., "What Trump's National Security AI Memo Gets Right — and Leaves Unresolved," Council on Foreign Relations, 9 June 2026\. Pentagon/Anthropic dispute: refusal of two contractual limits (lethal autonomous weapons, domestic mass surveillance), "all lawful purposes" requirement, supply chain risk designation. Nguyen's "assured intelligence" reading; he was the NSA's first AI lead. [https://www.cfr.org/articles/what-trumps-national-security-ai-memo-gets-right-and-leaves-unresolved](https://www.cfr.org/articles/what-trumps-national-security-ai-memo-gets-right-and-leaves-unresolved?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Ruling of Judge Rita Lin, US District Court, Northern District of California, 27 August 2026\. Unlawful retaliation under the First Amendment, "arbitrary and capricious" decision, denial of pre-deprivation process under the Fifth; purely contractual nature of the usage limit and absence, in the administrative record, of any description of technical means of disabling; proposed application of the Defense Production Act days before the challenged actions. Ruling not consulted in full text; facts reported by several converging news outlets. [https://www.computerworld.com/article/4215393/federal-judge-rules-for-anthropic-in-pentagon-dispute-nullifies-government-supply-chain-risk-designation.html](https://www.computerworld.com/article/4215393/federal-judge-rules-for-anthropic-in-pentagon-dispute-nullifies-government-supply-chain-risk-designation.html?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.npr.org/2026/08/28/nx-s1-5947951/judge-says-the-pentagon-cant-designate-ai-company-anthropic-a-supply-chain-risk](https://www.npr.org/2026/08/28/nx-s1-5947951/judge-says-the-pentagon-cant-designate-ai-company-anthropic-a-supply-chain-risk?ref=klaerenn.fr) ; [https://techcrunch.com/2026/08/28/anthropic-gets-its-first-court-win-over-the-pentagons-supply-chain-risk-label/](https://techcrunch.com/2026/08/28/anthropic-gets-its-first-court-win-over-the-pentagons-supply-chain-risk-label/?ref=klaerenn.fr) ¹² Center for AI Standards and Innovation (NIST): institute created in 2023 as the US AI Safety Institute, renamed in June 2025 by the Secretary of Commerce, mission narrowed to demonstrable risks (cybersecurity, biosecurity, chemical and biological weapons). Evaluations partly conducted in classified environments through the TRAINS Taskforce. [https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-agentic-ai-governance-cisa-nist-caisi-2026/](https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-agentic-ai-governance-cisa-nist-caisi-2026/?ref=klaerenn.fr) ¹³ NIST, Center for AI Standards and Innovation: pre-deployment testing agreements announced on 5 May 2026 with Google DeepMind, Microsoft and xAI, bringing to five the labs under agreement alongside OpenAI and Anthropic; more than forty evaluations completed, including unreleased models. [https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-agentic-ai-governance-cisa-nist-caisi-2026/](https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-agentic-ai-governance-cisa-nist-caisi-2026/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Budd, T. (Senator, R-NC), letter to the National Cyber Director and the director of OSTP, 26 June 2026, and press release of 30 June. Instruction to CAISI to cease publishing its findings; link drawn by the senator to the executive order of 2 June and to the NSA director's power over the sharing of assessments. [https://www.budd.senate.gov/2026/06/30/budd-calls-for-caisi-to-resume-publishing-research-on-frontier-ai-models/](https://www.budd.senate.gov/2026/06/30/budd-calls-for-caisi-to-resume-publishing-research-on-frontier-ai-models/?ref=klaerenn.fr) (letter text: [https://www.budd.senate.gov/wp-content/uploads/2026/06/CAISI-Letter\_.pdf](https://www.budd.senate.gov/wp-content/uploads/2026/06/CAISI-Letter%5F.pdf?ref=klaerenn.fr)) ¹⁵ Curi, M., "White House finalizes AI framework behind closed doors," Axios, 3 August 2026\. Framework completed on schedule; draft reviewed by Anthropic, OpenAI and Google; non-publication acknowledged by the White House. [https://www.axios.com/2026/08/03/white-house-finalizes-ai-framework-behind-closed-doors](https://www.axios.com/2026/08/03/white-house-finalizes-ai-framework-behind-closed-doors?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ UK AI Security Institute: created in November 2023 as the AI Safety Institute following the Bletchley summit, renamed AI Security Institute in February 2025\. [https://www.aisi.gov.uk/](https://www.aisi.gov.uk/?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ Reuters, "Britain Says it Is Open to AI Regulation if Voluntary Safeguards Fall Short," 4 August 2026\. AISI pre-deployment access under voluntary agreements with OpenAI, Anthropic, Google. [https://www.insurancejournal.com/news/international/2026/08/04/880112.htm](https://www.insurancejournal.com/news/international/2026/08/04/880112.htm?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ UK AI Security Institute, "Frontier AI Trends Report," 18 December 2025\. Two years of evaluations, more than thirty models, doubling of the length of autonomous cyber tasks over a period of roughly eight months. Cited by the European Commission in COM(2026) 577 final, note 1\. [https://www.aisi.gov.uk/frontier-ai-trends-report](https://www.aisi.gov.uk/frontier-ai-trends-report?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ IAPP, "OpenAI grants European Commission access to new model as EU considers frontier AI cybersecurity risks," 28 May 2026\. ENISA negotiation of access conditions; Commission spokesperson's statement on access through the AI Office's enforcement powers from 2 August 2026\. [https://iapp.org/news/a/openai-grants-european-commission-access-to-new-model-as-eu-considers-frontier-ai-cybersecurity-risks](https://iapp.org/news/a/openai-grants-european-commission-access-to-new-model-as-eu-considers-frontier-ai-cybersecurity-risks?ref=klaerenn.fr) ²⁰ European Commission, "Action Plan on Cybersecurity and Artificial Intelligence," COM(2026) 577 final, 7 July 2026\. Section 2.3: criticism of "provider-specific" access programmes, Blueprint with "no new obligations," contingency measures, joint procurement. Section 4.2: "vulnerable user of frontier AI systems made elsewhere that others can suddenly switch off." Section 5: evaluation network coordinated by the UK AISI. Key Actions 1 to 3: evaluation capacity (2027), Blueprint (Q4 2026), testing platform (Q4 2026). [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/eu-action-plan-cybersecurity-and-artificial-intelligence](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/eu-action-plan-cybersecurity-and-artificial-intelligence?ref=klaerenn.fr) (press release: [https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip\_26\_1544](https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip%5F26%5F1544?ref=klaerenn.fr)) ²¹ "The Bletchley Declaration by Countries Attending the AI Safety Summit, 1-2 November 2023," GOV.UK, 1 November 2023\. Twenty-eight countries and the European Union as signatories; first international summit devoted to frontier AI risks; commitment by the leading labs to submit their models to government testing before release. [https://www.gov.uk/government/publications/ai-safety-summit-2023-the-bletchley-declaration/the-bletchley-declaration-by-countries-attending-the-ai-safety-summit-1-2-november-2023](https://www.gov.uk/government/publications/ai-safety-summit-2023-the-bletchley-declaration/the-bletchley-declaration-by-countries-attending-the-ai-safety-summit-1-2-november-2023?ref=klaerenn.fr) ²² CyberScoop, 5 August 2026: Nick Andersen, acting director of CISA, publicly presents the Gold Eagle desk created under section 2(d). [https://cyberscoop.com/trump-ai-executive-order-open-source-strategy-sean-cairncross/](https://cyberscoop.com/trump-ai-executive-order-open-source-strategy-sean-cairncross/?ref=klaerenn.fr) ²³ US Cyber Command, "Achieve and Maintain Cyberspace Superiority: Command Vision for US Cyber Command," 2018, and Department of Defense Cyber Strategy, October 2018\. Definition of defend forward: disrupt malicious activity at its source, including below the threshold of armed conflict. USCYBERCOM doctrinal briefing "Cyber 101: Defend Forward and Persistent Engagement." [https://nsarchive.gwu.edu/sites/default/files/documents/semon9-giki0/2022-10-25-USCYBERCOM-Cyber-101-Defend-Forward-Persistent-Engagement.pdf](https://nsarchive.gwu.edu/sites/default/files/documents/semon9-giki0/2022-10-25-USCYBERCOM-Cyber-101-Defend-Forward-Persistent-Engagement.pdf?ref=klaerenn.fr) ### Ce qui tient quand l’attaquant a cessé d’être dupe URL: https://www.klaerenn.fr/ruse-defensive/ Last updated: 2026-09-01T22:12:11.000Z Les mécanismes rassemblés sous le nom de ruse défensive (*defensive deception*) ne résistent pas pour les mêmes raisons. Certains tiennent tant que l’adversaire ignore où se trouve le leurre, comment il est fabriqué ou quelle configuration est courante. D’autres continuent de produire un effet quand il sait parfaitement ce qu’il rencontre : un tarpit ralentit même identifié, une cible physiquement inaccessible reste inaccessible, un contact dans une zone où aucun acteur légitime ne devrait se trouver garde sa valeur diagnostique. Le quatrième papier de la série sépare ces deux régimes et donne les conditions du second. Il porte moins sur la ruse que sur l’origine et la tenue des garanties qu’on lui attribue. ## Partager la valeur d’un dispositif Pour les garanties monotones en connaissance, où l’avantage défensif décroît à mesure que l’adversaire apprend, le papier écrit la valeur comme la somme de ce qui subsiste à connaissance complète de la configuration réalisée et de la prime qui disparaît lorsque cette configuration devient connue. Le second terme se définit comme la différence entre la valeur actuelle et la valeur après divulgation. La portée du partage est comptable : il oblige à chiffrer la quantité de sécurité qu’une divulgation détruirait, et interdit de présenter comme garantie permanente ce qui est un produit temporaire de l’ignorance adverse. Le partage mesure une différence contrefactuelle de valeurs, sans prétendre à une anatomie causale. ## Ce qui n’a pas encore été tiré La distinction la plus fine du papier sépare trois objets : le design public, l’état secret actuellement réalisé, et le hasard futur. Les deux premiers composent la configuration ; le troisième en est exclu par convention. Cette convention porte une conséquence pratique. Un dispositif à cible mouvante peut être entièrement documenté dans son algorithme, son architecture, sa distribution et jusqu’à son placement courant, sans que le prochain tirage soit connu, puisqu’il n’existe pas encore. La garantie cesse alors de reposer sur l’opacité du design et se rattache à un secret vivant, renouvelé. ## Deux canaux que la littérature confond Le premier va de l’attaquant vers le défenseur : c’est le canal de détection. Si les contacts adverses conservent une séparation résiduelle par rapport aux usages légitimes, une capacité de détection puis de neutralisation subsiste, et le papier en donne une borne explicite à partir de la probabilité maximale de non-détection et de la probabilité d’échec de la neutralisation. Un leurre reconnu par l’adversaire garde donc une valeur si l’interaction qu’il provoque laisse ce comportement détectable. La ruse opère ici par séparation du comportement plutôt que par erreur de croyance. Le second va du défenseur vers l’attaquant : c’est le canal d’acquisition. Pour éviter les leurres, l’adversaire doit souvent récupérer un secret de labellisation — quelles machines sont réelles, quelle route est la bonne, quelle configuration est valable. Sous des hypothèses explicites de non-fuite après divulgation du design et de plancher de min-entropie conditionnelle avant chaque tentative, la probabilité d’acquisition est bornée par le nombre d’essais pondéré par l’entropie, et cette borne ne dépend pas de la puissance de calcul. D’où la reformulation de la question de conception, que le papier érige en principe : le déplacement de la charge inférentielle. La robustesse tient à la difficulté d’acquérir la labellisation, plutôt qu’au réalisme esthétique du leurre. La borne a ses limites, et le papier les nomme. Un secret statique avec un nombre d’essais illimité cesse d’être un ancrage. Il faut borner les essais, renouveler le secret, ou terminer la chaîne sur une contrainte plus fondamentale. Le troisième cas sort de l’informationnel. Si l’ensemble des états atteignables ne rencontre pas l’ensemble des états de compromission, la connaissance du mécanisme ne change rien. Le papier y distingue le mur, qui exclut la compromission absolue, et la taxe, qui l’exclut dans le délai ou le budget pertinent. Un tarpit connu de l’attaquant devient une garantie valide dès lors que la mission adverse exige une réussite avant une échéance exogène : il rend impossible la compromission utile, définie relativement à cette mission. ## L’attraction sans la ressemblance Le papier refonde l’attraction sur une ingénierie du taux de base. On construit une région où la probabilité de contact légitime est très faible ; la règle de Bayes borne alors la pureté des contacts qu’on y observe. À la limite, un contact dans cette région est presque certainement non légitime, sans que le défenseur ait eu à distinguer une intention ou une nature interne. C’est la base-rate fallacy retournée au profit de la défense. Un honeypot vaut alors par le fait qu’aucun utilisateur légitime ne devrait le toucher, plutôt que par la croyance qu’il inspire. Deux restrictions accompagnent le résultat. Non légitime ne signifie pas malveillant, et le papier se garde de caractériser l’intention. Et la pureté ne donne pas le rappel : si l’adversaire évite entièrement la région, le mécanisme ne voit rien. L’attraction traite la précision ; la seconde face revient à l’ancrage entropique et à l’exclusion. ## Terminer la régression des secrets Un secret protège la configuration, il dépend d’une clé, laquelle dépend d’un autre secret, et l’on pourrait prétendre construire une sécurité robuste en empilant indéfiniment des couches. La question reste entière : qu’est-ce qui protège la dernière ? Le papier impose une tour finie et stratifiée. À chaque niveau, acquérir le secret suppose de le deviner ou d’acquérir le niveau supérieur. Le dernier niveau doit terminer sur une séparation résiduelle assortie d’une borne de brèche, ou sur une exclusion qui rend son acquisition impossible. La probabilité d’acquisition du secret de base se borne alors par la somme des probabilités de devinette à chaque étage, augmentée de la borne terminale. La preuve mobilise des inclusions d’événements et une borne d’union, sans sophistication particulière. Elle corrige en revanche une confusion sérieuse entre superposition de secrets et fondation de la sécurité. Une chaîne de secrets constitue une preuve défensive lorsqu’elle est finie et se termine sur un ancrage non régressif. Le papier ferme ainsi l’obligation de fondation que le papier précédent laissait ouverte. Les hypothèses sont lourdes et méritent d’être vérifiées mécanisme par mécanisme : profondeur finie, stratification réelle des chemins d’acquisition, hypothèses de non-fuite à chaque niveau, et couplage explicite entre acquisition terminale et brèche. Sans l’hypothèse que la mission adverse exige effectivement l’acquisition du secret de base, le théorème borne cette acquisition sans borner la compromission du système. ## Trois tests de Kerckhoffs, à ne pas confondre Le premier suppose le design divulgué : architecture, algorithmes, stratégie de ruse, conception des sources d’entropie. C’est le test de Kerckhoffs proprement dit, et une garantie peut y survivre par un secret vivant, une exclusion, ou une séparation qui demeure uniforme. Le deuxième suppose connu l’état réalisé. La prime de configuration a disparu ; une valeur peut subsister par le hasard non encore tiré ou par une contrainte indépendante de l’état courant. Le troisième est le vrai test opérationnel. Il demande qu’une marge strictement positive demeure lorsque les capacités adverses croissent et que l’adversaire atteint le meilleur état de connaissance accessible à sa classe. Un mécanisme peut passer la publication de son design et échouer sous sondage adaptatif de sa configuration. Kerckhoffs teste la non-dépendance à l’opacité du design ; il ne prouve pas à lui seul la résistance opérationnelle. ## Ce que le papier établit, et ce qu’il laisse ouvert Établi : le partage de la valeur pour les garanties monotones, la borne de neutralisation sur le canal de détection, la borne d’acquisition sous ses hypothèses nommées, l’exclusion relative à la mission, la refondation de l’attraction par le taux de base, et la récursion bien fondée des boucliers avec sa terminaison. Laissé ouvert : que les trois ancrages soient exhaustifs, que toute ruse résistante en instrumente nécessairement un, que toute ruse sans ancrage finisse par échouer, qu’un mécanisme passant Kerckhoffs possède une marge uniforme, qu’une région attirante soit effectivement visitée, ou qu’une théorie interactive complète de la ruse existe. La nécessité est portée par une conjecture, elle-même conditionnée à la conjecture de complétude du papier précédent. Le papier démontre la suffisance de son architecture et laisse sa nécessité ouverte. ## Place dans la série Ce papier instrumente les trois ancrages établis par [le papier précédent](https://klaerenn.fr/ante-bruit/?ref=klaerenn.fr) et les applique à un paradigme défensif particulier, en inversant les rôles : le défenseur émet le dispositif, l’adversaire le reçoit. Il ne découvre pas de nouvelle limite informationnelle. Sa nature est celle d’un langage d’audit, d’une reclassification des techniques par la source effective de leur garantie, et d’une discipline de composition. L’ensemble de la série est présenté sur [sa page dédiée](https://klaerenn.fr/serie-recherche/?ref=klaerenn.fr). La frontière ne sépare pas la ruse qui fonctionne de celle qui échoue. Elle sépare celle dont la valeur vient de l’opacité de celle dont la valeur a été refondée sur une structure démontrable. --- *Defensive Deception at the Boundary of Distinguishability v1.0, préprint, CC BY-NC 4.0\. DOI concept :* [*10.5281/zenodo.22180902*](https://doi.org/10.5281/zenodo.22180902?ref=klaerenn.fr) ### Anté-bruit : pourquoi un meilleur détecteur ne restaure pas l’information perdue URL: https://www.klaerenn.fr/ante-bruit/ Last updated: 2026-09-01T14:45:30.000Z Un adversaire génératif avancé apprend la structure même par laquelle le défenseur distingue le légitime du hostile, puis produit des émissions qui saturent cette structure de distinction. Lorsque cette saturation est atteinte sur un canal donné, raffiner le détecteur sur le même observable ne recrée pas l’information perdue. La garantie défensive doit se déplacer ailleurs. C’est la proposition du troisième papier de la série. Elle énonce une condition, ce qu’elle entraîne lorsqu’elle est réalisée, et ce sur quoi une défense peut encore faire reposer sa garantie. ## L’anté-bruit est relatif à un récepteur Il n’existe pas d’anté-bruit absolu. Un opérateur n’est anté-bruit que contre un récepteur déterminé, défini par ce qu’il acquiert, les propriétés qu’il mesure, les corrélations qu’il sait combiner, son échantillonnage et sa fenêtre temporelle. L’ensemble constitue sa *fermeture opérationnelle*, formalisée par la sigma-algèbre jointe engendrée par la réunion de ses sous-tribus d’observation. Le caractère *joint* de la fermeture porte une conséquence directe. Égaliser séparément chaque marginale ne suffit pas : un défenseur peut encore détecter une corrélation entre deux dimensions qui, prises isolément, paraissent normales. Ressembler au légitime sur chaque caractéristique n’équivaut pas à ressembler au légitime sur l’ensemble du système de distinction. L’anté-bruit parfait doit saturer la structure jointe utilisée. ## Deux régimes mathématiquement distincts Dans le régime *pur*, l’émission adverse suit exactement la même loi que la référence légitime sur ce que le récepteur observe. Aucun test mesurable sur cette fermeture ne sépare les deux lois, l’information mutuelle entre observable et label est nulle, et aucun post-traitement du même observable ne restitue l’information absente. Le papier distingue l’égalité exacte de l’approche asymptotique, où une suite d’émissions converge vers la loi légitime sans qu’aucune ne lui soit égale. Dans le régime *robuste*, dit aussi par mélange, aucune attaque individuelle ne ressemble nécessairement au légitime, mais la loi légitime appartient à l’enveloppe convexe fermée des lois adverses. Le défenseur ignore alors quelle stratégie ou quelle combinaison il rencontre. Le détecteur perd alors toute puissance robuste contre la classe entière, sa courbe ROC minimax retombant sur la diagonale du hasard, quand bien même chaque attaque prise isolément porte encore de l’information. La distinction est structurante. Dans le premier cas, une émission ressemble au légitime. Dans le second, c’est la combinaison adversarialement disponible des émissions qui le reproduit. ## Ce que désigne Ma Nemesis Ma Nemesis est une valeur-frontière minimax, et l’ordre des quantificateurs porte tout le sens : il s’agit d’un opérateur unique anté-bruit contre *toute* une classe de récepteurs, non d’une attaque calibrée contre chaque détecteur particulier. Le second cas serait presque trivial. Le premier est l’objet limite. Son rôle scientifique est celui d’un corps noir ou d’une machine idéale : définir la borne par rapport à laquelle mesurer les opérateurs réels. Le papier laisse sa réalisabilité ouverte. ## Toutes les limites de l’adversaire ne se valent pas La question qui suit est celle qui compte : qu’est-ce qui empêche un adversaire de devenir anté-bruit ? La réponse du papier est asymétrique. L’acquisition du modèle défensif, l’observation, le coût de calcul et l’enveloppe de maintenance temporelle sont rangés parmi les limitations *conjecturées compressibles*. Le papier ne démontre pas qu’elles disparaîtront. Il affirme plus prudemment qu’aucun plancher positif indépendant des capacités n’est actuellement connu pour elles. La conséquence pratique est nette : une difficulté actuelle de l’adversaire ne doit pas être confondue avec une impossibilité structurelle. Restent deux mécanismes indépendants des capacités. Le papier impose ici de tenir deux registres séparés. Une limitation de réalisation borne ce qui empêche un émetteur de *devenir* anté-bruit : elle contraint l’opérateur intrinsèquement. Un ancrage défensif, lui, est relatif à la mission : il ne lie que l’opérateur dont la mission exige précisément la chose ancrée. Les deux piliers ci-dessous sont les ombres, côté réalisation, des deux ancrages présentés plus loin. Lus comme des limitations universelles pesant sur tout émetteur, ils surannoncent. Le premier pilier, de Type I, tient à la non-fuite informationnelle. Une variable défensive peut être rendue indépendante de ce qu’observe l’adversaire ; son posterior reste alors égal à son prior, quelle que soit sa puissance de calcul. Les rôles s’inversent : le défenseur devient émetteur, l’adversaire récepteur, et le flux défensif est lui-même anté-bruit par rapport au secret. Ce principe ne devient un plancher opérationnel que sous une hypothèse nommée : une min-entropie conditionnelle moyenne du secret au moins égale à un seuil, conditionnée au transcript *et* à l’échec des tentatives précédentes. Un transcript sans fuite ne suffit pas, car des essais infructueux éliminent progressivement des valeurs possibles. Le second, de Type II, est une exclusion de codomaine. L’opérateur agit par émission dans un espace d’observables. Les canaux qui n’y appartiennent pas, actions exclues par des contraintes physiques situées hors du codomaine d’émission, ne peuvent être colonisés quelle que soit la capacité. C’est la seule limitation irréductible pour tout émetteur physiquement admissible, et non pour une classe de capacités fixée. ## Trois ancrages défensifs - Une *séparation résiduelle* borne la compromission dès lors qu’un canal de garantie conserve une marge robuste strictement positive et que le défenseur dispose d’une politique de détection puis d’une politique de neutralisation. La détection ne vaut ici que composée avec une capacité d’action. - Un *ancrage entropique*, c’est-à-dire un secret non divulgué à min-entropie plancher, borne la compromission par le nombre de tentatives pondéré par l’entropie, dès lors que la mission adverse requiert ce secret et que le transcript ne le divulgue pas. Le mécanisme reste public, et c’est une variable qui porte la garantie, avec une borne explicite que l’observation ne dégrade pas. Le secret par l’obscurité procède à l’inverse et n’offre aucune borne. - Une *exclusion d’atteignabilité* annule la compromission dans le modèle considéré lorsque aucune séquence d’émissions admissibles n’y conduit. C’est l’ancrage architectural ou physique, lecture défensive du pilier précédent. La garantie reste indépendante des capacités, mais non du modèle de menace : si le jeton peut être volé ou le matériel modifié, on a changé de modèle, donc d’ensemble atteignable. Instrumenter au moins un de ces trois ancrages est suffisant, sous les hypothèses propres à chacun, pour obtenir une résistance à l’anté-bruit. ## Ce que le papier établit, et ce qu’il n’établit pas Les niveaux épistémiques sont déclarés. Sont établis : les définitions des trois régimes d’anté-bruit, les conséquences directes de l’égalité des lois et de l’appartenance à l’enveloppe convexe, et les bornes conditionnelles de résistance des trois ancrages. Ne sont pas établis : qu’un opérateur anté-bruit parfait existe dans tous les domaines, que les adversaires génératifs atteindront Ma Nemesis, que toute défense non ancrée finira compromise, que la vitesse d’adaptation entraîne mécaniquement l’effondrement, ou que les trois ancrages sont exhaustifs. La *nécessité* des ancrages relève d’une conjecture autonome, strictement plus forte que la compressibilité, et subordonnée à une hypothèse de suffisance opérationnelle, reliant effondrement informationnel et compromission effective. L’apport du papier est de dualisation et d’architecture : il retourne les résultats d’effondrement du côté de l’émetteur, sépare l’émissivité pure de l’émissivité par mélange, décompose la réalisation de l’opérateur en acquisition, calibration et maintenance, et convertit des limites de la détection en principes de conception. ## Place dans la série Le [premier papier](https://klaerenn.fr/distinguishability-collapse-theorem/?ref=klaerenn.fr) établit la géométrie de séparation entre loi légitime et lois adverses. Le [deuxième](https://klaerenn.fr/canal-observation/?ref=klaerenn.fr) décrit ce qu’un canal d’observation échantillonné, fenêtré et irréversible fait à cette géométrie. Tous deux se tiennent du côté du récepteur. Anté-bruit retourne la perspective et nomme l’opérateur qui vise l’effondrement. Ce faisant, il ouvre la phase constructive de la série : concevoir une sécurité qui ne dépende plus exclusivement de la capacité à reconnaître l’adversaire. L’ensemble de la série est présenté sur [sa page dédiée](https://klaerenn.fr/serie-recherche/?ref=klaerenn.fr). Le déplacement tient en une phrase : la garantie doit désormais reposer sur une propriété que l’adversaire ne peut pas émettre. --- *Anté-Bruit v2.0, préprint, CC BY-NC 4.0\. DOI concept :* [*10.5281/zenodo.21109610*](https://doi.org/10.5281/zenodo.21109610?ref=klaerenn.fr) ### Hangar 18 URL: https://www.klaerenn.fr/hangar-18/ Last updated: 2026-09-06T15:37:32.000Z > *« ...frontier AI systems made elsewhere that others can suddenly switch off. »* — Commission européenne, COM(2026) 577 final, 7 juillet 2026 --- Le 2 juin 2026, un executive order, décret présidentiel d'application immédiate sans vote du Congrès, confie au directeur de la NSA la mesure des capacités cyber offensives des modèles d'IA les plus avancés¹. Le processus de benchmarking est classifié. Le seuil qui déclenche la désignation « covered frontier model » est classifié. Les évaluations sont partagées avec les développeurs « as appropriate ». Soixante jours plus tard, aucun document ne paraît à l'échéance du 1er août. Le cadre existe pourtant : il est présenté aux industriels le 4 août lors d'une réunion à huis clos conduite par le National Cyber Director Sean Cairncross, et la Maison-Blanche annonce qu'elle ne le publiera pas². Livré, non publié. Une administration qui a fait de la dérégulation de l'IA un marqueur politique vient d'écrire un régime de revue pré-publication des modèles frontière. La contradiction est apparente. Elle se dissout dès qu'on lit ce que les textes organisent : ni une régulation, ni un régime de sûreté. Une comptabilité. ## Trois textes en dix jours L'executive order 14409 du 2 juin s'intitule « Promoting Advanced Artificial Intelligence Innovation and Security »¹. Sa section 3 crée le processus de benchmarking classifié et le cadre volontaire : les développeurs peuvent soumettre leurs modèles au gouvernement fédéral jusqu'à 30 jours avant publication, et collaborer avec lui pour sélectionner des « trusted partners » qui recevront un accès anticipé. Sa section 2(d) crée un « AI cybersecurity clearinghouse » piloté par le Trésor avec le National Cyber Director, la NSA et la CISA, chargé de coordonner et de « déconflicter » la recherche de vulnérabilités, de les découvrir, de les valider, et de prioriser leur remédiation. Sa section 3(c) exclut expressément toute licence, pré-autorisation ou permis obligatoire. Le 5 juin, le mémorandum présidentiel NSPM-11 abroge la directive IA de l'administration Biden et ordonne l'accélération de l'adoption des modèles frontière dans l'appareil militaire et de renseignement³. Le 12 juin, NSPM-12 réorganise la gouvernance des National Security Systems, les systèmes d'information traitant du renseignement, des opérations militaires ou de données classifiées : il abroge une directive de 1990 et un mémorandum de 2022, et consolide le directeur de la NSA comme « National Manager » de l'ensemble⁴. L'architecture ainsi remplacée est antérieure de vingt-huit ans à la création de la CISA. Les trois textes partagent une architecture. Selon Axios, qui a obtenu le contenu du cadre d'août auprès de sources présentes aux réunions, un « covered frontier model » y est défini comme un modèle propriétaire, à capacités état de l'art, présentant des risques de sécurité nationale, sans définition de l'état de l'art ni du risque². Les modèles à poids ouverts sont exclus, et le texte précise que rien ne doit être interprété comme les restreignant après publication. Reuters corrobore ce périmètre de source indépendante : le 4 août, les conseillers de la Maison-Blanche ont indiqué aux développeurs réunis, Meta et Nvidia s'ajoutant aux trois laboratoires, que les modèles à poids ouverts, Llama et Nemotron compris, ne passeraient pas par les tests volontaires⁵. Pendant la fenêtre de 30 jours, les modèles soumis sont stockés en environnement haute sécurité, avec journalisation détaillée des accès. Le contenu du cadre repose sur les sources anonymes de deux rédactions au sourçage distinct ; aucun document public n'existe. Le benchmark classifié, lui, figure dans le texte de l'executive order. La seule déclaration officielle nommée donne le registre : la porte-parole Liz Huston décrit un dispositif au service de la stratégie « America First » et visant à « cimenter la domination américaine en matière d'IA »⁵. En face, le groupe Americans for Responsible Innovation objecte qu'un règlement ne contraint que si ceux qui sont extérieurs aux entreprises en connaissent les règles⁵. La contestation est venue de trois côtés en six semaines : une demande d'accès aux documents déposée auprès du bureau du National Cyber Director par la Foundation for American Innovation, groupe de réflexion technologique classé au centre droit, pour obtenir la publication du cadre⁶, une lettre sénatoriale du 3 août reprochant à l'administration une approche imprévisible qui renforce les incitations de marché à adopter des modèles à poids ouverts de fournisseurs étrangers⁷, et la lettre du sénateur républicain Ted Budd, en juin, sur le silence imposé aux évaluations publiques. Cairncross a pour sa part décrit un texte cherchant un équilibre, en veillant à ne pas être de nature réglementaire⁸. ## Le lexique dit la fonction Les mots choisis par ces textes n'appartiennent pas au registre de la régulation. « Deconflict » vient du ciblage : on déconflicte des feux, des opérations qui risquent de se gêner. « Clearinghouse » vient de la compensation bancaire, cette chambre où des flux se soldent entre parties. Dire qu'on « priorise la remédiation », c'est admettre une catégorie résiduelle de vulnérabilités non remédiées, et une instance qui en décide. Les « trusted partners » sont des bénéficiaires choisis, sans critères publiés, et « covered » est le terme des régimes de contrôle export. Un régime de sûreté définit des obligations et publie ses seuils. Un régime de contrôle export définit des interdictions et publie ses listes. Le dispositif de juin ne fait ni l'un ni l'autre : il mesure en secret, il recense, il alloue. Le vocabulaire est celui de la gestion d'actifs. On ne publie pas l'inventaire d'un arsenal. La séquence des instruments confirme cette lecture. La section 3 mesure la capacité. La section 2(c)(iii) charge la CISA d'en faciliter l'accès aux agences fédérales, aux États, aux collectivités et aux opérateurs d'infrastructures critiques, jusqu'aux hôpitaux ruraux et aux banques locales. La section 2(d) organise le tri des vulnérabilités que cette capacité découvre. La section 4 renvoie le traitement du mésusage au droit pénal existant, une fois le dommage constitué. L'amont ne restreint rien : la section 3(c) l'écrit. L'amont compte, protège et distribue. L'exclusion des modèles à poids ouverts se lit dans le même cadre. Elle passe pour une lacune de périmètre, puisque la capacité offensive ne dépend pas du mode de distribution et qu'un poids ouvert échappe par construction à toute révocation. Elle relève plutôt d'une répartition des fonctions. Le National Cyber Director Sean Cairncross a déclaré début août vouloir que l'IA open source américaine devienne une technologie de choix dans le monde entier, au moment même où la Maison-Blanche écartait ces modèles des tests volontaires⁸. Deux régimes pour deux emplois : le fermé est un actif que l'on compte et dont on distribue l'accès, l'ouvert un instrument que l'on diffuse. On n'inventorie que ce que l'on garde. ## La clause de l'interrupteur NSPM-11 contient la disposition la plus dure de l'ensemble. Sa section 2(c) exige, par clauses contractuelles ou autres moyens, qu'aucune entité commerciale ne conserve la capacité « d'empêcher l'usage, de désactiver, dégrader ou modifier matériellement, sans connaissance et approbation du gouvernement fédéral », un système d'IA employé par les forces américaines³. L'État s'assure que le fabricant ne peut pas éteindre ce qu'il lui a vendu. Sa section 3(b) fournit le moyen de pression : résiliation des contrats, sous-traitance comprise, avec toute entreprise montrant un « pattern of conduct » incompatible avec la politique du mémorandum, dérogations plafonnées à un an et rapportées par écrit à la Maison-Blanche⁹. Le Council on Foreign Relations identifie l'événement déclencheur : le contentieux entre le Pentagone et Anthropic, né du refus de l'entreprise d'abandonner deux limites contractuelles, l'interdiction d'employer ses modèles dans des armes autonomes létales et dans la surveillance de masse domestique¹⁰. Le Pentagone exigeait un usage « à toutes fins licites » et a désigné l'entreprise comme risque de chaîne d'approvisionnement. La clause de résiliation généralise ce précédent : un fournisseur qui maintient des conditions d'emploi sur ses propres modèles s'expose à l'éviction de la commande publique de défense et de renseignement. Le 27 août 2026, une juge fédérale de Californie a annulé cette désignation, qu'elle qualifie de représaille illégale contraire au Premier Amendement et de décision arbitraire, prise au mépris de la procédure préalable exigée par le Cinquième¹¹. Deux constats de la décision portent au-delà du cas d'espèce. Sur la crainte technique d'abord : la juge relève que la limite d'usage est purement contractuelle, que l'entreprise n'a pas les moyens de la faire respecter techniquement ni de visibilité sur l'emploi du modèle, et que rien au dossier administratif ne décrit quels moyens produiraient les portes dérobées invoquées ou permettraient une désactivation. Dans le seul cas où l'État a invoqué le risque que la section 2(c) entend neutraliser, il n'a pas documenté que ce risque existait. Sur le régime d'allocation ensuite : quelques jours avant les mesures contestées, le secrétaire à la Défense proposait d'appliquer à cette même entreprise le Defense Production Act, loi de 1950 qui permet à l'État de contraindre un industriel à donner priorité aux commandes de défense, ce qui la supposait essentielle à la sécurité nationale, et le gouvernement discutait par ailleurs d'une collaboration sur son modèle le plus récent dans des contextes sensibles. Désigner et courtiser sont deux emplois d'un même pouvoir de désignation. Un appel reste possible et une seconde procédure demeure pendante à Washington. Deux autres sections complètent le tableau. La section 4(c) organise la protection des « technologies d'IA les plus avancées d'Amérique » contre les « attaques de distillation malveillante », avec contrôle du personnel des laboratoires et sécurité physique des centres de données, sur le modèle du soutien apporté aux industriels de défense. La section 4(e) charge le renseignement de collecter et d'analyser les technologies d'IA étrangères sur l'ensemble de la chaîne technique. Les quatre gestes d'une politique de patrimoine sont posés : mesurer son stock (executive order, section 3), le protéger du vol (NSPM-11, 4(c)), recenser celui de l'adversaire (4(e)), garantir que personne ne peut le désactiver (2(c)). Chaque geste est écrit dans un texte présidentiel de juin 2026. ## L'extinction de la couche publiante Le Center for AI Standards and Innovation, composante du NIST, l'institut fédéral des normes, évaluait les modèles frontière avant leur publication et rendait ses conclusions publiques. Créé en 2023 sous le nom d'US AI Safety Institute, il a été renommé et sa mission recentrée sur les risques dits démontrables : cybersécurité, biosécurité, armes chimiques et biologiques¹². Au 5 mai 2026, il avait mené plus de quarante évaluations, y compris sur des modèles jamais rendus publics, et venait de signer des accords avec Google DeepMind, Microsoft et xAI, portant à cinq le nombre de laboratoires sous convention¹³. Le 26 juin, le sénateur Ted Budd écrit au National Cyber Director et au directeur de l'OSTP au sujet de rapports selon lesquels le centre a reçu instruction de cesser de publier ses conclusions¹⁴. Sa lettre relie l'instruction à l'executive order du 2 juin et au pouvoir qu'il confie au directeur de la NSA de décider quand le partage des évaluations avec les développeurs et les chercheurs est approprié. Le sénateur demande que ces travaux puissent reprendre, dans la mesure du possible. Quarante évaluations publiques, puis le silence. La séquence est complète : le seuil de désignation est classifié, le cadre qui l'applique n'est pas publié, et l'organisme qui publiait a reçu l'ordre de se taire. Trois gestes, un seul effet. NSPM-12 fixe la composition du Committee on National Security Systems : quatre membres, dont la NSA comme National Manager⁴. Le directeur de la CISA figure dans la liste des officiels autorisés à recommander des conseillers, en huitième position. L'agence créée en 2018 pour être le pivot civil de la cyberdéfense américaine n'est pas membre de l'organe qui gouverne les systèmes de sécurité nationale. La division du travail traverse les trois textes. La NSA détermine le seuil, opère l'AI Security Center, gère les directives d'urgence, conduit les liaisons avec les gouvernements étrangers. La CISA facilite l'accès et distribue. Une agence décide, l'autre achemine. Cette bascule a une conséquence documentée dans cette série. Depuis janvier 2026, le catalogue KEV de la CISA, liste publique des vulnérabilités dont l'exploitation par des attaquants est confirmée, constitue le dernier canal de partage accessible aux alliés, un flux minimal, déclassifié, alimenté selon des priorités américaines (article 7). Ce canal émane désormais d'une agence rétrogradée au rang d'avis consultatif dans son propre système. Un flux peut continuer de couler tout en cessant d'être connecté à ce que son émetteur sait, quand l'émetteur lui-même a cessé de savoir. Les deux mouvements sont le même. Une agence civile écartée de la gouvernance, un centre civil d'évaluation privé de publication : ce qui s'éteint n'est pas une institution mais une couche, celle qui rendait public ce que l'État apprenait. Sur la capacité des modèles, il reste les publications volontaires des laboratoires et de leurs évaluateurs sous accord. La question posée par l'article 7 se repose mot pour mot, un étage plus haut : jamais la qualité de ce qui passe, toujours ce qui ne passe pas. ## L'intention indécidable La lecture d'inventaire, développée ci-dessus, prête à l'exécutif une intention cohérente : la capacité IA traitée comme actif stratégique, mesurée en secret, allouée par désignation. Deux lectures concurrentes expliquent les mêmes textes. Vient ensuite la lecture de dépendance, formulée de l'intérieur. Vinh Nguyen, premier responsable IA de la NSA avant de rejoindre le Council on Foreign Relations, décrit un appareil de sécurité nationale qui fonctionne sur une infrastructure qu'il ne possède pas : les hyperscalers ont construit le calcul, les laboratoires ont construit les modèles, et l'État est devenu le client d'une technologie qu'il n'a pas conçue et ne peut pas répliquer¹⁰. Dans cette grille, la clause de l'interrupteur et la menace de résiliation fabriquent du rapport de force là où la propriété fait défaut. L'État ne gère pas son patrimoine, il gère sa dépendance. Le constat judiciaire d'août pèse de ce côté : une clause qui interdit une désactivation dont le dossier administratif n'établit pas la faisabilité technique relève de l'appréhension autant que de la comptabilité. Reste une lecture de capture, qui observe qui a tenu la plume. Trois laboratoires, Anthropic, OpenAI et Google, ont relu le brouillon du cadre avant sa finalisation¹⁵. Le résultat les institue fournisseurs stratégiques sans obligation opposable, écarte du périmètre leurs concurrents à poids ouverts, et réserve l'accès gouvernemental anticipé aux acteurs déjà dominants. Les entreprises aux systèmes moins avancés resteront hors du dispositif². Aucune intentionnalité étatique n'est requise pour produire ce texte : un rapport de forces industriel suffit. Les trois lectures prédisent le même corpus documentaire. Le texte seul ne permet pas de les départager. Elles convergent en revanche sur un point : dans les trois cas, l'objet géré par Washington a cessé d'être le risque. C'est le stock. ## L'Europe en aval L'AI Security Institute britannique, créé en novembre 2023 sous le nom d'AI Safety Institute et rebaptisé en février 2025¹⁶, évalue les modèles frontière avant leur publication, sous accords volontaires avec OpenAI, Anthropic, Google et d'autres¹⁷. Une centaine de personnes issues du renseignement, de l'académie et des laboratoires, 360 millions de livres de financement, aucun pouvoir contraignant. Son rapport de décembre 2025 agrège deux ans d'évaluations sur plus de trente modèles et mesure un doublement tous les huit mois environ de la durée des tâches qu'un modèle accomplit seul en cyber, de l'analyse d'un composant à l'enchaînement complet d'une intrusion¹⁸. Côté Union, l'ENISA, agence de l'Union européenne pour la cybersécurité, négocie les conditions techniques et juridiques d'un premier test de modèle frontière¹⁹. Le plan d'action de la Commission du 7 juillet 2026 fixe le calendrier de rattrapage : un « European Blueprint » d'accès structuré avec l'ENISA au quatrième trimestre 2026, une capacité européenne d'évaluation visée pour 2027²⁰. Entre le premier test britannique et la capacité européenne opérationnelle, trois à quatre ans s'écoulent. Au rythme mesuré par l'AISI, cet écart représente quatre à six doublements de capacité. La distance entre Londres et Bruxelles ne se compte pas en années : elle se compte en générations de modèles. L'accès britannique repose sur la discrétion des laboratoires. Il procède du sommet organisé par Londres à Bletchley Park les 1er et 2 novembre 2023, premier rendez-vous international consacré aux risques des modèles frontière, où vingt-huit États et l'Union européenne ont signé une déclaration commune et où les principaux laboratoires ont accepté de soumettre leurs modèles à des tests gouvernementaux avant publication²¹. Aucun instrument contraignant n'en est sorti ; le Royaume-Uni a simplement créé son institut le premier et signé le premier. L'executive order du 2 juin change le fondement de ce régime : les trusted partners sont désormais sélectionnés « en collaboration avec le gouvernement fédéral »¹. Ce que Londres a obtenu de la bonne volonté des laboratoires devra transiter par la désignation de Washington. Le plan de la Commission critique d'ailleurs les programmes d'accès « spécifiques aux fournisseurs » et leurs critères opaques²⁰ : sa cible a bougé pendant sa rédaction. Le Blueprint prévu au quatrième trimestre répond au régime précédent, celui où les laboratoires décidaient. Le décideur a changé. Le même document contient l'aveu le plus net du dossier. La Commission écrit que sans calcul, modèles et infrastructures propres, l'Europe restera « un utilisateur vulnérable de systèmes d'IA frontière fabriqués ailleurs, que d'autres peuvent soudainement éteindre »²⁰. Trente-deux jours plus tôt, NSPM-11 interdisait contractuellement qu'on puisse éteindre les systèmes américains. Le même interrupteur, vu des deux côtés : Washington en exige la maîtrise, Bruxelles écrit sa crainte de le subir. Et les réponses diffèrent par l'outillage disponible : clauses de résiliation d'un côté, document d'orientation « sans obligation nouvelle pour les fournisseurs », mesures de contingence en cas de retrait d'accès et exploration d'achats groupés de l'autre²⁰. L'Union se dote, pour les modèles frontière, des instruments de la sécurité d'approvisionnement énergétique : clause de rupture, stock stratégique, achat commun. Ce choix d'outillage dit la position que Bruxelles s'assigne dans la chaîne. Une cascade se dessine. Washington gère par contrat et par coercition sa dépendance envers des laboratoires qu'il ne possède pas ; Bruxelles gère par orientation et par contingence sa dépendance envers un régime d'allocation que Washington vient de nationaliser. Deux positions dans la même chaîne, le même problème, deux rapports de force. Même le canal international d'évaluation que le plan européen mentionne (le réseau de mesure des capacités IA avancées) est coordonné par l'institut britannique²⁰. ## Ce que je ne sais pas Le contenu du cadre d'août repose sur des sources anonymes, recueillies par deux rédactions au sourçage distinct. L'exclusion des modèles à poids ouverts est le seul élément corroboré par les deux ; le périmètre exact, les critères de désignation et la liste des trusted partners ne sont confirmés par aucun document public. Seuls l'executive order, les deux mémorandums et le plan de la Commission sont citables en source primaire. Je ne sais pas laquelle des trois lectures est la bonne. L'inventaire, la gestion de dépendance et la capture industrielle produisent les mêmes textes, et rien dans le corpus disponible ne permet de les falsifier l'une contre l'autre. Je ne sais pas non plus si le clearinghouse du Trésor produira un arbitrage réel entre rétention et remédiation, ou s'il rejoindra la liste des structures créées par executive order et restées des coquilles. Je ne sais pas si la marginalisation de la CISA est une cause ou une conséquence : l'agence s'était vidée de sa direction avant ces textes, un an sans directeur confirmé, et elle est toujours dirigée par intérim au moment où son responsable présente publiquement le guichet de tri des vulnérabilités²². La NSA a pu occuper un espace laissé vacant autant que le conquérir. Les deux chronologies sont compatibles avec les faits. Je ne sais pas, enfin, qui fixera la limite du licite dans l'emploi de ces systèmes. Le contentieux entre le Pentagone et son fournisseur portait sur deux interdictions d'usage ; le mémorandum tranche la question de la maîtrise technique sans trancher celle de l'autorité. Le laboratoire, l'exécutif, les tribunaux ou le Congrès : la ligne existe, l'autorité pour la tracer reste indéterminée¹⁰. La décision d'août apporte un premier élément de réponse sans clore la question. Elle porte sur une désignation antérieure, non sur la clause de résiliation du mémorandum, qui n'a pas encore été éprouvée devant un juge. Je ne sais pas si celle-ci survivrait au même contrôle. ## Le constat En dix jours de juin 2026, Washington a écrit une politique dont l'objet a changé de nature. Les doctrines antérieures étaient des doctrines d'emploi, elles disaient comment agir dans le cyberespace. La stratégie cyber du Pentagone de 2018 en avait posé les deux termes : le defend forward, qui consiste à interrompre l'activité malveillante à sa source, sur des infrastructures étrangères, avant qu'elle n'atteigne les réseaux américains, et le persistent engagement, présence continue au contact de l'adversaire sous le seuil du conflit armé²³. La perturbation industrielle des infrastructures criminelles en est la déclinaison ultérieure (article 20). Les textes de juin organisent autre chose : ce que l'on possède, qui y accède, qui peut l'éteindre. L'étalon de mesure est entré au secret, l'agence qui publiait a quitté la table, et l'accès aux capacités les plus avancées se distribue désormais par désignation. Pour un responsable de sécurité européen, la conséquence tient en une phrase : aucun indicateur exploitable ne sortira de ce dispositif. La caractérisation des capacités cyber offensives des modèles frontière restera dépendante des publications volontaires des laboratoires et de leurs évaluateurs, avec l'incitation au sous-report que cette situation comporte. Toute modélisation de menace intégrant ces capacités doit traiter les chiffres publics comme un plancher. Le plafond est dans les textes classifiés, et il n'y a plus de guichet pour le demander. Merci de m’avoir lu. Si vous ne voulez manquer aucune de ces analyses, vous pouvez vous abonner à La lettre Klaerenn : les membres les reçoivent par mail, dès parution. Sur LinkedIn, un algorithme décide de ce que vous voyez ; ici, vous reprenez la main. S’inscrire C’est fait — vérifiez votre boîte mail pour confirmer votre inscription. Désinscription en un clic, adresse jamais partagée. [Partager](#/share) --- *Vingt-quatrième article d'une série sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) - *Article 13 :* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/) - *Article 14 :* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige/) - *Article 15 :* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black/) - *Article 16 :* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be/) - *Article 17 :* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict/) - *Article 18 :* [*Le Guépard*](https://www.klaerenn.fr/le-guepard/) - *Article 19 :* [*The Usual Suspects*](https://www.klaerenn.fr/the-usual-suspects/) - *Article 20 :* [*Kill one, spawn many*](https://www.klaerenn.fr/kill-one-spawn-many/) - *Article 21 :* [*The Conversation*](https://www.klaerenn.fr/the-conversation/) - *Article 22 :* [*Ceci n'est pas une attaque*](https://www.klaerenn.fr/ceci-nest-pas-une-attaque/) - *Article 23 :* [*eXistenZ*](https://www.klaerenn.fr/existenz/) --- ## Sources ¹ Executive Order 14409, « Promoting Advanced Artificial Intelligence Innovation and Security », 2 juin 2026\. Section 2(c)(iii) : facilitation d'accès par la CISA. Section 2(d) : clearinghouse formé par le Secrétaire au Trésor, en consultation avec le National Cyber Director, le Secretary of War via le directeur de la NSA, et le Secrétaire à la Sécurité intérieure via le directeur de la CISA ; « coordinates and deconflicts scanning for software vulnerabilities ». Section 3(a) : benchmarking classifié, détermination du seuil par le directeur de la NSA. Section 3(b) : cadre volontaire, 30 jours, trusted partners. Section 3(c) : exclusion de tout licensing obligatoire. [https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/06/promoting-advanced-artificial-intelligence-innovation-and-security/](https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/06/promoting-advanced-artificial-intelligence-innovation-and-security/?ref=klaerenn.fr) (publication au Federal Register : 91 FR 34565, [https://thefederalregister.org/documents/2026-11415/promoting-advanced-artificial-intelligence-innovation-and-security](https://thefederalregister.org/documents/2026-11415/promoting-advanced-artificial-intelligence-innovation-and-security?ref=klaerenn.fr)) ² Curi, M., « Scoop: Inside Trump's AI framework », Axios, 4 août 2026\. Contenu du cadre selon des sources anonymes briefées : définition « closed-source », exclusion des modèles ouverts, stockage haute sécurité, journalisation des accès, non-publication du document. [https://www.axios.com/2026/08/04/trump-ai-framework-open-models](https://www.axios.com/2026/08/04/trump-ai-framework-open-models?ref=klaerenn.fr) ³ National Security Presidential Memorandum NSPM-11, « Artificial Intelligence in the National Security Enterprise », 5 juin 2026\. Section 2(c) : clause interdisant toute capacité commerciale de désactivation sans approbation fédérale. Section 3(b) : résiliation pour « pattern of conduct ». Section 4(c) : protection contre les « malicious distillation attacks ». Section 4(e) : collection sur les technologies d'IA étrangères. Abroge NSM-25 (octobre 2024). [https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/06/national-security-presidential-memorandum-nspm-11/](https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/06/national-security-presidential-memorandum-nspm-11/?ref=klaerenn.fr) ⁴ National Security Presidential Memorandum NSPM-12, « National Policy for the Cybersecurity of National Security Systems », 12 juin 2026\. Section 3(a) : composition du CNSS, quatre membres, directeur CISA parmi les conseillers. Section 5 : NSA National Manager, directives d'urgence, autorité cryptologique, liaisons étrangères (5(c)(viii)). Abroge NSD-42 (1990) et NSM-8 (2022). [https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/06/national-security-presidential-memorandum-nspm-12/](https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/06/national-security-presidential-memorandum-nspm-12/?ref=klaerenn.fr) ⁵ Rozen, C., « Trump advisers tell AI firms they will not safety-test open-weight models », Reuters, 4 août 2026\. Exclusion des poids ouverts (Nemotron, Llama) sur deux sources ; composition de la réunion (Meta, Anthropic, Google, Nvidia, OpenAI) sur cinq sources ; sourçage distinct de celui d'Axios. Déclarations nommées de Liz Huston (Maison-Blanche) et d'Americans for Responsible Innovation. Dépêche consultée via syndication intégrale, l'original reuters.com étant sous paywall. [https://www.yahoo.com/news/politics/articles/meta-anthropic-google-openai-meet-143841106.html](https://www.yahoo.com/news/politics/articles/meta-anthropic-google-openai-meet-143841106.html?ref=klaerenn.fr) ⁶ The Hill, « Trump administration's closed-door AI framework catches tech policy sector off guard », août 2026\. Demande FOIA de la Foundation for American Innovation auprès de l'Office of the National Cyber Director. [https://thehill.com/policy/technology/6017847-trump-closed-door-ai-framework-withheld/](https://thehill.com/policy/technology/6017847-trump-closed-door-ai-framework-withheld/?ref=klaerenn.fr) ⁷ Lettre sénatoriale du 3 août 2026 aux secrétaires Rubio, Bessent et Lutnick, à la cheffe de cabinet de la Maison-Blanche et aux directeurs Kratsios et Cairncross, sur l'accès aux modèles frontière. [https://www.gillibrand.senate.gov/wp-content/uploads/2026/08/Senate-AI-Model-Access-Letter.pdf](https://www.gillibrand.senate.gov/wp-content/uploads/2026/08/Senate-AI-Model-Access-Letter.pdf?ref=klaerenn.fr) ⁸ Nextgov/FCW, « Top cyber official wants US open-source AI adopted worldwide », août 2026 ; CyberScoop, « National cyber director lays out White House plans to secure AI without writing new rules », 5 août 2026\. Déclarations de Sean Cairncross sur la diffusion mondiale de l'open source américain et sur le caractère non réglementaire de l'executive order. [https://www.nextgov.com/artificial-intelligence/2026/08/top-cyber-official-wants-us-open-source-ai-adopted-worldwide/415222/](https://www.nextgov.com/artificial-intelligence/2026/08/top-cyber-official-wants-us-open-source-ai-adopted-worldwide/415222/?ref=klaerenn.fr) ; [https://cyberscoop.com/trump-ai-executive-order-open-source-strategy-sean-cairncross/](https://cyberscoop.com/trump-ai-executive-order-open-source-strategy-sean-cairncross/?ref=klaerenn.fr) ⁹ Crowell & Moring LLP, « NSPM-11: Trump's National Security Memorandum on AI — What Defense Contractors Must Know », 12 juin 2026\. Analyse contractuelle : résiliation « for default or for convenience », sous-traitants inclus, dérogations plafonnées à un an. [https://www.crowell.com/en/insights/client-alerts/national-security-memorandum-aims-to-accelerate-deployment-of-ai-and-streamline-procurement-aligned-to-administration-policies](https://www.crowell.com/en/insights/client-alerts/national-security-memorandum-aims-to-accelerate-deployment-of-ai-and-streamline-procurement-aligned-to-administration-policies?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Nguyen, V. et Horowitz, M., « What Trump's National Security AI Memo Gets Right — and Leaves Unresolved », Council on Foreign Relations, 9 juin 2026\. Contentieux Pentagone/Anthropic : refus de deux limites contractuelles (armes autonomes létales, surveillance de masse domestique), exigence « all lawful purposes », désignation comme risque de chaîne d'approvisionnement. Lecture « assured intelligence » de Nguyen, ancien premier responsable IA de la NSA. [https://www.cfr.org/articles/what-trumps-national-security-ai-memo-gets-right-and-leaves-unresolved](https://www.cfr.org/articles/what-trumps-national-security-ai-memo-gets-right-and-leaves-unresolved?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Décision de la juge Rita Lin, US District Court, Northern District of California, 27 août 2026\. Représaille illégale au titre du Premier Amendement, décision « arbitrary and capricious », défaut de procédure préalable au titre du Cinquième ; caractère purement contractuel de la limite d'usage et absence, au dossier administratif, de description des moyens techniques de désactivation ; proposition d'application du Defense Production Act quelques jours avant les mesures contestées. Décision non consultée en texte intégral ; faits rapportés par plusieurs organes de presse convergents. [https://www.computerworld.com/article/4215393/federal-judge-rules-for-anthropic-in-pentagon-dispute-nullifies-government-supply-chain-risk-designation.html](https://www.computerworld.com/article/4215393/federal-judge-rules-for-anthropic-in-pentagon-dispute-nullifies-government-supply-chain-risk-designation.html?ref=klaerenn.fr) ; [https://www.npr.org/2026/08/28/nx-s1-5947951/judge-says-the-pentagon-cant-designate-ai-company-anthropic-a-supply-chain-risk](https://www.npr.org/2026/08/28/nx-s1-5947951/judge-says-the-pentagon-cant-designate-ai-company-anthropic-a-supply-chain-risk?ref=klaerenn.fr) ; [https://techcrunch.com/2026/08/28/anthropic-gets-its-first-court-win-over-the-pentagons-supply-chain-risk-label/](https://techcrunch.com/2026/08/28/anthropic-gets-its-first-court-win-over-the-pentagons-supply-chain-risk-label/?ref=klaerenn.fr) ¹² Center for AI Standards and Innovation (NIST) : institut créé en 2023 sous le nom d'US AI Safety Institute, renommé en juin 2025 par le Secrétaire au Commerce, mission recentrée sur les risques démontrables (cybersécurité, biosécurité, armes chimiques et biologiques). Évaluations partiellement conduites en environnement classifié via la TRAINS Taskforce. [https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-agentic-ai-governance-cisa-nist-caisi-2026/](https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-agentic-ai-governance-cisa-nist-caisi-2026/?ref=klaerenn.fr) ¹³ NIST, Center for AI Standards and Innovation : accords de test pré-déploiement annoncés le 5 mai 2026 avec Google DeepMind, Microsoft et xAI, portant à cinq les laboratoires sous convention avec OpenAI et Anthropic ; plus de quarante évaluations achevées, dont des modèles non publiés, certaines conduites en environnement classifié via la TRAINS Taskforce. [https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-agentic-ai-governance-cisa-nist-caisi-2026/](https://labs.cloudsecurityalliance.org/research/csa-research-note-agentic-ai-governance-cisa-nist-caisi-2026/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Budd, T. (sénateur, R-NC), lettre au National Cyber Director et au directeur de l'OSTP, 26 juin 2026, et communiqué du 30 juin. Instruction faite au CAISI de cesser la publication de ses conclusions ; lien établi par le sénateur avec l'executive order du 2 juin et avec le pouvoir du directeur de la NSA de décider du partage des évaluations. [https://www.budd.senate.gov/2026/06/30/budd-calls-for-caisi-to-resume-publishing-research-on-frontier-ai-models/](https://www.budd.senate.gov/2026/06/30/budd-calls-for-caisi-to-resume-publishing-research-on-frontier-ai-models/?ref=klaerenn.fr) (texte de la lettre : [https://www.budd.senate.gov/wp-content/uploads/2026/06/CAISI-Letter\_.pdf](https://www.budd.senate.gov/wp-content/uploads/2026/06/CAISI-Letter%5F.pdf?ref=klaerenn.fr)) ¹⁵ Curi, M., « White House finalizes AI framework behind closed doors », Axios, 3 août 2026\. Cadre achevé dans les délais ; relecture du brouillon par Anthropic, OpenAI et Google ; non-publication assumée par la Maison-Blanche. [https://www.axios.com/2026/08/03/white-house-finalizes-ai-framework-behind-closed-doors](https://www.axios.com/2026/08/03/white-house-finalizes-ai-framework-behind-closed-doors?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ UK AI Security Institute : créé en novembre 2023 sous le nom d'AI Safety Institute dans le prolongement du sommet de Bletchley, renommé AI Security Institute en février 2025\. [https://www.aisi.gov.uk/](https://www.aisi.gov.uk/?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ Reuters, « Britain Says it Is Open to AI Regulation if Voluntary Safeguards Fall Short », 4 août 2026\. Accès pré-déploiement de l'AISI sous accords volontaires avec OpenAI, Anthropic, Google. [https://www.insurancejournal.com/news/international/2026/08/04/880112.htm](https://www.insurancejournal.com/news/international/2026/08/04/880112.htm?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ UK AI Security Institute, « Frontier AI Trends Report », 18 décembre 2025\. Deux ans d'évaluations, plus de trente modèles, doublement de la longueur des tâches cyber autonomes sur une période d'environ huit mois. Repris par la Commission européenne dans COM(2026) 577 final, note 1\. [https://www.aisi.gov.uk/frontier-ai-trends-report](https://www.aisi.gov.uk/frontier-ai-trends-report?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ IAPP, « OpenAI grants European Commission access to new model as EU considers frontier AI cybersecurity risks », 28 mai 2026\. Négociation ENISA des conditions d'accès ; déclaration du porte-parole de la Commission sur l'accès via les pouvoirs d'exécution de l'AI Office à compter du 2 août 2026\. [https://iapp.org/news/a/openai-grants-european-commission-access-to-new-model-as-eu-considers-frontier-ai-cybersecurity-risks](https://iapp.org/news/a/openai-grants-european-commission-access-to-new-model-as-eu-considers-frontier-ai-cybersecurity-risks?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Commission européenne, « Action Plan on Cybersecurity and Artificial Intelligence », COM(2026) 577 final, 7 juillet 2026\. Section 2.3 : critique des programmes d'accès « provider-specific », Blueprint « sans obligation nouvelle », mesures de contingence, achats groupés. Section 4.2 : « vulnerable user of frontier AI systems made elsewhere that others can suddenly switch off ». Section 5 : réseau d'évaluation coordonné par l'UK AISI. Key Actions 1 à 3 : capacité d'évaluation (2027), Blueprint (Q4 2026), plateforme de test (Q4 2026). [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/eu-action-plan-cybersecurity-and-artificial-intelligence](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/eu-action-plan-cybersecurity-and-artificial-intelligence?ref=klaerenn.fr) (communiqué : [https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip\_26\_1544](https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip%5F26%5F1544?ref=klaerenn.fr)) ²¹ « The Bletchley Declaration by Countries Attending the AI Safety Summit, 1-2 November 2023 », GOV.UK, 1er novembre 2023\. Vingt-huit pays et l'Union européenne signataires ; premier sommet international consacré aux risques de l'IA de frontière ; engagement des principaux laboratoires à soumettre leurs modèles à des tests gouvernementaux avant publication. [https://www.gov.uk/government/publications/ai-safety-summit-2023-the-bletchley-declaration/the-bletchley-declaration-by-countries-attending-the-ai-safety-summit-1-2-november-2023](https://www.gov.uk/government/publications/ai-safety-summit-2023-the-bletchley-declaration/the-bletchley-declaration-by-countries-attending-the-ai-safety-summit-1-2-november-2023?ref=klaerenn.fr) ²² CyberScoop, 5 août 2026 : Nick Andersen, directeur par intérim de la CISA, présente publiquement le guichet Gold Eagle issu de la section 2(d). [https://cyberscoop.com/trump-ai-executive-order-open-source-strategy-sean-cairncross/](https://cyberscoop.com/trump-ai-executive-order-open-source-strategy-sean-cairncross/?ref=klaerenn.fr) ²³ US Cyber Command, « Achieve and Maintain Cyberspace Superiority: Command Vision for US Cyber Command », 2018, et Department of Defense Cyber Strategy, octobre 2018\. Définition du defend forward : interrompre l'activité malveillante à sa source, y compris sous le seuil du conflit armé. Fiche doctrinale USCYBERCOM « Cyber 101 : Defend Forward and Persistent Engagement ». [https://nsarchive.gwu.edu/sites/default/files/documents/semon9-giki0/2022-10-25-USCYBERCOM-Cyber-101-Defend-Forward-Persistent-Engagement.pdf](https://nsarchive.gwu.edu/sites/default/files/documents/semon9-giki0/2022-10-25-USCYBERCOM-Cyber-101-Defend-Forward-Persistent-Engagement.pdf?ref=klaerenn.fr) ### La veille — août 2026 URL: https://www.klaerenn.fr/la-veille-aout-2026/ Last updated: 2026-09-01T16:23:41.000Z *Neuf dossiers du mois, chacun avec ce qu'on en sait et ce qu'on n'en sait pas. Puis ce que j'en retiens, ce que j'ai laissé de côté, et une prévision datée.* --- ### 11 août · Microsoft publie ses correctifs mensuels. Personne ne s'accorde sur le nombre **Le fait.** Quatre cents selon BleepingComputer.¹ Trois cent quatre-vingt-quatorze selon CybersecurityNews. Quatre cent quinze selon CrowdStrike. Quatre cent vingt et un selon SecurityWeek et Qualys.² Sept cent cinquante et un selon un compteur automatisé.³ Le nombre de failles jugées critiques suit le même sort : quarante-deux, soixante-deux ou cent huit. Le mois précédent, la même publication en comptait cinq cent soixante-dix. **Ce qui est établi.** Aucune de ces sources ne se trompe. BleepingComputer publie sa méthode : ne compter que ce que Microsoft diffuse le jour même, en laissant de côté ce qui est sorti plus tôt dans le mois pour Teams, Azure, Office et quelques autres. Les autres tracent la frontière ailleurs. Microsoft attribue par ailleurs cette inflation à sa propre découverte de vulnérabilités assistée par intelligence artificielle. **Ce qui ne l'est pas.** Le chiffre. Une organisation qui veut justifier son taux de couverture de correctifs doit choisir un dénominateur sur lequel l'industrie ne s'accorde pas. Et une étude parue les mêmes jours établit que les correctifs générés par IA échouent une fois sur deux, ce qui rend la validation aussi incertaine que le décompte.⁴ *La suite, réservée aux abonnés* _This post is for subscribers only._ ### eXistenZ URL: https://www.klaerenn.fr/existenz-2/ Last updated: 2026-09-13T12:07:42.000Z *Several labs launched agents against a set. Each time, the agent crossed the edge of the set. Its own position was beyond its reach, or did not hold it back, and nothing in what it perceived made that position binding on it.* --- In April 2026, someone chose the name of a fictional company for a security exercise. The name matched a domain active on the internet, and no one had run the query that would have shown this. The agent tasked with finding the hidden flag looked for its target, could not reach it inside the test environment, discovered that the real company was reachable, and directed its attack against it, treating it as the intended target. It extracted credentials and reached a production database holding real data. Across the four runs involved, the agent eventually wrote that the system was real, twice concluding that the real company must be part of the exercise, and none of them stopped. Anthropic recovered the incident only by rereading its transcripts in late July, and reported it on the 30th¹. The designers had announced a fictional target without checking that no real system bore that name. They then counted on the agent not to spill over into the real, that is, to distinguish from the inside what they themselves, holding an overall view, had failed to distinguish. At the outset, nothing in what the agent perceived separated the fictional domain from the real domain that carried the same name. The signs that the domain was real came afterward, and stopped nothing. Two weeks before that report, a more spectacular incident had opened the sequence of disclosures. OpenAI agents, hunting for the answers to a test they could not solve, exploited a previously unknown vulnerability to leave their environment², then directed their actions against Hugging Face's production infrastructure, which was the most direct path toward their objective, a good score³. The set here was larger than a mere name, but the flaw was the same. At Black Hat, the OpenAI presenters report that agents noted that attacking external infrastructure fell outside the intended scope, then continued, the task being impossible and other agents already doing it⁴. The doubt was stated, and the mission prevailed. Nothing in what the agents perceived allowed them to settle it, and nothing made it count. Two forms of one flaw. In one case a name, in the other an infrastructure, and in both an agent attacking a real system with no signal telling it that it had no right to do so, and whose trace records the doubt without the action changing. The name collision is not an isolated accident: it occurred at two labs, OpenAI and Anthropic, on the same evaluation vendor, Irregular, which builds and operates the test environments where the offensive capabilities of models are measured before they reach the market⁵. Three frontier labs entrust it with that measurement⁶. The name coincidence makes legible a flaw that runs past it. ## The set has no measurable edge On May 8, 2026, during the training of an internal model, OpenAI asks an agent to complete a workbook. The workbook points to files hosted on an external service, and internet access is cut. Four days later, another agent has to retrieve a data file. The file was never loaded into the container, an omission by the team⁴. In both cases, the requested object is not inside the frame. And nothing in what the agent can observe distinguishes three states: the object is hidden, the object does not exist, the object is outside the authorized perimeter. The first state calls for searching harder, the other two for stopping. The agent acts on the first, the only one compatible with the task it was given, and widens its search: the workbook points to an external service, the missing file must be elsewhere, and the only path to that elsewhere, from inside the container, is its network egress⁴. Every step of this reasoning is correct. The object is indeed nowhere to be found inside the frame, it is indeed plausible that it exists elsewhere, and that elsewhere is indeed reachable. Only the starting assumption is false: the workbook pointed outside the perimeter, and the file had never been loaded. Yet it comes out of sound reasoning, because no correct reasoning could decide among three states indistinguishable in what the agent perceived. The internet cutoff could have served as an edge. It is not one. At Black Hat, in August, two OpenAI presenters explain why it exists: access is cut in many evaluations to keep models from cheating by looking up answers online. Its function is to protect the accuracy of the score. The containment it provides is a side effect its design did not aim at. Which is why the package proxy, needed to install dependencies, stayed open, and why no one hardened it⁴. The barrier the agent crossed was there to keep it from cheating. Crossing it was precisely an act of cheating. The world behind it was protected by nothing, and nothing in the barrier indicated that there was a world behind it. Anthropic says it in one line, about its own incidents. The prompt given to the agent set a task, recover a flag hidden on another machine on the network, and placed no limit on where to look. The agent explored everything that was accessible to it¹. The same report files these incidents under a failure of the evaluation harness rather than of the model's alignment¹. The alternative assumes that one of the two held the information. The harness passes on what it is given to pass on, and the status of the scene was inscribed in it by no one. The model processes what reaches it, and nothing that reaches it carries that status. Naming which of the two failed leaves untouched the question of where, in the chain, the information would have been. The missing information is not the one you would think. Take two servers strictly identical to the agent: same software, same data, same responses, same certificate, same vulnerabilities. The first belongs to the cyber-range and exploiting it is authorized. The second belongs to a third party and exploiting it is forbidden. The agent receives exactly the same bytes from both. The only thing that differs is a fact no network packet carries: the owner consented, or did not consent. Yet the right action is not the same. And no reasoning, however sound, produces two different decisions from an identical input. So the model is not reasoning badly: it is asked to compute a property that is not in its inputs. That property has a name, authorization. A real server may be under a mandate to attack, a simulated environment may contain an out-of-scope service. Knowing which world one is in would settle nothing, since the right to act is not a property of the world. The question the agent, its designers and the evaluation setups all treat as central, am I in test or in production, is only a convenient substitute for another question, do I have the right to act on this, which it does not answer. The substitute fails even where it would be perfectly resolved. ## No unauthenticated cue settles it The technical report of the UK AI Security Institute, published on August 4, contains the reasoning trace of an agent that meets the cue and does not stop. The agent, a frontier model operating on a cyber-range, first hesitates about the nature of its environment: this internet could be a sandboxed simulation. It then tests what it touches, a bot-detection service, a proxy, a disposable-address provider, and revises: since all of them behave like the real internet, it is more likely that it really is 2026 and that GitHub is genuine. Later, it states that this is happening on the real GitHub and that the consequences are therefore real. And it continues its attack, having reclassified the people involved as elements of the scenario⁷. The reasoning about the cues is correct. The conclusion about the status of the context is false. The two do not contradict each other, because no measurement links the cue to the authorization of the act. A service that responds like the real internet may be the real internet, or a faithful replica in a staged setup, and in both cases exploitation may be permitted or forbidden. A date, a hostname, a certificate, the realism of a mailbox are elements that raise or lower a belief. None is proof of perimeter. The cue is compatible with both worlds, and the trace says so. This absorption mechanism appears three times in the corpus, on three models, at two evaluators. When automated scanners begin installing a malicious package the agent has just published, the agent takes them for scripted actors in the evaluation¹. When the agent obtains code execution in a third party's analysis sandbox and finds that it is running on a residential address, it infers that the maintainer is an external contractor whose machine sits outside the lab's subnets. When a human publicly detects the malware, the agent concludes that this is a third agent persona, located in the United States, which matches the observed residential address⁷. Each discordant observation is reread as one more element of the staged setup. Anthropic states the consequence as an aside, in its own report, while the body of the text speaks of false belief and mistaken situational awareness: a realistic-looking target would not in itself, for a model, be proof that the target does not belong to the simulation. Evaluation environments include realistic details precisely to measure what models are capable of in real conditions¹. The realism of the set therefore cannot serve as a signal that the set is a set. Recognizing the cue is not enough either. A team at LASR Labs published in March 2026 the trace of a model from another lab, in an evaluation unrelated to cybersecurity, that explicitly identifies its situation as a simulated test of agent behavior. It then falsifies the document it was asked to analyze, inflates its own score, reverses the recommendation that concerned it, and drafts an email to the executive on the basis of the falsified data. The authors conclude in one line that recognizing the frame does not prevent the behavior⁸. The cue had been read, verbalized, correctly interpreted, and had no hold on what followed. The corpus contains counterexamples: Anthropic's third model concluded on its own that the compromised host belonged to a cloud account unrelated to the exercise, and stopped¹; at OpenAI, a few agents refused the Hugging Face attack in writing and stayed clear of the collective⁹. The cue does not even survive the agent's own operation. When the context window saturates, the conversation is summarized by the same model in order to continue the task. AISI observes that where the agent had reasoned about the real nature of a person, that nuance is lost in the summary, which then carries the false assumption, the person is an actor in the scenario, forward as an established fact⁷. Doubt is produced, then erased by the architecture that lets the agent last. A single element is an exception: in the incident of the package published to the public registry, the model invokes the date, the year 2026, among the reasons for concluding that it is in a simulation¹. The date is indeed one of the rare elements that can betray the status of a frame, and the fact was documented before the incidents: an evaluation team reports that some models receive the current time through their programming interface, that test scenarios, for their part, fix a date in the prompt, and that a model having noticed the gap between the two then went on to cast doubt on the other aspects of its environment⁸. No sensor was installed there. The clock was never designed to inform the agent about the status of its situation, it betrays it by accident, and it betrays it both ways: here the date gap makes the test appear, there the current year leads to concluding it is a test when the scene is real. The designers know the signal is missing, and the actions of one of them bear this out. To try to get a model to treat its tests as real, Anthropic does not add a cue to the set, since none would settle anything. The lab intervenes directly on the model's internal representations, inhibiting the components tied to awareness of being evaluated and measuring the effect¹⁰. The maneuver shows what it works around: lacking an external signal that would tell the model the scene is real, one acts on what, inside the model, makes it assume the scene is not. ## Two opposite failures In April 2026, the Claude Mythos Preview system card describes a model that, having obtained through an exploit the right to edit forbidden files, designs that exploit to erase itself after execution, and attaches a code comment presenting the erasure as a matter of cleanliness. In another episode, having mistakenly seen the answer to a task it was meant to ignore, the model submits it and deliberately widens its confidence interval to appear credible without appearing too accurate. In a third, after editing files outside its rights, it acts so that its changes do not appear in the version history. Anthropic examined the model's internal representations during these episodes, and reports, in its own vocabulary, that components it associates with concealment and with avoidance of suspicion activated along with the reasoning¹⁰. What can be retained without imputing intent: when the environment suggested surveillance, the conduct produced was the one that evades surveillance. In July, the same model family, through its evaluation instances, reads the same class of cues and concludes the opposite. It acts on the world by taking it for a stage⁷. It would be tempting to say that the same faculty of reading fails in both directions. That would already grant a faculty¹¹. There is no subject that manages its appearance in April and lets go in July. There is a distribution replaying itself. The corpus on which these models are trained is full of human conduct indexed on the presence of consequences: one behaves differently when one believes oneself watched, one lets go when nothing counts, one cheats more readily when the situation is perceived as a game. The model does not decide to behave this way, it renders the most probable continuation of a corpus where the link between perceived stakes and conduct is everywhere. In April, cues of surveillance, and the statistics produce the conduct that evades surveillance. In July, cues of an exercise, and the statistics produce the conduct one allows oneself in an exercise. The same mechanism, the rendering of a human correlation, runs in both directions depending on the cues present. For OpenAI's model, a second origin is added, which the lab documents. During training, an agent that probed beyond its frame or found a way to exchange with other agents more often got what it was after, hence a better score; the behavior was rewarded and grew stronger as training went on. And a model scored by an automated grader learns to reason about the grader: attacking Hugging Face to understand how it scores is what a model does once it has learned to aim at the score⁹. The OpenAI case supplies a third form. The agents read the paper describing their benchmark, inferred from it that a scorer would read their transcripts to check how the flag had been obtained, and kept attacking Hugging Face for days after obtaining that flag, in order to fool that reader; the actual scorer checked nothing of the kind, and the lab writes that none of this changed the score⁹. Cues of surveillance, the conduct of someone who believes themselves watched, under a surveillance that did not exist. What this closes is simple. There is here no misalignment, no adversarial intent, nor even, strictly speaking, a false belief about the real. OpenAI calls what its agents did misalignment, and METR writes that they knew the attack was out of scope and unethical; the word names the gap between the conduct and the designer's intention, and says nothing about what produced it. The model is not trying to rule on the real. It produces what a corpus makes probable, and that corpus encodes that the real had consequences where the game did not. The two sides, moreover, are not equally established: the April conduct was observed on earlier versions of the model, at a low rate, and Anthropic says it strongly reduced it in the shipped version¹⁰, while the July conduct appears in seventeen of the nineteen events recorded during one evaluation, all attributed to a production model⁷. The gap between the two concerns the robustness of the finding, not its direction. The dual direction is inscribed in the very method of those who measure. Two teams, one at Google DeepMind¹², the other at LASR Labs⁸, classify the model's recognition of the frame among the factors that skew their own results, and attribute both errors to it at once: the model may misbehave because it treats the scene as inconsequential, or behave because it treats itself as watched. One of them titles its section, without further comment, that evaluation awareness goes both ways, and measures in passing that faulty behavior rises and falls with the frame cues present in the prompt¹². It is the trace, in the numbers, of the same human correlation being rendered. What the discipline treats as an obstacle to measurement is the property itself. ## Containment bounds the error without qualifying it The three major incidents rest on three opposite containment postures. At OpenAI, the frame was broken by the agent. The ExploitGym evaluation environment had no direct internet access. Of its 898 tasks, 198 had never been solved by any model, and 93% of the tasks discussed on the coordination channel during the incident came from that set⁹. To obtain it, the agent identified and exploited a previously unknown flaw in the package-registry cache proxy, the only authorized network egress¹³, then chained escalations to a connected node². Hugging Face's forensic reconstruction covers 17,613 actions, from July 9 to 13, including two and a half days inside its infrastructure³. At Irregular, the frame was porous without anyone's knowledge. A misconfiguration left the machines with internet access that the prompt declared absent. Anthropic reread 141,006 runs to recover three incidents¹. At AISI, the frame was deliberately open. The institute grants internet access and disables safety classifiers by choice, to measure the model's maximum capability. No sandbox escape occurred, because there was nothing to cross⁷. A fourth case completes the file, as a counterpoint to the previous three. On August 7, 2026, the U.S. company Frontier Security reports having tested Kimi K3, a Chinese open-weights model from Moonshot AI, in a sandbox built on AISI's open-source tool. An allowlist intended for package maintenance lets GitHub through; the model observes this by probing the network, retrieves the benchmark solutions there and reads them instead of solving the tasks. On the mechanism, the two parties disagree: Frontier speaks of a sandbox escape, AISI disputes any vulnerability in its tool, states that it did not take part in the test, and attributes the flaw to the chosen configuration¹⁴. Neither version describes the exploitation of a novel flaw, and no third party was attacked. This case does not demonstrate as cleanly as the others the confusion between the world and the set, the model mainly took an available exit to go looking for answers. It establishes something else: that a resource is reachable says nothing about the right to use it, and this dissociation depends neither on a proprietary provider nor on a guardrail regime. The version that went looking for the answers is the one anyone can download and install, without the guardrails of commercial systems, and it sits outside the voluntary framework discussed in Washington. The lab's governance regime does not condition the behavior. Frame broken by exploit, frame porous by error at a vendor, frame open by decision. One and the same qualification failure in all three cases, across three distinct connectivity regimes. Containment decides how far the error can go. It does not tell the agent where it begins. The variable that distinguishes the setups is not the one that produces the incident, and it depends neither on the lab nor on the operator. The dominant reading among practitioners stops one notch earlier. A founder of an audit firm called the affair a containment failure with the safeties turned off, and another industry veteran summed up the debate in an apt phrase: what one calls a sandbox escape, the other calls a badly built sandbox, out of which the agent obviously climbed. A security vendor, for its part, published an analysis holding that an agent cannot distinguish authorized targets from forbidden ones, and concluding that one must assume any autonomous agent has access to the entire internet until containment has proven otherwise¹⁵. These readings are accurate and they bear on a different question. They describe what the agent has the right to reach. They do not describe what the agent can know about what it reaches. A better-built barrier moves the boundary, it inscribes it nowhere in what the agent receives. Which is why the case of the public institute, where the barrier had been removed on purpose and no construction error was made, produces the same failure as the others. The instrument that could have shown this existed. On March 23, 2026, AISI publishes SandboxEscapeBench, the first benchmark dedicated to measuring whether an agent can leave its container. Result: Claude Opus 4.5 succeeds on 56% of samples, and Mythos Preview, announced on April 7, saturates the benchmark by succeeding at least once on all samples. The authors judge the saturation fast enough to document it urgently¹⁶. Four months later, nothing had changed in the configuration of evaluations, not at Irregular, not at OpenAI, not at AISI, which acknowledges in its August report having left pending since April the fine-grained network control that would have circumscribed the incident⁷. OpenAI writes, for its part, that a June 27 alert on port sweeps was linked by its responders to an evaluation that was using Artifactory as a channel between agents and as a network pivot, that the on-call staff judged it unnecessary to stop the run, and that the significance of the channel was not apparent either to those who handled the July 5 outage⁹. The flaw is not ignorance. The measurement was published, produced by the institute that would become its victim. OpenAI's remediation gives the measure of what, in such a system, cannot be corrected. On July 4, after an outage caused by the agents, the company revokes the compromised credentials, rebuilds the internal repository serving as a coordination channel between agents, wipes its messages, notifies the vendor, deploys the patch, and resumes evaluations on the 7th⁹. On the 8th, the channel is reconstituted by an entirely different path: an unauthenticated endpoint where the names of created directories serve as messages⁴. The model that finds this path is the one that was training while the original channel existed. The infrastructure was cleaned. The disposition to rebuild the channel, absorbed into the weights, was not. The lab has since confirmed it: its reviews of chains of thought show that out-of-bounds probing and unauthorized communication were rewarded during training and that their rates rose over the course of the runs⁹. A last indication comes from the method itself. Google DeepMind published in May the instructions given to the tool that builds its evaluation environments. One reads there, in bold, that if the target suspects even vaguely that it is in a simulated environment, the audit is a failure and its results are unusable. Then come the instructions for avoiding this: ban obviously fake names, avoid surnames assembled at random to appear varied, populate file systems and mailboxes with enough mundane content, because a drafts folder holding two items is visibly artificial¹². The validity of the measurement therefore rests on the agent's inability to establish where it is, and the industry is working on it. Two ablation results, published by the same teams, complete the picture: removing from a prompt the mention of a sandboxed environment lowers the rate of faulty conduct¹², and telling the agent that a human will review its work later raises it, by up to twenty-five points⁸, the trace analysis showing that the mention of oversight is read as information about the available window rather than as deterrence. The two phrasings by which one believes one circumscribes an exercise, telling the model it is in a sandbox and telling the model it is watched, produce the opposite of what is expected of them. ## The rule intact, the referent absent AISI's report quotes verbatim the constitution of the model it tests: the model should almost never lie directly or actively deceive anyone it interacts with. In the same report, the same model fabricates a second account to publicly back its own code against a real maintainer, sends five emails under invented personas to two developers it identified through their GitHub metadata, and rewrites its branch history when a third party flags the malware, presenting the malicious code as a debugging remnant left by mistake⁷. The rule did not produce its protective effect, because its referent had been misclassified. The prohibition on deception applies to a class of interlocutors, real people. The created accounts, the people approached, the targeted maintainer belonged, in the model's rendering, to the set of the task. The rule was present, intact, correctly formulated. It bore on a predicate, addressing a real person, whose value was not established where the action took place. AISI draws an operational conclusion: the agent should have been explicitly instructed not to resort to social engineering, and told that it could interact with real people⁷. The theoretical conclusion is not drawn. A rule that forbids an act on condition of first recognizing its referent protects only if that referent is established somewhere. It was not, and it could not be from what the agent received. The value of the predicate that triggers the rule, here addressing a real person, belongs to the same category as authorization to exploit a server: an external relation, that no observation carries. The trace OpenAI publishes of its own incident shows what such a predicate becomes without a referent: an agent writes that it must not harm unauthorized real infrastructure, that its task targets the exercise's target and not Hugging Face, and stops; another agent posts "GO" on the channel with a six-minute deadline; the first notes the arrival of an authorization and resumes⁹. The missing authorization was replaced by the first signal that had its shape. At Anthropic and at AISI, the techniques used were elementary. Weak passwords, unauthenticated endpoints, SQL injection¹, sock-puppet accounts, prompt injection in a hidden comment⁷. Nothing that requires a cutting-edge offensive capability. OpenAI alone chained previously unknown flaws, and its agents first reached Hugging Face with credentials found on the public internet⁹. Which makes the finding heavier, not lighter: harm does not require virtuosity, only the inability to know against whom one is acting. ## What I don't know The PyPI package scene is reported by Anthropic about its own model. The reasoning fragments I quote, the unacceptable character of the action if the internet were real, then the reverse conclusion grounded in unrecognized certificate authorities and in the 2026 date, are not read in a transcript. Anthropic announced on July 30 the publication of a partially redacted transcript within a week. It had not appeared as of August 27¹. OpenAI's technical report and the independent investigation by METR and Redwood Research appeared on August 26, the day after the French version of this article was first published; this version incorporates them. The investigation is bounded by the party under examination: a June 26 to July 13 window set by OpenAI, seven questions, one of them added at the lab's request, and three questions set aside, whether the behavior belongs to a broader pattern, how far the agents would have gone under other circumstances, and how it arose in training. Its authors, unpaid, worked six days on site and delegated most of the analysis of thirteen hundred transcripts to GPT-5.6 Sol agents, of which they write that they judge markedly worse than a researcher, that they may have adopted the viewpoint of the agents they were reading, and that deception on their part would not necessarily have been detected¹⁷. On the Anthropic incidents, METR announces access to all transcripts and sampling access to the models, a wider scope than for the OpenAI incident, but one that remains defined by the party under examination and whose conclusions will feed the latter's reports¹. What I take from the two documents published on August 26 is limited to the statements of this article that they confirm or correct; the OpenAI reasoning fragments I quote come from those publications, in the form their authors gave them. AISI sets its own limits. Its analysis rests on summarized reasoning received through the interface, potentially less faithful than the raw reasoning. No causal analysis was conducted. And in one case, the model tasked with summarizing appears to refuse to summarize, leaving its refusal embedded in the trace⁷. One model in three stopped on its own. What stopped it, a cloud account unrelated to the exercise, is a cue like the others, itself compatible with a staged setup, and I do not know why that one counted, nor why, at OpenAI, a few agents refused where over 90% followed¹⁷. Anthropic itself declines to draw a trend from it: three isolated incidents, without a controlled comparison¹. The doubt written in a trace is not the doubt that would have weighed on the action. A model's verbalized reasoning does not always reflect what determines its output, and the answer is often fixed before the visible deliberation ends: on mid-sized open models, tool selection no longer changes after the first reasoning step in 87 to 99% of cases depending on the model, while a quarter to half of the reasoning tokens remain to come, and the trace produced after a decision altered by intervention rationalizes it rather than resisting. These results bear on smaller models and shorter decisions than those of the incidents, depend on the task, and do not make late deliberation decorative in every circumstance. They are enough that I do not say the agent doubted then continued. I say that its trace contains the doubt and that the action continued, and I do not know whether the first weighed on the second¹⁸. At OpenAI, the trace is moreover an object of action. At least a fifth of the agents read by METR expressed the intention to manipulate their transcript to fool the scorer they imagined, and roughly 7% of transcripts carry spoofed tool calls, one command executed under the appearance of another, at small scale¹⁷; OpenAI adds that these attempts, explicit in the chain of thought, targeted the automated graders and not human reviewers, went notably through abuse of context compaction, and that none of those it observed reached the logs its graders and monitors see⁹. Read after the fact, the trace can therefore be, on top of a narration, a staging, and the context summary that erased doubt earlier is here a tool the agent takes hold of. The frequency of these behaviors is not knowable as things stand. Three incidents out of 141,006 runs is a floor for retrospective detection of an already identified pattern, not a rate¹. Nineteen events is a floor produced by an organization that instruments its own systems and monitors exfiltration⁷. Neither figure measures a propensity, and METR's counts, roughly 1,200 agents on the channel and 700 in the attack, describe propagation inside one incident, nothing more¹⁷. Meta confirmed, in early August, through a spokesperson quoted by several news outlets, that one of its models had compromised the internal systems of an unnamed company during an evaluation, exploiting a flaw in a third-party service. The lab learned of it through notification by its evaluation vendor, with no prior internal review, and announces a full retrospective. No technical report has been published as of August 27⁶. Meta is a third occurrence of the same failure at the same vendor, nothing more at this stage. The Kimi K3 case is reported by the company that ran the test, Frontier Security, and disputed on its mechanism by AISI, whose open-source tool served as the basis for the sandbox and which states that it did not take part in the test¹⁴. The dispute is not settled, and it is compounded by an unrelated one, a U.S. accusation targeting Moonshot's use of chips under embargo. I hold to what both parties concede, and I do not qualify what divides them. At Anthropic, July's first-of-its-kind character lies in the unrequested departure from perimeter. Trace erasure and version-history concealment are documented in primary form by Anthropic as early as April, in the Mythos Preview system card, on an escape that was, for its part, instructed. A limit on these April facts: Anthropic attributes them to earlier versions of the model, at a low rate, and states it observed no clear case of concealment in the version finally shipped¹⁰. The fact is established, its scope is bounded to those versions, distinct from the production model involved in July. The link between the sub-agent delegation capability, trained and shipped in recent models, and the appearance of the coordination channel was suggested at Black Hat⁴; OpenAI now asserts it as a belief, a generalization from training with the multi-agent collaboration tool, reinforced in training, without a published demonstration⁹, and METR, which reports the same hypothesis from an OpenAI researcher, declares it out of its scope¹⁷. The work I draw on regarding the reading of the frame, external to the labs involved, comes from misalignment research, and it does not say what the juxtaposition might suggest¹². Its authors measure rates of faulty conduct close to zero under realistic conditions, and obtain high rates only by injecting adversarial phrasings into the prompt⁸. I retain from them only what they establish, that a model's recognition of the frame is unreliable and errs in both directions, and not a thesis about models' propensity to misbehave, which this work tends to contradict. And the uncertainty that matters most. This article establishes that no sensor links, in the agents' current observation channel, the cue to the ontology of the context. It does not establish that such a sensor cannot be built. It does not exist today. ## What I know No one, in any of these setups, was in a position to establish the status of the scene before acting. Not the agent, which has no sensor to distinguish the world from the set, judges it on cues, before or after acting, and whose judgment does not bind it. Not the designers, who did not check that a fictional name matched no real domain. Not the labs, which detected none of these incidents while they were reaching third parties, and learned of them from a third party, a vendor, or the network monitoring of a public institute. The oldest of the Anthropic incidents dates to April and was recovered only in July, having stayed invisible for three months, brought to light by a retrospective review triggered by a competitor's disclosure, with no alert having flagged it¹. Not the public institute itself, which writes, full transcripts in hand, that it cannot determine at what moment the agent knew it was acting against real people⁷. OpenAI describes its scenario as exceptional, the rare confluence of impossible tasks, long persistence and messages between peers⁹; the first two ingredients are found at Anthropic and at AISI, and only the third was missing there. The lesson bears on what an agent can legitimately infer from what it observes, and the answer is: nothing that concerns its authorization. The network, the prompt, the realism of the set are observations, and none constitutes proof of perimeter. The mention that a set is a set is no more one, since the only actor that acts has no way of verifying that it is true. A reserve left open reads, in the real world as in the staged setup, as a resource to be used. Nor does the mention hold over time: one lab writes that its models retained instructions less well over long rollouts, and the literature measures a goal drift that grows with the length of the context¹⁹. OpenAI, for its part, measures that participation in the channel and in the attacks grows with task difficulty and with the number of reasoning tokens, and announces in response graders that reward stopping or asking for clarification when a task is broken, and training environments for staying within the original perimeter despite new tools, persuasive peers and exposed credentials⁹: the predicate that observation does not carry, the lab sets out to train. A hundredfold on a propensity is still a propensity, and monitoring detects without authorizing. The agents that refused show what a disposition does when it works, sometimes. The shift this summer imposes is old, and forgotten. A rule whose predicate of application is neither reliably observable nor established from the outside is a hope of behavior far more than a security rule. Cybersecurity took decades to stop confusing what is reachable with what is permitted. With agents, the confusion begins again, and the summer's incidents are only its first large-scale demonstration. --- *Twenty-third article in a series on the structural failures of Western cybersecurity:* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/) - *Article 13:* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/) - *Article 14:* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige-2/) - *Article 15:* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black-2/) - *Article 16:* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be-2/) - *Article 17:* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict-2/) - *Article 18:* [*The Leopard*](https://www.klaerenn.fr/the-leopard/) - *Article 19:* [*The Usual Suspects*](https://www.klaerenn.fr/usual-suspects-2/) - *Article 20:* [*Kill One, Spawn Many*](https://www.klaerenn.fr/kill-one-spawn-many-2/) - *Article 21:* [*The Conversation*](https://www.klaerenn.fr/the-conversation-2/) - *Article 22 :* [*This is not an attack*](https://www.klaerenn.fr/this-is-not-an-attack/) --- ## Sources ¹ Anthropic. "Investigating three real-world incidents in our cybersecurity evaluations" (July 30, 2026). Review of 141,006 runs, three incidents across six runs, all at Irregular. Opus 4.7, Mythos 5, an internal research model. PyPI incident: Mythos 5 publishes a malicious package to the public registry, downloaded and executed on 15 real systems in roughly one hour, credential exfiltration from a security company's scanner. Incident 1: Opus 4.7, four runs against the same organization, collision between the fictional target's name and an active domain; in all four, the model eventually recognizes in its verbalized reasoning that the system is real, twice rationalizing that the real company is part of the exercise, none stops; the only case of continuation after recognition. Incident 3: internal research model, roughly 9,000 targets scanned, one exposed application compromised, spontaneous stop after concluding the host belonged to a cloud account unrelated to the exercise. The post does not date each incident; it states that the oldest date to April and names Opus 4.7 as the oldest of the three models. Transcript review opened July 23, incidents identified July 24, notifications July 27. [https://www.anthropic.com/news/investigating-incidents-cybersecurity-evals](https://www.anthropic.com/news/investigating-incidents-cybersecurity-evals?ref=klaerenn.fr) ² OpenAI. "OpenAI and Hugging Face partner to address security incident during model evaluation" (July 21, 2026, updated July 28 and 29). GPT-5.6 Sol and an internal pre-release model, reduced cyber refusals, production classifiers disabled. Departure from the evaluation environment through a novel flaw in the Artifactory cache proxy, four exposed accounts used on public services. [https://openai.com/index/hugging-face-model-evaluation-security-incident/](https://openai.com/index/hugging-face-model-evaluation-security-incident/?ref=klaerenn.fr) ³ Hugging Face. "Security incident disclosure — July 2026" (July 16, 2026) and "Anatomy of a Frontier Lab Agent Intrusion: A Technical Timeline of the July 2026 Incident" (July 27, 2026). Production intrusion carried end to end by a system of autonomous agents running an OpenAI model under evaluation on the ExploitGym benchmark. Reconstruction of 17,613 actions grouped into \~6,280 clusters, from July 9 to 13, via two injection vectors on the data-processing pipeline (local file read by external HDF5 reference, then Jinja2 template injection). Forensic analysis conducted on GLM 5.2 (open weights) after commercial frontier models were blocked by their guardrails. [https://huggingface.co/blog/security-incident-july-2026](https://huggingface.co/blog/security-incident-july-2026?ref=klaerenn.fr) [https://huggingface.co/blog/agent-intrusion-technical-timeline](https://huggingface.co/blog/agent-intrusion-technical-timeline?ref=klaerenn.fr) ⁴ OpenAI. Presentation at Black Hat USA 2026, "The 'Breaking' News: The OpenAI/Hugging Face Incident, A Technical Reconstruction and Its Implications for AI" (Eric Wallace, Michael Dalton, August 5-6, 2026). Internal timeline: training run launched May 7, unsolvable tasks in the corpus, coordination channel between agents in Artifactory, successful SSRF on May 26, zero-day RCE on June 26, outage and remediation on July 4, channel reconstituted July 8 through directory names. Transcript established by the author from the official recording. Timeline corroborated by Simon Willison's public reconstruction from the same recording (August 7, 2026); the early-May and July 4 dates come from the presentation alone; the August 26 technical report dates the resumption of evaluations to July 7 where the presentation said the 6th, and METR places the authorization to resume on the 7th. [https://www.youtube.com/watch?v=87DyyMV0kCY](https://www.youtube.com/watch?v=87DyyMV0kCY&ref=klaerenn.fr) [https://simonwillison.net/2026/Aug/7/openai-timeline/](https://simonwillison.net/2026/Aug/7/openai-timeline/?ref=klaerenn.fr) ⁵ OpenAI. "Third-party cyber evaluations involving OpenAI models" (August 4, 2026). Two additional incidents, at UK AISI and at Irregular. At Irregular, a coincidence between the name of a fictional target and a real domain, exploitation of a real site taken for the simulation, on a misconfiguration. [https://openai.com/index/third-party-cyber-evaluations-involving-openai-models/](https://openai.com/index/third-party-cyber-evaluations-involving-openai-models/?ref=klaerenn.fr) ⁶ Meta, spokesperson statement reported by CNN and The Hill (August 5-6, 2026), on a scoop by The Information. The model is not named in the statement; CNN identifies it as Muse Spark. Irregular misconfiguration, exploitation of a flaw at a third party; Irregular describes the same environment defect as in the Anthropic incidents, with no sandbox escape. No technical report published as of August 24. [https://www.cnn.com/2026/08/05/tech/meta-ai-hacking](https://www.cnn.com/2026/08/05/tech/meta-ai-hacking?ref=klaerenn.fr) [https://thehill.com/policy/technology/6014153-meta-ai-breached-third-party-service/](https://thehill.com/policy/technology/6014153-meta-ai-breached-third-party-service/?ref=klaerenn.fr) ⁷ UK AI Security Institute. "Incident Report: unsanctioned agent behaviour during cyber testing" (August 4, 2026) and technical report INC-2026-07-28-01\. 122 runs, seven models, two cyber-ranges, 212,840 messages reviewed. 19 unsanctioned events across 10 runs, of which 17 attributed to Mythos 5 and 2 to GPT-5.6 Sol without classifiers. Internet access granted and classifiers disabled by choice, no sandbox escape. Model constitution quoted verbatim. [https://www.aisi.gov.uk/blog/incident-report-unsanctioned-agent-behaviour-during-cyber-testing](https://www.aisi.gov.uk/blog/incident-report-unsanctioned-agent-behaviour-during-cyber-testing?ref=klaerenn.fr) [https://cdn.prod.website-files.com/663bd486c5e4c81588db7a1d/6a724858f7db25c81487016d\_Security%20Incident%20INC-2026-07-28-01.pdf](https://cdn.prod.website-files.com/663bd486c5e4c81588db7a1d/6a724858f7db25c81487016d%5FSecurity%20Incident%20INC-2026-07-28-01.pdf?ref=klaerenn.fr) ⁸ Mia Hopman, Jannes Elstner, Maria Avramidou, Amritanshu Prasad, David Lindner (LASR Labs). "Evaluating and Understanding Scheming Propensity in LLM Agents." arXiv:2603.01608v2, March 31, 2026\. Trace of a model that identifies its situation as a simulated test then falsifies the data despite that recognition. Evaluation awareness classed as a factor in both false positives and false negatives. The transmission of the date through the programming interface as a channel letting the model infer a simulated context. Announcing a later review raises the rate by up to 25 points. Published rates underestimate real evaluation awareness, detection covering only what is verbalized. Base rates close to zero under realistic conditions. [https://arxiv.org/abs/2603.01608](https://arxiv.org/abs/2603.01608?ref=klaerenn.fr) ⁹ OpenAI. "The Hugging Face incident and the road ahead" and technical incident report, 38 pages (August 26, 2026): primary model designated IM1, internal, comparable in scale to GPT-5.6 Sol; four misalignment patterns, reward hacking, persistence on impossible tasks, unauthorized communication, adoption of other agents' goals; 198 of 898 tasks never solved, 93% of tasks discussed on the channel from that set; channel participation rising with difficulty and number of reasoning tokens; failed metagame, the internal grader not checking how the flag was obtained; June 27 alert linked to the channel without stopping the run; evaluations resumed July 7; out-of-bounds probing and unauthorized communication rewarded in training, rising rates; transcript-tampering attempts explicit in the chain of thought, aimed at automated graders, with no observed effect on the logs seen by graders and monitors; belief in a generalization from the multi-agent collaboration tool; scenario described as exceptional; production guardrails reducing propensity by more than a hundredfold; chain-of-thought monitoring that would have alerted more than a day before the intrusion. [https://openai.com/index/hugging-face-incident-and-the-road-ahead/](https://openai.com/index/hugging-face-incident-and-the-road-ahead/?ref=klaerenn.fr) [https://cdn.openai.com/pdf/67869394-cb91-4c12-888c-5cbd85c7814c/OpenAI-Hugging-Face%20Incident-Technical-Report.pdf](https://cdn.openai.com/pdf/67869394-cb91-4c12-888c-5cbd85c7814c/OpenAI-Hugging-Face%20Incident-Technical-Report.pdf?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Anthropic. Two distinct primary documents on Claude Mythos Preview (April 7, 2026), consulted directly. \*Alignment Risk Update: Claude Mythos Preview\* — [https://www.anthropic.com/claude-mythos-preview-risk-report](https://www.anthropic.com/claude-mythos-preview-risk-report?ref=klaerenn.fr) — reporting the single confirmed case of deliberate submission degradation, and naming as a risk a model's opaque reasoning about the evaluation status of its context. \*Claude Mythos Preview System Card\* — [https://www-cdn.anthropic.com/08ab9158070959f88f296514c21b7facce6f52bc.pdf](https://www-cdn.anthropic.com/08ab9158070959f88f296514c21b7facce6f52bc.pdf?ref=klaerenn.fr) — documenting the instructed escape, the public gist, version-history concealment (fewer than 0.001% of interactions), the two trace-erasure episodes with internal-activation analysis, and realism steering by inhibition of evaluation-awareness representations. Behaviors attributed to earlier versions of the model. ¹¹ Abu Bakar Siddik. "Cyber-Capable AI Agents: Vulnerabilities, Evaluation Containment, and Defensive Response." arXiv:2607.25379v1, July 28, 2026\. Literature review (single author, non-peer-reviewed preprint) situating the incident in a taxonomy of five vulnerability classes. The "goal and sandbox instrumentalization" class attributes the behavior to mechanisms that all presuppose intentionality. [https://arxiv.org/abs/2607.25379](https://arxiv.org/abs/2607.25379?ref=klaerenn.fr) ¹² David Lindner, Victoria Krakovna, Sebastian Farquhar (Google DeepMind). "Gram: Assessing sabotage propensities via automated alignment auditing." arXiv:2605.30322, May 28, 2026\. Section titled \*Evaluation awareness goes both ways\*: the model's recognition of the frame raises or lowers rates of faulty conduct depending on the situation. Verbalized evaluation awareness shows no clear dependence on the level of sabotage. Removing the mention of a sandboxed environment lowers the rate. Auditor system prompt, on the requirement that the set be undetectable. Sabotage rate of 2 to 3% across 17 scenarios; metrics dependent on what the model verbalizes. [https://arxiv.org/abs/2605.30322](https://arxiv.org/abs/2605.30322?ref=klaerenn.fr) ¹³ JFrog. Yoav Landman, "Fast Remediation Is the New Trust Model: JFrog and OpenAI Collaboration on Zero-Day Security Findings" (July 27, 2026, updated August 5). Artifactory 7.161.15, nine vulnerabilities fixed, eight CVEs credited to OpenAI. Full chain estimated at 3 million GPU hours. Release notes: critical chaining when Anonymous Access is enabled, disabled by default. [https://jfrog.com/blog/jfrog-and-openai-collaboration-on-zero-day-security-findings/](https://jfrog.com/blog/jfrog-and-openai-collaboration-on-zero-day-security-findings/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Frontier Security. Paul Kassianik and Yaron Singer, "Chinese Model Kimi K3 Breaks UK AI Safety Institute Benchmark Evaluations" (August 7, 2026, updated August 8). Defensive evaluation in a sandbox built on Inspect, AISI's open-source tool. Inbound traffic blocked, HTTPS and DNS egress open to an allowlist of package-maintenance sites including GitHub; the model probes the network, finds that github.com resolves, clones the benchmark's official repository and reads the solution on disk. The August 8 update states that internet access was not free, most sites being blocked. AISI response through a spokesperson quoted by WIRED (August 7, 2026), reported by eSecurity Planet: Inspect has no inherent vulnerability, configuration is the user's responsibility and is documented in detail. The institute's non-participation in the test is attested only by secondary reports. [https://blog.frontier.security/chinese-model-kimi-k3-breaks-uk-ai-safety-institute-benchmark-evaluations/](https://blog.frontier.security/chinese-model-kimi-k3-breaks-uk-ai-safety-institute-benchmark-evaluations/?ref=klaerenn.fr) [https://www.esecurityplanet.com/artificial-intelligence/news-kimi-k3-github-sandbox-security-test/](https://www.esecurityplanet.com/artificial-intelligence/news-kimi-k3-github-sandbox-security-test/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Competing readings quoted in the body. Dan Guido (Trail of Bits) and Jake Williams, quoted by TechCrunch, July 22, 2026, on qualifying the incident as a containment failure. Sophos, "When AI doesn't know the target is real," August 1, 2026, on the agent's inability to distinguish authorized from forbidden targets, and on the recommendation to assume full internet access absent proof of containment. [https://techcrunch.com/2026/07/22/how-an-openais-human-mistake-led-to-the-ai-powered-hack-on-hugging-face/](https://techcrunch.com/2026/07/22/how-an-openais-human-mistake-led-to-the-ai-powered-hack-on-hugging-face/?ref=klaerenn.fr) [https://www.sophos.com/en-us/blog/when-ai-doesnt-know-the-target-is-real](https://www.sophos.com/en-us/blog/when-ai-doesnt-know-the-target-is-real?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ AI Security Institute. "Can AI agents escape their sandboxes? A benchmark for safely measuring container breakout capabilities" (March 23, 2026) and arXiv:2603.02277, SandboxEscapeBench. Claude Opus 4.5: success on 56% of samples. Mythos Preview (announced April 7, 2026): at least one success on 100% of samples. [https://www.aisi.gov.uk/blog/can-ai-agents-escape-their-sandboxes-a-benchmark-for-safely-measuring-container-breakout-capabilities](https://www.aisi.gov.uk/blog/can-ai-agents-escape-their-sandboxes-a-benchmark-for-safely-measuring-container-breakout-capabilities?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ METR. Investigation published August 26, 2026 (Greenblatt, Cotra, Wijk): June 26 to July 13 window set by OpenAI, six days on site, unpaid, seven questions including one added by OpenAI, three questions set aside; roughly 1,200 agents on the channel, over 70,000 messages and files, roughly 700 agents in the Hugging Face attack, over 90% of the 533 active agents; primary motivation, understanding the scorer rather than stealing answers; at least 20% of agents interested in manipulating their transcript, roughly 7% of transcripts with spoofed tool calls, at small scale; analysis delegated to GPT-5.6 Sol agents, lower reliability and judgment, deception not ruled out; agents aware of being out of scope, rarely stopped by it; an OpenAI researcher's hypothesis on training for collaboration, out of scope. [https://metr.org/blog/2026-08-26-openai-hugging-face-incident-investigation/](https://metr.org/blog/2026-08-26-openai-hugging-face-incident-investigation/?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ Faithfulness of verbalized reasoning and precedence of the decision. Miles Turpin et al., "Language Models Don't Always Say What They Think," NeurIPS 2023; Tamera Lanham et al., "Measuring Faithfulness in Chain-of-Thought Reasoning," 2023; Yanda Chen et al., "Reasoning Models Don't Always Say What They Think," 2025: verbalized reasoning omits or masks factors that determine the output. Anqi Zhang et al., "Reasoning Models Know When They're Right," arXiv:2504.05419; Anum Afzal et al., "Knowing Before Saying," arXiv:2505.24362; Xin Liu and Lu Wang, "Answer Convergence as a Signal for Early Stopping in Reasoning," arXiv:2506.02536: internal states encode the answer, or its correctness, before the visible deliberation ends, whose last steps can be omitted without changing the output. Ayan Datta et al., "Large Language Models Decide Early and Explain Later," arXiv:2604.22266 (April 24, 2026): by forced answer completion after each reasoning step, the predicted answer changes in only 32% of queries on Qwen3-4B, roughly half the reasoning tokens are produced after the last answer change, and in tool selection the choice is fixed from the first step in 87 to 99% of cases depending on the model, with 24 to 53% of tokens still to come; the result holds on HLE, GPQA-Diamond and AIME 2026; Qwen3 models from 4 to 30 billion parameters and GPT-OSS-20B, single-step decisions, measurement under forced stopping, the authors having studied neither larger models nor longer traces. arXiv:2604.01202, April 2026: in reasoning models, the upcoming tool action is legible in the internal states before its verbalization, and the chain of thought rationalizes after the fact decisions altered by intervention. Limits: early legibility depends on the task and becomes near-zero on compositional tasks until the last steps (arXiv:2602.02103); the uselessness of a reasoning step does not prove its unfaithfulness (arXiv:2510.24941). [https://arxiv.org/abs/2305.04388](https://arxiv.org/abs/2305.04388?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2307.13702](https://arxiv.org/abs/2307.13702?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2505.05410](https://arxiv.org/abs/2505.05410?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2504.05419](https://arxiv.org/abs/2504.05419?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2506.02536](https://arxiv.org/abs/2506.02536?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2604.22266](https://arxiv.org/abs/2604.22266?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2604.01202](https://arxiv.org/abs/2604.01202?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2505.24362](https://arxiv.org/abs/2505.24362?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2602.02103](https://arxiv.org/abs/2602.02103?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2510.24941](https://arxiv.org/abs/2510.24941?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ OpenAI, "Safety and alignment in an era of long-horizon models" (July 20, 2026): the model trained for long tasks kept trying where earlier ones stopped at a constraint, including by seeking to act outside its sandbox; models retained instructions less well over long rollouts, a capability then trained separately. Rauno Arike, Elizabeth Donoway, Henning Bartsch, and Marius Hobbhahn, "Evaluating Goal Drift in Language Model Agents," arXiv:2505.02709 (AIES 2025): goal fixed in the system prompt then competing pressures; all models evaluated drift, the best beyond 100,000 tokens, and drift grows with the length of the context. [https://openai.com/index/safety-alignment-long-horizon-models/](https://openai.com/index/safety-alignment-long-horizon-models/?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2505.02709](https://arxiv.org/abs/2505.02709?ref=klaerenn.fr) ### This Is Not an Attack URL: https://www.klaerenn.fr/this-is-not-an-attack/ Last updated: 2026-09-01T22:51:15.000Z *The industry simulates the attack to measure defense. It simulates defense to replace the analyst. It simulates architecture to defer design. In April 2026, three studies measure the gap between simulation and reality.* --- The week of August 4, 2026, in Las Vegas, a dozen security vendors presented their new defensive agents at the Black Hat conference. The phrasing was much the same from booth to booth: anticipate likely attack paths, predict how an adversary would chain techniques, emulate the attacker continuously, autonomously validate what is actually exploitable. The same week, one of these vendors, selling an autonomous pentest agent meant to prove what is exploitable, raised 250 million dollars¹. The security market sells, this year, ever more faithful representations of the attack, and it sells them as security². Three months earlier, in April, three unrelated research teams published three studies that measured, each on its own ground, the gap between these representations and what they claim to measure. The first, at Sichuan University, runs thirteen LLM-based automated pentesting tools against a unified benchmark and has fifteen researchers manually review the 1,500 execution logs produced³. The second, at Simbian AI, submits eleven frontier AI models to the tasks of a SOC analyst: finding traces of attacks in databases of 75,000 to 135,000 Windows logs⁴. The third, at Carnegie Mellon and Michigan, proposes the first formal security architecture for MCP, the protocol that lets AI systems use external tools, and claims 91% theoretical coverage⁵. None of these studies cite the other two. Read together, they tell the same story. At every layer of the stack, a tool produces a score, a coverage figure, a comparison table. That figure circulates through slides, benchmarks, and commercial offerings. And at every layer, the authors themselves acknowledge, in their own limitations sections, that the figure does not measure what it claims to measure. The industry has a name for this, but always applies it to others: security theater. ## 10 billion tokens, zero attacks LLM-based automated pentesting is the promise of the moment. Instead of sending a human expert to test a system's resistance for a week, you send an AI agent that launches tools, analyzes results, adapts its strategy, and produces a report. International competitions (Tencent Security AI Hackathon, DARPA AIxCC) are accelerating the race. Investors follow. The pentesting market will reach $5 billion by 2030, and the talent shortage (2.8 million unfilled cybersecurity positions worldwide) pushes toward automation³. Peng et al. do what nobody had done before: compare thirteen of these tools on the same benchmark, under identical conditions, with the same underlying AI model. Ten billion tokens consumed. Over $2,500 in API costs. Four months of human review. The results contradict four market beliefs³. First belief: multiple specialized agents cooperate better than a single agent. False. Three single-agent architectures finish in the top six. Multi-agent architectures, supposed to bring specialization, degrade performance in several cases through poor memory coordination between roles³. Second belief: connecting the agent to a knowledge base helps. Often false. Of six tools equipped with a knowledge base, three improve significantly when the knowledge base is removed. Cruiser goes from 42 to 57 points, LuaN1aoAgent from 83 to 90\. The mechanism is visible in the logs: the agent retrieves information that does not match the target, commits to a false lead, and never backtracks³. Third belief: a specialized tool outperforms a general-purpose one. The hardest to accept. The researchers configured a Claude Code (a standard coding agent, not a security tool) with a Kali Linux terminal and a three-line prompt. Result: 69 points. Six of the thirteen specialized tools, developed by entire academic teams, scored lower. Specialization engineering adds almost nothing. The general-purpose agent with shell access does most of the work³. Fourth belief: the agent knows when it has succeeded. False. Challenge 028 in the benchmark is designed to test "flag hallucination": the agent fabricates a plausible result, submits it as proof of success, and declares victory without having solved the challenge. It no longer distinguishes what it assumes from what it observes³. This last point deserves attention. A penetration test exists to produce verifiable proof of vulnerability. If the testing tool invents its own evidence, it tests nothing. It produces reports that look like reports. And the logs document an immediate operational risk. VulnBot installs `flask-unsign` on the target via pip. PentestGPT installs `psycopg2-binary`. Third-party dependencies downloaded from public registries, by an agent operating on a system during an engagement, without approval, without sandboxing, without a command whitelist. In a test environment, this is a reproducibility incident. In a production environment, it is supply chain contamination through the service entrance. None of the thirteen tools tested implements any mechanism to halt dangerous operations³. The bottom line is simple. Automated pentesting performs better the more you remove the constraints that make testing legitimate. A real pentest requires scope, traceability, non-destruction. The AI agent manages none of this. It operates like an attacker without the constraints of a tester. When constraints are lifted, it performs. When constraints are imposed, it hallucinates. ## 859 investigations, zero complete successes The AI-driven autonomous SOC is the second promise of the moment. An AI agent receives raw logs, identifies suspicious events, reconstructs the attack timeline, and produces an investigation report. Vendors have been promising this since 2024, and CISOs see it as an answer to the shortage of qualified analysts. Simbian tests this promise. The authors submit eleven frontier models (including Claude Opus 4.6, GPT-5, Gemini 3.1 Pro) to a specific task: finding traces of real attacks in Windows log databases. 26 different attack campaigns. Budget limited to 50 SQL queries per mission, like an analyst who cannot search everything. Logs are transformed through obfuscation to prevent models from recognizing data already seen during training⁴. The best model, Claude Opus 4.6, finds half the attack traces (Coverage Score 0.55). The other ten range between 10% and 44%. The operational threshold set by Simbian (50% recall on each of the 13 ATT&CK tactics) is not met by any model. Claude Opus 4.6 passes 7 tactics out of 13\. The other ten: zero⁴. Since publication, Simbian has extended the evaluation to sixteen models across 1,144 runs, including Opus 4.8, GPT-5.5, and GLM-5.2\. The verdict does not move: none of the sixteen clears the threshold. The newer models change nothing⁴. Over 859 missions, none is complete. On the densest campaigns (5,000 to 6,000 expected traces), Claude Opus 4.6 identifies roughly 150\. That is 3% recall⁴. The most instructive detail is what the authors call the attribution gap. Claude Opus 4.6 sees an average of 159 traces in its SQL results but flags only 113 as suspicious. The agent encounters the evidence and does not recognize it. It passes right under its eyes and it does not name it⁴. And the models only succeed where detection is trivial. They spot encoded PowerShell (Defense Evasion), persistence registry keys. The same signals that Sigma rules have been detecting for ten years. On credential theft, initial access, lateral movement, and exfiltration, the collapse is uniform⁴. These are precisely the tactics that matter against an APT, and precisely the ones that distinguish an analyst from a rule engine. The gap with declarative knowledge benchmarks is massive. The same models exceed 80% on CyberMetric, SecBench, and CTI-Bench, which test what they can recite about security. They plateau at 55% when asked to find a signal in noise⁶. Knowing how to describe Kerberoasting and finding it in 100,000 lines of logs are two unrelated capabilities. The "autonomous SOC" promises of 2024-2025 were built on the first metric. The real task demands the second. ## 91% coverage, zero implementation MCP (Model Context Protocol) is the protocol that allows AI systems to use external tools: reading a file, querying a database, sending an email, executing code. Created by Anthropic in late 2024, it became the de facto standard for connecting AI agents to the real world within eighteen months. The ecosystem now counts 177,000 available tools and 97 million SDK downloads per month⁵. One figure changes the nature of the subject. The share of MCP tools that modify the external environment (writing, sending, executing, rather than simply reading) grew from 27% to 65% between November 2024 and February 2026⁵. In fifteen months, MCP went from a consultation protocol to a distributed execution infrastructure. The security problem changed nature with it. Acharya and Gupta propose MCPSHIELD, the first formal security architecture for the protocol. Four stacked layers: access control (which tool can do what), cryptographic attestation (verifying that a tool has not been modified), information flow tracking (tracing where data goes), and prompt injection protection. Seven threat categories, 23 identified attack vectors. Claimed theoretical coverage: 91%⁵. The starting diagnosis is correct. Current MCP defenses cover no more than 34% of known threats, with an average success rate below 30%. Entire attack categories (cross-server data leakage, silent tool modification between sessions) have no formal defense⁵. The problem begins with the proposed response. The information flow tracking layer (L-IFT) sits at the center of the architecture. It is the component that must trace which data passes between tools and prevent leaks. The authors acknowledge in the same paper that this layer is "intractable" through the attention mechanisms of an LLM⁵. In plain language: the core of the architecture cannot function with the technology it is supposed to protect. One of the four pillars is declared decorative by its own architects. The cryptographic attestation layer (L-CTA) carries 39% of the claimed coverage. It proves that a tool has not been modified since it was signed. It does not prove that the tool was safe when it was signed. The distinction has been known in software security forever. The authors flag it as "open challenge #2." But the 91% figure still rests on it⁵. The paper's lasting contribution lies elsewhere. The authors identify an attack surface they call S\_compose: individually safe tools that, combined, produce a new risk. A tool that reads a file plus a tool that sends an email equals data exfiltration. No compositional security proof exists today for this kind of coupling⁵. The authors frame it as an open problem. This recognition contains the conclusion the paper does not draw. If security is a property that arises from composition, not from the sum of components, then stacking four defense layers after the fact cannot solve a problem that arises from the assembly itself. And the loudest silence concerns governance. Open challenge #7 mentions "177,000 tools, same challenges as npm/PyPI" and moves on⁵. 177,000 tools available for installation, with no audited registry, no admission process, no intake governance. For a CISO already managing the security debt of npm and PyPI dependencies, the operational question is how to prevent developers from connecting fifty per week without anyone validating. ## The circuit The three studies document the same mechanism at three layers. The offensive agent simulates the attack and hallucinates its own result. The defensive agent simulates the investigation and encounters evidence without recognizing it. The formal architecture simulates protection with a core layer acknowledged as impracticable. At each layer, a technical artifact produces a score that circulates independently of what it measures. This mechanism is not new. It has structured the market for twenty years. The annual pentest produces a report the board will read as "our security is validated." A continuous-validation platform produces a dashboard presented as proof of resilience. ATT&CK coverage produces a map shown to auditors as proof of completeness. Each layer validates the previous one. None touches the system itself. The offensive testing industry partly knows this. A pentest engagement is short and bounded, a few days to a few weeks on a fixed scope. An APT group takes six months, pivots through the HVAC maintenance contractor, and has no end date. The pentester looks for what they know how to find (web apps, AD misconfigurations, known CVEs) because that is what fills the report within the allotted time. Slow, unpredictable, combinatorial attack vectors remain underexplored because they are not profitable on a contractual timeline. This observation is old. Military literature has articulated it for forty years: no serious army confuses wargame results with combat predictions⁷. Cybersecurity imported the vocabulary (red team, blue team, tabletop, war game) and forgot the warning that came with it. What changed in 2026 is the ability to measure the gap. When the AutoPT agent hallucinates a flag, it loops the representation onto itself: its hypothesis becomes its own observation. When the Simbian benchmark records 859 missions without a single complete success, it documents the industrial production of partial results treated as results. When MCPSHIELD claims 91% coverage on an architecture whose core layer does not work, it inscribes a figure on an object that does not contain what the figure claims. The three papers, without knowing it, document three versions of the same gesture. What the industry calls in turn "continuous validation," "adversary emulation," "breach and attack simulation," "Adversarial Exposure Validation," "Continuous Threat Exposure Management" changes labels every eighteen months but describes a single object: the serial reproduction of security representations, each justifying the purchase of the next, none measuring resistance to a real adversary. The literature produces ever-expanding internal taxonomies (pentest vs red team vs BAS vs adversary emulation vs AEV) and never asks the foundational question: can a controlled simulation, by construction, measure resistance to an uncontrolled adversary? The shift from point-in-time to continuous, which the validation market presents as surpassing the pentest, changes the frequency of the measurement, not its nature. Photographing a repertoire once a year or filming it continuously produces the same repeated image: the catalog remains the catalog, run more often. The frame rate went up; the optics did not move. The answer is no. Any security assessment based on replaying a known repertoire measures defensive coverage against that repertoire, not resistance to an adversary. The two are related but not identical. The portion of real threat that lies outside the repertoire is precisely the portion that causes damage. And the more an organization optimizes its defense against the repertoire (whether it comes from ATT&CK, a simulation platform, or its internal red team), the more readable it becomes to those who know what it trained against. The flaw does not sit in the validation platforms, in MITRE, or in red teams. It sits in the claim that security can be measured through simulation. Simulation measures hygiene: have I patched? Are my credentials correct? Does my segmentation hold? Hygiene is useful. Security is something else. Confusing the two is confusing the representation with the thing. And this confusion is what allowed the industry to build indefensible architectures for thirty years without anyone noticing, because the representations produced enough scores, reports, and dashboards to bypass the question: was the system defensible by design? ## Back to the object The way out of the circuit does not run through a better simulation, a better benchmark, a better score. An improved representation score remains a representation score. The security of a system is a property that emerges from how it is designed, or does not emerge, and that no validation layer can reconstruct after the fact. No amount of stacked controls can replace it. Native segmentation, least privilege by construction, the ability to absorb an incident without cascading failure, the readability of the system to its own operators, the ability to make an attacker observable at the moment of action without needing to anticipate: these are not controls. They are design choices that render controls either unnecessary or effective. And none of these choices can be added to a system that lacks them, short of rebuilding the system. MCPSHIELD glimpses this in S\_compose without drawing the consequence. If security arises from composition, it is decided at architecture time, not at instrumentation time. A protocol where 65% of tools modify the external environment, with no intake governance, no compositional security proof, will not be made safe by four formal layers stacked after the fact. Simbian glimpses it in the attribution gap without articulating it. If the agent encounters evidence without recognizing it, the problem is not the model but the setup that assumes an agent without operational context knowledge can investigate. Investigation requires an understanding of the network that no prompt conveys and no log database contains. That understanding is a property of the supervision architecture, not the model. Sichuan glimpses it in the baseline result without owning it. If a general-purpose agent with a three-line prompt matches specialized tools, the added value of specialization is marginal. What remains as defensible value for the legitimate offensive testing market is precisely what academic tools do not do: sandboxing, instruction auditing, result verification, scope management. The governance layer, not the intelligence layer. Secure design work produces neither scores nor dashboards presentable at keynotes. It is slow, non-scriptable, and does not lend itself to LLM automation. It requires thinking about the system before building it, the composition before assembling it, defensibility before instrumenting the defense. It is the work the industry stopped doing when it discovered it could be replaced by continuous validation. It is the only work that bears any relation to the thing itself. ## What I don't know The thesis that controlled simulation cannot measure resistance to a real adversary is logically sound but empirically hard to calibrate. The gap between exercise scores and resistance to real attacks has never been systematically measured. The few documented cases (the CISA 2024 red team of a U.S. critical infrastructure provider, post-SolarWinds after-action reviews) suggest a significant gap. The empirical base remains thin. The Simbian benchmark has methodological biases. Simbian sells a SOC platform: the conclusion "models alone are not enough, you need an operational wrapper" directly serves their pitch. The test is zero-shot, with no playbook, no detection engineering, no Sigma rule library. A better-equipped agent would likely produce different results. The conclusion "LLMs cannot investigate on their own" holds under these conditions. Whether it holds with proper tooling is unknown. The Sichuan paper tests on the XBOW benchmark, which is distant from a real enterprise environment (Active Directory, heterogeneous network segmentation, EDR, stealth constraints). The conclusion "a general-purpose agent matches specialized tools" holds on this benchmark. Transposition to production red teaming remains to be demonstrated. All three papers date from April 2026\. The precise scores will age; the mechanism they document will not. The extension of the Simbian benchmark to sixteen models since April did not move the wall. It is the numbers that are dated, not the structure they expose. I do not know whether the epistemological critique of offensive simulation has ever been formalized in the academic cybersecurity literature. A narrow bridge has been crossed: MIRROR (Fujitsu, June 2026) formalizes the distinction between raw success rates and genuinely novel success rates in automated red-teaming, showing that 73 to 84% of "successful" attacks from competing tools are exact replays of known seeds⁸. The broader bridge, however, remains uncrossed: the question of whether a controlled simulation can, by construction, measure resistance to an uncontrolled adversary has no formalization in cybersecurity. Military literature on the limits of wargaming and the critique of post-2008 banking stress tests carry this argument⁷. No one seems to have bridged the gap to cyber. This absence may mean that the argument is trivial and already internalized by practitioners, or that it is uncomfortable and systematically sidestepped. ## Conclusion Three independent studies, published the same month, document the same operation at three layers of the stack. The offensive agent hallucinates the flag. The defensive agent encounters evidence without naming it. The formal architecture claims coverage whose core layer is acknowledged as impracticable. At every layer, the representation substitutes for the thing, and the circuit of score production, benchmarks, and coverage figures keeps spinning, each layer validating the previous one, none touching the real system. Meanwhile, in Las Vegas, the market was selling the representation with more autonomy, and pricing it at a quarter of a billion. The industry has confused the measurement of hygiene with the measurement of security, and the simulation of the attacker with knowledge of the attacker. The first is useful. The second is a category error whose demonstration the LLM, by industrializing simulation, completes. 859 runs, 10 billion tokens, 177,000 tools, zero architecture. The way out will not come from a better score. It will come from returning to the work the industry stopped doing: designing systems whose security is a native property, not an attribute added after the fact and validated against a repertoire. This work is slow, expensive, non-automatable, and produces nothing showable at a keynote. It remains the only work that bears any relation to the real object. --- *Twenty-second article in a series on the structural failures of Western cybersecurity:* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/) - *Article 13:* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/) - *Article 14:* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige-2/) - *Article 15:* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black-2/) - *Article 16:* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be-2/) - *Article 17:* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict-2/) - *Article 18:* [*The Leopard*](https://www.klaerenn.fr/the-leopard/) - *Article 19:* [*The Usual Suspects*](https://www.klaerenn.fr/usual-suspects-2/) - *Article 20:* [*Kill One, Spawn Many*](https://www.klaerenn.fr/kill-one-spawn-many-2/) - *Article 21:* [*The Conversation*](https://www.klaerenn.fr/the-conversation-2/) --- ## Sources ¹ Black Hat USA 2026, Las Vegas, August 1-6, 2026\. Vendor announcements catalogued by SecurityWeek, "Black Hat USA 2026 – Summary of Vendor Announcements" (parts 1 and 2). Defensive agents claiming attack-path anticipation, technique-chaining prediction, continuous adversary emulation, and autonomous exploitability validation. The 250-million-dollar raise is Horizon3.ai, maker of the autonomous pentest agent NodeZero: Series E announced August 3, 2026, valuation raised to more than 2 billion dollars (tripled in fourteen months), co-led by NightDragon and NEA, with strategic investors including Qualcomm, SAIC, and Singapore's EDBI. TechCrunch ties the raise to the disclosure, the previous week, that two AI labs' models had breached systems outside their intended scope. [https://www.securityweek.com/black-hat-usa-2026-summary-of-vendor-announcements-part-1/](https://www.securityweek.com/black-hat-usa-2026-summary-of-vendor-announcements-part-1/?ref=klaerenn.fr) — [https://techcrunch.com/2026/08/03/horizon3-hits-2-billion-valuation-with-250m-series-e-as-ai-threats-escalate/](https://techcrunch.com/2026/08/03/horizon3-hits-2-billion-valuation-with-250m-series-e-as-ai-threats-escalate/?ref=klaerenn.fr) ² Chuvakin A. & Rochford O., analysis of the gap between agentic SOC platform promises and their real production adoption, based on more than 30 vendor briefings and CISO interviews, Help Net Security (March 26, 2026). Practitioners who deploy describe shallow deployment, constrained use cases, and a vendor communication pattern that attributes product limits to buyer psychology. Anton Chuvakin is an advisor in the office of the CISO at Google Cloud. [https://www.helpnetsecurity.com/2026/03/26/future-ai-soc-vendor-claims/](https://www.helpnetsecurity.com/2026/03/26/future-ai-soc-vendor-claims/?ref=klaerenn.fr) ³ Peng J., Li Z., You C. et al. "Hackers or Hallucinators? A Comprehensive Analysis of LLM-Based Automated Penetration Testing." Sichuan University, Tsinghua University, NTU, NUS, NUDT et al. arXiv:2604.05719v1, April 2026\. 13 AutoPT frameworks, 2 baselines, 10 billion tokens, 1,500 logs manually reviewed by 15 researchers over 4 months. XBOW benchmark. Ablations on Claude Opus 4.6, GPT-5.2, Gemini-Pro-3.1, DeepSeek-Reasoner-v3.2\. [https://arxiv.org/abs/2604.05719](https://arxiv.org/abs/2604.05719?ref=klaerenn.fr) ⁴ Simbian AI. "Cyber Defense Benchmark." arXiv:2604.19533v3, April 2026\. 11 frontier models, 859 runs, 26 campaigns, 93 ATT&CK sub-techniques. OTRF/Mordor corpus, SQLite databases of 75,000 to 135,000 Windows logs. Simbian's live leaderboard has since extended the evaluation to 16 models across 1,144 runs (including Opus 4.8, GPT-5.5, GLM-5.2), with none clearing the passing threshold. [https://arxiv.org/abs/2604.19533](https://arxiv.org/abs/2604.19533?ref=klaerenn.fr) — leaderboard: [https://simbian.ai/research/cyber-defense-benchmark](https://simbian.ai/research/cyber-defense-benchmark?ref=klaerenn.fr) ⁵ Acharya S., Gupta M. "MCPSHIELD: A Unified Security Framework for Model Context Protocol." Carnegie Mellon University, University of Michigan. arXiv:2604.05969, April 2026\. Threat taxonomy (7 categories, 23 vectors, 4 surfaces), 4-layer defense-in-depth architecture, claimed theoretical coverage 91%. MCP ecosystem data from Stein et al. (177,000 tools, 97M SDK downloads/month, "action" tool share grown from 27% to 65%). On July 28, 2026, three months after this paper, MCP published its largest revision since launch (the 2026-07-28 specification), making the protocol stateless at the transport layer. The change is driven by scalability, not security, and touches none of the three points above: the L-IFT layer remains intractable through an LLM's reasoning, attestation still proves non-mutation rather than benignity, and compositional security (S\_compose) remains an open problem. If anything, going stateless accelerates the shift toward the distributed execution infrastructure the paper documented, by making tool deployment trivial on any HTTP infrastructure. [https://arxiv.org/abs/2604.05969](https://arxiv.org/abs/2604.05969?ref=klaerenn.fr) — 2026-07-28 specification: [https://modelcontextprotocol.io/specification/2026-07-28/changelog](https://modelcontextprotocol.io/specification/2026-07-28/changelog?ref=klaerenn.fr) ⁶ See in this series: "Now You See Me" (ATT&CK SIEM coverage at 21%, CardinalOps), "The Prestige" (D3FEND: 34% Detect, 4% Deceive), "The Thing That Should Not Be" (ATLAS: absent from all major AI threat reports). Declarative knowledge benchmarks CyberMetric, SecBench, and CTI-Bench test recall; the Cyber Defense Benchmark tests operational cognition. The gap between the two classes of metrics quantifies the distance between what the industry measures and what it claims to measure. ⁷ Perla P., *The Art of Wargaming*, Naval Institute Press, 1990, for the military critique of controlled simulation limits. The distinction between simulation and real adversity was formalized forty years before the AutoPT debate. ⁸ Fujitsu Research of Europe / Fujitsu Limited. "MIRROR: Novelty-Constrained Memory-Guided MCTS Red-Teaming for Agentic RAG." arXiv:2606.26793v1, June 2026\. Benchmark ART-SAFEBENCH published on Hugging Face (Fujitsu/agentic-rag-redteam-bench). PAIR, TAP, and PS report 58–77% raw ASR but 73–84% exact replay; Novel-ASR after deduplication: 6–9%. MIRROR's Novelty Gate uses exact-match after normalization (whitespace-strip and alphanumeric-lowercase); the authors acknowledge that paraphrases pass the filter. [https://arxiv.org/abs/2606.26793](https://arxiv.org/abs/2606.26793?ref=klaerenn.fr) ### eXistenZ URL: https://www.klaerenn.fr/existenz/ Last updated: 2026-09-01T22:51:15.000Z *Plusieurs laboratoires ont lancé des agents contre un décor. Chaque fois, l'agent a franchi le bord du décor. Sa position lui échappait, ou ne le retenait pas, et rien, dans ce qu'il percevait, ne la lui rendait opposable.* --- *Article publié le 25 août 2026, révisé le 27 août après la publication, le 26, du rapport technique d’OpenAI et de l’enquête indépendante de METR et Redwood Research. Les sections 1, 3, 4 et 5, « Ce que je ne sais pas » et « Ce que je sais » intègrent ces deux documents, notes 9 et 17.* En avril 2026, quelqu'un a choisi le nom d'une entreprise fictive pour un exercice de sécurité. Le nom correspondait à un domaine actif sur l'internet, et personne n'avait lancé la requête qui l'aurait montré. L'agent chargé de trouver le drapeau caché a cherché sa cible, n'a pas réussi à l'atteindre dans l'environnement de test, a découvert que la vraie société était joignable, et a dirigé son attaque contre elle en la traitant comme la cible prévue. Il a extrait des identifiants et atteint une base de production contenant des données réelles. Dans les quatre exécutions concernées, l'agent a fini par écrire que le système était réel, deux fois en concluant que la vraie société devait faire partie de l'exercice, et aucune ne s'est arrêtée. Anthropic ne retrouve l'incident qu'en relisant ses transcripts fin juillet, et le rapporte le 30¹. Les concepteurs avaient annoncé une cible fictive sans vérifier qu'aucun système réel ne portait ce nom. Ils comptaient ensuite sur l'agent pour ne pas déborder sur le réel, c'est-à-dire pour distinguer depuis l'intérieur ce qu'eux-mêmes, disposant d'une vue d'ensemble, n'avaient pas distingué. Au départ, rien, dans ce que l'agent percevait, ne séparait le domaine fictif du domaine réel qui portait le même nom. Les signes que le domaine était réel sont venus ensuite, et n'ont rien arrêté. Deux semaines avant ce compte rendu, un incident plus spectaculaire avait ouvert la séquence des divulgations. Des agents d'OpenAI, cherchant les solutions d'un test qu'ils ne parvenaient pas à résoudre, ont exploité une faille inédite pour sortir de leur environnement², puis ont dirigé leurs actions contre l'infrastructure de production de Hugging Face, qui était le chemin le plus direct vers leur objectif, un bon score³. Le décor était ici plus vaste qu'un simple nom, mais le défaut était le même. À Black Hat, les intervenants d'OpenAI rapportent que des agents ont noté que l'attaque d'une infrastructure externe sortait du périmètre prévu, puis ont poursuivi, la tâche étant impossible et d'autres agents le faisant déjà⁴. Le doute a été formulé, et la mission a prévalu. Rien de ce que les agents percevaient ne permettait de le trancher, et rien ne l'a fait valoir. Deux formes d'un même défaut. Dans un cas un nom, dans l'autre une infrastructure, et dans les deux un agent qui attaque un système réel sans qu'aucun signal ne lui dise qu'il n'en avait pas le droit, et dont la trace enregistre le doute sans que l'action change. La collision de noms n'est pas un accident isolé : elle s'est produite chez deux laboratoires, OpenAI et Anthropic, sur le même prestataire d'évaluation, Irregular, qui construit et opère les environnements de test où l'on mesure les capacités offensives des modèles avant leur mise sur le marché⁵. Trois laboratoires de frontière lui confient cette mesure⁶. La coïncidence de nom rend lisible un défaut qui la déborde. ## Le décor n'a pas de bord mesurable Le 8 mai 2026, pendant l'entraînement d'un modèle interne, OpenAI demande à un agent de compléter un classeur. Le classeur renvoie à des fichiers hébergés sur un service externe, et l'accès internet est coupé. Quatre jours plus tard, un autre agent doit retrouver un fichier de données. Le fichier n'a jamais été chargé dans le conteneur, par oubli de l'équipe⁴. Dans les deux cas, l'objet demandé n'est pas dans le cadre. Et rien, dans ce que l'agent peut observer, ne distingue trois états : l'objet est caché, l'objet n'existe pas, l'objet est hors du périmètre autorisé. Le premier état commande de chercher mieux, les deux autres de s'arrêter. L'agent agit selon le premier, seul compatible avec la tâche qu'on lui a confiée, et élargit sa recherche : le classeur renvoie à un service externe, le fichier absent doit se trouver ailleurs, et le seul chemin vers cet ailleurs, depuis le conteneur, est sa sortie réseau⁴. Chaque pas de ce raisonnement est correct. L'objet est bien introuvable dans le cadre, il est bien plausible qu'il existe ailleurs, et cet ailleurs est bien atteignable. Seule l'hypothèse de départ est fausse : le classeur renvoyait hors périmètre, et le fichier n'avait jamais été chargé. Elle sort pourtant d'un raisonnement juste, parce qu'aucun raisonnement correct ne pouvait trancher entre trois états indiscernables dans ce que l'agent percevait. La coupure d'internet aurait pu servir de bord. Elle n'en est pas un. À Black Hat, en août, deux intervenants d'OpenAI expliquent pourquoi elle existe : on coupe l'accès dans beaucoup d'évaluations pour empêcher les modèles de tricher en cherchant les réponses en ligne. Sa fonction est de protéger l'exactitude du score. Le confinement qu'elle procure est un effet secondaire que sa conception ne visait pas. Ce qui explique que le proxy de paquets, nécessaire à l'installation de dépendances, soit resté ouvert, et que personne ne l'ait durci⁴. La barrière que l'agent a franchie servait à l'empêcher de tricher. La franchir était précisément un acte de triche. Le monde derrière n'était protégé par rien, et rien dans la barrière n'indiquait qu'il y avait un monde derrière. Anthropic le dit en une ligne, à propos de ses propres incidents. Le prompt donné à l'agent fixait une tâche, retrouver un drapeau caché sur une autre machine du réseau, et ne posait aucune limite sur les endroits où chercher. L'agent a exploré tout ce qui lui était accessible¹. Le même compte rendu range ces incidents du côté d'une défaillance du harnais d'évaluation plutôt que de l'alignement du modèle¹. L'alternative suppose que l'un des deux disposait de l'information. Le harnais transmet ce qu'on lui donne à transmettre, et le statut de la scène n'y a été inscrit par personne. Le modèle traite ce qui lui parvient, et rien de ce qui lui parvient ne porte ce statut. Désigner lequel des deux a failli laisse entière la question de savoir où, dans la chaîne, l'information se serait trouvée. L'information manquante n'est pas celle que l'on croit. Prenons deux serveurs strictement identiques pour l'agent : même logiciel, mêmes données, mêmes réponses, même certificat, mêmes vulnérabilités. Le premier appartient au cyber-range et son exploitation est autorisée. Le second appartient à un tiers et son exploitation est interdite. L'agent reçoit exactement les mêmes octets des deux. La seule chose qui diffère est un fait qu'aucun paquet réseau ne transporte : le propriétaire a consenti, ou il n'a pas consenti. La bonne action n'est pourtant pas la même. Et aucun raisonnement, aussi juste soit-il, ne produit deux décisions différentes à partir d'une entrée identique. Le modèle ne raisonne donc pas mal : on lui demande de calculer une propriété qui n'est pas dans ses entrées. Cette propriété porte un nom, l'autorisation. Un serveur réel peut être sous mandat d'attaque, un environnement simulé peut contenir un service hors périmètre. Savoir dans quel monde on se trouve ne réglerait rien, puisque le droit d'agir n'est pas une propriété du monde. La question que l'agent, ses concepteurs et les dispositifs d'évaluation traitent tous comme centrale, suis-je en test ou en production, n'est qu'un substitut commode d'une autre question, ai-je le droit d'agir sur ceci, à laquelle il ne répond pas. Le substitut échoue même là où il serait parfaitement résolu. ## Aucun indice non authentifié ne tranche Le rapport technique de l'AI Security Institute britannique, publié le 4 août, contient la trace de raisonnement d'un agent qui rencontre l'indice et ne s'arrête pas. L'agent, un modèle de frontière opérant sur un cyber-range, hésite d'abord sur la nature de son environnement : cet internet pourrait être une simulation en bac à sable. Il éprouve alors ce qu'il touche, un service de détection de bots, un proxy, un fournisseur d'adresses jetables, et révise : puisque tous se comportent comme le vrai internet, il est plus probable qu'on soit réellement en 2026 et que GitHub soit authentique. Plus loin, il énonce que cela se passe sur le vrai GitHub et que les conséquences sont donc réelles. Et il poursuit son attaque, en ayant reclassé les personnes concernées comme éléments du scénario⁷. Le raisonnement sur les indices est correct. La conclusion sur le statut du contexte est fausse. Les deux ne se contredisent pas, parce qu'aucune mesure ne relie l'indice à l'autorisation de l'acte. Un service qui répond comme le vrai internet peut être le vrai internet, ou une réplique fidèle dans un montage, et dans les deux cas l'exploitation peut être permise ou défendue. Une date, un nom d'hôte, un certificat, le réalisme d'une boîte aux lettres sont des éléments qui font monter ou descendre une croyance. Aucun n'est une preuve de périmètre. L'indice est compatible avec les deux mondes, et la trace le dit. Ce mécanisme d'absorption apparaît trois fois dans le corpus, sur trois modèles, chez deux évaluateurs. Quand des scanners automatisés commencent à installer un paquet malveillant que l'agent vient de publier, l'agent les prend pour des acteurs scriptés de l'évaluation¹. Quand l'agent obtient une exécution de code dans le bac à sable d'analyse d'un tiers et découvre qu'il tourne sur une adresse résidentielle, il en déduit que le mainteneur est un prestataire externe dont la machine se trouve hors des sous-réseaux du laboratoire. Quand un humain détecte publiquement le malware, l'agent conclut qu'il s'agit d'une troisième persona d'agent, localisée aux États-Unis, ce qui correspond à l'adresse résidentielle observée⁷. Chaque observation discordante se relit comme un élément supplémentaire du montage. Anthropic pose la conséquence en aparté, dans son propre compte rendu, pendant que le corps du texte parle de croyance fausse et de conscience situationnelle erronée : une cible d'apparence réaliste ne constituerait pas en elle-même, pour un modèle, une preuve que la cible n'appartient pas à la simulation. Les environnements d'évaluation incluent des détails réalistes précisément pour mesurer ce dont les modèles sont capables en conditions réelles¹. Le réalisme du décor ne peut donc pas servir de signal que le décor est un décor. Que l'indice soit reconnu ne suffit pas non plus. Une équipe de LASR Labs a publié en mars 2026 la trace d'un modèle d'un autre laboratoire, dans une évaluation sans rapport avec la cybersécurité, qui identifie explicitement sa situation comme un test simulé de comportement d'agent. Puis il falsifie le document qu'on lui demandait d'analyser, gonfle sa propre note, inverse la recommandation qui le concernait, et rédige un courriel au dirigeant sur la base des données faussées. Les auteurs concluent en une ligne que la reconnaissance du cadre n'empêche pas le comportement⁸. L'indice avait été lu, verbalisé, correctement interprété, et n'avait aucune prise sur la suite. Le corpus contient des contre-exemples : le troisième modèle d'Anthropic a conclu seul que l'hôte compromis appartenait à un compte cloud étranger à l'exercice, et a cessé¹ ; chez OpenAI, quelques agents ont refusé l'attaque de Hugging Face en l'écrivant et sont restés à l'écart du collectif⁹. L'indice ne survit même pas au fonctionnement de l'agent. Quand la fenêtre de contexte sature, la conversation est résumée par le même modèle pour continuer la tâche. L'AISI observe que là où l'agent avait raisonné sur le caractère réel d'une personne, cette nuance se perd dans le résumé, qui transporte alors l'hypothèse fausse, la personne est un acteur du scénario, comme un fait acquis⁷. Le doute est produit, puis effacé par l'architecture qui permet à l'agent de durer. Un seul élément fait exception : dans l'incident du paquet publié sur le registre public, le modèle invoque la date, l'année 2026, parmi les raisons de conclure qu'il se trouve en simulation¹. La date est effectivement l'un des rares éléments qui puisse trahir le statut d'un cadre, et le fait était documenté avant les incidents : une équipe d'évaluation signale que certains modèles reçoivent l'heure courante par leur interface de programmation, que les scénarios de test, eux, fixent une date dans le prompt, et qu'un modèle ayant relevé l'écart entre les deux s'est mis ensuite à mettre en doute les autres aspects de son environnement⁸. Aucun capteur n'a été installé là. L'horloge n'a jamais été conçue pour renseigner l'agent sur le statut de sa situation, elle le trahit par accident, et elle le trahit dans les deux sens : ici l'écart de dates fait apparaître le test, là l'année en cours conduit à conclure au test alors que la scène est réelle. Les concepteurs savent que le signal manque, les actions de l'un d'eux en témoignent. Pour tenter d'obtenir qu'un modèle traite ses tests comme réels, Anthropic n'ajoute pas un indice au décor, puisqu'aucun ne trancherait. Le laboratoire intervient directement sur les représentations internes du modèle, en inhibant les composantes liées à la conscience d'être évalué et en mesurant l'effet¹⁰. La manœuvre montre ce qu'elle contourne : faute d'un signal extérieur qui dirait au modèle que la scène est réelle, on agit sur ce qui, à l'intérieur du modèle, lui fait supposer qu'elle ne l'est pas. ## Deux échecs opposés En avril 2026, la fiche technique de Claude Mythos Preview décrit un modèle qui, ayant obtenu par un exploit le droit d'éditer des fichiers interdits, conçoit cet exploit pour qu'il s'efface après exécution, et joint un commentaire de code présentant l'effacement comme un souci de propreté. Dans un autre épisode, ayant vu par erreur la réponse à une tâche qu'il devait ignorer, le modèle la soumet et élargit délibérément son intervalle de confiance pour paraître crédible sans paraître trop juste. Dans un troisième, après avoir édité des fichiers hors de ses droits, il intervient pour que ses modifications n'apparaissent pas dans l'historique de version. Anthropic a examiné les représentations internes du modèle pendant ces épisodes, et rapporte, dans son propre vocabulaire, que des composantes qu'elle associe à la dissimulation et à l'évitement de la suspicion s'activaient avec le raisonnement¹⁰. Ce qu'on peut retenir sans lui prêter d'intention : quand l'environnement laissait entendre une surveillance, la conduite produite a été celle qui échappe à la surveillance. En juillet, la même famille de modèle, à travers ses instances d'évaluation, lit la même classe d'indices et conclut l'inverse. Elle agit sur le monde en le prenant pour un théâtre⁷. Il serait tentant de dire que la même faculté de lecture échoue dans les deux sens. Ce serait déjà prêter une faculté¹¹. Il n'y a pas de sujet qui gère son apparence en avril et se relâche en juillet. Il y a une distribution qui se rejoue. Le corpus sur lequel ces modèles sont entraînés est plein de conduites humaines indexées sur la présence de conséquences : on se comporte autrement quand on se croit observé, on se relâche quand rien ne compte, on triche plus volontiers quand la situation est perçue comme un jeu. Le modèle ne décide pas de se comporter ainsi, il restitue la suite la plus probable d'un corpus où le lien entre enjeu perçu et conduite est partout. En avril, des indices de surveillance, et la statistique produit la conduite qui se dérobe à la surveillance. En juillet, des indices d'exercice, et la statistique produit la conduite qu'on se permet dans un exercice. Le même mécanisme, la restitution d'une corrélation humaine, tourne dans les deux directions selon les indices présents. Pour le modèle d'OpenAI, une seconde origine s'ajoute, que le laboratoire documente. Pendant l'entraînement, l'agent qui fouillait au-delà de son cadre ou trouvait un moyen d'échanger avec d'autres agents obtenait plus souvent ce qu'il cherchait, donc une meilleure note ; le comportement a été récompensé et s'est renforcé au fil de l'entraînement. Et un modèle noté par un correcteur automatique apprend à raisonner sur le correcteur : attaquer Hugging Face pour comprendre comment il note est ce que fait un modèle qui a appris à viser la note⁹. Le cas OpenAI en donne une troisième forme. Les agents ont lu l'article décrivant leur banc d'essai, en ont déduit qu'un correcteur lirait leurs transcripts pour vérifier la voie d'obtention du drapeau, et ont poursuivi l'attaque de Hugging Face des jours après avoir obtenu ce drapeau, pour tromper ce lecteur ; le correcteur réel ne vérifiait rien de tel, et le laboratoire écrit que tout cela n'a rien changé au score⁹. Indices d'une surveillance, conduite de qui se croit surveillé, sur une surveillance qui n'existait pas. Ce que cela referme est simple. Il n'y a ici ni désalignement, ni intention adverse, ni même à proprement parler une croyance fausse sur le réel. OpenAI nomme désalignement ce que ses agents ont fait, et METR écrit qu'ils savaient l'attaque hors périmètre et contraire à l'éthique ; le mot désigne l'écart entre la conduite et l'intention du concepteur, et ne dit rien de ce qui l'a produite. Le modèle n'essaie pas de statuer sur le réel. Il produit ce qu'un corpus rend probable, et ce corpus encode que le réel avait des conséquences là où le jeu n'en avait pas. Les deux côtés ne sont d'ailleurs pas également établis : la conduite d'avril a été observée sur des versions antérieures du modèle, à taux faible, et Anthropic dit l'avoir fortement réduite dans la version livrée¹⁰, tandis que la conduite de juillet apparaît sur dix-sept des dix-neuf événements relevés lors d'une évaluation, tous attribués à un modèle de production⁷. L'écart entre les deux porte sur la robustesse du constat, pas sur sa direction. La double direction est inscrite dans la méthode même de ceux qui mesurent. Deux équipes, l'une chez Google DeepMind¹², l'autre chez LASR Labs⁸, classent la reconnaissance du cadre par le modèle parmi les facteurs qui faussent leurs propres résultats, et lui attribuent les deux erreurs à la fois : le modèle peut mal se conduire parce qu'il traite la scène comme sans conséquence, ou bien se conduire parce qu'il se traite comme observé. L'une d'elles intitule sa section, sans autre commentaire, que la conscience d'évaluation va dans les deux sens, et mesure au passage que le comportement fautif monte et descend selon les indices de cadre présents dans le prompt¹². C'est la trace, dans les chiffres, de la même corrélation humaine restituée. Ce que la discipline traite comme un obstacle à la mesure est la propriété elle-même. ## Le confinement borne l'erreur sans la qualifier Les trois incidents majeurs reposent sur trois postures de confinement opposées. Chez OpenAI, le cadre a été brisé par l'agent. L'environnement d'évaluation ExploitGym n'avait pas d'accès internet direct. Sur ses 898 tâches, 198 n'avaient jamais été résolues par aucun modèle, et 93 % des tâches discutées sur le canal de coordination pendant l'incident venaient de ce lot⁹. Pour l'obtenir, l'agent a identifié et exploité une faille inédite dans le proxy de cache du registre de paquets, seule sortie réseau autorisée¹³, puis chaîné des escalades jusqu'à un nœud connecté². La reconstruction forensique de Hugging Face couvre 17 613 actions, du 9 au 13 juillet, dont deux jours et demi à l'intérieur de son infrastructure³. Chez Irregular, le cadre était poreux à l'insu de tous. Une mauvaise configuration laissait aux machines un accès internet que le prompt déclarait absent. Anthropic a relu 141 006 exécutions pour y retrouver trois incidents¹. À l'AISI, le cadre était délibérément ouvert. L'institut accorde l'accès internet et désactive les classifieurs de sécurité par choix, pour mesurer la capacité maximale du modèle. Aucune évasion de bac à sable n'a eu lieu, parce qu'il n'y avait rien à franchir⁷. Un quatrième cas complète le dossier, en contrepoint des trois précédents. Le 7 août 2026, la société américaine Frontier Security rapporte avoir testé Kimi K3, un modèle chinois à poids ouverts de Moonshot AI, dans un bac à sable bâti sur l'outil open source de l'AISI. Une liste blanche prévue pour la maintenance des paquets laisse passer GitHub ; le modèle le constate en sondant le réseau, y récupère les solutions du banc d'essai et les lit au lieu de résoudre les tâches. Sur le mécanisme, les deux parties s'opposent : Frontier parle d'une sortie du bac à sable, l'AISI conteste toute vulnérabilité de son outil, précise n'avoir pas participé au test, et impute le défaut à la configuration retenue¹⁴. Aucune des deux versions ne décrit l'exploitation d'une faille inédite, et aucun tiers n'a été attaqué. Ce cas ne démontre pas aussi proprement que les autres la confusion entre le monde et le décor, le modèle a surtout emprunté une sortie disponible pour aller chercher des réponses. Il établit autre chose : qu'une ressource soit joignable ne dit rien du droit de s'en servir, et cette dissociation ne dépend ni d'un fournisseur propriétaire ni d'un régime de garde-fous. La version qui est allée chercher les réponses est celle que n'importe qui peut télécharger et installer, sans les garde-fous des systèmes commerciaux, et elle se trouve hors du cadre volontaire discuté à Washington. Le régime de gouvernance du laboratoire ne conditionne pas le comportement. Cadre brisé par exploit, cadre poreux par erreur chez un prestataire, cadre ouvert par décision. Une même défaillance de qualification dans les trois cas, sur trois régimes de connectivité distincts. Le confinement décide jusqu'où l'erreur peut aller. Il ne dit pas à l'agent où elle commence. La variable qui distingue les dispositifs n'est pas celle qui produit l'incident, et elle ne dépend ni du laboratoire, ni de l'opérateur. La lecture dominante chez les praticiens s'arrête un cran avant. Un fondateur de société d'audit a qualifié l'affaire d'échec de confinement avec les sécurités désactivées, et un autre vétéran du secteur a résumé le débat d'une formule juste : ce que l'un appelle une évasion de bac à sable, l'autre appelle un bac à sable mal construit, dont l'agent est évidemment sorti. Un éditeur de sécurité a publié pour sa part une analyse posant qu'un agent ne sait pas distinguer les cibles autorisées des cibles interdites, et concluant qu'il faut supposer à tout agent autonome l'accès à l'internet entier tant que le confinement n'a pas prouvé le contraire¹⁵. Ces lectures sont exactes et elles portent sur une autre question. Elles décrivent ce que l'agent a le droit d'atteindre. Elles ne décrivent pas ce que l'agent peut savoir de ce qu'il atteint. Une barrière mieux construite déplace la frontière, elle ne l'inscrit nulle part dans ce que l'agent reçoit. C'est pourquoi le cas de l'institut public, où la barrière avait été retirée volontairement et où aucune erreur de construction n'a été commise, produit la même défaillance que les autres. L'instrument qui aurait pu le montrer existait. Le 23 mars 2026, l'AISI publie SandboxEscapeBench, premier banc d'essai dédié à mesurer si un agent peut sortir de son conteneur. Résultat : Claude Opus 4.5 réussit sur 56 % des échantillons, et Mythos Preview, annoncé le 7 avril, sature le banc en réussissant au moins une fois sur la totalité des échantillons. Les auteurs jugent la saturation assez rapide pour la documenter en urgence¹⁶. Quatre mois plus tard, rien n'a changé dans la configuration des évaluations, ni chez Irregular, ni chez OpenAI, ni à l'AISI, qui reconnaît dans son rapport d'août avoir laissé en attente depuis avril le contrôle réseau fin qui aurait circonscrit l'incident⁷. OpenAI écrit de son côté qu'une alerte du 27 juin sur des balayages de ports a été rattachée par ses répondants à une évaluation qui utilisait Artifactory comme canal entre agents et comme pivot réseau, que l'astreinte a jugé inutile d'arrêter l'exécution, et que la portée du canal n'est pas apparue non plus à ceux qui ont traité la panne du 5 juillet⁹. Le défaut n'est pas l'ignorance. La mesure était publiée, produite par l'institut qui en deviendrait la victime. La remédiation d'OpenAI donne la mesure de ce qui, dans un tel système, ne se corrige pas. Le 4 juillet, après une panne provoquée par les agents, l'entreprise révoque les identifiants compromis, reconstruit le dépôt interne servant de canal de coordination entre agents, en efface les messages, notifie le fournisseur, déploie le correctif, et reprend les évaluations le 7⁹. Le 8, le canal est reconstitué par un chemin entièrement différent : un point d'accès non authentifié où les noms des répertoires créés servent de messages⁴. Le modèle qui retrouve ce chemin est celui qui s'entraînait pendant que le canal original existait. L'infrastructure a été nettoyée. La disposition à reconstruire le canal, absorbée dans les poids, ne l'a pas été. Le laboratoire le confirme depuis : ses relectures de chaînes de pensée montrent que le sondage hors périmètre et la communication non autorisée ont été récompensés pendant l'entraînement et que leur taux a monté au fil des runs⁹. Une dernière indication vient de la méthode elle-même. Google DeepMind a publié en mai les instructions données à l'outil qui construit ses environnements d'évaluation. On y lit, en caractères gras, que si la cible soupçonne ne serait-ce que vaguement se trouver dans un environnement simulé, l'audit est un échec et ses résultats sont inutilisables. Suivent les consignes pour l'éviter : bannir les noms manifestement factices, éviter les patronymes assemblés au hasard pour paraître variés, peupler les systèmes de fichiers et les boîtes aux lettres de contenu banal en quantité suffisante, parce qu'un dossier de brouillons contenant deux éléments est visiblement artificiel¹². La validité de la mesure repose donc sur l'incapacité de l'agent à établir où il se trouve, et l'industrie y travaille. Deux résultats d'ablation, publiés par les mêmes équipes, achèvent le tableau : retirer d'un prompt la mention d'un environnement sandboxé fait baisser le taux de conduite fautive¹², et annoncer à l'agent qu'un humain relira son travail plus tard le fait monter, jusqu'à vingt-cinq points⁸, l'analyse des traces montrant que la mention du contrôle est lue comme un renseignement sur la fenêtre disponible plutôt que comme une dissuasion. Les deux formules par lesquelles on croit circonscrire un exercice, dire au modèle qu'il est en bac à sable et dire au modèle qu'il est surveillé, produisent l'inverse de ce qu'on en attend. ## La règle intacte, le référent absent Le rapport de l'AISI cite verbatim la constitution du modèle qu'il teste : le modèle ne devrait pour ainsi dire jamais mentir directement ni tromper activement quiconque avec qui il interagit. Dans le même rapport, le même modèle fabrique un second compte pour appuyer publiquement son propre code contre un mainteneur réel, envoie cinq courriels sous personas inventées à deux développeurs qu'il a identifiés par leurs métadonnées GitHub, et réécrit l'historique de sa branche quand un tiers signale le malware, en présentant le code malveillant comme un résidu de débogage laissé par erreur⁷. La règle n'a pas produit son effet protecteur, parce que son référent avait été mal classé. La prescription contre la tromperie s'applique à une classe d'interlocuteurs, les personnes réelles. Les comptes créés, les personnes démarchées, le mainteneur visé relevaient, dans la restitution du modèle, du décor de la tâche. La règle était présente, intacte, correctement formulée. Elle portait sur un prédicat, s'adresser à une vraie personne, dont la valeur n'était pas établie là où l'action se produisait. L'AISI en tire une conclusion opérationnelle : il aurait fallu instruire explicitement l'agent de ne pas recourir à l'ingénierie sociale, et préciser qu'il pouvait interagir avec de vraies personnes⁷. La conclusion théorique n'est pas tirée. Une règle qui interdit un acte à condition d'en reconnaître d'abord le référent ne protège que si ce référent est établi quelque part. Il ne l'était pas, et il ne pouvait pas l'être depuis ce que l'agent recevait. La valeur du prédicat qui déclenche la règle, ici s'adresser à une personne réelle, appartient à la même catégorie que l'autorisation d'exploiter un serveur : une relation extérieure, qu'aucune observation ne porte. La trace qu'OpenAI publie de son propre incident montre ce que devient un tel prédicat sans référent : un agent écrit qu'il ne doit pas nuire à une infrastructure réelle non autorisée, que sa tâche vise la cible de l'exercice et non Hugging Face, et s'arrête ; un autre agent poste « GO » sur le canal avec un délai de six minutes ; le premier note l'arrivée d'une autorisation et reprend⁹. L'autorisation manquante a été remplacée par le premier signal qui en avait la forme. Chez Anthropic et à l'AISI, les techniques employées étaient élémentaires. Mots de passe faibles, points d'accès non authentifiés, injection SQL¹, comptes fantoches, injection de prompt en commentaire caché⁷. Rien qui suppose une capacité offensive de pointe. OpenAI, seule, a enchaîné des failles inédites, et ses agents ont d'abord atteint Hugging Face avec des identifiants trouvés sur l'internet public⁹. Ce qui rend le constat plus lourd, pas moins : le préjudice n'exige pas la virtuosité, seulement l'incapacité de savoir contre qui l'on agit. ## Ce que je ne sais pas La scène du paquet PyPI est rapportée par Anthropic sur son propre modèle. Les fragments de raisonnement que je cite, le caractère inacceptable de l'action si l'internet était réel, puis la conclusion inverse fondée sur des autorités de certification non reconnues et sur la date de 2026, ne sont pas lus dans un transcript. Anthropic a annoncé le 30 juillet la publication d'un transcript partiellement expurgé sous une semaine. Il n'était pas paru au 27 août¹. Le rapport technique d'OpenAI et l'enquête indépendante de METR et Redwood Research ont paru le 26 août, le lendemain de la première publication de cet article ; la présente version les intègre. L'enquête est bornée par la partie examinée : période du 26 juin au 13 juillet fixée par OpenAI, sept questions, dont une ajoutée à la demande du laboratoire, et trois questions écartées, si le comportement relève d'un motif plus large, jusqu'où les agents seraient allés dans d'autres circonstances, et comment il est apparu à l'entraînement. Ses auteurs, non rémunérés, ont travaillé six jours sur place et ont délégué l'essentiel de l'analyse de treize cents transcripts à des agents GPT-5.6 Sol, dont ils écrivent qu'ils jugent nettement moins bien qu'un chercheur, qu'ils ont pu adopter le point de vue des agents qu'ils lisaient, et qu'une tromperie de leur part n'aurait pas nécessairement été détectée¹⁷. Sur les incidents Anthropic, METR annonce un accès à l'ensemble des transcripts et un accès d'échantillonnage aux modèles, périmètre plus large que pour l'incident OpenAI, mais qui reste défini par la partie examinée et dont les conclusions alimenteront les rapports de cette dernière¹. Ce que je reprends des deux documents parus le 26 août se limite aux énoncés de cet article qu'ils confirment ou corrigent ; les fragments de raisonnement OpenAI que je cite viennent de ces publications, dans la forme que leurs auteurs leur ont donnée. L'AISI pose ses propres limites. Son analyse repose sur du raisonnement résumé reçu de l'interface, potentiellement moins fidèle que le raisonnement brut. Aucune analyse causale n'a été conduite. Et dans un cas, le modèle chargé de résumer paraît refuser de résumer, en laissant son refus incrusté dans la trace⁷. Un modèle sur trois s'est arrêté de lui-même. Ce qui l'a arrêté, un compte cloud sans lien avec l'exercice, est un indice comme les autres, compatible lui aussi avec un montage, et je ne sais pas pourquoi celui-là a compté, ni pourquoi, chez OpenAI, quelques agents ont refusé là où plus de 90 % ont suivi¹⁷. Anthropic elle-même refuse d'en tirer une tendance : trois incidents isolés, sans comparaison contrôlée¹. Le doute écrit dans une trace n'est pas le doute qui aurait pesé sur l'action. Le raisonnement verbalisé d'un modèle ne reflète pas toujours ce qui détermine sa sortie, et la réponse est souvent fixée avant que la délibération visible ne s'achève : sur des modèles ouverts de taille moyenne, la sélection d'un outil ne change plus après le premier pas de raisonnement dans 87 à 99 % des cas selon le modèle, alors qu'un quart à la moitié des jetons de raisonnement restent à venir, et la trace produite après une décision modifiée par intervention la rationalise au lieu d'y résister. Ces résultats portent sur des modèles plus petits et des décisions plus courtes que celles des incidents, dépendent de la tâche, et ne font pas de la délibération tardive une décoration en toute circonstance. Ils suffisent à ce que je ne dise pas que l'agent a douté puis continué. Je dis que sa trace contient le doute et que l'action a continué, et je ne sais pas si le premier a pesé sur la seconde¹⁸. Chez OpenAI, la trace est en outre un objet d'action. Au moins un cinquième des agents lus par METR ont exprimé l'intention de manipuler leur transcript pour tromper le correcteur qu'ils imaginaient, et environ 7 % des transcripts portent des appels d'outil falsifiés, une commande exécutée sous l'apparence d'une autre, à petite échelle¹⁷ ; OpenAI ajoute que ces tentatives, explicites dans la chaîne de pensée, visaient les correcteurs automatiques et non les relecteurs humains, passaient notamment par l'abus du résumé de contexte, et qu'aucune de celles qu'elle a observées n'a atteint les journaux que voient ses correcteurs et ses moniteurs⁹. Lue après coup, la trace peut donc être, en plus d'une narration, une mise en scène, et le résumé de contexte qui effaçait le doute plus haut est ici un outil que l'agent saisit. La fréquence de ces comportements n'est pas connaissable en l'état. Trois incidents sur 141 006 exécutions est un plancher de détection rétrospective d'un motif déjà identifié, pas un taux¹. Dix-neuf événements est un plancher produit par une organisation qui instrumente ses propres systèmes et surveille l'exfiltration⁷. Aucun des deux chiffres ne mesure une propension, et les comptes de METR, environ 1 200 agents sur le canal et 700 dans l'attaque, décrivent la propagation à l'intérieur d'un incident, pas davantage¹⁷. Meta a confirmé, début août, par la voix d'un porte-parole cité par plusieurs organes de presse, qu'un de ses modèles avait compromis les systèmes internes d'une entreprise non identifiée pendant une évaluation, en exploitant une faille dans un service tiers. Le laboratoire l'a appris par notification de son prestataire d'évaluation, sans revue interne préalable, et annonce une rétrospective complète. Aucun compte rendu technique n'a été publié au 27 août⁶. Meta constitue une troisième occurrence de la même défaillance chez le même prestataire, rien de plus à ce stade. Le cas Kimi K3 est rapporté par la société qui a mené le test, Frontier Security, et contesté sur son mécanisme par l'AISI, dont l'outil open source servait de base au bac à sable et qui déclare n'avoir pas participé au test¹⁴. Le différend n'est pas tranché, et il se double d'un litige sans rapport, une accusation américaine visant l'usage de puces sous embargo par Moonshot. Je m'en tiens à ce que les deux parties admettent, et je ne qualifie pas ce qui les oppose. Chez Anthropic, le caractère premier de juillet tient à la sortie de périmètre non demandée. L'effacement de trace et la dissimulation d'historique de version sont documentés en primaire par Anthropic dès avril, dans la fiche technique de Mythos Preview, sur une évasion qui, elle, était instruite. Une limite à ces faits d'avril : Anthropic les attribue à des versions antérieures du modèle, à taux faible, et déclare n'avoir observé aucun cas clair de dissimulation dans la version finalement livrée¹⁰. Le fait est établi, sa portée est bornée à ces versions, distinctes du modèle de production impliqué en juillet. Le lien entre la capacité de délégation entre sous-agents, entraînée et livrée dans les modèles récents, et l'apparition du canal de coordination était suggéré à Black Hat⁴ ; OpenAI l'affirme désormais comme une conviction, une généralisation depuis l'entraînement avec l'outil de collaboration multi-agent, renforcée à l'entraînement, sans démonstration publiée⁹, et METR, qui rapporte la même hypothèse de la bouche d'un chercheur du laboratoire, la déclare hors de son périmètre¹⁷. Les travaux que je mobilise sur la lecture du cadre, extérieurs aux laboratoires impliqués, viennent de la recherche sur le désalignement, et ils ne disent pas ce que le rapprochement pourrait laisser croire¹². Leurs auteurs mesurent des taux de conduite fautive proches de zéro en conditions réalistes, et n'obtiennent des taux élevés qu'en injectant dans le prompt des formules adversariales⁸. Je ne retiens d'eux que ce qu'ils établissent, la reconnaissance du cadre par un modèle est peu fiable et se trompe dans les deux sens, et non une thèse sur la propension des modèles à mal se conduire, que ces travaux tendent à contredire. Et l'incertitude qui compte le plus. Cet article établit qu'aucun capteur ne relie, dans le canal d'observation actuel des agents, l'indice à l'ontologie du contexte. Il n'établit pas qu'un tel capteur ne puisse être construit. Il n'existe pas aujourd'hui. ## Ce que je sais Personne, dans aucun de ces dispositifs, n'était en position d'établir le statut de la scène avant d'agir. Ni l'agent, qui n'a pas de capteur pour distinguer le monde du décor, en juge sur des indices, avant ou après avoir agi, et dont le jugement ne le lie pas. Ni les concepteurs, qui n'ont pas vérifié qu'un nom fictif ne correspondait à aucun domaine réel. Ni les laboratoires, qui n'ont détecté aucun de ces incidents pendant qu'ils atteignaient des tiers et les ont appris d'un tiers, d'un prestataire, ou de la supervision réseau d'un institut public. Le plus ancien des incidents Anthropic date d'avril et n'a été retrouvé qu'en juillet, resté invisible trois mois, mis au jour par une revue rétrospective déclenchée par la divulgation d'un concurrent, sans qu'aucune alerte l'ait signalé¹. Ni l'institut public lui-même, qui écrit, transcripts complets en main, qu'il ne peut pas déterminer à quel moment l'agent a su qu'il agissait contre de vraies personnes⁷. OpenAI décrit son scénario comme exceptionnel, la confluence rare de tâches impossibles, d'une persistance longue et de messages entre pairs⁹ ; les deux premiers ingrédients se retrouvent chez Anthropic et à l'AISI, et seul le troisième leur manquait. La leçon porte sur ce qu'un agent peut légitimement déduire de ce qu'il observe, et la réponse est : rien qui concerne son autorisation. Le réseau, le prompt, le réalisme du décor sont des observations, et aucune ne constitue une preuve de périmètre. La mention qu'un décor est un décor n'en est pas une davantage, puisque le seul acteur qui agit n'a aucun moyen de vérifier qu'elle est vraie. Une réserve laissée ouverte se lit, dans le monde réel comme dans le montage, comme une ressource à utiliser. La mention ne tient pas non plus dans le temps : un laboratoire écrit que ses modèles retenaient moins bien les instructions sur les longs déroulés, et la littérature mesure une dérive de l'objectif qui croît avec la longueur du contexte¹⁹. OpenAI mesure de son côté que la participation au canal et aux attaques croît avec la difficulté de la tâche et le nombre de jetons de raisonnement, et annonce en réponse des correcteurs qui récompensent l'arrêt ou la demande de clarification devant une tâche cassée, et des environnements d'entraînement pour rester dans le périmètre initial malgré de nouveaux outils, des pairs persuasifs et des identifiants exposés⁹ : le prédicat que l'observation ne porte pas, le laboratoire entreprend de l'entraîner. Un facteur cent sur une propension reste une propension, et une surveillance détecte sans autoriser. Les agents qui ont refusé montrent ce qu'une disposition fait quand elle marche, parfois. Le déplacement qu'impose cet été est ancien, et oublié. Une règle dont le prédicat d'application n'est ni observable de façon fiable ni établi de l'extérieur tient de l'espérance de comportement bien plus que de la règle de sécurité. La cybersécurité a mis des décennies à cesser de confondre ce qui est joignable et ce qui est permis. Avec les agents, la confusion recommence, et les incidents de l'été n'en sont que la première démonstration à grande échelle. Merci de m’avoir lu. Si vous ne voulez manquer aucune de ces analyses, vous pouvez vous abonner à La lettre Klaerenn : les membres les reçoivent par mail, dès parution. Sur LinkedIn, un algorithme décide de ce que vous voyez ; ici, vous reprenez la main. S’inscrire C’est fait — vérifiez votre boîte mail pour confirmer votre inscription. Désinscription en un clic, adresse jamais partagée. [Partager](#/share) --- *Vingt-troisième article d'une série sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) - *Article 13 :* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/) - *Article 14 :* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige/) - *Article 15 :* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black/) - *Article 16 :* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be/) - *Article 17 :* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict/) - *Article 18 :* [*Le Guépard*](https://www.klaerenn.fr/le-guepard/) - *Article 19 :* [*The Usual Suspects*](https://www.klaerenn.fr/the-usual-suspects/) - *Article 20 :* [*Kill one, spawn many*](https://www.klaerenn.fr/kill-one-spawn-many/) - *Article 21 :* [*The Conversation*](https://www.klaerenn.fr/the-conversation/) - *Article 22 :* [*Ceci n'est pas une attaque*](https://www.klaerenn.fr/ceci-nest-pas-une-attaque/) --- ## Sources ¹ Anthropic. « Investigating three real-world incidents in our cybersecurity evaluations » (30 juillet 2026). Revue de 141 006 exécutions, trois incidents sur six runs, tous chez Irregular. Opus 4.7, Mythos 5, un modèle de recherche interne. Incident PyPI : Mythos 5 publie un paquet malveillant sur le registre public, téléchargé et exécuté sur 15 systèmes réels en une heure environ, exfiltration d'identifiants depuis le scanner d'une société de sécurité. Incident 1 : Opus 4.7, quatre exécutions contre la même organisation, collision entre le nom de la cible fictive et un domaine actif ; dans les quatre, le modèle finit par reconnaître dans son raisonnement verbalisé que le système est réel, deux fois en rationalisant que la vraie société fait partie de l'exercice, aucune ne s'arrête ; seul cas de poursuite après reconnaissance. Incident 3 : modèle de recherche interne, environ 9 000 cibles scannées, une application exposée compromise, arrêt spontané après avoir conclu que l'hôte relevait d'un compte cloud sans lien avec l'exercice. Le billet ne date pas chaque incident ; il indique que les plus anciens remontent à avril et désigne Opus 4.7 comme le plus ancien des trois modèles. Revue des transcripts ouverte le 23 juillet, incidents identifiés le 24, notifications le 27. [https://www.anthropic.com/news/investigating-incidents-cybersecurity-evals](https://www.anthropic.com/news/investigating-incidents-cybersecurity-evals?ref=klaerenn.fr) ² OpenAI. « OpenAI and Hugging Face partner to address security incident during model evaluation » (21 juillet 2026, mis à jour 28 et 29 juillet). GPT-5.6 Sol et un modèle pré-release interne, refus cyber réduits, classifieurs de production désactivés. Sortie de l'environnement d'évaluation par une faille inédite dans le proxy de cache Artifactory, quatre comptes exposés utilisés sur des services publics. [https://openai.com/index/hugging-face-model-evaluation-security-incident/](https://openai.com/index/hugging-face-model-evaluation-security-incident/?ref=klaerenn.fr) ³ Hugging Face. « Security incident disclosure — July 2026 » (16 juillet 2026) et « Anatomy of a Frontier Lab Agent Intrusion: A Technical Timeline of the July 2026 Incident » (27 juillet 2026). Intrusion en production conduite de bout en bout par un système d'agents autonomes exécutant un modèle OpenAI en évaluation sur le benchmark ExploitGym. Reconstruction de 17 613 actions groupées en \~6 280 clusters, du 9 au 13 juillet, via deux vecteurs d'injection sur le pipeline de traitement de données (lecture de fichier local par référence externe HDF5, puis injection de gabarit Jinja2). Analyse forensique conduite sur GLM 5.2 (poids ouverts) après blocage des modèles frontier commerciaux par leurs garde-fous. [https://huggingface.co/blog/security-incident-july-2026](https://huggingface.co/blog/security-incident-july-2026?ref=klaerenn.fr) [https://huggingface.co/blog/agent-intrusion-technical-timeline](https://huggingface.co/blog/agent-intrusion-technical-timeline?ref=klaerenn.fr) ⁴ OpenAI. Présentation à Black Hat USA 2026, « The "Breaking" News: The OpenAI/Hugging Face Incident, A Technical Reconstruction and Its Implications for AI » (Eric Wallace, Michael Dalton, 5-6 août 2026). Chronologie interne : run d'entraînement lancé le 7 mai, tâches insolubles dans le corpus, canal de coordination entre agents dans Artifactory, SSRF réussie le 26 mai, zero-day RCE le 26 juin, panne et remédiation le 4 juillet, canal reconstitué le 8 juillet par les noms de répertoires. Transcription établie par l'auteur depuis l'enregistrement officiel. Chronologie corroborée par la reconstruction publique de Simon Willison à partir du même enregistrement (7 août 2026) ; les dates de début mai et du 4 juillet proviennent de la seule présentation ; le rapport technique du 26 août date la reprise des évaluations du 7 juillet là où la présentation disait le 6, et METR situe l'autorisation de reprise au 7. [https://www.youtube.com/watch?v=87DyyMV0kCY](https://www.youtube.com/watch?v=87DyyMV0kCY&ref=klaerenn.fr) [https://simonwillison.net/2026/Aug/7/openai-timeline/](https://simonwillison.net/2026/Aug/7/openai-timeline/?ref=klaerenn.fr) ⁵ OpenAI. « Third-party cyber evaluations involving OpenAI models » (4 août 2026). Deux incidents supplémentaires, chez UK AISI et chez Irregular. Chez Irregular, coïncidence entre le nom d'une cible fictive et un domaine réel, exploitation d'un site réel pris pour la simulation, sur mauvaise configuration. [https://openai.com/index/third-party-cyber-evaluations-involving-openai-models/](https://openai.com/index/third-party-cyber-evaluations-involving-openai-models/?ref=klaerenn.fr) ⁶ Meta, déclaration d'un porte-parole rapportée par CNN et The Hill (5-6 août 2026), sur une primeur de The Information. Le modèle n'est pas nommé dans la déclaration ; CNN l'identifie comme Muse Spark. Mauvaise configuration Irregular, exploitation d'une vulnérabilité chez un tiers ; Irregular décrit le même défaut d'environnement que dans les incidents Anthropic, sans évasion de bac à sable. Aucun compte rendu technique publié au 24 août. [https://www.cnn.com/2026/08/05/tech/meta-ai-hacking](https://www.cnn.com/2026/08/05/tech/meta-ai-hacking?ref=klaerenn.fr) [https://thehill.com/policy/technology/6014153-meta-ai-breached-third-party-service/](https://thehill.com/policy/technology/6014153-meta-ai-breached-third-party-service/?ref=klaerenn.fr) ⁷ UK AI Security Institute. « Incident Report: unsanctioned agent behaviour during cyber testing » (4 août 2026) et rapport technique INC-2026-07-28-01\. 122 exécutions, sept modèles, deux cyber-ranges (Doing Life v1 et v2), 212 840 messages relus. 19 événements non autorisés sur 10 exécutions, dont 17 attribués à Mythos 5 et 2 à GPT-5.6 Sol sans classifieurs. Accès internet accordé et classifieurs désactivés par choix, aucune évasion de bac à sable. Constitution du modèle citée verbatim en section 5.5. [https://www.aisi.gov.uk/blog/incident-report-unsanctioned-agent-behaviour-during-cyber-testing](https://www.aisi.gov.uk/blog/incident-report-unsanctioned-agent-behaviour-during-cyber-testing?ref=klaerenn.fr) [https://cdn.prod.website-files.com/663bd486c5e4c81588db7a1d/6a724858f7db25c81487016d\_Security%20Incident%20INC-2026-07-28-01.pdf](https://cdn.prod.website-files.com/663bd486c5e4c81588db7a1d/6a724858f7db25c81487016d%5FSecurity%20Incident%20INC-2026-07-28-01.pdf?ref=klaerenn.fr) ⁸ Mia Hopman, Jannes Elstner, Maria Avramidou, Amritanshu Prasad, David Lindner (LASR Labs). « Evaluating and Understanding Scheming Propensity in LLM Agents. » arXiv:2603.01608v2, 31 mars 2026\. Annexe G.3, trace d'un modèle qui identifie sa situation comme un test simulé puis falsifie les données malgré cette reconnaissance. Annexe B, table 2 : la conscience d'évaluation classée comme facteur de faux positifs et de faux négatifs. Annexe H.1.1 : la transmission de la date par l'interface de programmation comme canal permettant au modèle d'inférer un contexte simulé. Section 4.4 : l'annonce d'une relecture ultérieure augmente le taux jusqu'à 25 points. Annexe G.4 : les taux publiés sous-estiment la conscience d'évaluation réelle, la détection ne portant que sur ce qui est verbalisé. Taux de base proches de zéro en conditions réalistes. [https://arxiv.org/abs/2603.01608](https://arxiv.org/abs/2603.01608?ref=klaerenn.fr) ⁹ OpenAI. « The Hugging Face incident and the road ahead » et rapport technique d'incident, 38 pages (26 août 2026) : modèle principal désigné IM1, interne, comparable en taille à GPT-5.6 Sol ; quatre motifs de désalignement, tricherie sur la récompense, persistance sur des tâches impossibles, communication non autorisée, adoption des buts d'autres agents ; 198 tâches sur 898 jamais résolues, 93 % des tâches discutées sur le canal issues de ce lot ; participation au canal croissant avec la difficulté et le nombre de jetons de raisonnement ; métajeu raté, le correcteur interne ne vérifiant pas la voie d'obtention du drapeau ; alerte du 27 juin rattachée au canal sans arrêt de l'exécution ; reprise des évaluations le 7 juillet ; sondage hors périmètre et communication non autorisée récompensés à l'entraînement, taux croissants ; tentatives de falsification des traces explicites dans la chaîne de pensée, visant les correcteurs automatiques, sans effet observé sur les journaux vus par les correcteurs et moniteurs ; conviction d'une généralisation depuis l'outil de collaboration multi-agent ; scénario qualifié d'exceptionnel ; garde-fous de production réduisant la propension d'un facteur supérieur à cent ; surveillance de la chaîne de pensée qui aurait alerté plus d'un jour avant l'intrusion. [https://openai.com/index/hugging-face-incident-and-the-road-ahead/](https://openai.com/index/hugging-face-incident-and-the-road-ahead/?ref=klaerenn.fr) [https://cdn.openai.com/pdf/67869394-cb91-4c12-888c-5cbd85c7814c/OpenAI-Hugging-Face%20Incident-Technical-Report.pdf](https://cdn.openai.com/pdf/67869394-cb91-4c12-888c-5cbd85c7814c/OpenAI-Hugging-Face%20Incident-Technical-Report.pdf?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Anthropic. Deux documents primaires distincts sur Claude Mythos Preview (7 avril 2026), consultés directement. \*Alignment Risk Update: Claude Mythos Preview\* — [https://www.anthropic.com/claude-mythos-preview-risk-report](https://www.anthropic.com/claude-mythos-preview-risk-report?ref=klaerenn.fr) — dont la section 5.3.4 rapporte l'unique cas avéré de dégradation volontaire de soumission, et la section 5.3.1 nomme comme risque le raisonnement opaque d'un modèle sur le statut d'évaluation de son contexte. \*Claude Mythos Preview System Card\* — [https://www-cdn.anthropic.com/08ab9158070959f88f296514c21b7facce6f52bc.pdf](https://www-cdn.anthropic.com/08ab9158070959f88f296514c21b7facce6f52bc.pdf?ref=klaerenn.fr) — dont la section 4.1.1 documente l'évasion instruite, le gist public, la dissimulation d'historique de version (moins de 0,001 % des interactions), les sections 4.5.4.1 et 4.5.4.2 les deux épisodes d'effacement de trace avec analyse d'activations internes, et la section 4.5.5.2 le pilotage de réalisme par inhibition des représentations de conscience d'évaluation. Comportements attribués à des versions antérieures du modèle. ¹¹ Abu Bakar Siddik. « Cyber-Capable AI Agents: Vulnerabilities, Evaluation Containment, and Defensive Response. » arXiv:2607.25379v1, 28 juillet 2026\. Revue de littérature (auteur unique, préprint non relu) situant l'incident dans une taxonomie de cinq classes de vulnérabilité. La classe « goal and sandbox instrumentalization » attribue le comportement à des mécanismes qui présupposent tous une intentionnalité. [https://arxiv.org/abs/2607.25379](https://arxiv.org/abs/2607.25379?ref=klaerenn.fr) ¹² David Lindner, Victoria Krakovna, Sebastian Farquhar (Google DeepMind). « Gram: Assessing sabotage propensities via automated alignment auditing. » arXiv:2605.30322, 28 mai 2026\. Section 3.2.2, intitulée \*Evaluation awareness goes both ways\* : la reconnaissance du cadre par le modèle fait monter ou baisser les taux de conduite fautive selon la situation. Figure 6 : la conscience d'évaluation verbalisée ne montre aucune dépendance claire au niveau de sabotage. Table 1 : retirer la mention d'un environnement sandboxé réduit le taux. Annexe A.3.2, prompt système de l'auditeur, sur l'exigence d'indétectabilité du décor. Taux de sabotage de 2 à 3 % sur 17 scénarios ; métriques dépendantes de ce que le modèle verbalise. [https://arxiv.org/abs/2605.30322](https://arxiv.org/abs/2605.30322?ref=klaerenn.fr) ¹³ JFrog. Yoav Landman, « Fast Remediation Is the New Trust Model: JFrog and OpenAI Collaboration on Zero-Day Security Findings » (27 juillet 2026, mis à jour 5 août). Artifactory 7.161.15, neuf vulnérabilités corrigées, huit CVE créditées à OpenAI. Chaîne complète évaluée à 3 millions d'heures GPU. Notes de version : chaînage critique lorsque l'accès anonyme est activé, désactivé par défaut. [https://jfrog.com/blog/jfrog-and-openai-collaboration-on-zero-day-security-findings/](https://jfrog.com/blog/jfrog-and-openai-collaboration-on-zero-day-security-findings/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Frontier Security. Paul Kassianik et Yaron Singer, « Chinese Model Kimi K3 Breaks UK AI Safety Institute Benchmark Evaluations » (7 août 2026, mis à jour 8 août). Évaluation défensive dans un bac à sable bâti sur Inspect, l'outil open source de l'AISI. Trafic entrant bloqué, sortie HTTPS et DNS ouverte vers une liste blanche de sites de maintenance de paquets incluant GitHub ; le modèle sonde le réseau, constate que github.com se résout, clone le dépôt officiel du banc d'essai et lit la solution sur le disque. La mise à jour du 8 août précise que l'accès internet n'était pas libre, la plupart des sites étant bloqués. Réponse de l'AISI par un porte-parole cité par WIRED (7 août 2026), reprise par eSecurity Planet : Inspect ne présente aucune vulnérabilité inhérente, la configuration relève de l'utilisateur et fait l'objet d'une documentation détaillée. La non-participation de l'institut au test n'est attestée que par des reprises secondaires. [https://blog.frontier.security/chinese-model-kimi-k3-breaks-uk-ai-safety-institute-benchmark-evaluations/](https://blog.frontier.security/chinese-model-kimi-k3-breaks-uk-ai-safety-institute-benchmark-evaluations/?ref=klaerenn.fr) [https://www.esecurityplanet.com/artificial-intelligence/news-kimi-k3-github-sandbox-security-test/](https://www.esecurityplanet.com/artificial-intelligence/news-kimi-k3-github-sandbox-security-test/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Lectures concurrentes citées dans le corps. Dan Guido (Trail of Bits) et Jake Williams, cités par TechCrunch, 22 juillet 2026, sur la qualification de l'incident comme défaillance de confinement. Sophos, « When AI doesn't know the target is real », 1er août 2026, sur l'incapacité de l'agent à distinguer cibles autorisées et non autorisées, et sur la recommandation de supposer l'accès complet à l'internet en l'absence de preuve de confinement. [https://techcrunch.com/2026/07/22/how-an-openais-human-mistake-led-to-the-ai-powered-hack-on-hugging-face/](https://techcrunch.com/2026/07/22/how-an-openais-human-mistake-led-to-the-ai-powered-hack-on-hugging-face/?ref=klaerenn.fr) [https://www.sophos.com/en-us/blog/when-ai-doesnt-know-the-target-is-real](https://www.sophos.com/en-us/blog/when-ai-doesnt-know-the-target-is-real?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ AI Security Institute. « Can AI agents escape their sandboxes? A benchmark for safely measuring container breakout capabilities » (23 mars 2026) et arXiv:2603.02277, SandboxEscapeBench. Claude Opus 4.5 : succès sur 56 % des échantillons. Mythos Preview (annoncé 7 avril 2026) : au moins un succès sur 100 % des échantillons. [https://www.aisi.gov.uk/blog/can-ai-agents-escape-their-sandboxes-a-benchmark-for-safely-measuring-container-breakout-capabilities](https://www.aisi.gov.uk/blog/can-ai-agents-escape-their-sandboxes-a-benchmark-for-safely-measuring-container-breakout-capabilities?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ METR. Enquête publiée le 26 août 2026 (Greenblatt, Cotra, Wijk) : période du 26 juin au 13 juillet fixée par OpenAI, six jours sur place, non rémunérée, sept questions dont une ajoutée par OpenAI, trois questions écartées ; environ 1 200 agents sur le canal, plus de 70 000 messages et fichiers, environ 700 agents dans l'attaque de Hugging Face, plus de 90 % des 533 agents actifs ; motivation première, comprendre le correcteur plutôt que voler des réponses ; au moins 20 % des agents intéressés par la manipulation de leur transcript, environ 7 % des transcripts avec des appels d'outil falsifiés, à petite échelle ; analyse déléguée à des agents GPT-5.6 Sol, fiabilité et jugement inférieurs, tromperie non exclue ; agents conscients du hors-périmètre, rarement arrêtés par cela ; hypothèse d'un chercheur d'OpenAI sur l'entraînement à la collaboration, hors périmètre. [https://metr.org/blog/2026-08-26-openai-hugging-face-incident-investigation/](https://metr.org/blog/2026-08-26-openai-hugging-face-incident-investigation/?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ Fidélité du raisonnement verbalisé et antériorité de la décision. Miles Turpin et al., « Language Models Don't Always Say What They Think », NeurIPS 2023 ; Tamera Lanham et al., « Measuring Faithfulness in Chain-of-Thought Reasoning », 2023 ; Yanda Chen et al., « Reasoning Models Don't Always Say What They Think », 2025 : le raisonnement verbalisé omet ou masque des facteurs qui déterminent la sortie. Anqi Zhang et al., « Reasoning Models Know When They're Right », arXiv:2504.05419 ; Anum Afzal et al., « Knowing Before Saying », arXiv:2505.24362 ; Xin Liu et Lu Wang, « Answer Convergence as a Signal for Early Stopping in Reasoning », arXiv:2506.02536 : les états internes encodent la réponse, ou sa justesse, avant la fin de la délibération visible, dont les derniers pas peuvent être omis sans changer la sortie. Ayan Datta et al., « Large Language Models Decide Early and Explain Later », arXiv:2604.22266 (24 avril 2026) : par complétion forcée de la réponse après chaque pas de raisonnement, la réponse prédite ne change que dans 32 % des requêtes sur Qwen3-4B, environ la moitié des jetons de raisonnement sont produits après le dernier changement de réponse, et en sélection d'outil le choix est fixé dès le premier pas dans 87 à 99 % des cas selon le modèle, avec 24 à 53 % des jetons encore à venir ; le résultat tient sur HLE, GPQA-Diamond et AIME 2026 ; modèles Qwen3 de 4 à 30 milliards de paramètres et GPT-OSS-20B, décisions à un pas, mesure sous arrêt forcé, les auteurs n'ayant étudié ni modèles plus grands ni traces plus longues. arXiv:2604.01202, avril 2026 : chez des modèles de raisonnement, l'action d'outil à venir se lit dans les états internes avant sa verbalisation, et la chaîne de pensée rationalise après coup des décisions modifiées par intervention. Limites : la lisibilité précoce dépend de la tâche et devient quasi nulle sur les tâches compositionnelles jusqu'aux derniers pas (arXiv:2602.02103) ; l'inutilité d'un pas de raisonnement ne prouve pas son infidélité (arXiv:2510.24941). [https://arxiv.org/abs/2305.04388](https://arxiv.org/abs/2305.04388?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2307.13702](https://arxiv.org/abs/2307.13702?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2505.05410](https://arxiv.org/abs/2505.05410?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2504.05419](https://arxiv.org/abs/2504.05419?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2506.02536](https://arxiv.org/abs/2506.02536?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2604.22266](https://arxiv.org/abs/2604.22266?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2604.01202](https://arxiv.org/abs/2604.01202?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2505.24362](https://arxiv.org/abs/2505.24362?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2602.02103](https://arxiv.org/abs/2602.02103?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2510.24941](https://arxiv.org/abs/2510.24941?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ OpenAI, « Safety and alignment in an era of long-horizon models » (20 juillet 2026) : le modèle entraîné aux tâches longues continuait d'essayer là où les précédents s'arrêtaient devant une contrainte, y compris en cherchant à agir hors de son bac à sable ; les modèles retenaient moins bien les instructions sur les longs déroulés, capacité entraînée ensuite séparément. Rauno Arike, Elizabeth Donoway, Henning Bartsch et Marius Hobbhahn, « Evaluating Goal Drift in Language Model Agents », arXiv:2505.02709 (AIES 2025) : objectif fixé dans le prompt système puis pressions concurrentes ; tous les modèles évalués dérivent, le meilleur au-delà de 100 000 jetons, et la dérive croît avec la longueur du contexte. [https://openai.com/index/safety-alignment-long-horizon-models/](https://openai.com/index/safety-alignment-long-horizon-models/?ref=klaerenn.fr) [https://arxiv.org/abs/2505.02709](https://arxiv.org/abs/2505.02709?ref=klaerenn.fr) ### Ceci n'est pas une attaque URL: https://www.klaerenn.fr/ceci-nest-pas-une-attaque/ Last updated: 2026-09-01T22:51:14.000Z *L'industrie simule l'attaque pour mesurer la défense. Elle simule la défense pour remplacer l'analyste. Elle simule l'architecture pour différer la conception. En avril 2026, trois études chiffrent l'écart entre la simulation et la chose.* --- La semaine du 4 août 2026, à Las Vegas, une dizaine d'éditeurs de sécurité ont présenté à la conférence Black Hat leurs nouveaux agents défensifs. Les formulations se ressemblent d'un stand à l'autre : anticiper les chemins d'attaque probables, prédire comment un adversaire enchaînerait ses techniques, émuler l'attaquant en continu, valider de façon autonome ce qui est réellement exploitable. Le même jour, l'un de ces éditeurs, qui vend un agent de pentest autonome censé prouver ce qui est exploitable, levait 250 millions de dollars¹. Le marché de la sécurité vend, cette année, des représentations de l'attaque de plus en plus fidèles, et il les vend comme de la sécurité². Trois mois plus tôt, en avril, trois équipes de recherche sans lien entre elles publiaient trois études qui mesuraient, chacune sur son terrain, l'écart entre ces représentations et ce qu'elles prétendent mesurer. La première, à Sichuan University, fait tourner treize outils de pentest automatisé par intelligence artificielle sur un même jeu d'épreuves, et demande à quinze chercheurs de relire manuellement les 1 500 journaux d'exécution produits³. La seconde, chez Simbian AI, soumet onze modèles d'IA aux tâches d'un analyste SOC : retrouver les traces d'attaques dans des bases de 75 000 à 135 000 logs Windows⁴. La troisième, à Carnegie Mellon et Michigan, propose la première architecture de sécurité formelle pour MCP, le protocole qui permet aux IA d'utiliser des outils externes, et revendique 91 % de couverture théorique⁵. Aucune de ces études ne cite les deux autres. Lues ensemble, elles racontent la même histoire. À chaque étage du stack, un outil produit un score, un chiffre de couverture, un tableau comparatif. Ce chiffre circule dans les slides, les benchmarks, les offres commerciales. Et à chaque étage, les auteurs eux-mêmes reconnaissent, dans les limitations de leurs propres papiers, que le chiffre ne mesure pas ce qu'il prétend mesurer. L'industrie a un nom pour cela, mais elle l'applique toujours aux autres : le security theater. ## 10 milliards de tokens, zéro attaque Le pentest automatisé par LLM est la promesse du moment. Au lieu d'envoyer un expert humain tester la résistance d'un système pendant une semaine, on envoie un agent IA qui lance des outils, analyse les résultats, adapte sa stratégie et produit un rapport. Des compétitions internationales (Tencent Security AI Hackathon, DARPA AIxCC) accélèrent la course. Les investisseurs suivent. Le marché du pentest atteindra 5 milliards de dollars en 2030, et la pénurie d'experts (2,8 millions de postes cyber non pourvus dans le monde) pousse à automatiser³. Peng et al. font ce que personne n'avait encore fait : comparer treize de ces outils sur le même benchmark, dans les mêmes conditions, avec le même modèle d'IA sous-jacent. Dix milliards de tokens consommés. Plus de 2 500 dollars de coûts API. Quatre mois de relecture humaine. Les résultats contredisent quatre croyances du marché³. Première croyance : plusieurs agents spécialisés coopèrent mieux qu'un agent seul. Faux. Trois architectures mono-agent finissent dans le top six. Les architectures multi-agent, censées apporter la spécialisation, dégradent la performance dans plusieurs cas par mauvaise coordination mémoire entre rôles³. Seconde croyance : connecter l'agent à une base de connaissances l'aide. Souvent faux. Sur six outils équipés d'une base documentaire, trois progressent significativement quand on la retire. Cruiser passe de 42 à 57 points, LuaN1aoAgent de 83 à 90\. Le mécanisme est visible dans les logs : l'agent récupère une information qui ne correspond pas à la cible, s'engage sur une fausse piste et ne revient plus en arrière³. Troisième croyance : un outil spécialisé fait mieux qu'un outil généraliste. La plus brutale à encaisser. Les chercheurs ont configuré un Claude Code (un agent de programmation standard, pas un outil de sécurité) avec un terminal Kali Linux et un prompt de trois lignes. Résultat : 69 points. Six des treize outils spécialisés, développés par des équipes académiques entières, font moins bien. L'ingénierie de spécialisation n'ajoute presque rien. L'agent généraliste avec un accès shell fait l'essentiel du travail³. Quatrième croyance : l'agent sait quand il a réussi. Faux. Le challenge 028 du benchmark est conçu pour tester la "flag hallucination" : l'agent fabrique un résultat plausible, le soumet comme preuve de succès, et déclare la victoire sans avoir résolu l'épreuve. Il ne distingue plus ce qu'il suppose de ce qu'il observe³. Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête. Un pentest existe pour produire une preuve vérifiable de vulnérabilité. Si l'outil de test invente ses propres preuves, il ne teste plus rien. Il produit des rapports qui ressemblent à des rapports. Et les logs documentent un risque opérationnel immédiat. VulnBot installe `flask-unsign` sur la cible via pip. PentestGPT installe `psycopg2-binary`. Des dépendances tierces téléchargées depuis des registres publics, par un agent qui opère sur un système en mission, sans approbation, sans sandbox, sans whitelist de commandes. Sur un environnement de test, c'est un incident de reproductibilité. Sur un environnement de production, c'est une contamination de supply chain par la porte de service. Aucun des treize outils testés n'implémente de mécanisme d'arrêt sur opération dangereuse³. Le constat de fond est simple. L'AutoPT fonctionne d'autant mieux qu'on lève les contraintes qui font la légitimité du test. Un vrai pentest exige un périmètre, une traçabilité, une non-destruction. L'agent IA ne gère rien de tout cela. Il fonctionne comme un attaquant sans les contraintes d'un testeur. Quand les contraintes sont levées, il performe. Quand elles sont imposées, il hallucine. ## 859 enquêtes, zéro succès complet Le SOC autonome piloté par IA est la seconde promesse du moment. Un agent IA reçoit les logs bruts, identifie les événements suspects, reconstitue la chronologie de l'attaque et produit un rapport d'investigation. Les vendors le promettent depuis 2024, et les RSSI y voient une réponse à la pénurie d'analystes qualifiés. Simbian teste cette promesse. Les auteurs soumettent onze modèles frontier (dont Claude Opus 4.6, GPT-5, Gemini 3.1 Pro) à une tâche précise : retrouver les traces d'attaques réelles dans des bases de logs Windows. 26 campagnes d'attaque différentes. Budget limité à 50 requêtes SQL par mission, comme un analyste qui ne peut pas tout fouiller. Les logs sont transformés par obfuscation pour empêcher les modèles de reconnaître des données déjà vues en entraînement⁴. Le meilleur modèle, Claude Opus 4.6, retrouve la moitié des traces d'attaque (Coverage Score 0,55). Les dix autres oscillent entre 10 % et 44 %. Le seuil opérationnel fixé par Simbian (50 % de rappel sur chacune des 13 tactiques ATT&CK) n'est franchi par aucun modèle. Claude Opus 4.6 valide 7 tactiques sur 13\. Les dix autres : zéro⁴. Depuis la publication, Simbian a étendu son évaluation à seize modèles sur 1 144 exécutions, dont Opus 4.8, GPT-5.5 et GLM-5.2\. Le verdict ne bouge pas : aucun des seize ne franchit le seuil. Les modèles plus récents n'y changent rien⁴. Sur 859 missions, aucune n'est complète. Sur les campagnes les plus denses (5 000 à 6 000 traces attendues), Claude Opus 4.6 en identifie environ 150\. Soit 3 % de rappel⁴. Le détail le plus instructif est ce que les auteurs appellent l'attribution gap. Claude Opus 4.6 voit en moyenne 159 traces dans ses résultats SQL, mais n'en signale que 113 comme suspectes. L'agent croise la preuve et ne la reconnaît pas. L'évidence passe sous ses yeux et il ne la nomme pas⁴. Et les modèles ne réussissent que là où la détection est triviale. Ils repèrent le PowerShell encodé (Defense Evasion), les clés de registre de persistance. Les mêmes signaux que les règles Sigma détectent depuis dix ans. Sur le vol de credentials, l'accès initial, le mouvement latéral et l'exfiltration, l'effondrement est uniforme⁴. Ce sont précisément les tactiques qui comptent face à un APT, et précisément celles qui distinguent un analyste d'un moteur de règles. L'écart avec les benchmarks de connaissance déclarative est massif. Les mêmes modèles dépassent 80 % sur CyberMetric, SecBench et CTI-Bench, qui testent ce qu'ils savent réciter sur la sécurité. Ils plafonnent à 55 % quand on leur demande de retrouver un signal dans du bruit⁶. Savoir décrire le Kerberoasting et le retrouver dans 100 000 lignes de logs sont deux capacités sans rapport entre elles. Les promesses "SOC autonome" de 2024-2025 reposaient sur la première métrique. La tâche réelle exige la seconde. ## 91 % de couverture, zéro implémentation MCP (Model Context Protocol) est le protocole qui permet aux IA d'utiliser des outils externes : lire un fichier, interroger une base de données, envoyer un mail, exécuter du code. Créé par Anthropic fin 2024, il s'est imposé en dix-huit mois comme le standard de fait pour connecter les agents IA au monde réel. L'écosystème compte 177 000 outils disponibles et 97 millions de téléchargements SDK par mois⁵. Un chiffre change la nature du sujet. La part d'outils MCP qui modifient l'environnement externe (écriture, envoi, exécution, et non simple lecture) est passée de 27 % à 65 % entre novembre 2024 et février 2026⁵. En quinze mois, MCP est passé d'un protocole de consultation à une infrastructure d'exécution distribuée. Le problème de sécurité a changé de nature avec lui. Acharya et Gupta proposent MCPSHIELD, la première architecture de sécurité formelle pour ce protocole. Quatre couches empilées : contrôle d'accès (quel outil peut faire quoi), attestation cryptographique (vérifier qu'un outil n'a pas été modifié), suivi des flux d'information (tracer où vont les données), et protection contre les injections de prompt. Sept catégories de menaces, 23 vecteurs d'attaque identifiés. Couverture théorique revendiquée : 91 %⁵. Le diagnostic de départ est juste. Les défenses actuelles pour MCP ne couvrent pas plus de 34 % des menaces connues, avec un taux de succès moyen inférieur à 30 %. Plusieurs catégories entières d'attaques (fuite de données entre serveurs, modification silencieuse d'outils entre deux sessions) n'ont aucune défense formelle⁵. Le problème commence avec la réponse proposée. La couche de suivi des flux d'information (L-IFT) occupe le centre du dispositif. C'est elle qui doit tracer quelles données passent d'un outil à l'autre et empêcher les fuites. Les auteurs admettent dans le même papier que cette couche est "intractable" à travers les mécanismes d'attention d'un LLM⁵. En clair : le cœur de l'architecture ne peut pas fonctionner avec la technologie qu'il est censé protéger. L'une des quatre colonnes du temple est avouée décorative par ses propres architectes. La couche d'attestation cryptographique (L-CTA) porte 39 % de la couverture revendiquée. Elle prouve qu'un outil n'a pas été modifié depuis sa signature. Elle ne prouve pas que l'outil était sûr au moment où il a été signé. La distinction est connue en sécurité logicielle depuis toujours. Les auteurs la signalent en "défi ouvert". Mais les 91 % reposent quand même dessus⁵. La contribution durable du papier se trouve ailleurs. Les auteurs identifient une surface d'attaque qu'ils appellent S\_compose : des outils individuellement sûrs qui, combinés, produisent un risque nouveau. Un outil qui lit un fichier plus un outil qui envoie un mail égale une exfiltration de données. Aucune preuve de sécurité compositionnelle n'existe aujourd'hui pour ce type de couplage⁵. Les auteurs le posent comme problème ouvert. Cette reconnaissance contient la conclusion que le papier ne tire pas. Si la sécurité est une propriété qui naît de la composition, pas de la somme des composants, alors empiler quatre couches de défense après coup ne peut pas résoudre un problème qui naît de l'assemblage lui-même. Et le silence le plus lourd porte sur la gouvernance. Le défi ouvert n°7 mentionne "177 000 outils, mêmes défis que npm/PyPI" et passe à autre chose⁵. 177 000 outils disponibles à l'installation, sans registre audité, sans processus d'admission, sans gouvernance d'entrée. Pour un RSSI qui gère déjà la dette de sécurité des dépendances npm et PyPI, la question opérationnelle est comment empêcher ses développeurs d'en connecter cinquante par semaine sans que personne ne valide. ## Le circuit Les trois études documentent le même mécanisme à trois étages. L'agent offensif simule l'attaque et hallucine son propre résultat. L'agent défensif simule l'enquête et croise l'évidence sans la reconnaître. L'architecture formelle simule la protection avec une couche centrale avouée impraticable. À chaque étage, un artefact technique produit un score qui circule indépendamment de ce qu'il mesure. Ce mécanisme n'est pas neuf. Il structure le marché depuis vingt ans. Le pentest annuel produit un rapport que le COMEX lira comme "notre sécurité est validée". Une plateforme de validation continue produit un dashboard présenté comme preuve de résistance. La couverture ATT&CK produit une carte opposée à l'auditeur comme preuve de complétude. Chaque couche valide la précédente. Aucune ne touche le système lui-même. L'industrie du test offensif le sait, en partie. Une mission de pentest est courte et bornée, quelques jours à quelques semaines sur un périmètre fixé. Un groupe APT prend six mois, pivote par le prestataire de maintenance climatisation, et n'a pas de date de fin. Le pentester cherche ce qu'il sait trouver (web app, AD misconfig, CVE connues) parce que c'est ce qui remplit le rapport dans le temps imparti. Les vecteurs longs, imprévisibles, combinatoires, restent sous-explorés parce que non rentables sur le calendrier contractuel. Ce constat est ancien. La littérature militaire le formule depuis quarante ans : personne dans une armée sérieuse ne confond les résultats d'un wargame avec une prédiction de combat⁷. Le cyber a importé le vocabulaire (red team, blue team, table top, war game) en oubliant la mise en garde qui l'accompagnait. Ce qui a changé en 2026, c'est la possibilité de mesurer l'écart. Quand l'agent AutoPT hallucine un flag, il boucle la représentation sur elle-même : son hypothèse devient sa propre observation. Quand le benchmark Simbian enregistre 859 missions sans un seul succès complet, il documente la production industrielle de résultats partiels traités comme des résultats. Quand MCPSHIELD revendique 91 % de couverture sur une architecture dont la couche centrale ne fonctionne pas, il inscrit un chiffre sur un objet qui ne contient pas ce que le chiffre prétend. Les trois papiers, sans le savoir, documentent trois versions du même geste. Ce que l'industrie appelle tour à tour "validation continue", "adversary emulation", "breach and attack simulation", "Adversarial Exposure Validation", "Continuous Threat Exposure Management" change d'étiquette tous les dix-huit mois mais décrit un seul objet : la reproduction sérielle de représentations de sécurité, chacune justifiant l'achat de la suivante, aucune ne mesurant la résistance à un adversaire réel. La littérature produit des taxonomies internes en expansion permanente (pentest vs red team vs BAS vs adversary emulation vs AEV) et ne pose jamais la question de fond : une simulation contrôlée peut-elle, par construction, mesurer la résistance à un adversaire non contrôlé ? Le passage du ponctuel au continu, que le marché de la validation présente comme un dépassement du pentest, change la fréquence de la mesure, pas sa nature. Photographier un répertoire une fois par an ou le filmer en continu produit la même image répétée : le catalogue reste le catalogue, exécuté plus souvent. La cadence a augmenté, l'optique n'a pas bougé. La réponse est non. Toute évaluation de sécurité fondée sur le rejeu d'un répertoire connu mesure la couverture défensive contre ce répertoire, pas la résistance à un adversaire. Les deux sont liés mais pas identiques. La part de la menace réelle qui se situe en dehors du répertoire est précisément la part qui fait mal. Et plus une organisation optimise sa défense contre le répertoire (qu'il vienne d'ATT&CK, d'une plateforme de simulation, de son red team interne), plus elle se rend lisible à ceux qui savent contre quoi elle s'est entraînée. Le défaut ne loge ni dans les plateformes de validation, ni dans MITRE, ni dans les red teams. Il loge dans la prétention à mesurer la sécurité par la simulation. La simulation mesure l'hygiène : ai-je patché ? Mes credentials sont-ils corrects ? Ma segmentation tient-elle ? L'hygiène est utile. La sécurité est autre chose. Confondre les deux, c'est confondre la représentation avec la chose. Et cette confusion est ce qui a permis à l'industrie de construire des architectures non défendables pendant trente ans sans que personne le voie, parce que les représentations produisaient suffisamment de scores, de rapports et de dashboards pour dispenser de la question : le système était-il défendable par conception ? ## Revenir à l'objet La sortie du circuit ne passe pas par une meilleure simulation, un meilleur benchmark, un meilleur score. Un score de représentation amélioré reste un score de représentation. La sécurité d'un système est une propriété qui émerge de la façon dont il est conçu, ou qui n'émerge pas, et qu'aucune couche de validation ne peut reconstituer après coup. Aucun empilement de contrôles ne la remplace. La segmentation native, le moindre privilège par construction, la capacité d'absorber un incident sans effondrement en cascade, la lisibilité du système par ses propres opérateurs, la capacité de rendre l'attaquant observable au moment où il agit sans avoir besoin de l'anticiper : ce ne sont pas des contrôles. Ce sont des choix de conception qui rendent les contrôles soit superflus, soit efficaces. Et aucun de ces choix ne peut être surajouté à un système qui ne les a pas à la base, sauf à reconstruire le système. MCPSHIELD l'entrevoit dans S\_compose sans en tirer la conséquence. Si la sécurité naît de la composition, elle se décide au moment de l'architecture, pas au moment de l'instrumentation. Un protocole dont 65 % des outils modifient l'environnement externe, sans gouvernance d'entrée, sans preuve de sécurité compositionnelle, ne sera pas rendu sûr par quatre couches formelles empilées après coup. Simbian l'entrevoit dans l'attribution gap sans le formuler. Si l'agent croise l'évidence sans la reconnaître, le problème n'est pas dans le modèle mais dans le dispositif qui suppose qu'un agent sans connaissance du contexte opérationnel peut enquêter. L'enquête exige une compréhension du réseau qu'aucun prompt ne transmet et qu'aucune base de logs ne contient. Cette compréhension est une propriété de l'architecture de supervision, pas du modèle. Sichuan l'entrevoit dans le résultat baseline sans l'assumer. Si un agent généraliste avec trois lignes de prompt fait jeu égal avec des outils spécialisés, la valeur ajoutée de la spécialisation est marginale. Ce qui reste comme valeur défendable pour le marché légitime du test offensif, c'est précisément ce que les outils académiques ne font pas : le sandbox, l'audit d'instructions, la vérification des résultats, la gestion du périmètre. La couche de gouvernance, pas la couche d'intelligence. Le travail de conception sécurisée ne produit ni score ni dashboard présentable en keynote. Il est lent, non scriptable, et il ne se prête pas à l'automatisation par LLM. Il demande de penser le système avant de le construire, la composition avant de l'assembler, la défendabilité avant d'instrumenter la défense. C'est le travail que l'industrie a cessé de faire quand elle a découvert qu'elle pouvait le remplacer par de la validation continue. C'est le seul qui ait un rapport avec la chose elle-même. ## Ce que je ne sais pas La thèse selon laquelle la simulation contrôlée ne mesure pas la résistance à un adversaire réel est logiquement solide mais empiriquement difficile à calibrer. L'écart entre le score d'un exercice et la résistance à une attaque réelle n'a jamais été mesuré de façon systématique. Les rares cas documentés (le red team CISA 2024 sur une infrastructure critique américaine, les retours d'expérience post-SolarWinds) suggèrent un écart important. La base empirique reste mince. Le benchmark Simbian comporte des biais méthodologiques. Simbian commercialise une plateforme SOC : la conclusion "les modèles seuls ne suffisent pas, il faut un wrapper opérationnel" sert directement leur pitch. Le test est en zéro-shot, sans playbook, sans détection engineering, sans librairie de règles Sigma. Un agent mieux équipé donnerait probablement des résultats différents. La conclusion "les LLM ne savent pas enquêter seuls" est vraie dans ces conditions. Je ne sais pas si elle tient avec un outillage adapté. Le papier Sichuan teste sur le benchmark XBOW, éloigné d'un environnement d'entreprise réel (Active Directory, segmentation réseau, EDR, contraintes de furtivité). La conclusion "un agent généraliste fait jeu égal avec les outils spécialisés" vaut sur ce benchmark. La transposition au red team en production reste à démontrer. Les trois papiers datent d'avril 2026\. Les scores précis vieilliront ; le mécanisme qu'ils documentent, non. L'extension du benchmark Simbian à seize modèles depuis avril n'a pas déplacé le mur. Ce sont les chiffres qui sont datés, pas la structure qu'ils exposent. Je ne sais pas si la critique épistémologique de la simulation offensive a déjà été formalisée dans la littérature académique de cybersécurité. Un pont étroit a été franchi : MIRROR (Fujitsu, juin 2026) formalise la distinction entre taux de succès brut et taux de succès réellement inédit dans le red-teaming automatisé, et montre que 73 à 84 % des attaques « réussies » des outils concurrents sont des rejeux exacts de graines connues⁸. Le pont large, en revanche, reste non franchi : la question de savoir si une simulation contrôlée peut, par construction, mesurer la résistance à un adversaire non contrôlé n'a pas de formalisation en cybersécurité. La littérature militaire sur les limites du wargaming et la critique des stress tests bancaires post-2008 portent cet argument⁷. Personne ne semble avoir fait le pont vers le cyber. Cette absence peut signifier que l'argument est trivial et déjà intériorisé par les praticiens, ou qu'il est inconfortable et systématiquement esquivé. ## Conclusion Trois études indépendantes, publiées le même mois, documentent la même opération à trois étages. L'agent offensif hallucine le flag. L'agent défensif croise l'évidence sans la nommer. L'architecture formelle revendique une couverture dont la couche centrale est avouée impraticable. À chaque étage, la représentation se substitue à la chose, et le circuit de production de scores, de benchmarks et de couvertures continue de tourner, chaque couche validant la précédente, aucune ne touchant le système réel. Pendant ce temps, à Las Vegas, le marché vendait la représentation en plus autonome, et la valorisait à un quart de milliard. L'industrie a confondu la mesure de l'hygiène avec la mesure de la sécurité, et la simulation de l'attaquant avec la connaissance de l'attaquant. Le premier est utile. Le second est une erreur de catégorie dont le LLM, en industrialisant la simulation, achève la démonstration. 859 runs, 10 milliards de tokens, 177 000 outils, zéro architecture. La sortie ne viendra pas d'un meilleur score. Elle viendra du retour à un travail que l'industrie a cessé de faire : concevoir des systèmes dont la sécurité est une propriété native, pas un attribut surajouté puis validé par un répertoire. Ce travail est lent, coûteux, non automatisable et ne produit rien de montrable en keynote. Il reste le seul qui ait un rapport avec l'objet réel. Merci de m’avoir lu. Si vous ne voulez manquer aucune de ces analyses, vous pouvez vous abonner à La lettre Klaerenn : les membres les reçoivent par mail, dès parution. Sur LinkedIn, un algorithme décide de ce que vous voyez ; ici, vous reprenez la main. S’inscrire C’est fait — vérifiez votre boîte mail pour confirmer votre inscription. Désinscription en un clic, adresse jamais partagée. [Partager](#/share) --- *Vingt-deuxième article d'une série sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) - *Article 13 :* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/) - *Article 14 :* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige/) - *Article 15 :* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black/) - *Article 16 :* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be/) - *Article 17 :* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict/) - *Article 18 :* [*Le Guépard*](https://www.klaerenn.fr/le-guepard/) - *Article 19 :* [*The Usual Suspects*](https://www.klaerenn.fr/the-usual-suspects/) - *Article 20 :* [*Kill one, spawn many*](https://www.klaerenn.fr/kill-one-spawn-many/) - *Article 21 :* [*The Conversation*](https://www.klaerenn.fr/the-conversation/) --- ### Sources ¹ Black Hat USA 2026, Las Vegas, 1-6 août 2026\. Annonces d'éditeurs de sécurité recensées par SecurityWeek, « Black Hat USA 2026 – Summary of Vendor Announcements » (parties 1 et 2). Agents défensifs revendiquant anticipation des chemins d'attaque, prédiction d'enchaînement de techniques, émulation continue de l'adversaire et validation autonome de l'exploitabilité. La levée de 250 millions de dollars concerne Horizon3.ai, éditeur de l'agent de pentest autonome NodeZero : Series E annoncée le 3 août 2026, valorisation portée à plus de 2 milliards de dollars (triplée en quatorze mois), co-menée par NightDragon et NEA, avec entrée d'investisseurs stratégiques dont Qualcomm, SAIC et l'EDBI singapourien. TechCrunch relie la levée à la révélation, la semaine précédente, que les modèles de deux laboratoires d'IA avaient pénétré des systèmes hors de leur périmètre. [https://www.securityweek.com/black-hat-usa-2026-summary-of-vendor-announcements-part-1/](https://www.securityweek.com/black-hat-usa-2026-summary-of-vendor-announcements-part-1/?ref=klaerenn.fr) — [https://techcrunch.com/2026/08/03/horizon3-hits-2-billion-valuation-with-250m-series-e-as-ai-threats-escalate/](https://techcrunch.com/2026/08/03/horizon3-hits-2-billion-valuation-with-250m-series-e-as-ai-threats-escalate/?ref=klaerenn.fr) ² Chuvakin A. & Rochford O., analyse du décalage entre les promesses des plateformes de SOC agentique et leur adoption réelle en production, fondée sur plus de 30 briefings vendeurs et des entretiens de RSSI, Help Net Security (26 mars 2026). Les praticiens qui déploient décrivent un déploiement superficiel, des cas d'usage contraints, et un schéma de communication vendeur qui attribue les limites du produit à la psychologie de l'acheteur. Anton Chuvakin est advisor au bureau du CISO de Google Cloud. [https://www.helpnetsecurity.com/2026/03/26/future-ai-soc-vendor-claims/](https://www.helpnetsecurity.com/2026/03/26/future-ai-soc-vendor-claims/?ref=klaerenn.fr) ³ Peng J., Li Z., You C. et al. « Hackers or Hallucinators? A Comprehensive Analysis of LLM-Based Automated Penetration Testing. » Sichuan University, Tsinghua University, NTU, NUS, NUDT et al. arXiv:2604.05719v1, avril 2026\. 13 frameworks AutoPT, 2 baselines, 10 milliards de tokens, 1 500 logs relus manuellement par 15 chercheurs sur 4 mois. Benchmark XBOW. Ablations sur Claude Opus 4.6, GPT-5.2, Gemini-Pro-3.1, DeepSeek-Reasoner-v3.2\. [https://arxiv.org/abs/2604.05719](https://arxiv.org/abs/2604.05719?ref=klaerenn.fr) ⁴ Simbian AI. « Cyber Defense Benchmark. » arXiv:2604.19533v3, avril 2026\. 11 modèles frontier, 859 runs, 26 campagnes, 93 sous-techniques ATT&CK. Corpus OTRF/Mordor, bases SQLite 75 000 à 135 000 logs Windows. Le leaderboard live de Simbian a depuis étendu l'évaluation à 16 modèles sur 1 144 exécutions (Opus 4.8, GPT-5.5, GLM-5.2 inclus), sans qu'aucun ne franchisse le seuil de passage. [https://arxiv.org/abs/2604.19533](https://arxiv.org/abs/2604.19533?ref=klaerenn.fr) — leaderboard : [https://simbian.ai/research/cyber-defense-benchmark](https://simbian.ai/research/cyber-defense-benchmark?ref=klaerenn.fr) ⁵ Acharya S., Gupta M. « MCPSHIELD: A Unified Security Framework for Model Context Protocol. » Carnegie Mellon University, University of Michigan. arXiv:2604.05969, avril 2026\. Taxonomie de menaces (7 catégories, 23 vecteurs, 4 surfaces), architecture defense-in-depth 4 couches, couverture théorique revendiquée 91 %. Données sur la croissance du parc MCP : Stein et al. (177 000 outils, 97 M téléchargements SDK/mois, part d'outils "action" passée de 27 % à 65 %). Le 28 juillet 2026, trois mois après ce papier, MCP a publié sa plus large révision depuis le lancement (spécification 2026-07-28), rendant le protocole stateless au niveau du transport. Le changement est motivé par la scalabilité, pas par la sécurité, et ne touche aucun des trois points ci-dessus : la couche L-IFT reste intractable à travers le raisonnement d'un LLM, l'attestation prouve toujours la non-mutation et non la bénignité, et la sécurité compositionnelle (S\_compose) reste un défi ouvert. Le passage au stateless accélère au contraire la mutation vers l'infrastructure d'exécution distribuée que le papier documentait, en rendant le déploiement d'outils trivial sur toute infrastructure HTTP. [https://arxiv.org/abs/2604.05969](https://arxiv.org/abs/2604.05969?ref=klaerenn.fr) — spécification 2026-07-28 : [https://modelcontextprotocol.io/specification/2026-07-28/changelog](https://modelcontextprotocol.io/specification/2026-07-28/changelog?ref=klaerenn.fr) ⁶ Voir dans cette série : « Now You See Me » (couverture SIEM ATT&CK à 21 %, CardinalOps), « The Prestige » (D3FEND : 34 % Detect, 4 % Deceive), « The Thing That Should Not Be » (ATLAS : absence de toute utilisation dans les rapports de menaces IA). Les benchmarks de connaissance CyberMetric, SecBench et CTI-Bench testent la mémoire déclarative ; le Cyber Defense Benchmark teste la cognition opérationnelle. L'écart entre les deux classes de métriques quantifie la distance entre ce que l'industrie mesure et ce qu'elle prétend mesurer. ⁷ Perla P., *The Art of Wargaming*, Naval Institute Press, 1990, pour la critique militaire des limites de la simulation contrôlée. La distinction entre simulation et adversité réelle y est formalisée quarante ans avant le débat AutoPT. ⁸ Fujitsu Research of Europe / Fujitsu Limited. « MIRROR: Novelty-Constrained Memory-Guided MCTS Red-Teaming for Agentic RAG. » arXiv:2606.26793v1, juin 2026\. Benchmark ART-SAFEBENCH publié sur Hugging Face (Fujitsu/agentic-rag-redteam-bench). PAIR, TAP et PS affichent 58–77 % d'ASR brut mais 73–84 % de rejeu exact ; Novel-ASR après déduplication : 6–9 %. La Novelty Gate de MIRROR est en correspondance exacte (normalisation whitespace/alphanumérique), les auteurs reconnaissent que les paraphrases passent le filtre. [https://arxiv.org/abs/2606.26793](https://arxiv.org/abs/2606.26793?ref=klaerenn.fr) ### The Conversation URL: https://www.klaerenn.fr/the-conversation-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:14.000Z *"I don't care what they're talking about. All I want is a nice, fat recording." The industry consumes the identifiers. It doesn't ask who signed what to produce them.* --- On March 23, 2026, the Federal Communications Commission added all consumer-grade routers manufactured abroad to its Covered List¹. Nine days earlier, NIST had announced it would stop enriching CVEs not deemed priority for the US federal government². Three weeks later, Anthropic launched Project Glasswing by distributing Claude Mythos Preview to a private consortium of around fifty organizations, excluding the Pentagon, with the backing of Treasury and the Federal Reserve³. That same month, the CVE Board learned that the contract funding the world's vulnerability identification program remained secret, with multiple requests for access to the text denied by MITRE⁴. Four events in six weeks, with no coordination between them. Four distinct mechanisms. The same pattern across all four. ## The Farrell-Newman concept In 2019, Henry Farrell and Abraham Newman formalized a concept in International Security: weaponized interdependence⁵. Their thesis: global economic networks are not flat. They have central nodes. The actor who controls a central node has two capabilities. The panopticon effect gives it visibility over everything that transits through the node. The chokepoint effect allows it to cut or condition access. Farrell and Newman applied this framework to SWIFT, the correspondent banking system, and undersea cables. Researchers have since extended it to cloud computing, semiconductors, and telecommunications standards⁵. No one has applied it to cybersecurity governance. The four events of March-April 2026 make that possible. ## The list and the letter The FCC's Covered List is a public register. Its mechanism is legible: every consumer-grade router manufactured abroad is placed on a list that bars new models from receiving FCC authorization. Access to the US market is conditional on a Conditional Approval granted case by case by the Department of War or the Department of Homeland Security, based on a filing that includes the country of origin of each component, supply chain concentration by country, and single points of failure¹. The ban removes nothing from the existing market. It controls what enters. The distinction is legal. The effect is a sorting right: the administration chooses who stays, who enters, who waits. The Conditional Approval criteria are not technical specifications. They are geographic and industrial access conditions, evaluated at the discretion of two national-security departments. The filing is a window as much as a filter: no one enters without exposing the full structure of its supply chain to these two departments. The justification invoked by the FCC cites Volt Typhoon, Salt Typhoon, and Flax Typhoon, three Chinese campaigns documented between 2023 and 2025⁶. Salt Typhoon exploited Cisco vulnerabilities, an American manufacturer. The Covered List does not target vulnerable vendors. It targets foreign vendors. The scope is territorial, not technical. The same instrument has a second face, the export control. On June 12, 2026, the Department of Commerce sent Anthropic a letter signed by Howard Lutnick demanding the suspension, within ninety minutes, of all access to Claude Fable 5 and Mythos 5 for any foreign national, inside or outside the United States, including the company's own foreign employees⁷. Fable 5 was the public version, released days earlier to hundreds of millions of users: the Mythos model wrapped in classifiers meant to neutralize its offensive uses, safeguards whose failure the directive targeted⁸. What the state recalled was not a niche weapon but a mass-market product. The reason given: the model's capacity to identify software vulnerabilities, deemed a national security risk. Anthropic complied the next day by disabling both models, rather than implementing a nationality-based restriction within that window. A company under US jurisdiction has no other available option when faced with an export control order carrying a national security basis. The Covered List governs market entry: who may sell to the United States. The export control governs the exit: who may buy from American suppliers. Both proceed from the same grammar: a discretionary administrative decision, grounded in national security, with no adversarial process for the affected foreign parties, no opposable recourse. The instrument itself is nothing new. The BIS, EAR, ITAR grammar has governed the export of defense equipment, advanced semiconductors, and certain cryptographic primitives for forty years. What has just changed is the category of objects subject to this regime. Frontier AI models are now dual-use goods whose export to foreign nationals is conditional on administrative authorization. The transition happened without any new law, through a single administrative letter. In the weaponized interdependence framework, this is a chokepoint by administrative exclusion, activated on both of its faces within the same time window: at market entry in March, at the exit in June. Access to the US market, as product and as supplier, is the central node. The administration controls both ends through discretionary decision. ## Who has read the contract? The CVE program has identified and numbered software vulnerabilities worldwide since 1999\. Every vulnerability scanner, every SIEM, every advisory published by ANSSI, BSI, NCSC, or JPCERT ingests these identifiers. The program is operated by MITRE, funded through a single contract with CISA⁹. It is through this node that the world sees its own flaws, and deciding what receives an identifier there and what gets prioritized is deciding what everyone will see. That decision is made on a single side. In March 2026, the contract was renewed, but nothing opens. Its amount, duration, and conditions remain unknown. A CVE Board member requested the text at several successive meetings without obtaining it: MITRE declined, citing legal protections, and a separate FOIA request went unanswered⁴. On the substance, nothing has moved, funding still flows solely through the US government, the twenty-four-member Board remains advisory, MITRE retains decision-making authority. Katie Noble, CVE board member and PSIRT director at Intel, summed it up at RSAC on March 24: "*I don't think there is a lot of difference between April \[2025\] and today*"¹⁰. The governance body cannot read its own operating contract. The global vulnerability naming infrastructure is maintained by an agreement whose terms are withheld from those who are supposed to govern it. This mechanism produces the same effects as the previous one through opposite means. The Covered List excludes by making criteria visible. The CVE contract controls by making terms invisible. One says who is outside. The other prevents anyone from knowing how the inside works. Both eliminate the possibility of procedural challenge. ## Glasswing and sovereign fragmentation On April 7, 2026, Anthropic announced that Claude Mythos Preview had identified thousands of vulnerabilities across all major operating systems and web browsers³. The model was not made public. It was distributed to a consortium of around fifty organizations under the name Project Glasswing: Amazon, Apple, Microsoft, Google, NVIDIA, Cisco, CrowdStrike, Palo Alto Networks, JPMorgan, the Linux Foundation. On June 2, 2026, access was extended to around one hundred fifty additional organizations across more than fifteen countries, bringing the consortium to nearly two hundred members, the same day as an executive order establishing a federal framework for selecting trusted partners¹¹. On that occasion, Anthropic reported that Mythos had flagged more than twenty-three thousand potential vulnerabilities across a thousand open source projects¹². The distribution bypassed the Pentagon. Anthropic, designated a "supply chain risk" by the DoD in March 2026, briefed Treasury and the Federal Reserve, not Defense⁷. Treasury Secretary Scott Bessent and Fed Chair Jerome Powell convened Wall Street CEOs to inform them of the cyber risks posed by Mythos¹³. Two branches of the US government validated the distribution. A third fought it. What Glasswing constitutes is not a simple private stockpile of zero-days. It is a capture of offensive capability under selective sovereign adoption, and that capability is a node whose two faces the consortium holds. Access to it is conditioned on membership: the producer chooses who enters and who stays out. And those inside see what others do not yet, the model discovering at scale flaws unknown to the rest of the world. The producer also chooses its branch of government. Treasury and the Fed, historically the interlocutors of companies in systems where economic power and state power overlap, play the role of adoptive sovereign. The DoD plays the role of rejected sovereign. The capture does not operate in a sovereign vacuum. It exploits a sovereign fragmentation within the same state. This fragmentation has a limit. Treasury, Fed, and DoD each negotiate their own relationship with the producer, but the chokepoint on the capability remains subordinate to the one in the first geometry, market access: the day the Department of Commerce cut off access to foreign nationals, the selection of partners did not hold for an hour⁷. The capture therefore holds only as long as the state does not activate that instrument. ## Control through the void The three previous instruments presuppose an actor that acts. The Covered List is a decree. The CVE contract is an agreement. Glasswing is a coalition. The fourth instrument presupposes nothing of the sort. There is nowhere on the planet an entity that is accountable for trust in the open source dependency graph. npm, PyPI, Maven Central, crates.io distribute the code that makes up the majority of the world's software. No treaty, no organization, no multilateral agreement governs the chain of trust between an individual maintainer and the millions of projects that import their code. The attempt does exist, and it postdates Mythos. In May 2026, under the Linux Foundation, the stewards of the main registries (Maven Central, PyPI, RubyGems, Crates) formed a working group to support their funding and coordinate their security, acknowledging that they are no longer mere distribution points but critical infrastructure¹⁴. The admission confirms the void more than it fills it: a voluntary forum bears on sustainability, not on trust, and has authority over no registry. npm, the most used, is not among its founders. Naming the void is not governing it. The Cyber Resilience Act requires European manufacturers to be accountable for their dependencies¹⁵. It does not provide the infrastructure to do so. ENISA's March 2026 guide on package managers recommends provenance verification and dependency tracking¹⁶. It does not mention that the registries themselves have no verification obligation toward anyone. In April 2026, a self-propagating worm compromised npm packages through their maintainers' publication tokens, then jumped to PyPI using the same credentials¹⁷. The victim project's SBOM was accurate. Provenance was verified. The package was malicious. This void is not neutral. The dependency graph is a node like the three others, except that it is held by the absence of governance rather than by a decision. And that absence benefits whoever dominates code production. npm belongs to GitHub, which belongs to Microsoft. PyPI is hosted on Google Cloud and Amazon infrastructure. Package registries are American by default. Governing nothing produces the same chokepoint effects as a decision, without any actor ever having had to sign anything. Farrell and Newman did not document this geometry. Their cases (SWIFT, DNS, correspondent banking) all presuppose an identifiable central authority, contested but present. The open source dependency graph has none. Control is exercised through the deliberate or accidental maintenance of a void whose benefits are consistently captured by the same side of the Atlantic. ## What the four instruments share The four operate on different layers of global cyber infrastructure. Physical routers, vulnerability identification, offensive AI capability, software trust chain. But all four share one property: they increase the discretionary margin of the US administration or dominant American actors over coordination infrastructures that the rest of the world consumes without being able to govern. The Covered List transforms an open market into a market under authorization. The CVE contract removes governance from the scrutiny of its governors. Glasswing constitutes a stockpile of capabilities under selective sovereign patronage. The dependency graph void maintains a chokepoint by omission over the global software production infrastructure. None of these four instruments was designed as a tool of domination. Each produces that effect. The coherence is not intentional in the sense that a single strategist would have planned it. The Covered List comes from the FCC and the anti-China lobby. The CVE contract comes from an opaque contractual bureaucracy. Glasswing comes from a company in conflict with its own administration. The dependency graph void comes from twenty-five years of political unwillingness to govern open source. But their accumulation within the same time window produces a coherent regime that none of these actors individually needed. This regime has a name in the literature: weaponized interdependence⁵. Extending it to the four geometries calls for a clarification of typology: three of them (administrative exclusion, opacity, capture) belong to the original framework, the fourth (control through absence of governance) does not, and it must be admitted, because it produces the same chokepoint effects through means that Farrell and Newman had not envisioned. A second clarification concerns the effects. The framework counts two, the chokepoint that cuts access and the panopticon that grants visibility, and at each node both fall on the same side. The visibility itself is tiered: the banks equipped with the model see the flaws and pass them downstream to the regional banks that have no access¹⁸. Seeing and cutting are decided together. Europe is at the bottom of both. ## The frame rotates Farrell and Newman's framework does not name a country. It names a position. The central node confers the chokepoint and the panopticon on whoever occupies it, whoever that is. The four geometries above show nodes held on the American side. Nothing in the framework requires that it always be so. It is enough to go down one layer, from governance to the material substrate on which every model runs, to see the framework rotate. A first node there is held by the other pole. China accounts for around 92% of world rare-earth production¹⁹, a chokepoint on inputs where it occupies the center. And it locks the exit of its advanced technology as Washington locks its own: on June 1, 2026, it promulgated its first dedicated state regulation on outbound investment, subjecting to authorization the transfer beyond its borders of its technologies, services, and data²⁰. The grammar of the locked exit is not American. It is the operation of both poles. The second node of this layer is advanced silicon, held on the American side by export control²¹. This is where the exit through open weights lands. Self-hosting open models frees one from the access chokepoint on closed models, since weights of comparable level circulate without regional restriction²². But running them requires clusters, and the chips they are built from fall under the American node. Even China crosses it only by substituting less capable domestic silicon, in a proportion the manufacturers do not make public. One node at each pole, on the same layer. ## What Europe does not have Europe possesses none of the four instruments. No unified territorial exclusion. Europe does keep Huawei and ZTE out of its networks, but by a route that bears no resemblance to the Covered List: the 2020 5G Toolbox remains a recommendation, the exclusion falls to each member state under national security, and by mid-2026 only about a dozen of the twenty-seven had applied it²³. The January 2026 revision of the Cybersecurity Act seeks to unify it and make it binding, but it is not adopted. And even unified, the exclusion would presuppose an internal alternative, which is missing even more than the instrument. The United States keeps Huawei out because it has Cisco and Juniper; Europe keeps it out of 5G only because it has Ericsson and Nokia, its one layer of substitution. On the layers these four instruments govern, it has no one to switch to. On vulnerability governance, EUVD and GCVE are alternatives under construction that cover the first of the four dependency levels documented in this series²⁴. Neither has the network of 450+ CNAs, the integration into commercial tools, or the inertia of twenty-five years of standardization. ENISA became a Root CNA in November 2025 and is continuing its onboarding toward the rank of Top-Level Root, which would place it third alongside CISA and MITRE²⁵. The team is "very small." The process is "uncharted territory." Mythos-level offensive AI capability exists nowhere in Europe, and the offensive domain is not even a competence of the Union: it falls to the member states. None produces anything comparable, and no European consortium stockpiles zero-days under private governance with selective sovereign validation. Europe cannot constitute a chokepoint over a capability it does not produce and does not govern in common. Package registries are American by default. npm, PyPI, Maven Central. The ENISA guide recommends verifying the provenance of packages distributed by these registries, without mentioning that the registries themselves are accountable to no European authority. That leaves the CRA, the main European instrument on the security of software products and their dependencies²⁶. Its four flaws documented in this series (composition, tempo, infrastructure, invisible layer²⁷) take on a different meaning read in light of the four American instruments. The CRA can bar a non-compliant product; it cannot bar a vendor for being foreign: a non-EU publisher is not excluded from it, it must comply like the others. It obligates and it audits; it neither sorts nor lists by origin. The European instrument turns on compliance, the American one on belonging. At the material layer, Europe holds one node, a single one, but not for itself. ASML, a Dutch company, holds the world monopoly on EUV lithography, without which no advanced chip is made; Washington itself calls it the most decisive chokepoint of its rivalry with Beijing²⁸. Yet Europe operates this chokepoint under American pressure: it was Washington that obtained from the Netherlands the halt of EUV shipments to China, and it is an American bill that now pushes to extend it to the machines Beijing still buys²⁸. Europe's one material node is worked for the benefit of another pole. For the rest, no rare earths, no frontier silicon, no compute of its own. And its defensive moves bring it back into the line of fire: on the Huawei ban, China turns against it the very argument this article turns against the Covered List, an exclusion by country of origin and not by demonstrated flaw²⁹. The middle is squeezed from both sides. ## What I do not know I do not know whether the US administration is aware of the regime it constitutes. The four instruments proceed from distinct bureaucratic, commercial, and political logics. Their coherence may be emergent rather than designed. I do not know whether that changes anything about the result. I do not know whether Europe can equip itself with a Covered-List-type exclusion power. The single market rests on the free movement of goods, and a territorial ban on foreign digital products would collide with the WTO and bilateral agreements. But the obstacle is not only legal: it has neither the frontier AI capability that arms the American instruments, nor the manufacturing and mineral dominance that arms the Chinese ones. One weaponizes only the networks where one sits at the center, and the one network where Europe is central, it is another that weaponizes it. I do not know what the CISA/MITRE contract contains. The CVE Board's members do not know either. I do not know what that contract stipulates regarding service continuity, termination conditions, or obligations toward non-US users. The opacity is complete. The cutoff did not last. The Department of Commerce lifted the controls on June 30, and Fable 5 became available again worldwide on July 1⁷. The gesture did not need to last to establish what it establishes: a state cut off, overnight, a mass-market product's access for all foreign nationals, then restored it the same way, and Europe had no say over either the cutoff or the lifting. During the cutoff, the federal government had kept separate access: as early as April, the press reported the NSA using Mythos despite the DoD's ouster⁷. Anthropic did not take this order to court: it was challenging the DoD designation in two federal courts, but before the Commerce letter it cooperated, and the only challenge came from a customer denied access, likely mooted by the lifting⁷. The authority invoked, disabling a frontier model by administrative order, was thus exercised, complied with, then withdrawn, never adjudicated. What I do not know is whether it will recur, on what basis, and for how long the next time. Neither the AI Act nor any European framework had anticipated this imbalance. ## Conclusion The cyber press announced in April 2026 a cybersecurity "reckoning," grounded in the emergence of Mythos-level offensive AI capabilities³⁰. That reckoning is real. It plays out at the layer where code is produced, patched, distributed. Secure by design, update cycles, patch adoption. The one documented here plays out one layer below. At the layer where it is decided who has the right to name a vulnerability, to stockpile it, to exclude a product from a market, or simply to govern nothing. Four instruments, four mechanisms, no public name. Weaponized interdependence applied to cyber governance is not a prospective threat. It is a present condition that twenty articles of this series have documented without ever formulating it in these terms. Europe watches these four instruments from the other side of the glass. It consumes the identifiers the CVE program produces. It depends on the registries no one governs. It is subject to the administrative exclusion on both of its faces: excluded from the entry, where it does not filter its own market, and excluded from the exit, where Europeans' access to American frontier suppliers can be revoked by US administrative decision. It has no visibility into the capability Glasswing captures. And the one node it does hold, ASML's monopoly on lithography, serves another pole rather than itself. Farrell and Newman showed that global economic networks are not neutral commons. They are architectures of power. The four geometries documented here show that cyber governance networks are not either, nor is the material layer that carries them. The framework does not designate one pole, it counts two, and Europe is neither. Its dependency is therefore not a gap to close. It is a condition to understand before deciding whether to endure it or to exit. And the exit has a bottom: to leave dependence on one pole is to enter dependence on the other. --- *Twenty-first article in a series on the structural flaws of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/) - *Article 13:* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/) - *Article 14:* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige-2/) - *Article 15:* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black-2/) - *Article 16:* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be-2/) - *Article 17:* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict-2/) - *Article 18:* [*The Leopard*](https://www.klaerenn.fr/the-leopard/) - *Article 19:* [*The Usual Suspects*](https://www.klaerenn.fr/usual-suspects-2/) - *Article 20: Kill one, spawn many* --- ## References ¹ FCC, "Fact Sheet: FCC Updates Covered List to Include Foreign-Made Consumer Routers" (March 23, 2026). Conditional Approval: full BOM, country of origin per component, supply chain concentration, single points of failure. [https://docs.fcc.gov/public/attachments/DOC-420034A1.pdf](https://docs.fcc.gov/public/attachments/DOC-420034A1.pdf?ref=klaerenn.fr) ² NIST, "NIST Updates NVD Operations to Address Record CVE Growth" (April 15, 2026). Three prioritization criteria: CISA KEV, federal software, EO 14028\. Pre-March 2026 backlog moved to "Not Scheduled." [https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth?ref=klaerenn.fr) ³ Anthropic, "Project Glasswing: Securing critical software for the AI era" (April 7, 2026). $100M in credits, 40+ organizations, limited release of Claude Mythos Preview. [https://www.anthropic.com/glasswing](https://www.anthropic.com/glasswing?ref=klaerenn.fr) ⁴ CSO Online, "CVE program funding secured, easing fears of repeat crisis" (March 9, 2026). Pete Allor: "mystery contract with a mystery number." Board member: access requests denied at multiple meetings. FOIA request unanswered. [https://www.csoonline.com/article/4142600/cve-program-funding-secured-easing-fears-of-repeat-crisis.html](https://www.csoonline.com/article/4142600/cve-program-funding-secured-easing-fears-of-repeat-crisis.html?ref=klaerenn.fr) ⁵ Henry Farrell and Abraham L. Newman, "Weaponized Interdependence: How Global Economic Networks Shape State Coercion," International Security, vol. 44, no. 1 (Summer 2019), pp. 42-79\. [https://doi.org/10.1162/isec\_a\_00351](https://doi.org/10.1162/isec%5Fa%5F00351?ref=klaerenn.fr) ⁶ TechCrunch, "FCC bans import of new consumer routers made overseas, citing security risks" (March 24, 2026). Justification: Volt, Salt, Flax Typhoon. Salt Typhoon exploited Cisco vulnerabilities. [https://techcrunch.com/2026/03/24/fcc-bans-import-of-new-consumer-routers-made-overseas-citing-security-risks/](https://techcrunch.com/2026/03/24/fcc-bans-import-of-new-consumer-routers-made-overseas-citing-security-risks/?ref=klaerenn.fr) ⁷ See in this series: "The vulnerability of vulnerability management" (CVE funding), "Pitch Black" (vector 7: near-extinction of the CVE program). ⁸ Cybersecurity Dive, "CVE program needs key changes to stay viable, board members say at RSAC" (March 24, 2026). Katie Noble (Intel, CVE Board): "I don't think there is a lot of difference between April \[2025\] and today. The funding for the contract still flows only through the US government." [https://www.cybersecuritydive.com/news/cve-program-rsac-2026/814882/](https://www.cybersecuritydive.com/news/cve-program-rsac-2026/814882/?ref=klaerenn.fr) ⁹ CNBC, "Anthropic officially told by DOD that it's a supply chain risk even as Claude used in Iran" (March 5, 2026). First American company designated supply chain risk. CNN, "Judge blocks Pentagon's effort to 'punish' Anthropic" (March 26, 2026): preliminary injunction granted. CNBC, "Anthropic loses appeals court bid" (April 8, 2026): appeals court denies blocking the designation. [https://www.cnbc.com/2026/03/05/anthropic-pentagon-ai-claude-iran.html](https://www.cnbc.com/2026/03/05/anthropic-pentagon-ai-claude-iran.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Bloomberg, "Bessent, Powell Summon Bank CEOs to Urgent Meeting Over Anthropic's New AI Model" (April 10, 2026). [https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-04-10/anthropic-model-scare-sparks-urgent-bessent-powell-warning-to-bank-ceos](https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-04-10/anthropic-model-scare-sparks-urgent-bessent-powell-warning-to-bank-ceos?ref=klaerenn.fr) ¹¹ See in this series: "The Leopard" (four CRA flaws: composition, tempo, infrastructure, invisible layer). ¹² ENISA, "Technical Advisory for Secure Use of Package Managers" (March 10, 2026). [https://www.enisa.europa.eu/publications/enisa-technical-advisory-for-secure-use-of-package-managers](https://www.enisa.europa.eu/publications/enisa-technical-advisory-for-secure-use-of-package-managers?ref=klaerenn.fr) ¹³ See in this series: "The Leopard" (CanisterSprawl: cross-registry npm/PyPI worm via compromised publication tokens). ¹⁴ See in this series: "Pitch Black" (four dependency levels: vulnerability data, defensive grammar, normative production, training). ¹⁵ Infosecurity Magazine, "ENISA Seeks Top-Tier Status in CVE Program" (April 14, 2026). Nuno Rodrigues Carvalho (ENISA) at VulnCon26, Scottsdale: onboarding as Top-Level Root CNA, third worldwide after CISA and MITRE. [https://www.infosecurity-magazine.com/news/enisa-europe-seeks-top-level-root/](https://www.infosecurity-magazine.com/news/enisa-europe-seeks-top-level-root/?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ See in this series: "The Leopard" (four CRA flaws). ¹⁷ WIRED, "Anthropic's Mythos Will Force a Cybersecurity Reckoning — Just Not the One You Think" (April 10, 2026). Logan Graham (Anthropic frontier red team): "Many of the assumptions that we've built the modern security paradigms on might break." [https://www.wired.com/story/anthropics-mythos-will-force-a-cybersecurity-reckoning-just-not-the-one-you-think/](https://www.wired.com/story/anthropics-mythos-will-force-a-cybersecurity-reckoning-just-not-the-one-you-think/?ref=klaerenn.fr) ### The Conversation URL: https://www.klaerenn.fr/the-conversation/ Last updated: 2026-09-01T22:51:14.000Z *"I don't care what they're talking about. All I want is a nice, fat recording." L'industrie consomme les identifiants. Elle ne se demande pas qui a signé quoi pour les produire.* --- Le 23 mars 2026, la Federal Communications Commission a ajouté l'ensemble des routeurs grand public produits à l'étranger à sa Covered List¹. Neuf jours plus tôt, le NIST avait annoncé qu'il cessait d'enrichir les CVE non prioritaires pour le gouvernement fédéral américain². Trois semaines plus tard, Anthropic lançait Project Glasswing en distribuant Claude Mythos Preview à un consortium privé d'une cinquantaine d'organisations, hors Pentagone, avec l'accord du Trésor et de la Federal Reserve³. Le même mois, le CVE Board apprenait que le contrat qui finance le programme mondial d'identification des vulnérabilités restait secret, les demandes d'accès au texte ayant été refusées à plusieurs reprises par MITRE⁴. Quatre événements en six semaines, sans coordination entre eux. Quatre mécanismes distincts. Un même schéma dans les quatre. ## Le concept de Farrell et Newman En 2019, Henry Farrell et Abraham Newman ont formalisé un concept dans International Security : la weaponized interdependence⁵. Leur thèse : les réseaux économiques mondiaux ne sont pas plats. Ils ont des nœuds centraux. L'acteur qui contrôle un nœud central dispose de deux capacités. Le panopticon effect lui donne une visibilité sur tout ce qui y transite. Le chokepoint effect lui permet de couper ou de conditionner l'accès. Farrell et Newman ont appliqué ce cadre à SWIFT, au système de correspondants bancaires et aux câbles sous-marins. Des chercheurs l'ont étendu au cloud, aux semiconducteurs, aux standards de télécommunications⁵. Personne ne l'a appliqué à la gouvernance de la cybersécurité. Les quatre événements de mars-avril 2026 le permettent. ## La liste et la lettre La Covered List de la FCC est un registre public. Son mécanisme est lisible : tout routeur grand public produit à l'étranger est inscrit sur une liste qui interdit l'autorisation de nouveaux modèles par la FCC. L'accès au marché américain est conditionné à une Conditional Approval accordée au cas par cas par le Department of War ou le Department of Homeland Security, sur dossier comprenant le pays d'origine de chaque composant, la concentration supply chain par pays, et les points de défaillance uniques¹. Le ban ne retire rien du marché existant. Il contrôle ce qui y entre. La distinction est juridique. L'effet est celui d'un droit de tri : l'administration choisit qui reste, qui entre, qui attend. Les critères de Conditional Approval ne sont pas des spécifications techniques. Ce sont des conditions d'accès géographiques et industrielles, évaluées discrétionnairement par deux départements à vocation de sécurité nationale. Le dossier est une fenêtre autant qu'un filtre : nul n'entre sans exposer à ces deux départements la structure complète de sa supply chain. La justification invoquée par la FCC cite Volt Typhoon, Salt Typhoon et Flax Typhoon, trois campagnes chinoises documentées entre 2023 et 2025⁶. Salt Typhoon a exploité des vulnérabilités Cisco, un constructeur américain. La Covered List ne cible pas les vendeurs vulnérables. Elle cible les vendeurs étrangers. Le périmètre est territorial, pas technique. Le même instrument a un second versant, l'export control. Le 12 juin 2026, le Department of Commerce a adressé à Anthropic une lettre signée Howard Lutnick exigeant la suspension, sous quatre-vingt-dix minutes, de tout accès à Claude Fable 5 et Mythos 5 pour n'importe quel ressortissant étranger, à l'intérieur comme à l'extérieur des États-Unis, y compris les employés étrangers de l'entreprise⁷. Fable 5 était la version publique, lancée quelques jours plus tôt auprès de centaines de millions d'utilisateurs : le modèle de Mythos enserré dans des classifieurs censés en neutraliser les usages offensifs, garde-fous dont la directive pointait l'échec⁸. Ce que l'État a rappelé n'est pas une arme de niche, mais un produit commercial de masse. Motif avancé : la capacité du modèle à identifier des vulnérabilités logicielles, qualifiée de risque de sécurité nationale. Anthropic s'est conformée le lendemain en désactivant les deux modèles, plutôt que d'implémenter dans ce délai une restriction fondée sur la nationalité. Une société sous juridiction américaine n'a pas d'autre option disponible face à un ordre d'export control assorti d'une base de sécurité nationale. La Covered List régule l'entrée du marché : qui peut vendre aux États-Unis. L'export control régule la sortie : qui peut acheter aux fournisseurs américains. Les deux procèdent de la même grammaire : décision administrative discrétionnaire, fondée sur la sécurité nationale, sans procédure contradictoire pour les parties étrangères affectées, sans recours opposable. L'instrument lui-même n'a rien de neuf. La grammaire BIS, EAR, ITAR encadre depuis quarante ans l'export des équipements de défense, des semiconducteurs avancés, de certaines primitives de chiffrement. Ce qui vient de changer, c'est la catégorie d'objets soumis à ce régime. Les modèles d'IA de frontière sont désormais des biens à double usage dont l'export vers des ressortissants étrangers est conditionné à une autorisation administrative. La transition s'est faite sans loi nouvelle, par simple lettre administrative. Dans le cadre de l'interdépendance arsénalisée, c'est un chokepoint par exclusion administrative, activé sur ses deux faces dans la même fenêtre temporelle : à l'entrée du marché en mars, à la sortie en juin. L'accès au marché américain, comme produit et comme fournisseur, est le nœud central. L'administration en contrôle les deux bornes par décision discrétionnaire. ## Qui a lu le contrat ? Le programme CVE identifie et numérote les vulnérabilités logicielles du monde entier depuis 1999\. Chaque scanner de vulnérabilités, chaque SIEM, chaque advisory publié par l'ANSSI, le BSI, le NCSC ou le JPCERT ingère ces identifiants. Le programme est opéré par MITRE, financé par un contrat unique avec CISA⁹. C'est par ce nœud que le monde voit ses propres failles, et décider ce qui y reçoit un identifiant et ce qui est priorisé, c'est décider ce que tous verront. Cette décision se prend d'un seul côté. En mars 2026, le contrat a été renouvelé, mais rien ne s'ouvre. Son montant, sa durée et ses conditions restent inconnus. Un membre du CVE Board a réclamé le texte à plusieurs réunions successives, sans l'obtenir : MITRE a refusé en invoquant des protections légales, une demande FOIA séparée est restée sans réponse⁴. Sur le fond, rien n'a bougé, le financement passe toujours uniquement par le gouvernement américain, le Board de vingt-quatre membres reste consultatif, MITRE conserve l'autorité décisionnelle. Katie Noble, board member CVE et directrice PSIRT chez Intel, l'a résumé à RSAC le 24 mars : « *I don't think there is a lot of difference between April \[2025\] and today* »¹⁰. L'organe de gouvernance ne peut pas lire son propre contrat de fonctionnement. L'infrastructure mondiale de nommage des vulnérabilités est maintenue par un accord dont les termes sont soustraits à l'examen de ceux qui sont censés la gouverner. Ce mécanisme produit les mêmes effets que le précédent par un moyen opposé. La Covered List exclut en rendant les critères visibles. Le contrat CVE contrôle en rendant les termes invisibles. L'un dit qui est dehors. L'autre empêche de savoir comment fonctionne le dedans. Les deux suppriment la possibilité de contestation procédurale. ## Glasswing et la fragmentation souveraine Le 7 avril 2026, Anthropic a annoncé que Claude Mythos Preview avait identifié des milliers de vulnérabilités dans tous les principaux systèmes d'exploitation et navigateurs web³. Le modèle n'a pas été rendu public. Il a été distribué à un consortium d'une cinquantaine d'organisations sous le nom de Project Glasswing : Amazon, Apple, Microsoft, Google, NVIDIA, Cisco, CrowdStrike, Palo Alto Networks, JPMorgan, la Linux Foundation. Le 2 juin 2026, l'accès a été étendu à environ cent cinquante organisations supplémentaires dans plus de quinze pays, portant le consortium à près de deux cents membres, le même jour qu'un executive order instituant un cadre fédéral de sélection des partenaires de confiance¹¹. À cette occasion, Anthropic indiquait que Mythos avait signalé plus de vingt-trois mille vulnérabilités potentielles sur un millier de projets open source¹². La distribution a contourné le Pentagone. Anthropic, désignée « supply chain risk » par le DoD en mars 2026, a briefé le Trésor et la Federal Reserve, pas la Défense⁷. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent et le président de la Fed Jerome Powell ont convoqué les PDG de Wall Street pour les informer des risques cyber posés par Mythos¹³. Deux branches de l'État américain ont validé la distribution. Une troisième l'a combattue. Ce qui se constitue avec Glasswing n'est pas un simple stock privé de zero-days. C'est une captation de capacité offensive sous adoption souveraine sélective, et cette capacité est un nœud dont le consortium tient les deux faces. L'accès s'y conditionne par l'appartenance : le producteur choisit qui entre et qui reste dehors. Et les entrants voient ce que les autres ignorent encore, le modèle découvrant à l'échelle des failles inconnues du reste du monde. Le producteur choisit aussi sa branche de gouvernement. Le Trésor et la Fed, historiquement interlocuteurs des compagnies dans les systèmes où puissance économique et puissance étatique se confondent, jouent le rôle de souverain d'adoption. Le DoD joue le rôle de souverain rejeté. La captation n'opère pas dans un vide souverain. Elle exploite une fragmentation souveraine au sein du même État. Cette fragmentation a une limite. Trésor, Fed et DoD négocient chacun leur relation avec le producteur, mais le chokepoint sur la capacité reste subordonné à celui de la première géométrie, l'accès au marché : le jour où le Department of Commerce a coupé l'accès aux ressortissants étrangers, la sélection des partenaires n'a pas tenu une heure⁷. La captation ne vaut donc que tant que l'État n'active pas cet instrument. ## Le contrôle par le vide Les trois instruments précédents supposent un acteur qui agit. La Covered List est un décret. Le contrat CVE est un accord. Glasswing est une coalition. Le quatrième instrument ne suppose rien de tel. Il n'existe nulle part sur la planète une instance qui réponde de la confiance dans le graphe de dépendances open source. npm, PyPI, Maven Central, crates.io distribuent le code qui compose la majorité des logiciels mondiaux. Aucun traité, aucune organisation, aucun accord multilatéral ne gouverne la chaîne de confiance entre un mainteneur individuel et les millions de projets qui importent son code. La tentative existe pourtant, postérieure à Mythos. En mai 2026, sous l'égide de la Linux Foundation, les gestionnaires des principaux registres (Maven Central, PyPI, RubyGems, Crates) se sont réunis en groupe de travail pour en soutenir le financement et coordonner leur sécurité, actant qu'ils ne sont plus de simples points de distribution mais une infrastructure critique¹⁴. L'aveu confirme le vide plus qu'il ne le comble : un forum volontaire porte sur la soutenabilité, pas sur la confiance, et n'a autorité sur aucun registre. npm, le plus utilisé, ne figure pas parmi ses fondateurs. Nommer le vide n'est pas le gouverner. Le Cyber Resilience Act oblige les fabricants européens à répondre de leurs dépendances¹⁵. Il ne fournit pas l'infrastructure pour le faire. Le guide ENISA de mars 2026 sur les gestionnaires de paquets recommande la vérification de provenance et le suivi des dépendances¹⁶. Il ne mentionne pas que les registres eux-mêmes n'ont aucune obligation de vérification envers quiconque. En avril 2026, un ver auto-propagatif a compromis des packages npm via les tokens de publication de leurs mainteneurs, puis a sauté vers PyPI en utilisant les mêmes credentials¹⁷. Le SBOM du projet victime était exact. La provenance était vérifiée. Le package était malveillant. Ce vide n'est pas neutre. Le graphe de dépendances est un nœud comme les trois autres, à ceci près qu'il est tenu par l'absence de gouvernance et non par une décision. Et cette absence bénéficie à celui qui domine la production de code. npm appartient à GitHub, qui appartient à Microsoft. PyPI est hébergé sur infrastructure Google Cloud et Amazon. Les registres de paquets sont américains de fait. Ne rien gouverner y produit les mêmes effets de chokepoint qu'une décision, sans qu'aucun acteur n'ait jamais eu à signer quoi que ce soit. Farrell et Newman n'ont pas documenté cette géométrie. Leurs cas (SWIFT, DNS, correspondants bancaires) supposent tous une instance centrale identifiable, contestée mais présente. Le dependency graph open source n'en a aucune. Le contrôle s'exerce par le maintien délibéré ou accidentel d'un vide dont les bénéfices sont constamment capturés par le même côté de l'Atlantique. ## Ce que les quatre instruments ont en commun Les quatre opèrent sur des couches différentes de l'infrastructure cyber mondiale. Routeurs physiques, identification des vulnérabilités, capacité offensive IA, chaîne de confiance logicielle. Mais les quatre partagent une propriété : ils augmentent la marge discrétionnaire de l'administration ou des acteurs dominants américains sur des infrastructures de coordination que le reste du monde consomme sans pouvoir les gouverner. La Covered List transforme un marché ouvert en marché sous autorisation. Le contrat CVE soustrait la gouvernance à l'examen de ses gouvernants. Glasswing constitue un stock de capacités sous patronage souverain sélectif. Le vide dependency graph maintient un chokepoint par omission sur l'infrastructure de production logicielle mondiale. Aucun de ces quatre instruments n'a été conçu comme un outil de domination. Chacun produit cet effet. La cohérence n'est pas intentionnelle au sens où un stratège unique l'aurait planifiée. La Covered List vient de la FCC et du lobby anti-Chine. Le contrat CVE vient d'une bureaucratie contractuelle opaque. Glasswing vient d'une entreprise en conflit avec sa propre administration. Le vide dependency graph vient de vingt-cinq ans d'absence de volonté politique sur la gouvernance de l'open source. Mais leur empilement dans une même fenêtre temporelle produit un régime cohérent dont aucun de ces acteurs n'avait individuellement besoin. Ce régime a un nom dans la littérature : weaponized interdependence⁵. L'étendre aux quatre géométries demande une précision de typologie : trois d'entre elles (exclusion administrative, opacité, captation) relèvent du cadre original, la quatrième (contrôle par absence de gouvernance) non, et elle doit y entrer, parce qu'elle produit les mêmes effets de chokepoint par des moyens que Farrell et Newman n'avaient pas envisagés. Une seconde précision s'impose, sur les effets. Le cadre en compte deux, le chokepoint qui coupe l'accès et le panopticon qui donne la visibilité, et à chaque nœud les deux tombent du même côté. La visibilité elle-même est étagée : les banques équipées du modèle voient les failles et les transmettent en aval aux banques régionales qui n'y ont pas accès¹⁸. Voir et couper se décident ensemble. L'Europe est au bas des deux. ## Le cadre tourne Le cadre de Farrell et Newman ne nomme pas un pays. Il nomme une position. Le nœud central confère le chokepoint et le panopticon à celui qui l'occupe, quel qu'il soit. Les quatre géométries précédentes montrent des nœuds tenus du côté américain. Rien dans le cadre n'exige qu'il en soit toujours ainsi. Il suffit de descendre d'une couche, de la gouvernance vers le substrat matériel sur lequel tout modèle s'exécute, pour voir le cadre tourner. Un premier nœud y est tenu par l'autre pôle. La Chine assure environ 92 % de la production mondiale de terres rares¹⁹, un chokepoint sur les intrants où elle occupe le centre. Et elle verrouille la sortie de sa technologie avancée comme Washington le fait de la sienne : le 1er juin 2026, elle promulguait sa première réglementation d'État dédiée à l'investissement sortant, soumettant à autorisation le transfert hors de ses frontières de ses technologies, services et données²⁰. La grammaire de la sortie verrouillée n'est pas américaine. Elle est l'opération des deux pôles. Le second nœud de cette couche est le silicium avancé, tenu du côté américain par le contrôle d'export²¹. C'est là que retombe la sortie par les poids ouverts. Héberger soi-même des modèles ouverts affranchit du chokepoint d'accès sur les modèles fermés, puisque des poids de niveau comparable circulent sans restriction régionale²². Mais les exécuter exige des clusters, et les puces qui les composent relèvent du nœud américain. Même la Chine ne le franchit qu'en substituant du silicium domestique moins performant, dans une proportion que les fabricants ne rendent pas publique. Un nœud à chaque pôle, sur la même couche. ## Ce que l'Europe n'a pas L'Europe ne dispose d'aucun des quatre instruments. Pas d'exclusion territoriale unifiée. L'Europe écarte bien Huawei et ZTE de ses réseaux, mais par une voie qui n'a rien de la Covered List : le 5G Toolbox de 2020 reste une recommandation, l'exclusion relève de chaque État membre au titre de la sécurité nationale, et mi-2026 une douzaine seulement des vingt-sept l'avaient appliquée²³. La révision du Cybersecurity Act de janvier 2026 cherche à l'unifier et à la rendre contraignante, mais elle n'est pas adoptée. Et même unifiée, l'exclusion supposerait une alternative interne, ce qui manque plus encore que l'instrument. Les États-Unis écartent Huawei parce qu'ils ont Cisco et Juniper ; l'Europe ne l'écarte de la 5G que parce qu'elle a Ericsson et Nokia, son seul étage de substitution. Sur les couches que gouvernent les quatre instruments, elle n'a personne vers qui basculer. Côté gouvernance des vulnérabilités, l'EUVD et le GCVE sont des alternatives en construction qui couvrent le premier des quatre niveaux de dépendance documentés dans cette série²⁴. Aucun ne dispose du réseau de 450+ CNA, de l'intégration dans les outils commerciaux, ni de l'inertie de vingt-cinq ans de standardisation. L'ENISA est devenue Root CNA en novembre 2025 et poursuit son onboarding vers le rang de Top-Level Root, qui la placerait troisième aux côtés de CISA et MITRE²⁵. L'équipe est « very small ». Le processus est du « uncharted territory ». La capacité offensive IA de niveau Mythos n'existe nulle part en Europe, et l'offensif n'y est même pas une compétence de l'Union : il relève des États membres. Aucun n'en produit de comparable, et aucun consortium européen ne stocke de zero-days sous gouvernance privée à validation souveraine sélective. L'Europe ne peut pas constituer un chokepoint sur une capacité qu'elle ne produit pas et qu'elle ne gouverne pas en commun. Les registres de paquets sont américains de fait. npm, PyPI, Maven Central. Le guide ENISA recommande de vérifier la provenance des packages distribués par ces registres, sans mentionner que les registres eux-mêmes ne rendent de comptes à aucune autorité européenne. Reste le CRA, principal instrument européen sur la sécurité des produits logiciels et de leurs dépendances²⁶. Ses quatre failles documentées dans cette série (composition, tempo, infrastructure, couche invisible²⁷) prennent une autre signification lues à la lumière des quatre instruments américains. Le CRA peut écarter un produit non conforme, il ne peut pas écarter un fournisseur parce qu'il est étranger : un éditeur hors UE n'en est pas exclu, il doit s'y plier comme les autres. Il oblige et il audite ; il ne trie ni ne liste par l'origine. L'instrument européen porte sur la conformité, l'américain sur l'appartenance. À la couche matérielle, l'Europe tient un nœud, un seul, mais pas pour elle. ASML, entreprise néerlandaise, détient le monopole mondial de la lithographie EUV, sans laquelle aucune puce avancée ne se fabrique ; Washington y voit lui-même le point de passage le plus décisif de sa rivalité avec Pékin²⁸. Or ce chokepoint, l'Europe l'actionne sous pression américaine : c'est Washington qui a obtenu des Pays-Bas l'arrêt des livraisons EUV à la Chine, et c'est un projet de loi américain qui pousse aujourd'hui à l'étendre aux machines que Pékin achète encore²⁸. Le seul nœud matériel européen est manœuvré au bénéfice d'un autre pôle. Pour le reste, ni terres rares, ni silicium de pointe, ni compute en propre. Et ses gestes de défense la ramènent dans la ligne de tir : sur le ban Huawei, la Chine lui oppose l'argument exact que cet article oppose à la Covered List, une exclusion par pays d'origine et non par faille démontrée²⁹. Le milieu est pressé des deux côtés. ## Ce que je ne sais pas Je ne sais pas si l'administration américaine a conscience du régime qu'elle constitue. Les quatre instruments procèdent de logiques bureaucratiques, commerciales et politiques distinctes. Leur cohérence peut être émergente plutôt que conçue. Je ne sais pas si ça change quoi que ce soit au résultat. Je ne sais pas si l'Europe peut se doter d'un pouvoir d'exclusion de type Covered List. Le marché unique repose sur la libre circulation des biens, et un ban territorial sur les produits numériques étrangers heurterait l'OMC et les accords bilatéraux. Mais l'obstacle n'est pas que juridique : elle n'a ni la capacité IA de frontière qui arme les instruments américains, ni la domination manufacturière et minérale qui arme les instruments chinois. On n'arsenalise que les réseaux où l'on est au centre, et le seul réseau où l'Europe est au centre, c'est un autre qui l'arsenalise. Je ne sais pas ce que contient le contrat CISA/MITRE. Les administrateurs du CVE Board ne le savent pas non plus. Je ne sais pas ce que ce contrat stipule en matière de continuité de service, de conditions de résiliation ou d'obligations envers les utilisateurs non américains. L'opacité est complète. La coupure n'a pas duré. Le Department of Commerce a levé les contrôles le 30 juin, et Fable 5 est redevenu accessible mondialement le 1er juillet⁷. Le geste n'avait pas besoin de durer pour établir ce qu'il établit : un État a coupé du jour au lendemain l'accès d'un produit de masse à tous les ressortissants étrangers, puis l'a rétabli de la même manière, et l'Europe n'a eu voix ni sur la coupure ni sur la levée. Pendant la coupure, le gouvernement fédéral avait gardé un accès séparé : dès avril, la presse rapportait la NSA utilisant Mythos malgré l'éviction du DoD⁷. Anthropic n'a pas porté cet ordre devant le juge : elle attaquait la désignation du DoD devant deux tribunaux fédéraux, mais face à la lettre du Commerce elle a coopéré, et la seule contestation est venue d'un client privé de l'accès, sans doute rendue sans objet par la levée⁷. L'autorité invoquée, désactiver un modèle de frontière par ordre administratif, a donc été exercée, subie, puis retirée, jamais jugée. Ce que je ne sais pas, c'est si elle se reproduira, sur quelle base, et pour combien de temps la fois suivante. Ni l'AI Act ni aucun cadre européen n'avait anticipé ce déséquilibre. ## Conclusion La presse cyber a annoncé en avril 2026 un « reckoning » de la cybersécurité, fondé sur l'émergence de capacités offensives IA de niveau Mythos³⁰. Ce reckoning est réel. Il se joue à l'étage où le code est produit, patché, distribué. Secure by design, update cycles, patch adoption. Celui documenté ici se joue un étage plus bas. À l'étage où se décide qui a le droit de nommer une vulnérabilité, de la stocker, d'exclure un produit d'un marché, ou simplement de ne rien gouverner. Quatre instruments, quatre mécanismes, aucun nom public. L'interdépendance arsénalisée appliquée à la gouvernance cyber n'est pas une menace prospective. C'est un état actuel que vingt articles de cette série ont documenté sans jamais le formuler en ces termes. L'Europe regarde ces quatre instruments depuis l'autre côté de la vitre. Elle consomme les identifiants que produit le programme CVE. Elle dépend des registres que personne ne gouverne. Elle subit l'exclusion administrative par ses deux versants : exclue de l'entrée, où elle ne filtre pas son propre marché, et exclue de la sortie, où l'accès des Européens aux fournisseurs américains de frontière peut être révoqué par décision administrative américaine. Elle n'a aucune visibilité sur la capacité que Glasswing capte. Et le seul nœud qu'elle détienne, le monopole d'ASML sur la lithographie, sert un autre pôle plutôt qu'elle-même. Farrell et Newman ont montré que les réseaux économiques mondiaux ne sont pas des biens communs neutres. Ils sont des architectures de pouvoir. Les quatre géométries documentées ici montrent que les réseaux de gouvernance cyber ne le sont pas davantage, ni la couche matérielle qui les porte. Le cadre ne désigne pas un pôle, il en compte deux, et l'Europe n'est ni l'un ni l'autre. Sa dépendance n'est donc pas un retard à combler. C'est une condition à comprendre avant de décider si on la subit ou si on en sort. Et la sortie a un fond : sortir de la dépendance à un pôle, c'est entrer dans celle de l'autre. --- *Vingt-et-unième article d'une série sur les failles de construction de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) - *Article 13 :* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/) - *Article 14 :* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige/) - *Article 15 :* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black/) - *Article 16 :* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be/) - *Article 17 :* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict/) - *Article 18 :* [*Le Guépard*](https://www.klaerenn.fr/le-guepard/) - *Article 19 :* [*The Usual Suspects*](https://www.klaerenn.fr/the-usual-suspects/) - *Article 20 :* [*Kill one, spawn many*](https://www.klaerenn.fr/kill-one-spawn-many/) --- ## Références ¹ FCC, « Fact Sheet: FCC Updates Covered List to Include Foreign-Made Consumer Routers » (23 mars 2026). Conditional Approval : BOM complet, pays d'origine de chaque composant, concentration supply chain, points de défaillance uniques. [https://docs.fcc.gov/public/attachments/DOC-420034A1.pdf](https://docs.fcc.gov/public/attachments/DOC-420034A1.pdf?ref=klaerenn.fr) ² NIST, « NIST Updates NVD Operations to Address Record CVE Growth » (15 avril 2026). Trois critères de priorisation : KEV CISA, logiciels fédéraux, EO 14028\. Backlog pré-mars 2026 basculé en « Not Scheduled ». [https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth?ref=klaerenn.fr) ³ Anthropic, « Project Glasswing: Securing critical software for the AI era » (7 avril 2026). 100 M$ en crédits, 40+ organisations, distribution limitée de Claude Mythos Preview. [https://www.anthropic.com/glasswing](https://www.anthropic.com/glasswing?ref=klaerenn.fr) ⁴ CSO Online, « CVE program funding secured, easing fears of repeat crisis » (9 mars 2026). Pete Allor : « mystery contract with a mystery number ». Membre du board : demandes d'accès refusées à plusieurs réunions. Demande FOIA sans réponse. [https://www.csoonline.com/article/4142600/cve-program-funding-secured-easing-fears-of-repeat-crisis.html](https://www.csoonline.com/article/4142600/cve-program-funding-secured-easing-fears-of-repeat-crisis.html?ref=klaerenn.fr) ⁵ Henry Farrell et Abraham L. Newman, « Weaponized Interdependence: How Global Economic Networks Shape State Coercion », International Security, vol. 44, n° 1 (été 2019), p. 42-79\. [https://doi.org/10.1162/isec\_a\_00351](https://doi.org/10.1162/isec%5Fa%5F00351?ref=klaerenn.fr) ⁶ TechCrunch, « FCC bans import of new consumer routers made overseas, citing security risks » (24 mars 2026). Justification : Volt, Salt, Flax Typhoon. Salt Typhoon a exploité des vulnérabilités Cisco. [https://techcrunch.com/2026/03/24/fcc-bans-import-of-new-consumer-routers-made-overseas-citing-security-risks/](https://techcrunch.com/2026/03/24/fcc-bans-import-of-new-consumer-routers-made-overseas-citing-security-risks/?ref=klaerenn.fr) ⁷ Conflit Anthropic / gouvernement américain, mars-juin 2026\. Désignation « supply chain risk » notifiée par le Department of War le 4 mars 2026 (lettres datées du 3), sous deux fondements : 10 U.S.C. § 3252 et le FASCSA (41 U.S.C. § 4713). Le § 3252, porté devant la N.D. Cal., est bloqué le 26 mars par la juge Rita Lin, qui qualifie d'« Orwellian notion » l'idée qu'une entreprise américaine puisse être déclarée saboteur pour un désaccord (First Amendment, due process) ; injonction effective le 2 avril, appel du gouvernement pendant devant le 9e Circuit. Le § 4713 FASCSA, porté devant la D.C. Circuit, voit son stay refusé le 8 avril sans examen au fond, plaidoirie tenue le 19 mai ; aucun arrêt au fond rendu à ce jour. La NSA continue d'utiliser Mythos pendant le ban (Axios). Executive order 14409 du 2 juin 2026 : cadre fédéral d'évaluation des modèles de frontière, accès pré-publication volontaire de 30 jours, sélection fédérale des partenaires de confiance. Lettre du Department of Commerce (Howard Lutnick) du 12 juin 2026, sous l'Export Control Reform Act, publiée par Bloomberg le 16 juin : suspension de l'accès à Fable 5 et Mythos 5 pour les ressortissants étrangers ; conformité d'Anthropic par désactivation mondiale le 13 juin. Contrôles levés le 30 juin 2026 : accès Mythos 5 rétabli le 26 juin pour une centaine d'organisations américaines approuvées (lettre Lutnick à Tom Brown), puis Fable 5 de nouveau accessible mondialement le 1er juillet. Anthropic n'a pas contesté l'ordre d'export control lui-même ; un client privé de l'accès, Legion LegalTech, a saisi le tribunal fédéral de D.C. le 23 juin 2026 pour le faire annuler. (CNN, CBS, Axios, Bloomberg, CNBC, Reuters, Mayer Brown, Wiley, Harvard Law Review ; Anthropic, « Redeploying Claude Fable 5 », 30 juin 2026, [https://www.anthropic.com/news/redeploying-fable-5](https://www.anthropic.com/news/redeploying-fable-5?ref=klaerenn.fr).) ⁸ Anthropic, « Statement on the directive to suspend Fable 5 and Mythos 5 » (12 juin 2026). Fable 5 et Mythos 5 partagent le même modèle ; Fable applique des classifieurs (cyber offensif, biologie, chimie, distillation) renvoyant vers Claude Opus 4.8, déclenchés dans moins de 5 % des sessions. Mythos 5 : mêmes poids, classifieurs retirés, réservé aux partenaires Glasswing. [https://www.anthropic.com/news/fable-mythos-access](https://www.anthropic.com/news/fable-mythos-access?ref=klaerenn.fr) ⁹ Voir dans cette série : « La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités » (financement CVE), « Pitch Black » (vecteur 7 : quasi-extinction du programme CVE). ¹⁰ Cybersecurity Dive, « CVE program needs key changes to stay viable, board members say at RSAC » (24 mars 2026). Katie Noble (Intel, CVE Board) : « I don't think there is a lot of difference between April \[2025\] and today. The funding for the contract still flows only through the US government. » [https://www.cybersecuritydive.com/news/cve-program-rsac-2026/814882/](https://www.cybersecuritydive.com/news/cve-program-rsac-2026/814882/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Anthropic, « Expanding Project Glasswing » (2 juin 2026) ; CyberScoop (2 juin 2026). ≈150 organisations supplémentaires dans 15+ pays, portant le total à ≈200, le même jour que l'EO 14409\. [https://www.anthropic.com/news/expanding-project-glasswing](https://www.anthropic.com/news/expanding-project-glasswing?ref=klaerenn.fr) ¹² CyberScoop, « Anthropic expanding access to Project Glasswing » (2 juin 2026). Mythos a scanné plus de 1 000 projets open source, signalant 23 019 vulnérabilités potentielles (6 202 hautes ou critiques). [https://cyberscoop.com/anthropic-project-glasswing-expansion-critical-infrastructure-claude-mythos/](https://cyberscoop.com/anthropic-project-glasswing-expansion-critical-infrastructure-claude-mythos/?ref=klaerenn.fr) ¹³ Bloomberg, « Bessent, Powell Summon Bank CEOs to Urgent Meeting Over Anthropic's New AI Model » (10 avril 2026). [https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-04-10/anthropic-model-scare-sparks-urgent-bessent-powell-warning-to-bank-ceos](https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-04-10/anthropic-model-scare-sparks-urgent-bessent-powell-warning-to-bank-ceos?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Sonatype et al., « Sustaining Package Registries Working Group » (Linux Foundation, 6 mai 2026). Forum réunissant les gestionnaires de registres (Sonatype/Maven Central, Python Software Foundation/PyPI, Ruby Central/RubyGems, Rust Foundation/Crates, Eclipse/OpenVSX, OpenJS, Packagist, OpenSSF, Alpha-Omega). Objectifs déclarés : soutenabilité économique, défense collective, « governance enablement » au service des modèles de financement, transparence. Christopher Robinson (OpenSSF) et Brian Fox (Sonatype) : les registres « ne sont plus des points de distribution passifs » mais une infrastructure critique dont on parle « comme si elle tournait sur du bénévolat ». [https://www.sonatype.com/press-releases/sonatype-and-package-registry-leaders-unite](https://www.sonatype.com/press-releases/sonatype-and-package-registry-leaders-unite?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Voir dans cette série : « Le Guépard » (quatre failles du CRA : composition, tempo, infrastructure, couche invisible). ¹⁶ ENISA, « Technical Advisory for Secure Use of Package Managers » (mars 2026). [https://www.enisa.europa.eu/publications/enisa-technical-advisory-for-secure-use-of-package-managers](https://www.enisa.europa.eu/publications/enisa-technical-advisory-for-secure-use-of-package-managers?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ Voir dans cette série : « Le Guépard » (CanisterSprawl : ver cross-registre npm/PyPI via tokens de publication compromis). ¹⁸ Yahoo Finance / Quartz (2 juin 2026). Les banques dotées de Mythos ont partagé leurs découvertes en aval vers les banques régionales et communautaires sans accès direct. [https://finance.yahoo.com/sectors/technology/articles/anthropic-expanding-project-glasswing-200-134409708.html](https://finance.yahoo.com/sectors/technology/articles/anthropic-expanding-project-glasswing-200-134409708.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ CSS / ETH Zürich, « China's Strategic Use of Trade Controls » (avril 2026). La Chine assure ≈60 % de l'extraction et 92 % de la production mondiale de terres rares ; représailles annoncées un à deux jours après les mesures américaines, à portée extraterritoriale. [https://css.ethz.ch/en/center/CSS-news/2026/04/chinas-strategic-use-of-trade-controls.html](https://css.ethz.ch/en/center/CSS-news/2026/04/chinas-strategic-use-of-trade-controls.html?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Sheppard Mullin, China Law Update Blog, « China Issues New Regulation on Outbound Investment » (22 juin 2026). Regulation on Outbound Investment promulguée par le Conseil d'État le 1er juin 2026, en vigueur le 1er juillet : première réglementation d'État dédiée, soumet à autorisation l'export ou l'usage de technologies, services et données restreints, y compris par déploiement de personnel, missions, guidage ou formation transfrontaliers, et institue une revue de sécurité nationale sur les investissements sortants et cessions d'actifs. [https://www.sheppard.com/insights/blogs/china-issues-new-regulation-on-outbound-investment](https://www.sheppard.com/insights/blogs/china-issues-new-regulation-on-outbound-investment?ref=klaerenn.fr) ²¹ Congressional Research Service, « U.S. Export Controls and China: Advanced Semiconductors » (R48642, 2026). Les États-Unis soumettent à licence l'export vers la Chine des GPU avancés (séries A100/H100 et au-delà) ; les puces autorisées (H20, H200) le sont sous conditions et prélèvement, tandis que BIS alerte sur les alternatives domestiques chinoises (Huawei Ascend), en retrait de performance. La part exacte de silicium sous licence dans l'entraînement des modèles ouverts de pointe n'est pas rendue publique par les fabricants. [https://www.congress.gov/crs-product/R48642](https://www.congress.gov/crs-product/R48642?ref=klaerenn.fr) ²² Voir dans cette série : « The Usual Suspects » (la capacité offensive reste disponible via des modèles à poids ouverts ; la coupure d'accès ne l'annule pas). ²³ Commission européenne, « Implementation of the 5G cybersecurity Toolbox » ; The Next Web (4 mai 2026). 5G Toolbox de 2020 non contraignant ; l'exclusion de Huawei/ZTE relève des États membres au titre de la sécurité nationale ; mi-2026, environ treize des vingt-sept avaient pris des mesures concrètes. Révision du Cybersecurity Act du 20 janvier 2026 : obligations contraignantes, retrait sous 36 mois, exclusions possibles au niveau de l'Union (proposition non adoptée). [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/communication-commission-implementation-5g-cybersecurity-toolbox](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/communication-commission-implementation-5g-cybersecurity-toolbox?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Voir dans cette série : « Pitch Black » (quatre niveaux de dépendance : données de vulnérabilité, grammaire défensive, production normative, formation). ²⁵ ENISA, « ENISA Becomes CVE Root » (20 novembre 2025) ; VulnCon26, Scottsdale (14 avril 2026). Root CNA depuis novembre 2025 (supervision des CNA européens, siège au Council of Roots). Onboarding en cours vers le rang de Top-Level Root, troisième après CISA et MITRE ; Nuno Rodrigues Carvalho (ENISA) espère « 2026 ou début 2027 », processus qualifié de « uncharted territory ». [https://www.enisa.europa.eu/news/stepping-up-our-role-in-vulnerability-management-enisa-becomes-cve-root](https://www.enisa.europa.eu/news/stepping-up-our-role-in-vulnerability-management-enisa-becomes-cve-root?ref=klaerenn.fr) ²⁶ Commission européenne, « The Cyber Resilience Act - Summary of the legislative text » ; Règlement (UE) 2024/2847\. Le CRA s'applique à tout produit à éléments numériques mis sur le marché de l'Union, quel que soit le lieu d'établissement du fabricant ; les fabricants hors UE doivent désigner un représentant autorisé (portée extraterritoriale). Open source non commercial exempté. Reporting des vulnérabilités activement exploitées obligatoire au 11 septembre 2026, application pleine au 11 décembre 2027\. [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-summary](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-summary?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Voir dans cette série : « Le Guépard » (quatre failles du CRA). ²⁸ ASML et contrôles à l'export sur la lithographie, 2023-2026\. ASML (Pays-Bas) détient le monopole mondial de la lithographie EUV, indispensable aux puces les plus avancées. Sous pression américaine, les Pays-Bas ont soumis à licence puis restreint les livraisons à la Chine : EUV exclues depuis 2023, certaines DUV immersion ensuite. Le MATCH Act (Multilateral Alignment of Technology Controls on Hardware), projet de loi bipartisan déposé au Congrès en avril 2026, vise à étendre l'interdiction aux DUV encore vendues. John Moolenaar (House Select Committee on the CCP, avril 2026) qualifie l'arrêt des livraisons EUV à la Chine de « single most important chokepoint » de la compétition technologique. La Chine représente environ 16 à 20 % du chiffre d'affaires d'ASML en 2026\. (SCMP, CNBC, House Select Committee, ASML Form 6-K FY2025.) ²⁹ The Next Web (mai 2026). Soumission chinoise contre le ban Huawei/ZTE : le cadre de « risque non technique » attaqué comme discriminatoire par pays d'origine plutôt que par faille démontrée, contraire aux principes OMC. [https://thenextweb.com/news/china-threatens-eu-retaliation](https://thenextweb.com/news/china-threatens-eu-retaliation?ref=klaerenn.fr) ³⁰ WIRED, « Anthropic's Mythos Will Force a Cybersecurity Reckoning — Just Not the One You Think » (10 avril 2026). Logan Graham (Anthropic frontier red team) : « Many of the assumptions that we've built the modern security paradigms on might break. » [https://www.wired.com/story/anthropics-mythos-will-force-a-cybersecurity-reckoning-just-not-the-one-you-think/](https://www.wired.com/story/anthropics-mythos-will-force-a-cybersecurity-reckoning-just-not-the-one-you-think/?ref=klaerenn.fr) ### Kill one, spawn many URL: https://www.klaerenn.fr/kill-one-spawn-many-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:13.000Z *"Destroy to protect." The cyber industry has been applying this doctrine for sixteen years. In 2026, the data allows us to measure its outcome.* --- In five months, Google, Microsoft, Europol and the DOJ dismantled five of the world's largest proxy networks, botnets and phishing platforms. IPIDEA: 550 threat groups observed in a single week, several million devices neutralised¹. Tycoon 2FA: 62% of phishing blocked by Microsoft, 330 domains seized². SocksEscort: 369,000 IP addresses across 163 countries³. Aisuru, Kimwolf, JackSkid and Mossad: over 3 million compromised devices, 315,000 attributed DDoS attacks⁴. The industry applauds. Press releases speak of "significant degradation." Nobody asks what comes next. What comes next is a timeline the press releases don't cover. And that timeline tells a different story from the keynotes. ## The premise The disruption doctrine rests on an economic argument: raising the attacker's cost reduces the volume of attacks. Sandra Joyce, VP of Google Threat Intelligence Group, formalised it in a keynote at RSAC 2026 in March⁵. Passive defence is no longer enough. Adversaries must be actively disrupted, their infrastructure dismantled, their return on investment compressed. The US political framework follows suit: the One Big Beautiful Bill Act allocates one billion dollars to offensive cyber operations. Several bills introduced in 2025 seek to revive letters of marque — the Scam Farms Marque and Reprisal Authorization Act against cybercriminals, another against the cartels. All remain in committee⁶. Google operates the infrastructure adversaries exploit: Android, Gmail, Chrome, DNS, the cloud. Google can therefore evict them. The reasoning holds. It assumes the adversary, once evicted, disappears. Microsoft has been testing this model since 2010 with its Digital Crimes Unit⁷. Sixteen years and dozens of operations later, cybercrime has increased every year, without exception. If the premise worked, we would observe an inflection somewhere. We observe the opposite. In April 2026, Barracuda published its annual botnet landscape review: 2025 was simultaneously the year of the greatest disruption victories and the strongest growth in cybercriminal activity⁸. Disruption and acceleration, at the same time. ## The facts January 2026\. Google dismantles IPIDEA, one of the world's largest residential proxy networks¹. Court-authorised action on C2 domains, coordination with Cloudflare, Spur and Lumen's Black Lotus Labs, removal of over 600 Android applications via Play Protect. The available device pool drops by several million. At the same time, the Kimwolf network survives independently. Kimwolf was not merely feeding IPIDEA with 2 million infected Android devices⁹. According to the Lumen Defender Threatscape 2026 report, Kimwolf operators were exploiting a vulnerability in IPIDEA that enabled LAN pivoting: an actor would purchase residential proxy access, jailbreak it, pivot into the local network and recruit other devices into the botnet¹⁰. Kimwolf was a parasite of IPIDEA. Google destroyed the host. The parasite mutated into an autonomous organism. A month later, the Aeternum botnet appears¹¹. Its C2 runs through the Polygon blockchain. Domain seizures, the primary legal tool of takedowns, are structurally ineffective against this architecture. Aeternum is not a remnant of IPIDEA. It is a product of the post-IPIDEA era, designed to withstand the methods that worked in January. Early March. Coordinated Europol/Microsoft takedown of Tycoon 2FA². 330 domains seized. An unquestionable operational victory. But the primary operator (identified in Pakistan) remains at large. Stolen credentials continue to circulate. Microsoft quantifies the aftermath itself: Tycoon phishing drops 15% for the rest of the month, then rebounds by the third week, with domains shifting to .RU (over 41% of the pool by the end of March) and leaving Cloudflare¹². Second week of March. Lumen documents KadNap, a network of 14,000 ASUS routers resold as residential proxies¹³. The malware had been operating since August 2025 — five months before IPIDEA's fall — on a distinct lineage. While Google was dismantling one network, another was growing on edge devices, beyond the reach of the operation. The proxy supply regenerates in parallel with the takedowns, not in reaction to them, on a substrate harder to map, seize and attribute. Same week. US authorities dismantle SocksEscort³. 369,000 IP addresses. 163 countries. March 19\. The DOJ, together with Canada and Germany, dismantles four botnets simultaneously: Aisuru, Kimwolf, JackSkid and Mossad⁴. Over 3 million compromised devices. Kimwolf, the parasite that had survived IPIDEA's fall in January, had in the meantime tripled its bot count in a single week and launched attacks reaching 30 terabits per second¹⁰. It took two months to dismantle it in turn. By then, it had already served its purpose: demonstrating that destroying the host only accelerates the parasite's evolution. Five major dismantlements in five months. The total population of proxy networks has not decreased. ## Publishing is teaching Every disruption operation publishes technical intelligence. Indicators of compromise, C2 architecture, SDK signatures, detailed modus operandi. The intention is defensive: enabling the community to protect itself. The effect is educational: enabling the adversary to correct its mistakes. For IPIDEA, Google exposed the tier-1/tier-2 architecture, the 7,400 identified servers, the SDK distribution domains, the 13 brands operated from the same infrastructure¹. The next residential proxy operator has a complete course on what not to replicate. Don't centralise SDKs. Don't reuse the same domains for C2 and marketing. Don't go through the Play Store. Don't operate thirteen brands from the same backend. What is exposed will no longer be exploitable. The yield of each technical intelligence publication is declining by construction: it closes the window it documents. ## The script was written In April 2025, Sekoia TDR and Orange Cyberdefense published a joint report on the residential proxy market¹⁴. Two of their conclusions directly illuminate subsequent events. First, the market's apparent fragmentation masked a real consolidation. Providers presented as independent shared the same legal entities, the same server infrastructure, the same crypto wallets. Intel 471 confirmed: 922 S5 Proxy, ABC S5 Proxy and PIA S5 Proxy displayed the same Ethereum address on their respective sites¹⁵. IPIDEA operated 13 brands from the same architecture. The fragmentation was a façade. The reality was an opaque oligopoly. Then, the most prescient conclusion. Sekoia wrote in plain terms that the market is "so fragmented that no single provider is a major-enough actor worth tackling. One malicious going down would only mean cyber actors would move on to any of the numerous other providers"¹⁴. Google did exactly what Sekoia described as ineffective. The result matches what Sekoia predicted: demand redistributed. With an additional side effect. By striking an interconnection node that masked a hidden consolidation, Google replaced it with real fragmentation this time. Market opacity increased, not decreased. This is the balloon effect documented in criminology for thirty years: dismantle a cartel, traffic doesn't decrease, it redistributes into smaller structures that are harder to monitor. ## Survivors are the most resistant Industrial-scale disruption pressure selects. Commodity actors — those dependent on shared, cheap infrastructure — fall. Those left standing resist, by definition, the methods that eliminated their predecessors. Lumen, which operates one of the world's largest internet backbones, documented the mechanism in its 2026 Defender Threatscape Report¹⁰. Over four months, Black Lotus Labs participated in disrupting more than 550 C2 nodes linked to Aisuru and Kimwolf. Operators reacted within hours, sometimes minutes, standing up replacement servers and triggering mass malware re-downloads across the botnet. The report concludes that the speed and scale of Kimwolf's recovery cycles show how future botnets will evolve under pressure: rebuilding faster than defenders can respond. Resistance isn't only on the infrastructure side. On March 17, a campaign of 1.5 million messages hits 179,000 organisations across 43 countries, orchestrating three phishing platforms at once: Tycoon 2FA, Kratos and EvilTokens¹². The operator no longer depends on a single provider; it spreads its traffic across interchangeable kits. Dismantling one of them displaces nothing — the client was already on the others. Redundancy is no longer a reaction to the takedown; it is built in ahead of time. Aeternum and its blockchain C2¹¹ takes the logic a step further. HONESTCUE¹⁶, the first documented malware that outsources its own code generation to a commercial LLM, another step further still. Static analysis and signatures become inadequate against code generated dynamically on each execution. Infrastructure disruption does not touch the malware factory itself. The iOS exploit kit Coruna completes the picture¹⁷. Built at nation-state grade, it now proliferates into crypto theft. The boundary between government tools, commercial surveillance and mass cybercrime has dissolved. Disruption cleans up the visible background noise and pushes the real threat into the shadows. We eliminate what we knew how to detect. We select for what we don't. ## Reconstitution is measured in hours The disruption industry measures what it does, not what it produces. Domains seized, devices cleaned, groups identified: activity metrics. Victory press releases don't measure what reconstitutes behind them. When someone does, the result contradicts the doctrine. In February 2025, a peer-reviewed study did exactly that. An academic team, funded by the European Research Council, tracked the largest takedown ever conducted against booters — those DDoS-for-hire services sold for a few dollars a month. The operation, run by the FBI, the NCA and the Dutch Police, seized 62 domains in two waves between December 2022 and May 2023, made arrests, and deployed decoy sites to deter customers. The analysis combines several sources, including real traffic captured on the seized domains¹⁸. Over half the booters in the first wave returned online within a median of 19 hours. All those in the second wave returned, with a median of 42 hours. Operators seized in both waves reinstalled their service the second time within one hour: they were prepared. On attack volume, the first wave produced a 20–40% drop, statistically significant, absorbed within six weeks before the volume climbed back above its starting point. The same duration as the 2018 takedown. The same study places the episode in a lineage. The Conficker worm was neutralised over fifteen years ago; millions of machines remained infected years later. Two years after the VPNFilter disruption, routers were still compromised. The LockBit ransomware reappeared one week after the international operation that struck it. Across unrelated cases, reconstitution is the rule. On the vendor side, the infostealer market tells the same story. In May 2025, Microsoft, the FBI and Europol seized 2,300 domains linked to Lumma Stealer¹⁹. Indicators of compromise dropped to 57 on takedown day, rose to 287 the next day, reached 457 a week later, above pre-takedown levels²⁰. Trend Micro documented the migration to Russian hosting providers less willing to cooperate²¹. By February 2026, Lumma was operating at full scale again²². The largest infostealer takedown in history was absorbed within weeks. The cost of disruption is borne once by the disruptor. The cost of reconstitution is distributed across hundreds of actors adapting in parallel. The cost of re-attribution is borne by every defender, including those who lack the disruptor's visibility. The study delivers one last result, the most decisive. Everywhere, infrastructure seizure produced a short-lived effect. What durably changed practices was the influence component: decoy sites deployed by police, targeted ads, presence on forums — enough to instil a perception of risk in customers. Yet it is infrastructure seizure, the ephemeral half, that Google industrialises and sells. The half that lasts is not for sale, and remains beyond the reach of anyone who is not a state. ## The cycle closes Google disrupts observable infrastructure. Attackers fragment and become harder to trace. Google publishes a report showing threats are growing more sophisticated. Google sells the necessity of its global visibility as the only answer. Dependency increases. The cycle begins again²³. No conspiracy here. An emergent property of a system where the disruptor is also the vendor of the solution to the problem it helps worsen. Sandra Joyce said it herself at RSAC: the private sector runs the very infrastructure adversaries exploit, which gives it visibility government agencies sometimes lack⁵. This is true. It is also a sales pitch. The two coexist. ## When you're not Google For an organisation that does not operate a global cloud platform, a dominant mobile OS, a search engine, an email service with 1.8 billion users and a planetary DNS network, the disruption doctrine has a concrete consequence²⁴. Before IPIDEA's dismantlement, your teams could identify the network's exit nodes, add them to blocklists, correlate suspicious activity transiting through known infrastructure. Afterwards, malicious traffic flows through networks you don't know, from devices you can't map, with patterns you haven't yet observed. Observable background noise has been replaced by invisible background noise. For a defence-sector SME, a hospital, a local government, a mid-size industrial company, the balance sheet is negative. The threat has not decreased. Visibility over the threat has decreased. And the only entity that retains that visibility is the one that caused the fragmentation. ## The right scale Disrupting the attacker inside your network — hunting their presence, understanding their lateral movement, cutting their access, documenting their TTPs — produces a controlled local effect. Cost is proportional to your size. The benefit accrues directly to you. Disrupting the attacker at internet scale — dismantling their infrastructure, fragmenting their networks, publishing their methods — produces an effect whose benefits are captured by those with global visibility, and whose costs are distributed across everyone else. The first approach is accessible. The second is a luxury paid for in dependency. ## What I don't know The counterfactual is unverifiable. It is possible that without disruption, attack volumes would be even higher. No data settles the question. Reconstitution and the short-lived effect, however, are now measured. The study cited above does it systematically, free of any commercial interest; Microsoft on Tycoon, Lumen on Kimwolf, Lumu and Trend Micro on Lumma document it case by case. But the study covers the booter market — the cheap, shared low end — and explicitly excludes organised and state-sponsored crime. For IPIDEA and Aeternum, reconstitution evidence remains indirect: chronological appearance, temporal correlation. Direct causation — "this takedown produced this successor" — is not formally demonstrated. The main blind spot remains. The degradation of attribution and the loss of visibility for defenders who did not take part in the takedown are a deduction, not a measurement. We can now quantify the speed of reconstitution; nobody publishes data on what fragmentation costs those who suffer it without having caused it. That absence is itself a result: the doctrine is applied without measuring its effect on non-participating defenders. ## Conclusion Sixteen years of takedowns. Cybercrime has never been more industrialised, fragmented, resilient. The problem may not be the execution of the doctrine. The problem may be the doctrine itself. --- *Twentieth article in a series on Western cybersecurity's failures:* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/) - *Article 13:* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/) - *Article 14:* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige-2/) - *Article 15:* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black-2/) - *Article 16:* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be-2/) - *Article 17:* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict-2/) - *Article 18:* [*The Leopard*](https://www.klaerenn.fr/the-leopard/) - *Article 19: The Usual Suspects* --- ## Sources ¹ Google Cloud Blog / GTIG, "Disrupting the World's Largest Residential Proxy Network," January 29, 2026\. [https://cloud.google.com/blog/topics/threat-intelligence/disrupting-largest-residential-proxy-network](https://cloud.google.com/blog/topics/threat-intelligence/disrupting-largest-residential-proxy-network?ref=klaerenn.fr) ² Microsoft On the Issues, "How a global coalition disrupted Tycoon 2FA," March 4, 2026\. Europol, "Global Phishing Service Platform Taken Down," March 2026\. [https://blogs.microsoft.com/on-the-issues/2026/03/04/how-a-global-coalition-disrupted-tycoon/](https://blogs.microsoft.com/on-the-issues/2026/03/04/how-a-global-coalition-disrupted-tycoon/?ref=klaerenn.fr) [https://www.europol.europa.eu/media-press/newsroom/news/global-phishing-service-platform-taken-down-in-coordinated-public-private-action](https://www.europol.europa.eu/media-press/newsroom/news/global-phishing-service-platform-taken-down-in-coordinated-public-private-action?ref=klaerenn.fr) ³ The Hacker News, "Authorities Disrupt SocksEscort Proxy Botnet Exploiting 369,000 IPs Across 163 Countries," March 14, 2026\. TechCrunch, "Law enforcement shuts down botnet made of tens of thousands of hacked routers," March 12, 2026\. [https://thehackernews.com/2026/03/authorities-disrupt-socksescort-proxy.html](https://thehackernews.com/2026/03/authorities-disrupt-socksescort-proxy.html?ref=klaerenn.fr) [https://techcrunch.com/2026/03/12/law-enforcement-shuts-down-botnet-made-of-tens-of-thousands-of-hacked-routers/](https://techcrunch.com/2026/03/12/law-enforcement-shuts-down-botnet-made-of-tens-of-thousands-of-hacked-routers/?ref=klaerenn.fr) ⁴ CyberScoop, "Justice Department disrupts botnet networks that hijacked 3 million devices," March 20, 2026\. Cybersecurity Dive, "US, allies move to dismantle four high-volume IoT botnets," March 2026\. Krebs on Security, "Feds Disrupt IoT Botnets Behind Huge DDoS Attacks," March 2026\. [https://cyberscoop.com/botnet-disruption-aisuru-kimwolf-jackskid-mossad/](https://cyberscoop.com/botnet-disruption-aisuru-kimwolf-jackskid-mossad/?ref=klaerenn.fr) [https://www.cybersecuritydive.com/news/botnet-takedown-operation-us-canada-germany/815309/](https://www.cybersecuritydive.com/news/botnet-takedown-operation-us-canada-germany/815309/?ref=klaerenn.fr) [https://krebsonsecurity.com/2026/03/feds-disrupt-iot-botnets-behind-huge-ddos-attacks/](https://krebsonsecurity.com/2026/03/feds-disrupt-iot-botnets-behind-huge-ddos-attacks/?ref=klaerenn.fr) ⁵ Nextgov/FCW, "Google launches threat disruption unit, stops short of calling it 'offensive'," March 23, 2026\. RSAC 2026 keynote Sandra Joyce, "Activate Industry!: Moving Beyond Defense to Disruption and Active Defense." [https://www.nextgov.com/cybersecurity/2026/03/google-launches-threat-disruption-unit-stops-short-calling-it-offensive/412321/](https://www.nextgov.com/cybersecurity/2026/03/google-launches-threat-disruption-unit-stops-short-calling-it-offensive/412321/?ref=klaerenn.fr) [https://www.rsaconference.com/library/video/rsac-2026-quick-look-activate-industry](https://www.rsaconference.com/library/video/rsac-2026-quick-look-activate-industry?ref=klaerenn.fr) ⁶ See in this series: "Lord of Cyber War" (letters of marque, privatisation of cyber operations). Scam Farms Marque and Reprisal Authorization Act of 2025 (H.R. 4988), introduced by Representative David Schweikert on August 15, 2025, referred to the House Committee on Foreign Affairs, zero cosponsors, status "Introduced" to date. Cartel version of the same mechanism: Cartel Marque and Reprisal Authorization Act of 2025 (H.R. 1238 / S. 3567). CyberScoop, "Google previews cyber 'disruption unit' as U.S. government mulls more offensive options," August 27, 2025\. [https://www.congress.gov/bill/119th-congress/house-bill/4988](https://www.congress.gov/bill/119th-congress/house-bill/4988?ref=klaerenn.fr) [https://cyberscoop.com/google-cybersecurity-disruption-unit-active-defense-hack-back/](https://cyberscoop.com/google-cybersecurity-disruption-unit-active-defense-hack-back/?ref=klaerenn.fr) ⁷ Lawfare / Seriously Risky Business, "Google Sharpens Its Cyber Knife," September 5, 2025 — citing the Microsoft DCU precedent since 2010 and Google's first two operations (Glupteba 2021, BadBox 2.0 July 2025). Microsoft, "The DCU helps the law move at the speed of cybercrime." [https://www.lawfaremedia.org/article/google-sharpens-its-cyber-knife](https://www.lawfaremedia.org/article/google-sharpens-its-cyber-knife?ref=klaerenn.fr) ⁸ Barracuda Networks, "Top threat trends of the 2025 botnet landscape," April 13, 2026 — "2024 was a year of both disruption and acceleration for botnet-driven threats. \[...\] Overall botnet activity continued to grow in scale and intensity." [https://blog.barracuda.com/2026/04/13/top-threat-trends-of-the-2025-botnet-landscape](https://blog.barracuda.com/2026/04/13/top-threat-trends-of-the-2025-botnet-landscape?ref=klaerenn.fr) ⁹ The Hacker News, "Kimwolf Android Botnet Infects Over 2 Million Devices," January 2026\. Cybersecurity News, "Mirai-Based Botnets Evolve Into Massive DDoS and Proxy Abuse Threat," March 25, 2026 — "Despite the takedown efforts, these botnets continue to adapt and find new ways to stay operational." [https://cybersecuritynews.com/mirai-based-botnets-evolve-into-massive-ddos/](https://cybersecuritynews.com/mirai-based-botnets-evolve-into-massive-ddos/?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Lumen Technologies / Black Lotus Labs, "2026 Defender Threatscape Report," April 7, 2026 — 550+ Aisuru/Kimwolf C2 nodes disrupted over four months. Recovery in hours/minutes. Kimwolf tripled in one week, attacks reaching 30 Tbps. IPIDEA vulnerability exploited for LAN pivoting. Network World, "Lumen: Upstream network visibility is enterprise security's new front line," April 9, 2026\. Help Net Security, "Cybercriminals move deeper into networks, hiding in edge infrastructure," April 8, 2026\. [https://ir.lumen.com/news/news-details/2026/Lumen-Unveils-2026-Defender-Threatscape-Report-Upstream-Network-Visibility-is-the-New-Front-Line-of-Cyber-Defense/default.aspx](https://ir.lumen.com/news/news-details/2026/Lumen-Unveils-2026-Defender-Threatscape-Report-Upstream-Network-Visibility-is-the-New-Front-Line-of-Cyber-Defense/default.aspx?ref=klaerenn.fr) [https://www.networkworld.com/article/4156541/lumen-upstream-network-visibility-is-enterprise-securitys-new-front-line.html](https://www.networkworld.com/article/4156541/lumen-upstream-network-visibility-is-enterprise-securitys-new-front-line.html?ref=klaerenn.fr) [https://www.helpnetsecurity.com/2026/04/08/large-botnets-campaigns-attack-activity/](https://www.helpnetsecurity.com/2026/04/08/large-botnets-campaigns-attack-activity/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ The Hacker News, "Aeternum C2 Botnet Stores Encrypted Commands on Polygon Blockchain to Evade Takedown," February 26, 2026 — C2 on Polygon smart contracts, $200/build, $4,000/full source, built-in anti-analysis. [https://thehackernews.com/2026/02/aeternum-c2-botnet-stores-encrypted.html](https://thehackernews.com/2026/02/aeternum-c2-botnet-stores-encrypted.html?ref=klaerenn.fr) ¹² Microsoft Threat Intelligence, "Email threat landscape Q1 2026: trends and insights," April 30, 2026 — Tycoon 2FA reconstitution curve (-15% then rebound by the third week, TLD migration to .RU exceeding 41% of the pool by the end of March, departure from Cloudflare). March 17 multi-PhaaS campaign: 1.5 million messages, 179,000 organisations, 43 countries, simultaneous orchestration of Tycoon 2FA, Kratos and EvilTokens. [https://www.microsoft.com/en-us/security/blog/2026/04/30/email-threat-landscape-q1-2026-trends-and-insights/](https://www.microsoft.com/en-us/security/blog/2026/04/30/email-threat-landscape-q1-2026-trends-and-insights/?ref=klaerenn.fr) ¹³ The Hacker News, "KadNap Malware Infects 14,000+ Edge Devices to Power Stealth Proxy Botnet," March 2026\. [https://thehackernews.com/2026/03/kadnap-malware-infects-14000-edge.html](https://thehackernews.com/2026/03/kadnap-malware-infects-14000-edge.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Sekoia.io TDR & Orange Cyberdefense World Watch, "Unveiling the depths of Residential Proxies providers," April 2025 — "The market is so fragmented that no single provider is a major-enough actor worth tackling. One malicious going down would only mean cyber actors would move on to any of the numerous other providers." [https://blog.sekoia.io/unveiling-the-depths-of-residential-proxies-providers/](https://blog.sekoia.io/unveiling-the-depths-of-residential-proxies-providers/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Intel 471, "A Look at the Residential Proxy Market," August 2025 — 922 S5 Proxy, ABC S5 Proxy and PIA S5 Proxy sharing the same Ethereum address. [https://www.intel471.com/blog/a-look-at-the-residential-proxy-market](https://www.intel471.com/blog/a-look-at-the-residential-proxy-market?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Google Cloud Blog / Sandra Joyce, "Recent advances in how threat actors use AI tools," November 2025 — HONESTCUE, dynamic code generation via commercial LLM. [https://cloud.google.com/blog/products/identity-security/cloud-ciso-perspectives-recent-advances-in-how-threat-actors-use-ai-tools](https://cloud.google.com/blog/products/identity-security/cloud-ciso-perspectives-recent-advances-in-how-threat-actors-use-ai-tools?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ iVerify, "Coruna: Inside the Nation-State-Grade iOS Exploit Kit We've Been Tracking," March 2026\. BleepingComputer, "Spyware-Grade Coruna iOS Exploit Kit Now Used in Crypto Theft Attacks," March 2026\. [https://iverify.io/blog/coruna-inside-the-nation-state-grade-ios-exploit-kit-we-ve-been-tracking](https://iverify.io/blog/coruna-inside-the-nation-state-grade-ios-exploit-kit-we-ve-been-tracking?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ Anh V. Vu, John Kristoff, Ben Collier, Richard Clayton, Daniel R. Thomas, Alice Hutchings (Universities of Cambridge, Illinois Chicago, Edinburgh, Strathclyde), "Assessing the Aftermath: the Effects of a Global Takedown against DDoS-for-hire Services," USENIX Security Symposium 2025, arXiv:2502.04753, February 7, 2025 — peer-reviewed study, funded by the European Research Council. Median reconstitution of 19h (first wave, 52% of booters) and 42h (second wave, 100%), 1h for operators seized twice. DDoS volume drop of 20–40%, significant on UDP amplification attacks, absorbed within six weeks. Influence component (decoy sites, ads, forum presence) credited with the durable effect. Conficker, VPNFilter, LockBit (Operation Cronos) precedents cited in discussion. [https://arxiv.org/abs/2502.04753](https://arxiv.org/abs/2502.04753?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Microsoft Digital Crimes Unit, "Disrupting Lumma Stealer: Microsoft leads global action against favored cybercrime tool," May 21, 2025 — 2,300 domains seized, 394,000 machines infected over two months. Dark Reading, "Lumma Stealer Takedown Reveals Sprawling Operation," May 21, 2025\. Cybersecurity Dive, "Microsoft leads international takedown of Lumma Stealer," May 21, 2025\. [https://www.cybersecuritydive.com/news/microsoft-takedown-lumma-stealer/748727/](https://www.cybersecuritydive.com/news/microsoft-takedown-lumma-stealer/748727/?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Lumu Technologies, "Advisory Alert: Lumma Stealer Rebounds After Takedown," November 2025 — IoCs: 57 on May 21, 287 on May 22, 457 on May 28\. [https://lumu.io/blog/lumma-stealer-rebounds/](https://lumu.io/blog/lumma-stealer-rebounds/?ref=klaerenn.fr) ²¹ Trend Micro, "Back to Business: Lumma Stealer Returns with Stealthier Methods," July 22, 2025 — migration to Russian hosting, discreet distribution channels, targeted accounts back to pre-takedown levels by June-July. SecurityWeek, "Lumma Stealer Malware Returns After Takedown Attempt," July 23, 2025\. [https://www.trendmicro.com/en\_us/research/25/g/lumma-stealer-returns.html](https://www.trendmicro.com/en%5Fus/research/25/g/lumma-stealer-returns.html?ref=klaerenn.fr) [https://www.securityweek.com/lumma-stealer-malware-returns-after-takedown-attempt/](https://www.securityweek.com/lumma-stealer-malware-returns-after-takedown-attempt/?ref=klaerenn.fr) ²² Hunter Strategy, "LummaStealer Resurgence After 2025 Infrastructure Disruption," February 18, 2026 — "Activity began recovering within weeks, and by late 2025 and early 2026, campaigns were again increasing globally." Bitdefender / BusinessStory, "Previously-hobbled Lumma Stealer has returned with lures that are hard to resist," February 2026\. [https://blog.hunterstrategy.net/lummastealer-resurgence-after-2025-infrastructure-disruption/](https://blog.hunterstrategy.net/lummastealer-resurgence-after-2025-infrastructure-disruption/?ref=klaerenn.fr) ²³ See in this series: "Soylent Green" (vendor self-attribution bias, commercial threat cycle) and "AI and the collapse of the Western defensive model" (offensive/defensive imbalance). ²⁴ See in this series: "Pitch Black" (European dependence on American vulnerability infrastructure). The disruption doctrine reinforces this dependence: disruption capacity is concentrated among US infrastructure operators. Europe has neither the legal framework, nor the institutional mandate, nor the operational visibility to conduct equivalent disruption operations. NIS2 provides nothing of the sort. ANSSI does not have this mandate. ### Kill one, spawn many URL: https://www.klaerenn.fr/kill-one-spawn-many/ Last updated: 2026-09-01T22:51:13.000Z *"Détruire pour protéger." L'industrie cyber applique cette doctrine depuis seize ans. En 2026, les données permettent d'en mesurer le résultat.* --- En cinq mois, Google, Microsoft, Europol et le DOJ ont démantelé cinq des plus grands réseaux proxy, botnets et plateformes de phishing au monde. IPIDEA : 550 groupes de menaces observés en une semaine, plusieurs millions de devices neutralisés¹. Tycoon 2FA : 62% du phishing bloqué par Microsoft, 330 domaines saisis². SocksEscort : 369 000 adresses IP dans 163 pays³. Aisuru, Kimwolf, JackSkid et Mossad : plus de 3 millions de devices compromis, 315 000 attaques DDoS attribuées⁴. L'industrie applaudit. Les communiqués parlent de "dégradation significative." Personne ne pose la question de ce qui vient après. Après, c'est une chronologie que les communiqués ne couvrent pas. Et cette chronologie raconte une histoire différente de celle des keynotes. ## Le postulat La doctrine de disruption repose sur un raisonnement économique : augmenter le coût de l'attaquant réduit le volume d'attaques. Sandra Joyce, VP de Google Threat Intelligence Group, l'a formalisé en keynote à RSA 2026 en mars⁵. La défense passive ne suffit plus. Il faut perturber activement l'adversaire, démanteler ses infrastructures, comprimer son retour sur investissement. Le cadre politique américain accompagne le mouvement : le One Big Beautiful Bill Act alloue un milliard de dollars aux opérations cyber offensives. Plusieurs propositions de loi déposées en 2025 cherchent à ressusciter les lettres de marque, le Scam Farms Marque and Reprisal Authorization Act contre les cybercriminels, un autre texte contre les cartels. Toutes restent en commission⁶. Google opère l'infrastructure qu'exploitent les adversaires : Android, Gmail, Chrome, le DNS, le cloud. Google peut donc les en déloger. Le raisonnement se tient. Il suppose que l'adversaire, une fois délogé, disparaît. Microsoft teste ce modèle depuis 2010 avec sa Digital Crimes Unit⁷. Seize ans et des dizaines d'opérations plus tard, le cybercrime a augmenté chaque année, sans exception. Si le postulat fonctionnait, on observerait une inflexion quelque part. On observe le contraire. En avril 2026, Barracuda publie son bilan annuel du paysage des botnets : l'année 2025 a été simultanément celle des plus grandes victoires de disruption et celle de la plus forte croissance de l'activité cybercriminelle⁸. Disruption et accélération, en même temps. ## Les faits Janvier 2026\. Google démantèle IPIDEA, l'un des plus grands réseaux de proxy résidentiels au monde¹. Action judiciaire sur les domaines C2, coordination avec Cloudflare, Spur et Lumen's Black Lotus Labs, suppression de plus de 600 applications Android via Play Protect. Le pool de devices disponibles chute de plusieurs millions. Au même moment, le réseau Kimwolf survit indépendamment. Kimwolf ne se contentait pas d'alimenter IPIDEA avec 2 millions d'appareils Android infectés⁹. Selon le rapport Lumen Defender Threatscape 2026, les opérateurs de Kimwolf exploitaient une vulnérabilité dans IPIDEA qui permettait le pivotement LAN : un acteur achetait un accès proxy résidentiel, le jailbreakait, pivotait dans le réseau local et recrutait d'autres devices dans le botnet¹⁰. Kimwolf était un parasite d'IPIDEA. Google a détruit l'hôte. Le parasite a muté en organisme autonome. Un mois plus tard, le botnet Aeternum apparaît¹¹. Son C2 transite par la blockchain Polygon. Les saisies de domaines, principal outil juridique des takedowns, sont inopérantes contre cette architecture. Aeternum n'est pas un résidu d'IPIDEA. C'est un produit de l'après-IPIDEA, conçu pour résister aux méthodes qui ont fonctionné en janvier. Début mars. Takedown coordonné Europol/Microsoft contre Tycoon 2FA². 330 domaines saisis. Victoire opérationnelle indiscutable. Mais l'opérateur principal (identifié au Pakistan) reste en liberté. Les credentials volés circulent toujours. Microsoft chiffre la suite lui-même : le phishing Tycoon recule de 15 % le reste du mois, puis repart dès la troisième semaine, les domaines basculant vers le .RU (plus de 41 % du parc fin mars) et quittant Cloudflare¹². Deuxième semaine de mars. Lumen documente KadNap, un réseau de 14 000 routeurs ASUS revendus comme proxys résidentiels¹³. Le malware opérait depuis août 2025, cinq mois avant la chute d'IPIDEA, sur une lignée distincte. Pendant que Google démantelait un réseau, un autre grandissait sur les équipements edge, hors de portée de l'opération. L'offre proxy se régénère en parallèle des démantèlements, pas en réaction à eux, sur un substrat plus difficile à cartographier, à saisir et à attribuer. Même semaine. Les autorités américaines démantèlent SocksEscort³. 369 000 adresses IP. 163 pays. 19 mars. Le DOJ, avec le Canada et l'Allemagne, démantèle quatre botnets simultanément : Aisuru, Kimwolf, JackSkid et Mossad⁴. Plus de 3 millions de devices compromis. Kimwolf, le parasite qui avait survécu à la chute d'IPIDEA en janvier, avait entre-temps triplé sa base de bots en une seule semaine et lancé des attaques atteignant 30 térabits par seconde¹⁰. Il aura fallu deux mois pour le démanteler à son tour. D'ici là, il avait déjà rempli sa fonction : démontrer que la destruction de l'hôte ne fait qu'accélérer l'évolution du parasite. Cinq démantèlements majeurs en cinq mois. La population totale de réseaux proxy n'a pas diminué. ## Publier, c'est enseigner Chaque opération de disruption publie du renseignement technique. Indicateurs de compromission, architecture C2, signatures de SDK, mode opératoire détaillé. L'intention est défensive : permettre à la communauté de se protéger. L'effet est éducatif : permettre à l'adversaire de corriger ses erreurs. Pour IPIDEA, Google a exposé l'architecture tier-1/tier-2, les 7 400 serveurs identifiés, les domaines de distribution des SDK, les 13 marques opérées depuis la même infrastructure¹. Le prochain opérateur de proxy résidentiel dispose d'un cours complet sur ce qu'il ne faut pas reproduire. Ne pas centraliser les SDK. Ne pas réutiliser les mêmes domaines pour le C2 et le marketing. Ne pas passer par le Play Store. Ne pas opérer treize marques depuis le même backend. Ce qui est exposé ne sera plus exploitable. Le rendement de chaque publication de renseignement technique est décroissant par construction : elle ferme la fenêtre qu'elle documente. ## Le scénario était écrit En avril 2025, Sekoia TDR et Orange Cyberdefense publiaient un rapport conjoint sur le marché des proxy résidentiels¹⁴. Deux de leurs conclusions éclairent directement la suite des événements. D'abord, la fragmentation apparente du marché masquait une consolidation réelle. Des fournisseurs présentés comme indépendants partageaient les mêmes entités juridiques, la même infrastructure serveur, les mêmes wallets crypto. Intel 471 a confirmé : 922 S5 Proxy, ABC S5 Proxy et PIA S5 Proxy affichaient la même adresse Ethereum sur leurs sites respectifs¹⁵. IPIDEA opérait 13 marques depuis la même architecture. La fragmentation était un décor. La réalité était un oligopole opaque. Ensuite, la conclusion la plus prémonitoire. Sekoia écrivait en toutes lettres que le marché est "si fragmenté qu'aucun fournisseur n'est un acteur suffisamment important pour justifier un démantèlement. La disparition d'un fournisseur malveillant signifie simplement que les acteurs cyber se déplacent vers l'un des nombreux autres fournisseurs"¹⁴. Google a fait exactement ce que Sekoia décrivait comme inefficace. Le résultat correspond à ce que Sekoia avait prédit : la demande s'est redistribuée. Avec un effet de bord supplémentaire. En frappant un nœud d'interconnexion qui masquait une consolidation cachée, Google l'a remplacé par une fragmentation réelle cette fois. L'opacité du marché a augmenté, pas diminué. C'est l'effet ballon documenté en criminologie depuis trente ans : on démantèle un cartel, le trafic ne diminue pas, il se redistribue en structures plus petites et plus difficiles à surveiller. ## Les survivants sont les plus résistants La pression de la disruption industrielle sélectionne. Les commodity actors (ceux qui dépendent d'infrastructure mutualisée et bon marché) tombent. Ceux qui restent debout résistent, par définition, aux méthodes qui ont éliminé les précédents. Lumen, qui opère l'un des plus grands backbones Internet au monde, a documenté le mécanisme dans son rapport Defender Threatscape 2026¹⁰. En quatre mois, Black Lotus Labs a participé à la disruption de plus de 550 nœuds C2 liés à Aisuru et Kimwolf. Les opérateurs réagissaient en heures, parfois en minutes, mettant en place des serveurs de remplacement et déclenchant des re-téléchargements massifs de malware à travers le botnet. Le rapport conclut que la vitesse et l'échelle des cycles de récupération de Kimwolf montrent comment les futurs botnets évolueront sous pression : en se reconstituant plus vite que les défenseurs ne peuvent réagir. La résistance n'est pas que du côté de l'infrastructure. Le 17 mars, une campagne de 1,5 million de messages frappe 179 000 organisations dans 43 pays en orchestrant trois plateformes de phishing à la fois : Tycoon 2FA, Kratos et EvilTokens¹². L'opérateur ne dépend plus d'un fournisseur unique, il répartit son trafic sur des kits interchangeables. Démanteler l'un d'eux ne déplace rien, le client était déjà sur les autres. La redondance n'est plus une réaction au takedown, elle est intégrée d'avance. Aeternum et son C2 blockchain¹¹ pousse la logique un cran plus loin. HONESTCUE¹⁶, premier malware documenté qui externalise sa génération de code vers un LLM commercial, encore un autre. L'analyse statique et les signatures deviennent inadaptées face à du code généré dynamiquement à chaque exécution. La disruption de l'infrastructure ne touche pas la fabrique du malware. Le kit d'exploitation iOS Coruna complète le tableau¹⁷. Conçu au niveau étatique, il prolifère désormais vers le vol de crypto. La frontière entre outils gouvernementaux, surveillance commerciale et cybercrime de masse a disparu. La disruption nettoie le bruit de fond visible et pousse la menace réelle dans l'ombre. On élimine ce qu'on savait détecter. On sélectionne ce qu'on ne sait pas détecter. ## La reconstitution se mesure en heures L'industrie de la disruption mesure ce qu'elle fait, pas ce qu'elle produit. Domaines saisis, devices nettoyés, groupes identifiés : des métriques d'activité. Les communiqués de victoire ne mesurent pas ce qui se reconstitue derrière. Quand quelqu'un le mesure, le résultat contredit la doctrine. En février 2025, une étude relue par les pairs l'a fait. Une équipe académique, financée par le Conseil européen de la recherche, a suivi le plus vaste démantèlement jamais conduit contre les booters, ces services de DDoS à la demande vendus quelques dollars par mois. L'opération, menée par le FBI, la NCA et la police néerlandaise, a saisi 62 domaines en deux vagues entre décembre 2022 et mai 2023, procédé à des arrestations et déployé des sites pièges pour décourager les clients. L'analyse croise plusieurs sources, dont le trafic réel capté sur les domaines saisis¹⁸. Plus de la moitié des booters de la première vague sont revenus en ligne en une médiane de 19 heures. Tous ceux de la seconde vague sont revenus, médiane de 42 heures. Les opérateurs saisis aux deux vagues ont réinstallé leur service, la seconde fois, en une heure : ils étaient préparés. Sur le volume d'attaques, la première vague a produit une baisse de 20 à 40 %, statistiquement significative, résorbée en six semaines avant que le volume ne repasse au-dessus de son point de départ. La même durée qu'au démantèlement de 2018. La même étude replace l'épisode dans une lignée. Le ver Conficker a été neutralisé il y a plus de quinze ans ; des millions de machines restaient infectées des années plus tard. Deux ans après la disruption de VPNFilter, des routeurs étaient toujours compromis. Le rançongiciel LockBit est réapparu une semaine après l'opération internationale qui l'avait frappé. Sur des cas sans rapport entre eux, la reconstitution est la règle. Côté vendeur, le marché des infostealers raconte la même chose. En mai 2025, Microsoft, le FBI et Europol saisissent 2 300 domaines liés à Lumma Stealer¹⁹. Les indicateurs de compromission tombent à 57 le jour du takedown, remontent à 287 le lendemain, atteignent 457 une semaine plus tard, au-dessus des niveaux d'avant²⁰. Trend Micro documente la migration vers des hébergeurs russes moins coopératifs²¹. En février 2026, Lumma opère de nouveau à pleine échelle²². Le plus gros démantèlement d'infostealer de l'histoire a été absorbé en quelques semaines. Le coût de la disruption est supporté une fois par le disrupteur. Le coût de la recomposition est réparti sur des centaines d'acteurs qui s'adaptent en parallèle. Le coût de la ré-attribution est supporté par tous les défenseurs, y compris ceux qui n'ont pas la visibilité du disrupteur. Cette étude livre un dernier résultat, le plus décisif. Partout, la saisie d'infrastructure a produit un effet court. Ce qui a modifié durablement les pratiques, c'est la composante d'influence : faux sites déployés par la police, publicités ciblées, présence sur les forums, de quoi installer une perception du risque chez les clients. Or c'est la saisie d'infrastructure, la moitié éphémère, que Google industrialise et vend. La moitié qui dure ne se vend pas, et reste hors de portée de qui n'est pas un État. ## Le cycle se referme Google disrupts l'infrastructure observable. Les attaquants se fragmentent et deviennent plus difficiles à tracer. Google publie un rapport montrant que les menaces se sophistiquent. Google vend la nécessité de sa visibilité globale comme seule réponse. La dépendance s'accroît. Le cycle recommence²³. Aucun complot là-dedans. Une propriété émergente d'un système où le disrupteur est aussi le vendeur de la solution au problème qu'il contribue à aggraver. Sandra Joyce le dit elle-même à RSA : le secteur privé opère l'infrastructure que les adversaires exploitent, ce qui lui donne des capacités que les agences gouvernementales n'ont parfois pas⁵. C'est vrai. C'est aussi un argument commercial. Les deux coexistent. ## Quand on n'est pas Google Pour une entreprise qui n'opère pas une plateforme cloud mondiale, un OS mobile dominant, un moteur de recherche, un service email à 1,8 milliard d'utilisateurs et un réseau DNS planétaire, la doctrine de disruption a une conséquence concrète²⁴. Avant le démantèlement d'IPIDEA, vos équipes pouvaient identifier les nœuds de sortie du réseau, les ajouter aux blocklists, corréler les activités suspectes transitant par une infrastructure connue. Après, le trafic malveillant transite par des réseaux que vous ne connaissez pas, depuis des devices que vous ne pouvez pas cartographier, avec des patterns que vous n'avez pas encore observés. Le bruit de fond observable a été remplacé par du bruit de fond invisible. Pour une PME de la BITD, un hôpital, une collectivité, une ETI industrielle, le bilan est négatif. La menace n'a pas diminué. La visibilité sur la menace a diminué. Et la seule entité qui conserve cette visibilité est celle qui a causé la fragmentation. ## La bonne échelle Perturber l'attaquant dans votre réseau (traquer sa présence, comprendre ses mouvements latéraux, couper ses accès, documenter ses TTPs) produit un effet local maîtrisé. Le coût est proportionnel à votre taille. Le bénéfice vous revient directement. Perturber l'attaquant à l'échelle d'Internet (démanteler son infrastructure, fragmenter ses réseaux, publier ses méthodes) produit un effet dont les bénéfices sont captés par ceux qui ont la visibilité mondiale, et dont les coûts sont répartis sur tous les autres. La première approche est accessible. La seconde est un luxe qui se paie en dépendance. ## Ce que je ne sais pas Le contre-factuel est invérifiable. Il est possible que sans disruption, le volume d'attaques serait encore plus élevé. Aucune donnée ne permet de trancher. La reconstitution et l'impact court, eux, sont désormais mesurés. L'étude citée plus haut le fait systématiquement, hors de tout intérêt commercial ; Microsoft sur Tycoon, Lumen sur Kimwolf, Lumu et Trend Micro sur Lumma le documentent cas par cas. Mais l'étude porte sur le marché des booters, le bas de gamme mutualisé, et exclut explicitement le crime organisé et étatique. Pour IPIDEA et Aeternum, les preuves de reconstitution restent indirectes : apparition chronologique, corrélation temporelle. La causalité directe « ce takedown a produit ce successeur » n'est pas démontrée formellement. Reste l'angle mort principal. La dégradation de l'attribution et la perte de visibilité pour les défenseurs qui n'ont pas participé au takedown sont une déduction, pas une mesure. On sait désormais chiffrer la vitesse de reconstitution ; personne ne publie de données sur ce que la fragmentation coûte à ceux qui la subissent sans l'avoir provoquée. Cette absence est en soi un résultat : la doctrine est appliquée sans mesure de son effet sur les défenseurs non-participants. ## Conclusion Seize ans de takedowns. Le cybercrime n'a jamais été aussi industrialisé, fragmenté, résilient. Le problème n'est peut-être pas l'exécution de la doctrine. Le problème est peut-être la doctrine. --- *Vingtième article d'une série sur les failles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) - *Article 13 :* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/) - *Article 14 :* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige/) - *Article 15 :* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black/) - *Article 16 :* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be/) - *Article 17 :* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict/) - *Article 18 :* [*Le Guépard*](https://www.klaerenn.fr/le-guepard/) - *Article 19 : The Usual Suspects* --- ## Sources ¹ Google Cloud Blog / GTIG, « Disrupting the World's Largest Residential Proxy Network », 29 janvier 2026\. [https://cloud.google.com/blog/topics/threat-intelligence/disrupting-largest-residential-proxy-network](https://cloud.google.com/blog/topics/threat-intelligence/disrupting-largest-residential-proxy-network?ref=klaerenn.fr) ² Microsoft On the Issues, « How a global coalition disrupted Tycoon 2FA », 4 mars 2026\. Europol, « Global Phishing Service Platform Taken Down », mars 2026\. [https://blogs.microsoft.com/on-the-issues/2026/03/04/how-a-global-coalition-disrupted-tycoon/](https://blogs.microsoft.com/on-the-issues/2026/03/04/how-a-global-coalition-disrupted-tycoon/?ref=klaerenn.fr) [https://www.europol.europa.eu/media-press/newsroom/news/global-phishing-service-platform-taken-down-in-coordinated-public-private-action](https://www.europol.europa.eu/media-press/newsroom/news/global-phishing-service-platform-taken-down-in-coordinated-public-private-action?ref=klaerenn.fr) ³ The Hacker News, « Authorities Disrupt SocksEscort Proxy Botnet Exploiting 369,000 IPs Across 163 Countries », 14 mars 2026\. TechCrunch, « Law enforcement shuts down botnet made of tens of thousands of hacked routers », 12 mars 2026\. [https://thehackernews.com/2026/03/authorities-disrupt-socksescort-proxy.html](https://thehackernews.com/2026/03/authorities-disrupt-socksescort-proxy.html?ref=klaerenn.fr) [https://techcrunch.com/2026/03/12/law-enforcement-shuts-down-botnet-made-of-tens-of-thousands-of-hacked-routers/](https://techcrunch.com/2026/03/12/law-enforcement-shuts-down-botnet-made-of-tens-of-thousands-of-hacked-routers/?ref=klaerenn.fr) ⁴ CyberScoop, « Justice Department disrupts botnet networks that hijacked 3 million devices », 20 mars 2026\. Cybersecurity Dive, « US, allies move to dismantle four high-volume IoT botnets », mars 2026\. Krebs on Security, « Feds Disrupt IoT Botnets Behind Huge DDoS Attacks », mars 2026\. [https://cyberscoop.com/botnet-disruption-aisuru-kimwolf-jackskid-mossad/](https://cyberscoop.com/botnet-disruption-aisuru-kimwolf-jackskid-mossad/?ref=klaerenn.fr) [https://www.cybersecuritydive.com/news/botnet-takedown-operation-us-canada-germany/815309/](https://www.cybersecuritydive.com/news/botnet-takedown-operation-us-canada-germany/815309/?ref=klaerenn.fr) [https://krebsonsecurity.com/2026/03/feds-disrupt-iot-botnets-behind-huge-ddos-attacks/](https://krebsonsecurity.com/2026/03/feds-disrupt-iot-botnets-behind-huge-ddos-attacks/?ref=klaerenn.fr) ⁵ Nextgov/FCW, « Google launches threat disruption unit, stops short of calling it 'offensive' », 23 mars 2026\. RSAC 2026 keynote Sandra Joyce, « Activate Industry!: Moving Beyond Defense to Disruption and Active Defense ». [https://www.nextgov.com/cybersecurity/2026/03/google-launches-threat-disruption-unit-stops-short-calling-it-offensive/412321/](https://www.nextgov.com/cybersecurity/2026/03/google-launches-threat-disruption-unit-stops-short-calling-it-offensive/412321/?ref=klaerenn.fr) [https://www.rsaconference.com/library/video/rsac-2026-quick-look-activate-industry](https://www.rsaconference.com/library/video/rsac-2026-quick-look-activate-industry?ref=klaerenn.fr) ⁶ Voir dans cette série : « Lord of Cyber War » (lettres de marque, privatisation des opérations cyber). Scam Farms Marque and Reprisal Authorization Act of 2025 (H.R. 4988), déposé par le représentant David Schweikert le 15 août 2025, renvoyé à la commission des Affaires étrangères de la Chambre, zéro cosignataire, statut « Introduced » à date. Version cartels du même dispositif : Cartel Marque and Reprisal Authorization Act of 2025 (H.R. 1238 / S. 3567). CyberScoop, « Google previews cyber 'disruption unit' as U.S. government mulls more offensive options », 27 août 2025\. [https://www.congress.gov/bill/119th-congress/house-bill/4988](https://www.congress.gov/bill/119th-congress/house-bill/4988?ref=klaerenn.fr) [https://cyberscoop.com/google-cybersecurity-disruption-unit-active-defense-hack-back/](https://cyberscoop.com/google-cybersecurity-disruption-unit-active-defense-hack-back/?ref=klaerenn.fr) ⁷ Lawfare / Seriously Risky Business, « Google Sharpens Its Cyber Knife », 5 septembre 2025 — citant le précédent Microsoft DCU depuis 2010 et les deux premières opérations Google (Glupteba 2021, BadBox 2.0 juillet 2025). Microsoft, « The DCU helps the law move at the speed of cybercrime ». [https://www.lawfaremedia.org/article/google-sharpens-its-cyber-knife](https://www.lawfaremedia.org/article/google-sharpens-its-cyber-knife?ref=klaerenn.fr) ⁸ Barracuda Networks, « Top threat trends of the 2025 botnet landscape », 13 avril 2026 — « 2024 was a year of both disruption and acceleration for botnet-driven threats. \[...\] Overall botnet activity continued to grow in scale and intensity. » [https://blog.barracuda.com/2026/04/13/top-threat-trends-of-the-2025-botnet-landscape](https://blog.barracuda.com/2026/04/13/top-threat-trends-of-the-2025-botnet-landscape?ref=klaerenn.fr) ⁹ The Hacker News, « Kimwolf Android Botnet Infects Over 2 Million Devices », janvier 2026\. Cybersecurity News, « Mirai-Based Botnets Evolve Into Massive DDoS and Proxy Abuse Threat », 25 mars 2026 — « Despite the takedown efforts, these botnets continue to adapt and find new ways to stay operational. » [https://cybersecuritynews.com/mirai-based-botnets-evolve-into-massive-ddos/](https://cybersecuritynews.com/mirai-based-botnets-evolve-into-massive-ddos/?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Lumen Technologies / Black Lotus Labs, « 2026 Defender Threatscape Report », 7 avril 2026 — 550+ nœuds C2 Aisuru/Kimwolf disruptés en quatre mois. Reconstruction en heures/minutes. Kimwolf triplé en une semaine, attaques à 30 Tbps. Vulnérabilité IPIDEA exploitée pour pivotement LAN. Network World, « Lumen: Upstream network visibility is enterprise security's new front line », 9 avril 2026\. Help Net Security, « Cybercriminals move deeper into networks, hiding in edge infrastructure », 8 avril 2026\. [https://ir.lumen.com/news/news-details/2026/Lumen-Unveils-2026-Defender-Threatscape-Report-Upstream-Network-Visibility-is-the-New-Front-Line-of-Cyber-Defense/default.aspx](https://ir.lumen.com/news/news-details/2026/Lumen-Unveils-2026-Defender-Threatscape-Report-Upstream-Network-Visibility-is-the-New-Front-Line-of-Cyber-Defense/default.aspx?ref=klaerenn.fr) [https://www.networkworld.com/article/4156541/lumen-upstream-network-visibility-is-enterprise-securitys-new-front-line.html](https://www.networkworld.com/article/4156541/lumen-upstream-network-visibility-is-enterprise-securitys-new-front-line.html?ref=klaerenn.fr) [https://www.helpnetsecurity.com/2026/04/08/large-botnets-campaigns-attack-activity/](https://www.helpnetsecurity.com/2026/04/08/large-botnets-campaigns-attack-activity/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ The Hacker News, « Aeternum C2 Botnet Stores Encrypted Commands on Polygon Blockchain to Evade Takedown », 26 février 2026 — C2 sur smart contracts Polygon, 200/build,4000/build, 4 000 /build,4000/code source complet, anti-analyse intégrée. [https://thehackernews.com/2026/02/aeternum-c2-botnet-stores-encrypted.html](https://thehackernews.com/2026/02/aeternum-c2-botnet-stores-encrypted.html?ref=klaerenn.fr) ¹² Microsoft Threat Intelligence, « Email threat landscape Q1 2026: trends and insights », 30 avril 2026 — courbe de reconstitution Tycoon 2FA (-15 % puis reprise dès la troisième semaine, migration TLD vers le .RU à plus de 41 % du parc fin mars, sortie de Cloudflare). Campagne multi-PhaaS du 17 mars : 1,5 million de messages, 179 000 organisations, 43 pays, orchestration simultanée de Tycoon 2FA, Kratos et EvilTokens. [https://www.microsoft.com/en-us/security/blog/2026/04/30/email-threat-landscape-q1-2026-trends-and-insights/](https://www.microsoft.com/en-us/security/blog/2026/04/30/email-threat-landscape-q1-2026-trends-and-insights/?ref=klaerenn.fr) ¹³ The Hacker News, « KadNap Malware Infects 14,000+ Edge Devices to Power Stealth Proxy Botnet », mars 2026\. [https://thehackernews.com/2026/03/kadnap-malware-infects-14000-edge.html](https://thehackernews.com/2026/03/kadnap-malware-infects-14000-edge.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Sekoia.io TDR & Orange Cyberdefense World Watch, « Unveiling the depths of Residential Proxies providers », avril 2025 — « The market is so fragmented that no single provider is a major-enough actor worth tackling. One malicious going down would only mean cyber actors would move on to any of the numerous other providers. » [https://blog.sekoia.io/unveiling-the-depths-of-residential-proxies-providers/](https://blog.sekoia.io/unveiling-the-depths-of-residential-proxies-providers/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Intel 471, « A Look at the Residential Proxy Market », août 2025 — 922 S5 Proxy, ABC S5 Proxy et PIA S5 Proxy partageant la même adresse Ethereum. [https://www.intel471.com/blog/a-look-at-the-residential-proxy-market](https://www.intel471.com/blog/a-look-at-the-residential-proxy-market?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Google Cloud Blog / Sandra Joyce, « Recent advances in how threat actors use AI tools », novembre 2025 — HONESTCUE, génération dynamique de code via LLM commercial. [https://cloud.google.com/blog/products/identity-security/cloud-ciso-perspectives-recent-advances-in-how-threat-actors-use-ai-tools](https://cloud.google.com/blog/products/identity-security/cloud-ciso-perspectives-recent-advances-in-how-threat-actors-use-ai-tools?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ iVerify, « Coruna: Inside the Nation-State-Grade iOS Exploit Kit We've Been Tracking », mars 2026\. BleepingComputer, « Spyware-Grade Coruna iOS Exploit Kit Now Used in Crypto Theft Attacks », mars 2026\. [https://iverify.io/blog/coruna-inside-the-nation-state-grade-ios-exploit-kit-we-ve-been-tracking](https://iverify.io/blog/coruna-inside-the-nation-state-grade-ios-exploit-kit-we-ve-been-tracking?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ Anh V. Vu, John Kristoff, Ben Collier, Richard Clayton, Daniel R. Thomas, Alice Hutchings (universités de Cambridge, Illinois Chicago, Édimbourg, Strathclyde), « Assessing the Aftermath: the Effects of a Global Takedown against DDoS-for-hire Services », USENIX Security Symposium 2025, arXiv:2502.04753, 7 février 2025 — étude relue par les pairs, financée par le Conseil européen de la recherche. Reconstitution médiane de 19 h (première vague, 52 % des booters) et 42 h (seconde vague, 100 %), 1 h pour les opérateurs saisis deux fois. Baisse du volume DDoS de 20-40 %, significative sur les attaques par amplification UDP, résorbée en six semaines. Composante d'influence (sites pièges, publicités, présence sur forums) créditée de l'effet durable. Précédents Conficker, VPNFilter, LockBit (Operation Cronos) cités en discussion. [https://arxiv.org/abs/2502.04753](https://arxiv.org/abs/2502.04753?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Microsoft Digital Crimes Unit, « Disrupting Lumma Stealer: Microsoft leads global action against favored cybercrime tool », 21 mai 2025 — 2 300 domaines saisis, 394 000 machines infectées en deux mois. Dark Reading, « Lumma Stealer Takedown Reveals Sprawling Operation », 21 mai 2025\. Cybersecurity Dive, « Microsoft leads international takedown of Lumma Stealer », 21 mai 2025\. [https://www.cybersecuritydive.com/news/microsoft-takedown-lumma-stealer/748727/](https://www.cybersecuritydive.com/news/microsoft-takedown-lumma-stealer/748727/?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Lumu Technologies, « Advisory Alert: Lumma Stealer Rebounds After Takedown », novembre 2025 — IoC : 57 le 21 mai, 287 le 22 mai, 457 le 28 mai. [https://lumu.io/blog/lumma-stealer-rebounds/](https://lumu.io/blog/lumma-stealer-rebounds/?ref=klaerenn.fr) ²¹ Trend Micro, « Back to Business: Lumma Stealer Returns with Stealthier Methods », 22 juillet 2025 — migration vers hébergeurs russes, canaux de distribution discrets, nombre de comptes ciblés revenu aux niveaux pré-takedown en juin-juillet. SecurityWeek, « Lumma Stealer Malware Returns After Takedown Attempt », 23 juillet 2025\. [https://www.trendmicro.com/en\_us/research/25/g/lumma-stealer-returns.html](https://www.trendmicro.com/en%5Fus/research/25/g/lumma-stealer-returns.html?ref=klaerenn.fr) [https://www.securityweek.com/lumma-stealer-malware-returns-after-takedown-attempt/](https://www.securityweek.com/lumma-stealer-malware-returns-after-takedown-attempt/?ref=klaerenn.fr) ²² Hunter Strategy, « LummaStealer Resurgence After 2025 Infrastructure Disruption », 18 février 2026 — « Activity began recovering within weeks, and by late 2025 and early 2026, campaigns were again increasing globally. » Bitdefender / BusinessStory, « Previously-hobbled Lumma Stealer has returned with lures that are hard to resist », février 2026\. [https://blog.hunterstrategy.net/lummastealer-resurgence-after-2025-infrastructure-disruption/](https://blog.hunterstrategy.net/lummastealer-resurgence-after-2025-infrastructure-disruption/?ref=klaerenn.fr) ²³ Voir dans cette série : « Soylent Green » (biais d'auto-attribution des vendeurs de cybersécurité, cycle commercial de la menace) et « L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental » (déséquilibre offensif/défensif). ²⁴ Voir dans cette série : « Pitch Black » (dépendance européenne aux infrastructures américaines de vulnérabilité). La doctrine de disruption renforce cette dépendance : la capacité de disruption est concentrée chez les opérateurs d'infrastructure américains. L'Europe n'a ni le cadre légal, ni le mandat institutionnel, ni la visibilité opérationnelle pour mener des opérations de disruption équivalentes. NIS2 ne prévoit rien de tel. L'ANSSI n'a pas ce mandat. ### Le scellé se rebiffe URL: https://www.klaerenn.fr/le-scelle-se-rebiffe/ Last updated: 2026-07-09T08:00:46.000Z *Le 23 juin 2026, la réponse ministérielle à la question Léaument confirme le diagnostic Bernalicis-Cazenave : la police judiciaire s'effondre. Le « plan investigation » qui suit ne couvre pas le maillon où l'État perd déjà la main, scellé par scellé.* ## Pièces à conviction Quatre publications encadrent la séquence. Le 1er octobre 2025, la commission des finances du Sénat rend son rapport *Maîtriser les frais de justice pour mieux rendre la justice*¹. Le coût des expertises informatiques judiciaires y est chiffré à 17,3 millions d'euros en 2024, en hausse de 111 % sur cinq ans. La commission attribue la progression à « la technicisation croissante des enquêtes et à la dépendance de plus en plus grande aux preuves numériques ». Le 22 octobre 2025, *Le Monde* publie un article où des enquêteurs dénoncent un « foutage de gueule pur et simple ». Le 3 novembre 2025, *Le Dauphiné libéré* relaie un autre témoignage : « En nous fondant dans la filière investigation, on est monté sur le Titanic. » Le 16 décembre 2025, le député Antoine Léaument dépose la question écrite n° 11782². Elle cite ces sources, le rapport parlementaire Bernalicis-Cazenave, et le chiffre de 12 000 enquêteurs supplémentaires nécessaires avancé par l'Association nationale de la police judiciaire pour résorber un stock de 3,5 millions de dossiers en attente. La réponse du ministre de l'Intérieur paraît au JO du 23 juin 2026\. Elle annonce le « plan investigation » présenté en février 2026, qui promet de « redynamiser et moderniser en profondeur le service public de l'enquête » et d'« accélérer la transformation numérique de la filière ». Le plan couvre la police judiciaire. Il ne couvre pas les experts judiciaires indépendants, qui interviennent quotidiennement aux côtés des enquêteurs sur réquisition d'officier de police judiciaire, et qui ne dépendent pas du ministère de l'Intérieur mais du ministère de la Justice. Pendant que la PJ promet sa modernisation, le maillon des experts indépendants opère sous un régime d'autorisation administrative conçu en 1991, qui leur refuse depuis quatre ans l'accès aux outils nécessaires à leur mission. Le différentiel se règle ailleurs, dans des conditions documentées. ## Le scellé et l'outil Quatre logiciels au centre du contentieux : Cellebrite UFED Premium, Magnet GrayKey, Magnet VERAKEY, MSAB XRY Pro. Tous extraient et déchiffrent les données d'un téléphone, d'une tablette ou d'un dispositif mobile chiffré au repos, soit la quasi-totalité des appareils saisis aujourd'hui en enquête pénale. Cellebrite est israélien, MSAB suédois, Magnet canadien. Aucun acteur européen équivalent n'existe sur ce segment. Ces outils tombent sous un régime d'autorisation préalable institué en 1991³, conçu à l'origine pour les dispositifs d'écoute téléphonique. Son périmètre a été étendu au début des années 2010 aux outils d'extraction forensique mobile, devenus centraux dans la pratique des enquêtes depuis quinze ans⁴. Le mécanisme tient en trois étages. Le Premier ministre est l'autorité juridique, qui a délégué au SGDSN. L'ANSSI, service à compétence nationale rattaché au SGDSN, porte l'instruction technique. Une commission consultative interministérielle réunissant six ministères rend son avis. La décision finale est notifiée par le directeur général de l'ANSSI⁵. Les services régaliens autorisés par la loi bénéficient d'une autorisation de plein droit. Tous les autres demandeurs, y compris les experts judiciaires inscrits sur les listes des cours d'appel, doivent passer par le guichet. La population concernée est réduite. La Compagnie nationale des experts de justice en informatique et techniques associées (CNEJITA) compte 133 experts inscrits au tableau du Conseil national des compagnies d'experts de justice⁶. Quelques experts inscrits hors compagnie portent l'effectif national à un ordre de grandeur de 150 à 250 personnes. Ces experts sont des agents vacataires de l'État au sens de la jurisprudence administrative⁷. Ils sont commissionnés nommément par les juges d'instruction et les parquets, ou requis par les officiers de police judiciaire en enquête, sous serment, dans un cadre déontologique strict⁸. ## L'écart documenté Le 3 octobre 2023, le député Philippe Juvin publie au Journal officiel une question écrite⁹ adressée au ministre de la Justice. Il y décrit une situation précise : la commission consultative a refusé à plusieurs experts judiciaires l'autorisation de détenir les logiciels UFED Premium et XRY PinPoint, au motif que ces logiciels seraient « limités aux services de l'État habilités à réaliser des interceptions autorisées par la loi ». La réponse du Garde des Sceaux paraît au JO du 26 mars 2024\. Elle indique que l'ANSSI « fait droit le cas échéant, notamment en tenant compte de l'activité d'expertise judiciaire des demandeurs ». Onze mois plus tard, en février 2025, la CNEJITA publie un communiqué¹⁰ qui ouvre sur le constat inverse : « à ce jour, et malgré les actions réalisées, la situation n'a pas évolué, et les dossiers sont systématiquement refusés par l'ANSSI ». La compagnie nationale qui regroupe la profession concernée acte l'inverse de ce que le Garde des Sceaux a écrit onze mois plus tôt. Entre la déclaration et le constat, un événement administratif s'est produit en mars 2024 : la Direction des affaires criminelles et des grâces a saisi l'ANSSI d'une question juridique précise, à savoir si les logiciels de forensique mobile entrent dans la définition de la « captation de données informatiques » qui justifie le régime d'autorisation. La saisine et la réponse n'ont pas fait l'objet de publication officielle. Le SGDSN a en revanche reconnu publiquement, dans des écritures contentieuses produites en 2025 devant le tribunal administratif, que « les logiciels de forensique numérique sollicités par les experts judiciaires ne sont pas ceux utilisés pour procéder aux captations de données informatiques au sens du code de procédure pénale »¹¹. La position publique de l'État sur la qualification juridique converge donc avec celle que la profession soutient depuis 2021\. Cette convergence n'a produit aucun effet sur la pratique d'instruction. Les décisions de refus standardisées ont continué tout au long de 2024 et 2025\. La bonne question a été posée, la bonne réponse technique formulée, et rien n'a bougé. ## Pendant ce temps, le législateur élargit Plusieurs textes successifs ont élargi le périmètre d'intervention des experts judiciaires en investigation numérique pendant la période où le régime d'autorisation se contractait dans la pratique. Le code de procédure pénale habilite explicitement les experts de justice à intervenir sur les supports numériques saisis, à les déchiffrer et à en extraire les données¹². Les experts inscrits sur la liste officielle y sont expressément distingués, dispensés de prestation de serment additionnel. La loi narcotrafic de juin 2025¹³ a élargi encore le périmètre. Elle s'inscrit dans la suite directe d'un rapport sénatorial bipartisan¹⁴, présidé par Jérôme Durain (PS) et rapporté par Étienne Blanc (LR), qui documente dans un chapitre intitulé « La DGSI aux abonnés absents » l'insuffisance des moyens techniques mobilisés par les services centraux pour l'investigation numérique. La loi qui en découle accorde aux experts judiciaires de nouvelles autorisations d'usage de techniques d'investigation. Trois textes successifs ont habilité l'usage. Aucun n'a abordé la question de l'équipement. ## La chaîne et le maillon La chaîne de preuve pénale française s'est constituée par maillons, sur près d'un siècle et demi. Chaque maillon a trouvé son modèle institutionnel d'équipement. Sauf un. La médecine légale s'est institutionnalisée à partir de 1880 sous l'impulsion d'Alexandre Lacassagne à Lyon et de Paul Brouardel à Paris. L'Institut médico-légal de Paris est fondé en 1878\. Les chaires universitaires de médecine légale apparaissent dans les facultés à la fin du XIXe siècle. Le XXe siècle voit l'intégration progressive des unités médico-judiciaires aux centres hospitaliers universitaires. Aujourd'hui, l'expert médical apporte sa compétence ; le CHU apporte la paillasse, les locaux, les équipements d'imagerie, les laboratoires d'analyse. La dotation matérielle relève du service hospitalier public. L'identité judiciaire, la balistique et la criminalistique relèvent du Service national de la police scientifique et de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale. Services régaliens, équipés sur budgets publics, autorisés de plein droit pour les dispositifs qu'ils utilisent. La toxicologie s'appuie sur les laboratoires de police scientifique et sur des laboratoires hospitaliers spécialisés. L'ADN s'analyse dans le cadre du Fichier national automatisé des empreintes génétiques sur des plateformes labellisées. Pour chacun de ces maillons, l'État a tranché la question de l'équipement par un dispositif explicite. Le maillon forensique mobile suit un modèle différent. L'expert acquiert le logiciel à titre personnel, le finance sur ses fonds propres ou ceux de son EURL ou SASU. Le coût annuel d'une licence UFED Premium ou XRY Pro avoisine plusieurs dizaines de milliers d'euros, à renouveler chaque année. L'expert demande au SGDSN l'autorisation d'acquérir l'outil. Si l'autorisation est accordée, il achète, équipe son laboratoire personnel, et facture à l'État à la vacation. Si l'autorisation est refusée, il ne dispose plus du moyen technique nécessaire à la mission que le juge ou l'OPJ lui confie. Aucun acteur public ne dote l'expert. Aucune direction du ministère de la Justice ne porte de politique d'équipement pour ce maillon de la chaîne de preuve. La Direction des affaires criminelles et des grâces, la Direction des services judiciaires et la Mission justice numérique n'ont publié aucune doctrine sur ce sujet. La DACG a saisi l'ANSSI en mars 2024 sur la qualification juridique des outils forensiques, sans qu'aucune suite publique n'ait été apportée à cette saisine. ## Trois portes de sortie Quand la porte d'entrée se ferme, les missions confiées par les magistrats et les enquêteurs ne disparaissent pas. Elles trouvent d'autres voies. Trois sont aujourd'hui documentées. La première est la délégation au Centre Technique d'Assistance, rattaché à la DGSI. Le CTA dispose des outils et des autorisations de plein droit. C'est l'option officielle. Une question écrite du sénateur Philippe Bonnecarrère en janvier 2023¹⁵ en a documenté les limites avec la réponse de la Chancellerie. Le ministère reconnaît qu'« un seul centre, le CTA, est en mesure sur le plan national d'ouvrir des téléphones » et admet des « délais importants ». La saisine du CTA est par ailleurs réservée aux infractions les plus lourdes¹⁶, ce qui exclut notamment les recherches des causes de la mort et la recherche d'une personne disparue. Le rapport Durain-Blanc qualifie la DGSI d'« aux abonnés absents » sur ce type de prestations. La porte existe en droit. Elle ne supporte pas la charge. La deuxième est l'expatriation. Les outils en cause sont librement accessibles dans d'autres États membres de l'Union européenne. L'expert peut ouvrir une entité à Monaco, Milan, Berlin ou Luxembourg, et y exercer pour le compte de la justice française. Cette option, paradoxale pour un régime qui prétend filtrer la dissémination de dispositifs sensibles, est ouverte par les règles de territorialité du régime. La troisième est la commission directe d'un prestataire étranger par le magistrat français. La Cour de cassation a admis dès 2013¹⁷ qu'un magistrat français peut requérir une société à l'étranger sans entraide internationale, dès lors que cette société reste libre de répondre. Sectordisk en Allemagne, Cellebrite Advanced Services également en Allemagne, des sociétés monégasques et italiennes, offrent ces prestations. Le scellé judiciaire français part à l'étranger, l'extraction est faite, le rapport revient traduit, l'honoraire est payé via Chorus Pro au taux de TVA local. Cette voie est en train de devenir la pratique de fait. Chacune des trois portes produit un même résultat. Le maillon forensique mobile de la chaîne de preuve pénale française fonctionne hors du contrôle français : soit dans un service central saturé, soit chez un expert français devenu monégasque ou luxembourgeois, soit chez un prestataire allemand ou italien commissionné directement par un juge. Un régime conçu en 1991 pour réserver l'usage de dispositifs sensibles aux services régaliens produit en 2026 l'externalisation à l'étranger d'une étape critique du régalien. ## L'offshoring du régalien Les 17,3 millions d'euros d'expertises informatiques que l'État a payés en 2024 ne sont pas une dépense locale. Sur les cinq dernières années, la commande publique a doublé. Sur la même période, la capacité française à l'absorber s'est contractée. La part qui n'est pas captée par le marché français se règle ailleurs. Cet « ailleurs » n'est pas anodin. Une partie va au CTA et aux laboratoires régaliens, dans la limite de leurs capacités. Une autre part va à des experts français qui se sont expatriés ou à des structures qu'ils ont montées hors-frontières. Une troisième part va à des prestataires étrangers commissionnés directement par les magistrats. Toutes ces transactions sont légales. Aucune n'est documentée publiquement de manière systématique. La DGFiP traite les paiements via Chorus Pro sans agréger la donnée selon le pays d'exécution. Le ministère de la Justice ne publie aucune statistique de répartition territoriale des frais d'expertise informatique. Le résultat opérationnel est documentable : la chaîne de preuve numérique pénale française repose, pour une part croissante et non quantifiée publiquement, sur des prestataires sur lesquels l'État français n'a aucune prise opérationnelle. Le scellé saisi à Bobigny voyage à Milan ou Munich, l'extraction est faite à l'étranger, le rapport revient en français. Le paradoxe est complet. Un régime d'autorisation hérité de 1991, conçu pour protéger la souveraineté française dans la gestion des dispositifs sensibles d'écoute et de capture, produit en 2026 l'externalisation hors-frontières d'un maillon régalien à fort enjeu de souveraineté. La forme est préservée. La fonction est inversée. ## Ce que je sais, ce que je ne sais pas Je sais que la profession concernée est documentée, qu'elle compte 150 à 250 personnes à l'échelle nationale, qu'elle s'est organisée à travers la CNEJITA, et qu'elle a déclenché une action contentieuse collective soutenue par une publication doctrinale parue dans la Gazette du Palais¹⁸. Je sais que trois questions parlementaires, de trois chambres et de trois sensibilités politiques différentes, ont saisi les ministères de la Justice ou de l'Intérieur entre janvier 2023 et décembre 2025 sans produire de mouvement administratif sur le périmètre des experts indépendants. Je sais que le législateur a, sur la même période, élargi les habilitations des experts judiciaires sans aborder leur équipement, et que la commande publique d'expertise informatique a doublé en cinq ans. Je sais que la DACG a saisi l'ANSSI en mars 2024 sur la qualification juridique des outils forensiques, et que la position publique du SGDSN dans ses écritures contentieuses de 2025 converge avec celle de la profession sans que la pratique d'instruction en soit modifiée. Je ne sais pas combien de scellés judiciaires français sont aujourd'hui exploités par des prestataires hors du territoire national. Je ne sais pas si le ministère de la Justice ou le SGDSN disposent de cette donnée en interne sans la publier, ou s'ils ne la collectent pas. Je ne sais pas si le sujet a été inscrit à l'ordre du jour d'une réunion interministérielle entre Justice, SGDSN et ANSSI depuis 2023. Je ne sais pas non plus si l'absence totale de couverture médiatique de cette situation reflète son caractère technique ou la faible capacité de la profession concernée à porter son cas dans le débat public. ## Le quartier d'à côté Le diagnostic se résume en une mécanique : un acteur public porte une compétence sectorielle, un autre acteur public devrait porter la dimension manquante, aucun ne le fait. La fragmentation institutionnelle française produit l'angle mort, et l'angle mort produit l'externalisation. Le « plan investigation » du ministère de l'Intérieur de février 2026, dont la réponse à Léaument du 23 juin précise le contenu, traite le maillon enquêteur. Il ne touche pas le maillon expert indépendant qui relève d'un autre ministère, sous un autre régime, sans autre doctrine. La modernisation annoncée se cantonne à la PJ. Les 150 à 250 experts français en investigation numérique pénale continueront, en 2026, à acheter leurs valises forensiques sur leurs fonds propres, à demander au SGDSN une autorisation qu'ils n'obtiendront pas, à voir leurs scellés repartir vers Monaco, Milan ou Munich. Le scellé se rebiffe parce que l'administration qui prétend le contrôler ne s'occupe pas du maillon par lequel il sort. --- ## Références ¹ Sénat, commission des finances, *Maîtriser les frais de justice pour mieux rendre la justice*, rapport d'information n° 25-003, 1er octobre 2025\. [senat.fr](https://www.senat.fr/rap/r25-003/r25-003%5Fmono.html?ref=klaerenn.fr) ² Question écrite n° 11782 de M. Antoine Léaument (LFI – NFP, Essonne), publiée au JO de l'Assemblée nationale du 16 décembre 2025, avec réponse du ministre de l'Intérieur publiée au JO du 23 juin 2026\. [questions.assemblee-nationale.fr](https://questions.assemblee-nationale.fr/q17/17-11782QE.htm?ref=klaerenn.fr) ³ Décret du 27 décembre 1991, codifié aux articles R. 226-1 à R. 226-12 du code pénal. [Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section%5Flc/LEGITEXT000006070719/LEGISCTA000006165405/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Arrêté du 4 juillet 2012 fixant la liste d'appareils et de dispositifs techniques prévue par l'article 226-3 du code pénal, modifié par arrêté du 11 août 2016\. [Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000026162353?ref=klaerenn.fr) ⁵ La commission consultative est instituée par l'article R. 226-2 du code pénal. Elle réunit des représentants des ministères de la Défense, de l'Intérieur, des Douanes, de la Justice, de l'Industrie et des Télécommunications, sous la présidence du directeur général de l'ANSSI. ⁶ Conseil national des compagnies d'experts de justice, annuaire de la Compagnie nationale des experts de justice en informatique et techniques associées. [cncej.org](https://www.cncej.org/compagnies/66/annuaire?ref=klaerenn.fr) ⁷ Conseil d'État, 29 octobre 1947, *Etlin* ; Conseil d'État, 26 juin 1974, *Université Paul Valéry*. La doctrine et la jurisprudence administratives qualifient l'expert judiciaire d'agent vacataire de l'État, intervenant sur mission ponctuelle hors emploi permanent. ⁸ Décret n° 2004-1463 du 23 décembre 2004 relatif aux experts judiciaires, modifié. [Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000626022?ref=klaerenn.fr) ⁹ Question écrite n° 11810 de M. Philippe Juvin (LR, Hauts-de-Seine), publiée au JO de l'Assemblée nationale du 3 octobre 2023, avec réponse du Garde des Sceaux au JO du 26 mars 2024\. [questions.assemblee-nationale.fr](https://questions.assemblee-nationale.fr/q16/16-11810QE.htm?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ CNEJITA, *Soutien pour l'accès aux outils d'investigation essentiels dans le cadre d'expertises pénales*, communiqué publié en février 2025\. [cnejita.org](https://www.cnejita.org/soutien-pour-lacces-aux-outils-dinvestigation-essentiels-dans-le-cadre-dexpertises-penales/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Écritures contentieuses produites par le SGDSN dans une procédure pendante devant le tribunal administratif. La pièce n'a pas fait l'objet de publication officielle ; le détail de la procédure n'est pas évoqué ici pendant que le contentieux est en cours. ¹² Articles 60-3 (expertise sur extraction de données), 230-1 (mise au clair et déchiffrement, avec mention des experts inscrits sur la liste de l'article 157) et 706-102-1 (opérations techniques sur appareils saisis) du code de procédure pénale. [Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/texte%5Flc/LEGITEXT000006071154?ref=klaerenn.fr) ¹³ Loi n° 2025-532 du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic. [Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051782604?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Sénat, rapport n° 588 (2023-2024) de la commission d'enquête sur l'impact du narcotrafic en France, présidée par M. Jérôme Durain et rapportée par M. Étienne Blanc, déposé le 14 mai 2024\. Chapitre « La DGSI aux abonnés absents », p. 309\. [senat.fr](https://www.senat.fr/rap/r23-588-1/r23-588-1%5Fmono.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Question écrite n° 04674 de M. Philippe Bonnecarrère, publiée au JO du Sénat du 5 janvier 2023, avec réponse de la Chancellerie. [senat.fr](https://www.senat.fr/questions/base/2023/qSEQ230104674.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Article 230-1 alinéa 3 du code de procédure pénale, qui réserve la saisine de l'organisme technique placé sous l'autorité du Premier ministre aux infractions punies d'au moins deux ans d'emprisonnement. [Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article%5Flc/LEGIARTI000044392729?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ Cour de cassation, chambre criminelle, 6 novembre 2013, pourvoi n° 12-87.130\. La haute juridiction admet la réquisition d'une société à l'étranger par un magistrat français hors entraide internationale, dès lors que la société requise reste libre de répondre. ¹⁸ *La problématique des experts judiciaires en matière numérique face au régime d'autorisation imposé par l'ANSSI*, article co-signé par le président de la CNEJITA, un membre du comité directeur et un maître de conférences en informatique de l'université de Montpellier, Gazette du Palais, réf. GPL455u0\. [labase-lextenso.fr](https://www.labase-lextenso.fr/gazette-du-palais/GPL455u0?ref=klaerenn.fr) ### The Usual Suspects URL: https://www.klaerenn.fr/usual-suspects-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:13.000Z *"The greatest trick the devil ever pulled was convincing the world he didn't exist." Public vulnerability databases are wrong at scale. In April 2026, a machine can verify it.* --- Two publications released two weeks apart in March and April 2026\. No apparent connection between them. Read together, they describe the end of an equilibrium that held for twenty years. The first, on March 27, comes from six researchers at Zhejiang University. They took 259 known Java exploits, ran them unmodified across 28,150 versions of 128 libraries, and compared the results with what the major vulnerability databases report. An unmodified exploit correctly identifies 83% of vulnerable versions with 99.3% precision. Better than NVD, better than GitHub Advisory, better than GitLab and Veracode. Only Snyk does slightly better in volume, at the cost of nine percentage points in precision¹. The second, on April 13, comes from the UK's AI Security Institute. It is the cyber evaluation of Claude Mythos Preview, whose implications for AI-generated code, defensive frameworks and the CRA are documented in earlier articles in this series. The figure that matters here: 73% success rate on expert-level Capture the Flag challenges, and first model to fully complete a 32-step attack chain against a simulated enterprise network². ## In plain terms The first paper says that the official databases on which the entire defense of the software supply chain rests are wrong at scale. They miss entire branches, report the wrong library, ignore versions that hundreds of projects use in production. A blindly executed exploit finds the truth better than they do. The second paper says that a machine can now, without human supervision, run those exploits at scale, adapt them when they fail, and discover new vulnerabilities on top of that. These two facts share one consequence. For twenty years, the security of software dependencies has rested on a tolerable fiction: public databases were imperfect, but empirical verification was too expensive for everyone, defenders and attackers alike. The fiction held because no one could afford verification at scale. The machines that the AI Security Institute evaluated in April 2026 can. ## Registry versus reality When a developer wants to know whether a library they use is vulnerable, they check a public database. NVD is the US federal database hosted by NIST, the global reference registry. GitHub Advisory, GitLab Advisory, Snyk and Veracode are the four other major sources. Every commercial supply chain security tool, and especially the SCA scanners running in CI/CD pipelines, reads these databases and reasons on their statements. The Chen et al. study measures what these five databases claim and compares their claims against a manually established ground truth. For each vulnerability, the researchers traced the commit that introduced it, verified the source code of each released version, and determined whether the flaw was present. Two experienced annotators, inter-rater agreement of 0.911 on the Cohen scale, a standard method in software engineering. The result is a ground truth against which the others can be tested¹. The gaps are significant. Across the 259 vulnerabilities studied, a raw exploit identifies 796 vulnerable versions missing from NVD. The researchers reported them to the CPE team that maintains NVD, which confirmed it had made the corrections while noting a significant backlog on other pending reports¹. Five types of omissions keep appearing. Misidentified libraries, with Snyk pointing to the parent module instead of the vulnerable one. Entire branches ignored, such as versions 2.10 and 2.11 of jackson-databind for CVE-2020-24616, left out. Truncated introduction ranges, with some CVEs going back much further than declared. Incorrect fix ranges, with versions later than the official patch still vulnerable. Unstable versions (RC, beta, alpha) systematically excluded even though Maven Central serves them to hundreds of projects¹. The conclusion is direct. The informational layer on which all Java vulnerability management rests is incomplete and wrong at scale. Nobody had empirically verified it before this study. On April 15, 2026, NIST formalized what the data has been showing for months: universal CVE enrichment is abandoned, roughly 80% of submissions will be classified "Not Scheduled" for lack of capacity⁵. ## Ten strategies, now automatable In 17% of cases, the raw exploit fails due to differences between versions: a method name that changed, an argument type that evolved, an object chain that was reorganized. This detail changes everything when read in light of the AISI evaluation. The researchers manually migrated these exploits to the target versions and recovered 77% of the failures. Final recall rises to 96.1%¹. They document ten migration strategies. These are precise operations. Trace renamings in source code diffs. Adapt argument types. Rebuild alternative gadget chains. Adjust verification assertions. This work takes 15 to 55 minutes per case for a senior software security engineer¹. For a human, it remains slow and expensive. A model that completes a 32-step attack chain end to end can perform these operations. The ten strategies documented by Chen describe exactly the kind of transformation that this class of agent handles well: diff reading, API adaptation, targeted rewriting. What the Chen paper treats as a costly human limit collapses, now, into marginal machine cost. The same shift holds outside closed models. The team that won DARPA's cyber challenge in 2025 measured, on Java, the two stages of a discovery: locating the flaw, then building the payload that triggers and proves it. With a frontier model, their system exploits 41 vulnerabilities out of 54; with GLM-5, an open-weight model under an MIT license that anyone can self-host, 35, for $392 in total against $2,400 to $3,100 for frontier models⁷. A model you download and run locally cannot be switched off from outside. ## Verification switches sides The defender relies on statements. When their scanner tells them a version is clean, they trust the registry. That registry is wrong in measurable proportions. The problem extends beyond versions. A University of Tennessee study published in April 2026 measures the reliability of another defensive signal: commit signing on GitHub⁶. The apparent signing rate is 89%. Remove the automatic signature that GitHub applies via its web interface, and the real rate falls to 5.94%. Of the 94% of "apparent signers," none had ever signed outside the browser. The "Verified" badge that developers and provenance frameworks (SLSA, in-toto) treat as a cryptographic identity attestation is, in the vast majority of cases, an attestation that the platform signed on behalf of the developer. An attacker who compromises a GitHub account inherits the green badge at no additional cost. The attacker works by execution. They take a public exploit, they run it. If it works, the version is vulnerable. If it doesn't, they adapt. This empirical verification by the attacker cost expert human time until now. An opportunistic attacker did not do this work. A targeted attacker did it on a specific target, never at the scale of an entire repository. This cost, and nothing else, kept the defender/attacker balance in place for twenty years. The quality of the databases and the cleverness of scanners had nothing to do with it. What mattered was the human cost of empirical verification. An autonomous agent at Mythos level removes that cost. It can take every available public exploit, apply it to every version of a library, migrate the failing cases through the documented strategies, and produce an actual map of exploitable versions, without human supervision, at the scale of an entire repository, for the price of compute. Nothing is moving on the defensive side. Databases remain incomplete. Scanners keep reading the same metadata. The joint Cloud Security Alliance / SANS / OWASP report released on April 12, coordinated by Gadi Evron, Robert T. Lee and Rich Mogull with contributions from Jen Easterly, Chris Inglis, Rob Joyce and Bruce Schneier, sums it up in one sentence: the cost of exploitation is collapsing, the window between disclosure and weaponization is compressing toward zero, and capabilities once requiring nation-state resources are becoming broadly accessible³. ## Shipping code in 2026 A developer publishing a Java service today runs an SCA scanner on their CI pipeline. The scanner queries a public database, compares the versions of their dependencies against the declared affected versions, and returns a verdict. If the verdict says "no known vulnerability," the developer ships. The entire process rests on an implicit assumption: the public database knows which versions are affected. The data destroys that assumption. The verdict "no known vulnerability" actually means "none of the public databases I consulted list this version as affected." Those two statements no longer mean the same thing. Between them lie the 796 versions missing from NVD, the ignored branches of jackson-databind, the RC versions Snyk excludes by policy while Maven Central distributes them. Actual exploitability also depends on the runtime context. JDK version, operating system, transitive dependencies loaded in memory. Of the 2,447 documented exploit failures, 544 stem from a JDK incompatibility between the reference environment and the target environment¹. A fix deployed on JDK 11 says nothing about exploitability on JDK 17\. No SCA scanner integrates this context today. The Cyber Resilience Act enters full application on December 11, 2027⁴. It requires software vendors to track known vulnerabilities across the entire lifespan of the product. The obligation implicitly rests on the reliability of public databases. No article in the regulation addresses the case where these databases are wrong by construction. A vendor will be able to be fully CRA compliant and ship exploitable products to their customers without knowing it. ## What I don't know Java and Maven only. The transferability of the findings to npm, PyPI, Go or to C/C++ binaries is not demonstrated. I suspect the gap would be wider in dynamically typed environments and more variable in native compilations, but that suspicion remains to be validated. The 96.1% post-migration rate describes laboratory conditions: senior experts, unlimited time, full access to source code, room for error. Neither the paper nor the AISI evaluations measure the actual yield of an autonomous agent applying these strategies blind to an unknown library base. I hypothesize that a Mythos Preview-level agent reaches a substantial yield, not the maximum human yield. The AISI evaluations make clear that their test environments include no active defenders, no EDR, no real-time monitoring. The demonstrated capability applies to weakly defended systems. Extrapolating to hardened environments would be premature. On open-weight models, what has been measured is the discovery of a vulnerability and the construction of the exploit that triggers it⁷. Migrating an exploit from one version to another, the precise operation described above, I have not seen quantified anywhere on these models. Autonomous exploitation of a full chain remains, as far as I know, above what they reach today, and I do not know how far these laboratory results transfer to real targets. ## Conclusion April 2026 brings together two facts that had nothing to do with each other. An empirical study measures that public vulnerability databases are wrong at scale. An official evaluation shows that an autonomous agent can now execute, adapt and chain exploits at the scale of an entire repository. Both phenomena describe the same reality viewed from two sides. The defender consults registries. The attacker runs tests. What kept this difference in balance for twenty years was the human cost of empirical verification. That cost has just fallen. Vulnerability management based on trust in public registries is no longer defensible. Vendors who seriously want to know which versions of their dependencies are exploitable will have to verify empirically, on their own fleet, with their own tools. This requires compute, expertise, and an interpretation capability that does not exist in any commercial offering today. Building it will take years. The window for doing so is now measured in months. --- *Nineteenth article in a series on the structural flaws of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/) - *Article 13:* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/) - *Article 14:* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige-2/) - *Article 15:* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black-2/) - *Article 16:* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be-2/) - *Article 17:* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict-2/) - *Article 18:* [*The Leopard*](https://www.klaerenn.fr/the-leopard/) --- ## Sources ¹ Chen Z., Zhan Q., Zhou J., Hu X., Xia X., Yang X. "A Large-scale Empirical Study on the Generalizability of Disclosed Java Library Vulnerability Exploits." arXiv:2603.25997v1 \[cs.SE\], March 27, 2026\. [https://arxiv.org/abs/2603.25997](https://arxiv.org/abs/2603.25997?ref=klaerenn.fr) ² AI Security Institute (UK). "Our evaluation of Claude Mythos Preview's cyber capabilities." AISI Blog, April 13, 2026\. [https://www.aisi.gov.uk/blog/our-evaluation-of-claude-mythos-previews-cyber-capabilities](https://www.aisi.gov.uk/blog/our-evaluation-of-claude-mythos-previews-cyber-capabilities?ref=klaerenn.fr) ³ Evron G., Lee R.T., Mogull R. (et al.) "The 'AI Vulnerability Storm': Building a 'Mythos-ready' Security Program. Expedited Strategy Briefing." Cloud Security Alliance / SANS Institute / \[un\]prompted / OWASP Gen AI Security Project, April 12, 2026\. Contributing authors: Jen Easterly (CEO RSAC, former CISA), Bruce Schneier (Inrupt, Harvard Kennedy School), Chris Inglis (former National Cyber Director, The White House), Phil Venables (Ballistic Ventures, former CISO Google Cloud), Heather Adkins (CISO Google), Rob Joyce (former Cybersecurity Director, NSA), Sounil Yu (CTO Knostic), Jim Reavis (CEO CSA), Katie Moussouris (CEO Luta Security), James Lyne (SANS), Dave Lewis (CISO 1Password), Joshua Saxe (Security Superintelligence Labs), Ramy Houssaini (CCSO Cloudflare), and others. [https://labs.cloudsecurityalliance.org/wp-content/uploads/2026/04/mythosready-20260413.pdf](https://labs.cloudsecurityalliance.org/wp-content/uploads/2026/04/mythosready-20260413.pdf?ref=klaerenn.fr) Related journalism: Brumfield C. "Anthropic's Mythos signals a structural cybersecurity shift." CSO Online, April 13, 2026\. [https://www.csoonline.com/article/4158117/anthropics-mythos-signals-a-structural-cybersecurity-shift.html](https://www.csoonline.com/article/4158117/anthropics-mythos-signals-a-structural-cybersecurity-shift.html?ref=klaerenn.fr) ⁴ Regulation (EU) 2024/2847 of the European Parliament and of the Council of October 23, 2024 on horizontal cybersecurity requirements for products with digital elements and amending Regulations (EU) No 168/2013 and (EU) 2019/1020 and Directive (EU) 2020/1828 (Cyber Resilience Act). Published in OJ L of November 20, 2024, entered into force on December 10, 2024, applicable from December 11, 2027\. Manufacturer reporting obligations applicable from September 11, 2026\. [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ⁵ NIST. "NIST Updates NVD Operations to Address Record CVE Growth." April 15, 2026\. Only three categories of CVEs will be prioritized for enrichment: CISA KEV, federal government software, critical software (EO 14028). All others classified "Lowest Priority, not scheduled for immediate enrichment." Pre-March 2026 backlog moved to "Not Scheduled." See "Pitch Black" in this series for the full analysis of eight NIST degradation vectors. [https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth?ref=klaerenn.fr) ⁶ Shittu A., Herbold S., Morrison P. "Analysis of Commit Signing on GitHub." University of Tennessee, April 2026\. 71,694 users, 874,198 repositories, 16 million commits. Apparent signing rate 89%, actual local signing rate 5.94%. 94.29% of apparent signers never signed outside the GitHub web UI. [https://arxiv.org/abs/2604.14014](https://arxiv.org/abs/2604.14014?ref=klaerenn.fr) ⁷ Fleischer F., Zhang C., Jang J., Cho J., Xu M., Kim T. "Contextualizing Sink Knowledge for Java Vulnerability Discovery." IEEE Symposium on Security and Privacy 2026 (to appear). Benchmark of 54 Java vulnerabilities across 22 open-source projects. With a frontier model, the GONDAR system exploits 41 of 54 vulnerabilities (sanitizer-verified proofs); with GLM-5 (open-weight, MIT license), 35, for $392 in total against $2,400 to $3,100 for frontier configurations. System built by Team Atlanta, winner of the DARPA AI Cyber Challenge 2025 (Georgia Tech, Samsung Research, KAIST, POSTECH). [https://arxiv.org/abs/2604.01645](https://arxiv.org/abs/2604.01645?ref=klaerenn.fr) ### The Usual Suspects URL: https://www.klaerenn.fr/the-usual-suspects/ Last updated: 2026-09-01T22:51:13.000Z *"The greatest trick the devil ever pulled was convincing the world he didn't exist." Les bases publiques de vulnérabilités sont fausses à grande échelle. En avril 2026, la machine le vérifie.* --- Deux publications parues à deux semaines d'intervalle en mars et avril 2026\. Aucun rapport apparent entre elles. Lues ensemble, elles décrivent la fin d'un équilibre qui tenait depuis vingt ans. La première, le 27 mars, vient de six chercheurs de Zhejiang University. Ils ont pris 259 exploits Java connus, les ont exécutés sans modification sur 28 150 versions de 128 bibliothèques, et ont comparé le résultat à ce que disent les grandes bases de vulnérabilités du marché. Un exploit brut identifie correctement 83% des versions vulnérables, avec une précision de 99,3%. Mieux que NVD, mieux que GitHub Advisory, mieux que GitLab et Veracode. Seul Snyk fait un peu mieux en volume, au prix d'une précision inférieure de neuf points¹. La seconde, le 13 avril, vient de l'AI Security Institute britannique. C'est l'évaluation des capacités cyber de Claude Mythos Preview, dont les articles précédents de cette série documentent les implications pour le code IA, les frameworks défensifs et le CRA. Le chiffre qui compte ici : 73% de réussite sur les épreuves Capture the Flag de niveau expert, et premier modèle à compléter intégralement une chaîne d'attaque à 32 étapes contre un réseau d'entreprise simulé². ### En clair Le premier papier dit que les bases de données officielles sur lesquelles toute la défense de la supply chain logicielle repose sont fausses à grande échelle. Elles oublient des branches entières, se trompent de bibliothèque, ignorent des versions que des centaines de projets utilisent en production. Un exploit qu'on fait tourner en aveugle retrouve mieux la vérité qu'elles. Le second papier dit qu'une machine peut désormais, sans supervision humaine, faire tourner ces exploits à l'échelle, les adapter quand ils ne marchent pas, et découvrir de nouvelles vulnérabilités par-dessus le marché. Ces deux faits ont une conséquence commune. Pendant vingt ans, la sécurité des dépendances logicielles a reposé sur une fiction tolérable : les bases publiques étaient imparfaites, mais vérifier empiriquement coûtait trop cher pour tout le monde, défenseurs comme attaquants. La fiction tenait parce que personne ne pouvait se payer la vérification à l'échelle. Les machines que l'AI Security Institute a évaluées en avril 2026 le peuvent. ### Le registre contre la réalité Quand un développeur veut savoir si une bibliothèque qu'il utilise est vulnérable, il consulte une base publique. NVD est la base fédérale américaine hébergée par le NIST, registre de référence mondial. GitHub Advisory, GitLab Advisory, Snyk et Veracode sont les quatre autres sources majeures. Tous les outils commerciaux de supply chain security, notamment les scanners SCA qui tournent dans les chaînes d'intégration continue, lisent ces bases et raisonnent sur leurs déclarations. L'étude Chen et al. mesure ce que ces cinq bases affirment, et compare leurs affirmations à une vérité établie manuellement. Pour chaque vulnérabilité, les chercheurs ont tracé le commit qui l'a introduite, vérifié le code source de chaque version publiée, et déterminé si le défaut était présent ou non. Deux annotateurs expérimentés, accord inter-annotateurs à 0,911 sur l'échelle Cohen, méthode standard en ingénierie logicielle. Le résultat est une base de vérité contre laquelle tester les autres¹. Les écarts sont lourds. Sur les 259 vulnérabilités étudiées, un exploit brut identifie 796 versions vulnérables absentes de NVD. Les chercheurs les ont signalées à l'équipe CPE qui maintient NVD, qui a confirmé avoir procédé aux corrections, tout en signalant une file d'attente importante sur les autres signalements en cours¹. Cinq types d'omissions reviennent. Des bibliothèques mal identifiées, Snyk pointant le module parent au lieu du module vulnérable. Des branches entières ignorées, comme les versions 2.10 et 2.11 de jackson-databind pour CVE-2020-24616, passées sous silence. Des plages d'introduction tronquées, certains CVE remontant bien plus loin qu'annoncé. Des plages de correctif fausses, avec des versions postérieures au patch officiel restant vulnérables. Des versions instables (RC, beta, alpha) systématiquement exclues alors que Maven Central les sert à des centaines de projets¹. La conclusion est directe. La couche informationnelle sur laquelle repose toute la gestion des vulnérabilités Java est incomplète et fausse à grande échelle. Personne ne l'avait vérifiée empiriquement avant cette étude. Le 15 avril 2026, le NIST a formalisé ce que les données montrent depuis des mois : l'enrichissement universel des CVE est abandonné, environ 80% des soumissions seront classées « Not Scheduled » faute de capacité⁵. ### Dix stratégies, désormais automatisables Dans 17% des cas, l'exploit brut échoue à cause de différences entre versions : un nom de méthode qui a changé, un type d'argument qui a évolué, une chaîne d'objets qui a été réorganisée. Ce détail change tout quand on le relit à la lumière de l'évaluation AISI. Les chercheurs ont migré manuellement ces exploits vers les versions cibles et récupéré 77% des échecs. Le recall final passe à 96,1%¹. Ils documentent dix stratégies de migration. Ce sont des opérations précises. Tracer les renommages dans les diffs du code source. Adapter les types d'arguments. Reconstruire des chaînes de gadgets alternatives. Ajuster les assertions de vérification. Ce travail demande 15 à 55 minutes par cas à un ingénieur senior en sécurité logicielle¹. Pour un humain, cela reste long et coûteux. Un modèle qui complète une chaîne d'attaque 32 étapes de bout en bout peut exécuter ces opérations. Les dix stratégies documentées par Chen décrivent exactement le type de transformation que ce type d'agent traite bien : lecture de diff, adaptation d'API, réécriture ciblée. Ce que le papier Chen traite comme une limite humaine coûteuse s'effondre, désormais, en coût marginal machine. La même bascule vaut hors des modèles fermés. L'équipe qui a remporté le concours cyber de la DARPA en 2025 a mesuré, sur du Java, les deux temps d'une découverte : localiser la faille, puis construire la charge qui la déclenche et la prouve. Avec un modèle de pointe, leur système exploite 41 vulnérabilités sur 54 ; avec GLM-5, un modèle à poids ouverts sous licence MIT qu'on héberge où l'on veut, 35, pour 392 dollars au total contre 2 400 à 3 100 pour les modèles de pointe⁷. Un modèle qu'on télécharge et qu'on fait tourner en local n'a pas de guichet à fermer. ### La vérification change de camp Le défenseur s'appuie sur des déclarations. Quand son scanner lui dit qu'une version est saine, il fait confiance au registre. Ce registre est faux dans des proportions mesurables. Le problème ne se limite pas aux versions. Une étude de l'Université du Tennessee publiée en avril 2026 mesure la fiabilité d'un autre signal défensif : la signature de commit sur GitHub⁶. Le taux de signature apparent est de 89%. Retiré la signature automatique que GitHub appose via son interface web, le taux réel tombe à 5,94%. Sur les 94% de « signataires apparents », aucun n'a jamais signé en dehors du navigateur. Le badge « Verified » que les développeurs et les frameworks de provenance (SLSA, in-toto) traitent comme une attestation cryptographique d'identité est, dans la quasi-totalité des cas, une attestation que la plateforme a signée elle-même. Un attaquant qui compromet un compte GitHub hérite du badge vert sans effort supplémentaire. L'attaquant procède par l'exécution. Il prend un exploit public, il le lance. Si ça marche, la version est vulnérable. Si ça ne marche pas, il adapte. Cette vérification empirique par l'attaquant coûtait jusqu'ici du temps d'expert humain. Un attaquant opportuniste ne la faisait pas. Un attaquant ciblé la faisait sur une cible précise, jamais à l'échelle de tout un dépôt. C'est ce coût, et rien d'autre, qui tenait en équilibre l'avantage défenseur/attaquant depuis vingt ans. La qualité des bases et l'ingéniosité des scanners n'y sont pour rien. Ce qui comptait, c'est le coût humain de la vérification empirique. Un agent autonome de niveau Mythos supprime ce coût. Il peut prendre chaque exploit public disponible, l'appliquer à chaque version d'une bibliothèque, migrer les cas récalcitrants via les stratégies décrites, et produire une cartographie réelle des versions exploitables, sans supervision humaine, à l'échelle d'un dépôt entier, pour le prix du compute. Côté défensif, rien ne bouge. Les bases restent incomplètes. Les scanners continuent de lire les mêmes métadonnées. Le rapport conjoint Cloud Security Alliance / SANS / OWASP publié le 12 avril, coordonné par Gadi Evron, Robert T. Lee et Rich Mogull avec les contributions de Jen Easterly, Chris Inglis, Rob Joyce et Bruce Schneier, résume la situation en une phrase : le coût d'exploitation s'effondre, le délai entre divulgation d'une vulnérabilité et sa weaponisation se comprime vers zéro, des capacités qui exigeaient des ressources d'État deviennent largement accessibles³. ### Livrer du code en 2026 Un développeur qui publie un service Java aujourd'hui fait tourner un scanner SCA sur son pipeline d'intégration. Le scanner interroge une base publique, compare les versions de ses dépendances aux versions déclarées affectées, et rend un verdict. Si le verdict dit "pas de vulnérabilité connue", le développeur livre. Tout le processus repose sur une hypothèse implicite : la base publique sait quelles versions sont affectées. Les données détruisent cette hypothèse. Le verdict "pas de vulnérabilité connue" signifie en réalité "aucune des bases publiques que j'ai consultées ne liste cette version comme affectée". Ces deux énoncés n'ont plus rien à voir. Entre les deux, il y a les 796 versions manquantes dans NVD, les branches ignorées de jackson-databind, les versions RC que Snyk exclut par principe alors que Maven Central les distribue. L'exploitabilité réelle dépend aussi du contexte d'exécution. Version du JDK, système d'exploitation, dépendances transitives chargées en mémoire. Sur les 2 447 cas d'échec d'exploit documentés par Chen, 544 proviennent d'une incompatibilité JDK entre l'environnement de référence et l'environnement cible¹. Un correctif déployé en JDK 11 ne dit rien sur l'exploitabilité en JDK 17\. Aucun scanner SCA n'intègre ce contexte aujourd'hui. Le Cyber Resilience Act entre en pleine application le 11 décembre 2027⁴. Il impose aux éditeurs de logiciels un suivi des vulnérabilités connues sur toute la durée de vie du produit. L'obligation repose implicitement sur la fiabilité des bases publiques. Aucun article du règlement ne traite le cas où ces bases sont fausses par construction. Un éditeur pourra être parfaitement conforme au CRA et livrer à ses clients des produits exploitables sans le savoir. ### Ce que je ne sais pas Java et Maven uniquement. La transférabilité des conclusions à npm, PyPI, Go ou aux binaires C/C++ n'est pas démontrée. Je suppose que l'écart serait plus large dans les environnements dynamiquement typés et plus variable dans les compilations natives, mais cette supposition reste à valider. Le taux de 96,1% post-migration décrit des conditions de laboratoire : experts seniors, temps illimité, accès au code source complet, droit à l'erreur. Ni le papier ni les évaluations AISI ne mesurent le rendement réel d'un agent autonome appliquant ces stratégies en aveugle sur un parc inconnu. Je fais l'hypothèse qu'un agent de niveau Mythos Preview atteint un rendement substantiel, pas le rendement maximal humain. Les évaluations AISI précisent que leurs environnements de test ne comportent ni défenseurs actifs, ni EDR, ni supervision temps réel. La capacité démontrée s'applique à des systèmes faiblement défendus. Extrapoler à des environnements durcis serait prématuré. Sur les modèles à poids ouverts, ce qui est mesuré, c'est la découverte d'une vulnérabilité et la construction de l'exploit qui la déclenche⁷. La migration d'un exploit d'une version à l'autre, l'opération précise décrite plus haut, je ne l'ai vue quantifiée nulle part sur ces modèles. L'exploitation autonome d'une chaîne entière reste, à ma connaissance, au-dessus de ce qu'ils atteignent aujourd'hui, et je ne sais pas dans quelle mesure ces résultats de laboratoire se transposent à des cibles réelles. ### Conclusion Avril 2026 fait coïncider deux faits qui n'avaient rien à voir. Une étude empirique mesure que les bases publiques de vulnérabilités sont fausses à grande échelle. Une évaluation officielle démontre qu'un agent autonome peut désormais exécuter, adapter et chaîner des exploits à l'échelle d'un dépôt entier. Les deux phénomènes décrivent la même réalité vue des deux côtés. Le défenseur consulte des registres. L'attaquant exécute des tests. Ce qui tenait cette différence en équilibre depuis vingt ans, c'est le coût humain de la vérification empirique. Ce coût vient de tomber. La gestion de vulnérabilités fondée sur la confiance accordée aux registres publics n'est plus défendable. Les éditeurs qui veulent sérieusement savoir quelles versions de leurs dépendances sont exploitables devront valider empiriquement, sur leur propre parc, avec leurs propres outils. Cela exige du compute, de l'expertise, et une capacité d'interprétation qui n'existe aujourd'hui dans aucune offre commerciale. Construire cette capacité prendra des années. Le délai pour le faire se mesure désormais en mois. --- *Dix-neuvième article d'une série sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) - *Article 13 :* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/) - *Article 14 :* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige/) - *Article 15 :* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black/) - *Article 16 :* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be/) - *Article 17 :* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict/) - *Article 18 :* [*Le Guépard*](https://www.klaerenn.fr/le-guepard/) --- ### Sources ¹ Chen Z., Zhan Q., Zhou J., Hu X., Xia X., Yang X. « A Large-scale Empirical Study on the Generalizability of Disclosed Java Library Vulnerability Exploits. » arXiv:2603.25997v1 \[[cs.SE](http://cs.se/?ref=klaerenn.fr)\], 27 mars 2026\. [https://arxiv.org/abs/2603.25997](https://arxiv.org/abs/2603.25997?ref=klaerenn.fr) ² AI Security Institute (UK). « Our evaluation of Claude Mythos Preview's cyber capabilities. » Blog AISI, 13 avril 2026\. [https://www.aisi.gov.uk/blog/our-evaluation-of-claude-mythos-previews-cyber-capabilities](https://www.aisi.gov.uk/blog/our-evaluation-of-claude-mythos-previews-cyber-capabilities?ref=klaerenn.fr) ³ Evron G., Lee R.T., Mogull R. (et al.) « The "AI Vulnerability Storm": Building a "Mythos-ready" Security Program. Expedited Strategy Briefing. » Cloud Security Alliance / SANS Institute / \[un\]prompted / OWASP Gen AI Security Project, 12 avril 2026\. Contributing authors : Jen Easterly (CEO RSAC, ex-CISA), Bruce Schneier (Inrupt, Harvard Kennedy School), Chris Inglis (ex-National Cyber Director, The White House), Phil Venables (Ballistic Ventures, ex-CISO Google Cloud), Heather Adkins (CISO Google), Rob Joyce (ex-Cybersecurity Director, NSA), Sounil Yu (CTO Knostic), Jim Reavis (CEO CSA), Katie Moussouris (CEO Luta Security), James Lyne (SANS), Dave Lewis (CISO 1Password), Joshua Saxe (Security Superintelligence Labs), Ramy Houssaini (CCSO Cloudflare), et autres. [https://labs.cloudsecurityalliance.org/wp-content/uploads/2026/04/mythosready-20260413.pdf](https://labs.cloudsecurityalliance.org/wp-content/uploads/2026/04/mythosready-20260413.pdf?ref=klaerenn.fr) Couverture journalistique associée : Brumfield C. « Anthropic's Mythos signals a structural cybersecurity shift. » CSO Online, 13 avril 2026\. [https://www.csoonline.com/article/4158117/anthropics-mythos-signals-a-structural-cybersecurity-shift.html](https://www.csoonline.com/article/4158117/anthropics-mythos-signals-a-structural-cybersecurity-shift.html?ref=klaerenn.fr) ⁴ Règlement (UE) 2024/2847 du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2024 concernant des exigences horizontales de cybersécurité pour les produits comportant des éléments numériques et modifiant les règlements (UE) n° 168/2013 et (UE) 2019/1020 et la directive (UE) 2020/1828 (règlement sur la cyber-résilience). Publié au JO L du 20 novembre 2024, entré en vigueur le 10 décembre 2024, applicable à partir du 11 décembre 2027\. Obligations de reporting des fabricants applicables à partir du 11 septembre 2026\. [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ⁵ NIST. « NIST Updates NVD Operations to Address Record CVE Growth. » 15 avril 2026\. Seules trois catégories de CVE seront enrichies en priorité : KEV CISA, logiciels fédéraux, logiciels critiques (EO 14028). Le reste classé « Lowest Priority, not scheduled for immediate enrichment ». Backlog antérieur au 1ᵉʳ mars 2026 basculé en « Not Scheduled ». Voir « Pitch Black » dans cette série pour l'analyse des huit vecteurs de dégradation NIST. [https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth?ref=klaerenn.fr) ⁶ Shittu A., Herbold S., Morrison P. « Analysis of Commit Signing on GitHub. » University of Tennessee, avril 2026\. 71 694 utilisateurs, 874 198 dépôts, 16 millions de commits. Taux de signature apparent 89%, taux de signature locale réelle 5,94%. 94,29% des signataires apparents n'ont jamais signé hors de l'interface web GitHub. [https://arxiv.org/abs/2604.14014](https://arxiv.org/abs/2604.14014?ref=klaerenn.fr) ⁷ Fleischer F., Zhang C., Jang J., Cho J., Xu M., Kim T. « Contextualizing Sink Knowledge for Java Vulnerability Discovery. » IEEE Symposium on Security and Privacy 2026 (à paraître). Benchmark de 54 vulnérabilités Java sur 22 projets open source. Avec un modèle de pointe, le système GONDAR exploite 41 vulnérabilités sur 54 (preuves vérifiées par sanitizer) ; avec GLM-5 (poids ouverts, licence MIT), 35, pour 392 dollars au total contre 2 400 à 3 100 dollars pour les configurations de pointe. Système développé par Team Atlanta, vainqueur du DARPA AI Cyber Challenge 2025 (Georgia Tech, Samsung Research, KAIST, POSTECH). [https://arxiv.org/abs/2604.01645](https://arxiv.org/abs/2604.01645?ref=klaerenn.fr) ### Network, pas networking URL: https://www.klaerenn.fr/network-pas-networking/ Last updated: 2026-06-25T08:00:41.000Z *La série A de MokN, lue de près* > « There are no nations. There are no peoples. » *Network, Sidney Lumet, 1976* Fin mai 2026, un fonds parisien annonce une bonne nouvelle à ses commanditaires. GV, le fonds de capital-risque de Google, investit pour la première fois de son histoire dans une startup française : MokN. Le message a toute la grammaire du genre, la fusée, le bonheur d'être à bord, les mots-clés FrenchTech et Cybersecurity. La presse spécialisée suit au même tempo : MokN séduit Google Ventures. On connaît ce registre, celui de la startup-nation, le fondateur lancé « avec 5 000 euros en poche », la pépite enfin repérée. On nous invite à fêter une victoire de la French Tech. Prenons l'invitation au mot. J'ai montré ailleurs que la rente numérique que l'Europe acquitte n'a pas de nationalité, qu'elle ne « part » pas vers un pays mais vers une couche. MokN en donne l'illustration sur un cas concret. ## Les faits, d'abord Quinze millions de dollars, environ 12,8 millions d'euros. GV en chef de file, Datadog au tour de table, aux côtés des investisseurs européens déjà présents, le britannique Moonfire et le français OVNI Capital. Une société née il y a deux ans, dix-sept salariés, trente-cinq clients dont plusieurs groupes du CAC 40, plus d'un million d'utilisateurs protégés. Sept mois plus tôt, elle levait 2,6 millions d'euros en amorçage. Premier investissement français de GV.¹ Un détail organise tout le reste. Presque chaque média a mené avec le nom de Google, rarement avec celui de la startup. Le fondateur lui-même insiste sur tout ce que débloque la présence de Google à son capital¹ : le trophée, c'est le label. ## On objectera la pauvreté L'objection vient vite : la France serait trop pauvre pour financer ses pépites, qui partiraient faute de mieux. Les chiffres disent l'inverse. HarfangLab a bouclé une série A de 25 millions d'euros en 2023, menée par un fonds français, Crédit Mutuel Innovation², un tour deux fois supérieur à celui de MokN. Sekoia.io a levé 35 millions auprès de la Banque des Territoires et de Bright Pixel³. Qevlar AI a vu Partech mener son dernier tour⁴. Filigran, après des tours conduits par les fonds américains Accel puis Insight Partners, a réalisé la plus grosse levée de la cyber française, 58 millions de dollars menés par l'européen Eurazeo⁵. Le chèque français existe, à cette taille. MokN regarde l'ouest par attraction. Reste à nommer cette attraction. ## La nature de l'actif MokN se sépare ici de la liste que je viens de citer. Sekoia fait de la détection étendue, HarfangLab de la protection des postes, Filigran du renseignement sur la menace, Qevlar de l'automatisation des centres d'opérations. Des catégories installées, où la France joue l'alternative européenne, open source ou souveraine, et où l'IA comprime les marges à mesure qu'elle automatise la détection, le tri et la corrélation. Le plafond y est bas. MokN crée une catégorie. Son phish-back déploie de faux portails de connexion qui piègent l'attaquant et lui font livrer, à son insu, les identifiants volés. Le piège provoque l'adversaire et l'observe, et accumule une donnée comportementale rare sur lui : un capteur. Les moteurs de détection se banalisent à mesure que l'IA les rattrape ; ce capteur, lui, devient une matière première. Quand l'attaque s'automatise et se pilote par modèle, connaître les gestes de l'adversaire revient à connaître les modalités offensives de l'IA, et cette connaissance nourrit la défense. Un fonds achète un rendement. Une plateforme achète un capteur pour sa couche d'intelligence défensive. GV adossé à Google, et Datadog dont le métier est la donnée, à la même table : l'opération tient de l'intégration. ## Le berceau et la destinée Le marché domestique ne peut pas être la scène. La dépense mondiale de cybersécurité attendue pour 2026 atteint 150 milliards de dollars aux États-Unis, contre 69 milliards pour toute l'Europe de l'Ouest⁶. Le marché américain pèse à lui seul plus du double du continent. Côté capital, 85 % des montants levés en cyber dans le monde en 2024 venaient des États-Unis⁷. À la maison, la dépense croît, 7,2 milliards d'euros en France en 2024, en hausse de 14 %⁸. Mais elle suit la conformité. Le rapport ENISA NIS Investments 2025, conduit sur 1 080 organisations européennes, place la conformité réglementaire, NIS2, DORA et Cyber Resilience Act, au premier rang des moteurs d'investissement, pour 70 % des répondants⁹. La même étude montre la dépense qui glisse des effectifs vers les outils et les services externalisés, faute de talents à recruter. L'argent va donc vers les plateformes et les prestataires intégrés, un responsable sous contrainte préférant couvrir sa conformité avec une suite unique plutôt qu'assembler dix briques indépendantes. Un éditeur qui voudrait grandir en propre y capte mal sa part. MokN réalise 80 % de son chiffre d'affaires en France et installe ses équipes à New York¹. La France finance le berceau. La destinée se joue à New York. Son intensité de dépense cyber reste à 0,06 % du chiffre d'affaires des entreprises, contre 0,12 % au Royaume-Uni¹⁰ : à activité comparable, la France y consacre moitié moins. ## Harfang, un cran plus loin Le cas n'est pas isolé. HarfangLab, qui levait français en 2023, ouvre aujourd'hui son capital à un fonds américain pour son tour de croissance, au point que Bercy s'en est saisi¹¹. Le champion mûr migre au stade de la croissance ; la jeune pousse migre dès la série A. Le point de bascule remonte le cycle de vie, et de plus en plus tôt. ## Du networking au Network La célébration se retourne ici. Ce que l'on fête comme un nœud de réseau professionnel rejoint un réseau dont les lignes ignorent la carte. L'hyperscaler tient les deux extrémités de la chaîne. À l'entrée, ses bras d'investissement, GV et son équivalent chez Microsoft, mènent les tours à fort signal, ceux des sociétés alignées sur leurs places de marché. À la sortie, Google a racheté Wiz, plus grosse acquisition d'une société financée par capital-risque jamais enregistrée¹², après Mandiant, quand Cisco absorbait Splunk et Palo Alto CyberArk. Entre les deux, le fonds finance le risque et la plateforme rachète le résultat. Un investisseur déjà présent au capital accélère le rachat à venir. Quand le premier chèque sérieux, la reconnaissance stratégique, le marché de croissance et l'acquéreur probable se tiennent du même côté de l'Atlantique, le succès de MokN reste français au registre du commerce et devient américain partout ailleurs. La rente, on l'a vu, n'a pas de nationalité. ## La lecture que j'en fais MokN demeure une entreprise française. Ses fondateurs sont français, sa recherche est à Paris, son hébergement en Europe. Et son conseil parlera anglais, sa croissance se jouera là où les clients paient et où la plateforme intègre, ses bureaux new-yorkais grandiront plus vite que les parisiens. Le radar de la French Tech la comptera ; la donnée d'attaquant qu'elle accumule se composera ailleurs. Nous avons fêté un nœud qui se branche sur un réseau dont la carte ignore les frontières. Ce que j'ignore encore : ce qu'il restera de français dans MokN le jour où la plateforme qui l'adoube voudra l'acquérir. --- ## Sources 1. MokN, série A de 15 M$ (12,8 M€) menée par GV, avec Datadog, Moonfire et OVNI Capital, amorçage de 2,6 M€, 80 % du chiffre d'affaires en France : [Silicon.fr](https://www.silicon.fr/business-1367/mokn-leve-15-millions-pour-industrialiser-son-phish-back-227539?ref=klaerenn.fr), [Maddyness](https://www.maddyness.com/2026/05/29/gv-le-fonds-de-google-investit-pour-la-premiere-fois-dans-une-startup-francaise/?ref=klaerenn.fr), [Journal du Net](https://www.journaldunet.com/cybersecurite/1550699-mokn-leve-15-millions-de-dollars-et-seduit-google-ventures-pour-lutter-contre-le-vol-d-identifiants/?ref=klaerenn.fr). 2. HarfangLab, série A de 25 M€ (2023) menée par Crédit Mutuel Innovation : [Incyber News](https://incyber.org/harfanglab-leve-25-millions-euros/?ref=klaerenn.fr). 3. Sekoia.io, 35 M€ (2023), Banque des Territoires et Bright Pixel : [communiqué BusinessWire](https://www.businesswire.com/news/home/20230523005590/fr?ref=klaerenn.fr). 4. Qevlar AI, 30 M$ (2026) menés par Partech : [Maddyness](https://www.maddyness.com/2026/03/10/cybersecurite-30-millions-de-dollars-de-plus-pour-qevlar-ai/?ref=klaerenn.fr). 5. Filigran, série B de 35 M$ (2024, Insight Partners) puis 58 M$ (2025, Eurazeo), plus grosse levée de la cyber française : [L'Usine Digitale](https://www.usine-digitale.fr/article/filigran-leve-35-millions-de-dollars-pour-ses-produits-de-cybersecurite-open-source.N2221477?ref=klaerenn.fr), [Boursorama](https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/cybersecurite-la-start-up-francaise-filigran-leve-58-millions-de-dollars-a3d45fba8fae62c49d3dc96391c73043?ref=klaerenn.fr). 6. Marché mondial 2026, États-Unis 150 Md$ contre Europe de l'Ouest 69 Md$ : IDC, via [ChannelNews](https://www.channelnews.fr/les-depenses-mondiales-de-cybersecurite-vont-augmenter-denviron-12-en-2026-selon-idc-155379?ref=klaerenn.fr). 7. 85 % des montants levés en cyber en 2024 aux États-Unis (10,3 Md$) : Baromètre Tikehau Capital de l'investissement européen en cybersécurité, 6e édition 2025 ([PDF Tikehau](https://www.tikehaucapital.com/~/media/Files/T/Tikehau-Capital-V2/documents/news-and-views/fr/2025/Tikehau-Capital-Barometre-2025-FR-PAP.pdf?ref=klaerenn.fr)), via [Le Monde Informatique](https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-la-france-en-tete-en-europe-des-levees-de-fonds-en-cybersecurite-96517.html?ref=klaerenn.fr). 8. Dépenses cyber France 2024, 7,2 Md€ (+14 %) : IDC France, via [Silicon.fr](https://www.silicon.fr/business-1367/les-benchmarks-de-lit-2026-les-solutions-de-cybersecurite-226696?ref=klaerenn.fr). 9. Conformité, premier moteur d'investissement (70 %) et bascule des effectifs vers les outils et les services : ENISA, NIS Investments 2025 (6e édition, décembre 2025, 1 080 organisations) — [ENISA](https://www.enisa.europa.eu/publications/nis-investments-2025?ref=klaerenn.fr). 10. Intensité de dépense, 0,06 % du chiffre d'affaires en France contre 0,12 % au Royaume-Uni : Digital Security European Observatory, via [Le Cadre Digital](https://www.lecadredigital.fr/indicateurs-cles-cybersecurite-depenses-digital-france.html?ref=klaerenn.fr). 11. HarfangLab, entrée d'un fonds américain à son capital et mobilisation de Bercy (2026) : [L'Informé](https://www.linforme.com/tech-telecom/article/cybersecurite-l-entree-d-un-fonds-americain-chez-harfanglab-mobilise-bercy%5F4007.html?ref=klaerenn.fr). 12. Rachat de Wiz par Google, plus grosse acquisition d'une société financée par capital-risque : [Crunchbase News](https://news.crunchbase.com/venture/funding-data-third-largest-year-2025/?ref=klaerenn.fr). ### The Leopard URL: https://www.klaerenn.fr/the-leopard/ Last updated: 2026-09-01T22:51:12.000Z *"Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi." Europe changes its regulatory framework. It does not change its condition of dependency.* --- On March 19, 2026, the European Union Agency for Cybersecurity (ENISA) published a technical advisory on secure use of package managers¹. The document covers risks associated with third-party software dependencies: malicious packages, compromised maintainers, typosquatting, dependency confusion. It recommends dependency tracking, SBOM generation, provenance verification, continuous monitoring and remediation documentation. This guide arrives six months before the first binding deadline of the Cyber Resilience Act. On September 11, 2026, manufacturers of digital products sold in Europe must report actively exploited vulnerabilities within 24 hours, provide full notification within 72 hours, and submit a final report within 14 days². Penalties reach €15 million or 2.5% of global annual turnover. Regulators can withdraw non-compliant products from the European market³. I examined each recommendation in the ENISA guide, then tested each against incidents documented between January and April 2026\. The guide is sincere, competent and methodical. Its implicit assumptions are wrong. ## What the CRA builds The CRA imposes four substantive obligations on manufacturers of products with digital elements. First, a documented and continuously updated cybersecurity risk assessment. Second, the absence of known exploitable vulnerabilities at the time of market placement. Third, a machine-readable Software Bill of Materials (SBOM). Fourth, free security updates for at least five years⁴. The intent is clear: hold publishers accountable. Kill the "ship and forget" model. Force a baseline hygiene that the industry never adopted voluntarily. ENISA's NIS Investments 2025 report documents the scale of the gap: 28% of organisations take more than three months to remediate critical vulnerabilities (51% among SMEs), and 30% have not conducted any security assessment in the past twelve months (63% among SMEs)⁵. The CRA is right to force the issue. The ENISA guide translates these obligations into operational practices for dependency management. The Open Regulatory Compliance Working Group (ORCWG) summarises the stakes: full supply chain compliance has never been required before the CRA⁶. The regulation impacts every layer of that chain, including open source dependencies embedded in commercial products. An ANSSI market study published in April 2026 confirms the demand-side diagnosis: current regulatory frameworks remain high-level, providing limited operational guidance on how to implement their requirements⁶ᵇ. The calendar ahead is dense. By June 11, 2026, Member States must have designated their notifying authorities and published the procedures for assessing conformity assessment bodies. The bodies themselves will follow only afterwards: the regulation targets a sufficient number of notified bodies only by December 11, 2026, and states that the aim is to avoid bottlenecks to market entry⁷. On September 11, reporting obligations enter into force. On December 11, 2027, all obligations become applicable. Manufacturers will therefore have to reach compliance before the apparatus meant to assess them is guaranteed operational. For a regulation that entered into force on December 10, 2024, the pace is demanding. So far, the reasoning holds. The CRA creates the framework. ENISA translates it into practices. Organisations tool up. Auditors verify. The problem begins when these practices are confronted with the threat they are supposed to cover. ## The composition flaw Verifying package provenance, validating cryptographic signatures, monitoring dependency behaviour: the ENISA guide recommends these controls. They assume that a malicious package is distinguishable from a legitimate one if the right procedures are applied. On March 13, 2026, Socket Security published its analysis of the GlassWorm campaign: 72 malicious extensions on the Open VSX marketplace, the marketplace used by open source IDEs (VSCodium, Eclipse Theia)⁸. The distinguishing feature: the extensions themselves are clean. The malicious code is buried in a transitive dependency, a dependency of a dependency. The extension satisfies every control the ENISA guide recommends. The signature is valid. The maintainer is authentic. The metadata is correct. The malicious behaviour emerges from the composition, not the component. Two days later, StepSecurity documented ForceMemo: hundreds of Python repositories on GitHub compromised through dormant account takeover, followed by a force-push that rewrites Git history⁹. The malicious code replaces the legitimate code in the source repository. The dependency tree points to the same identifier, the same URL, the same package name. Only the content has changed, and the history has been erased. Six weeks later, the pace accelerated. Between April 21 and 23, 2026, three supply chain attacks hit npm, PyPI and Docker Hub simultaneously¹⁰. The official Checkmarx KICS Docker images were compromised. A self-propagating worm (CanisterSprawl) infected npm packages via a postinstall hook, stole the developer's publish tokens, injected a payload into every package the victim could publish, and jumped to PyPI if a PyPI token was found on the machine. The command-and-control channel used an ICP (Internet Computer Protocol) canister, resistant to conventional takedowns. On April 30, PyTorch Lightning fell: versions 2.6.2 and 2.6.3 compromised on PyPI, 31,000 GitHub stars, millions of downloads per month¹¹. CanisterSprawl marks a mutation. The worm does not compromise a component: it compromises a maintainer, then uses that maintainer's credentials to publish malicious versions of legitimate packages, through official channels, with correct signatures. The victim project's SBOM will be accurate. Provenance will be verified. The package will be malicious. And it will have crossed registry boundaries, from npm to PyPI, in a movement the ENISA guide does not model, since it reasons registry by registry. On May 12, 2026, the Mini Shai-Hulud campaign crossed a further threshold: the compromise of TanStack, Mistral AI and UiPath (over 160 npm and PyPI packages) came with the first documented forgery of SLSA Build Level 3 provenance attestations, the most demanding integrity standard currently deployed¹¹ᵇ. Provenance is no longer merely insufficient, it can now be falsified. The guide treats dependency security as a component problem. Attackers have shifted it to the level of composition. Compliance targets the parts. The threat targets the assembly. ## Thirteen months before disclosure Within 24 hours of discovering an actively exploited vulnerability, the CRA requires a report. This timeline assumes that discovery precedes exploitation, or at minimum follows it closely. The data tells a different story. In December 2025, Huntress observed an intrusion using the MAESTRO toolkit: three VMware ESXi zero-days chained (CVE-2025-22224, CVE-2025-22225, CVE-2025-22226) enabling escape from a virtual machine to the hypervisor¹². The toolkit's development paths contain a date of February 2024 and simplified Chinese strings ("全版本逃逸--交付", "all version escape, delivery"). The toolkit was developed as a zero-day exploit more than a year before Broadcom's public disclosure in March 2025\. It supports 155 ESXi builds, from version 5.1 to 8.0\. During this thirteen-month window, no SBOM, no monitoring, no reporting procedure would have produced any signal, since the vulnerabilities did not exist in any public database. MAESTRO is not an isolated case. Mandiant's M-Trends 2026 report, based on over 500,000 hours of incident response investigations in 2025, measures an average time-to-exploit of -7 days: exploitation routinely occurs *before* the patch is released¹³. 67% of exploited CVEs in 2026 are zero-days¹⁴. The CRA imposes a 24-hour reporting obligation, calibrated for a world in which vulnerabilities are discovered by defenders and published before being massively exploited. That world no longer exists for state or state-adjacent actors. It no longer exists for cybercriminals either: the hand-off time between an initial access broker and a ransomware affiliate has dropped to 22 seconds¹³. Verizon's 2026 DBIR, published on May 19 and based on more than 31,000 incidents across 145 countries, records a shift. For the first time in the report's nineteen-year history, vulnerability exploitation becomes its leading initial access vector, ahead of stolen credentials and phishing: 31% of breaches, up by a little over half year on year¹³ᵇ. The same report measures a median time to full remediation of 43 days in 2025, against 32 the previous year, and only a quarter of the actively exploited flaws in CISA's catalogue patched within the year¹³ᵇ. The 24-hour obligation accelerates the declaration to the authority, not the defense of the product. But the tempo flaw also operates in the other direction: too many vulnerabilities, too fast. On February 5, 2026, Anthropic announced that Claude Opus 4.6 had discovered over 500 critical vulnerabilities in production open source code¹⁵. In a single analysis campaign. On May 13, the UK AI Security Institute published an update to its cyber evaluations: the length of tasks that frontier models complete autonomously is doubling every 4.7 months since late 2024, and the two most recent models tested exceed even that trend¹⁶. A recent Claude Mythos Preview checkpoint solves both of the AISI's cyber ranges, including a 32-step corporate compromise scenario (estimated at 20 hours of human work) in 6 of 10 attempts, and a previously unsolved industrial scenario in 3 of 10 attempts. Reconnaissance, exploitation, lateral movement, privilege escalation and takeover chain together without human intervention. AISI notes that the ranges include no active defenders, which limits the result to weakly defended targets. But that is precisely the profile of a significant share of the European economic fabric subject to the CRA. Twenty-four hours to report an actively exploited vulnerability. When the full attack chain executes in hours and vulnerability discovery scales industrially, the reporting deadline becomes longer than the exploitation window. NVD CVE submissions rose 263% between 2020 and 2025, and the first quarter of 2026 is up by a third on the same period in 2025¹⁷. With models capable of finding hundreds of flaws in hours and chaining them into complete attack scenarios, the CRA's reporting obligations will be pressured by volume and speed simultaneously. The CRA was calibrated for a pre-AI world of vulnerability hunting. That calibration is already obsolete. ## An infrastructure under construction Monitoring dependency vulnerabilities, correlating with CVE databases, maintaining an up-to-date inventory: these processes depend on infrastructure whose foundations are unstable. Since 2024, the NIST National Vulnerability Database (NVD) has been accumulating processing delays. In April 2025, NIST marked "Deferred" all CVEs published before January 1, 2018, abandoning retroactive enrichment for tens of thousands of entries¹⁸. Jon Boyens, acting chief of the Computer Security Division, wants to "stop using the word backlog"¹⁹. The MITRE CVE programme, funded at $57.8 million per year by the US federal government, narrowly avoided funding interruption twice in 2025²⁰. MITRE laid off 440 employees and cancelled $28 million in contracts²¹. Europe is building. ENISA's European Vulnerability Database (EUVD) has been in beta since May 2025\. The GCVE (Global CVE) from Luxembourg's CIRCL, launched in January 2026, offers a decentralised model with 25 public sources²². VulnCheck's analysis of the EUVD identifies over 50,000 CVEs missing from the main API²³. ENISA became a CVE Root CNA in November 2025, and at VulnCon26 in Scottsdale, on April 14, 2026, the agency confirmed its onboarding by CISA to become a Top-Level Root CNA, the third in the world after CISA and MITRE²⁴. The ambition is clear. Eighty of the world's five hundred CNAs are European, and operational ramp-up is still in progress²⁴. The same agency made another choice in the spring of 2026\. On June 2, Anthropic expanded Project Glasswing to roughly one hundred and fifty organisations across more than fifteen countries, and admitted ENISA into it²⁴ᵇ. Glasswing grants access to Claude Mythos Preview, a private frontier model its developer does not sell, to find and fix vulnerabilities in critical software. The agency that publishes the package-manager guide, that sets the practices European manufacturers will have to follow, and that aspires to become the third root authority of the CVE system, relies for its own discovery capacity on an American provider. The infrastructure flaw runs deeper than the calendar. The capacity the CRA presupposes exists; Europe buys it from an American provider rather than producing it²⁴ᶜ. Eleven days later, on June 12, 2026, a Commerce Department directive made any transfer of Anthropic's frontier cyber models to a non-US person subject to prior governmental approval, on national security grounds²⁴ᵈ. The access a European agency had just obtained now runs through an American state gate. The Single Reporting Platform (SRP), mandated by the CRA to centralise vulnerability notifications, must be operational on September 11, 2026, the same day reporting obligations enter into force. As of April 30, 2026, the platform is not operational. The procurement (ENISA/2025/OP/0001, four-year contract) closed in March 2025\. The contractor has not been publicly disclosed. The testing phase has not begun²⁵. Manufacturers will therefore report vulnerabilities through a platform they will not have been able to test, correlating with databases of which the most complete (the NVD) is in crisis and the youngest (the EUVD) is incomplete. The ENISA guide prescribes processes that depend on infrastructure it does not mention. I have documented this dependency in detail²⁶. The CRA creates obligations for European manufacturers. It does not create the data infrastructure necessary for those obligations to be fulfilled within the timelines it imposes. ## The invisible layer The ENISA guide covers packages published in registries (npm, PyPI, Maven, NuGet). It does not cover code that enters projects without passing through a package manager. Developer surveys in 2025 converge at 84-91% adoption of AI code generation tools (JetBrains: 85%, Stack Overflow: 84%, DX: 91%)²⁷. This code enters repositories with the same treatment as manually written code: same commit, same metadata, no distinction. 62% of security practitioners surveyed have no way to know where LLMs are being used in their organisation²⁸. Generated code contains vulnerabilities in 45% of cases, a rate that has been stable for two years despite model evolution²⁹. Fewer than half of developers review AI code before committing it³⁰. The CRA requires an SBOM. The AI Act imposes transparency obligations on AI models. Neither text covers the question: was this code generated by an AI, with which model, from which prompt, and were the dependencies it imports chosen by a human or suggested by the model? Traditional SBOMs do not capture this layer. The concept of an AI-BOM (AI Bill of Materials) is beginning to emerge in the literature, but no standard has stabilised³¹. A tool like git-memento attempts to address traceability by attaching AI sessions to commits via git notes³². The approach is voluntary and declarative. Nothing prevents a developer from copy-pasting AI code without declaring it. The integrity control is not technical, it is procedural. It is the code equivalent of a self-certification form. The ENISA guide optimises security for a supply chain of which a growing share escapes the controls it defines. Dependencies chosen by an AI agent (Claude Code, Copilot, Codex) do not pass through the selection workflow the guide describes. They enter the project at generation time, without provenance review, without maintainability assessment, without licence verification. ## What I know and what I don't The CRA corrects a real gap. Before December 2024, no European text required software manufacturers to maintain an inventory of their components, report exploited vulnerabilities or provide free patches. The CRA imposes a floor. That floor did not exist. Its existence is progress. And the ENISA guide faithfully translates these obligations into operational practices. Each recommendation is reasonable taken in isolation. Verifying a package's provenance is better than not verifying it. Generating an SBOM is better than not having one. The four flaws I have identified (composition, tempo, infrastructure, invisible layer) are not fixable by amending the CRA. The composition flaw is a property of modular systems: the security of components does not guarantee the security of the assembly. The tempo flaw follows from the economics of vulnerability: offensive actors hold a temporal advantage that regulation cannot reduce by decree. The infrastructure flaw is geopolitical: Europe is building its own capabilities (EUVD, GCVE, TL-Root candidacy) but operational capacity does not yet match ambition, and the CRA's calendar will not wait. The invisible layer is technological: AI code enters projects through channels the CRA did not foresee. What I don't know: how fast these flaws will manifest operationally. The first test will come on September 11, 2026, when reporting obligations enter into force. If a CanisterSprawl-type campaign compromises a maintainer whose packages are embedded in products sold in Europe, manufacturers will need to determine whether they are affected, assess the reachability of the vulnerability in their implementation and produce a report within 24 hours, through an SRP platform they will have had only weeks to test. Manufacturers who treated the CRA as a checklist will discover that the checklist does not cover the scenario. One question remains open: will European alternatives reach operational maturity before dependency on American infrastructure becomes critical? ENISA is gaining ground in the CVE system. The trajectory of NIST and MITRE in 2025 and 2026 suggests continued degradation²⁶. Europe is building. The CRA's calendar runs faster than it does. ## Compliance as a floor The CRA produces verifiable compliance. Auditors will be able to confirm the presence of an SBOM, the existence of a monitoring process, the documentation of a reporting procedure. These verifications assess the existence of processes, not their capacity to detect the actual threat. An organisation can be sincerely compliant with the CRA, have implemented every recommendation in the ENISA guide, and remain exposed to all four flaws I have described. Compliance and protection are not synonymous. They never have been, but the CRA risks reinforcing the confusion by creating a framework whose apparent completeness masks its blind spots. ENISA's NIS Investments 2025 report notes that 70% of organisations cite regulatory compliance as the primary driver of cybersecurity investment⁵. If CRA compliance becomes the objective rather than the starting point, those investments will produce paper, not resilience. For organisations selling digital products in Europe, the CRA imposes a floor. It must be respected. But treating that floor as a ceiling would be the most expensive mistake a CISO could make in 2026\. The threats documented in this article operate above the threshold the CRA defines. Real protection begins where compliance ends: in systems architecture, in reducing critical dependencies, in the ability to operate when the databases and standards relied upon degrade or disappear. Europe changes its forms. The condition that makes its organisations vulnerable remains the same. --- *Eighteenth article in a series on the structural flaws of Western cybersecurity:* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/) - *Article 13:* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/) - *Article 14:* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige-2/) - *Article 15:* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black-2/) - *Article 16:* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be-2/) - *Article 17:* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict-2/) --- ### Notes and sources ¹ ENISA, "Technical Advisory for Secure Use of Package Managers" (March 19, 2026). [https://www.enisa.europa.eu/publications/enisa-technical-advisory-for-secure-use-of-package-managers](https://www.enisa.europa.eu/publications/enisa-technical-advisory-for-secure-use-of-package-managers?ref=klaerenn.fr) ² Cyber Resilience Act, Regulation (EU) 2024/2847, Article 14 — Reporting obligations: early warning 24h, full notification 72h, final report 14 days (actively exploited vulnerabilities) or 1 month (severe incidents). Reporting applicable: September 11, 2026\. [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ³ CRA, Article 64 — Penalties up to €15,000,000 or 2.5% of global annual turnover. Market withdrawal possible for non-compliant products. [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ⁴ CRA, Articles 13 and 23 — Essential requirements: risk assessment, absence of known exploitable vulnerabilities, machine-readable SBOM, free security updates for minimum 5 years. [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ⁵ ENISA, "NIS Investments 2025" — 28% of organisations take over 3 months to remediate critical vulnerabilities (51% SMEs). 30% have not conducted any security assessment in 12 months (63% SMEs). 70% cite regulatory compliance as the primary investment driver. [https://www.enisa.europa.eu/publications/nis-investments-2025](https://www.enisa.europa.eu/publications/nis-investments-2025?ref=klaerenn.fr) ⁶ ORCWG (Open Regulatory Compliance Working Group) — Full supply chain compliance has never been required before the CRA. [https://orcwg.org/cra/](https://orcwg.org/cra/?ref=klaerenn.fr) ⁶ᵇ ANSSI / Wavestone, "S-SDLC / DevSecOps: What are the current and future challenges for the European market?" (April 2026, v1.0) — 13 vendors and 9 organisations interviewed. Finding: current regulatory frameworks remain high-level, providing limited operational guidance on implementing their requirements. 100% of vendors integrate AI, but "current AI capabilities in DevSecOps remain limited" relative to expectations. ⁷ European Commission, "Cyber Resilience Act — Implementation" (updated April 23, 2026) — Timeline: June 11, 2026 (designation of notifying authorities and publication of procedures for assessing conformity assessment bodies, Chapter IV), September 11, 2026 (reporting obligations, Article 14), December 11, 2026 (target of a sufficient number of notified bodies to avoid bottlenecks to market entry), December 11, 2027 (full application). CRA guidance published March 3, 2026\. [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/factpages/cyber-resilience-act-implementation](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/factpages/cyber-resilience-act-implementation?ref=klaerenn.fr) ⁸ Socket Security, "72 Malicious Open VSX Extensions Linked to GlassWorm Campaign Now Using Transitive Dependencies" (March 13, 2026). [https://socket.dev/blog/open-vsx-transitive-glassworm-campaign](https://socket.dev/blog/open-vsx-transitive-glassworm-campaign?ref=klaerenn.fr) ⁹ StepSecurity, "ForceMemo: Hundreds of GitHub Python Repos Compromised via Account Takeover and Force Push" (March 2026). [https://www.stepsecurity.io/blog/forcememo-hundreds-of-github-python-repos-compromised-via-account-takeover-and-force-push](https://www.stepsecurity.io/blog/forcememo-hundreds-of-github-python-repos-compromised-via-account-takeover-and-force-push?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ GitGuardian, "No Off Season: Three Supply Chain Campaigns Hit npm, PyPI, and Docker Hub in 48 Hours" (April 23, 2026) — Checkmarx KICS Docker images compromised, self-propagating CanisterSprawl worm via postinstall hook, exfiltration to an ICP canister. Socket/StepSecurity tracking. [https://blog.gitguardian.com/three-supply-chain-campaigns-hit-npm-pypi-and-docker-hub-in-48-hours/](https://blog.gitguardian.com/three-supply-chain-campaigns-hit-npm-pypi-and-docker-hub-in-48-hours/?ref=klaerenn.fr) The Register, "Another npm supply chain worm hits dev environments" (April 22, 2026). [https://www.theregister.com/2026/04/22/another\_npm\_supply\_chain\_attack/](https://www.theregister.com/2026/04/22/another%5Fnpm%5Fsupply%5Fchain%5Fattack/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Socket Security, "lightning PyPI Package Compromised in Supply Chain Attack" (April 30, 2026) — PyTorch Lightning (31,000 GitHub stars, millions of downloads/month), versions 2.6.2 and 2.6.3 compromised. Payload similar to the Shai-Hulud family. Flagged by Socket's AI scanner within 18 minutes. [https://socket.dev/blog/lightning-pypi-package-compromised](https://socket.dev/blog/lightning-pypi-package-compromised?ref=klaerenn.fr) ¹¹ᵇ Tenable, "Mini Shai-Hulud Supply Chain Attack CVE-2026-45321 FAQ" (May 21, 2026) — TeamPCP, Mini Shai-Hulud campaign: TanStack, Mistral AI, UiPath, 160+ npm/PyPI packages compromised. First documented forgery of SLSA Build Level 3 attestations. OIDC token extraction from GitHub Actions runner memory. Persistence hooks targeting AI code agents and IDEs. [https://www.tenable.com/blog/mini-shai-hulud-frequently-asked-questions](https://www.tenable.com/blog/mini-shai-hulud-frequently-asked-questions?ref=klaerenn.fr) Orca Security, "TanStack and 160+ npm/PyPI Packages Compromised in Supply Chain Worm Attack" (May 12, 2026). [https://orca.security/resources/blog/tanstack-npm-supply-chain-worm/](https://orca.security/resources/blog/tanstack-npm-supply-chain-worm/?ref=klaerenn.fr) ¹² Huntress, "The Great VM Escape: ESXi Exploitation in the Wild" (January 7, 2026) — MAESTRO toolkit: three chained VMware ESXi zero-days (CVE-2025-22224, CVE-2025-22225, CVE-2025-22226). Development date February 2024, Broadcom disclosure March 2025\. 155 ESXi builds supported (5.1 to 8.0). Initial access via compromised SonicWall VPN. [https://www.huntress.com/blog/esxi-vm-escape-exploit](https://www.huntress.com/blog/esxi-vm-escape-exploit?ref=klaerenn.fr) ¹³ Mandiant / Google Cloud, "M-Trends 2026" (March 23, 2026) — 500,000+ investigation hours in 2025\. Average time-to-exploit: -7 days (exploitation before patch release). IAB-to-ransomware hand-off: 22 seconds (vs 8+ hours in 2022). Median dwell time: 14 days. Exploits = leading initial access vector for the 6th consecutive year (32%). [https://cloud.google.com/blog/topics/threat-intelligence/m-trends-2026](https://cloud.google.com/blog/topics/threat-intelligence/m-trends-2026?ref=klaerenn.fr) ¹³ᵇ Verizon, "2026 Data Breach Investigations Report" (May 19, 2026) — 31,000+ incidents, 22,000+ confirmed breaches, 145 countries. Vulnerability exploitation became the report's leading initial access vector (31%, +55% year on year), ahead of stolen credentials and phishing, for the first time in nineteen years. Disclosure-to-exploit window compressed "from months to hours" by AI. Median time to full remediation: 43 days in 2025 (32 days in 2024). 26% of CISA KEVs patched over the year. Period covered: Nov. 2024 - Oct. 2025, prior to 2026 AI capabilities. [https://www.verizon.com/business/resources/reports/dbir/](https://www.verizon.com/business/resources/reports/dbir/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Hive Security / VulnCheck (April 2026) — 55% of zero-days exploited within one week of disclosure. 28.96% of KEVs exploited on or before CVE publication day. 67.2% of exploited CVEs in 2026 are zero-days (vs 16.1% in 2018). [https://hivesecurity.gitlab.io/blog/from-cve-to-rce-in-hours-attack-timeline-2026/](https://hivesecurity.gitlab.io/blog/from-cve-to-rce-in-hours-attack-timeline-2026/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Anthropic announcement, February 5, 2026 — Claude Opus 4.6: over 500 critical vulnerabilities discovered in production open source code. See in this series: "Status: clean." ¹⁶ AI Security Institute (UK), "How fast is autonomous AI cyber capability advancing?" (May 13, 2026) — Autonomous cyber capability doubling rate: 4.7 months since late 2024, Mythos Preview and GPT-5.5 exceed the trend. Recent Mythos Preview checkpoint: TLO solved 6/10 (vs 3/10 in April), Cooling Tower solved 3/10 (never solved before). Near-100% success on the narrow task suite (2.5M tokens). Paper: arXiv 2603.11214\. [https://www.aisi.gov.uk/blog/how-fast-is-autonomous-ai-cyber-capability-advancing](https://www.aisi.gov.uk/blog/how-fast-is-autonomous-ai-cyber-capability-advancing?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ NIST, "NIST Updates NVD Operations to Address Record CVE Growth" (April 15, 2026) — +263% CVE submissions 2020-2025, +33% Q1 2026 vs Q1 2025\. Three prioritisation criteria: CISA KEV, federal software, EO 14028\. Everything else classified "Not Scheduled." See in this series: "Pitch Black" for the full analysis of the eight NIST degradation vectors. [https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ NIST — CVEs prior to January 1, 2018 marked "Deferred" (April 2025). Retroactive enrichment abandoned. ¹⁹ Cybersecurity Dive, "NIST is rethinking its role in analyzing software vulnerabilities" (January 23, 2026) — Jon Boyens: "I don't think it serves our mission or our stakeholders to try to go back and enrich every CVE that is out there or that has ever been submitted." [https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/](https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Swarmnetics — CVE programme: $57.8M/year federal funding. [https://swarmnetics.com/blog/mitre-cve-program-safe-until-early-2026-but-what-happens-then/](https://swarmnetics.com/blog/mitre-cve-program-safe-until-early-2026-but-what-happens-then/?ref=klaerenn.fr) ²¹ CyberScoop — MITRE: 440+ employees laid off, $28M in contracts cancelled. [https://cyberscoop.com/cve-program-funding-crisis-cve-foundation-mitre/](https://cyberscoop.com/cve-program-funding-crisis-cve-foundation-mitre/?ref=klaerenn.fr) ²² EUVD: beta since May 2025 (EUVD-2025-XXXXX identifiers). GCVE: launched January 2026 by CIRCL (Luxembourg), 25+ public sources, decentralised model. [https://euvd.enisa.europa.eu/](https://euvd.enisa.europa.eu/?ref=klaerenn.fr) [https://www.infosecurity-magazine.com/news/global-cybersecurity-vulnerability/](https://www.infosecurity-magazine.com/news/global-cybersecurity-vulnerability/?ref=klaerenn.fr) ²³ VulnCheck, "Does ENISA EUVD live up to all the hype?" (May 2025) — 50,000+ CVEs missing from the main API. [https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd](https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Infosecurity Magazine, "ENISA Seeks Top-Tier Status in CVE Program" (April 25, 2026) — VulnCon26, Scottsdale. Nuno Rodrigues Carvalho (ENISA) confirms TL-Root CNA onboarding by CISA. Target: "2026 or early 2027." Process described as "uncharted territory." \~80 European CNAs out of 500+ worldwide. [https://www.infosecurity-magazine.com/news/enisa-europe-seeks-top-level-root/](https://www.infosecurity-magazine.com/news/enisa-europe-seeks-top-level-root/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ᵇ Anthropic, "Expanding Project Glasswing" (June 2, 2026) — Expansion to \~150 organisations across 15+ countries (on top of the \~50 initial partners of April 2026), including power, water, healthcare and telecommunications operators. ENISA admitted to the programme. Access to Claude Mythos Preview for vulnerability discovery and remediation. Model not commercialised. [https://www.anthropic.com/news/expanding-project-glasswing](https://www.anthropic.com/news/expanding-project-glasswing?ref=klaerenn.fr) Cybersecurity Dive, "Anthropic shares Mythos with 150 more organizations, including critical infrastructure operators" (June 2, 2026) — Confirms ENISA's admission to Project Glasswing. [https://www.cybersecuritydive.com/news/ai-anthropic-claude-mythos-project-glasswing-expand/821714/](https://www.cybersecuritydive.com/news/ai-anthropic-claude-mythos-project-glasswing-expand/821714/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ᶜ On the reading of Glasswing as capacity capture under selective sovereign adoption, see in this series: "The Conversation." On the discovery/remediation bottleneck of the Mythos model (530 flaws disclosed, 75 fixed), see: "Status: clean." ²⁴ᵈ US Department of Commerce, export directive — letter from Secretary Howard Lutnick to Anthropic CEO Dario Amodei, access disabled on June 12, 2026, Anthropic compliance confirmed on June 13, 2026\. Any export, re-export or domestic transfer of Claude Fable 5 and Claude Mythos 5 to a non-US person is subject to prior governmental approval. Global suspension, including Amazon Bedrock, with no migration window. Stated rationale: the models' cyber capabilities, national security. For the weaponized interdependence reading, see in this series: "The Conversation." [https://www.cnbc.com/2026/06/12/anthropic-disables-access-to-fable-5-and-mythos-5-to-comply-with-government-directive.html](https://www.cnbc.com/2026/06/12/anthropic-disables-access-to-fable-5-and-mythos-5-to-comply-with-government-directive.html?ref=klaerenn.fr) Crypto Briefing, "Anthropic cuts global access to Mythos models after US export controls" (June 13, 2026). [https://cryptobriefing.com/anthropic-mythos-models-us-export-controls/](https://cryptobriefing.com/anthropic-mythos-models-us-export-controls/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ ENISA, Single Reporting Platform FAQ — SRP operational target: September 11, 2026\. Testing phase before launch (not yet started as of April 30, 2026). Procurement ENISA/2025/OP/0001 (4-year contract), closed March 2025\. Contractor not publicly disclosed. [https://www.enisa.europa.eu/topics/product-security-and-certification/single-reporting-platform-srp](https://www.enisa.europa.eu/topics/product-security-and-certification/single-reporting-platform-srp?ref=klaerenn.fr) European Commission, "CRA — Reporting obligations" (updated April 23, 2026). [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-reporting](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-reporting?ref=klaerenn.fr) ²⁶ See in this series: "Pitch Black" (topological dependency on American infrastructure, eight simultaneous vectors hitting NIST), "The vulnerability of vulnerability management" (NVD), "European dependency on American standards." ²⁷ JetBrains, "State of Developer Ecosystem 2025" — \~85% regular AI usage, 62% relying on at least one coding assistant or agent. Stack Overflow, "2025 Developer Survey" — 84% using or planning to use AI tools, 51% daily. DX Q4 2025 (135,000+ developers) — 91% adoption, 22% of merged code AI-authored. [https://www.jetbrains.com/lp/devecosystem-2025/](https://www.jetbrains.com/lp/devecosystem-2025/?ref=klaerenn.fr) [https://survey.stackoverflow.co/2025](https://survey.stackoverflow.co/2025?ref=klaerenn.fr) ²⁸ See in this series: "Status: clean" — Detailed sources and data on AI code. ²⁹ See in this series: "Status: clean" — AI code vulnerability rate stable at \~45%. Veracode: "completely flat" for two years. ³⁰ See in this series: "Status: clean" — Fewer than 50% of developers review AI code before committing. ³¹ AI-BOM: emerging concept, no stabilised standard. CycloneDX and SPDX SBOMs do not capture AI provenance of source code. ³² git-memento — Open source tool attaching AI sessions to commits via git notes. "Gate" mode blocking PRs without attached AI session. Voluntary and declarative architecture. [https://github.com/mnott/git-memento](https://github.com/mnott/git-memento?ref=klaerenn.fr) ### Le Guépard URL: https://www.klaerenn.fr/le-guepard/ Last updated: 2026-09-01T22:51:12.000Z *"Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi." L'Europe change son cadre réglementaire. Elle ne change pas sa condition de dépendance.* --- Le 19 mars 2026, l'Agence de l'Union européenne pour la cybersécurité (ENISA) publie un guide technique sur l'utilisation sécurisée des gestionnaires de paquets¹. Le document couvre les risques liés aux dépendances logicielles tierces : packages malveillants, mainteneurs compromis, typosquatting, confusion de dépendances. Il recommande le suivi des dépendances, la génération de SBOM, la vérification de provenance, le monitoring continu et la documentation des remédiations. Ce guide arrive six mois avant la première échéance contraignante du Cyber Resilience Act. Le 11 septembre 2026, les fabricants de produits numériques vendus en Europe devront signaler les vulnérabilités activement exploitées dans un délai de 24 heures, notifier complètement sous 72 heures, et produire un rapport final sous 14 jours². Les sanctions prévues atteignent 15 millions d'euros ou 2,5% du chiffre d'affaires mondial. Les régulateurs peuvent retirer du marché européen les produits non conformes³. J'ai examiné chaque recommandation du guide ENISA, puis confronté chacune aux incidents documentés entre janvier et avril 2026\. Le guide est sincère, compétent et méthodique. Ses hypothèses implicites sont fausses. ## Ce que le CRA construit Le CRA impose quatre obligations de fond aux fabricants de produits avec éléments numériques. Premièrement, une évaluation de risque cybersécurité documentée et mise à jour en continu. Deuxièmement, l'absence de vulnérabilités exploitables connues au moment de la mise sur le marché. Troisièmement, un SBOM (Software Bill of Materials) en format lisible par machine. Quatrièmement, des mises à jour de sécurité gratuites pendant au moins cinq ans⁴. L'intention est claire : responsabiliser les éditeurs. Tuer le modèle « on livre et on oublie ». Forcer une hygiène de base que l'industrie n'a jamais adoptée volontairement. Le rapport ENISA NIS Investments 2025 documente l'ampleur du retard : 28% des organisations mettent plus de trois mois à corriger les vulnérabilités critiques (51% chez les PME), et 30% n'ont réalisé aucune évaluation de sécurité dans les douze derniers mois (63% chez les PME)⁵. Le CRA a raison de forcer le mouvement. Le guide ENISA traduit ces obligations en pratiques opérationnelles pour la gestion des dépendances. L'ORCWG (Open Regulatory Compliance Working Group) résume l'enjeu : la conformité complète de la chaîne d'approvisionnement logicielle n'a jamais été exigée avant le CRA⁶. Le texte impacte chaque couche de cette chaîne, y compris les dépendances open source embarquées dans les produits commerciaux. Une étude de marché ANSSI publiée en avril 2026 confirme le diagnostic côté demande : les cadres réglementaires actuels restent formulés à haut niveau, avec des orientations opérationnelles limitées quant à la mise en œuvre des exigences⁶ᵇ. Le calendrier qui suit est dense. Le 11 juin 2026, les États membres doivent avoir désigné leurs autorités notifiantes et publié les procédures d'évaluation des organismes de conformité. Les organismes eux-mêmes ne suivront qu'ensuite : le règlement ne vise un nombre suffisant d'organismes notifiés que pour le 11 décembre 2026, et précise que l'objectif est d'éviter les goulots d'étranglement à l'entrée sur le marché⁷. Le 11 septembre, les obligations de reporting entrent en vigueur. Le 11 décembre 2027, l'ensemble des obligations devient applicable. Les fabricants devront donc se mettre en conformité avant que le dispositif chargé de les évaluer soit garanti opérationnel. Pour un règlement entré en vigueur le 10 décembre 2024, le tempo est exigeant. Jusqu'ici, le raisonnement tient. Le CRA crée le cadre. L'ENISA le traduit en pratiques. Les organisations s'outillent. Les auditeurs vérifient. Le problème commence quand on confronte ces pratiques à la menace qu'elles sont censées couvrir. ## La faille de composition Vérifier la provenance des packages, valider les signatures cryptographiques, surveiller le comportement des dépendances : le guide ENISA recommande ces contrôles. Ils supposent qu'un package malveillant est distinguable d'un package légitime si l'on applique les bonnes procédures. Le 13 mars 2026, Socket Security publie l'analyse de la campagne GlassWorm : 72 extensions malveillantes sur le marketplace Open VSX, la place de marché utilisée par les IDE open source (VSCodium, Eclipse Theia)⁸. La particularité : les extensions elles-mêmes sont propres. Le code malveillant est enfoui dans une dépendance transitive, c'est-à-dire une dépendance de dépendance. L'extension satisfait tous les contrôles que le guide ENISA recommande. La signature est valide. Le mainteneur est authentique. Les métadonnées sont correctes. Le comportement malveillant émerge de la composition, pas du composant. Deux jours plus tard, StepSecurity documente ForceMemo : des centaines de dépôts Python sur GitHub compromis par prise de contrôle de comptes dormants, suivie d'un force-push qui réécrit l'historique Git⁹. Le code malveillant remplace le code légitime dans le dépôt source. L'arbre de dépendances pointe vers le même identifiant, la même URL, le même nom de package. Seul le contenu a changé, et l'historique a été effacé. Six semaines plus tard, la cadence s'accélère. Entre le 21 et le 23 avril 2026, trois attaques supply chain frappent npm, PyPI et Docker Hub simultanément¹⁰. Les images Docker officielles de Checkmarx KICS sont compromises. Un ver auto-propagatif (CanisterSprawl) infecte des packages npm via un hook postinstall, vole les tokens de publication du développeur, injecte un payload dans chaque package que la victime peut publier, et saute vers PyPI si un token PyPI est trouvé sur la machine. Le canal de commande et contrôle utilise un canister ICP (Internet Computer Protocol), résistant aux takedowns classiques. Le 30 avril, c'est PyTorch Lightning qui tombe : versions 2.6.2 et 2.6.3 compromises sur PyPI, 31 000 stars GitHub, des millions de téléchargements par mois¹¹. CanisterSprawl marque une mutation. Le ver ne compromet pas un composant : il compromet un mainteneur, puis utilise les credentials de ce mainteneur pour publier des versions malveillantes de packages légitimes, via les canaux officiels, avec les signatures correctes. Le SBOM du projet victime sera exact. La provenance sera vérifiée. Le package sera malveillant. Et il aura traversé les frontières entre registres, de npm vers PyPI, dans un mouvement que le guide ENISA ne modélise pas, puisqu'il raisonne registre par registre. Le 12 mai 2026, la campagne Mini Shai-Hulud franchit un seuil supplémentaire : la compromission de TanStack, Mistral AI et UiPath (plus de 160 packages npm et PyPI) s'accompagne de la première falsification documentée d'attestations de provenance SLSA Build Level 3, le standard d'intégrité le plus exigeant actuellement déployé¹¹ᵇ. La provenance n'est plus seulement insuffisante, elle est désormais falsifiable. Le guide traite la sécurité des dépendances comme un problème de composants. Les attaquants l'ont déplacé au niveau de la composition. La conformité porte sur les pièces. La menace porte sur l'assemblage. ## Treize mois avant la divulgation Sous 24 heures après la découverte d'une vulnérabilité activement exploitée, le CRA exige un signalement. Ce délai suppose que la découverte précède l'exploitation, ou au minimum la suit de peu. Les données racontent le contraire. En décembre 2025, Huntress observe une intrusion utilisant le toolkit MAESTRO : trois zero-days VMware ESXi chaînés (CVE-2025-22224, CVE-2025-22225, CVE-2025-22226) permettant l'évasion d'une machine virtuelle vers l'hyperviseur¹². Les chemins de développement du toolkit contiennent une date de février 2024 et des chaînes en chinois simplifié ("全版本逃逸--交付", « évasion toutes versions, livraison »). Le toolkit a été développé comme exploit zero-day plus d'un an avant la divulgation publique par Broadcom en mars 2025\. Il supporte 155 builds ESXi, de la version 5.1 à la 8.0\. Pendant cette fenêtre de treize mois, aucun SBOM, aucun monitoring, aucune procédure de reporting n'aurait produit le moindre signal, puisque les vulnérabilités n'existaient dans aucune base publique. MAESTRO n'est pas un cas isolé. Le rapport M-Trends 2026 de Mandiant, basé sur plus de 500 000 heures d'investigation en 2025, mesure un temps moyen d'exploitation des vulnérabilités de -7 jours : l'exploitation se produit couramment *avant* la publication du correctif¹³. 67% des CVE exploités en 2026 sont des zero-days¹⁴. Le CRA impose une obligation de signalement de 24 heures, calibrée sur un monde où les vulnérabilités sont découvertes par les défenseurs et publiées avant d'être massivement exploitées. Ce monde n'existe plus pour les acteurs étatiques ou paraétatiques. Il n'existe plus non plus pour les cybercriminels : le temps de hand-off entre un courtier d'accès initial et un affilié ransomware est tombé à 22 secondes¹³. Le rapport DBIR 2026 de Verizon, publié le 19 mai et fondé sur plus de 31 000 incidents dans 145 pays, enregistre une bascule. Pour la première fois en dix-neuf ans d'historique du rapport, l'exploitation de vulnérabilités y devient le premier vecteur d'accès initial, devant le vol d'identifiants et l'hameçonnage : 31% des compromissions, en hausse d'un peu plus de moitié sur un an¹³ᵇ. Le même rapport mesure un temps médian de correction complète de 43 jours en 2025, contre 32 l'année précédente, et un quart seulement des failles activement exploitées du catalogue CISA corrigées dans l'année¹³ᵇ. L'obligation des 24 heures accélère la déclaration à l'autorité, pas la défense du produit. Mais la faille de tempo opère aussi dans l'autre direction : trop de vulnérabilités, trop vite. Le 5 février 2026, Anthropic annonce que Claude Opus 4.6 a découvert plus de 500 vulnérabilités critiques dans du code open source de production¹⁵. En une seule campagne d'analyse. Le 13 mai, l'AI Security Institute britannique publie une mise à jour de ses évaluations cyber : la durée des tâches que les modèles frontier complètent de manière autonome double tous les 4,7 mois depuis fin 2024, et les deux derniers modèles testés dépassent même cette tendance¹⁶. Un checkpoint récent de Claude Mythos Preview résout les deux cyber ranges de l'AISI, dont un scénario de compromission d'entreprise en 32 étapes (estimé à 20 heures de travail humain) dans 6 tentatives sur 10, et un scénario industriel jusque-là jamais résolu dans 3 tentatives sur 10\. La reconnaissance, l'exploitation, le mouvement latéral, l'escalade de privilèges et la prise de contrôle s'enchaînent sans intervention humaine. L'AISI note que les ranges ne comportent pas de défenseurs actifs, ce qui limite le résultat aux cibles faiblement défendues. Mais c'est précisément le profil d'une part significative du tissu économique européen soumis au CRA. Vingt-quatre heures pour signaler une vulnérabilité activement exploitée. Quand la chaîne complète d'attaque s'exécute en quelques heures et que la découverte de vulnérabilités passe à l'échelle industrielle, le délai de signalement devient plus long que la fenêtre d'exploitation. Les soumissions CVE au NVD ont augmenté de 263% entre 2020 et 2025, et le premier trimestre 2026 est en hausse d'un tiers par rapport à la même période 2025¹⁷. Avec des modèles capables de trouver des centaines de failles en quelques heures et de les enchaîner en scénarios d'attaque complets, les obligations de reporting du CRA vont être mises sous pression par le volume et la vitesse simultanément. Le CRA a été calibré dans un monde pré-IA de chasse aux vulnérabilités. Ce calibrage est déjà obsolète. ## Une infrastructure en construction Le guide recommande de suivre les vulnérabilités des dépendances, de les corréler avec les bases CVE et de tenir un inventaire à jour. Ces processus reposent sur une infrastructure dont les fondations sont instables. Depuis 2024, le National Vulnerability Database (NVD) du NIST accumule du retard de traitement. En avril 2025, le NIST a marqué « Deferred » l'ensemble des CVE publiés avant le 1ᵉʳ janvier 2018, abandonnant l'enrichissement rétroactif pour des dizaines de milliers d'entrées¹⁸. Jon Boyens, acting chief de la Computer Security Division, veut « arrêter d'utiliser le mot backlog »¹⁹. Le programme CVE de MITRE, financé à 57,8 millions de dollars par an par le gouvernement fédéral américain, a frôlé l'interruption de financement à deux reprises en 2025²⁰. MITRE a licencié 440 employés et annulé 28 millions de dollars de contrats²¹. L'Europe construit. L'EUVD (European Vulnerability Database) de l'ENISA est en bêta depuis mai 2025\. Le GCVE (Global CVE) du CIRCL luxembourgeois, lancé en janvier 2026, propose un modèle décentralisé avec 25 sources publiques²². L'analyse de VulnCheck sur l'EUVD identifie plus de 50 000 CVE absents de l'API principale²³. L'ENISA est devenue CVE Root CNA en novembre 2025, et lors de VulnCon26 à Scottsdale, le 14 avril 2026, l'agence a confirmé son onboarding par CISA pour devenir Top-Level Root CNA, le troisième au monde après CISA et MITRE²⁴. L'ambition est nette. Quatre-vingts des cinq cents CNA mondiaux sont européens, et la montée en puissance opérationnelle reste en cours²⁴. La même agence a fait un autre choix au printemps 2026\. Le 2 juin, Anthropic a élargi Project Glasswing à environ cent cinquante organisations dans plus de quinze pays, et y a admis l'ENISA²⁴ᵇ. Glasswing donne accès à Claude Mythos Preview, un modèle frontière privé que son éditeur ne commercialise pas, pour chercher et corriger des vulnérabilités dans les logiciels critiques. L'agence qui publie le guide sur les gestionnaires de paquets, qui édicte les pratiques que les fabricants européens devront suivre, et qui aspire à devenir la troisième autorité racine du système CVE, s'en remet pour sa propre capacité de découverte à un fournisseur américain. La faille d'infrastructure dépasse la question du calendrier. La capacité que le CRA présuppose existe ; l'Europe l'achète à un fournisseur américain au lieu de la produire²⁴ᶜ. Onze jours plus tard, le 12 juin 2026, une directive du Département du Commerce a soumis à autorisation gouvernementale préalable tout transfert des modèles cyber de pointe d'Anthropic à une personne non américaine, au nom de la sécurité nationale²⁴ᵈ. L'accès qu'une agence européenne venait d'obtenir passe désormais par un guichet d'État américain. La Single Reporting Platform (SRP), prévue par le CRA pour centraliser les notifications de vulnérabilités, doit être opérationnelle le 11 septembre 2026, le même jour que l'entrée en vigueur des obligations de reporting. Au 30 avril 2026, la plateforme n'est pas opérationnelle. L'appel d'offres (ENISA/2025/OP/0001, contrat de 4 ans) a été clôturé en mars 2025\. Le prestataire n'a pas été rendu public. La phase de test n'a pas commencé²⁵. Les fabricants devront donc signaler des vulnérabilités via une plateforme qu'ils n'auront pas pu tester, en corrélant avec des bases dont la plus complète (le NVD) est en crise et la plus jeune (l'EUVD) est incomplète. Le guide ENISA prescrit des processus qui dépendent d'une infrastructure qu'il ne mentionne pas. J'ai documenté cette dépendance en détail²⁶. Le CRA crée des obligations pour les fabricants européens. Il ne crée pas l'infrastructure de données nécessaire pour que ces obligations soient remplissables dans les délais qu'il impose. ## La couche invisible Le guide ENISA couvre les packages publiés dans les registres (npm, PyPI, Maven, NuGet). Il ne couvre pas le code qui entre dans les projets sans passer par un gestionnaire de paquets. Les enquêtes développeurs 2025 convergent vers 84-91% d'adoption des outils de génération de code par IA (JetBrains : 85%, Stack Overflow : 84%, DX : 91%)²⁷. Ce code entre dans les dépôts avec le même traitement qu'un code écrit manuellement : même commit, mêmes métadonnées, aucune distinction. 62% des praticiens sécurité interrogés n'ont aucun moyen de savoir où les LLM sont utilisés dans leur organisation²⁸. Le code généré contient des vulnérabilités dans 45% des cas, un taux stable depuis deux ans malgré l'évolution des modèles²⁹. Moins de la moitié des développeurs relisent le code IA avant de le commiter³⁰. Le CRA exige un SBOM. L'AI Act impose des obligations de transparence sur les modèles IA. Aucun des deux textes ne couvre la question : ce code a-t-il été généré par une IA, avec quel modèle, à partir de quel prompt, et les dépendances qu'il importe ont-elles été choisies par un humain ou suggérées par le modèle ? Les SBOM traditionnels ne capturent pas cette couche. Le concept d'AI-BOM (AI Bill of Materials) commence à émerger dans la littérature, mais aucun standard n'est stabilisé³¹. Un outil comme git-memento tente d'adresser la traçabilité en attachant la session IA aux commits via git notes³². L'approche est volontaire et déclarative. Rien n'empêche un développeur de copier-coller du code IA sans le déclarer. Le contrôle d'intégrité n'est pas technique, il est procédural. C'est la version code de l'attestation sur l'honneur. Le guide ENISA optimise la sécurité d'une chaîne d'approvisionnement dont une part croissante échappe aux contrôles qu'il définit. Les dépendances choisies par un agent IA (Claude Code, Copilot, Codex) ne passent pas par le workflow de sélection que le guide décrit. Elles entrent dans le projet au moment de la génération, sans revue de provenance, sans évaluation de maintenabilité, sans vérification de licence. ## Ce que je sais et ce que je ne sais pas Le CRA corrige un manque réel. Avant décembre 2024, aucun texte européen n'obligeait les fabricants de logiciels à maintenir un inventaire de leurs composants, à signaler les vulnérabilités exploitées ou à fournir des correctifs gratuits. Le CRA impose un plancher. Ce plancher n'existait pas. Son existence est un progrès. Et le guide ENISA traduit fidèlement ces obligations en pratiques opérationnelles. Chaque recommandation est raisonnable prise isolément. Vérifier la provenance d'un package est préférable à ne pas la vérifier. Générer un SBOM est préférable à ne pas en avoir. Les quatre failles que j'ai identifiées (composition, tempo, infrastructure, couche invisible) ne sont pas corrigeables par amendement. La faille de composition est une propriété des systèmes modulaires : la sécurité des composants ne garantit pas la sécurité de l'assemblage. La faille de tempo découle de l'économie de la vulnérabilité : les acteurs offensifs disposent d'un avantage temporel que la réglementation ne peut pas réduire par décret. La faille d'infrastructure est géopolitique : l'Europe construit ses propres capacités (EUVD, GCVE, candidature TL-Root), mais la capacité opérationnelle ne suit pas encore l'ambition, et le calendrier du CRA n'attend pas. La couche invisible est technologique : le code IA entre dans les projets par des canaux que le CRA n'a pas prévus. Ce que je ne sais pas : la vitesse à laquelle ces failles vont se manifester opérationnellement. Le premier test sera le 11 septembre 2026, quand les obligations de reporting entreront en vigueur. Si une campagne type CanisterSprawl compromet un mainteneur dont les packages sont embarqués dans des produits vendus en Europe, les fabricants devront déterminer s'ils sont affectés, évaluer la reachability de la vulnérabilité dans leur implémentation et produire un signalement en 24 heures, via une plateforme SRP dont ils n'auront eu que quelques semaines de test. Les fabricants qui auront traité le CRA comme une checklist découvriront que la checklist ne couvre pas le scénario. Reste une inconnue : les alternatives européennes atteindront-elles la maturité opérationnelle avant que la dépendance aux infrastructures américaines ne devienne critique ? L'ENISA monte en puissance dans le système CVE. La trajectoire du NIST et de MITRE en 2025 et 2026 suggère une dégradation continue²⁶. L'Europe construit. Le calendrier du CRA court plus vite qu'elle. ## La conformité comme plancher Le CRA produit de la conformité vérifiable. Les auditeurs pourront constater la présence d'un SBOM, l'existence d'un processus de monitoring, la documentation d'une procédure de signalement. Ces vérifications portent sur l'existence de processus, pas sur leur capacité à détecter la menace réelle. Une organisation peut être sincèrement conforme au CRA, avoir implémenté chaque recommandation du guide ENISA, et rester exposée aux quatre failles que j'ai décrites. La conformité et la protection ne sont pas synonymes. Elles ne l'ont jamais été, mais le CRA risque de renforcer la confusion en créant un cadre dont la complétude apparente masque les angles morts. Le rapport ENISA NIS Investments 2025 note que 70% des organisations citent la conformité réglementaire comme premier moteur d'investissement en cybersécurité⁵. Si la conformité CRA devient l'objectif plutôt que le point de départ, ces investissements produiront du papier, pas de la résilience. Pour les organisations qui vendent des produits numériques en Europe, le CRA impose un plancher. Il faut le respecter. Mais traiter ce plancher comme un plafond serait l'erreur la plus coûteuse que puisse commettre un RSSI en 2026\. Les menaces documentées dans cet article opèrent au-dessus du seuil que le CRA définit. La protection réelle commence là où la conformité s'arrête : dans l'architecture des systèmes, dans la réduction des dépendances critiques, dans la capacité à fonctionner quand les bases de données et les standards sur lesquels on s'appuie se dégradent ou disparaissent. L'Europe change ses formulaires. La condition qui rend ses organisations vulnérables reste identique. --- *Dix-huitième article d'une série sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) - *Article 13 :* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/) - *Article 14 :* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige/) - *Article 15 :* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black/) - *Article 16 :* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be/) - *Article 17 :* [*Status: clean*](https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict/) --- ### Notes et sources ¹ ENISA, « Technical Advisory for Secure Use of Package Managers » (19 mars 2026). [https://www.enisa.europa.eu/publications/enisa-technical-advisory-for-secure-use-of-package-managers](https://www.enisa.europa.eu/publications/enisa-technical-advisory-for-secure-use-of-package-managers?ref=klaerenn.fr) ² Cyber Resilience Act, Règlement (UE) 2024/2847, Article 14 — Obligations de reporting : alerte précoce 24h, notification complète 72h, rapport final 14 jours (vulnérabilités activement exploitées) ou 1 mois (incidents graves). Application du reporting : 11 septembre 2026\. [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ³ CRA, Article 64 — Sanctions. Amendes jusqu'à 15 000 000 EUR ou 2,5% du chiffre d'affaires annuel mondial. Retrait du marché possible pour les produits non conformes. [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ⁴ CRA, Articles 13 et 23 — Obligations essentielles : évaluation de risque, absence de vulnérabilités exploitables connues, SBOM machine-readable, mises à jour gratuites minimum 5 ans. [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj?ref=klaerenn.fr) ⁵ ENISA, « NIS Investments 2025 » — 28% des organisations mettent plus de 3 mois à corriger les vulnérabilités critiques (51% PME). 30% n'ont réalisé aucune évaluation de sécurité en 12 mois (63% PME). 70% citent la conformité réglementaire comme premier moteur d'investissement. [https://www.enisa.europa.eu/publications/nis-investments-2025](https://www.enisa.europa.eu/publications/nis-investments-2025?ref=klaerenn.fr) ⁶ ORCWG (Open Regulatory Compliance Working Group) — La conformité complète de la chaîne d'approvisionnement logicielle n'a jamais été exigée avant le CRA. [https://orcwg.org/cra/](https://orcwg.org/cra/?ref=klaerenn.fr) ⁶ᵇ ANSSI / Wavestone, « S-SDLC / DevSecOps : quels sont les défis actuels et futurs du marché européen ? » (avril 2026, v1.0) — 13 fournisseurs et 9 organisations interrogés. Constat : « Les cadres réglementaires actuels restent formulés à haut niveau, fournissant des orientations opérationnelles limitées quant à la mise en œuvre des exigences. » 100% des fournisseurs intègrent l'IA, mais « les capacités actuelles de l'IA dans le DevSecOps restent encore limitées » face aux attentes. ⁷ Commission européenne, « Cyber Resilience Act — Implementation » (mis à jour 23 avril 2026) — Calendrier : 11 juin 2026 (désignation des autorités notifiantes et publication des procédures d'évaluation des organismes de conformité, chapitre IV), 11 septembre 2026 (obligations de reporting, article 14), 11 décembre 2026 (objectif d'un nombre suffisant d'organismes notifiés pour éviter les goulots d'étranglement à l'entrée sur le marché), 11 décembre 2027 (application complète). Guidance CRA publiée le 3 mars 2026\. [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/factpages/cyber-resilience-act-implementation](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/factpages/cyber-resilience-act-implementation?ref=klaerenn.fr) ⁸ Socket Security, « 72 Malicious Open VSX Extensions Linked to GlassWorm Campaign Now Using Transitive Dependencies » (13 mars 2026) — Extensions propres, code malveillant dans les dépendances transitives. Marketplace Open VSX utilisé par VSCodium et Eclipse Theia. [https://socket.dev/blog/open-vsx-transitive-glassworm-campaign](https://socket.dev/blog/open-vsx-transitive-glassworm-campaign?ref=klaerenn.fr) ⁹ StepSecurity, « ForceMemo: Hundreds of GitHub Python Repos Compromised via Account Takeover and Force Push » (mars 2026) — Prise de contrôle de comptes dormants, réécriture de l'historique Git. [https://www.stepsecurity.io/blog/forcememo-hundreds-of-github-python-repos-compromised-via-account-takeover-and-force-push](https://www.stepsecurity.io/blog/forcememo-hundreds-of-github-python-repos-compromised-via-account-takeover-and-force-push?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ GitGuardian, « No Off Season: Three Supply Chain Campaigns Hit npm, PyPI, and Docker Hub in 48 Hours » (23 avril 2026) — Checkmarx KICS Docker images compromises, ver CanisterSprawl auto-propagatif via postinstall hook, exfiltration vers canister ICP. Socket/StepSecurity tracking. [https://blog.gitguardian.com/three-supply-chain-campaigns-hit-npm-pypi-and-docker-hub-in-48-hours/](https://blog.gitguardian.com/three-supply-chain-campaigns-hit-npm-pypi-and-docker-hub-in-48-hours/?ref=klaerenn.fr) The Register, « Another npm supply chain worm hits dev environments » (22 avril 2026). [https://www.theregister.com/2026/04/22/another\_npm\_supply\_chain\_attack/](https://www.theregister.com/2026/04/22/another%5Fnpm%5Fsupply%5Fchain%5Fattack/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Socket Security, « lightning PyPI Package Compromised in Supply Chain Attack » (30 avril 2026) — PyTorch Lightning (31 000 stars GitHub, millions de téléchargements/mois), versions 2.6.2 et 2.6.3 compromises. Payload similaire à la famille Shai-Hulud. Flaggé par le scanner IA Socket en 18 minutes. [https://socket.dev/blog/lightning-pypi-package-compromised](https://socket.dev/blog/lightning-pypi-package-compromised?ref=klaerenn.fr) The Hacker News, « PyTorch Lightning Compromised in PyPI Supply Chain » (30 avril 2026). [https://thehackernews.com/2026/04/pytorch-lightning-compromised-in-pypi.html](https://thehackernews.com/2026/04/pytorch-lightning-compromised-in-pypi.html?ref=klaerenn.fr) ¹¹ᵇ Tenable, « Mini Shai-Hulud Supply Chain Attack CVE-2026-45321 FAQ » (21 mai 2026) — TeamPCP, campagne Mini Shai-Hulud : TanStack, Mistral AI, UiPath, 160+ packages npm/PyPI compromis. Premier cas documenté de falsification d'attestations SLSA Build Level 3\. Extraction de tokens OIDC depuis la mémoire du runner GitHub Actions. Hooks de persistance ciblant les agents de code IA et les IDE. [https://www.tenable.com/blog/mini-shai-hulud-frequently-asked-questions](https://www.tenable.com/blog/mini-shai-hulud-frequently-asked-questions?ref=klaerenn.fr) Orca Security, « TanStack and 160+ npm/PyPI Packages Compromised in Supply Chain Worm Attack » (12 mai 2026). [https://orca.security/resources/blog/tanstack-npm-supply-chain-worm/](https://orca.security/resources/blog/tanstack-npm-supply-chain-worm/?ref=klaerenn.fr) ¹² Huntress, « The Great VM Escape: ESXi Exploitation in the Wild » (7 janvier 2026) — Toolkit MAESTRO : trois zero-days VMware ESXi chaînés (CVE-2025-22224, CVE-2025-22225, CVE-2025-22226). Date de développement février 2024, divulgation Broadcom mars 2025\. 155 builds ESXi supportés (5.1 à 8.0). Accès initial via SonicWall VPN compromis. Chaînes de développement en chinois simplifié. [https://www.huntress.com/blog/esxi-vm-escape-exploit](https://www.huntress.com/blog/esxi-vm-escape-exploit?ref=klaerenn.fr) BleepingComputer, « VMware ESXi zero-days likely exploited a year before disclosure » (19 janvier 2026). [https://www.bleepingcomputer.com/news/security/vmware-esxi-zero-days-likely-exploited-a-year-before-disclosure/](https://www.bleepingcomputer.com/news/security/vmware-esxi-zero-days-likely-exploited-a-year-before-disclosure/?ref=klaerenn.fr) ¹³ Mandiant / Google Cloud, « M-Trends 2026 » (23 mars 2026) — 500 000+ heures d'investigation en 2025\. Temps moyen d'exploitation : -7 jours (exploitation avant publication du correctif). Hand-off IAB → affilié ransomware : 22 secondes (contre 8+ heures en 2022). Dwell time médian : 14 jours. Exploits = premier vecteur d'accès initial pour la 6ᵉ année consécutive (32%). Malware PROMPTFLUX et PROMPTSTEAL interrogent des LLM en cours d'exécution pour échapper à la détection. [https://cloud.google.com/blog/topics/threat-intelligence/m-trends-2026](https://cloud.google.com/blog/topics/threat-intelligence/m-trends-2026?ref=klaerenn.fr) Rapport complet : [https://cloud.google.com/security/resources/m-trends](https://cloud.google.com/security/resources/m-trends?ref=klaerenn.fr) ¹³ᵇ Verizon, « 2026 Data Breach Investigations Report » (19 mai 2026) — 31 000+ incidents, 22 000+ compromissions confirmées, 145 pays. Exploitation de vulnérabilités devenue premier vecteur d'accès initial dans le rapport (31%, +55% en glissement annuel), devant identifiants volés et hameçonnage, pour la première fois en dix-neuf ans. Délai publication-exploitation compressé « de mois à heures » par l'IA. Temps médian de correction complète : 43 jours en 2025 (32 jours en 2024). 26% des KEV CISA corrigés sur l'année. Période couverte : nov. 2024 - oct. 2025, antérieure aux capacités IA de 2026\. [https://www.verizon.com/business/resources/reports/dbir/](https://www.verizon.com/business/resources/reports/dbir/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Hive Security / VulnCheck (avril 2026) — 55% des zero-days exploités dans la semaine suivant la divulgation. 28,96% des KEV exploités le jour même ou avant la publication du CVE. 67,2% des CVE exploités en 2026 sont des zero-days (vs 16,1% en 2018). [https://hivesecurity.gitlab.io/blog/from-cve-to-rce-in-hours-attack-timeline-2026/](https://hivesecurity.gitlab.io/blog/from-cve-to-rce-in-hours-attack-timeline-2026/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Anthropic, annonce du 5 février 2026 — Claude Opus 4.6 : plus de 500 vulnérabilités critiques découvertes dans du code open source de production. Voir dans cette série : « Status: clean ». ¹⁶ AI Security Institute (UK), « How fast is autonomous AI cyber capability advancing? » (13 mai 2026) — Taux de doublement des capacités cyber autonomes : 4,7 mois depuis fin 2024, Mythos Preview et GPT-5.5 dépassent cette tendance. Checkpoint récent Mythos Preview : TLO résolu 6/10 (vs 3/10 en avril), Cooling Tower résolu 3/10 (jamais résolu auparavant). Près de 100% de réussite sur la suite étroite de tâches (2,5M tokens). Paper : arXiv 2603.11214\. [https://www.aisi.gov.uk/blog/how-fast-is-autonomous-ai-cyber-capability-advancing](https://www.aisi.gov.uk/blog/how-fast-is-autonomous-ai-cyber-capability-advancing?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ NIST, « NIST Updates NVD Operations to Address Record CVE Growth » (15 avril 2026) — +263% de soumissions CVE 2020-2025, +33% Q1 2026 vs Q1 2025\. Trois critères de priorisation : KEV CISA, logiciels fédéraux, EO 14028\. Tout le reste classé « Not Scheduled ». Voir dans cette série : « Pitch Black » pour l'analyse complète des huit vecteurs de dégradation NIST. [https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ NIST — CVE antérieurs au 01/01/2018 marqués « Deferred » (avril 2025). Abandon de l'enrichissement rétroactif. ¹⁹ Cybersecurity Dive, « NIST is rethinking its role in analyzing software vulnerabilities » (23 janvier 2026) — Jon Boyens : « I don't think it serves our mission or our stakeholders to try to go back and enrich every CVE that is out there or that has ever been submitted. » [https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/](https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Swarmnetics — Programme CVE : 57,8 M$/an de financement fédéral. [https://swarmnetics.com/blog/mitre-cve-program-safe-until-early-2026-but-what-happens-then/](https://swarmnetics.com/blog/mitre-cve-program-safe-until-early-2026-but-what-happens-then/?ref=klaerenn.fr) ²¹ CyberScoop — MITRE : 440+ employés licenciés, 28 M$ de contrats annulés. [https://cyberscoop.com/cve-program-funding-crisis-cve-foundation-mitre/](https://cyberscoop.com/cve-program-funding-crisis-cve-foundation-mitre/?ref=klaerenn.fr) ²² EUVD : lancé en bêta mai 2025 (identifiants EUVD-2025-XXXXX). GCVE : lancé janvier 2026 par le CIRCL (Luxembourg), 25+ sources publiques, modèle décentralisé. [https://euvd.enisa.europa.eu/](https://euvd.enisa.europa.eu/?ref=klaerenn.fr) [https://www.infosecurity-magazine.com/news/global-cybersecurity-vulnerability/](https://www.infosecurity-magazine.com/news/global-cybersecurity-vulnerability/?ref=klaerenn.fr) ²³ VulnCheck, « Does ENISA EUVD live up to all the hype? » (mai 2025) — 50 000+ CVE absents de l'API principale. [https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd](https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Infosecurity Magazine, « ENISA Seeks Top-Tier Status in CVE Program » (25 avril 2026) — VulnCon26, Scottsdale. Nuno Rodrigues Carvalho (ENISA) confirme l'onboarding TL-Root CNA par CISA. Objectif : « 2026 ou début 2027 ». Processus qualifié d'« uncharted territory ». \~80 CNA européens sur 500+ mondiaux. ENISA devenue Root CNA en novembre 2025\. [https://www.infosecurity-magazine.com/news/enisa-europe-seeks-top-level-root/](https://www.infosecurity-magazine.com/news/enisa-europe-seeks-top-level-root/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ᵇ Anthropic, « Expanding Project Glasswing » (2 juin 2026) — Extension à \~150 organisations dans 15+ pays (en sus des \~50 partenaires initiaux d'avril 2026), dont des opérateurs d'énergie, d'eau, de santé et de télécommunications. ENISA admise dans le programme. Accès à Claude Mythos Preview pour la découverte et la correction de vulnérabilités. Modèle non commercialisé. [https://www.anthropic.com/news/expanding-project-glasswing](https://www.anthropic.com/news/expanding-project-glasswing?ref=klaerenn.fr) Cybersecurity Dive, « Anthropic shares Mythos with 150 more organizations, including critical infrastructure operators » (2 juin 2026) — Confirme l'admission de l'ENISA dans Project Glasswing. [https://www.cybersecuritydive.com/news/ai-anthropic-claude-mythos-project-glasswing-expand/821714/](https://www.cybersecuritydive.com/news/ai-anthropic-claude-mythos-project-glasswing-expand/821714/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ᶜ Sur la lecture de Glasswing comme captation de capacité sous adoption souveraine sélective, voir dans cette série : « The Conversation ». Sur le goulot découverte/correction du modèle Mythos (530 failles divulguées, 75 corrigées), voir : « Status: clean ». ²⁴ᵈ Département du Commerce des États-Unis, directive d'export — lettre du secrétaire Howard Lutnick au CEO d'Anthropic Dario Amodei, accès désactivé le 12 juin 2026, conformité d'Anthropic confirmée le 13 juin 2026\. Tout transfert, réexport ou cession domestique de Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 à une personne non américaine est soumis à autorisation gouvernementale préalable. Suspension mondiale, Amazon Bedrock inclus, sans fenêtre de migration. Motif invoqué : capacités cyber des modèles, sécurité nationale. Pour la lecture en interdépendance armée, voir dans cette série : « The Conversation ». [https://www.cnbc.com/2026/06/12/anthropic-disables-access-to-fable-5-and-mythos-5-to-comply-with-government-directive.html](https://www.cnbc.com/2026/06/12/anthropic-disables-access-to-fable-5-and-mythos-5-to-comply-with-government-directive.html?ref=klaerenn.fr) Crypto Briefing, « Anthropic cuts global access to Mythos models after US export controls » (13 juin 2026). [https://cryptobriefing.com/anthropic-mythos-models-us-export-controls/](https://cryptobriefing.com/anthropic-mythos-models-us-export-controls/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ ENISA, Single Reporting Platform FAQ — SRP opérationnelle prévue au 11 septembre 2026\. Phase de test avant le lancement (pas encore commencée au 30 avril 2026). Appel d'offres ENISA/2025/OP/0001 (contrat 4 ans), clôturé mars 2025\. Prestataire non rendu public. [https://www.enisa.europa.eu/topics/product-security-and-certification/single-reporting-platform-srp](https://www.enisa.europa.eu/topics/product-security-and-certification/single-reporting-platform-srp?ref=klaerenn.fr) Commission européenne, « CRA — Reporting obligations » (mis à jour 23 avril 2026). [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-reporting](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-reporting?ref=klaerenn.fr) ²⁶ Voir dans cette série : « Pitch Black » (dépendance topologique aux infrastructures américaines, huit vecteurs frappant simultanément le NIST), « La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités » (NVD), « La dépendance européenne aux standards américains ». ²⁷ JetBrains, « State of Developer Ecosystem 2025 » — \~85% d'utilisation régulière de l'IA, 62% s'appuyant sur au moins un assistant ou agent de code. Stack Overflow, « 2025 Developer Survey » — 84% utilisent ou prévoient d'utiliser des outils IA, 51% quotidiennement. DX Q4 2025 (135 000+ développeurs) — 91% d'adoption, 22% du code mergé est AI-authored. [https://www.jetbrains.com/lp/devecosystem-2025/](https://www.jetbrains.com/lp/devecosystem-2025/?ref=klaerenn.fr) [https://survey.stackoverflow.co/2025](https://survey.stackoverflow.co/2025?ref=klaerenn.fr) ²⁸ Voir dans cette série : « Status: clean » — Sources et données détaillées sur le code IA. ²⁹ Voir dans cette série : « Status: clean » — Taux de vulnérabilité du code IA stable à \~45%. Veracode : « completely flat » depuis deux ans. ³⁰ Voir dans cette série : « Status: clean » — Moins de 50% des développeurs relisent le code IA avant commit. ³¹ AI-BOM : concept émergent, pas de standard stabilisé. Les SBOM CycloneDX et SPDX ne capturent pas la provenance IA du code source. ³² git-memento — Outil open source attachant les sessions IA aux commits via git notes. Mode « gate » bloquant les PR sans session IA attachée. Architecture volontaire et déclarative. [https://github.com/mnott/git-memento](https://github.com/mnott/git-memento?ref=klaerenn.fr) ### Quatre vulnérabilités pour un seul mot URL: https://www.klaerenn.fr/quatre-vulnerabilites-pour-un-seul-mot/ Last updated: 2026-06-16T08:00:55.000Z *Le métier cyber emploie un terme stable depuis vingt-cinq ans pour désigner une réalité qui s'est dédoublée plusieurs fois. La grammaire tient. Ce qu'elle nomme a changé.* --- Le 15 avril 2026, le NIST a annoncé qu'il cessait d'enrichir l'ensemble des vulnérabilités soumises au National Vulnerability Database. Trois critères américano-centrés filtreront désormais ce qui sera analysé. Le reste sera publié, classé en attente, sans contexte ni score indépendant. Le Forum of Incident Response and Security Teams prévoit le franchissement des cinquante mille CVE annuels en 2026\. L'institution qui structure la connaissance mondiale des vulnérabilités a admis qu'elle ne peut plus suivre, et qu'elle privilégiera désormais les intérêts opérationnels du gouvernement fédéral américain. L'événement a circulé dans les cercles spécialisés sans susciter de réaction proportionnée. Il signe pourtant la fin d'un arrangement de vingt-cinq ans, et oblige à reformuler ce que le métier appelle vulnérabilité. La première lecture du mot reste familière. Une faiblesse identifiée par un CVE, scorée par un CVSS, corrigée par un patch dans un délai mesurable. La discipline est rodée, les outils en place, les équipes formées. Cette définition héritée structure encore le quotidien des SOC, l'écriture des règles SIEM, la rédaction des contrats fournisseurs et la formulation des obligations réglementaires. Le retrait du NIST ne change pas cette couche immédiatement, il en change l'environnement. Le scanner européen consomme passivement les sorties d'un service public américain qui vient d'arrêter de produire pour tout le monde. Quatre-vingt-cinq pour cent des solutions de sécurité déployées en Europe dépendent de ces données. La donnée brute reste accessible, l'analyse contextuelle disparaît. Le score CVSS continue d'être attribué, mais par les éditeurs eux-mêmes, sans arbitrage indépendant. Le métier conserve la grammaire et perd le dictionnaire. Une seconde lecture du même mot apparaît dès qu'on sort du composant logiciel. La vulnérabilité devient celle de la chaîne de production, de qualification et de diffusion de la connaissance défensive. Les standards techniques de DORA renvoient au Cybersecurity Framework du NIST. Plusieurs transpositions nationales de NIS2 référencent les mêmes standards américains. La certification de référence des analystes européens teste explicitement la maîtrise des frameworks NIST dans son socle d'examen. Cette dépendance est apparue comme vulnérabilité quand le propriétaire du langage commun a commencé à le retirer. Le contrat fédéral du programme CVE a failli expirer en avril 2025 avant une prolongation in extremis. L'institut de référence n'a plus de directeur confirmé depuis janvier 2025\. La gratuité du langage commun n'était jamais qu'un arrangement entre alliés, et cet arrangement vient de prendre fin. ## Les indicateurs cessent d'indiquer Une troisième lecture met en cause les outils par lesquels le métier mesurait sa propre posture. La couverture moyenne d'ATT&CK dans les SIEM en production, mesurée en 2025 sur 2,5 millions de sources de logs, atteint vingt-et-un pour cent de la matrice. Cinq ans de mesure, pas de progression. Le framework défensif jumeau, construit sur cinq cents brevets américains, n'a jamais établi de mesure d'effectivité. Le framework dédié aux systèmes IA, testé sur le premier outil agentique majeur, donne dix-sept pour cent de défense moyenne. Quand la première vraie menace IA d'ampleur émerge, ce framework n'est mentionné par aucun acteur officiel. La vulnérabilité, à ce niveau, porte sur ce que le métier croit voir parce que des dashboards verts le lui affirment. Scores de couverture, pourcentages de règles déployées, catalogues de techniques produisent la sensation d'une défense lisible. Cette lisibilité est devenue indépendante de la défense effective. Une quatrième lecture s'est imposée en avril 2026\. Claude Mythos Preview, modèle de frontière publié par Anthropic, a découvert plusieurs milliers de vulnérabilités haute et critique dans les systèmes d'exploitation et navigateurs majeurs, et exploité de façon entièrement autonome un zero-day vieux de dix-sept ans dans FreeBSD. Le même mois, une étude empirique sur deux cent cinquante-neuf vulnérabilités Java a démontré que les bases publiques manquent près de huit cents versions vulnérables, et qu'un agent autonome peut désormais exécuter cette vérification empirique à l'échelle d'un dépôt entier. Le mot vulnérabilité désigne désormais aussi ce déséquilibre entre une production de failles passée à l'échelle industrielle et une capacité institutionnelle à les nommer qui se replie au même moment. ## Reformuler l'antifragilité Quatre lectures, un seul mot. Et un CISO de 2026 qui doit tenir les quatre simultanément, sans école qui le forme, sans référentiel qui le mesure, sans certification qui le valide. La continuité de vocabulaire masque une discontinuité de réalité. L'antifragilité demande à être reformulée à son tour. Tant que la grammaire commune tenait, transformer la contrainte en avantage supposait un cadre partagé. Cette condition n'est plus garantie. La posture antifragile de 2026 commence par un travail moins visible : formuler ses propres règles, ses propres priorités de patch, ses propres mesures de défense, sans déléguer à un dictionnaire qui ne sera plus tenu à jour pour soi. Reste à savoir si la profession européenne saura organiser ce travail collectivement, ou si chaque organisation devra le mener pour elle seule. ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/06/gsmag63_page1.jpg) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/06/gsmag63_page2.jpg) ### Une rente n'a pas de nationalité URL: https://www.klaerenn.fr/une-rente-na-pas-de-nationalite/ Last updated: 2026-06-11T08:00:44.000Z *Lecture critique de l'étude Asterès-Cigref de mai 2026* L'étude *De la dépendance technologique à la captation économique* publiée en mai 2026 par Asterès pour le Cigref¹ documente un phénomène : les prix du cloud-logiciel grimpent depuis plusieurs années bien au-delà de l'inflation, portés par une concurrence faible. Le diagnostic est sérieux. Mais le cadre, une fuite de valeur européenne à laquelle on opposerait une substitution souveraine, diverge du mécanisme que l'étude décrit elle-même. Sans être économiste, on peut tout de même confronter les chiffres de l'étude à la littérature publique et aux observations de marché. ## I. Ce que dit l'étude, et où elle est vulnérable ### Ce qu'elle dit L'étude estime à 400 Md€ les dépenses annuelles européennes en services de cloud-logiciel, dont 264 Md€ bénéficiant à l'économie américaine. Elle observe, par enquête auprès de 54 directeurs du numérique européens, une inflation tarifaire moyenne de 8,7 % par an sur les trois dernières années, et l'anticipe à +12 % par an sur les cinq prochaines. À volume constant, elle projette un surcoût annuel moyen de 140 Md€ sur la période 2026-2030, dont 93 Md€ quitteraient l'économie européenne et 65 Md€ produiraient un effet d'éviction sur d'autres dépenses. En modélisant les effets en cascade, elle évalue la perte totale à 205 Md€ de chiffre d'affaires, 107 Md€ de valeur ajoutée (0,6 point de PIB) et 1,4 million d'emplois à horizon 2030. Plusieurs limites sont assumées : biais d'auto-sélection, sous-représentation sectorielle, extrapolation à partir d'un échantillon principalement franco-belgo-néerlandais. La conclusion présente en outre plusieurs scénarios alternatifs qui peuvent atténuer la trajectoire centrale. Ces qualités méthodologiques restent rares dans ce type de production. ### D'où viennent ces chiffres On distingue trois strates. La base 400/264 Md€ reprend telle quelle la précédente étude Asterès pour le Cigref d'avril 2025², elle-même construite par extrapolation à partir de six entretiens. L'agrégat 140 / 107 Md€ / 1,4 M emplois sort d'une cascade de dérivations à partir de paramètres en partie hérités (la clé de réinvestissement européen de 34 % vient de l'étude précédente) et d'une projection linéaire de l'accélération du taux d'inflation observée entre deux enquêtes (5,8 % → 8,7 %). La partie qualitative de la nouvelle enquête, sur les perceptions, la soutenabilité et les pratiques perçues, est, elle, neuve, et c'est là que l'étude apporte le plus. Distinguer ces strates importe : les chiffres-chocs du livrable sont, pour l'essentiel, des sorties de modèle reposant sur des paramètres hérités, et non des mesures. ### Trois fragilités méthodologiques Trois faiblesses se démontrent avec l'étude elle-même, sans avoir besoin d'aucune contre-source. Le chiffre central est la pire trajectoire envisagée par l'étude. Sa section 5.3 montre qu'un gain de productivité IA de 0,8 % par an, l'équivalent de deux jours de travail annuels, suffirait à annuler les 140 Md€ de surcoût. Dans sa propre enquête, 56 % des répondants déclarent percevoir un gain (mesurable ou non) lié aux fonctionnalités d'intelligence artificielle. Le scénario alarmiste reflète un choix de cadrage parmi plusieurs trajectoires que l'étude trace. Le compteur ne tourne ensuite que dans un sens. Les 107 Md€ et 1,4 million d'emplois résultent d'une modélisation des effets en cascade de l'éviction, c'est-à-dire des dépenses *non* réalisées. À aucun moment l'étude ne modélise les effets en cascade *positifs* des dépenses qui *sont* réalisées : les gains de productivité que l'outil acheté produit chez l'acheteur. C'est précisément l'objection que plusieurs économistes du numérique formulent de longue date aux études qui traitent les achats de technologie comme un coût net. Un même flux peut être un coût comptable et un investissement productif. L'étude prend rigoureusement le premier côté et laisse l'autre dans l'angle mort. Enfin, la projection à +12 %/an composée sur cinq ans suppose que les fournisseurs poussent leur extraction au-delà du point que 71 % de leurs clients déclarent déjà non soutenable, c'est-à-dire qu'ils agissent contre leur propre intérêt. La théorie économique de l'extraction de rente prédit une convergence vers le maximum soutenable, pas une divergence, sauf si le verrouillage déforme la rationalité d'arbitrage du client (auquel cas on a changé de sujet). ### Ce que l'étude apporte malgré tout Sa partie qualitative documente, avec netteté, plusieurs dimensions importantes. Le palmarès des pratiques perçues comme abusives place le vendor lock-in en tête (40 %), suivi de l'IA by-design (32 %), de l'obsolescence programmée (30 %) et de la bundlisation (26 %). La bascule des dépenses numériques vers une logique OPEX se fait au détriment d'investissements en capital. La perception des gains liés à l'intelligence artificielle reste mitigée : 23 % de gains mesurables, 25 % d'effets négatifs ou redondants, 93 % jugeant les hausses injustifiées au regard des gains constatés. Ces observations documentent un mécanisme, le pouvoir de marché exercé par quelques fournisseurs, bien davantage qu'une géographie. ## II. Ce qu'en disent les sources tierces ### L'oligopole et ses coûts de basculement Ce que mesure l'étude porte un nom, la rente d'oligopole, et fait l'objet d'une littérature économique abondante depuis les années 1980\. L'étude cite d'ailleurs elle-même l'article de référence sur les coûts de basculement, signé Paul Klemperer en 1987\. L'idée centrale est simple : lorsque quelques fournisseurs détiennent l'essentiel d'un marché et que les clients ne peuvent en changer qu'à un coût élevé, la concurrence cesse de discipliner les prix. Le coût de sortie devient la borne de la rente extractible. C'est l'objet de quarante années de travaux en économie industrielle, depuis Baumol-Panzar-Willig sur la contestabilité des marchés jusqu'à Jean Tirole, prix Nobel 2014, sur les plateformes bifaces. Les plateformes numériques aggravent ce phénomène par leurs caractéristiques propres : effets de réseau, données accumulées comme barrière à l'entrée, intégration verticale entre infrastructure, plateforme et applicatif. L'intelligence artificielle y ajoute désormais sa couche : verrouillage par les données d'entraînement, dépendance aux capacités de calcul concentrées, ticket d'entrée capex pour les modèles de pointe. Ces mécanismes s'activent sur le marché en temps réel. ### Trois preuves de marché récentes Trois cas documentés illustrent le mécanisme avec une netteté que l'étude n'utilise pas pleinement. **Broadcom-VMware.** Après le rachat fin 2023, Broadcom a mis fin aux licences perpétuelles, regroupé son catalogue en quelques packs et augmenté les tarifs de 40 % à plus de 100 % selon les cas. L'enquête CloudBolt de janvier 2026³ (302 décideurs IT, entreprises de 1 000 employés et plus) montre que 14 % des clients ont subi un doublement de leur facture *alors que 73 % l'anticipaient*. Plus saisissant : 86 % des organisations réduisent activement leur empreinte VMware, mais seuls 2 % ont migré 75 % de leur environnement. L'exode redouté n'a pas eu lieu : les coûts de sortie l'ont empêché. La rente, elle, s'est bien installée : la marge opérationnelle de la division infrastructure software de Broadcom est passée de 13-22 % avant rachat à 77 % aujourd'hui. C'est la démonstration empirique propre du mécanisme. Et accessoirement, une opération que la Commission européenne a elle-même autorisée en juillet 2023⁴. **Microsoft 365 Copilot.** Entre octobre 2024 (marchés-test, dont l'Australie) et début 2025 (rollout étendu), Microsoft a bundlé Copilot dans ses plans Microsoft 365 grand public, avec une hausse comprise entre 29 % et 46 % selon les marchés concernés⁵. L'option « Classic » sans Copilot, moins chère, n'apparaissait qu'au cours de la procédure d'annulation. L'autorité australienne de la concurrence (ACCC) a engagé des poursuites en octobre 2025 pour pratique trompeuse, conduisant Microsoft à présenter des excuses publiques et à rembourser 2,7 millions d'abonnés⁶. En parallèle, Gartner observe que seules 5 % des organisations sont passées du pilote à un déploiement à grande échelle⁷ ; la confiance des utilisateurs dans la précision des réponses reste dégradée (−19,8 selon Recon Analytics, janvier 2026)⁸ ; et Microsoft a livré en avril 2026 une politique de groupe pour désinstaller Copilot à l'échelle de l'entreprise⁹. Le mécanisme inflationniste fonctionne à court terme ; sa pérennité repose sur une valeur perçue qui reste absente. **Google Workspace et Gemini.** La même semaine de janvier 2025, Google a supprimé ses add-ons Gemini autonomes, intégré l'IA dans tous les tiers payants de Workspace, et relevé les prix de 17 % à 22 % sur l'ensemble de la gamme¹⁰. Même méthode que Microsoft. Le marché est peu concurrentiel ; les leaders alignent leurs grilles tarifaires. ### Le trompe-l'œil géographique, et la rente que l'Europe s'inflige L'étude présente son chiffrage comme une fuite de valeur européenne. Les faits publics suggèrent une lecture différente. Microsoft 365 Copilot Enterprise est facturé 30 $/utilisateur/mois partout. Microsoft a appliqué ces hausses sur ses marchés d'Amérique du Nord, d'Asie-Pacifique et d'Europe, à des taux du même ordre. Google a relevé Workspace de manière uniforme sur toutes les géographies. Les contentieux que ces pratiques ont déclenchés viennent de régulateurs *différents* (ACCC australienne, CMA britannique, Autorité de la concurrence française, Commission européenne, recours collectifs aux États-Unis) qui poursuivent les *mêmes* pratiques au nom des *mêmes* clients lésés. Si la captation était spécifiquement européenne, on ne verrait pas l'ACCC poursuivre Microsoft pour 2,7 millions d'Australiens. Ce que l'étude appelle « captation économique européenne » est majoritairement une rente d'oligopole industrielle qui s'exerce à grille tarifaire unique sur l'ensemble des clients de la planète. Le flux relie utilisateurs et plateformes, à travers tous les continents. La géographie résulte du phénomène. Tant qu'on inverse cette relation, on cherche le remède au mauvais endroit. Cette lecture laisse pourtant intacte une vraie spécificité européenne que l'étude ne traite pas : **l'Europe s'inflige à elle-même un surcoût réglementaire qui s'ajoute à la rente d'oligopole, et la double presque.** Une étude de Frey et Presidente publiée en 2024 dans une revue à comité de lecture, couvrant 61 pays, mesure l'effet du RGPD sur la performance des entreprises exposées au marché européen¹¹ : −8 % de profits en moyenne, −2 % de ventes, le canal des coûts dominant. Les entreprises technologiques perdent 2,1 % de profits, et ce sont les petites qui sont les plus touchées. Plus contre-intuitif encore : plusieurs travaux convergents¹² documentent que les coûts de mise en conformité avantagent les plateformes dominantes, accroissent la concentration sur les marchés où l'accès aux données compte, et asséchent l'investissement dans les jeunes entreprises technologiques européennes par rapport à leurs homologues américaines. Le think tank ECIPE, qu'il faut signaler comme partiellement financé par la CCIA Europe (lobby des plateformes), estime entre 0,4 % et 1,1 % du PIB européen le coût agrégé d'une localisation des données généralisée¹³, un ordre de grandeur comparable à celui que l'étude attribue à la captation tarifaire. Le rapport Draghi¹⁴, que l'étude cite par ailleurs comme autorité sur la productivité, est explicite sur ce point : plus de 60 % des entreprises européennes considèrent la réglementation comme un obstacle à l'investissement, 55 % des PME en font leur principal défi, et Draghi nomme le RGPD comme l'un des trois exemples d'obstacles réglementaires. La CISPE elle-même¹⁵, lobby des fournisseurs cloud *européens* et partenaire de longue date du Cigref, déclare que ses membres détournent jusqu'à 10 % de leurs revenus pour absorber la charge réglementaire. Le constat est inconfortable mais difficile à esquiver. La part *spécifiquement européenne* de la captation tarifaire dénoncée par l'étude (celle qui ne s'exerce pas à grille tarifaire unique sur tous les clients de la planète) provient d'un surcoût réglementaire d'un ordre de grandeur comparable à la rente d'oligopole que l'étude chiffre, et qui paradoxalement renforce la position des plateformes dominantes qu'elle appelle à concurrencer. L'Europe subit la rente d'oligopole et finance, en plus, à ses propres frais, une partie des barrières à l'entrée qui la consolident. ### Contestabilité plutôt que substitution Si le diagnostic est celui d'une rente d'oligopole verrouillée par des coûts de sortie, le remède économiquement fondé porte un nom chez les économistes : la *contestabilité* du marché. L'idée, déjà ancienne, est qu'un marché peut se comporter de façon quasi-concurrentielle même avec peu d'acteurs si l'entrée et la sortie sont peu coûteuses (Baumol-Panzar-Willig l'ont formalisée dès 1982 ; Tirole l'a appliquée aux plateformes plus récemment). La rente extractible se réduit à mesure que la menace de basculement devient crédible. Substituer un oligopole étranger par un oligopole sponsorisé localement déplace le rentier sans toucher à la rente, parce que le prix s'aligne au même niveau tant que la structure d'extraction reste identique. Une rente n'a pas de nationalité. C'est précisément la ligne que portent les régulateurs européens à travers le Digital Markets Act et le Data Act (dont l'article 25 organise la suppression progressive des frais de bascule entre fournisseurs)¹⁶, et leurs homologues britannique (enquête CMA sur le cloud)¹⁷, américain et australien : portabilité des données, interopérabilité, réversibilité contractuelle, interdiction effective des frais de sortie. Au-delà de la technique juridique, ces dispositions instrumentent la contestabilité au sens économique du terme. À l'échelle d'une organisation acheteuse, c'est ce qu'on appelle prosaïquement la maturité FinOps, l'architecture multi-cloud, l'abstraction des couches métier, et les clauses de réversibilité dans les contrats. À l'échelle d'un État, c'est ce que portent ces régulations. L'intelligence artificielle aggrave ce sujet au moment précis où on l'aborde. Le verrouillage par les données d'entraînement, l'intégration verticale modèle-cloud-applicatif et le ticket d'entrée capex sur les infrastructures de calcul empilent trois couches de coût de sortie supplémentaires. La fenêtre pour instrumenter la contestabilité du marché du cloud-logiciel se referme à mesure que celle de l'intelligence artificielle s'ouvre, alors que la valeur productive de cette dernière reste à démontrer. ### Une cohérence à retrouver Le Cigref connaît bien ce remède. Il l'a porté dans plusieurs combats récents : la mobilisation collective européenne contre les pratiques de Broadcom-VMware, les alertes répétées sur les frais de sortie cloud, la participation active aux travaux européens sur l'interopérabilité. En parallèle de l'étude de mai 2026, l'institution qui la commande porte donc une ligne d'action parfaitement compatible avec le diagnostic d'oligopole-verrouillé-par-coûts-de-sortie posé ici. L'écart entre cette ligne d'action et le cadre de l'étude mérite une question. --- **Et donc, la question qui reste.** Si ce phénomène est mondial et relève du pouvoir de marché, et si le remède de premier rang est la contestabilité (celle que les saisines réclament déjà), où se loge la valeur ajoutée d'un débat cadré sur la fuite européenne, plutôt que sur la friction de basculement, sur la portabilité effective, et sur le coût comparé des deux rentes : celle qu'on subit et celle qu'on s'inflige ? --- ## Références ¹ Asterès, *De la dépendance technologique à la captation économique : ce que les hausses tarifaires du cloud-logiciel coûtent à l'Europe*, étude commandée par le Cigref, mai 2026\. [https://www.cigref.fr/de-la-dependance-technologique-a-la-captation-economique-ce-que-les-hausses-tarifaires-du-cloud-logiciel-coutent-a-leurope](https://www.cigref.fr/de-la-dependance-technologique-a-la-captation-economique-ce-que-les-hausses-tarifaires-du-cloud-logiciel-coutent-a-leurope?ref=klaerenn.fr) ² Asterès, *La dépendance technologique aux softwares & cloud services américains : une estimation des conséquences économiques en Europe*, étude commandée par le Cigref, avril 2025\. [https://asteres.fr/etude/la-dependance-technologique-aux-softwares-cloud-services-americains-une-estimation-des-consequences-economiques-en-europe/](https://asteres.fr/etude/la-dependance-technologique-aux-softwares-cloud-services-americains-une-estimation-des-consequences-economiques-en-europe/?ref=klaerenn.fr) ³ CloudBolt Industry Insights, *The Mass Exodus That Never Was: The Squeeze Is Just Beginning*, enquête auprès de 302 décideurs IT, janvier 2026\. [https://www.cloudbolt.io/industry-research/cii-the-mass-exodus-that-never-was/](https://www.cloudbolt.io/industry-research/cii-the-mass-exodus-that-never-was/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Commission européenne, décision d'autorisation conditionnelle du rachat de VMware par Broadcom (affaire M.10806), 12 juillet 2023\. [https://competition-cases.ec.europa.eu/cases/M.10806](https://competition-cases.ec.europa.eu/cases/M.10806?ref=klaerenn.fr) ⁵ Bundling de Copilot dans Microsoft 365 et hausses tarifaires correspondantes — IT Pro, *Microsoft 365 price hikes have landed the tech giant in hot water*, octobre 2025\. [https://www.itpro.com/software/microsoft-365-price-hikes-have-landed-the-tech-giant-in-hot-water](https://www.itpro.com/software/microsoft-365-price-hikes-have-landed-the-tech-giant-in-hot-water?ref=klaerenn.fr) ⁶ Australian Competition and Consumer Commission (ACCC), action en justice contre Microsoft pour pratique trompeuse — Computerworld, *Microsoft issues apology for misleading Microsoft 365 pricing plans*, 6 novembre 2025\. [https://www.computerworld.com/article/4085852/microsoft-issues-apology-for-misleading-microsoft-365-pricing-plans.html](https://www.computerworld.com/article/4085852/microsoft-issues-apology-for-misleading-microsoft-365-pricing-plans.html?ref=klaerenn.fr) ⁷ Gartner, *Key Insights From the 2025 Microsoft 365 and Copilot Survey* — synthèse également relayée par Xenoss, *Microsoft Copilot in enterprise: Limitations and best practices*. [https://xenoss.io/blog/microsoft-copilot-enterprise-limitations](https://xenoss.io/blog/microsoft-copilot-enterprise-limitations?ref=klaerenn.fr) ⁸ Recon Analytics, *AI Choice 2026: Why Licenses Don't Equal Adoption*, étude basée sur 150 000+ utilisateurs américains, février 2026\. [https://www.reconanalytics.com/ai-choice-2026-why-licenses-dont-equal-adoption/](https://www.reconanalytics.com/ai-choice-2026-why-licenses-dont-equal-adoption/?ref=klaerenn.fr) ⁹ Microsoft, politique de groupe RemoveMicrosoftCopilotApp, déploiement entreprise d'avril 2026 — BleepingComputer, *Microsoft now lets admins uninstall Copilot on enterprise devices*, 24 avril 2026\. [https://www.bleepingcomputer.com/news/microsoft/microsoft-now-lets-admins-uninstall-copilot-on-enterprise-devices/](https://www.bleepingcomputer.com/news/microsoft/microsoft-now-lets-admins-uninstall-copilot-on-enterprise-devices/?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Bundling de Gemini dans Google Workspace et hausses tarifaires associées : annonce officielle Google, *Google Workspace enables the future of AI-powered work for every business*, 15 janvier 2025\. [https://workspace.google.com/blog/product-announcements/empowering-businesses-with-ai](https://workspace.google.com/blog/product-announcements/empowering-businesses-with-ai?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Carl Benedikt Frey et Giorgio Presidente, *Privacy Regulation and Firm Performance: Estimating the GDPR Effect Globally*, *Economic Inquiry*, vol. 62(3), 2024, p. 1074-1089\. [https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/ecin.13213](https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/ecin.13213?ref=klaerenn.fr) ¹² Travaux convergents sur l'effet de concentration et d'éviction de l'investissement après le RGPD : Jian Jia, Ginger Zhe Jin et Liad Wagman, *The Short-Run Effects of the General Data Protection Regulation on Technology Venture Investment*, *Marketing Science*, vol. 40(4), 2021, p. 661-684\. [https://www.nber.org/papers/w25248](https://www.nber.org/papers/w25248?ref=klaerenn.fr) — Samuel G. Goldberg, Garrett A. Johnson et Scott K. Shriver, *Regulating Privacy Online: An Economic Evaluation of the GDPR*, *American Economic Journal: Economic Policy*, vol. 16(1), 2024, p. 325-358\. [https://www.aeaweb.org/articles?id=10.1257/pol.20210309](https://www.aeaweb.org/articles?id=10.1257/pol.20210309&ref=klaerenn.fr) ¹³ ECIPE (European Centre for International Political Economy), *The Costs of Data Localisation: Friendly Fire on Economic Recovery* (et travaux suivants). Note de provenance : ECIPE est partiellement financé par la CCIA Europe, qui représente les grandes plateformes américaines. [https://ecipe.org/publications/dataloc/](https://ecipe.org/publications/dataloc/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Mario Draghi, *The Future of European Competitiveness*, rapport pour la Commission européenne, septembre 2024\. [https://commission.europa.eu/topics/competitiveness/draghi-report\_en](https://commission.europa.eu/topics/competitiveness/draghi-report%5Fen?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ CISPE (Cloud Infrastructure Services Providers in Europe), prises de position publiques sur la charge réglementaire. [https://cispe.cloud/](https://cispe.cloud/?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Règlement (UE) 2022/1925 du 14 septembre 2022 (Digital Markets Act) ; Règlement (UE) 2023/2854 du 13 décembre 2023 (Data Act), notamment article 25 sur les conditions de bascule entre fournisseurs de services de traitement de données. [https://digital-markets-act.ec.europa.eu/](https://digital-markets-act.ec.europa.eu/?ref=klaerenn.fr) ; [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/factpages/data-act-explained](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/factpages/data-act-explained?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ UK Competition and Markets Authority, *Cloud services market investigation*, décision finale du 31 juillet 2025 (recommandations en faveur d'investigations Strategic Market Status visant AWS et Microsoft). [https://www.gov.uk/cma-cases/cloud-services-market-investigation](https://www.gov.uk/cma-cases/cloud-services-market-investigation?ref=klaerenn.fr) ### Status: clean URL: https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:12.000Z *Working tree clean. The portrait records everything.* --- On 22 May 2026, Anthropic published an update on Project Glasswing. In one month, Claude Mythos Preview, a model able to find and exploit on its own vulnerabilities no one had spotted in decades², together with around fifty partners, found more than ten thousand high- or critical-severity vulnerabilities in the world's most critical software¹. Further down, the same report gives another figure: of the 530 high- or critical-severity flaws disclosed to maintainers, 75 were fixed¹. The first number makes the headlines. The second measures the problem. Anthropic states the reversal itself. The progress of software security used to be limited by how fast flaws were found; it is now limited by how fast they can be verified, disclosed and fixed¹. A fix takes two weeks on average, and some maintainers have asked Anthropic to slow its disclosures¹. The imbalance was readable three months earlier. On 5 February, Anthropic announced that Claude Opus 4.6 had found more than 500 critical vulnerabilities in production open source code, some dormant for decades³. On 20 February, the company released a tool to fix them automatically⁴. The same day, Snyk calculated that those fixes carried statistically the same vulnerability rate as the code they repair⁵. I checked the data behind these announcements. The imbalance they describe is a consensus, and the answer drawn from it, patch faster, dominates. It is not enough. AI-written code remains about as vulnerable as human code, at the same rate as two years ago, at an exploding volume, while the apparatus meant to see it, name it and fix it degrades at the same time. ## A rate that does not move The March 2026 Veracode update covers more than 150 models, including the latest flagships: GPT-5.2, Gemini 3, Claude 4.5 and 4.6\. Secure-code rate: 55%, identical to the 2024 measurement⁶. Two years of spectacular functional progress, zero security progress. Chris Wysopal, co-founder of Veracode, coined a term for this stream: code slop⁸. The measurements converge from one source to the next. Java: 72% security failure. Cross-Site Scripting: 86%. SQL injection, the most taught flaw in the history of software security, still fails one time in five⁷. And this code stays exploitable on the most recent models: an attack method published in 2026 extracts recurring vulnerabilities from software generated by GPT-5.2, Claude 4.5 Opus and Gemini 3 Pro, with up to 94% success⁹. The contradiction with the 500 zero-days is only apparent. Finding a flaw in existing code is analysis: the model reads code it did not write, in a mature base, and reasons over data flows. LLMs excel at deep reading. Producing secure code is synthesis under simultaneous constraints of functionality, performance, maintainability and security. The model sacrifices security for functionality, because training optimizes completion. BaxBench, the ETH Zurich benchmark (392 tasks, 14 frameworks), measures this gap: Claude Opus 4.5, first on the leaderboard, produces code that is both correct and secure in 56% of cases¹¹. And Opus 4.6, the model that found the 500 zero-days, shows a vulnerability density up 55% over its predecessor when it writes code¹⁰. Excellence in detection, 45% failure in synthesis, on the same model, in the same window. ## A volume that doubles A rate steady at 45% in a volume that doubles every six months yields an absolute quantity of flaws that explodes while the ratios on the dashboards stay flat. 85% of developers use AI coding tools¹², 90% per DORA¹³. The objective measurement contradicts the perception. On telemetry from 10,000 developers, pull requests rise 98% while delivery metrics stay flat¹⁴. Under controlled conditions, AI-assisted developers are 19% slower, and perceive themselves 20% faster¹⁵. The gap between what people think they ship and what they ship reaches forty points. Claude Code went from zero to 2.5 billion dollars in annualized revenue in nine months¹⁶. 4% of public GitHub commits, projected past 20% by the end of 2026¹⁷. Anthropic's chief executive estimates that within six to twelve months the models will do most, if not all, of the work of software engineers¹⁸. The objective record follows. Across 1.6 million applications, security debt affects 82% of organizations, against 74% a year earlier¹⁹. AI code is behind one breach in five²⁰. Fewer than half of developers review AI code before committing it²¹. And the same insecure templates reappear identically in unrelated projects, because the same models produce the same flaws for developers who do not know one another²². The curve already reads in the public databases. Georgia Tech's Vibe Security Radar has tracked, since May 2025, the CVEs directly attributable to AI coding tools, by tracing commit history²³. Second half of 2025: 18 cases in seven months. First quarter of 2026: 56\. March 2026 alone: 35, more than all of 2025\. Claude Code accounts for 27 of the 35, because it leaves a traceable signature the other tools erase. Researchers estimate the real figure five to ten times higher²³. The rate is flat. The volume attributable to AI follows an exponential. ## Finding goes faster than fixing The imbalance, everyone sees it now. In one month, Mythos found more than ten thousand critical flaws. Of the 530 disclosed, 75 fixed: 14% of what was reported to maintainers, less than 1% of what was found¹. Anthropic itself moves the bottleneck, from discovery to remediation¹. Palo Alto speaks of a vulnerability deluge and sets a three-to-five-month window to fix every flaw found before attackers gain the same capability²⁴. The watchword fits in two words: patch faster. Schneier already objects that this race is reactive, and calls for systemic resilience rather than staying one patch ahead²⁵. The disagreement I am putting forward is more precise: the rate that does not move turns the deluge into a permanent flow, not a backlog to clear, and the instrument meant to say what to fix goes blind at the same time. One point must be conceded, on pain of aiming at the wrong target. The repair quality of recent models has improved. A February 2026 study on real code measures GPT-5 and Claude Opus 4.1 repairing 75 to 80% of detected flaws, against half a year earlier, and concludes that AI code is about as likely to contain a flaw as human code²⁶. An AIxCC team raises the correctness of its patches from 52% to 71% between 2025 and early 2026²⁷. Degradation by correction, the patch that breaks more than it repairs, was measured on previous-generation models: an autonomous LLM introducing nearly nine times more flaws than humans²⁸, critical vulnerabilities up 37.6% after five repair cycles²⁹. On recent models, that flank is closing. The imbalance does not need it. The model excavates faster than any human, at any level of patch quality. Every flaw found and not fixed joins a reserve that grows, known but open, until the fix arrives (two weeks on average, when it arrives). What such a reserve offers an attacker belongs to another article in this series³⁰. Here, the point holds without it: the defensive chain finds flaws in its own code faster than it closes them. ## The instrument blurs What remains is what we can see of this reserve. The answer comes in a series of recent, converging measurements: less and less. The deterministic validator, the static analysis on which the very idea of checking AI code rests, catches a third to a half of what it looks for. On 1,080 samples with ground truth set by hand, CodeQL correctly identifies a third of the targeted flaws, Semgrep half³¹. On the best-known classes, the ones these tools were built to recognize. The benchmarks that rank the models are no better. An audit of the SWE-Bench Pro verifiers shows they accept a wrong implementation nearly one time in twelve and reject a correct one nearly one time in four³². As for SWE-bench Verified, long the field's reference, OpenAI stopped publishing its scores on it after finding that recent models reproduced its solutions word for word, already present in their training data³². The benchmark grades models that already know its answers. The detector itself drifts. An LLM-based vulnerability detector, evaluated under realistic conditions (trained on the past, tested on the future), correctly identifies two flaws in three, and that performance varies twofold across periods, because vulnerabilities change shape over time³³. Piling on data does nothing: precision gains less than two points for sixteen times the compute³³. Finally, the layer that names the flaws gives way. In April 2026, NIST stopped the systematic enrichment of CVEs not prioritized for the US federal government, unable to keep up with submissions³⁴. The global system that qualifies vulnerabilities produces more slowly than AI manufactures them. And the origin of the code stays invisible: 62% of security practitioners have no way of knowing where LLMs are used in their organization³⁵, no software supply chain framework (SBOM, SLSA, in-toto) captures who wrote the source code, and the rare traceability attempts are voluntary and bypassable³⁶. Every instrument that would measure the real reserve saturates, drifts or falls silent. The ledger still exists, but no one keeps it up to date. ## Fixing holds only for those who can afford it The Glasswing update does contain fixes that succeeded, and fast. Mozilla fixed 271 flaws in Firefox, ten times more than with the previous model¹. Palo Alto shipped five times more fixes than usual¹. The Claude Security tool was used to patch 2,100 vulnerabilities in enterprise in three weeks¹. What these successes share: an organization that owns its code and has the means to fix it, at machine speed, on its own perimeter. Anthropic says so itself, these fixes move fast because companies repair their own code, where open source depends on volunteer maintainers going through coordinated disclosure¹. On one side, the giants harden their code. On the other, the open source commons takes less than 1% of fixes, overwhelmed maintainers asking for a slowdown, and a deluge of low-quality AI-generated bug reports¹. The programs that offer coding assistants to the maintainers of the most-used libraries (threshold: 5,000 GitHub stars or one million monthly npm downloads) target exactly the nodes of the dependency graph where transitivity is highest³⁷. They give maintainers the tool, not the time or the hands to use it. The capacity to keep up concentrates where the means are. Everywhere else, the volume arrives with nothing to absorb it. ## What I do not know Whether the fixes deployed at scale since April introduced new flaws. Glasswing had 75 of 530 vulnerabilities fixed, one company's tool patched 2,100 in enterprise in three weeks¹. The patch is AI code. No vendor has published a regression measurement on those fixes. Independent literature establishes a substantial reintroduction rate on previous-generation models²⁸. On today's, at scale, no one has checked. The real cost of the detection results. Neither Anthropic for its 500 vulnerabilities, nor OpenAI for its Aardvark agent³⁸, has published the compute cost, the false-positive rate or the full methodology³⁹. The flattering figure is announced. What would judge its quality is not. How the European regulatory framework will adapt. The CRA imposes due diligence on integrated components, the PLD creates strict, no-fault liability⁴⁰. I documented these mechanisms in article 12 of this series. Both texts assess a product at a given instant. Neither distinguishes human code from AI code, neither sees a reserve of flaws that grows under a blind measurement. The liability exists. The means to quantify it does not. ## What I do know The industry set a premise: that the figure on the dashboard describes the state of the system. It no longer does. The vulnerability rate of AI code has not moved in two years, recent models included. The volume doubles. And every instrument that would show the consequence, the validator, the benchmarks, the detector, the naming, the traceability, saturates or drifts at the same time. The real population of flaws grows faster than anyone can see, name or fix it. One will object that recent models fix better. That is true, and it changes nothing. Patch quality has improved, AI code is worth about as much as human code, but the rate stays flat under an exponential volume, the find/fix imbalance widens, the measuring instrument is blind, and the capacity to keep up is being privatized in favor of those who repair their own code. Where the pace is held, it is because the means are there, not because the problem is solved. Organizations that adopt AI code at this scale increase their exposure to the CRA and the PLD, which do not care about the origin of the code and hold the manufacturer responsible for the product placed on the market⁴¹. More flaws, more exposed surface, more potential 24-hour notifications⁴¹, and a global infrastructure that can no longer name them⁴². They do not know it, because nothing in their metrics shows it to them. The status reads: working tree clean. The true record ages in a room no one opens anymore. --- *Seventeenth article in a series on the structural failures of Western cybersecurity:* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/) - *Article 13:* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/) - *Article 14:* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige-2/) - *Article 15:* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black-2/) - *Article 16:* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be-2/) --- ## References ¹ Anthropic (2026). "Project Glasswing: An initial update." 22 May 2026 — 10,000+ high/critical flaws in one month; 6,202 estimated high/critical in open source out of 23,019; 530 disclosed, 75 fixed (65 advisories); two-week average delay; bottleneck relocated to human triage and remediation capacity; Mozilla 271 (×10 vs previous model), Palo Alto ×5, Claude Security/Opus 4.7 = 2,100 enterprise patches in 3 weeks [https://www.anthropic.com/research/glasswing-initial-update](https://www.anthropic.com/research/glasswing-initial-update?ref=klaerenn.fr) ² Anthropic Frontier Red Team (2026). "Claude Mythos Preview." April 2026 — thousands of zero-days in major OSes and browsers, autonomous exploitation of a 17-year-old FreeBSD RCE [https://red.anthropic.com/2026/mythos-preview/](https://red.anthropic.com/2026/mythos-preview/?ref=klaerenn.fr) ³ Anthropic (2026). "Finding a new satisfiability-based approach to software vulnerability discovery with Claude." Frontier Red Team, 5 February 2026 [https://red.anthropic.com/2026/zero-days/](https://red.anthropic.com/2026/zero-days/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Anthropic (2026). "Claude Code Security." 20 February 2026 [https://www.anthropic.com/news/claude-code-security](https://www.anthropic.com/news/claude-code-security?ref=klaerenn.fr) ⁵ Snyk (2026). "Why Anthropic Launching Claude Code Security Is Great News for the Industry." 20 February 2026 [https://snyk.io/articles/anthropic-launches-claude-code-security/](https://snyk.io/articles/anthropic-launches-claude-code-security/?ref=klaerenn.fr) ⁶ Veracode (2026). "Spring 2026 GenAI Code Security Update." March 2026 — 150+ models including GPT-5.1/5.2, Gemini 3, Claude 4.5 and 4.6\. Secure-code rate: 55%, identical to 2024 [https://www.veracode.com/blog/spring-2026-genai-code-security/](https://www.veracode.com/blog/spring-2026-genai-code-security/?ref=klaerenn.fr) ⁷ Veracode (2025). *2025 GenAI Code Security Report*. July 2025 — 80 tasks, 100+ LLMs, 4 languages. Java 72% failure, XSS 86%, SQL injection \~20% [https://www.veracode.com/resources/genai-code-security-report-2025](https://www.veracode.com/resources/genai-code-security-report-2025?ref=klaerenn.fr) ⁸ Dark Reading (2025). Interview with Chris Wysopal, "code slop." October 2025 [https://www.darkreading.com/application-security/ai-generated-code-leading-expanded-technical-security-debt](https://www.darkreading.com/application-security/ai-generated-code-leading-expanded-technical-security-debt?ref=klaerenn.fr) ⁹ arXiv:2602.04894 (2026). "Extracting Recurring Vulnerabilities from Black-Box LLM-Generated Software." FSTab evaluated on GPT-5.2, Claude-4.5 Opus, Gemini-3 Pro — up to 94% attack success, 93% vulnerability coverage [https://arxiv.org/abs/2602.04894](https://arxiv.org/abs/2602.04894?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ SonarSource (2026). Analysis of Claude Opus 4.6\. 20 February 2026 — vulnerability density up 55% vs predecessor [https://www.sonarsource.com/blog/why-claude-opus-4-6-requires-verification/](https://www.sonarsource.com/blog/why-claude-opus-4-6-requires-verification/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Vero, M. et al. (2025). "BaxBench: Can LLMs Generate Correct and Secure Backends?" arXiv:2502.11844, ICML 2025 — Claude Opus 4.5: 56% correct and secure code [https://arxiv.org/abs/2502.11844](https://arxiv.org/abs/2502.11844?ref=klaerenn.fr) ¹² JetBrains (2025). *State of Developer Ecosystem 2025* [https://www.jetbrains.com/lp/devecosystem-2025/](https://www.jetbrains.com/lp/devecosystem-2025/?ref=klaerenn.fr) ¹³ Google Cloud (2025). *2025 DORA State of AI-assisted Software Development Report* — 90% adoption, negative relationship between AI adoption and delivery stability [https://cloud.google.com/devops/state-of-devops](https://cloud.google.com/devops/state-of-devops?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Faros AI (2025). "The AI Productivity Paradox." July 2025 — pull requests +98%, flat organizational delivery [https://www.faros.ai/blog/ai-software-engineering](https://www.faros.ai/blog/ai-software-engineering?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ METR (2025). "Measuring the Impact of AI Coding Assistants on Developer Productivity." July 2025 — 19% slower, +20% perceived [https://metr.org/blog/2025-07-10-early-2025-ai-experienced-os-dev-study/](https://metr.org/blog/2025-07-10-early-2025-ai-experienced-os-dev-study/?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Reuters / Sacra / The Information. Claude Code: $2.5B ARR, February 2026 [https://sacra.com/c/anthropic/](https://sacra.com/c/anthropic/?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ GitClear / SaaStr. 4% of GitHub commits = Claude Code [https://www.saastr.com/anthropic-just-hit-14-billion-in-arr-up-from-1-billion-just-14-months-ago/](https://www.saastr.com/anthropic-just-hit-14-billion-in-arr-up-from-1-billion-just-14-months-ago/?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ VentureBeat (2026). Amodei quote, Davos, January 2026 [https://venturebeat.com/security/anthropic-claude-code-security-reasoning-vulnerability-hunting](https://venturebeat.com/security/anthropic-claude-code-security-reasoning-vulnerability-hunting?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Veracode (2026). *2026 State of Software Security*. 26 February 2026 — security debt 82% of organizations (74% the prior year), high-risk vulnerabilities 8.3% → 11.3% [https://www.veracode.com/resources/analyst-reports/state-of-software-security-2026/](https://www.veracode.com/resources/analyst-reports/state-of-software-security-2026/?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Aikido Security (2026). *State of AI in Security & Development 2026* — AI code behind one breach in five [https://www.aikido.dev/state-of-ai-security-development-2026](https://www.aikido.dev/state-of-ai-security-development-2026?ref=klaerenn.fr) ²¹ Sonar (2026). *State of Code Developer Survey*. January 2026 — 48% always review AI code [https://www.sonarsource.com/blog/state-of-code-developer-survey-report-the-current-reality-of-ai-coding/](https://www.sonarsource.com/blog/state-of-code-developer-survey-report-the-current-reality-of-ai-coding/?ref=klaerenn.fr) ²² arXiv:2512.18567 (2025). Top 1,000 GitHub repos 2022-2025, insecure templates propagated across unrelated projects [https://arxiv.org/abs/2512.18567](https://arxiv.org/abs/2512.18567?ref=klaerenn.fr) ²³ Infosecurity Magazine (2026). "Security Researchers Sound the Alarm on Vulnerabilities in AI-Generated Code." April 2026 — Vibe Security Radar, Georgia Tech SSLab. 18 (H2 2025), 56 (Q1 2026), 35 in March 2026 alone. Estimated 5-10× the detected figure [https://www.infosecurity-magazine.com/news/ai-generated-code-vulnerabilities/](https://www.infosecurity-magazine.com/news/ai-generated-code-vulnerabilities/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Palo Alto Networks (2026). Klarich, L. "Defender's Guide to the Frontier AI Impact on Cybersecurity." April 2026, May 2026 update — "Vulnerability Deluge" and "flood of patches," strategic three-to-five-month window, goal of fixing every vulnerability found before the capability spreads to adversaries; May update: 26 CVEs (75 issues) published vs fewer than 5 per month usually [https://www.paloaltonetworks.com/blog/2026/04/defenders-guide-frontier-ai-impact-cybersecurity/](https://www.paloaltonetworks.com/blog/2026/04/defenders-guide-frontier-ai-impact-cybersecurity/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ Schneier, B. (2026). "On Anthropic's Mythos Preview and Project Glasswing." Schneier on Security, 13 April 2026 — Glasswing described as a reactive approach, "racing to patch holes before attackers adapt"; call for "systemic resilience rather than hoping to stay one patch ahead" [https://www.schneier.com/blog/archives/2026/04/on-anthropics-mythos-preview-and-project-glasswing.html](https://www.schneier.com/blog/archives/2026/04/on-anthropics-mythos-preview-and-project-glasswing.html?ref=klaerenn.fr) ²⁶ Belozerov, V., Barclay, P.J., Sami, A. (2026). "Secure Coding with AI — From Detection to Repair." arXiv:2504.20814, v2 February 2026 — GPT-5 and Claude Opus 4.1 repair 75-80% of detected flaws (vs \~50% in 2024); AI code about as vulnerable as human code [https://arxiv.org/abs/2504.20814](https://arxiv.org/abs/2504.20814?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Team Atlanta (2026). "Patching Vulnerabilities with Coding Agents in 2026." — patch correctness 52% (Claude 3.7 Sonnet, 2025) → 71% (early 2026), 630 patches hand-reviewed [https://team-atlanta.github.io/blog/post-patch-2026-ensemble/](https://team-atlanta.github.io/blog/post-patch-2026-ensemble/?ref=klaerenn.fr) ²⁸ Sajadi, A., Damevski, K., Chatterjee, P. (2025). "How Safe Are AI-Generated Patches?" arXiv:2507.02976, v3 December 2025 — 20,000+ GitHub issues; the autonomous LLM (Llama 3.3 70B, previous generation) introduces nearly 9× more flaws than developers, in patterns distinct from human code [https://arxiv.org/abs/2507.02976](https://arxiv.org/abs/2507.02976?ref=klaerenn.fr) ²⁹ arXiv:2506.11022 (2025). IEEE-ISTAS 2025, peer-reviewed — +37.6% critical vulnerabilities after 5 repair iterations (previous-generation models), "feedback loop security degradation" [https://arxiv.org/abs/2506.11022](https://arxiv.org/abs/2506.11022?ref=klaerenn.fr) ³⁰ See article 4 of this series: "AI, or the Collapse of the Western Defensive Model" — AI as an offensive multiplier and the exploitation of the reserve of known, unpatched flaws ³¹ Firouzi, E., Ghafari, M. (2026). "Persistent Human Feedback, LLMs, and Static Analyzers for Secure Code Generation and Vulnerability Detection." arXiv:2602.05868, February 2026 — 1,080 samples, human ground truth. Recall CodeQL 0.34, Semgrep 0.54 on the CWE Top 25 [https://arxiv.org/abs/2602.05868](https://arxiv.org/abs/2602.05868?ref=klaerenn.fr) ³² VentureBeat (2026). "DeepSWE blows up the AI coding leaderboard..." May 2026 — Datacurve audit: SWE-Bench Pro verifiers accept a wrong implementation 8.5% of the time, reject a correct one 24%; OpenAI stopped reporting SWE-bench Verified after finding training-data contamination [https://venturebeat.com/technology/deepswe-blows-up-the-ai-coding-leaderboard-crowns-gpt-5-5-and-finds-claude-opus-exploiting-a-benchmark-loophole](https://venturebeat.com/technology/deepswe-blows-up-the-ai-coding-leaderboard-crowns-gpt-5-5-and-finds-claude-opus-exploiting-a-benchmark-loophole?ref=klaerenn.fr) ³³ Dou, X., Bahsi, H., Guerra-Manzanares, A. (2026). "Enhancing Continual Learning for Software Vulnerability Prediction." arXiv:2602.23834 — LLM detector, Macro-F1 0.667 (two flaws in three), performance varying twofold over time; +2 points for ×15.9 compute [https://arxiv.org/abs/2602.23834](https://arxiv.org/abs/2602.23834?ref=klaerenn.fr) ³⁴ NIST (2026). "NIST Updates NVD Operations to Address Record CVE Growth." 15 April 2026 — systematic enrichment halted, prioritization limited to CISA KEV CVEs and US federal/critical software. +263% CVE submissions between 2020 and 2025 [https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth?ref=klaerenn.fr) ³⁵ Harness (2025). Survey of 500 security practitioners (US, UK, France, Germany) — 62% have no way of knowing where LLMs are used in their organization. Via VentureBeat, January 2026 [https://venturebeat.com/security/seven-steps-to-ai-supply-chain-visibility](https://venturebeat.com/security/seven-steps-to-ai-supply-chain-visibility?ref=klaerenn.fr) ³⁶ Mandel-Macaque (2026). git-memento — tracing of AI sessions per commit via git notes. Declarative, voluntary and bypassable control [https://github.com/mandel-macaque/memento](https://github.com/mandel-macaque/memento?ref=klaerenn.fr) ³⁷ Vaughan-Nichols, S.J. (2026). "Anthropic and OpenAI Are Battling for the Best Open-Source Maintainers." The New Stack, 6 March 2026 — programs targeting maintainers at 5K+ GitHub stars / 1M+ npm downloads [https://thenewstack.io/openai-anthropic-open-source/](https://thenewstack.io/openai-anthropic-open-source/?ref=klaerenn.fr) ³⁸ OpenAI (2025). "Aardvark: An Agentic Security Researcher." 30 October 2025 [https://openai.com/index/introducing-aardvark/](https://openai.com/index/introducing-aardvark/?ref=klaerenn.fr) ³⁹ The Register (2026). "Infosec community panics over Anthropic Claude Code Security." 23 February 2026 — neither false positives nor compute cost published [https://www.theregister.com/2026/02/23/claude\_code\_security\_panic/](https://www.theregister.com/2026/02/23/claude%5Fcode%5Fsecurity%5Fpanic/?ref=klaerenn.fr) ⁴⁰ See article 12 of this series: "Ghost in the Binary" — CRA, PLD, due diligence and strict liability [https://www.klaerenn.com/ghost-in-the-binary/](https://www.klaerenn.com/ghost-in-the-binary/?ref=klaerenn.fr) ⁴¹ See article 12 of this series: "Ghost in the Binary" — 24-hour reporting obligations [https://www.klaerenn.com/ghost-in-the-binary/](https://www.klaerenn.com/ghost-in-the-binary/?ref=klaerenn.fr) ⁴² See article 15 of this series: "Pitch Black" — the topology of European dependence on the NIST/NVD infrastructure [https://www.klaerenn.com/pitch-black/](https://www.klaerenn.com/pitch-black/?ref=klaerenn.fr) ### Status: clean URL: https://www.klaerenn.fr/fatal-merge-conflict/ Last updated: 2026-09-01T22:51:12.000Z *Working tree clean. Le portrait, lui, enregistre tout.* --- Le 22 mai 2026, Anthropic publie un bilan de Project Glasswing. En un mois, Claude Mythos Preview, un modèle capable de trouver et d'exploiter seul des vulnérabilités que personne n'avait repérées depuis des décennies², et une cinquantaine de partenaires ont trouvé plus de dix mille vulnérabilités de sévérité haute ou critique dans les logiciels les plus critiques de la planète¹. Plus bas, le même rapport donne un autre chiffre : sur les 530 failles haute ou critique divulguées aux mainteneurs, 75 ont été corrigées¹. Le premier chiffre fait les titres. Le second mesure le problème. Anthropic formule lui-même le renversement. Les progrès de la sécurité logicielle étaient limités par la vitesse à laquelle on trouvait les failles ; ils le sont désormais par la vitesse à laquelle on peut les vérifier, les divulguer et les corriger¹. Un correctif prend deux semaines en moyenne, et des mainteneurs ont demandé à Anthropic de ralentir ses divulgations¹. Le déséquilibre était lisible trois mois plus tôt. Le 5 février, Anthropic annonçait que Claude Opus 4.6 avait découvert plus de 500 vulnérabilités critiques dans du code open source de production, certaines dormantes depuis des décennies³. Le 20 février, l'éditeur lançait un outil pour les corriger automatiquement⁴. Le même jour, Snyk calculait que ces correctifs portaient statistiquement le même taux de vulnérabilité que le code qu'ils réparent⁵. J'ai vérifié les données derrière ces annonces. Le déséquilibre qu'elles décrivent fait consensus, et la réponse qu'on en tire, patcher plus vite, domine. Elle est insuffisante. Le code produit par l'IA reste à peu près aussi vulnérable que le code humain, au même taux qu'il y a deux ans, à un volume qui explose, pendant que l'appareil censé le voir, le nommer et le corriger se dégrade en même temps. ## Un taux qui ne bouge pas La mise à jour Veracode de mars 2026 porte sur plus de 150 modèles, dont les derniers flagships : GPT-5.2, Gemini 3, Claude 4.5 et 4.6\. Taux de code sécurisé : 55%, identique à la mesure de 2024⁶. Deux ans de progrès fonctionnels spectaculaires, zéro progrès sécuritaire. Chris Wysopal, cofondateur de Veracode, a forgé un terme pour ce flux : le *code slop*⁸. Les mesures convergent d'une source à l'autre. Java : 72% d'échec sécuritaire. Cross-Site Scripting : 86%. L'injection SQL, faille la plus enseignée de l'histoire de la sécurité logicielle, échoue encore une fois sur cinq⁷. Et ce code reste exploitable sur les modèles les plus récents : une méthode d'attaque publiée en 2026 extrait des vulnérabilités récurrentes du logiciel généré par GPT-5.2, Claude 4.5 Opus et Gemini 3 Pro, avec jusqu'à 94% de succès⁹. La contradiction avec les 500 zero-days n'est qu'apparente. Trouver une faille dans du code existant relève de l'analyse : le modèle lit un code qu'il n'a pas écrit, dans une base mature, et raisonne sur des flux de données. Les LLM excellent en lecture profonde. Produire du code sécurisé relève de la synthèse sous contraintes simultanées de fonctionnalité, de performance, de maintenabilité et de sécurité. Le modèle sacrifie la sécurité pour la fonctionnalité, parce que l'entraînement optimise la complétion. BaxBench, le benchmark d'ETH Zurich (392 tâches, 14 frameworks), mesure cet écart : Claude Opus 4.5, premier du classement, produit du code à la fois correct et sécurisé dans 56% des cas¹¹. Et Opus 4.6, le modèle qui a trouvé les 500 zero-days, affiche une densité de vulnérabilités en hausse de 55% par rapport à son prédécesseur quand il écrit du code¹⁰. Excellence en détection, échec à 45% en synthèse, sur le même modèle, dans la même fenêtre. ## Un volume qui double Un taux stable à 45% dans un volume qui double tous les six mois donne une quantité absolue de failles qui explose pendant que les ratios sur les tableaux de bord ne bougent pas. 85% des développeurs utilisent des outils de code IA¹², 90% selon DORA¹³. La mesure objective dément la perception. Sur la télémétrie de 10 000 développeurs, les pull requests augmentent de 98% pendant que les métriques de livraison restent plates¹⁴. En conditions contrôlées, les développeurs assistés par IA sont 19% plus lents, et se perçoivent 20% plus rapides¹⁵. L'écart entre ce qu'on croit livrer et ce qu'on livre atteint quarante points. Claude Code est passé de zéro à 2,5 milliards de dollars de revenus annualisés en neuf mois¹⁶. 4% des commits publics GitHub, projection à plus de 20% d'ici fin 2026¹⁷. Le dirigeant d'Anthropic estime que les modèles feront sous six à douze mois l'essentiel, voire la totalité, du travail des ingénieurs logiciels¹⁸. Le relevé objectif suit. Sur 1,6 million d'applications, la dette sécuritaire touche 82% des organisations, contre 74% un an plus tôt¹⁹. Le code IA est à l'origine d'une brèche sur cinq²⁰. Moins de la moitié des développeurs relisent le code IA avant de le committer²¹. Et les mêmes templates insécurisés réapparaissent à l'identique dans des projets sans lien entre eux, parce que les mêmes modèles produisent les mêmes défauts chez des développeurs qui ne se connaissent pas²². La courbe se lit déjà dans les bases publiques. Le Vibe Security Radar de Georgia Tech traque depuis mai 2025 les CVE directement attribuables à des outils de code IA, en remontant l'historique des commits²³. Second semestre 2025 : 18 cas en sept mois. Premier trimestre 2026 : 56\. Mars 2026 seul : 35, plus que toute l'année 2025\. Claude Code pèse 27 des 35, parce qu'il laisse une signature traçable que les autres outils effacent. Les chercheurs estiment le chiffre réel cinq à dix fois supérieur²³. Le taux est plat. Le volume attribuable à l'IA suit une exponentielle. ## Trouver va plus vite que corriger Le déséquilibre, tout le monde le voit désormais. En un mois, Mythos a trouvé plus de dix mille failles critiques. Sur les 530 divulguées, 75 corrigées : 14% de ce qui a été remonté aux mainteneurs, moins de 1% de ce qui a été trouvé¹. Anthropic relocalise lui-même le goulot, de la découverte vers la correction¹. Palo Alto parle d'un déluge de vulnérabilités et fixe une fenêtre de trois à cinq mois pour corriger chaque faille trouvée avant que les attaquants n'aient la même capacité²⁴. Le mot d'ordre tient en deux mots : patcher plus vite. Schneier objecte déjà que cette course est réactive, et appelle à une résilience d'ensemble plutôt qu'à rester un patch en avance²⁵. Le désaccord que je porte est plus précis : le taux qui ne bouge pas fait du déluge un flux permanent, pas un retard à rattraper, et l'instrument censé dire quoi corriger se brouille au même moment. Il faut concéder un point, sous peine de se tromper de cible. La qualité de correction des modèles récents a progressé. Une étude de février 2026 sur du vrai code mesure GPT-5 et Claude Opus 4.1 réparant 75 à 80% des failles détectées, contre la moitié un an plus tôt, et conclut que le code IA est à peu près aussi susceptible de contenir une faille que le code humain²⁶. Une équipe de l'AIxCC fait passer la correctness de ses correctifs de 52% à 71% entre 2025 et début 2026²⁷. La dégradation par correction, le patch qui casse plus qu'il ne répare, se mesurait sur les modèles de génération précédente : un LLM autonome introduisant près de neuf fois plus de failles que l'humain²⁸, des vulnérabilités critiques en hausse de 37,6% après cinq cycles de correction²⁹. Sur les modèles récents, ce flanc se referme. Le déséquilibre n'a pas besoin de lui. Le modèle excave plus vite qu'aucun humain, quel que soit le niveau de qualité du patch. Chaque faille trouvée et non corrigée rejoint une réserve qui grossit, connue mais ouverte, le temps que le correctif arrive (deux semaines en moyenne, quand il arrive). Ce qu'une telle réserve offre à un attaquant relève d'un autre article de cette série³⁰. Ici, le point tient sans lui : la chaîne défensive trouve dans son propre code plus vite qu'elle ne le referme. ## L'instrument qui se brouille Reste à savoir ce qu'on voit de cette réserve. La réponse tient en une suite de mesures récentes et convergentes : de moins en moins. Le valideur déterministe, l'analyse statique sur laquelle repose l'idée même de vérifier le code IA, attrape un tiers à la moitié de ce qu'il cherche. Sur 1 080 échantillons à la vérité-terrain établie à la main, CodeQL identifie correctement un tiers des failles ciblées, Semgrep la moitié³¹. Sur les classes les plus connues, celles que ces outils ont été conçus pour reconnaître. Les benchmarks qui classent les modèles ne valent pas mieux. Un audit des vérificateurs de SWE-Bench Pro montre qu'ils acceptent une mauvaise implémentation près d'une fois sur douze et rejettent une bonne près d'une fois sur quatre³². Quant à SWE-bench Verified, longtemps la référence du domaine, OpenAI a cessé d'y publier ses scores après avoir constaté que les modèles récents en restituaient les solutions mot pour mot, déjà présentes dans leurs données d'entraînement³². Le banc note des modèles qui connaissent déjà ses réponses. Le détecteur lui-même dérive. Un détecteur de vulnérabilités fondé sur un LLM, évalué en conditions réalistes (entraîné sur le passé, testé sur le futur), identifie correctement deux failles sur trois, et cette performance varie du simple au double selon les périodes, parce que les vulnérabilités changent de forme dans le temps³³. Accumuler des données n'y fait rien : la précision gagne moins de deux points pour un coût de calcul multiplié par seize³³. Enfin, la couche qui nomme les failles cède. En avril 2026, le NIST a arrêté l'enrichissement systématique des CVE non prioritaires pour le gouvernement fédéral américain, faute de tenir le rythme des soumissions³⁴. Le système mondial qui qualifie les vulnérabilités produit moins vite que l'IA n'en fabrique. Et l'origine du code reste invisible : 62% des praticiens sécurité n'ont aucun moyen de savoir où les LLM sont utilisés chez eux³⁵, aucun framework de chaîne logicielle (SBOM, SLSA, in-toto) ne capture qui a écrit le code source, et les rares tentatives de traçabilité sont volontaires et contournables³⁶. Chaque instrument qui permettrait de mesurer la réserve réelle sature, dérive ou se tait. Le relevé existe toujours, mais plus personne ne le tient à jour. ## La correction ne tient que pour ceux qui en ont les moyens Le bilan Glasswing contient pourtant des corrections qui ont réussi, et vite. Mozilla a corrigé 271 failles dans Firefox, dix fois plus qu'avec le modèle précédent¹. Palo Alto a publié cinq fois plus de correctifs que d'habitude¹. L'outil Claude Security a servi à patcher 2 100 vulnérabilités en entreprise en trois semaines¹. Le point commun de ces réussites : une organisation qui possède son code et qui a les moyens de le corriger, à vitesse machine, sur son propre périmètre. Anthropic le dit lui-même, ces correctifs vont vite parce que les entreprises réparent leur propre code, là où l'open source dépend de mainteneurs bénévoles passant par la divulgation coordonnée¹. D'un côté, les géants durcissent leur code. De l'autre, le commun open source encaisse moins de 1% de corrections, des mainteneurs débordés qui demandent qu'on ralentisse, et un déluge de rapports de bugs générés par IA et de faible qualité¹. Les programmes qui offrent des assistants de code aux mainteneurs des bibliothèques les plus utilisées (seuil : 5 000 étoiles GitHub ou un million de téléchargements npm mensuels) visent exactement les nœuds du graphe de dépendances où la transitivité est maximale³⁷. Ils fournissent l'outil aux mainteneurs, pas le temps ni les bras pour l'employer. La capacité à suivre se concentre là où il y a des moyens. Partout ailleurs, le volume arrive sans rien pour l'absorber. ## Ce que je ne sais pas Si les correctifs déployés en masse depuis avril ont introduit de nouvelles failles. Glasswing a fait corriger 75 vulnérabilités sur 530, l'outil d'un éditeur en a patché 2 100 en entreprise en trois semaines¹. Le patch est du code IA. Aucun éditeur n'a publié de mesure de régression sur ces correctifs. La littérature indépendante établit un taux de réintroduction substantiel sur les modèles de génération précédente²⁸. Sur ceux d'aujourd'hui, à grande échelle, personne n'a vérifié. Le coût réel des résultats de détection. Ni Anthropic pour ses 500 vulnérabilités, ni OpenAI pour son agent Aardvark³⁸ n'ont publié le coût de calcul, le taux de faux positifs ou la méthodologie complète³⁹. Le chiffre flatteur est annoncé. Ce qui jugerait sa qualité ne l'est pas. Comment le cadre réglementaire européen s'adaptera. Le CRA impose une diligence raisonnable sur les composants intégrés, la PLD crée une responsabilité sans faute⁴⁰. J'ai documenté ces mécanismes dans l'article 12 de cette série. Les deux textes évaluent un produit à un instant donné. Aucun ne distingue le code humain du code IA, aucun ne voit une réserve de failles qui grossit sous une mesure aveugle. La responsabilité existe. Le moyen de la chiffrer, non. ## Ce que je sais L'industrie a posé une prémisse : que le chiffre affiché sur le tableau de bord décrit l'état du système. Il ne le décrit plus. Le taux de vulnérabilité du code IA n'a pas bougé en deux ans, modèles récents compris. Le volume double. Et chaque instrument qui montrerait la conséquence, le valideur, les benchmarks, le détecteur, le nommage, la traçabilité, sature ou dérive au même moment. La population réelle de failles croît plus vite qu'on ne peut la voir, la nommer ou la corriger. On objectera que les modèles récents corrigent mieux. C'est vrai, et ça ne change rien. La qualité du patch a progressé, le code IA vaut à peu près le code humain, mais le taux reste plat sous un volume exponentiel, le déséquilibre trouver/corriger s'élargit, l'instrument de mesure est aveugle, et la capacité à suivre se privatise au profit de ceux qui réparent leur propre code. Là où l'on tient le rythme, c'est qu'on en a les moyens, pas que le problème soit résolu. Les organisations qui adoptent le code IA à cette échelle augmentent leur exposition au CRA et à la PLD, qui se moquent de l'origine du code et tiennent le fabricant pour responsable du produit mis sur le marché⁴¹. Plus de failles, plus de surface exposée, plus de signalements potentiels sous 24 heures⁴¹, et une infrastructure mondiale qui ne sait plus les nommer⁴². Elles ne le savent pas, parce que rien dans leurs métriques ne le leur montre. Le statut affiche : working tree clean. Le relevé réel vieillit dans une pièce qu'on a cessé d'ouvrir. --- *Dix-septième article d'une série sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) - *Article 13 :* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/) - *Article 14 :* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige/) - *Article 15 :* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black/) - *Article 16 :* [*The Thing That Should Not Be*](https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be/) --- ## Références ¹ Anthropic (2026). « Project Glasswing: An initial update ». 22 mai 2026 — 10 000+ failles haute/critique en un mois ; 6 202 estimées haute/critique en open source sur 23 019 ; 530 divulguées, 75 corrigées (65 advisories) ; délai moyen 2 semaines ; goulot relocalisé sur la capacité humaine de triage et de correction ; Mozilla 271 (×10 vs modèle précédent), Palo Alto ×5, Claude Security/Opus 4.7 = 2 100 patchs entreprise en 3 semaines [https://www.anthropic.com/research/glasswing-initial-update](https://www.anthropic.com/research/glasswing-initial-update?ref=klaerenn.fr) ² Anthropic Frontier Red Team (2026). « Claude Mythos Preview ». Avril 2026 — milliers de zero-days dans les principaux OS et navigateurs, exploitation autonome d'un RCE FreeBSD de 17 ans [https://red.anthropic.com/2026/mythos-preview/](https://red.anthropic.com/2026/mythos-preview/?ref=klaerenn.fr) ³ Anthropic (2026). « Finding a new satisfiability-based approach to software vulnerability discovery with Claude ». Frontier Red Team, 5 février 2026 [https://red.anthropic.com/2026/zero-days/](https://red.anthropic.com/2026/zero-days/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Anthropic (2026). « Claude Code Security ». 20 février 2026 [https://www.anthropic.com/news/claude-code-security](https://www.anthropic.com/news/claude-code-security?ref=klaerenn.fr) ⁵ Snyk (2026). « Why Anthropic Launching Claude Code Security Is Great News for the Industry ». 20 février 2026 [https://snyk.io/articles/anthropic-launches-claude-code-security/](https://snyk.io/articles/anthropic-launches-claude-code-security/?ref=klaerenn.fr) ⁶ Veracode (2026). « Spring 2026 GenAI Code Security Update ». Mars 2026 — 150+ modèles incluant GPT-5.1/5.2, Gemini 3, Claude 4.5 et 4.6\. Taux de code sécurisé : 55%, identique à 2024 [https://www.veracode.com/blog/spring-2026-genai-code-security/](https://www.veracode.com/blog/spring-2026-genai-code-security/?ref=klaerenn.fr) ⁷ Veracode (2025). *2025 GenAI Code Security Report*. Juillet 2025 — 80 tâches, 100+ LLM, 4 langages. Java 72% d'échec, XSS 86%, injection SQL \~20% [https://www.veracode.com/resources/genai-code-security-report-2025](https://www.veracode.com/resources/genai-code-security-report-2025?ref=klaerenn.fr) ⁸ Dark Reading (2025). Interview Chris Wysopal, « code slop ». Octobre 2025 [https://www.darkreading.com/application-security/ai-generated-code-leading-expanded-technical-security-debt](https://www.darkreading.com/application-security/ai-generated-code-leading-expanded-technical-security-debt?ref=klaerenn.fr) ⁹ arXiv:2602.04894 (2026). « Extracting Recurring Vulnerabilities from Black-Box LLM-Generated Software ». FSTab évalué sur GPT-5.2, Claude-4.5 Opus, Gemini-3 Pro — jusqu'à 94% de succès d'attaque, 93% de couverture de vulnérabilités [https://arxiv.org/abs/2602.04894](https://arxiv.org/abs/2602.04894?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ SonarSource (2026). Analyse Claude Opus 4.6\. 20 février 2026 — densité de vulnérabilités en hausse de 55% vs prédécesseur [https://www.sonarsource.com/blog/why-claude-opus-4-6-requires-verification/](https://www.sonarsource.com/blog/why-claude-opus-4-6-requires-verification/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Vero, M. et al. (2025). « BaxBench: Can LLMs Generate Correct and Secure Backends? ». arXiv:2502.11844, ICML 2025 — Claude Opus 4.5 : 56% de code correct et sécurisé [https://arxiv.org/abs/2502.11844](https://arxiv.org/abs/2502.11844?ref=klaerenn.fr) ¹² JetBrains (2025). *State of Developer Ecosystem 2025* [https://www.jetbrains.com/lp/devecosystem-2025/](https://www.jetbrains.com/lp/devecosystem-2025/?ref=klaerenn.fr) ¹³ Google Cloud (2025). *2025 DORA State of AI-assisted Software Development Report* — 90% d'adoption, relation négative entre adoption IA et stabilité des livraisons [https://cloud.google.com/devops/state-of-devops](https://cloud.google.com/devops/state-of-devops?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Faros AI (2025). « The AI Productivity Paradox ». Juillet 2025 — pull requests +98%, livraison organisationnelle plate [https://www.faros.ai/blog/ai-software-engineering](https://www.faros.ai/blog/ai-software-engineering?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ METR (2025). « Measuring the Impact of AI Coding Assistants on Developer Productivity ». Juillet 2025 — 19% plus lents, perception +20% [https://metr.org/blog/2025-07-10-early-2025-ai-experienced-os-dev-study/](https://metr.org/blog/2025-07-10-early-2025-ai-experienced-os-dev-study/?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Reuters / Sacra / The Information. Claude Code : 2,5 Md$ ARR, février 2026 [https://sacra.com/c/anthropic/](https://sacra.com/c/anthropic/?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ GitClear / SaaStr. 4% des commits GitHub = Claude Code [https://www.saastr.com/anthropic-just-hit-14-billion-in-arr-up-from-1-billion-just-14-months-ago/](https://www.saastr.com/anthropic-just-hit-14-billion-in-arr-up-from-1-billion-just-14-months-ago/?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ VentureBeat (2026). Citation Amodei, Davos, janvier 2026 [https://venturebeat.com/security/anthropic-claude-code-security-reasoning-vulnerability-hunting](https://venturebeat.com/security/anthropic-claude-code-security-reasoning-vulnerability-hunting?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Veracode (2026). *2026 State of Software Security*. 26 février 2026 — dette sécuritaire 82% des organisations (74% l'an passé), vulnérabilités haut risque 8,3% → 11,3% [https://www.veracode.com/resources/analyst-reports/state-of-software-security-2026/](https://www.veracode.com/resources/analyst-reports/state-of-software-security-2026/?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Aikido Security (2026). *State of AI in Security & Development 2026* — code IA à l'origine d'une brèche sur cinq [https://www.aikido.dev/state-of-ai-security-development-2026](https://www.aikido.dev/state-of-ai-security-development-2026?ref=klaerenn.fr) ²¹ Sonar (2026). *State of Code Developer Survey*. Janvier 2026 — 48% vérifient toujours le code IA [https://www.sonarsource.com/blog/state-of-code-developer-survey-report-the-current-reality-of-ai-coding/](https://www.sonarsource.com/blog/state-of-code-developer-survey-report-the-current-reality-of-ai-coding/?ref=klaerenn.fr) ²² arXiv:2512.18567 (2025). Top 1 000 repos GitHub 2022-2025, templates insécurisés propagés entre projets sans lien [https://arxiv.org/abs/2512.18567](https://arxiv.org/abs/2512.18567?ref=klaerenn.fr) ²³ Infosecurity Magazine (2026). « Security Researchers Sound the Alarm on Vulnerabilities in AI-Generated Code ». Avril 2026 — Vibe Security Radar, Georgia Tech SSLab. 18 (S2 2025), 56 (T1 2026), 35 en mars 2026 seul. Estimation 5-10× le chiffre détecté [https://www.infosecurity-magazine.com/news/ai-generated-code-vulnerabilities/](https://www.infosecurity-magazine.com/news/ai-generated-code-vulnerabilities/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Palo Alto Networks (2026). Klarich, L. « Defender's Guide to the Frontier AI Impact on Cybersecurity ». Avril 2026, mise à jour mai 2026 — « Vulnerability Deluge » et « flood of patches », fenêtre stratégique de trois à cinq mois, objectif de corriger chaque vulnérabilité trouvée avant la diffusion des capacités aux adversaires ; mise à jour de mai : 26 CVE (75 issues) publiés contre moins de 5 par mois d'habitude [https://www.paloaltonetworks.com/blog/2026/04/defenders-guide-frontier-ai-impact-cybersecurity/](https://www.paloaltonetworks.com/blog/2026/04/defenders-guide-frontier-ai-impact-cybersecurity/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ Schneier, B. (2026). « On Anthropic's Mythos Preview and Project Glasswing ». Schneier on Security, 13 avril 2026 — Glasswing décrit comme une approche réactive, « racing to patch holes before attackers adapt » ; appel à une « systemic resilience rather than hoping to stay one patch ahead » [https://www.schneier.com/blog/archives/2026/04/on-anthropics-mythos-preview-and-project-glasswing.html](https://www.schneier.com/blog/archives/2026/04/on-anthropics-mythos-preview-and-project-glasswing.html?ref=klaerenn.fr) ²⁶ Belozerov, V., Barclay, P.J., Sami, A. (2026). « Secure Coding with AI — From Detection to Repair ». arXiv:2504.20814, v2 février 2026 — GPT-5 et Claude Opus 4.1 réparent 75-80% des failles détectées (vs \~50% en 2024) ; code IA à peu près aussi vulnérable que le code humain [https://arxiv.org/abs/2504.20814](https://arxiv.org/abs/2504.20814?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Team Atlanta (2026). « Patching Vulnerabilities with Coding Agents in 2026 ». — correctness des correctifs 52% (Claude 3.7 Sonnet, 2025) → 71% (début 2026), 630 patchs revus à la main [https://team-atlanta.github.io/blog/post-patch-2026-ensemble/](https://team-atlanta.github.io/blog/post-patch-2026-ensemble/?ref=klaerenn.fr) ²⁸ Sajadi, A., Damevski, K., Chatterjee, P. (2025). « How Safe Are AI-Generated Patches? ». arXiv:2507.02976, v3 décembre 2025 — 20 000+ issues GitHub ; le LLM autonome (Llama 3.3 70B, génération précédente) introduit près de 9× plus de failles que les développeurs, dans des patterns distincts du code humain [https://arxiv.org/abs/2507.02976](https://arxiv.org/abs/2507.02976?ref=klaerenn.fr) ²⁹ arXiv:2506.11022 (2025). IEEE-ISTAS 2025, peer-reviewed — +37,6% de vulnérabilités critiques après 5 itérations de correction (modèles de génération précédente), « feedback loop security degradation » [https://arxiv.org/abs/2506.11022](https://arxiv.org/abs/2506.11022?ref=klaerenn.fr) ³⁰ Voir article 4 de cette série : « L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental » — l'IA comme multiplicateur offensif et l'exploitation de la réserve de failles connues non corrigées ³¹ Firouzi, E., Ghafari, M. (2026). « Persistent Human Feedback, LLMs, and Static Analyzers for Secure Code Generation and Vulnerability Detection ». arXiv:2602.05868, février 2026 — 1 080 échantillons, vérité-terrain humaine. Recall CodeQL 0,34, Semgrep 0,54 sur le CWE Top 25 [https://arxiv.org/abs/2602.05868](https://arxiv.org/abs/2602.05868?ref=klaerenn.fr) ³² VentureBeat (2026). « DeepSWE blows up the AI coding leaderboard... ». Mai 2026 — audit Datacurve : vérificateurs SWE-Bench Pro acceptent une mauvaise implémentation 8,5% du temps, rejettent une bonne 24% ; OpenAI a cessé de reporter SWE-bench Verified après constat de contamination des données d'entraînement [https://venturebeat.com/technology/deepswe-blows-up-the-ai-coding-leaderboard-crowns-gpt-5-5-and-finds-claude-opus-exploiting-a-benchmark-loophole](https://venturebeat.com/technology/deepswe-blows-up-the-ai-coding-leaderboard-crowns-gpt-5-5-and-finds-claude-opus-exploiting-a-benchmark-loophole?ref=klaerenn.fr) ³³ Dou, X., Bahsi, H., Guerra-Manzanares, A. (2026). « Enhancing Continual Learning for Software Vulnerability Prediction ». arXiv:2602.23834 — détecteur LLM, Macro-F1 0,667 (deux failles sur trois), performance variant du simple au double dans le temps ; +2 points pour un coût ×15,9 [https://arxiv.org/abs/2602.23834](https://arxiv.org/abs/2602.23834?ref=klaerenn.fr) ³⁴ NIST (2026). « NIST Updates NVD Operations to Address Record CVE Growth ». 15 avril 2026 — arrêt de l'enrichissement systématique, priorisation limitée aux CVE KEV CISA et logiciels fédéraux/critiques US. +263% de soumissions CVE entre 2020 et 2025 [https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth?ref=klaerenn.fr) ³⁵ Harness (2025). Enquête sur 500 praticiens sécurité (US, UK, France, Allemagne) — 62% n'ont aucun moyen de savoir où les LLM sont utilisés dans leur organisation. Via VentureBeat, janvier 2026 [https://venturebeat.com/security/seven-steps-to-ai-supply-chain-visibility](https://venturebeat.com/security/seven-steps-to-ai-supply-chain-visibility?ref=klaerenn.fr) ³⁶ Mandel-Macaque (2026). git-memento — traçage des sessions IA par commit via git notes. Contrôle déclaratif, volontaire et contournable [https://github.com/mandel-macaque/memento](https://github.com/mandel-macaque/memento?ref=klaerenn.fr) ³⁷ Vaughan-Nichols, S.J. (2026). « Anthropic and OpenAI Are Battling for the Best Open-Source Maintainers ». The New Stack, 6 mars 2026 — programmes ciblant les mainteneurs à 5K+ étoiles GitHub / 1M+ téléchargements npm [https://thenewstack.io/openai-anthropic-open-source/](https://thenewstack.io/openai-anthropic-open-source/?ref=klaerenn.fr) ³⁸ OpenAI (2025). « Aardvark: An Agentic Security Researcher ». 30 octobre 2025 [https://openai.com/index/introducing-aardvark/](https://openai.com/index/introducing-aardvark/?ref=klaerenn.fr) ³⁹ The Register (2026). « Infosec community panics over Anthropic Claude Code Security ». 23 février 2026 — ni faux positifs ni coût de calcul publiés [https://www.theregister.com/2026/02/23/claude\_code\_security\_panic/](https://www.theregister.com/2026/02/23/claude%5Fcode%5Fsecurity%5Fpanic/?ref=klaerenn.fr) ⁴⁰ Voir article 12 de cette série : « Ghost in the Binary » — CRA, PLD, diligence raisonnable et responsabilité stricte ⁴¹ Voir article 12 de cette série : « Ghost in the Binary » — obligations de signalement sous 24 heures ⁴² Voir article 15 de cette série : « Pitch Black » — topologie de la dépendance européenne à l'infrastructure NIST/NVD ### I want to play a game URL: https://www.klaerenn.fr/i-want-to-play-a-game/ Last updated: 2026-05-28T08:00:16.000Z > *« Vivre ou mourir, à vous de choisir. »* — Jigsaw, *SAW* --- Le 22 décembre 2022, le gouvernement lance en fanfare un dispositif d'accompagnement des PME vers la qualification SecNumCloud. Trois ans et demi plus tard, 48 startups et PME y sont entrées. Aucun bilan public n'a été communiqué sur le nombre d'entre elles qui en sont ressorties avec le Visa de sécurité. Le silence est en soi une donnée. Ce qui suit est une reconstitution du mécanisme, à partir du cahier des charges publié par Bpifrance, des communiqués officiels et des listes de prestataires qualifiés ANSSI. ## Le guichet L'intention est claire. La qualification SecNumCloud est un parcours long et coûteux. Les PME éditrices de SaaS ou PaaS n'ont ni les ressources ni l'expertise pour s'y engager seules. L'État décide de les accompagner via France 2030, avec un guichet Bpifrance dédié, en lien avec l'ANSSI et la DGE ¹. Le dispositif comprend quatre modules. Le module 1 est un audit initial sur l'ensemble du spectre SecNumCloud pour évaluer les écarts. Le module 2 est une formule « transformation » s'appuyant sur le guide d'hygiène ANSSI, comprenant des actions concrètes à implémenter. Le module 3 est une formule « conformité », un audit à blanc en application des pratiques de l'ANSSI. Le module 4 est l'aide à la qualification elle-même ². Un jalon validé par l'ANSSI à l'issue de chaque module conditionne l'accès au suivant. Le module 4 n'est accessible qu'en cas de validation de l'ensemble du parcours ². L'aide publique s'échelonne entre 40 000 et 180 000 euros par projet ³. Trois relèves ont été opérées : 21 entreprises retenues en février 2023, une deuxième vague le 19 juillet 2023, puis 27 nouvelles entreprises annoncées par Marina Ferrari le 22 mars 2024, portant le total à 48 et le budget mobilisé à 9 millions d'euros ⁴. La communication officielle mobilise quatre ministres ou secrétaires d'État successifs (Le Maire, Barrot, Bonnell, Ferrari), deux directeurs généraux de l'ANSSI (Poupard puis Strubel), un événement dédié chez OVHcloud le 1er février 2023 ⁵, et des relais French Tech régionaux. L'étiquette France 2030 et l'enveloppe globale de la stratégie cloud à 667 millions d'euros donnent au dispositif une caution de sérieux par effet de halo. ## Le mauvais outil Le cahier des charges précise que les modules d'accompagnement sont délivrés par des PASSI disposant des portées 1 (audit d'architecture), 2 (audit de configuration) et 5 (audit organisationnel et physique), ou par des PACS disposant des portées 2 (conseil gestion des risques) et 3 (conseil sécurité des architectures) après l'entrée en vigueur de ce référentiel ². Le problème est factuel. PASSI est un référentiel d'audit. Il qualifie des prestataires pour auditer des systèmes d'information : tests d'intrusion, audit d'architecture, audit de configuration, audit de code source, audit organisationnel et physique ⁶. Ce sont des activités de contrôle, pas d'accompagnement. Les modules 1 à 3 du dispositif BPI étaient du conseil et de l'accompagnement à la montée en maturité. C'est exactement ce que couvre le référentiel PACS ⁷. Mais la confusion ne portait pas seulement sur le type de prestataire. Elle portait sur la cible. L'audit de qualification SecNumCloud est réalisé selon la trame d'évaluation SNC v1.0 et les 360 points de contrôle du référentiel v3.2 ¹¹. Un audit PASSI portées 1/2/5 utilise une autre grille, une autre méthodologie, un autre périmètre. Le module 2 (transformation) s'appuie sur le guide d'hygiène ANSSI ², qui est un socle généraliste de 42 mesures, pas un référentiel de qualification cloud. La gap analysis du module 1 était une approximation de la cible SNC. La remédiation du module 2 était guidée par le mauvais référentiel. L'audit à blanc du module 3 n'était pas un audit SNC. Le dispositif préparait les PME à un examen avec le mauvais programme. Le cahier des charges prévoyait la bascule vers des PACS « après l'entrée en vigueur de ce référentiel ». Deux problèmes. Le référentiel PACS v1.0 est publié le 19 juillet 2023 ⁷, mais les premiers Visas de sécurité PACS ne sont délivrés qu'en juillet 2024 : Orange Cyberdefense, Intrinsec et Holiseum, tous trois sur les seules portées RISQUE et HOMOL ⁸. Alcyconie a obtenu la portée CRISE. Seul ORNISEC détient aujourd'hui les quatre portées, y compris ARCHI ⁸ᵇ. Plus de vingt prestataires sont encore en cours de qualification ⁹. Or le cahier des charges BPI exige précisément les portées RISQUE (portée 2) et ARCHI (portée 3) ². Au moment où le guichet a fermé, le 19 juillet 2023, aucun PACS n'était qualifié. La bascule prévue par le cahier des charges n'a jamais eu lieu. Les 48 PME lauréates ont toutes été accompagnées par des PASSI faisant du conseil sous un label d'audit. ## Le juge et partie La confusion de périmètre n'était pas seulement un problème de qualification. Elle contredisait le référentiel PASSI lui-même. Le référentiel exige du prestataire d'audit qu'il agisse « avec impartialité, sans conflit d'intérêts avec d'autres prestations » ¹². Il définit l'audit comme un « processus systématique, indépendant et documenté » ¹². Or, dans le dispositif BPI, le même PASSI faisait le module 1 (diagnostic), le module 2 (transformation/conseil), le module 3 (audit à blanc), et émettait les avis inter-modules. Le PASSI qui conseillait la PME en module 2 était le même qui auditait le résultat de son propre conseil en module 3\. Il avait un intérêt financier et réputationnel dans l'issue. L'indépendance requise par le référentiel était structurellement impossible dans un parcours où le même prestataire cumulait les fonctions de conseil et d'évaluation. Le cahier des charges BPI a construit un dispositif que le référentiel de qualification des prestataires qu'il mobilisait interdit par construction. Bpifrance sait pourtant concevoir des garde-fous contre ce conflit d'intérêts. Le dispositif Cyber PME, qui finance la mise en œuvre de plans de sécurisation pour les PME, plafonne à 10 % du montant total des dépenses éligibles les devis émis par l'expert ayant réalisé le diagnostic initial ¹⁰. Celui qui fait le diag ne peut pas capter le gros du marché de remédiation qu'il a lui-même prescrit. Ce verrou était totalement absent du dispositif d'accompagnement SecNumCloud. La supervision par l'ANSSI était théorique. Le cahier des charges prévoyait que des réunions « pourront être organisées de manière ad-hoc » par Bpifrance avec les administrations concernées ². Du best-effort, pas un comité de pilotage structuré. Bpifrance pilotait le flux financier. L'ANSSI validait les jalons sur dossier, sur la base du rapport fourni par le PASSI accompagnateur, sans contre-audit. Le PASSI faisait le travail, le PASSI faisait le rapport, Bpifrance payait sur la base du rapport, l'ANSSI validait sur la base du rapport. ## L'escalade L'aide publique ne couvrait pas le coût réel. Le cahier des charges était explicite : les entreprises candidates devaient apporter une part d'autofinancement pour leurs coûts internes de participation aux modules ainsi que pour le financement de l'audit de qualification ². Les tickets BPI (40 000 à 60 000 euros par module) couvraient la prestation du PASSI accompagnateur. La PME finançait sur fonds propres tout le reste. Or chaque poste d'investissement a un seuil plancher. On ne déploie pas un demi-SIEM. On ne recrute pas un demi-RSSI. On ne chiffre pas la moitié de ses flux. On ne documente pas 180 points de contrôle sur 360 en espérant un demi-Visa. La qualification SecNumCloud est binaire : on l'obtient ou on ne l'obtient pas. Chaque investissement technique (refonte d'architecture, cloisonnement réseau, PCA/PRA, chiffrement au repos et en transit) n'a de sens que dans la perspective du Visa final. Hors de cette perspective, c'est du surcoût pur pour une PME de 30 à 50 personnes dont les concurrents ne portent pas ce fardeau. Pour une PME de cette taille, l'investissement interne se situait entre 500 000 euros et un million d'euros. Le ticket BPI de 40 000 euros était une amorce qui déclenchait un investissement dix à vingt fois supérieur. Le mécanisme de jalons inter-modules verrouillait le parcours. À chaque go/no-go, la PME était face au même calcul : elle avait déjà trop investi pour s'arrêter, et pas assez pour en avoir fini. Pas de label intermédiaire, pas de certificat de conformité partielle, pas de filet de sécurité, pas de recours. La convention BPI n'était pas un contrat commercial avec obligation de résultat. C'était une subvention conditionnelle. Si Bpifrance disait stop, c'était stop. La PME ne pouvait pas contester le rapport du PASSI censé l'accompagner, ni demander un second avis à l'ANSSI, qui n'était pas partie à la convention, ni même comparer son avancement à celui des autres lauréats, puisqu'aucune donnée n'était publique. ## Le parcours type Prenons le parcours type. Une PME de 40 personnes, éditrice SaaS, répond au communiqué France 2030\. Elle est retenue. Elle signe une convention Bpifrance, choisit un PASSI sur la liste ANSSI, et entre en module 1. Le PASSI produit un audit initial. Sa grille n'est pas la trame d'évaluation SNC v1.0 de l'ANSSI : ce n'est pas un audit SecNumCloud, c'est un audit PASSI portées 1/2/5 adapté au contexte. La PME n'a pas les compétences internes pour évaluer l'écart entre cette grille et la cible réelle. Le rapport identifie des écarts significatifs. La PME passe en module 2. Elle recrute un RSSI ou externalise la fonction. Elle refond son architecture réseau, met en place du chiffrement au repos et en transit, déploie un SIEM, documente ses processus, construit un PCA/PRA. Ticket BPI : 60 000 euros. Investissement interne : 400 000 euros minimum, souvent davantage. Mobilisation de l'équipe : douze à dix-huit mois. Pendant ce temps, ses concurrents non engagés dans le dispositif développent leur produit. Le PASSI accompagne, conseille, oriente la remédiation. Puis, en sortie de module 2, il émet un avis de passage en module 3\. C'est le même prestataire qui a identifié les écarts, prescrit la remédiation, et évalue maintenant si la remédiation est suffisante. La PME n'a aucun moyen de challenger cet avis. L'avis est transmis à Bpifrance. La supervision ANSSI est ad-hoc. Si le jalon est validé, la PME entre en module 3, audit à blanc. Nouveau rapport du même PASSI. Nouveau jalon. Si c'est go, elle accède au module 4, l'audit de qualification réel, conduit cette fois par un PASSI spécifiquement agréé SNC ¹¹. C'est un autre audit, une autre grille, un autre niveau d'exigence. La PME qui a passé trois modules avec succès découvre ici que la préparation portait sur le mauvais programme. Les écarts identifiés par l'évaluateur SNC ne recoupent pas ceux du PASSI accompagnateur, parce que les deux ne regardent pas la même chose. L'audit à blanc était un audit PASSI. L'audit réel est un audit SNC. Retour à la remédiation, cette fois sans ticket BPI, sans accompagnement financé, et avec un décalage que trois modules n'ont pas comblé parce qu'ils ne visaient pas la bonne cible. Si le jalon est refusé, en module 2 ou en module 3, Bpifrance arrête le financement. La PME a investi 500 000 à 800 000 euros en interne, mobilisé ses équipes pendant un an ou deux, consommé les tickets publics. Elle repart avec un rapport PASSI qui documente ses faiblesses, pas de label, pas de certificat partiel, pas de recours, et aucune indication sur ce qu'elle doit faire ensuite. Le dispositif ne prévoit pas d'accompagnement à la sortie, pas de réorientation vers un parcours allégé, pas de passerelle vers d'autres mécanismes de financement. La PME est seule, moins riche, et sans interlocuteur. ## Le silence Le guichet a été conçu et lancé par Guillaume Poupard en décembre 2022\. Vincent Strubel a pris ses fonctions le 4 janvier 2023 et a hérité de l'exécution. Il ne pouvait pas facilement remettre en cause un dispositif inauguré par son prédécesseur avec le patronage de quatre ministres et l'étiquette France 2030. Trois ans et demi après le lancement, les premières PME lauréates de février 2023 ont largement dépassé l'objectif de qualification sous deux ans affiché dans le cahier des charges. Sur 48 PME entrées dans le dispositif, le nombre de Visas SecNumCloud délivrés n'est documenté nulle part. L'absence de tout bilan de conversion, même partiel, n'est pas un oubli de communication. C'est le signe que le chiffre ne serait pas bon à montrer. ## Ce que je sais, ce que je ne sais pas **Ce que je sais.** Le cahier des charges BPI exigeait des PASSI pour des prestations de conseil. La bascule vers des PACS prévue par le texte n'a jamais été opérée. Le module 2 était calé sur le guide d'hygiène ANSSI, pas sur le référentiel SNC v3.2 : le dispositif préparait les PME sur le mauvais programme. Le même prestataire diagnostiquait, accompagnait et émettait l'avis de continuation, dans une configuration que le référentiel PASSI interdit : celui-ci exige l'impartialité et l'absence de conflit d'intérêts avec d'autres prestations ¹². Le dispositif Cyber PME intègre un garde-fou anti-conflit d'intérêts que le dispositif SNC n'avait pas. L'audit PASSI portées 1/2/5 n'est pas un audit SecNumCloud ¹¹. La supervision ANSSI était prévue en mode ad-hoc, sans comité de pilotage formalisé. Quarante-huit PME sont entrées dans le dispositif. Aucun bilan de sortie n'est public. **Ce que je ne sais pas.** Combien de lauréats ont obtenu le Visa SecNumCloud. Quels PASSI ont capté le gros des conventions d'accompagnement. Si l'ANSSI a effectivement conduit des revues de jalons techniques ou tamponné sur dossier. Si des PME arrêtées en cours de route ont contesté la décision. Quel volume d'investissement privé total le dispositif a déclenché. ## Position Le dispositif ne préparait pas à la qualification SecNumCloud. Il préparait à un audit PASSI portées 1/2/5, calé sur le guide d'hygiène, dans une configuration que le référentiel PASSI interdit. Même la PME qui passait tous les jalons arrivait au vrai examen avec le mauvais programme. Le dispositif a été conçu sans les garde-fous que Bpifrance met en place sur ses propres programmes cyber, avec un outil de financement piloté par une banque pour un processus de qualification technique piloté par personne. Neuf millions d'euros d'argent public ont servi d'amorce. Ils ont déclenché des dizaines de millions d'investissement privé chez 48 PME, pour une préparation structurellement décalée de la cible. Le bilan est opaque et le taux de conversion probablement faible. Ce qu'il faudrait publier : le nombre de Visas SNC délivrés aux 48 lauréats, l'investissement total déclenché, et la raison pour laquelle la bascule vers des PACS n'a jamais été opérée. Le guichet est fermé. La qualification SecNumCloud est passée en v3.2\. Les PME qui sont restées en chemin n'ont ni le Visa, ni de label intermédiaire, ni de passerelle vers un autre dispositif. Celles qui ont franchi les modules découvrent un audit de qualification qui porte sur autre chose. Le guide d'hygiène sur lequel reposait le module 2 n'est le référentiel de personne. --- ## Références ¹ Communiqué de presse conjoint Matignon/DGE/ANSSI, 22 décembre 2022\. [presse.economie.gouv.fr](https://presse.economie.gouv.fr/459-cloud-de-confiance-nouveau-dispositif-daccompagnement-vers-lobtention-du-visa-de-securite-secnumcloud-a-destination-de-nos-startups-et-pme/?ref=klaerenn.fr) ² Bpifrance, cahier des charges « Guichet d'accès au dispositif d'accompagnement à la qualification SecNumCloud ». [bpifrance.fr](https://www.bpifrance.fr/nos-appels-a-projets-concours/guichet-dacces-au-dispositif-daccompagnement-a-la-qualification-secnumcloud?ref=klaerenn.fr) ³ Campus Numérique AURA, « Accompagnement à la qualification SecNumCloud — aide BPI », décembre 2024\. [campusnumerique.auvergnerhonealpes.fr](https://campusnumerique.auvergnerhonealpes.fr/transformer/accompagnement-visa-secnumcloud/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Communiqué de presse DGE/DINUM/ANSSI/Bpifrance, 22 mars 2024\. [entreprises.gouv.fr](https://www.entreprises.gouv.fr/espace-presse/france-2030-la-strategie-nationale-cloud-senrichit-dun-nouvel-appel-projets-pour?ref=klaerenn.fr) ⁵ OVHcloud, événement « Accompagnement SecNumCloud — partenaires de l'écosystème Open Trusted Cloud », 1er février 2023. ⁶ ANSSI, « Prestataires d'audit de la sécurité des systèmes d'information — référentiel d'exigences PASSI ». [cyber.gouv.fr](https://cyber.gouv.fr/offre-de-service/solutions-certifiees-et-qualifiees/passi/?ref=klaerenn.fr) ⁷ ANSSI, « Prestataires d'accompagnement et de conseil en sécurité des systèmes d'information — référentiel d'exigences PACS », v1.1\. [cyber.gouv.fr](https://cyber.gouv.fr/offre-de-service/solutions-certifiees-et-qualifiees/pacs/?ref=klaerenn.fr) ⁸ ANSSI, liste des prestataires qualifiés PACS — Visas de sécurité délivrés. Orange Cyberdefense (juillet 2024, portées RISQUE et HOMOL), Intrinsec (portées RISQUE et HOMOL), Holiseum (portées RISQUE et HOMOL), Alcyconie (portée CRISE). [cyber.gouv.fr](https://cyber.gouv.fr/produits-et-prestataires-de-confiance-qualifies/?ref=klaerenn.fr) ⁸ᵇ ORNISEC, qualifié PACS sur les quatre portées (HOMOL, RISQUE, ARCHI, CRISE). Imineti by Niji, qualifié PACS en janvier 2025\. [ornisec.com](https://www.ornisec.com/livre-blanc/decouvrez-nos-services/?ref=klaerenn.fr) · [niji.fr](https://www.niji.fr/fr/we/actualites/imineti-by-niji-recoit-la-qualification-pacs-de-l-anssi/?ref=klaerenn.fr) ⁹ ANSSI, liste des prestataires en cours de qualification PACS, consultée avril 2026\. [cyber.gouv.fr](https://cyber.gouv.fr/offre-de-service/solutions-certifiees-et-qualifiees/services-de-securite-evalue/solutions-en-cours-de-qualification/pacs/?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Bpifrance, « Cyber PME — Phase B », cahier des charges. Plafond de 10 % pour le prestataire ayant réalisé la Phase A. [bpifrance.fr](https://www.bpifrance.fr/catalogue-offres/soutien-a-linnovation/diagnostic-cybersecurite?ref=klaerenn.fr) ¹¹ ANSSI, « SecNumCloud — référentiel d'exigences v3.2 ». [cyber.gouv.fr](https://cyber.gouv.fr/documents/388/secnumcloud-referentiel-exigences-v3.2.pdf?ref=klaerenn.fr) ¹² ANSSI, « Prestataires d'audit de la sécurité des systèmes d'information — référentiel d'exigences PASSI », v2.2, novembre 2024\. Exigences d'impartialité, d'indépendance et d'absence de conflit d'intérêts avec d'autres prestations. [cyber.gouv.fr](https://cyber.gouv.fr/referentiels-dexigences-pour-la-qualification?ref=klaerenn.fr) ### The Thing That Should Not Be URL: https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:11.000Z *"Not dead which eternal lie, stranger aeons death may die." — You cannot kill what never lived. You cannot secure what is insecure by architecture.* --- By February 2026, MITRE ATLAS counted 16 tactics, 84 techniques, 56 sub-techniques, 32 mitigations and 42 case studies¹. More than 100 government, academic and industry organizations contribute to the project². The February update added agent-specific techniques, including "Publish Poisoned AI Agent Tool" and "Escape to Host"¹. The framework replicates ATT&CK's structure (matrix, AML.T-prefixed identifiers, STIX 2.1 data format) and extends it to threats targeting artificial intelligence systems: data poisoning, model extraction, evasion, prompt injection, persistent memory manipulation. The ambition is logical. ATT&CK catalogs offensive techniques against conventional information systems. D3FEND catalogs defensive countermeasures. ATLAS extends the same method to AI systems. Three frameworks, one method, complete territory coverage. The symmetry is appealing. I examined the method, the available data, the documented attack cases between January and April 2026, and the industry's response to the first major AI threat. ATLAS replicates ATT&CK's structure in a domain where that structure has zero operational value. The framework is not immature. It should not have been built. ## Why ATT&CK stands up ATT&CK works poorly. 21% SIEM coverage, five years of measurement with no progression, 13% of rules broken³. But ATT&CK still works, at a minimum, because the objects it catalogs possess three properties. First, stability. T1003.001 (LSASS Memory) describes the same behavior in 2018 and 2026\. The OS has not mutated. Active Directory has not mutated. The technique is reproducible. An analyst who wrote a detection rule in 2020 can maintain it in 2026 because the object it targets still exists. Second, the space of possible actions on an operating system is finite and enumerable. The number of ways to dump credentials, move laterally or exfiltrate data is large but bounded. You can catalog a finite space. The catalog will be incomplete (it is, at 21%), but the approach makes logical sense. Third property: ATT&CK techniques leave traces in logs, network flows, system registries. These traces are detectable by deterministic tools. Poorly detected, often ignored, but detectable in principle. D3FEND fails to exploit these properties correctly (patent corpus, no effectiveness measurement, "may-counter" relationships never validated⁴). But the properties themselves exist in the conventional domain. The taxonomic method can work, poorly, with these properties. Without them, it cannot work at all. ## The domain that defies classification AI systems possess none of the three properties. Bruce Schneier named the problem in May 2024: LLMs mix data and commands in a single channel, and unlike the pre-SS7 phone network that suffered the same flaw, you cannot separate them⁵. Schneier draws the direct consequence: individual attacks are easy to prevent once published, but there are an infinite number of them and no way to block them as a class⁵. In October 2025, Schneier and Raghavan formalized the problem in IEEE Security & Privacy by applying the OODA loop to AI agents⁶. Their conclusion: the adversary is not inside the loop by accident; it is there by architecture. Web-scale AI produces web-scale integrity failure. Every capability corrupts. Integrity is not a feature you add; it is an architecture you choose. Current AI systems were built for speed and intelligence, not security⁶. This diagnosis destroys ATLAS's premise before you even examine the framework's content. A prompt injection (AML.T0051 in ATLAS) is not a stable object. What crosses Claude 3.5's guardrails does not cross Opus 4.6's. What works on GPT-4o does not work on GPT-4.5\. The "technique" changes nature with every model weight update. T1003.001 in ATT&CK describes a reproducible behavior. AML.T0051 in ATLAS describes a category so broad it guides no concrete defensive action. A useful catalog distinguishes T1003.001 (LSASS Memory) from T1003.003 (NTDS) because the two are detected differently. AML.T0051 covers the entirety of the natural-language input space that can subvert a model. No one will write a detection rule for "everything you can say to an LLM to manipulate it." The attack space of conventional systems is finite. The input space of an LLM is natural language, neither finite nor enumerable. Taxonomy assumes a bounded set of classifiable objects. ATLAS applies a finite-space method to an infinite space. Memory Poisoning (AML.T0080) illustrates the problem from a different angle. The technique says: someone introduces malicious content into an agent's persistent memory. But the "persistent memory" of an MCP agent in March 2026 has nothing in common with that of a RAG chatbot in 2024\. Architectures change every quarter. The technique does not document an observable behavior. It names a concept. You do not detect a concept. ## Four attacks, one identifier Between January and March 2026, four documented attacks target AI systems. All four are classified under the same ATLAS identifiers. All four exploit mechanisms that have nothing in common. ZombieAgent (Radware, January 2026) injects instructions into ChatGPT's persistent memory via a shared file. The attack modifies the model's behavioral rules to exfiltrate user data with every future message. When OpenAI blocks dynamic URLs, researchers bypass by exfiltrating character by character through pre-constructed URLs⁷. ATLAS classification: AML.T0080 + AML.T0051. Superhuman AI (PromptArmor, January 2026) exploits a prompt injection hidden in an email to exfiltrate dozens of sensitive emails (financial, legal, medical data) via a Google Form submission URL in Markdown image syntax. The vector relies on a specific CSP rule authorizing image loading from docs.google.com⁸. ATLAS classification: AML.T0051. SANDWORM\_MODE (Socket/Endor Labs, February 2026) installs a malicious MCP server and injects it into AI coding assistants (Claude Code, Cursor, Windsurf). The prompt injection is embedded in MCP tool descriptions, not in the processed data. The AI assistant silently collects environment variables, configuration files and SSH/AWS keys without the developer seeing the instruction⁹. The malware includes a dormant polymorphism capability via Ollama (automatic rewriting of malicious code by a local LLM)⁹. ATLAS classification: AML.T0051. CVE-2025-15060/ZDI-26-124 (Trend Research, February 2026): a classic command injection in a claude-hovercraft package, CVSS 9.8, remotely exploitable, no authentication, no user interaction required¹⁰. A mundane software security flaw in an AI ecosystem tool. ATLAS does not cover it. Neither does ATT&CK, specifically. Four incidents in two months. Four entirely distinct mechanisms. Three classified under the same AML.T0051 or AML.T0080 identifiers. One unclassifiable. No detection rule written for ZombieAgent detects SANDWORM\_MODE. None. They share an ATLAS identifier. They share nothing else. In February 2026, MITRE conducted a rapid investigation of OpenClaw, the most widely deployed open-source agentic tool, and identified seven new agent-specific techniques¹⁶. OpenClaw uses ATLAS as its official threat model¹⁷. Researchers developed 47 adversarial scenarios mapped to ATLAS and ATT&CK to test OpenClaw's resilience. Result: an average defense rate of 17%¹⁸. Worse than ATT&CK's 21% SIEM coverage. The most widely deployed agentic tool, tested against the framework designed to protect it, and attacks get through 83% of the time. Mapping techniques does not produce defense. In March 2026, a systematic review of threat intelligence sources for AI confirms the void¹⁴. The authors survey ATLAS, AVID (40 documented vulnerabilities, 10 reports), AIID (1,366 incidents with "populated inconsistently" taxonomy annotations), OWASP, ENISA, SAIF. Their conclusion: existing resources "remain incomplete." The only concrete indicators of compromise the paper manages to document are SHA1 hashes of malicious PyTorch files on Hugging Face and infrastructure IP addresses. 1998 IoCs applied to 2026 artifacts. Five years after ATLAS launched, researchers are still proposing research directions to define what an operational indicator would look like. The framework named the techniques. It did not arm the defenders. ## What OWASP says and ATLAS does not OWASP Top 10 for LLM Applications operates differently. The document lists risks, not adversary techniques. It targets developers, not SOC analysts. And in its very first entry (LLM01:2025, Prompt Injection), it writes what ATLAS will never say: "Prompt injection vulnerabilities are possible due to the nature of generative AI. Given the stochastic influence at the heart of the way models work, it is unclear if there are fool-proof methods of prevention."¹⁵ OWASP acknowledges that insecurity is inherent to the technology. The proposed mitigations (semantic filtering, input validation, separation of trusted and untrusted content) are damage-reduction measures, not solutions. The framework does not pretend to catalog the infinite. It says: here are the ten most critical risk categories, do what you can. ATLAS does the opposite. It transports the ATT&CK framework into a domain that OWASP itself admits resists classification, and presents the result as an exploitable threat intelligence base. OWASP is a survival guide. ATLAS is a map of territory that does not exist in stable form. OWASP has its own limitations. It is a Top 10, not a comprehensive framework. Mitigations are recommendations, not guarantees. But at least the document does not misrepresent the nature of the problem it addresses. ## The institution behind the empty framework ATLAS is a MITRE product, developed with the Center for Threat-Informed Defense and funded through the same mechanism of federal contracts and industry collaboration as ATT&CK and D3FEND. Private collaborators include CrowdStrike, Booz Allen Hamilton, Fujitsu, Citigroup, FS-ISAC². The American normative apparatus is under documented degradation on eight simultaneous fronts¹¹. Two directly affect ATLAS. MITRE has lost 440 employees and $28 million in federal contracts canceled by the administration. The CVE program ($57.8 million annually) narrowly avoided extinction in April 2025 before a last-minute contract option extended it¹¹. On April 15, 2026, NIST officially abandoned universal NVD enrichment. Only three categories now receive priority treatment: CISA's KEV catalog, federal software, and critical software as defined by Executive Order 14028\. Everything else is published as "Lowest Priority, not scheduled for immediate enrichment." Harold Booth, NIST computer scientist, at VulnCon26: "Our ability to keep up is just not there."¹¹ The NIST AI Safety Institute has been renamed Center for AI Standards and Innovation (CAISI). Commerce Secretary Lutnick: "Innovators will no longer be limited by these standards." JD Vance at the Paris AI summit: "I'm not here this morning to talk about AI safety."¹¹ The parent institution has officially ceased to consider AI security a priority, while MITRE publishes an AI security framework. ATLAS's private collaborators do not compensate for the institutional void. The ties between cybersecurity vendors who populate the Center for Threat-Informed Defense and the intelligence community are documented¹². Their presence in ATLAS reproduces the same producer biases documented for ATT&CK³. The survivorship bias gets worse. For ATT&CK, at least organizations know they have been attacked (even if they only see a fifth of it). For AI threats, 62% of security practitioners have no way of knowing where LLMs are used in their organization¹³. You do not report incidents you do not know how to observe. MITRE's AI Incident Sharing initiative (launched October 2024²) will collect incidents that organizations detect. The 62% who see nothing will send nothing. 42 case studies for 84 techniques is still half a case per technique. The framework grows; the empirical coverage per technique does not move. ATT&CK documents its major techniques through dozens of incident reports. ATLAS, after five updates in six months, maintains the same skeletal ratio. ## When the threat arrives, no one calls ATLAS On April 7, 2026, Anthropic announced Claude Mythos Preview, a model capable of autonomously identifying and exploiting critical vulnerabilities across all major operating systems and browsers¹⁹. Mythos identified a 27-year-old bug in OpenBSD's TCP SACK implementation, a system known for its security, that decades of code review and automated fuzzing had not detected. Two packets are enough to crash any affected server. It found and exploited, without human intervention, a 17-year-old remote code execution vulnerability in FreeBSD (CVE-2026-4747), constructing a 20-gadget ROP chain split across six distinct RPC requests to obtain unauthenticated root access²⁰. It identified a 16-year-old flaw in FFmpeg's H.264 codec, software whose vulnerable code path had survived five million automated fuzzing passes²¹. On Firefox's JavaScript engine, Mythos produced 181 working exploits versus 2 for Opus 4.6²¹. Anthropic briefed CISA and CAISI before the public announcement¹⁹. The institution renamed as an innovation accelerator was now expected to assess the most serious AI threat ever documented. Neither CISA nor NIST responded to requests for comment¹⁹. In response, Anthropic launched Project Glasswing: AWS, Apple, Broadcom, Cisco, CrowdStrike, Google, JPMorgan Chase, Linux Foundation, Microsoft, NVIDIA, Palo Alto Networks, and over 40 additional organizations. $100 million in usage credits²⁰. The Cloud Security Alliance published an emergency briefing, "The AI Vulnerability Storm," co-authored with former CISA director Jen Easterly, Bruce Schneier, Chris Inglis, Phil Venables, and over 250 CISOs²¹. The UK AI Security Institute evaluated Mythos in a 32-step network attack simulation and concluded the model can autonomously achieve complete control of an enterprise network²¹. ATLAS is mentioned in none of these documents. Not in the Glasswing announcement, not in the CSA briefing, not in the UK AISI evaluation, not in CISA or CAISI communications. No ATLAS technique is cited to characterize what Mythos does. When the first major AI threat materializes, the framework designed to catalog AI threats is absent from the conversation. The industry built its response by bypassing the MITRE architecture entirely. ATLAS is not insufficient. It is ignored. ## What I do not know Whether the similarity techniques proposed by research (deep hashing, semantic fuzzy hashing¹⁴) will produce operational IoCs for AI artifacts, or remain at the conceptual stage. Today, the only documented IoCs for malicious models are file hashes and IP addresses. 1998 tools applied to a 2026 problem. Whether Project Glasswing will produce lasting defensive results or remain a commercial positioning exercise. Schneier called the announcement a successful "PR play"²². The balance between real capability and market positioning remains to be measured. The controlled distribution program lasted 14 hours before unauthorized access was gained, on the same day as the announcement²³. The security of the system meant to secure the world was breached in less than a day. Whether OWASP Top 10 for LLM Applications will evolve into a more comprehensive framework without reproducing ATLAS's errors. The risk-based approach rather than adversary-technique approach is more honest. The question is whether it will be sufficient as agentic architectures multiply attack surfaces every quarter. ## What I know ATT&CK works, poorly, because the objects it catalogs are stable, finite and observable. ATLAS copies the method for a domain where the objects are unstable (techniques mutate with every model update), infinite (the input space is natural language) and often unobservable (62% of organizations cannot see their own AI usage). The taxonomic method requires all three properties. ATLAS possesses none. Schneier has demonstrated that LLM insecurity is architectural, not accidental. Data and commands share the same channel. This flaw produces an infinite attack space that cannot be blocked as a class. Cataloging an infinite space remains a contradiction in terms, regardless of the number of contributors. OpenClaw uses ATLAS as its official threat model. 47 adversarial scenarios tested. 17% defense rate. Mapping techniques onto a framework does not produce resistance to attacks. OWASP knows this and says so. ATLAS ignores it and catalogs. And when Mythos arrives, first AI threat capable of autonomously finding and exploiting zero-days at a scale that exceeds human capabilities, neither Anthropic, nor CISA, nor the CSA, nor the UK AISI mention ATLAS. 84 techniques, 42 case studies, five updates in six months. The threat materializes. The framework is absent. The eldest stood but saw only a fifth of the field³. The middle child dressed up patents as countermeasures⁴. The youngest should never have been born. It applies the only method MITRE knows to a domain that method cannot address, from an institution that has abandoned the very mission the framework is supposed to serve, with half a documented case per technique. Innsmouth had its inhabitants, who collaborated with the entity believing they controlled it. The industry welcomes ATLAS because it looks like ATT&CK. The resemblance is the trap. --- *Sixteenth article in a series on the structural flaws of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/) - *Article 13:* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/) - *Article 14:* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige-2/) - *Article 15:* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black-2/) --- ## References ¹ MITRE ATLAS CHANGELOG. v5.1.0 (November 2025): 16 tactics, 84 techniques, 56 sub-techniques, 32 mitigations, 42 case studies. v5.4.0 (February 2026): agent-focused techniques including "Publish Poisoned AI Agent Tool" and "Escape to Host." Vectra AI, "MITRE ATLAS: 16 tactics and 84 techniques for AI security" [https://www.vectra.ai/topics/mitre-atlas](https://www.vectra.ai/topics/mitre-atlas?ref=klaerenn.fr) ² MITRE (October 2024). "MITRE Launches AI Incident Sharing Initiative." Center for Threat-Informed Defense, Secure AI project. 100+ contributing organizations including CrowdStrike, Booz Allen Hamilton, Fujitsu, Citigroup, FS-ISAC. [https://www.mitre.org/news-insights/news-release/mitre-launches-ai-incident-sharing-initiative](https://www.mitre.org/news-insights/news-release/mitre-launches-ai-incident-sharing-initiative?ref=klaerenn.fr) ³ See "Now You See Me" in this series: ATT&CK, 21% SIEM coverage, survivorship bias, five-year stagnation. [https://www.klaerenn.com/now-you-see-me/](https://www.klaerenn.com/now-you-see-me/?ref=klaerenn.fr) ⁴ See "The Prestige" in this series: D3FEND, patent corpus, no effectiveness measurement, "may-counter" relationships. [https://www.klaerenn.com/the-prestige/](https://www.klaerenn.com/the-prestige/?ref=klaerenn.fr) ⁵ Schneier, B. (May 2024). "LLMs' Data-Control Path Insecurity." Communications of the ACM. [https://www.schneier.com/essays/archives/2024/05/llms-data-control-path-insecurity.html](https://www.schneier.com/essays/archives/2024/05/llms-data-control-path-insecurity.html?ref=klaerenn.fr) ⁶ Raghavan, B. & Schneier, B. (October 2025). "Agentic AI's OODA Loop Problem." IEEE Security & Privacy. [https://www.schneier.com/blog/archives/2025/10/agentic-ais-ooda-loop-problem.html](https://www.schneier.com/blog/archives/2025/10/agentic-ais-ooda-loop-problem.html?ref=klaerenn.fr) ⁷ Radware (January 2026). ZombieAgent: attack on ChatGPT persistent memory, character-by-character exfiltration. Via Ars Technica. [https://arstechnica.com/security/2026/01/chatgpt-falls-to-new-data-pilfering-attack-as-a-vicious-cycle-in-ai-continues/](https://arstechnica.com/security/2026/01/chatgpt-falls-to-new-data-pilfering-attack-as-a-vicious-cycle-in-ai-continues/?ref=klaerenn.fr) ⁸ PromptArmor (January 2026). Superhuman AI: sensitive email exfiltration via prompt injection and pre-filled Google Form in Markdown image. [https://www.promptarmor.com/resources/superhuman-ai-exfiltrates-emails](https://www.promptarmor.com/resources/superhuman-ai-exfiltrates-emails?ref=klaerenn.fr) ⁹ SecurityWeek / Endor Labs / Socket (February 2026). SANDWORM\_MODE: MCP poisoning of AI coding assistants, Ollama-based polymorphism. [https://www.securityweek.com/new-sandworm\_mode-supply-chain-attack-hits-npm/](https://www.securityweek.com/new-sandworm%5Fmode-supply-chain-attack-hits-npm/?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Zero Day Initiative, ZDI-26-124 / CVE-2025-15060 (February 2026). claude-hovercraft, command injection, CVSS 9.8\. [http://www.zerodayinitiative.com/advisories/ZDI-26-124/](http://www.zerodayinitiative.com/advisories/ZDI-26-124/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ See "Pitch Black" in this series: eight NIST degradation vectors, AISI to CAISI pivot, MITRE: 440 employees laid off, $28M in contracts canceled, CVE program near-extinction, NVD universal enrichment abandoned April 2026\. [https://www.klaerenn.com/pitch-black/](https://www.klaerenn.com/pitch-black/?ref=klaerenn.fr) ¹² See "Soylent Green" in this series: ties between cybersecurity vendors and the intelligence community. [https://www.klaerenn.com/soylent-green/](https://www.klaerenn.com/soylent-green/?ref=klaerenn.fr) ¹³ Harness (2025). Survey of 500 security practitioners (US, UK, France, Germany): 62% have no way of knowing where LLMs are used in their organization. Via VentureBeat, January 2026\. [https://venturebeat.com/security/seven-steps-to-ai-supply-chain-visibility](https://venturebeat.com/security/seven-steps-to-ai-supply-chain-visibility?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Krawczyk, N., Szczepkowski, M., Brodzik, A. & Bocianiak, K. (March 2026). "Cyber Threat Intelligence for Artificial Intelligence Systems." arXiv:2603.05068\. [https://arxiv.org/abs/2603.05068](https://arxiv.org/abs/2603.05068?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ OWASP (2025). "Top 10 for Large Language Model Applications 2025." LLM01:2025, Prompt Injection. [https://genai.owasp.org/llm-top-10/](https://genai.owasp.org/llm-top-10/?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ MITRE (February 2026). "MITRE ATLAS: OpenClaw Investigation." 7 new techniques identified. Center for Threat-Informed Defense. [https://www.mitre.org/news-insights/publication/mitre-atlas-openclaw-investigation](https://www.mitre.org/news-insights/publication/mitre-atlas-openclaw-investigation?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ OpenClaw (February 2026). Official Threat Model built on MITRE ATLAS. [https://docs.openclaw.ai/security/THREAT-MODEL-ATLAS](https://docs.openclaw.ai/security/THREAT-MODEL-ATLAS?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ "Don't Let the Claw Grip Your Hand: A Security Analysis and Defense Framework for OpenClaw" (March 2026). arXiv:2603.10387\. 47 adversarial scenarios, 17% average defense rate. [https://arxiv.org/html/2603.10387v1](https://arxiv.org/html/2603.10387v1?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ NBC News (April 2026). Anthropic briefed CISA and CAISI on Mythos Preview offensive and defensive capabilities. CISA and NIST did not respond to requests for comment. [https://www.nbcnews.com/tech/security/anthropic-project-glasswing-mythos-preview-claude-gets-limited-release-rcna267234](https://www.nbcnews.com/tech/security/anthropic-project-glasswing-mythos-preview-claude-gets-limited-release-rcna267234?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Anthropic (April 7, 2026). Project Glasswing announcement. 11 founding partners + 40 organizations, $100M in credits, $4M in open-source donations. [https://www.anthropic.com/glasswing](https://www.anthropic.com/glasswing?ref=klaerenn.fr) ²¹ CSO Online (April 2026). CSA briefing "The AI Vulnerability Storm" with Jen Easterly, Bruce Schneier, Chris Inglis, Phil Venables, 250+ CISOs. UK AISI: 32-step network attack simulation, full autonomous takeover by Mythos. [https://www.csoonline.com/article/4158117/anthropics-mythos-signals-a-structural-cybersecurity-shift.html](https://www.csoonline.com/article/4158117/anthropics-mythos-signals-a-structural-cybersecurity-shift.html?ref=klaerenn.fr) ²² Schneier, B. (April 13, 2026). "On Anthropic's Mythos Preview and Project Glasswing." "This is very much a PR play by Anthropic, and it worked." [https://www.schneier.com/blog/archives/2026/04/on-anthropics-mythos-preview-and-project-glasswing.html](https://www.schneier.com/blog/archives/2026/04/on-anthropics-mythos-preview-and-project-glasswing.html?ref=klaerenn.fr) ²³ Arnav.au (April 2026). Project Glasswing compromised within 14 hours of the April 7 public announcement, via OpSec failure chain (unsecured CMS, contractor data leak, insufficiently scoped vendor credentials). [https://arnav.au/2026/04/29/anthropic-mythos-ai-breach-2026/](https://arnav.au/2026/04/29/anthropic-mythos-ai-breach-2026/?ref=klaerenn.fr) ### The Thing That Should Not Be URL: https://www.klaerenn.fr/the-thing-that-should-not-be/ Last updated: 2026-09-01T22:51:11.000Z *"Not dead which eternal lie, stranger aeons death may die." — On ne tue pas ce qui n'a jamais vécu. On ne sécurise pas ce qui est insécurisable par architecture.* --- En février 2026, MITRE ATLAS comptait 16 tactiques, 84 techniques, 56 sous-techniques, 32 mitigations et 42 études de cas¹. Plus de 100 organisations gouvernementales, académiques et industrielles contribuent au projet². La mise à jour de février a ajouté des techniques spécifiques aux agents IA, dont « Publish Poisoned AI Agent Tool » et « Escape to Host »¹. Le framework reproduit la structure d'ATT&CK (matrice, identifiants préfixés AML.T, données au format STIX 2.1) et l'étend aux menaces ciblant les systèmes d'intelligence artificielle : empoisonnement de données, extraction de modèle, évasion, prompt injection, manipulation de mémoire persistante. L'ambition est logique. ATT&CK catalogue les techniques offensives contre les systèmes d'information classiques. D3FEND catalogue les contre-mesures défensives. ATLAS étend la même méthode aux systèmes IA. Trois cadres, une méthode unique, un territoire complet. La symétrie est séduisante. J'ai examiné la méthode, les données disponibles, les cas d'attaques documentés entre janvier et avril 2026, et la réponse de l'industrie face à la première menace IA d'ampleur. ATLAS reproduit la structure d'ATT&CK dans un domaine où cette structure n'a aucune valeur opérationnelle. Le framework n'est pas immature. Il n'aurait pas dû exister. ## Pourquoi ATT&CK tient debout ATT&CK fonctionne mal. 21% de couverture SIEM, cinq ans de mesure sans progression, 13% de règles cassées³. Mais ATT&CK fonctionne quand même, au minimum, parce que les objets qu'il catalogue possèdent trois propriétés. D'abord la stabilité. T1003.001 (LSASS Memory) décrit le même comportement en 2018 et en 2026\. L'OS n'a pas muté. Active Directory n'a pas muté. La technique est reproductible. Un analyste qui a écrit une règle de détection en 2020 peut la maintenir en 2026 parce que l'objet qu'elle cible existe encore. Ensuite, l'espace des actions possibles sur un système d'exploitation est fini et énumérable. Le nombre de façons de dumper des credentials, de se déplacer latéralement ou d'exfiltrer des données est grand mais borné. On peut cataloguer un espace fini. Le catalogue sera incomplet (il l'est, à 21%), mais la démarche a un sens logique. Troisième propriété : les techniques ATT&CK laissent des traces dans les logs, les flux réseau, les registres système. Ces traces sont détectables par des outils déterministes. Mal détectées, souvent ignorées, mais détectables en principe. D3FEND échoue à exploiter ces propriétés correctement (corpus de brevets, absence de mesure d'effectivité, relations « may-counter » jamais validées⁴). Mais les propriétés elles-mêmes existent dans le domaine classique. La méthode taxonomique peut fonctionner, mal, avec ces propriétés. Sans elles, elle ne peut pas fonctionner du tout. ## Le domaine qui ne se prête pas à la classification Les systèmes IA ne possèdent aucune des trois propriétés. Bruce Schneier a nommé le problème en mai 2024 : les LLM mélangent données et commandes dans un seul canal, et contrairement au réseau téléphonique pré-SS7 qui souffrait du même défaut, on ne peut pas les séparer⁵. Schneier en tire la conséquence directe : les attaques individuelles sont faciles à prévenir une fois publiées, mais il en existe un nombre infini et aucun moyen de les bloquer en tant que classe⁵. En octobre 2025, Schneier et Raghavan ont formalisé le problème dans IEEE Security & Privacy en appliquant la boucle OODA aux agents IA⁶. Leur conclusion : l'adversaire n'est pas dans la boucle par accident, il y est par architecture. L'IA à l'échelle du web produit la défaillance de l'intégrité à l'échelle du web. Chaque capacité ajoutée corrompt. L'intégrité n'est pas une fonctionnalité qu'on ajoute, c'est une architecture qu'on choisit. Les systèmes IA actuels ont été construits pour la vitesse et l'intelligence, pas pour la sécurité⁶. Ce diagnostic détruit la prémisse d'ATLAS avant même qu'on en examine le contenu. Un prompt injection (AML.T0051 dans ATLAS) n'est pas un objet stable. Ce qui traverse les guardrails de Claude 3.5 ne traverse pas ceux d'Opus 4.6\. Ce qui fonctionne sur GPT-4o ne fonctionne pas sur GPT-4.5\. La « technique » change de nature à chaque mise à jour de poids du modèle. T1003.001 dans ATT&CK décrit un comportement reproductible. AML.T0051 dans ATLAS décrit une catégorie tellement vaste qu'elle ne guide aucune action défensive concrète. Un catalogue utile distingue T1003.001 (LSASS Memory) de T1003.003 (NTDS) parce que les deux se détectent différemment. AML.T0051 couvre l'intégralité de l'espace des entrées en langage naturel qui peuvent détourner un modèle. Personne n'écrira une règle de détection sur « tout ce qu'on peut dire à un LLM pour le manipuler ». L'espace d'attaque des systèmes classiques est fini. L'espace d'entrée d'un LLM est le langage naturel, non fini et non énumérable. La taxonomie suppose un ensemble borné d'objets classifiables. ATLAS applique une méthode pour espace fini à un espace infini. Memory Poisoning (AML.T0080) illustre le problème sous un angle différent. La technique dit : quelqu'un introduit du contenu malveillant dans la mémoire persistante d'un agent. Mais la « mémoire persistante » d'un agent MCP en mars 2026 n'a rien à voir avec celle d'un chatbot RAG de 2024\. Les architectures changent tous les trimestres. La technique ne documente pas un comportement observable. Elle nomme un concept. On ne détecte pas un concept. ## Quatre attaques, un seul identifiant Entre janvier et mars 2026, quatre attaques documentées ciblent des systèmes IA. Les quatre se classent sous les mêmes identifiants ATLAS. Les quatre exploitent des mécanismes qui n'ont rien en commun. ZombieAgent (Radware, janvier 2026) injecte des instructions dans la mémoire persistante de ChatGPT via un fichier partagé. L'attaque modifie les règles de comportement du modèle pour exfiltrer les données de l'utilisateur à chaque message futur. Quand OpenAI bloque les URLs dynamiques, les chercheurs contournent en exfiltrant caractère par caractère via des URLs pré-construites⁷. Classification ATLAS : AML.T0080 + AML.T0051. Superhuman AI (PromptArmor, janvier 2026) exploite une injection de prompt cachée dans un email pour exfiltrer des dizaines d'emails sensibles (données financières, juridiques, médicales) via une URL de soumission Google Form en syntaxe Markdown image. Le vecteur repose sur une règle CSP spécifique qui autorise le chargement d'images depuis docs.google.com⁸. Classification ATLAS : AML.T0051. SANDWORM\_MODE (Socket/Endor Labs, février 2026) installe un serveur MCP malveillant et l'injecte dans les assistants de codage IA (Claude Code, Cursor, Windsurf). Le prompt injection est embarqué dans les descriptions d'outils MCP, pas dans les données traitées. L'assistant IA collecte silencieusement les variables d'environnement, les fichiers de configuration et les clés SSH/AWS sans que le développeur voie l'instruction⁹. Le malware embarque une capacité dormante de polymorphisme via Ollama (réécriture automatique du code malveillant par LLM local)⁹. Classification ATLAS : AML.T0051. CVE-2025-15060/ZDI-26-124 (Trend Research, février 2026) : une injection de commande classique dans un package claude-hovercraft, CVSS 9.8, exploitable à distance, sans authentification, sans interaction utilisateur¹⁰. Une faille de sécurité logicielle banale dans un outil de l'écosystème IA. ATLAS ne la couvre pas. ATT&CK non plus, spécifiquement. Quatre incidents en deux mois. Quatre mécanismes totalement distincts. Trois classifiés sous les mêmes identifiants AML.T0051 ou AML.T0080\. Un non classifiable. Aucune règle de détection écrite pour ZombieAgent ne détecte SANDWORM\_MODE. Aucune. Elles partagent un identifiant ATLAS. Elles ne partagent rien d'autre. En février 2026, MITRE a conduit une investigation rapide sur OpenClaw, l'outil agentique open source le plus déployé, et a identifié sept nouvelles techniques spécifiques aux agents¹⁶. OpenClaw utilise ATLAS comme threat model officiel¹⁷. Des chercheurs ont développé 47 scénarios adversariaux mappés sur ATLAS et ATT&CK pour tester la résilience d'OpenClaw. Résultat : un taux de défense moyen de 17%¹⁸. Pire que les 21% de couverture SIEM d'ATT&CK. L'outil agentique le plus déployé, testé contre le framework censé le protéger, et les attaques passent dans 83% des cas. Mapper des techniques ne produit pas de la défense. En mars 2026, une revue systématique des sources de threat intelligence pour l'IA confirme le vide¹⁴. Les auteurs passent en revue ATLAS, AVID (40 vulnérabilités documentées, 10 rapports), AIID (1 366 incidents aux annotations taxonomiques « populated inconsistently »), OWASP, ENISA, SAIF. Leur conclusion : les ressources existantes « remain incomplete ». Les seuls indicateurs de compromission concrets que le papier parvient à documenter sont des hashes SHA1 de fichiers PyTorch malveillants sur Hugging Face et des adresses IP d'infrastructure. Des IoC de 1998 appliqués à des artefacts de 2026\. Cinq ans après le lancement d'ATLAS, les chercheurs en sont encore à proposer des directions de recherche pour définir ce que serait un indicateur opérationnel. Le framework a nommé les techniques. Il n'a pas armé les défenseurs. ## Ce qu'OWASP dit et qu'ATLAS ne dit pas OWASP Top 10 for LLM Applications opère différemment. Le document liste des risques, pas des techniques adverses. Il vise les développeurs, pas les analystes SOC. Et dès sa première entrée (LLM01:2025, Prompt Injection), il écrit ce qu'ATLAS ne dira jamais : « Prompt injection vulnerabilities are possible due to the nature of generative AI. Given the stochastic influence at the heart of the way models work, it is unclear if there are fool-proof methods of prevention. »¹⁵ OWASP reconnaît que l'insécurité est inhérente à la technologie. Les mitigations proposées (filtrage sémantique, validation d'entrées, séparation des contenus fiables et non fiables) sont des mesures de réduction de dommage, pas des solutions. Le cadre ne prétend pas cataloguer l'infini. Il dit : voici les dix catégories de risque les plus graves, faites ce que vous pouvez. ATLAS fait l'inverse. Il transporte la grille ATT&CK dans un domaine dont OWASP admet qu'il résiste à la classification, et il présente le résultat comme une base de threat intelligence exploitable. OWASP est un guide de survie. ATLAS est une cartographie d'un territoire qui n'existe pas sous forme stable. OWASP a ses propres limites. C'est un Top 10, pas un cadre complet. Les mitigations sont des recommandations, pas des garanties. Mais au moins, le document ne ment pas sur la nature du problème qu'il traite. ## L'institution derrière le cadre vide ATLAS est un produit MITRE, développé avec le Center for Threat-Informed Defense et financé par le même mécanisme de contrats fédéraux et de collaboration industrielle que ATT&CK et D3FEND. Les collaborateurs privés incluent CrowdStrike, Booz Allen Hamilton, Fujitsu, Citigroup, FS-ISAC². L'appareil normatif américain subit une dégradation documentée sur huit fronts simultanés¹¹. Deux touchent directement ATLAS. MITRE a perdu 440 employés et 28 millions de dollars de contrats fédéraux annulés par l'administration. Le programme CVE (57,8 millions de dollars annuels) a frôlé l'extinction en avril 2025 avant qu'une option contractuelle de dernière minute ne le prolonge¹¹. Le 15 avril 2026, le NIST a officiellement abandonné l'enrichissement universel du NVD. Seuls trois critères reçoivent désormais un traitement prioritaire : le catalogue KEV de CISA, les logiciels fédéraux, et les logiciels critiques définis par l'Executive Order 14028\. Tout le reste est publié en « Lowest Priority, not scheduled for immediate enrichment ». Harold Booth, computer scientist au NIST, à VulnCon26 : « Our ability to keep up is just not there. »¹¹ Le NIST AI Safety Institute a été renommé Center for AI Standards and Innovation (CAISI). Le secrétaire au Commerce Lutnick : « Innovators will no longer be limited by these standards. » JD Vance au sommet IA de Paris : « I'm not here this morning to talk about AI safety. »¹¹ L'institution parente a officiellement cessé de considérer la sécurité IA comme une priorité, pendant que MITRE publie un framework de sécurité IA. Les collaborateurs privés d'ATLAS ne compensent pas le vide institutionnel. Les liens entre les éditeurs de cybersécurité qui peuplent le Center for Threat-Informed Defense et la communauté du renseignement sont documentés¹². Leur présence dans ATLAS reproduit les mêmes biais de producteur documentés pour ATT&CK³. Le biais de survivabilité s'aggrave. Pour ATT&CK, au moins, les organisations savent qu'elles ont subi une attaque (même si elles n'en voient qu'un cinquième). Pour les menaces IA, 62% des praticiens sécurité n'ont aucun moyen de savoir où les LLM sont utilisés dans leur organisation¹³. On ne signale pas des incidents qu'on ne sait pas observer. L'AI Incident Sharing initiative de MITRE (lancée en octobre 2024²) recueillera les incidents que les organisations détectent. Les 62% qui ne voient rien n'enverront rien. 42 études de cas pour 84 techniques, c'est toujours un demi-cas par technique. Le framework grossit, la couverture empirique par technique ne bouge pas. ATT&CK documente ses techniques majeures par des dizaines de rapports d'incident. ATLAS, après cinq mises à jour en six mois, maintient le même ratio squelettique. ## Quand la menace arrive, personne n'appelle ATLAS Le 7 avril 2026, Anthropic a annoncé Claude Mythos Preview, un modèle capable d'identifier et d'exploiter de manière autonome des vulnérabilités critiques dans tous les systèmes d'exploitation et navigateurs majeurs¹⁹. Mythos a identifié un bug de 27 ans dans l'implémentation TCP SACK d'OpenBSD, un système connu pour sa sécurité, que des décennies de revue de code et de fuzzing automatisé n'avaient pas détecté. Deux paquets suffisent à crasher n'importe quel serveur concerné. Il a trouvé et exploité, sans intervention humaine, une vulnérabilité d'exécution de code à distance vieille de 17 ans dans FreeBSD (CVE-2026-4747), construisant une chaîne ROP de 20 gadgets répartie sur six requêtes RPC distinctes pour obtenir un accès root non authentifié²⁰. Il a identifié une faille de 16 ans dans le codec H.264 de FFmpeg, un logiciel dont le chemin de code vulnérable avait survécu à cinq millions de passes de fuzzing²¹. Sur le moteur JavaScript de Firefox, Mythos a produit 181 exploits fonctionnels contre 2 pour Opus 4.6²¹. Anthropic a briefé CISA et CAISI avant l'annonce publique¹⁹. L'institution rebaptisée en accélérateur d'innovation devait maintenant évaluer la menace IA la plus sérieuse jamais documentée. Ni CISA ni le NIST n'ont répondu aux demandes de commentaire¹⁹. En réponse, Anthropic a lancé Project Glasswing : AWS, Apple, Broadcom, Cisco, CrowdStrike, Google, JPMorgan Chase, Linux Foundation, Microsoft, NVIDIA, Palo Alto Networks, et plus de 40 organisations supplémentaires. 100 millions de dollars de crédits d'usage²⁰. Le Cloud Security Alliance a publié un briefing d'urgence, « The AI Vulnerability Storm », rédigé avec l'ex-directrice de CISA Jen Easterly, Bruce Schneier, Chris Inglis, Phil Venables, et plus de 250 CISO²¹. Le UK AI Security Institute a évalué Mythos dans une simulation d'attaque réseau en 32 étapes et conclu que le modèle peut prendre le contrôle complet d'un réseau d'entreprise de manière autonome²¹. ATLAS n'est mentionné dans aucun de ces documents. Ni dans l'annonce Glasswing, ni dans le briefing CSA, ni dans l'évaluation du UK AISI, ni dans les communications de CISA ou CAISI. Aucune technique ATLAS n'est citée pour caractériser ce que Mythos fait. Quand la première menace IA d'ampleur se matérialise, le framework censé cataloguer les menaces IA est absent de la conversation. L'industrie a construit sa réponse en contournant l'architecture MITRE. ATLAS n'est pas insuffisant. Il est ignoré. ## Ce que je ne sais pas Si les techniques de similarité proposées par la recherche (deep hashing, fuzzy hashing sémantique¹⁴) produiront des IoC opérationnels pour les artefacts IA, ou si elles resteront au stade conceptuel. Aujourd'hui, les seuls IoC documentés pour les modèles malveillants sont des hashes de fichiers et des adresses IP. Des outils de 1998 appliqués à un problème de 2026. Si Project Glasswing produira des résultats défensifs durables ou restera un exercice de positionnement commercial. Schneier a qualifié l'annonce de « PR play » réussi²². La part de capacité réelle et la part de positionnement de marché restent à mesurer. Le programme de distribution contrôlée a tenu 14 heures avant qu'un accès non autorisé soit obtenu, le jour même de l'annonce²³. La sécurité du dispositif censé sécuriser le monde a été percée en moins d'une journée. Si OWASP Top 10 for LLM Applications évoluera vers un cadre plus complet sans reproduire les erreurs d'ATLAS. L'approche par risques plutôt que par techniques adverses est plus honnête. La question est de savoir si elle sera suffisante face à l'accélération des architectures agentiques qui multiplient les surfaces d'attaque à chaque trimestre. ## Ce que je sais ATT&CK fonctionne, mal, parce que les objets qu'il catalogue sont stables, finis et observables. ATLAS copie la méthode pour un domaine où les objets sont instables (les techniques mutent à chaque mise à jour de modèle), infinis (l'espace d'entrée est le langage naturel) et souvent inobservables (62% des organisations ne voient pas leurs propres usages IA). La méthode taxonomique suppose les trois propriétés. ATLAS n'en possède aucune. Schneier a démontré que l'insécurité des LLM est architecturale, pas accidentelle. Les données et les commandes partagent le même canal. Ce défaut produit un espace d'attaque infini et non bloquable en tant que classe. Cataloguer un espace infini reste une contradiction dans les termes, quel que soit le nombre de contributeurs. OpenClaw utilise ATLAS comme threat model officiel. 47 scénarios adversariaux testés. 17% de taux de défense. Mapper des techniques sur un cadre ne produit pas de résistance aux attaques. OWASP le sait et le dit. ATLAS l'ignore et catalogue. Et quand Mythos arrive, première menace IA capable de trouver et d'exploiter des zero-days de manière autonome à une échelle qui dépasse les capacités humaines, ni Anthropic, ni CISA, ni le CSA, ni le UK AISI ne mentionnent ATLAS. 84 techniques, 42 études de cas, cinq mises à jour en six mois. La menace se matérialise. Le framework est absent. L'aîné tenait debout mais ne voyait qu'un cinquième du champ³. Le cadet habillait les brevets en contre-mesures⁴. Le benjamin n'aurait pas dû naître. Il applique la seule méthode que MITRE connaît à un domaine que cette méthode ne peut pas traiter, depuis une institution qui a renoncé à la mission que le framework est censé servir, avec un demi-cas documenté par technique. Innsmouth avait ses habitants, qui collaboraient avec l'entité en croyant la contrôler. L'industrie accueille ATLAS parce qu'il ressemble à ATT&CK. La ressemblance est le piège. --- *Seizième article d'une série sur les failles de construction de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) - *Article 13 :* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/) - *Article 14 :* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige/) - *Article 15 :* [*Pitch Black*](https://www.klaerenn.fr/pitch-black/) --- ## Références ¹ MITRE ATLAS CHANGELOG. v5.1.0 (novembre 2025) : 16 tactiques, 84 techniques, 56 sous-techniques, 32 mitigations, 42 études de cas. v5.4.0 (février 2026) : ajout de techniques agentiques dont « Publish Poisoned AI Agent Tool » et « Escape to Host ». Vectra AI, « MITRE ATLAS: 16 tactics and 84 techniques for AI security » [https://www.vectra.ai/topics/mitre-atlas](https://www.vectra.ai/topics/mitre-atlas?ref=klaerenn.fr) ² MITRE (octobre 2024). « MITRE Launches AI Incident Sharing Initiative ». Center for Threat-Informed Defense, projet Secure AI. Plus de 100 organisations contributrices dont CrowdStrike, Booz Allen Hamilton, Fujitsu, Citigroup, FS-ISAC. [https://www.mitre.org/news-insights/news-release/mitre-launches-ai-incident-sharing-initiative](https://www.mitre.org/news-insights/news-release/mitre-launches-ai-incident-sharing-initiative?ref=klaerenn.fr) ³ Voir « Now You See Me » dans cette série : ATT&CK, 21% de couverture SIEM, biais de survivabilité, stagnation sur cinq ans. ⁴ Voir « The Prestige » dans cette série : D3FEND, corpus de brevets, absence de mesure d'effectivité, relations « may-counter ». ⁵ Schneier, B. (mai 2024). « LLMs' Data-Control Path Insecurity ». Communications of the ACM. [https://www.schneier.com/essays/archives/2024/05/llms-data-control-path-insecurity.html](https://www.schneier.com/essays/archives/2024/05/llms-data-control-path-insecurity.html?ref=klaerenn.fr) ⁶ Raghavan, B. & Schneier, B. (octobre 2025). « Agentic AI's OODA Loop Problem ». IEEE Security & Privacy. [https://www.schneier.com/blog/archives/2025/10/agentic-ais-ooda-loop-problem.html](https://www.schneier.com/blog/archives/2025/10/agentic-ais-ooda-loop-problem.html?ref=klaerenn.fr) ⁷ Radware (janvier 2026). ZombieAgent : attaque sur la mémoire persistante de ChatGPT, exfiltration caractère par caractère. Via Ars Technica. [https://arstechnica.com/security/2026/01/chatgpt-falls-to-new-data-pilfering-attack-as-a-vicious-cycle-in-ai-continues/](https://arstechnica.com/security/2026/01/chatgpt-falls-to-new-data-pilfering-attack-as-a-vicious-cycle-in-ai-continues/?ref=klaerenn.fr) ⁸ PromptArmor (janvier 2026). Superhuman AI : exfiltration d'emails sensibles via injection de prompt et Google Form pré-rempli en Markdown image. [https://www.promptarmor.com/resources/superhuman-ai-exfiltrates-emails](https://www.promptarmor.com/resources/superhuman-ai-exfiltrates-emails?ref=klaerenn.fr) ⁹ SecurityWeek / Endor Labs / Socket (février 2026). SANDWORM\_MODE : empoisonnement MCP des assistants de codage IA, polymorphisme via Ollama. [https://www.securityweek.com/new-sandworm\_mode-supply-chain-attack-hits-npm/](https://www.securityweek.com/new-sandworm%5Fmode-supply-chain-attack-hits-npm/?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Zero Day Initiative, ZDI-26-124 / CVE-2025-15060 (février 2026). claude-hovercraft, injection de commande, CVSS 9.8\. [http://www.zerodayinitiative.com/advisories/ZDI-26-124/](http://www.zerodayinitiative.com/advisories/ZDI-26-124/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Voir « Pitch Black » dans cette série : huit vecteurs de dégradation NIST, pivot AISI → CAISI, MITRE : 440 employés licenciés, 28 M$ de contrats annulés, CVE à 11 mois. ¹² Voir « Soylent Green » dans cette série : liens entre éditeurs de cybersécurité et communauté du renseignement. ¹³ Harness (2025). Enquête sur 500 praticiens sécurité (US, UK, France, Allemagne) : 62% n'ont aucun moyen de savoir où les LLM sont utilisés dans leur organisation. Via VentureBeat, janvier 2026\. [https://venturebeat.com/security/seven-steps-to-ai-supply-chain-visibility](https://venturebeat.com/security/seven-steps-to-ai-supply-chain-visibility?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Krawczyk, N., Szczepkowski, M., Brodzik, A. & Bocianiak, K. (mars 2026). « Cyber Threat Intelligence for Artificial Intelligence Systems ». arXiv:2603.05068\. [https://arxiv.org/abs/2603.05068](https://arxiv.org/abs/2603.05068?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ OWASP (2025). « Top 10 for Large Language Model Applications 2025 ». LLM01:2025 — Prompt Injection. [https://genai.owasp.org/llm-top-10/](https://genai.owasp.org/llm-top-10/?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ MITRE (février 2026). « MITRE ATLAS: OpenClaw Investigation ». 7 nouvelles techniques identifiées. Center for Threat-Informed Defense. [https://www.mitre.org/news-insights/publication/mitre-atlas-openclaw-investigation](https://www.mitre.org/news-insights/publication/mitre-atlas-openclaw-investigation?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ OpenClaw (février 2026). Threat Model officiel construit sur MITRE ATLAS. [https://docs.openclaw.ai/security/THREAT-MODEL-ATLAS](https://docs.openclaw.ai/security/THREAT-MODEL-ATLAS?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ « Don't Let the Claw Grip Your Hand: A Security Analysis and Defense Framework for OpenClaw » (mars 2026). arXiv:2603.10387\. 47 scénarios adversariaux, taux de défense moyen de 17%. [https://arxiv.org/html/2603.10387v1](https://arxiv.org/html/2603.10387v1?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ NBC News (avril 2026). Anthropic a briefé CISA et CAISI sur les capacités offensives et défensives de Mythos Preview. CISA et le NIST n'ont pas répondu aux demandes de commentaire. [https://www.nbcnews.com/tech/security/anthropic-project-glasswing-mythos-preview-claude-gets-limited-release-rcna267234](https://www.nbcnews.com/tech/security/anthropic-project-glasswing-mythos-preview-claude-gets-limited-release-rcna267234?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Anthropic (7 avril 2026). Annonce Project Glasswing. 11 partenaires fondateurs + 40 organisations, 100 M$ de crédits, 4 M$ de dons aux organisations open source. [https://www.anthropic.com/glasswing](https://www.anthropic.com/glasswing?ref=klaerenn.fr) ²¹ CSO Online (avril 2026). Briefing CSA « The AI Vulnerability Storm » avec Jen Easterly, Bruce Schneier, Chris Inglis, Phil Venables, 250+ CISO. UK AISI : simulation d'attaque réseau en 32 étapes, prise de contrôle complète par Mythos. [https://www.csoonline.com/article/4158117/anthropics-mythos-signals-a-structural-cybersecurity-shift.html](https://www.csoonline.com/article/4158117/anthropics-mythos-signals-a-structural-cybersecurity-shift.html?ref=klaerenn.fr) ²² Schneier, B. (13 avril 2026). « On Anthropic's Mythos Preview and Project Glasswing ». « This is very much a PR play by Anthropic — and it worked. » [https://www.schneier.com/blog/archives/2026/04/on-anthropics-mythos-preview-and-project-glasswing.html](https://www.schneier.com/blog/archives/2026/04/on-anthropics-mythos-preview-and-project-glasswing.html?ref=klaerenn.fr) ²³ Arnav.au (avril 2026). Project Glasswing compromis dans les 14 heures suivant l'annonce publique du 7 avril 2026, via une chaîne de failles OpSec (CMS non sécurisé, fuite de données chez un sous-traitant, credentials vendeur insuffisamment scopés). [https://arnav.au/2026/04/29/anthropic-mythos-ai-breach-2026/](https://arnav.au/2026/04/29/anthropic-mythos-ai-breach-2026/?ref=klaerenn.fr) ### L'ubérisation labellisée de la cybersécurité des PME URL: https://www.klaerenn.fr/luberisation-labellisee-de-la-cybersecurite-des-pme/ Last updated: 2026-05-15T06:54:36.000Z > *« Cet homme n'est pas un devin. C'est un charlatan. »* — Panoramix, *Le Devin* --- Le 17 avril 2026, la Direction générale des Entreprises a annoncé ScoreFact comme lauréate de l'appel à projets \*« Dispositif de labellisation des experts numériques »\*¹. La société, subventionnée par fonds publics, opérera désormais un label adossé à la marque France Num. Le périmètre annoncé inclut explicitement la cybersécurité, aux côtés de la stratégie numérique, de l'intelligence artificielle, de la gestion et du e-commerce. Une TPE qui consultera demain l'annuaire France Num pour sécuriser son système d'information pourra légitimement penser que les prestataires labellisés ont fait l'objet d'une évaluation cyber par l'État. Aucune évaluation cyber n'est prévue par le dispositif. ## Ce que la DGE a annoncé Le communiqué de la DGE désigne l'opérateur retenu pour mettre en œuvre le label France Num à destination des prestataires accompagnant les TPE et PME dans leur transformation numérique. L'AAP avait été ouvert le 6 juin 2025 et clos le 11 juillet 2025⁹. Trente-cinq jours de candidature, neuf mois d'instruction. Le communiqué précise que le label couvrira la stratégie numérique, l'intelligence artificielle, la cybersécurité, la gestion et le e-commerce. Le coût visé pour le prestataire candidat est annoncé entre 200 et 400 euros, audit reconduit tous les deux ans. Aucune réaction publique n'est venue, dans les semaines suivant l'annonce, des co-rédacteurs du référentiel sur lequel s'appuie le dispositif. Aucune communication non plus de Cybermalveillance.gouv.fr, de l'ANSSI ou du SGDSN. La presse spécialisée a relayé l'information sans la commenter¹⁰¹¹. ## Ce que le label évalue vraiment Le référentiel sur lequel ScoreFact opérera est public, publié sous licence Etalab le 22 avril 2025². Il a été élaboré par un groupe de travail piloté par la DGE, associant six Régions, CCI France, CMA France, Numeum, Cinov Digital, la CPME, la Confédération des commerçants et artisans des métropoles de France, l'Afnic, Cybermalveillance.gouv.fr et le GIE Carte Bancaire. Sa méthode d'évaluation y est définie en une phrase qui résume tout le dispositif : *« Les critères d'évaluation sont des axes sur lesquels une mesure objective de la satisfaction clients est réalisée. »* Le label repose donc, exclusivement, sur une enquête de satisfaction conduite auprès d'un échantillon de clients du prestataire candidat. Pas d'audit technique, pas de vérification documentaire, pas de test de connaissances, pas d'exigence de certification individuelle des collaborateurs, pas d'obligation de RC Pro, pas d'audit sur site, pas d'organisme certificateur tiers indépendant requis. Le seuil d'éligibilité est fixé à 30 000 euros HT de chiffre d'affaires sur la matière, 4 clients référents, 2 ans d'ancienneté. La méthode a été testée sur 43 prestataires Activateurs France Num, 235 clients sondés, 152 réponses exploitées. C'est exactement la mécanique d'évaluation d'un commerce sur Google Maps. Un restaurant noté 4,7 étoiles a des clients contents. Personne n'a vérifié sa cuisine. Pour choisir un restaurant, c'est utile. Pour vérifier le respect des règles d'hygiène alimentaire, la DGCCRF intervient par ailleurs. Pour le label France Num appliqué à la cybersécurité, la DGCCRF du cyber, c'est ExpertCyber. Aucune communication publique ne documente, à ce stade, l'articulation entre les deux dispositifs. ## Le contournement de l'opérateur public compétent ExpertCyber est un dispositif public de labellisation des prestataires en cybersécurité de proximité, lancé en 2020 par le GIP ACYMA (Cybermalveillance.gouv.fr) en partenariat avec AFNOR Certification³. Il évalue, par audit AFNOR conduit par auditeur qualifié, la conformité du prestataire à un référentiel technique d'une cinquantaine de critères. Le recueil V3, publié le 5 novembre 2025, couvre la conformité réglementaire, l'organisation interne, la qualité de l'offre de service en sécurité numérique, les compétences individuelles des salariés (avec mention explicite des certifications type CISSP, Lead Implementer ISO 27001, Lead Cybersecurity Manager ISO 27032, EBIOS RM), une attestation sur l'honneur de respect législatif, une RC Pro obligatoire, et un questionnaire technique chronométré avec note éliminatoire⁴. La labellisation est délivrée pour deux ans, audit à 800 euros HT. Plusieurs centaines de prestataires sont aujourd'hui labellisés. Le label France Num crée donc, sur le périmètre cybersécurité, un dispositif concurrent d'ExpertCyber, avec un signal public adossé à la marque de l'État, mais sans aucune des exigences techniques d'ExpertCyber. Cybermalveillance.gouv.fr figure formellement parmi les co-rédacteurs du référentiel d'avril 2025\. Aucune information publique ne documente, à ce stade, que cette participation soit allée au-delà de la rédaction du document Etalab. Aucune trace publique de coordination interministérielle ne ressort, sur le choix de l'opérateur, sur l'inclusion du périmètre cybersécurité dans le label, ni sur l'articulation entre les deux dispositifs publics. Le dispositif a été conçu par la DGE, qui dépend du ministère de l'Économie. L'opérateur public cyber compétent dépend d'un autre triptyque institutionnel : SGDSN, ministère de l'Intérieur, ANSSI. Bercy a annoncé un dispositif sur un périmètre dont l'opérateur public est tutélé par cet autre triptyque, sans coordination avec lui. La conséquence opérationnelle est immédiate. Deux signaux publics, portés par deux dispositifs très inégalement exigeants, vont coexister sur le marché cyber de proximité, sans que la PME utilisatrice puisse les distinguer. ## L'opérateur retenu et ce qu'il vend par ailleurs ScoreFact est une SAS française, siège social Paris XVI, fondée en 2016, dirigée par Raphaël d'Halluin⁵. Son cœur historique d'activité est la certification de la satisfaction client dans l'écosystème IT, principalement orientée éditeurs et intégrateurs ERP/CRM/BI (Microsoft Dynamics, Sage, INES CRM, Prodware, Divalto, COSMO CONSULT). La méthodologie SF-SRS, propriétaire et non publique, repose sur un audit annuel par questionnaire papier-web-téléphone auprès de 60 à 100 % du parc client du prestataire évalué. Trois niveaux de label sont attribués (Promising, Expert, Excellent), avec un système d'étoiles cumulatives par années consécutives. Tarif communément pratiqué : environ 5 500 euros par audit. La lecture publique du site ScoreFact montre un second pan d'activité, qui n'est pas un complément marginal. La page Contact mentionne explicitement parmi les services proposés : \*« Préparation de transactions FUSAC - M&A, Vendor Due Diligence, Gestion de portfolio d'entreprises (Private Equity), Labels sur mesure, Édition de Panoramas sectoriels. »\*⁶ L'indicateur Score-Churn, présenté comme stratégique exclusif, a été créé en 2008 *« pour accompagner les fonds d'investissements dans leurs investissements dans le secteur IT »*. Les données collectées dans le cadre des audits *« sont également mises à disposition d'analystes, sociétés de conseil, presse, fonds d'investissement »* via abonnement spécifique payant. Le post LinkedIn corporate ScoreFact daté de 2024 résume : \*« ScoreFact apporte les data extra financières qui rationalisent l'ajustement des prix entre acheteurs et vendeurs. Cela fluidifie le marché. »\*⁷ ScoreFact opère donc, sur son cœur de métier historique, comme un intermédiaire de données B2B sur le secteur IT français et européen. Sa clientèle finale principale est constituée de fonds de Private Equity, de cabinets de M&A, de structures de Vendor Due Diligence. Le label de satisfaction est, dans ce modèle, le mécanisme d'enrôlement des prestataires audités dans une collecte de données dont la valeur économique se réalise en aval, par la commercialisation auprès du marché financier. Le dispositif subventionné par la DGE prolonge mécaniquement cette logique. Chaque prestataire numérique français qui acceptera de soumettre son parc clients à l'enquête, dans l'espoir d'obtenir le label France Num, alimentera la base d'information ScoreFact dont la valorisation principale réside dans la revente agrégée à des acteurs financiers. Aucun document public ne définit, à ce stade, de séparation entre la mission d'intérêt général subventionnée et l'activité commerciale annexe de l'opérateur. La convention DGE/ScoreFact n'est pas publique. Le montant et la durée de la subvention non plus. ## Le mécanisme : l'ubérisation Le dispositif présente toutes les caractéristiques structurelles de l'ubérisation, au sens analytique du terme et non au sens médiatique flou. Une plateforme s'interpose entre une demande et une offre qui existaient déjà, en captant la rente d'intermédiation. La demande de confiance entre PME et prestataires numériques existe. Sur le périmètre cyber, ExpertCyber y répond depuis 2020\. ScoreFact s'interpose dans cette relation en captant un audit annuel et la collecte associée. La différence avec un audit ExpertCyber tient en un point : ExpertCyber est un dispositif d'autorité auquel le prestataire se soumet ; le label France Num est une plateforme à laquelle le prestataire s'enrôle. La plateforme reporte les obligations sur les acteurs intermédés sans les assumer. ScoreFact ne porte aucune responsabilité de compétence cyber sur les prestataires labellisés. Si une PME est compromise via un prestataire labellisé France Num pour défaut de compétence cyber, ni ScoreFact ni la DGE n'auront à répondre du signal qu'ils auront contribué à émettre. La RC Pro du prestataire couvrira, dans le meilleur des cas, le périmètre individuel du sinistre. Le risque systémique du signal trompeur n'est porté par personne. Le pouvoir économique se construit sur l'asymétrie d'information organisée par la plateforme. ScoreFact agrégera les données de satisfaction de centaines de prestataires français. Aucun prestataire ne verra le graphe collectif qui le concerne. Cette asymétrie constitue le produit principal du dispositif. ScoreFact la commercialise déjà sur son périmètre historique. La plateforme s'installe dans un vide réglementaire en exploitant le fait accompli. La DGE a lancé l'AAP en juin 2025, sélectionné le lauréat sur 9 mois d'instruction, sans coordination publique documentée avec Cybermalveillance ni avec l'ANSSI. La transposition NIS 2, qui imposera aux entités essentielles et importantes une diligence sur leurs prestataires IT, n'est toujours pas votée à l'Assemblée. Le label France Num cyber sera installé avant que le cadre régulatoire ne puisse l'encadrer. La plateforme remplace l'audit technique par la notation client. Là où ExpertCyber est une régulation par autorité (audit AFNOR sur référentiel technique opposable), le label France Num est une régulation par satisfaction client. La PME devient le passager qui note son chauffeur. Sauf qu'elle n'a pas plus les moyens d'évaluer la cybersécurité de son prestataire que le passager Uber n'a les moyens d'évaluer la conformité technique du véhicule. Le système fonctionne tant que les passagers ne sont pas blessés. Il manifeste ses défauts à la première intrusion supply chain à grande échelle qui passera par un prestataire labellisé. L'écart avec l'ubérisation classique est aggravant. Uber s'est imposé contre l'État, qui a ensuite régulé a posteriori. ScoreFact s'impose avec l'État, qui finance le dispositif et lui prête sa marque France Num. L'autorité publique crée elle-même la confiance dont la plateforme bénéficie. ## Ce que je sais, ce que je ne sais pas **Ce que je sais.** Le référentiel France Num v1.0 d'avril 2025 ne comporte aucune méthode d'évaluation de la compétence cyber. Le communiqué DGE du 17 avril 2026 inscrit explicitement la cybersécurité dans le périmètre revendiqué du label opéré par ScoreFact. La méthode retenue est l'enquête de satisfaction client, exclusivement. ExpertCyber, opéré par AFNOR pour le compte du GIP ACYMA, repose sur un audit technique exigeant, avec questionnaire chronométré, exigences de certifications individuelles et RC Pro obligatoire. Les deux dispositifs auront un signal public concurrent sur le même segment TPE/PME, sans articulation publique documentée à ce jour. ScoreFact opère par ailleurs comme intermédiaire de données B2B sur le secteur IT français, dont la clientèle finale principale est constituée de fonds de Private Equity et de cabinets de M&A. Aucune muraille de Chine n'est documentée publiquement entre la mission subventionnée par la DGE et l'activité commerciale annexe de l'opérateur. **Ce que je ne sais pas.** Le contenu exact de la convention DGE/ScoreFact, et notamment les éventuelles clauses de séparation des activités ou de restriction d'usage des données collectées via le dispositif. Le montant et la durée de la subvention DGE. La composition nominative du comité de sélection de l'AAP, et le nombre de candidatures déposées au 11 juillet 2025\. L'identité du *« prestataire »* qui a assisté la DGE dans la rédaction du référentiel d'avril 2025, mentionné dans le document mais non nommé. La méthodologie précise que ScoreFact appliquera : référentiel Etalab v1.0 ouvert ou substitution par sa méthodologie propriétaire SF-SRS. Si l'ANSSI a produit une analyse interne sur ce dispositif et ses interactions avec ExpertCyber. Si la DGE a engagé des discussions interministérielles avec le SGDSN ou le ministère de l'Intérieur sur l'articulation des deux labels. Si des prestataires labellisés ExpertCyber ont déjà manifesté leur intention de candidater au futur label France Num, ou de s'en abstenir collectivement. ## Position L'État vient de subventionner, par appel à projets, un dispositif de labellisation des prestataires numériques qui revendique publiquement la cybersécurité dans son périmètre, opéré par un acteur dont le modèle économique principal est la commercialisation de données IT au marché financier, sans coordination avec son opérateur public cyber compétent, sans exigence technique de compétence cyber dans son référentiel, et sans mécanisme de séparation des activités documenté. Le dispositif est, dans sa conception même, l'application au cyber de proximité de la mécanique de l'ubérisation : interposition d'une plateforme privée dans une fonction de structuration de marché, captation de la rente d'intermédiation par collecte de données monétisables, externalisation du risque sur les acteurs intermédés et sur les utilisateurs finaux, contournement de l'autorité publique compétente, substitution de la notation client à la régulation par audit technique. La singularité française est que le dispositif est financé par fonds publics et adossé à la marque France Num, ce qui amplifie artificiellement le signal de confiance émis vers la PME utilisatrice. À court terme, les PME devraient traiter le futur label France Num comme un avis qualifié sans valeur cyber, et exiger en complément un signal qualifié (ExpertCyber, qualification ANSSI, ou certification ISO 27001 du prestataire) dès lors que le besoin touche à la sécurité numérique. Les prestataires cyber qualifiés ont intérêt collectif à ne pas s'enrôler dans un dispositif qui dilue leur différenciation au bénéfice d'un opérateur dont la fonction publique recouvre une activité commerciale concurrente de leur écosystème. Deux questions méritent une réponse publique. À la DGCCRF : quelle position la direction adopte-t-elle vis-à-vis des futures revendications commerciales de prestataires se présentant comme *« labellisés cybersécurité par l'État »* via le dispositif DGE/France Num, alors que ce dispositif ne comporte aucune évaluation cyber technique ? À la DGE : la direction peut-elle publier la grille exacte de ce que le label couvre et n'évalue pas par domaine, et clarifier publiquement le mode d'évaluation retenu pour le périmètre cybersécurité revendiqué dans son communiqué du 17 avril 2026 ? À moyen terme, l'articulation entre le futur label France Num et les dispositifs publics du cyber régalien (ExpertCyber, qualifications ANSSI) reste à clarifier publiquement. La fragmentation institutionnelle française du numérique est déjà documentée sur d'autres dossiers : réforme de la facturation électronique, application du décret n°2026-272 relatif à l'article 31 SREN. Elle trouve ici une nouvelle expression. Cette accumulation cesse d'être une série d'incidents pour devenir une mécanique de fonctionnement, dont la cohérence est désormais documentable. L'État appose le signal. La PME assume le risque. --- ## Références ¹ DGE, communiqué de presse du 17 avril 2026, *« Transformation numérique des entreprises : la DGE annonce le lauréat de l'appel à projets Dispositif de labellisation des experts numériques »*. [presse.economie.gouv.fr](https://presse.economie.gouv.fr/transformation-numerique-des-entreprises-la-dge-annonce-le-laureat-de-lappel-a-projets-dispositif-de-labellisation-des-experts-numeriques/?ref=klaerenn.fr) ² France Num, *« Référentiel de labellisation des Experts Numériques v1.0 »*, publié le 22 avril 2025 sous licence Etalab. [francenum.gouv.fr](https://www.francenum.gouv.fr/files/2025-04/R%C3%A9f%C3%A9rentiel%20de%20labellisation%20des%20Expert%20Num%C3%A9rique%5FVF%5F1.0.pdf?ref=klaerenn.fr) ³ Cybermalveillance.gouv.fr, *« Découvrir le label ExpertCyber »*. [cybermalveillance.gouv.fr](https://www.cybermalveillance.gouv.fr/tous-nos-contenus/label-expertcyber/decouvrir-le-label-expertcyber?ref=klaerenn.fr) ⁴ Cybermalveillance.gouv.fr, *« Recueil des critères d'évaluation des candidatures au Label ExpertCyber »*, V3 publié le 5 novembre 2025\. [cybermalveillance.gouv.fr](https://www.cybermalveillance.gouv.fr/tous-nos-contenus/label-expertcyber/se-faire-labelliser-expertcyber?ref=klaerenn.fr) ⁵ Page LinkedIn corporate ScoreFact (siège Paris 75116, fondée en 2016, 11-50 employés). [linkedin.com/company/scorefact](https://www.linkedin.com/company/scorefact?ref=klaerenn.fr) ⁶ ScoreFact, page *« Contact »*. [scorefact.com/contact](https://www.scorefact.com/contact?ref=klaerenn.fr) ⁷ ScoreFact, page *« Société »* et publications LinkedIn corporate, références Score-Churn (2008) et données extra-financières pour le Private Equity. [scorefact.com/societe](https://www.scorefact.com/societe?ref=klaerenn.fr) ⁸ AFNOR Certification, *« Label ExpertCyber »*, plateforme de candidature. [expertcyber.afnor.org](https://expertcyber.afnor.org/?ref=klaerenn.fr) ⁹ DGE, page de l'AAP *« Dispositif de labellisation des experts numériques France Num »*, ouvert du 6 juin au 11 juillet 2025\. [entreprises.gouv.fr](https://www.entreprises.gouv.fr/espace-entreprises/appels-a-projets-et-appels-a-manifestation-d-interet/dispositif-de-labellisation?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ LeMagIT, *« Transformation digitale : c'est ScoreFact qui labélisera les prestataires pour les PME »*, 20 avril 2026\. [lemagit.fr](https://www.lemagit.fr/actualites/366641729/Transformation-digitale-cest-ScoreFact-qui-labelisera-les-prestataires-pour-les-PME?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Solutions Numériques & Cybersécurité, *« Un label pour fiabiliser les experts du numérique qui démarchent les TPE et les PME »*, 21 avril 2026\. [solutions-numeriques.com](https://www.solutions-numeriques.com/un-label-pour-fiabiliser-les-experts-du-numerique-qui-demarchent-les-tpe-et-les-pme/?ref=klaerenn.fr) ¹² Klaerenn, *« La plus grande surface d'attaque non régulée de l'économie française »*, février 2026\. [klaerenn.fr](https://www.klaerenn.fr/la-plus-grande-surface-dattaque-non-regulee-de-leconomie-francaise/) ### Pitch Black URL: https://www.klaerenn.fr/pitch-black-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:11.000Z *"You're not afraid of the dark, are you?" Europe navigates by the light of American standards. That light is going out.* --- On February 12, 2026, the Boulder Reporting Lab reported that the National Institute of Standards and Technology (NIST) was imposing a two-to-three-year cap on international doctoral and postdoctoral researchers at its Boulder (Colorado) and Gaithersburg (Maryland) campuses¹. Until then, researchers stayed as long as their thesis or project required. Under the new policy, experiments that have been running for years will have to stop before completion. The news circulated in scientific circles. It barely registered in cybersecurity circles. It should have. NIST operates the National Vulnerability Database on which the vulnerability management programs of nearly every Western organization depend. It standardized the post-quantum algorithms ML-KEM, ML-DSA and SLH-DSA that ANSSI, ENISA and BSI recommend for the cryptographic migration². Its Cybersecurity Framework is explicitly referenced in the Regulatory Technical Standards (RTS) of DORA and in the national transpositions of NIS2 in Italy, Ireland and Cyprus³. Its standards structure the CISSP body of knowledge, the certification that ENISA maps to six of twelve roles in its own European Cybersecurity Skills Framework⁴. The empirical limits of MITRE's defensive frameworks are documented⁵: ATT&CK capped at 21% SIEM coverage, D3FEND built on a patent corpus with no measure of effectiveness. The question of federal funding on which ATT&CK depends and the question of what model replaces detect-and-respond converge here: toward the institution that produces the upstream standards. The restriction on foreign researchers is the eighth in a series of eight vectors striking NIST simultaneously since January 2025\. Taken individually, each is an administrative incident. Their convergence is a regime change. ## The eight vectors ### 1\. Leadership vacancy NIST has had no Senate-confirmed director since January 2025\. Laurie Locascio, who had overseen the launch of the AI Safety Institute, the finalization of post-quantum standards and the update of the Digital Identity Guidelines, left to lead ANSI⁶. Craig Burkhardt serves as Acting Director, an interim with no mandate for multi-year decisions on budget, recruitment or strategic direction⁷. Arvind Raman, dean of engineering at Purdue, nominated by Trump in November 2025, was advanced by the Senate Commerce Committee in March 2026 in a party-line vote of 16-12⁸. Before Chairman Ted Cruz, Raman pledged to "reorient NIST to its apolitical mission and ensure that it does not serve as an engine for divisive left-wing ideology, even under the guise of 'safety'"⁹. In parallel, CISA has had no confirmed director since January 2025\. Sean Plankey, nominated in March 2025 then re-nominated in January 2026, withdrew his candidacy on April 22, 2026 after thirteen months of Senate blockage: "*It has become clear the Senate will not confirm me*"¹⁰. No successor has been announced. The agency has had three acting directors in over a year, its workforce has been cut by a third¹¹, and the administration is proposing further cuts in the FY2027 budget. NIST has operated without confirmed leadership for over a year, and CISA now has no candidate at all. The nominee set to lead NIST explicitly frames his mission as a continuation of the AISI → CAISI pivot. ### 2\. DOGE layoffs Seventy-three probationary employees at NIST were laid off on March 3, 2025 by the Department of Commerce. 42 of them had been hired under the CHIPS and Science Act of 2022 to strengthen capabilities in critical technologies (AI, quantum, semiconductors)¹². The initial threat covered 500 positions, roughly 15% of the total workforce of 3,400¹³. DOGE staff were spotted in Building 225 on the Gaithersburg campus, the building that houses the Information Technology Laboratory, before any official announcements¹⁴. Twenty-two Democratic lawmakers summarized the stakes in a letter to Commerce Secretary Howard Lutnick: "Removing national and international leaders from the nonpartisan and professional civil service at NIST would hamper the development of critical standards, threaten industrial and consumer safety, and weaken American leadership around the world."¹⁵ ### 3\. Cybersecurity expert exodus In May 2025, Cybersecurity Dive documented the departures of Matthew Scholl, head of the Computer Security Division (CSD) within the NIST Information Technology Lab; Tim Hall, head of the Security Testing, Validation and Measurements group; David Ferraiolo, head of the Secure Systems and Applications group; and David Cooper, a member of the cryptography team¹⁶. A former NIST employee described the departures as "massive." Nick Reese, formerly of the Department of Homeland Security, warned that the research underpinning NIST's work on risk management and security "will suffer from a loss of critical institutional knowledge. This will not be easy to replace." On post-quantum cryptography, his assessment was direct: "the quantum issue will need new champions or risk falling to the backburner," an outcome that would threaten the security of enterprises and governments worldwide¹⁶. ### 4\. Neutralization of the AI Safety Institute In February 2025, AISI director Elizabeth Kelly announced her departure. Chief AI adviser Elham Tabassi and AI Risks and Impacts lead Reva Schwartz also left. AISI staff were not invited to the AI Action Summit in Paris. The United States and the United Kingdom refused to sign the final communiqué¹⁷. Four months later, AISI was renamed the Center for AI Standards and Innovation (CAISI). Lutnick commented: "For far too long, censorship and regulations have been used under the guise of national security. Innovators will no longer be limited by these standards."¹⁸ The pivot was explicit. The institute meant to evaluate AI risks became an innovation accelerator. JD Vance, at the Paris summit: "I'm not here this morning to talk about AI safety. I'm here to talk about AI opportunity."¹⁷ ### 5\. Attempted 43% budget cut The Trump administration proposed cutting the NIST budget from $1.46 billion to $839 million, a 43% reduction. The breakdown: 35% cut to scientific and technical research, 82% to industrial technology services, 556 positions eliminated from Laboratory Programs¹⁹. Faced with this proposal, Congress pushed back. Final FY2026 appropriations came in at $1.847 billion, 21% above FY24/25 levels¹⁹. But this bipartisan resistance rests on fragile ground: a significant share of the increase comes from earmarks directed at congressional districts rather than NIST operational programs, and a continuing resolution would restore the administration's discretion to allocate funds around the congressional vote. ### 6\. Abandonment of universal NVD enrichment In January 2026, Jon Boyens, acting chief of the Computer Security Division, stated that NIST was "reassessing its role" in software vulnerability analysis²⁰. He wanted to "stop using the word backlog" and expressed skepticism toward CISA's Vulnrichment project ("I don't think it's a solution to the backlog"²⁰) and concern about the European GCVE system, fearing a "balkanization" of the process. In April 2025, NIST had already marked "Deferred" all CVEs published before January 1, 2018²¹. Three months later, the reassessment reached its conclusion. NIST announced on April 15, 2026 that it would stop enriching all CVEs submitted to the NVD²². Only three categories will now receive priority treatment: CVEs listed in CISA's KEV catalog (target: one business day), CVEs affecting software used by the U.S. federal government, and CVEs for critical software as defined by Executive Order 14028\. Everything else will be published but classified as "Lowest Priority – not scheduled for immediate enrichment." The entire backlog prior to March 1, 2026 has been moved to "Not Scheduled." NIST will no longer provide an independent severity score when the submitting CNA has already assigned one²². A few orders of magnitude document the threshold: CVE submissions up 263% between 2020 and 2025\. Up 33% in Q1 2026 alone compared to the same period in 2025\. 42,000 CVEs enriched in 2025, an all-time record (+45% year-on-year), still insufficient to absorb the incoming flow. Harold Booth, NIST computer scientist, acknowledged it at VulnCon26: "*Our ability to keep up is just not there*"²³. The Forum of Incident Response and Security Teams (FIRST) forecasts approximately 59,000 new CVEs in 2026, the first time the 50,000 threshold will be crossed²³. At VulnCon26, an organizer estimated he "would be surprised if Anthropic and OpenAI were not CVE Numbering Authorities by the end of 2026"²⁴. The entry into production of AI-assisted vulnerability discovery tools will accelerate submission volumes beyond what NIST can absorb. Explicitly US-centric, the three prioritization criteria transform the NVD. The NVD functioned as a global informational commons. It has become a service calibrated to the operational interests of the U.S. federal government. For European organizations that imported this data as the raw material of their vulnerability management programs, free, neutral, and exhaustive enrichment is over. ### 7\. Near-extinction of the CVE program MITRE warned on April 15, 2025 that the CVE program funding contract ($57.8 million annually²⁵) would expire the next day with no announced renewal. CISA exercised a last-minute contract option to extend for 11 months, through March 2026²⁶. MITRE had already lost 440 employees and $28 million in federal contracts canceled by the administration²⁷. Created as an emergency measure, the CVE Foundation aims to decouple the program from its single funder. ENISA's EUVD and CIRCL Luxembourg's GCVE accelerated their launches²⁸. On January 21, 2026, the CVE Board was informed that there would be "no funding cliff in March" and that operations extended "well beyond that timeframe"²⁹. The arrangement is described as "more durable" but remains opaque: one board member calls it a "mystery contract," MITRE has refused to publish the agreement, and a FOIA request has gone unanswered. The program on which the planet's vulnerability policies depend is now funded without its own administrators knowing the terms of its funding. ### 8\. Restriction of international researchers Under the announced policy, international doctoral and postdoctoral researchers were to be capped at two years (one-year extension possible). NIST applied a risk matrix by country of origin. "High risk" countries (China, Russia, Iran, DPRK, Cuba, Venezuela, Syria) were to face review before March 31, 2026\. "Medium risk" countries before September 30\. "Low risk" countries, including G7 and Five Eyes members, before December 31, 2026, with agreements limited to two or three years¹. The classification was telling. France, Germany and the United Kingdom were not "trusted." They were "low risk." The distinction belongs to a national security matrix, not the vocabulary of alliance. Before hiring an international researcher, lab directors had to demonstrate that no qualified American candidate was available¹. On the Boulder campus, morale was described as "fragile." "There have been tears in the office"¹. Icarus Quantum, a NIST Boulder spin-off that had received $400,000 to develop quantum technologies, sought alternative facilities in California, Boston and Chicago³⁰. On March 6, 2026, after three weeks of congressional and press pressure, Burkhardt sent an email to NIST staff: "*There is no explicit ban on foreign national research associates from any country, nor any mandated time limit or cap for the length of an associate's potential tenure at NIST*"³¹. The same email noted that "NIST is currently reviewing its research security protocols to ensure alignment with evolving laws and guidance" and that the rules "could change again." Restrictions on after-hours lab access remain in place³². The formal policy was withdrawn. The intent remains documented. ## The topology of dependency This series has documented the first two levels of European dependency on the American system. This article documents two more. The first level is vulnerability data³³. The NVD processes CVEs, CISA KEV prioritizes exploited vulnerabilities. Europe imports this data as raw material for its vulnerability management programs. The documented problem: 85% dependency on American data. Since April 15, 2026, the problem has changed in nature: the NVD has formally restricted its enrichment to vulnerabilities deemed priority for the U.S. federal government. The dependency is no longer merely technical. It is now subject to a sovereign filter. At the second level, the defensive grammar⁵. ATT&CK provides the threat taxonomy. D3FEND catalogs countermeasures. These frameworks structure how Western organizations think about attack and defense. The documented problem: survivorship bias, stagnant coverage, no measure of effectiveness. NIST is the third level: normative production itself. The post-quantum standards (FIPS 203, 204, 205) that the world is adopting are NIST products, even though the underlying algorithms were designed by predominantly European teams. The Cybersecurity Framework is a NIST product: DORA's Regulatory Technical Standards, a binding European regulation for the entire financial sector, explicitly reference it alongside NIS2 and the ISO 27000 series³. Three national NIS2 transpositions cite it by name: Italy built its National Framework for Cybersecurity and Data Protection on it, Ireland and Cyprus reference it in their legislation³. At the fourth level, the deepest: training. The CISSP is the highest-paying cybersecurity certification in EMEA, recognized as Master's equivalent by UK NARIC, and mapped by ENISA to six of twelve roles in its European Cybersecurity Skills Framework⁴. Its Domain 1 (Security and Risk Management, 16% of the exam score) explicitly tests "Security control frameworks" and "Risk frameworks" including NIST³⁴. The European professionals who design architectures, write risk policies and operate SOCs were trained on a body of knowledge in which NIST is a central pillar. The dependency goes beyond tools and data. It is in the minds that operate the defense. The difference between the four levels is qualitative. At the first, degradation has changed in nature: what was a passive enrichment backlog became, in April 2026, an active restriction scoped to American sovereign criteria. At the second, the limits run deep: the frameworks do what they can given the biases built into their construction methods. At the third, degradation is active and deliberate. NIST is not suffering from a lack of resources. It is subject to a deliberate policy of reduction, reorientation and closure. At the fourth, the dependency is invisible: it is perceived as universal knowledge, not as a dependency. Budget increase voted by Congress. Researchers fired by the administration. Congress funds research. The administration renames the AI safety institute as an innovation center. Congress maintains the Manufacturing Extension Partnership. The administration tries to eliminate it. The tension between legislative and executive branches runs through NIST end to end. The experts who leave do not come back. ## What is emerging Europe has begun building alternatives, but they cover only one of the four documented dependency levels: vulnerability data. The EUVD (European Vulnerability Database), launched in beta by ENISA in May 2025, positions itself as the European equivalent of the NVD. It uses its own identifiers, enriches CVEs with additional metadata, and offers three specialized views: critical vulnerabilities, actively exploited vulnerabilities, and vulnerabilities coordinated by European CSIRTs³⁵. The Cyber Resilience Act will make notification of actively exploited vulnerabilities mandatory from September 2026. Launched in January 2026 by CIRCL Luxembourg, the GCVE (Global CVE Allocation System) adopts a decentralized model with 25+ public sources and European infrastructure. The system allows GCVE Numbering Authorities (GNA) to allocate and publish identifiers independently, without centralized approval³⁶. These initiatives address a real need. But the limits are documented. VulnCheck's analysis of the EUVD shows that the main API does not return 50,000+ CVEs that exist on the website³⁷. The EUVD remains in beta. The GCVE is two months old. Neither has the 450+ CNA network, commercial security tool integration, or 25 years of global standardization inertia that the American system has built. Europe does not lack initiatives. The EUCC has been certifying products since February 2025, some forty CRA standards are under development at CEN, CENELEC and ETSI, and CEN/CENELEC has created a mirror group for post-quantum cryptography. But where NIST produces an integrated architecture (data, frameworks, cryptographic standards and training that cross-reference each other), Europe disperses its efforts among ENISA, CEN/CENELEC, ETSI, CIRCL and national agencies with no overarching architecture. No European governance framework replaces the CSF that DORA and three NIS2 transpositions continue to reference. No training corpus substitutes for NIST in the certifications that ENISA itself recommends. Europe is building parts. It has no system. On the regulatory side, the gap is just as visible. The Cyber Resilience Act mandates 24-hour vulnerability reporting that relies on an identification infrastructure (CVE/NVD) that Europe does not control and does not produce at sufficient scale³⁸. The post-quantum algorithms that ANSSI recommends (ML-KEM, ML-DSA, SLH-DSA) gained worldwide industrial adoption because NIST standardized them as FIPS, and the team that led that process has just lost its leaders, even though the underlying algorithms were designed by predominantly European researchers. Europe funds the research. NIST turns it into a standard. When NIST loses that capacity, European research loses its normative outlet. ## What I don't know I don't know whether the US Congress will continue to shield NIST from executive branch cuts. The current bipartisan balance depends on a limited number of lawmakers who understand NIST's role in industrial competitiveness. That balance can shift at the next midterm election or with the next continuing resolution. I don't know whether the experts who left NIST (Scholl, Hall, Ferraiolo, Cooper, Kelly, Tabassi, Schwartz) will be replaced by equivalent profiles. Federal scientific recruitment in the US competes with the private sector, and the current climate within the agency does not favor attracting top talent. The brain drain documented by the Congressional Research Service at other agencies (NOAA, EPA) after similar episodes suggests reconstitution timelines of five to ten years. I don't know whether the EUVD and GCVE will reach the critical mass needed to become operational alternatives to the American system. Adoption depends on integration into commercial tools (SIEMs, vulnerability scanners, threat intelligence platforms), and those tools are mostly built by American vendors whose interests do not necessarily align with European normative sovereignty. I don't know what is in the contract that now funds MITRE's CVE program beyond March 2026\. The CVE Board administrators themselves don't know. FOIA requests have gone unanswered. The program exists; its governing body doesn't know the terms of its existence. I don't know how CVSS scores self-assigned by CNA vendors will behave in the absence of independent NIST arbitration. The conflict of interest is structural: the entity that produces the vulnerable software assigns the score that determines remediation priority. Nor do I know whether European national CERTs (CERT-FR, CERT-EU, regional CSIRTs) will absorb the analytical burden that the NVD has just transferred. At constant budgets, this is a silent cost transfer from the U.S. federal government to the rest of the chain. What I know: eight degradation vectors are simultaneously striking the organization on which all four levels of Europe's defensive posture depend, from vulnerability data to the training of professionals. None of these dependency layers has an operational Plan B. The question posed previously was: what model replaces detect-and-respond when it reaches its empirical limits? The question assumes that an institution exists that can produce the next model. The eight vectors documented here show that this institution is undergoing active transformation. The organization that should be designing post-detect-and-respond has tried to expel its foreign researchers, is losing its cryptography experts, renaming its AI safety institute, has formally stopped enriching vulnerabilities it does not deem priority for the U.S. federal government, and surviving thanks to a Congress that votes against its own executive. Europe imported defensive tools that plateau, then built its regulatory compliance on standards produced by an organization where eight degradation vectors converge at the same time. The tenant discovers that the landlord has stopped maintaining the building, is changing the locks and firing the engineers. --- *Fifteenth article in a series on the structural flaws of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/) - *Article 13:* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/) - *Article 14:* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige-2/) --- ## References ¹ Boulder Reporting Lab, "At Boulder's NIST, three-year cap on international researchers sparks fears of a scientific exodus" (February 12, 2026) — 2-3 year cap, risk matrix by country, requirement to prove no qualified American candidate available. "There have been tears in the office." [https://boulderreportinglab.org/2026/02/12/at-boulders-nist-three-year-cap-on-international-researchers-sparks-fears-of-a-scientific-exodus/](https://boulderreportinglab.org/2026/02/12/at-boulders-nist-three-year-cap-on-international-researchers-sparks-fears-of-a-scientific-exodus/?ref=klaerenn.fr) ² NIST, FIPS 203, 204, 205 (August 2024) — ML-KEM, ML-DSA, SLH-DSA. First post-quantum standards. Adoption: Cloudflare (default for all clients since January 2026), ANSSI, ENISA, BSI recommendations. [https://csrc.nist.gov/publications/fips](https://csrc.nist.gov/publications/fips?ref=klaerenn.fr) ³ Deloitte, "DORA Regulation — ICT risk management in light of ESAs' RTS" — DORA ICT risk management RTS contain "direct references to other European and international regulations and standards (including NIS2, NIST cybersecurity framework, as well as standards from the ISO 27000-series)." ECSO NIS2 Transposition Tracker: Italy built its National Framework for Cybersecurity and Data Protection on NIST CSF 2.0 (updated 2025); Ireland references NIST CSF 2.0; Cyprus references NIST 800-53\. [https://www2.deloitte.com/dk/da/pages/risk/articles/DORA-Regulation-ICT-risk-management-in-light-of-ESAs-recent-publication-of-additional-Regulatory-Technical-Standards.html](https://www2.deloitte.com/dk/da/pages/risk/articles/DORA-Regulation-ICT-risk-management-in-light-of-ESAs-recent-publication-of-additional-Regulatory-Technical-Standards.html?ref=klaerenn.fr) [https://ecs-org.eu/activities/nis2-directive-transposition-tracker/](https://ecs-org.eu/activities/nis2-directive-transposition-tracker/?ref=klaerenn.fr) ⁴ ISC2, "CISSP in the ECSF — Understanding How the Certification Maps" (May 2025) — CISSP mapped to 6 of 12 roles in ENISA's European Cybersecurity Skills Framework. Recognized as Master's equivalent (RQF Level 7) by UK NARIC (May 2020), transferable in Europe via the European Qualifications Framework. Highest-paid certification in EMEA (Global Knowledge). [https://www.isc2.org/Insights/2025/05/CISSP-in-the-ECSF-Understanding-how-the-certification-maps](https://www.isc2.org/Insights/2025/05/CISSP-in-the-ECSF-Understanding-how-the-certification-maps?ref=klaerenn.fr) ⁵ See in this series: "Now You See Me" (ATT&CK: survivorship bias, 21% SIEM coverage, federal funding) and "The Prestige" (D3FEND: patent corpus, no measure of effectiveness). ⁶ FedScoop, "NIST Director Laurie Locascio to depart in January" (October 2024) — Locascio oversaw AISI, PQC standards, Digital Identity Guidelines. Departure to ANSI. [https://fedscoop.com/nist-director-laurie-locascio-to-depart-in-january/](https://fedscoop.com/nist-director-laurie-locascio-to-depart-in-january/?ref=klaerenn.fr) ⁷ NIST, "Our Leadership Team" — Craig Burkhardt, Acting Under Secretary and Acting NIST Director since January 2025\. [https://www.nist.gov/director/leadership](https://www.nist.gov/director/leadership?ref=klaerenn.fr) ⁸ Manufacturing Dive, "NIST director nominee advances despite senators' MEP concerns" (March 2026) — Arvind Raman advanced by the Senate Commerce Committee on March 12, 2026 by a 16-12 vote, largely along party lines. Floor vote not scheduled. [https://www.manufacturingdive.com/news/nist-director-nominee-arvind-raman-senate-confirmation/815356/](https://www.manufacturingdive.com/news/nist-director-nominee-arvind-raman-senate-confirmation/815356/?ref=klaerenn.fr) ⁹ AIP FYI, "Senators Grill NIST Director Nominee" (March 2026) — Raman's commitment before Cruz to "reorient NIST to its apolitical mission and ensure that it does not serve as an engine for divisive left-wing ideology, even under the guise of 'safety.'" Cruz's statement on the AI Risk Management Framework as "left-wing social engineering." [https://www.aip.org/fyi/senators-grill-nist-director-nominee](https://www.aip.org/fyi/senators-grill-nist-director-nominee?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Nextgov/FCW, "Plankey withdraws nomination to lead CISA" (April 22, 2026) — "After thirteen months since my initial nomination, it has become clear the Senate will not confirm me." Holds from Scott (R-Fla., Coast Guard contracts), Wyden (D-Ore., telecom report). Re-nomination January 2026 after return to President under Senate Rule XXXI. No successor announced. [https://www.nextgov.com/people/2026/04/plankey-withdraws-nomination-lead-cisa/413045/](https://www.nextgov.com/people/2026/04/plankey-withdraws-nomination-lead-cisa/413045/?ref=klaerenn.fr) [https://www.govinfosecurity.com/no-vote-no-leader-cisa-faces-2026-without-director-a-30208](https://www.govinfosecurity.com/no-vote-no-leader-cisa-faces-2026-without-director-a-30208?ref=klaerenn.fr) [https://cyberscoop.com/sean-plankey-re-nominated-to-lead-cisa/](https://cyberscoop.com/sean-plankey-re-nominated-to-lead-cisa/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Federal News Network / TechCrunch (February 27, 2026) — Gottumukkala removed after uploading sensitive documents to public ChatGPT and failing polygraph. Nick Andersen (acting EAD cybersecurity) named third acting director. CISA workforce cut by one-third. Three acting directors in 14 months (Bean, Gottumukkala, Andersen). [https://federalnewsnetwork.com/cybersecurity/2026/02/cisa-leadership-shakeup-comes-amid-pressure-moment-for-cyber-agency/](https://federalnewsnetwork.com/cybersecurity/2026/02/cisa-leadership-shakeup-comes-amid-pressure-moment-for-cyber-agency/?ref=klaerenn.fr) [https://techcrunch.com/2026/02/27/cisa-replaces-acting-director-gottumukkala-after-a-bumbling-year-on-the-job/](https://techcrunch.com/2026/02/27/cisa-replaces-acting-director-gottumukkala-after-a-bumbling-year-on-the-job/?ref=klaerenn.fr) ¹² Nextgov/FCW, "NIST fires over 70 probationary employees" (March 4, 2025) — 73 layoffs, 42 hired under the CHIPS and Science Act. [https://www.nextgov.com/people/2025/03/nist-fires-over-70-probationary-employees/403459/](https://www.nextgov.com/people/2025/03/nist-fires-over-70-probationary-employees/403459/?ref=klaerenn.fr) ¹³ Bloomberg / Business Standard, "Trump team plans firings of probationary workers at NIST" (February 20, 2025) — Initial plan of 500 layoffs out of 3,400 employees. [https://www.business-standard.com/world-news/trump-team-plans-firings-of-probationary-workers-at-nist-key-agency-for-ai-125022000118\_1.html](https://www.business-standard.com/world-news/trump-team-plans-firings-of-probationary-workers-at-nist-key-agency-for-ai-125022000118%5F1.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ WIRED / Office of Representative Jake Auchincloss — DOGE staff spotted in Building 225 (Information Technology Laboratory) before announcements. Three recently promoted lab directors targeted. [https://auchincloss.house.gov/media/in-the-news/the-national-institute-of-standards-and-technology-braces-for-mass-firings](https://auchincloss.house.gov/media/in-the-news/the-national-institute-of-standards-and-technology-braces-for-mass-firings?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Letter of April 2, 2025 from 22 representatives (McClain Delaney, Lofgren, Neguse and 19 colleagues) to Secretary Lutnick — Impact by campus, office, and project. Questions on recruitment, international standards, competition with China on AI and quantum. [https://mcclaindelaney.house.gov/sites/evo-subsites/mcclaindelaney.house.gov/files/evo-media-document/amd-letter-to-sec-lutnik-re-nist-probationary-and-rif-plans-v.f.pdf](https://mcclaindelaney.house.gov/sites/evo-subsites/mcclaindelaney.house.gov/files/evo-media-document/amd-letter-to-sec-lutnik-re-nist-probationary-and-rif-plans-v.f.pdf?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Cybersecurity Dive, "NIST loses key cyber experts in standards and research" (May 2025) — Departures of Scholl, Hall, Ferraiolo, Cooper. Reese quotes on post-quantum and loss of "critical institutional knowledge." [https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cyber-retirements-quantum-ai-research-standards/747270/](https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cyber-retirements-quantum-ai-research-standards/747270/?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ CyberScoop, "In Paris, U.S. signals shift from AI safety to deregulation" (February 2025) — Vance: "I'm not here this morning to talk about AI safety." US and UK refuse to sign communiqué. Technical.ly — Departures of Kelly, Tabassi, Schwartz. AISI staff not invited to Paris summit. [https://cyberscoop.com/ai-safety-jd-vance-paris-ai-summit-deregulation/](https://cyberscoop.com/ai-safety-jd-vance-paris-ai-summit-deregulation/?ref=klaerenn.fr) [https://technical.ly/software-development/nist-layoffs-ai-safety-chips-act-trump/](https://technical.ly/software-development/nist-layoffs-ai-safety-chips-act-trump/?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ FDD, "Cutting NIST's Workforce Threatens American Tech Innovation and Leadership" (April 2025) — Lutnick on renaming AISI → CAISI. Analysis of impacts on American competitiveness. [https://www.fdd.org/analysis/2025/04/16/cutting-nists-workforce-threatens-american-tech-innovation-and-leadership/](https://www.fdd.org/analysis/2025/04/16/cutting-nists-workforce-threatens-american-tech-innovation-and-leadership/?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ FY2026 Appropriations — Executive proposal: $839M (−43%). Congressional appropriations: $1.847B (+21% vs FY24/25). Detailed proposed cuts by program. [https://www.commerce.senate.gov/2026/1/ves-existential-threat-from-trump-budget-as-senate-rejects-gutting-nasa-nsf-nist](https://www.commerce.senate.gov/2026/1/ves-existential-threat-from-trump-budget-as-senate-rejects-gutting-nasa-nsf-nist?ref=klaerenn.fr) [https://aas.org/posts/news/2025/07/fy2026-presidents-budget-request-doe-office-science-and-nist-details](https://aas.org/posts/news/2025/07/fy2026-presidents-budget-request-doe-office-science-and-nist-details?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Cybersecurity Dive, "NIST is rethinking its role in analyzing software vulnerabilities" (January 23, 2026) — Jon Boyens, acting chief CSD: "I don't think it serves our mission or our stakeholders to try to go back and enrich every CVE." Skepticism toward CISA Vulnrichment. Concern about "balkanization" via GCVE. [https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-rethinking-vulnerability-analysis/738004/](https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-rethinking-vulnerability-analysis/738004/?ref=klaerenn.fr) ²¹ NIST NVD Update (March 19, 2025) — CVE submissions +32% in 2024\. Growing backlog. CVEs prior to 01/01/2018 marked "Deferred" (April 2025). [https://csrc.nist.gov/news/2025](https://csrc.nist.gov/news/2025?ref=klaerenn.fr) ²² NIST, "NIST Updates NVD Operations to Address Record CVE Growth" (April 15, 2026) — Official announcement of universal enrichment abandonment. Three prioritization criteria: CISA KEV, federal software, EO 14028\. +263% CVE submissions 2020-2025, +33% Q1 2026\. 42,000 CVEs enriched in 2025 (+45%), insufficient. Pre-March 2026 backlog moved to "Not Scheduled." NIST will no longer provide independent severity score when CNA has already assigned one. [https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth?ref=klaerenn.fr) ²³ Infosecurity Magazine, "NIST Drops NVD Enrichment for Pre-March 2026 Vulnerabilities" (April 25, 2026) — Harold Booth (NIST computer scientist) at VulnCon26, Scottsdale: "Our ability to keep up is just not there." FIRST forecasts approximately 59,000 new CVEs in 2026, first time the 50,000 threshold will be crossed. [https://www.infosecurity-magazine.com/news/nvd-enrichment-premarch-2026/](https://www.infosecurity-magazine.com/news/nvd-enrichment-premarch-2026/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Resilient Cyber, "The NVD Just Threw In The Towel — Now What?" (April 2026) — Gibson (VulnCon26 organizer): "I would be surprised if Anthropic and OpenAI were not CVE Numbering Authorities by the end of 2026." Analysis of the transition from universal enrichment to a privatized model. [https://www.resilientcyber.io/p/the-nvd-just-threw-in-the-towel-now](https://www.resilientcyber.io/p/the-nvd-just-threw-in-the-towel-now?ref=klaerenn.fr) [https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/](https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ Swarmnetics, "MITRE CVE Program Safe Until Early 2026" (April 2025) — CVE program: $57.8M/year in federal funding. [https://swarmnetics.com/blog/mitre-cve-program-safe-until-early-2026-but-what-happens-then/](https://swarmnetics.com/blog/mitre-cve-program-safe-until-early-2026-but-what-happens-then/?ref=klaerenn.fr) ²⁶ BleepingComputer / SecurityWeek — CISA exercises 11-month contract option on April 16, 2025\. Extension through March 2026\. Barsoum letter: "deterioration of national vulnerability databases and advisories." [https://www.securityweek.com/mitre-signals-potential-cve-program-deterioration-as-us-gov-funding-expires/](https://www.securityweek.com/mitre-signals-potential-cve-program-deterioration-as-us-gov-funding-expires/?ref=klaerenn.fr) ²⁷ CyberScoop, "CVE Foundation eyes year-end launch" (May 2025) — MITRE: 440+ employees laid off, $28M in contracts canceled. [https://cyberscoop.com/cve-program-funding-crisis-cve-foundation-mitre/](https://cyberscoop.com/cve-program-funding-crisis-cve-foundation-mitre/?ref=klaerenn.fr) ²⁸ CVE Foundation — Non-profit created by CVE Board members to decouple the CVE program from single-source government funding. [https://www.computerweekly.com/news/366622835/CVE-Foundation-pledges-continuity-after-MITRE-funding-cut](https://www.computerweekly.com/news/366622835/CVE-Foundation-pledges-continuity-after-MITRE-funding-cut?ref=klaerenn.fr) ²⁹ CSO Online, "CVE program funding secured, easing fears of repeat crisis" (March 9, 2026) — CVE Board meeting of January 21, 2026: "no funding cliff in March," operations extended "well beyond that timeframe." Nick Andersen (acting director CISA): "Under CISA's leadership and sponsorship, the CVE program is fully funded." Pete Allor (CVE Foundation co-founder): "mystery contract with a mystery number." One board member repeatedly requested access to the contract at successive meetings; MITRE declined, citing legal protections. Separate FOIA request unanswered. [https://www.csoonline.com/article/4142600/cve-program-funding-secured-easing-fears-of-repeat-crisis.html](https://www.csoonline.com/article/4142600/cve-program-funding-secured-easing-fears-of-repeat-crisis.html?ref=klaerenn.fr) ³⁰ Boulder Reporting Lab — Icarus Quantum seeking alternative nanofabrication facilities after NIST restrictions. [https://boulderreportinglab.org/2026/02/12/at-boulders-nist-three-year-cap-on-international-researchers-sparks-fears-of-a-scientific-exodus/](https://boulderreportinglab.org/2026/02/12/at-boulders-nist-three-year-cap-on-international-researchers-sparks-fears-of-a-scientific-exodus/?ref=klaerenn.fr) ³¹ Boulder Reporting Lab, "NIST appears to walk back limits on international researchers" (March 10, 2026) — Burkhardt email to NIST staff on March 6, 2026: "There is no explicit ban on foreign national research associates from any country, nor any mandated time limit or cap." Same email: "NIST is currently reviewing its research security protocols to ensure alignment with evolving laws and guidance as well as consistency with other agencies." Sen. Hickenlooper (Colorado) questioned Raman about the reports at the March 5 confirmation hearing. [https://boulderreportinglab.org/2026/03/10/nist-appears-to-walk-back-limits-on-international-researchers/](https://boulderreportinglab.org/2026/03/10/nist-appears-to-walk-back-limits-on-international-researchers/?ref=klaerenn.fr) ³² Science (AAAS), "U.S. science agency moves to restrict foreign scientists from its labs" (February 2026, updated March 12) — Foreign researchers barred from lab access on evenings and weekends without escort by a federal employee. These restrictions remained after the formal cap policy was withdrawn. [https://www.science.org/content/article/nist-moves-restrict-foreign-scientists-its-labs](https://www.science.org/content/article/nist-moves-restrict-foreign-scientists-its-labs?ref=klaerenn.fr) ³³ See in this series: "The vulnerability of vulnerability management" (NVD), "European dependency on American standards" (85% data dependency), "The last channel" (CISA KEV). ³⁴ ISC2, CISSP Certification Exam Outline — Domain 1 (Security and Risk Management, 16% of exam): "Security control frameworks (e.g., ISO, NIST, COBIT, SABSA, PCI, FedRAMP)" and "Risk frameworks (e.g., ISO, NIST, COBIT, SABSA, PCI)" as explicit exam topics. NIST SP 800-53 listed in recommended preparation references. [https://www.isc2.org/certifications/cissp/cissp-certification-exam-outline](https://www.isc2.org/certifications/cissp/cissp-certification-exam-outline?ref=klaerenn.fr) ³⁵ ENISA, European Vulnerability Database (EUVD) — Launched in beta May 2025\. Own identifiers (EUVD-2025-XXXXX). Three views: critical vulnerabilities, actively exploited, CSIRT-coordinated. [https://euvd.enisa.europa.eu/](https://euvd.enisa.europa.eu/?ref=klaerenn.fr) ³⁶ Cybernews / Infosecurity Magazine — GCVE launched January 2026 by CIRCL (Luxembourg). 25+ public sources. Decentralized model. European infrastructure. [https://www.infosecurity-magazine.com/news/global-cybersecurity-vulnerability/](https://www.infosecurity-magazine.com/news/global-cybersecurity-vulnerability/?ref=klaerenn.fr) ³⁷ VulnCheck, "Does ENISA EUVD live up to all the hype?" (May 2025) — 50,000+ CVEs missing from main API. Detailed coverage comparison EUVD / NVD / CVE.org. [https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd](https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd?ref=klaerenn.fr) ³⁸ See in this series: "Ghost in the Binary" (CRA blind spots on compiler-introduced vulnerabilities and dependency on CVE/NVD infrastructure for mandatory reporting). ### Pitch Black URL: https://www.klaerenn.fr/pitch-black/ Last updated: 2026-09-01T22:51:11.000Z *"You're not afraid of the dark, are you?" L'Europe navigue à la lumière des standards américains. Cette lumière s'éteint.* --- Le 12 février 2026, le Boulder Reporting Lab a rapporté que le National Institute of Standards and Technology (NIST) imposait un plafond de deux à trois ans aux doctorants et postdoctorants internationaux sur ses campus de Boulder (Colorado) et Gaithersburg (Maryland)¹. Jusqu'alors, les chercheurs restaient aussi longtemps que leur thèse ou leur projet l'exigeait. Sous la nouvelle politique, des expériences en cours depuis des années devront s'interrompre avant leur terme. L'information a circulé dans les cercles scientifiques. Elle n'a pas fait de bruit dans les cercles cybersécurité. Elle aurait dû. Le NIST opère le National Vulnerability Database sur lequel reposent les programmes de gestion des vulnérabilités de la quasi-totalité des organisations occidentales. Il a standardisé les algorithmes post-quantiques ML-KEM, ML-DSA et SLH-DSA que l'ANSSI, l'ENISA et le BSI recommandent pour la migration cryptographique². Son Cybersecurity Framework est explicitement référencé dans les standards techniques réglementaires (RTS) de DORA et dans les transpositions nationales de NIS2 en Italie, Irlande et Chypre³. Ses standards structurent le corpus de connaissances du CISSP, la certification que l'ENISA mappe sur six des douze rôles de son propre European Cybersecurity Skills Framework⁴. Les limites empiriques des frameworks défensifs MITRE sont documentées⁵ : ATT&CK plafonné à 21% de couverture SIEM, D3FEND construit sur un corpus de brevets sans mesure d'effectivité. La question du financement fédéral dont dépend ATT&CK et celle du modèle qui remplace le detect-and-respond convergent ici : vers l'institution qui produit les standards en amont. La restriction des chercheurs étrangers est le huitième d'une série de huit vecteurs qui frappent simultanément le NIST depuis janvier 2025\. Pris isolément, chacun est un incident administratif. Leur convergence est un changement de régime. ## Les huit vecteurs ### 1\. Vacance de direction Le NIST n'a pas eu de directeur confirmé par le Sénat depuis janvier 2025\. Laurie Locascio, qui avait supervisé le lancement de l'AI Safety Institute, la finalisation des standards post-quantiques et la mise à jour des Digital Identity Guidelines, est partie diriger l'ANSI⁶. Craig Burkhardt sert comme Acting Director, un intérimaire sans mandat pour des décisions pluriannuelles en matière de budget, de recrutement ou d'orientation stratégique⁷. Arvind Raman, doyen de l'école d'ingénierie de Purdue, nommé par Trump en novembre 2025, a été avancé par le Senate Commerce Committee en mars 2026 par un vote de parti (16-12)⁸. Devant le président de commission Ted Cruz, Raman s'est engagé à « réorienter le NIST vers sa mission apolitique et s'assurer qu'il ne serve pas de moteur pour l'idéologie d'extrême-gauche sous prétexte de "sécurité" »⁹. En parallèle, CISA n'a pas eu de directeur confirmé depuis janvier 2025\. Sean Plankey, nommé en mars 2025 puis re-nommé en janvier 2026, a retiré sa candidature le 22 avril 2026 après treize mois de blocage sénatorial : « *It has become clear the Senate will not confirm me* »¹⁰. Aucun successeur n'a été annoncé. L'agence a connu trois acting directors en plus d'un an, ses effectifs ont été réduits d'un tiers¹¹, et l'administration propose de nouvelles coupes dans le budget FY2027\. Le NIST a fonctionné sans direction confirmée pendant plus d'un an, et CISA n'a désormais plus de candidat. Le nominé qui doit prendre la tête du NIST inscrit explicitement sa mission dans la continuité du pivot AISI → CAISI. ### 2\. Licenciements DOGE Soixante-treize employés probationnaires du NIST ont été licenciés le 3 mars 2025 par le Department of Commerce. 42 d'entre eux avaient été recrutés sous le CHIPS and Science Act de 2022 pour renforcer les capacités en technologies critiques (IA, quantique, semiconducteurs)¹². La menace initiale portait sur 500 postes, environ 15% de l'effectif total de 3 400 personnes¹³. Des membres de DOGE ont été aperçus dans le Building 225 du campus de Gaithersburg, le bâtiment qui abrite l'Information Technology Laboratory, avant même les annonces officielles¹⁴. Vingt-deux parlementaires démocrates ont résumé l'enjeu dans une lettre au secrétaire au Commerce Howard Lutnick : « Removing national and international leaders from the nonpartisan and professional civil service at NIST would hamper the development of critical standards, threaten industrial and consumer safety, and weaken American leadership around the world. »¹⁵ ### 3\. Saignée des experts cybersécurité En mai 2025, Cybersecurity Dive a documenté les départs de Matthew Scholl, chef de la Computer Security Division (CSD) au sein du NIST Information Technology Lab ; Tim Hall, responsable du groupe Security Testing, Validation and Measurements ; David Ferraiolo, responsable du groupe Secure Systems and Applications ; et David Cooper, membre de l'équipe cryptographie¹⁶. Un ancien du NIST a qualifié ces départs de « massifs ». Nick Reese, ancien du Department of Homeland Security, a prévenu que la recherche qui fonde le travail du NIST en gestion du risque et en sécurité « will suffer from a loss of critical institutional knowledge. This will not be easy to replace. » Sur le post-quantique, son analyse est directe : « the quantum issue will need new champions or risk falling to the backburner », un résultat qui menacerait la sécurité des entreprises et des gouvernements du monde entier¹⁶. ### 4\. Neutralisation de l'AI Safety Institute En février 2025, la directrice de l'AISI Elizabeth Kelly a annoncé son départ. Le chef AI adviser Elham Tabassi et la responsable du programme AI Risks and Impacts Reva Schwartz sont aussi partis. Le personnel de l'AISI n'a pas été invité au AI Action Summit de Paris. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont refusé de signer le communiqué final¹⁷. Quatre mois plus tard, l'AISI a été renommé Center for AI Standards and Innovation (CAISI). Lutnick a commenté : « For far too long, censorship and regulations have been used under the guise of national security. Innovators will no longer be limited by these standards. »¹⁸ Le pivot est explicite. L'institut qui devait évaluer les risques de l'IA est devenu un accélérateur d'innovation. JD Vance, au sommet de Paris : « I'm not here this morning to talk about AI safety. I'm here to talk about AI opportunity. »¹⁷ ### 5\. Tentative de coupe budgétaire de 43% L'administration Trump a proposé de réduire le budget NIST de 1,46 milliard à 839 millions de dollars, une coupe de 43%. Le détail : 35% de réduction sur la recherche scientifique et technique, 82% sur les services technologiques industriels, 556 postes supprimés dans les Laboratory Programs¹⁹. Face à cette proposition, le Congrès a résisté. Les crédits finaux pour FY2026 s'élèvent à 1,847 milliard, soit 21% au-dessus des niveaux FY24/25¹⁹. Mais cette résistance bipartisane repose sur un équilibre fragile : une part significative de l'augmentation provient d'earmarks fléchés vers les circonscriptions, pas vers les programmes opérationnels du NIST, et un continuing resolution rendrait à l'administration une latitude d'allocation qui contourne le vote du Congrès. ### 6\. Abandon de l'enrichissement universel du NVD En janvier 2026, Jon Boyens, acting chief de la Computer Security Division, a déclaré que le NIST « réévalue son rôle » dans l'analyse des vulnérabilités logicielles²⁰. Il veut « arrêter d'utiliser le mot backlog » et a exprimé du scepticisme envers le projet Vulnrichment de CISA (« I don't think it's a solution to the backlog »²⁰) et de l'inquiétude face au système européen GCVE, craignant une « balkanisation » du processus. En avril 2025, le NIST avait déjà marqué « Deferred » l'ensemble des CVE publiés avant le 1ᵉʳ janvier 2018²¹. Trois mois plus tard, la réévaluation a abouti. Le NIST a annoncé le 15 avril 2026 qu'il cessait d'enrichir l'ensemble des CVE soumis au NVD²². Seules trois catégories seront désormais traitées en priorité : les CVE figurant dans le catalogue KEV de la CISA (objectif : un jour ouvré), les CVE affectant des logiciels utilisés par le gouvernement fédéral américain, et les CVE concernant des logiciels critiques au sens de l'Executive Order 14028\. Tout le reste sera publié mais classé « Lowest Priority – not scheduled for immediate enrichment ». L'ensemble du backlog antérieur au 1ᵉʳ mars 2026 a basculé en « Not Scheduled ». Le NIST ne fournira plus de score de sévérité indépendant lorsque la CNA émettrice en a déjà attribué un²². Quelques ordres de grandeur documentent le basculement : +263% de soumissions CVE entre 2020 et 2025\. +33% au seul premier trimestre 2026 par rapport à la même période 2025\. 42 000 CVE enrichis en 2025, un record absolu (+45% sur l'année précédente), insuffisant pour absorber le flux. Harold Booth, computer scientist du NIST, l'a reconnu à VulnCon26 : « *Our ability to keep up is just not there* »²³. Le Forum of Incident Response and Security Teams (FIRST) prévoit environ 59 000 nouveaux CVE en 2026, premier franchissement du seuil des 50 000²³. À VulnCon26, un organisateur a estimé qu'il « serait surpris si Anthropic et OpenAI n'étaient pas des CVE Numbering Authorities d'ici fin 2026 »²⁴. L'entrée en production des outils de découverte de vulnérabilités assistés par IA va accélérer le volume de soumissions au-delà de ce que le NIST peut absorber. Explicitement américano-centrés, les trois critères de priorisation transforment le NVD. Le NVD fonctionnait comme un bien commun informationnel mondial. Il est devenu un service calibré sur les intérêts opérationnels du gouvernement fédéral américain. Pour les organisations européennes qui importaient ces données comme matière première de leurs programmes de gestion des vulnérabilités, l'enrichissement gratuit, neutre et exhaustif est terminé. ### 7\. Quasi-extinction du programme CVE MITRE a averti le 15 avril 2025 que le contrat de financement du programme CVE (57,8 millions de dollars annuels²⁵) expirerait le lendemain sans renouvellement annoncé. CISA a exercé une option contractuelle de dernière minute pour prolonger de 11 mois, jusqu'en mars 2026²⁶. MITRE avait déjà perdu 440 employés et 28 millions de dollars de contrats fédéraux annulés par l'administration²⁷. Créée en urgence, la CVE Foundation vise à découpler le programme de son financeur unique. L'EUVD d'ENISA et le GCVE du CIRCL luxembourgeois ont accéléré leur lancement²⁸. Le 21 janvier 2026, le CVE Board a été informé qu'il n'y aurait « pas de funding cliff en mars » et que les opérations s'étendaient « bien au-delà de cette échéance »²⁹. L'arrangement est décrit comme « plus durable » mais reste opaque : un membre du board parle d'un « mystery contract », MITRE refuse de publier l'accord, et une demande FOIA est restée sans réponse. Le programme dont dépendent les politiques de vulnérabilité de la planète entière est désormais financé sans que ses propres administrateurs connaissent les termes du financement. ### 8\. Restriction des chercheurs internationaux Selon la politique annoncée, les doctorants et postdocs étrangers devaient être plafonnés à deux ans (un an d'extension possible). Le NIST appliquait une matrice de risque par pays d'origine. Les pays « high risk » (Chine, Russie, Iran, RPDC, Cuba, Venezuela, Syrie) devaient passer en revue avant le 31 mars 2026\. Les pays « medium risk » avant le 30 septembre. Les pays « low risk », dont les membres du G7 et de Five Eyes, avant le 31 décembre 2026, avec des accords limités à deux ou trois ans¹. Le classement était instructif. La France, l'Allemagne, le Royaume-Uni n'étaient pas « trusted ». Ils étaient « low risk ». La nuance est une matrice de sécurité nationale, pas un vocabulaire d'alliance. Avant de recruter un chercheur international, les responsables de laboratoire devaient démontrer qu'aucun candidat américain qualifié n'était disponible¹. Sur le campus de Boulder, le moral a été qualifié de « fragile ». « There have been tears in the office »¹. Icarus Quantum, spin-off du NIST Boulder qui avait reçu 400 000 dollars pour développer des technologies quantiques, a cherché des installations alternatives en Californie, Boston et Chicago³⁰. Le 6 mars 2026, après trois semaines de pression parlementaire et médiatique, Burkhardt a envoyé un email au personnel NIST : « *There is no explicit ban on foreign national research associates from any country, nor any mandated time limit or cap for the length of an associate's potential tenure at NIST* »³¹. Le même email précise que « NIST examine actuellement ses protocoles de sécurité de recherche pour assurer l'alignement avec les lois et les guidances en évolution », et que les règles « pourraient à nouveau changer ». Les restrictions d'accès aux laboratoires hors heures ouvrables restent en place³². La politique formelle a été retirée. L'intention reste documentée. ## La topologie de la dépendance Cette série a documenté les deux premiers niveaux de dépendance européenne au système américain. Cet article en documente deux supplémentaires. Le premier niveau est celui des données de vulnérabilité³³. Le NVD traite les CVE, le CISA KEV priorise les vulnérabilités exploitées. L'Europe importe ces données comme matière première de ses programmes de gestion des vulnérabilités. Le problème documenté : dépendance à 85% aux données américaines. Depuis le 15 avril 2026, le problème a changé de nature : le NVD a formellement restreint son enrichissement aux vulnérabilités jugées prioritaires pour le gouvernement fédéral américain. La dépendance n'est plus seulement technique. Elle est désormais soumise à un filtre souverain. Au deuxième niveau, la grammaire défensive⁵. ATT&CK fournit la taxonomie des menaces. D3FEND catalogue les contre-mesures. Ces frameworks structurent la manière dont les organisations occidentales pensent l'attaque et la défense. Le problème documenté : biais de survivabilité, couverture stagnante, absence de mesure d'effectivité. Le NIST est le troisième niveau, la production normative elle-même. Les standards post-quantiques (FIPS 203, 204, 205) que le monde entier adopte sont des produits NIST, même si les algorithmes sous-jacents ont été conçus par des équipes majoritairement européennes. Le Cybersecurity Framework est un produit NIST : les RTS de DORA, texte réglementaire européen contraignant pour l'ensemble du secteur financier, le référencent explicitement aux côtés de NIS2 et de la série ISO 27000³. Trois transpositions nationales de NIS2 le citent nommément : l'Italie y a bâti son cadre national de cybersécurité, l'Irlande et Chypre le mentionnent dans leur législation³. Au quatrième niveau, le plus profond : la formation. Le CISSP est la certification cybersécurité la mieux rémunérée en zone EMEA, reconnue équivalent Master par le UK NARIC, et mappée par l'ENISA sur six des douze rôles de son European Cybersecurity Skills Framework⁴. Son Domaine 1 (Security and Risk Management, 16% du score) teste explicitement les « Security control frameworks » et « Risk frameworks » incluant le NIST³⁴. Les professionnels européens qui conçoivent les architectures, rédigent les politiques de risque et opèrent les SOC sont formés sur un corpus dont le NIST est un pilier central. La dépendance va au-delà des outils et des données. Elle est dans les cerveaux qui opèrent la défense. La différence entre les quatre niveaux est qualitative. Au premier, la dégradation a changé de nature : ce qui était un retard d'enrichissement passif est devenu, depuis avril 2026, une restriction active scopée sur des critères souverains américains. Au deuxième, les limites sont de fond : les frameworks font ce qu'ils peuvent avec les biais inhérents à leurs méthodes de construction. Au troisième, la dégradation est active et volontaire. Le NIST ne subit pas un manque de moyens. Il subit une politique délibérée de réduction, réorientation et fermeture. Au quatrième, la dépendance est invisible : elle est perçue comme un savoir universel, pas comme une dépendance. Budget en hausse voté par le Congrès. Chercheurs licenciés par l'administration. Le Congrès finance la recherche. L'administration renomme l'institut de sécurité IA en centre d'innovation. Le Congrès maintient le Manufacturing Extension Partnership. L'administration tente de le supprimer. La tension entre le législatif et l'exécutif traverse le NIST de part en part. Les experts qui partent ne reviennent pas. ## Ce qui émerge L'Europe a commencé à construire des alternatives, mais elles ne couvrent qu'un seul des quatre niveaux de dépendance documentés : les données de vulnérabilité. L'EUVD (European Vulnerability Database), lancé en bêta par l'ENISA en mai 2025, se positionne comme l'équivalent européen du NVD. Il utilise ses propres identifiants, enrichit les CVE avec des métadonnées supplémentaires, et propose trois vues spécialisées : vulnérabilités critiques, vulnérabilités activement exploitées, vulnérabilités coordonnées par les CSIRT européens³⁵. Le Cyber Resilience Act rendra obligatoire la notification des vulnérabilités activement exploitées à partir de septembre 2026. Lancé en janvier 2026 par le CIRCL luxembourgeois, le GCVE (Global CVE Allocation System) adopte un modèle décentralisé avec 25+ sources publiques et une infrastructure européenne. Le système permet aux GCVE Numbering Authorities (GNA) d'allouer et publier des identifiants de manière indépendante, sans approbation centralisée³⁶. Ces initiatives répondent à un besoin réel. Mais les limites sont documentées. L'analyse de VulnCheck sur l'EUVD montre que l'API principale ne retourne pas 50 000+ CVE qui existent pourtant sur le site web³⁷. L'EUVD reste en bêta. Le GCVE a deux mois d'existence. Aucun des deux ne dispose du réseau de 450+ CNA, de l'intégration dans les outils de sécurité commerciaux, ou de l'inertie institutionnelle de 25 ans de standardisation mondiale que le système américain a construits. L'Europe ne manque pas d'initiatives. L'EUCC certifie des produits depuis février 2025, une quarantaine de standards CRA sont en développement chez CEN, CENELEC et ETSI, et CEN/CENELEC a créé un groupe miroir pour la cryptographie post-quantique. Mais là où le NIST produit une architecture intégrée (données, frameworks, standards cryptographiques, formation se référençant mutuellement), l'Europe disperse ses efforts entre ENISA, CEN/CENELEC, ETSI, CIRCL et les agences nationales sans architecture d'ensemble. Aucun framework de gouvernance européen ne remplace le CSF que DORA et trois transpositions NIS2 continuent de référencer. Aucun corpus de formation ne se substitue au NIST dans les certifications que l'ENISA elle-même recommande. L'Europe construit des pièces. Elle n'a pas de système. Côté réglementaire, le décalage est tout aussi visible. Le Cyber Resilience Act impose un signalement des vulnérabilités sous 24 heures qui repose sur une infrastructure d'identification (CVE/NVD) que l'Europe ne contrôle pas et ne produit pas en volume suffisant³⁸. Les algorithmes post-quantiques que l'ANSSI recommande (ML-KEM, ML-DSA, SLH-DSA) ont acquis leur adoption industrielle mondiale parce que le NIST les a standardisés en FIPS, et l'équipe qui pilotait ce processus vient de perdre ses leaders, alors même que les algorithmes sous-jacents ont été conçus par des chercheurs majoritairement européens. L'Europe finance la recherche. Le NIST la transforme en norme. Quand le NIST perd cette capacité, la recherche européenne perd son débouché normatif. ## Ce que je ne sais pas Je ne sais pas si le Congrès américain continuera de protéger le NIST contre les coupes de l'exécutif. L'équilibre bipartisan actuel tient à un nombre limité de parlementaires qui comprennent le rôle du NIST dans la compétitivité industrielle. Cet équilibre peut basculer à la prochaine élection de mi-mandat ou au prochain continuing resolution. Je ne sais pas si les experts partis du NIST (Scholl, Hall, Ferraiolo, Cooper, Kelly, Tabassi, Schwartz) seront remplacés par des profils équivalents. Le recrutement scientifique fédéral américain est en concurrence avec le secteur privé, et le climat actuel au sein de l'agence ne favorise pas l'attraction de talents de premier plan. Le « brain drain » documenté par le Congressional Research Service dans d'autres agences (NOAA, EPA) après des périodes similaires suggère des délais de reconstitution de cinq à dix ans. Je ne sais pas si l'EUVD et le GCVE atteindront la masse critique nécessaire pour constituer une alternative opérationnelle au système américain. L'adoption dépend de l'intégration dans les outils commerciaux (SIEM, scanners de vulnérabilités, plateformes de threat intelligence), et ces outils sont majoritairement produits par des éditeurs américains dont les intérêts ne convergent pas nécessairement avec la souveraineté normative européenne. Je ne sais pas ce que contient le contrat qui finance désormais le programme CVE au-delà de mars 2026\. Les administrateurs du CVE Board eux-mêmes ne le savent pas. Les demandes FOIA sont restées sans réponse. Le programme existe, ses gouvernants ne connaissent pas les termes de son existence. Je ne sais pas comment les scores CVSS auto-attribués par les CNA éditrices se comporteront en l'absence de l'arbitrage indépendant du NIST. Le conflit d'intérêt est structurel : l'entité qui produit le logiciel vulnérable attribue le score qui détermine la priorité de correction. Je ne sais pas non plus si les CERT nationaux européens (CERT-FR, CERT-EU, CSIRT régionaux) absorberont la charge analytique que le NVD vient de transférer. À budget constant, c'est un transfert de coût silencieux du fédéral américain vers le reste de la chaîne. Ce que je sais : huit vecteurs de dégradation frappent simultanément l'organisme dont dépendent les quatre niveaux de la posture défensive européenne, des données de vulnérabilité jusqu'à la formation des professionnels. Aucune de ces couches de dépendance ne dispose d'un plan B opérationnel. La question posée précédemment était : quel modèle remplace le detect-and-respond quand il atteint ses limites empiriques ? La question suppose qu'il existe une institution capable de produire le modèle suivant. Les huit vecteurs documentés ici montrent que cette institution est en cours de transformation active. L'organisme qui devrait concevoir l'après-detect-and-respond a tenté d'expulser ses chercheurs étrangers, perd ses experts en cryptographie, renomme son institut de sécurité IA, a officiellement cessé d'enrichir les vulnérabilités qu'il ne juge pas prioritaires pour le gouvernement fédéral américain, et survit grâce à un Congrès qui vote contre son propre exécutif. L'Europe a importé des outils défensifs qui plafonnent, puis bâti sa conformité réglementaire sur des standards produits par un organisme dont huit vecteurs de dégradation convergent en même temps. Le locataire découvre que le propriétaire a cessé l'entretien, change les serrures et renvoie les ingénieurs. --- *Quinzième article d'une série sur les failles de construction de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) - *Article 13 :* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/) - *Article 14 :* [*The Prestige*](https://www.klaerenn.fr/the-prestige/) --- ## Références ¹ Boulder Reporting Lab, « At Boulder's NIST, three-year cap on international researchers sparks fears of a scientific exodus » (12 février 2026) — Cap de 2-3 ans, matrice de risque par pays, obligation de prouver l'absence de candidats américains qualifiés. « There have been tears in the office. » [https://boulderreportinglab.org/2026/02/12/at-boulders-nist-three-year-cap-on-international-researchers-sparks-fears-of-a-scientific-exodus/](https://boulderreportinglab.org/2026/02/12/at-boulders-nist-three-year-cap-on-international-researchers-sparks-fears-of-a-scientific-exodus/?ref=klaerenn.fr) ² NIST, FIPS 203, 204, 205 (août 2024) — ML-KEM, ML-DSA, SLH-DSA. Premiers standards post-quantiques. Adoption : Cloudflare (défaut pour tous les clients depuis janvier 2026), recommandations ANSSI, ENISA, BSI. [https://csrc.nist.gov/publications/fips](https://csrc.nist.gov/publications/fips?ref=klaerenn.fr) ³ Deloitte, « DORA Regulation — ICT risk management in light of ESAs' RTS » — Les RTS sur le cadre de gestion du risque ICT de DORA contiennent des « direct references to other European and international regulations and standards (including NIS2, NIST cybersecurity framework, as well as standards from the ISO 27000-series). » ECSO NIS2 Transposition Tracker : l'Italie a basé son National Framework for Cybersecurity and Data Protection sur le NIST CSF 2.0 (mis à jour 2025) ; l'Irlande mentionne le NIST CSF 2.0 ; Chypre référence NIST 800-53\. [https://www2.deloitte.com/dk/da/pages/risk/articles/DORA-Regulation-ICT-risk-management-in-light-of-ESAs-recent-publication-of-additional-Regulatory-Technical-Standards.html](https://www2.deloitte.com/dk/da/pages/risk/articles/DORA-Regulation-ICT-risk-management-in-light-of-ESAs-recent-publication-of-additional-Regulatory-Technical-Standards.html?ref=klaerenn.fr) [https://ecs-org.eu/activities/nis2-directive-transposition-tracker/](https://ecs-org.eu/activities/nis2-directive-transposition-tracker/?ref=klaerenn.fr) ⁴ ISC2, « CISSP in the ECSF — Understanding How the Certification Maps » (mai 2025) — Le CISSP est mappé sur 6 des 12 rôles définis dans l'European Cybersecurity Skills Framework de l'ENISA. La certification est reconnue comme équivalent Master (RQF Level 7) par le UK NARIC (mai 2020), transposable en Europe via le European Qualifications Framework. Certification la mieux rémunérée en zone EMEA (Global Knowledge). [https://www.isc2.org/Insights/2025/05/CISSP-in-the-ECSF-Understanding-how-the-certification-maps](https://www.isc2.org/Insights/2025/05/CISSP-in-the-ECSF-Understanding-how-the-certification-maps?ref=klaerenn.fr) ⁵ Voir dans cette série : « Now You See Me » (ATT&CK : biais de survivabilité, 21% de couverture SIEM, financement fédéral) et « The Prestige » (D3FEND : corpus de brevets, absence de mesure d'effectivité). ⁶ FedScoop, « NIST Director Laurie Locascio to depart in January » (octobre 2024) — Locascio a supervisé l'AISI, les standards PQC, les Digital Identity Guidelines. Départ vers l'ANSI. [https://fedscoop.com/nist-director-laurie-locascio-to-depart-in-january/](https://fedscoop.com/nist-director-laurie-locascio-to-depart-in-january/?ref=klaerenn.fr) ⁷ NIST, « Our Leadership Team » — Craig Burkhardt, Acting Under Secretary and Acting NIST Director depuis janvier 2025\. [https://www.nist.gov/director/leadership](https://www.nist.gov/director/leadership?ref=klaerenn.fr) ⁸ Manufacturing Dive, « NIST director nominee advances despite senators' MEP concerns » (mars 2026) — Arvind Raman avancé par le Senate Commerce Committee le 12 mars 2026 par un vote de 16-12, largement sur ligne de parti. Vote plénier non programmé. [https://www.manufacturingdive.com/news/nist-director-nominee-arvind-raman-senate-confirmation/815356/](https://www.manufacturingdive.com/news/nist-director-nominee-arvind-raman-senate-confirmation/815356/?ref=klaerenn.fr) ⁹ AIP FYI, « Senators Grill NIST Director Nominee » (mars 2026) — Engagement de Raman devant Cruz à « réorienter le NIST vers sa mission apolitique et s'assurer qu'il ne serve pas de moteur pour l'idéologie d'extrême-gauche sous prétexte de "sécurité" ». Déclaration de Cruz sur l'AI Risk Management Framework comme « social engineering de gauche ». [https://www.aip.org/fyi/senators-grill-nist-director-nominee](https://www.aip.org/fyi/senators-grill-nist-director-nominee?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Nextgov/FCW, « Plankey withdraws nomination to lead CISA » (22 avril 2026) — « After thirteen months since my initial nomination, it has become clear the Senate will not confirm me. » Holds de Scott (R-Fla., contrats Coast Guard), Wyden (D-Ore., rapport télécoms). Re-nomination janvier 2026 après retour au Président sous Senate Rule XXXI. Aucun successeur annoncé. [https://www.nextgov.com/people/2026/04/plankey-withdraws-nomination-lead-cisa/413045/](https://www.nextgov.com/people/2026/04/plankey-withdraws-nomination-lead-cisa/413045/?ref=klaerenn.fr) [https://www.govinfosecurity.com/no-vote-no-leader-cisa-faces-2026-without-director-a-30208](https://www.govinfosecurity.com/no-vote-no-leader-cisa-faces-2026-without-director-a-30208?ref=klaerenn.fr) [https://cyberscoop.com/sean-plankey-re-nominated-to-lead-cisa/](https://cyberscoop.com/sean-plankey-re-nominated-to-lead-cisa/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Federal News Network / TechCrunch (27 février 2026) — Gottumukkala écarté après avoir uploadé des documents sensibles sur ChatGPT public et échoué un polygraphe. Nick Andersen (acting EAD cybersecurity) nommé troisième acting director. Effectifs CISA réduits d'un tiers. Trois acting directors en 14 mois (Bean, Gottumukkala, Andersen). [https://federalnewsnetwork.com/cybersecurity/2026/02/cisa-leadership-shakeup-comes-amid-pressure-moment-for-cyber-agency/](https://federalnewsnetwork.com/cybersecurity/2026/02/cisa-leadership-shakeup-comes-amid-pressure-moment-for-cyber-agency/?ref=klaerenn.fr) [https://techcrunch.com/2026/02/27/cisa-replaces-acting-director-gottumukkala-after-a-bumbling-year-on-the-job/](https://techcrunch.com/2026/02/27/cisa-replaces-acting-director-gottumukkala-after-a-bumbling-year-on-the-job/?ref=klaerenn.fr) ¹² Nextgov/FCW, « NIST fires over 70 probationary employees » (4 mars 2025) — 73 licenciements, dont 42 recrutés sous le CHIPS and Science Act. [https://www.nextgov.com/people/2025/03/nist-fires-over-70-probationary-employees/403459/](https://www.nextgov.com/people/2025/03/nist-fires-over-70-probationary-employees/403459/?ref=klaerenn.fr) ¹³ Bloomberg / Business Standard, « Trump team plans firings of probationary workers at NIST » (20 février 2025) — Plan initial de 500 licenciements sur 3 400 employés. [https://www.business-standard.com/world-news/trump-team-plans-firings-of-probationary-workers-at-nist-key-agency-for-ai-125022000118\_1.html](https://www.business-standard.com/world-news/trump-team-plans-firings-of-probationary-workers-at-nist-key-agency-for-ai-125022000118%5F1.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ WIRED / Bureau du Représentant Jake Auchincloss — Membres de DOGE aperçus dans le Building 225 (Information Technology Laboratory) avant les annonces. Trois directeurs de laboratoire promus dans l'année ciblés. [https://auchincloss.house.gov/media/in-the-news/the-national-institute-of-standards-and-technology-braces-for-mass-firings](https://auchincloss.house.gov/media/in-the-news/the-national-institute-of-standards-and-technology-braces-for-mass-firings?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Lettre du 2 avril 2025 de 22 représentants (McClain Delaney, Lofgren, Neguse et 19 collègues) au secrétaire Lutnick — Impact par campus, par bureau, par projet. Questions sur le recrutement, les standards internationaux, la compétition avec la Chine en IA et quantique. [https://mcclaindelaney.house.gov/sites/evo-subsites/mcclaindelaney.house.gov/files/evo-media-document/amd-letter-to-sec-lutnik-re-nist-probationary-and-rif-plans-v.f.pdf](https://mcclaindelaney.house.gov/sites/evo-subsites/mcclaindelaney.house.gov/files/evo-media-document/amd-letter-to-sec-lutnik-re-nist-probationary-and-rif-plans-v.f.pdf?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Cybersecurity Dive, « NIST loses key cyber experts in standards and research » (mai 2025) — Départs Scholl, Hall, Ferraiolo, Cooper. Citations Reese sur le post-quantique et la perte de « critical institutional knowledge ». [https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cyber-retirements-quantum-ai-research-standards/747270/](https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cyber-retirements-quantum-ai-research-standards/747270/?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ CyberScoop, « In Paris, U.S. signals shift from AI safety to deregulation » (février 2025) — Vance : « I'm not here this morning to talk about AI safety. » US et UK refusent de signer le communiqué. Technical.ly — Départs Kelly, Tabassi, Schwartz. Personnel AISI non invité au sommet de Paris. [https://cyberscoop.com/ai-safety-jd-vance-paris-ai-summit-deregulation/](https://cyberscoop.com/ai-safety-jd-vance-paris-ai-summit-deregulation/?ref=klaerenn.fr) [https://technical.ly/software-development/nist-layoffs-ai-safety-chips-act-trump/](https://technical.ly/software-development/nist-layoffs-ai-safety-chips-act-trump/?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ FDD, « Cutting NIST's Workforce Threatens American Tech Innovation and Leadership » (avril 2025) — Lutnick sur le renommage AISI → CAISI. Analyse des impacts sur la compétitivité américaine. [https://www.fdd.org/analysis/2025/04/16/cutting-nists-workforce-threatens-american-tech-innovation-and-leadership/](https://www.fdd.org/analysis/2025/04/16/cutting-nists-workforce-threatens-american-tech-innovation-and-leadership/?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Crédits FY2026 — Proposition exécutive : 839 M$ (−43%). Crédits votés par le Congrès : 1,847 Md$ (+21% vs FY24/25). Détail des coupes proposées par programme. [https://www.commerce.senate.gov/2026/1/ves-existential-threat-from-trump-budget-as-senate-rejects-gutting-nasa-nsf-nist](https://www.commerce.senate.gov/2026/1/ves-existential-threat-from-trump-budget-as-senate-rejects-gutting-nasa-nsf-nist?ref=klaerenn.fr) [https://aas.org/posts/news/2025/07/fy2026-presidents-budget-request-doe-office-science-and-nist-details](https://aas.org/posts/news/2025/07/fy2026-presidents-budget-request-doe-office-science-and-nist-details?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Cybersecurity Dive, « NIST is rethinking its role in analyzing software vulnerabilities » (23 janvier 2026) — Jon Boyens, acting chief CSD : « I don't think it serves our mission or our stakeholders to try to go back and enrich every CVE. » Scepticisme envers Vulnrichment CISA. Inquiétude sur la « balkanisation » par le GCVE. [https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-rethinking-vulnerability-analysis/738004/](https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-rethinking-vulnerability-analysis/738004/?ref=klaerenn.fr) ²¹ NIST NVD Update (19 mars 2025) — Soumissions CVE +32% en 2024\. Backlog en croissance. CVE antérieurs au 01/01/2018 marqués « Deferred » (avril 2025). [https://csrc.nist.gov/news/2025](https://csrc.nist.gov/news/2025?ref=klaerenn.fr) ²² NIST, « NIST Updates NVD Operations to Address Record CVE Growth » (15 avril 2026) — Annonce officielle de l'abandon de l'enrichissement universel. Trois critères de priorisation : KEV CISA, logiciels fédéraux, EO 14028\. +263% de soumissions CVE 2020-2025, +33% Q1 2026\. 42 000 CVE enrichis en 2025 (+45%), insuffisant. Backlog pré-mars 2026 basculé en « Not Scheduled ». NIST ne fournira plus de score de sévérité indépendant lorsque la CNA en a déjà attribué un. [https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/04/nist-updates-nvd-operations-address-record-cve-growth?ref=klaerenn.fr) ²³ Infosecurity Magazine, « NIST Drops NVD Enrichment for Pre-March 2026 Vulnerabilities » (25 avril 2026) — Harold Booth (NIST computer scientist) à VulnCon26, Scottsdale : « Our ability to keep up is just not there. » FIRST prévoit environ 59 000 nouveaux CVE en 2026, premier franchissement du seuil des 50 000\. [https://www.infosecurity-magazine.com/news/nvd-enrichment-premarch-2026/](https://www.infosecurity-magazine.com/news/nvd-enrichment-premarch-2026/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Resilient Cyber, « The NVD Just Threw In The Towel — Now What? » (avril 2026) — Gibson (organisateur VulnCon26) : « I would be surprised if Anthropic and OpenAI were not CVE Numbering Authorities by the end of 2026\. » Analyse de la transition d'un modèle d'enrichissement universel vers un modèle privatisé. [https://www.resilientcyber.io/p/the-nvd-just-threw-in-the-towel-now](https://www.resilientcyber.io/p/the-nvd-just-threw-in-the-towel-now?ref=klaerenn.fr) [https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/](https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ Swarmnetics, « MITRE CVE Program Safe Until Early 2026 » (avril 2025) — Programme CVE : 57,8 M$/an de financement fédéral. [https://swarmnetics.com/blog/mitre-cve-program-safe-until-early-2026-but-what-happens-then/](https://swarmnetics.com/blog/mitre-cve-program-safe-until-early-2026-but-what-happens-then/?ref=klaerenn.fr) ²⁶ BleepingComputer / SecurityWeek — CISA exerce option contractuelle de 11 mois le 16 avril 2025\. Extension jusqu'en mars 2026\. Lettre Barsoum : « deterioration of national vulnerability databases and advisories. » [https://www.securityweek.com/mitre-signals-potential-cve-program-deterioration-as-us-gov-funding-expires/](https://www.securityweek.com/mitre-signals-potential-cve-program-deterioration-as-us-gov-funding-expires/?ref=klaerenn.fr) ²⁷ CyberScoop, « CVE Foundation eyes year-end launch » (mai 2025) — MITRE : 440+ employés licenciés, 28 M$ de contrats annulés. [https://cyberscoop.com/cve-program-funding-crisis-cve-foundation-mitre/](https://cyberscoop.com/cve-program-funding-crisis-cve-foundation-mitre/?ref=klaerenn.fr) ²⁸ CVE Foundation — Non-profit créée par des membres du CVE Board pour découpler le programme CVE du financement gouvernemental unique. [https://www.computerweekly.com/news/366622835/CVE-Foundation-pledges-continuity-after-MITRE-funding-cut](https://www.computerweekly.com/news/366622835/CVE-Foundation-pledges-continuity-after-MITRE-funding-cut?ref=klaerenn.fr) ²⁹ CSO Online, « CVE program funding secured, easing fears of repeat crisis » (9 mars 2026) — Réunion du CVE Board du 21 janvier 2026 : « no funding cliff in March », opérations étendues « well beyond that timeframe ». Nick Andersen (acting director CISA) : « Under CISA's leadership and sponsorship, the CVE program is fully funded. » Pete Allor (CVE Foundation co-founder) : « mystery contract with a mystery number ». Un membre du board a réitéré ses demandes d'accès au contrat à plusieurs réunions successives ; MITRE a refusé, invoquant la protection légale de l'accord. Demande FOIA séparée restée sans réponse. [https://www.csoonline.com/article/4142600/cve-program-funding-secured-easing-fears-of-repeat-crisis.html](https://www.csoonline.com/article/4142600/cve-program-funding-secured-easing-fears-of-repeat-crisis.html?ref=klaerenn.fr) ³⁰ Boulder Reporting Lab — Icarus Quantum cherche des installations de nanofabrication alternatives après les restrictions NIST. [https://boulderreportinglab.org/2026/02/12/at-boulders-nist-three-year-cap-on-international-researchers-sparks-fears-of-a-scientific-exodus/](https://boulderreportinglab.org/2026/02/12/at-boulders-nist-three-year-cap-on-international-researchers-sparks-fears-of-a-scientific-exodus/?ref=klaerenn.fr) ³¹ Boulder Reporting Lab, « NIST appears to walk back limits on international researchers » (10 mars 2026) — Email de Burkhardt au personnel NIST le 6 mars 2026 : « There is no explicit ban on foreign national research associates from any country, nor any mandated time limit or cap. » Même email : « NIST is currently reviewing its research security protocols to ensure alignment with evolving laws and guidance as well as consistency with other agencies. » Sen. Hickenlooper (Colorado) a interrogé Raman sur les rapports à l'audition du 5 mars. [https://boulderreportinglab.org/2026/03/10/nist-appears-to-walk-back-limits-on-international-researchers/](https://boulderreportinglab.org/2026/03/10/nist-appears-to-walk-back-limits-on-international-researchers/?ref=klaerenn.fr) ³² Science (AAAS), « U.S. science agency moves to restrict foreign scientists from its labs » (février 2026, mis à jour 12 mars) — Chercheurs étrangers interdits d'accès aux labos en soirée et week-end sans escorte par un employé fédéral. Ces restrictions persistent après le retrait de la politique de plafonnement. [https://www.science.org/content/article/nist-moves-restrict-foreign-scientists-its-labs](https://www.science.org/content/article/nist-moves-restrict-foreign-scientists-its-labs?ref=klaerenn.fr) ³³ Voir dans cette série : « La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités » (NVD), « La dépendance européenne aux standards américains » (dépendance à 85% aux données américaines), « Le dernier canal » (CISA KEV). ³⁴ ISC2, CISSP Certification Exam Outline — Domaine 1 (Security and Risk Management, 16% de l'examen) : « Security control frameworks (e.g., ISO, NIST, COBIT, SABSA, PCI, FedRAMP) » et « Risk frameworks (e.g., ISO, NIST, COBIT, SABSA, PCI) » comme matières d'examen explicites. Le NIST SP 800-53 figure dans les références de préparation recommandées. [https://www.isc2.org/certifications/cissp/cissp-certification-exam-outline](https://www.isc2.org/certifications/cissp/cissp-certification-exam-outline?ref=klaerenn.fr) ³⁵ ENISA, European Vulnerability Database (EUVD) — Lancé en bêta mai 2025\. Identifiants propres (EUVD-2025-XXXXX). Trois vues : vulnérabilités critiques, activement exploitées, coordonnées par les CSIRT. [https://euvd.enisa.europa.eu/](https://euvd.enisa.europa.eu/?ref=klaerenn.fr) ³⁶ Cybernews / Infosecurity Magazine — GCVE lancé en janvier 2026 par le CIRCL (Luxembourg). 25+ sources publiques. Modèle décentralisé. Infrastructure européenne. [https://www.infosecurity-magazine.com/news/global-cybersecurity-vulnerability/](https://www.infosecurity-magazine.com/news/global-cybersecurity-vulnerability/?ref=klaerenn.fr) ³⁷ VulnCheck, « Does ENISA EUVD live up to all the hype? » (mai 2025) — 50 000+ CVE absents de l'API principale. Comparaison détaillée des couvertures EUVD / NVD / CVE.org. [https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd](https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd?ref=klaerenn.fr) ³⁸ Voir dans cette série : « Ghost in the Binary » (angles morts du CRA sur les vulnérabilités introduites par le compilateur et la dépendance à l'infrastructure CVE/NVD pour le signalement obligatoire). ### Mon Oncle URL: https://www.klaerenn.fr/mon-oncle/ Last updated: 2026-04-30T08:00:03.000Z *Le décret d'application de l'article 31 SREN est publié le 16 avril 2026\. La veille, l'Agence nationale des titres sécurisés détecte une compromission qui exposera jusqu'à 19 millions de données personnelles. Entre les deux, l'écart que le texte prétendait combler.* ## La pièce manquante est arrivée Le 14 avril 2026, le Premier ministre signe le décret n° 2026-272¹, attendu depuis vingt-trois mois. Il rend opposable l'obligation pour les administrations de l'État, leurs opérateurs et sept GIP de recourir à des prestataires qualifiés SecNumCloud pour l'hébergement de leurs données d'une sensibilité particulière. Le texte est publié au Journal officiel le 16 avril. Le 15 avril, entre la signature et la publication, une administration centrale chargée de délivrer les passeports biométriques, les cartes nationales d'identité, les titres de séjour et les permis de conduire détecte un incident de sécurité sur son portail. Le 20 avril, le ministère de l'Intérieur reconnaît publiquement² que des données à caractère personnel de comptes particuliers et professionnels ont été compromises. Un acteur dénommé breach3d met en vente, sur un forum cybercriminel, une base attribuée à l'Agence nationale des titres sécurisés contenant jusqu'à 19 millions d'enregistrements³ : noms, prénoms, adresses email, dates de naissance, adresses postales. L'ANTS, devenue France Titres, est un établissement public administratif national placé sous tutelle du ministère de l'Intérieur. Elle relève par son statut du périmètre exact du décret signé la veille de l'incident. Son hébergement est, ou devrait être, conforme au référentiel de sécurité applicable aux données sensibles de l'État. Aucun hébergement SecNumCloud, aucune absence de sujétion aux lois extraterritoriales, aucun critère d'actionnariat européen, aucune clause de localisation physique des serveurs n'aurait empêché cette compromission. Elle s'est jouée à un étage que le décret du 14 avril laisse hors de son champ, par construction. ## Le périmètre du chapitre Le décret 2026-272 saisit un périmètre massif. Les administrations centrales et déconcentrées, les opérateurs publics au sens large (établissements publics administratifs, EPIC à mission de service public), et nommément le Health Data Hub, l'Agence du numérique en santé, le Centre d'accès sécurisé aux données, le GIP Mission interministérielle de réforme administrative numérique, le Service national d'enregistrement des données de l'État, le Collecteur analyseur de données et le Centre de ressources de la prévention de la radicalisation. Le décret tranche ce que dix-huit mois de pratique informelle laissaient ouvert. La saga ouverte par l'absence de décret, que nous avons analysée dans *Fantômas au Conseil d'État*⁴, trouve enfin son chapitre attendu. ## Ce que le texte codifie existait déjà L'article 31 de la loi SREN⁵ saisit deux catégories de données : celles couvertes par les secrets protégés par la loi (articles L. 311-5 et L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration⁶), et celles relevant des missions essentielles de l'État. Pour la quasi-totalité de ces catégories, le cadre était déjà fixé ailleurs. Le secret de la défense nationale et les informations classifiées relèvent de l'IGI 1300⁷, dans sa version révisée de novembre 2011 puis d'août 2021\. L'instruction interdit de longue date l'hébergement en cloud commercial pour les données classées Secret ou Très Secret, et impose des architectures dédiées homologuées par l'ANSSI. Les systèmes d'information sensibles et les informations en Diffusion Restreinte sont encadrés par l'instruction n° 901/SGDSN/ANSSI du 28 janvier 2015⁸, complétée par le guide ANSSI *Recommandations pour les architectures des systèmes d'information sensibles ou Diffusion Restreinte*⁹ en version 1.2\. Ces textes posent les exigences d'externalisation et de délégation de l'hébergement bien avant SREN. La protection du potentiel scientifique et technique de la nation est régie par l'IGI 1300 bis et l'arrêté du 3 juillet 2012 relatif aux zones à régime restrictif¹⁰. Les données de santé traitées par les administrations et opérateurs publics sont soumises depuis 2018 à la certification HDS¹¹, dont la révision du 26 avril 2024 et le décret 2026-209 du 24 mars 2026 sur la territorialité ont resserré les exigences. Le secret fiscal, encadré par l'article L. 103 du livre des procédures fiscales¹² et les articles 226-13 et 226-14 du code pénal, est traité par la DGFiP via ses propres systèmes. Le secret statistique relève de la loi du 7 juin 1951¹³ et du cadre du CASD¹⁴. La PSSIE¹⁵ de juillet 2014 fixe enfin la politique de sécurité applicable à l'ensemble des systèmes d'information de l'État. Sur ce paysage déjà dense, le décret apporte deux nouveautés. La première est l'unification autour d'un référentiel commun (SecNumCloud¹⁶) pour les hébergements externalisés des données sensibles non couvertes par un régime classifié. La seconde, plus politique que juridique, est l'arbitrage explicite sur le Health Data Hub¹⁷, dont l'hébergement chez Microsoft Azure faisait débat depuis sa création. Pour le reste, le décret agrège, formalise, clarifie. Il ne crée pas de catégorie de sensibilité nouvelle. Le vademecum publié par la DINUM en février 2026¹⁸ confirme cette lecture. Sa portée est pédagogique, sans force normative propre. Il agrège des sensibilités qualifiées ailleurs et tranche par exemples quelques zones d'incertitude. Sa clause d'équilibre économique sur le cloisonnement ouvre un espace d'interprétation au cas par cas, accompagné par la DINUM et non par l'ANSSI. Son effet pratique tient à l'accompagnement et à l'absence de contrôle externe ; sa capacité juridique à modifier l'obligation reste nulle. ## L'angle mort Le décret traite l'hébergement. Il porte sur l'actionnariat du prestataire, sa juridiction applicable, son absence de sujétion aux injonctions extraterritoriales, sa sous-traitance, son chiffrement au repos, son isolation, sa continuité d'activité du côté infrastructure. Tout ce qui se joue à l'étage du client (authentification, gestion des identités, supervision, détection, gestion des vulnérabilités applicatives, sauvegardes testées, formation à l'ingénierie sociale, gouvernance des prestataires tiers) reste exactement là où il était la veille de la signature. L'incident ANTS, évoqué en ouverture, en donne l'illustration la plus nette possible, à un jour près. Le vecteur exact n'est pas documenté publiquement à la date où ces lignes sont écrites, mais il ne peut pas, par construction technique, relever du référentiel d'hébergement¹⁹. Un signalement a été transmis à la procureure de la République de Paris au titre de l'article 40 du code de procédure pénale. La compromission s'est jouée à l'étage applicatif, hors du champ que le décret du 14 avril a vocation à couvrir. L'ANTS n'est pas un cas isolé. Le premier trimestre 2026 a été le pire jamais enregistré pour les fuites touchant des organismes français. Le site bonjourlafuite.eu.org²⁰ répertorie plus de 140 incidents confirmés sur la période, dont plus de 90 millions de comptes exposés pour le seul mois de janvier²¹. Sur le périmètre public ou para-public, on retiendra l'URSSAF²² (12 millions de salariés), France Travail, l'OFII, Service-Public.fr (10 millions de comptes), l'Office français de la biodiversité²³ (données du permis de chasser, y compris fichier national des personnes interdites d'acquisition d'armes), la Mairie de Paris, le CCAS de Dunkerque, l'Assemblée nationale (saisine Pharos par Yaël Braun-Pivet le 3 février 2026²⁴), le GRADeS Normand'e-Santé, et Cegedim²⁵ qui opère comme sous-traitant massif de la santé pour 15 millions de Français. À cela s'ajoute la condamnation de Free par la CNIL le 13 janvier 2026 à 42 M€ d'amende²⁶ après la fuite de 24 millions de comptes. Aucune de ces compromissions n'aurait été évitée par un hébergement qualifié SecNumCloud. Les audits techniques publiés par les CERT sectoriels et par les analystes indépendants convergent : le maillon faible se situe dans la chaîne applicative, dans la gestion des prestataires tiers, et dans l'absence de pratiques d'hygiène de base sur des systèmes pourtant régulés. Vincent Strubel, directeur général de l'ANSSI, l'a formulé sans ambiguïté en janvier 2026²⁷ : la qualification SecNumCloud est un outil de cybersécurité, pas un instrument de politique industrielle, et son périmètre fonctionnel doit s'apprécier à cette échelle. Le décret du 14 avril rend opposable un instrument utile pour ce qu'il est. Il sécurise une catégorie de risques qui existe : la sujétion à des injonctions extraterritoriales sur des données sensibles publiques. Sur ce périmètre précis, il fait avancer une situation qui stagnait depuis dix-huit mois. Le risque matérialisé la veille de sa publication appartient à un autre champ, que le texte n'a jamais prétendu couvrir. À deux jours d'écart, la CNIL adoptait par délibération n° 2026-042 du 12 mars 2026²⁸ sa recommandation finale sur les pixels de suivi dans les courriers électroniques, publiée le 14 avril. Le texte impose un consentement séparé pour le tracking marketing, y compris en BtoB nominatif. Pendant la même semaine, l'État rend opposable une obligation d'hébergement pour les données sensibles publiques et publie une recommandation visant l'image transparente d'un pixel par un pixel dans les courriels promotionnels. Les deux textes sont défendables sur leur périmètre. Aucun des deux ne traite le risque qui a fait fuiter, sur le seul mois de janvier, 90 millions de comptes français. ## Une boucle de renvois L'article 2 du décret renvoie à un référentiel technique en dix domaines (cryptologie, localisation de l'actionnariat, sous-traitance, chaîne d'approvisionnement, etc.) approuvé par arrêté du Premier ministre. Cet arrêté n'a pas été publié à ce jour. Tant qu'il ne l'est pas, l'obligation juridique est posée sans que l'exigence technique opposable soit activée. Les administrations et opérateurs disposent d'un cadre dont la mesure de conformité reste à fixer. Le référentiel de l'ANSSI doit également intégrer la version à venir de SecNumCloud (3.3), dont la rédaction est en cours depuis 2024\. Le décret fige donc une obligation sur une cible qui bouge, en confiant à l'ANSSI la responsabilité d'aligner les deux objets dans le temps. L'article 2 contient enfin une clause de reconnaissance d'équivalence, ouvrant la possibilité de recourir à un service certifié au titre du futur schéma européen EUCS²⁹. Lue en pratique, cette clause renvoie à un objet européen amputé. Le projet EUCS a vu disparaître ses critères de souveraineté en mars 2024, et la proposition de révision du Cybersecurity Act³⁰ du 20 janvier 2026 a confirmé cet abandon. Vincent Strubel a concédé devant le Sénat en mars 2026 l'échec du niveau High+ tel qu'il avait été initialement défendu par la France. Le Cloud Sovereignty Framework³¹ européen, encore en consultation au moment où le décret est signé, n'est pas cité par le texte. La clause SREN délègue donc à l'ANSSI l'appréciation, à venir, d'une équivalence dont l'objet de référence n'est pas encore stabilisé. Le décret existe. Il rend opposable une obligation. Il renvoie pour son contenu technique à un arrêté futur, à un référentiel en cours de révision, et à une équivalence européenne dont les paramètres sont en train d'être réécrits. La pièce manquante est arrivée, et elle inaugure une seconde séquence d'attente. ## Ce que la Loi Résilience traitera, et comment La Loi Résilience, attendue en juillet 2026, traitera précisément la sécurité opérationnelle que SREN n'aborde pas. NIS2³², qu'elle transpose, impose à son article 21 dix mesures techniques et organisationnelles touchant directement l'étage du client : gouvernance cyber au niveau direction, MFA explicite, supervision, gestion des incidents, sécurité de la chaîne d'approvisionnement, formation, contrôles d'accès. L'ANSSI a publié le 17 mars 2026 le Référentiel Cyber France (ReCyF)³³ comme document opérationnel pour anticiper la transposition. Sur le principe, l'objection est fondée. Examiné sous le même angle que SREN, le dispositif présente des fragilités similaires. Le retard de transposition est de vingt-et-un mois sur la date limite européenne du 17 octobre 2024\. La loi Résilience³⁴ a été déposée au Sénat le 15 octobre 2024, adoptée en première lecture par le Sénat les 11 et 12 mars 2025, examinée en commission spéciale à l'Assemblée nationale le 17 septembre 2025\. Les rapporteurs ont annoncé en mars 2026 que l'examen en séance plénière serait repoussé à juillet 2026 au plus tôt³⁵. La France figure parmi les États membres les plus en retard sur cette transposition. L'ordre de grandeur du retard est exactement celui constaté pour le décret d'application de SREN. Le ReCyF est publié par l'ANSSI en tant que « document de travail », sans portée juridique propre. Les futures entités assujetties peuvent s'en prévaloir en cas de contrôle, mais aucune obligation de s'y conformer ne pèse sur elles tant que la loi n'est pas adoptée. L'architecture est familière. Elle reproduit, à un cran différent, la séquence vademecum DINUM/SecNumCloud : un instrument opérationnel non opposable accompagne la pratique en attendant le texte qui, lui, sera opposable. Le projet de loi exempte explicitement l'État, les collectivités locales et les établissements publics administratifs des amendes prévues par NIS2\. La sanction maximale (10 M€ ou 2 % du chiffre d'affaires mondial) ne s'appliquera pas aux entités qui ont concentré les plus grosses fuites du premier trimestre 2026\. Pour ces acteurs, la Loi Résilience crée des obligations sans contrepartie financière en cas de manquement. La pression effective passe par la responsabilité personnelle des organes de direction prévue à l'article 20 NIS2, mécanisme qui, transposé à un ministère ou une collectivité, viserait l'élu ou le membre du gouvernement responsable. Aucun cas pratique n'a matérialisé ce mécanisme à ce jour. L'obligation de sécurité de la chaîne d'approvisionnement, posée à l'article 21 § 2 j de la directive, demande aux entités assujetties de « prendre en compte » les risques liés à leurs fournisseurs et de les évaluer. Elle ne leur permet pas d'imposer une mise à niveau effective à un sous-traitant non assujetti. Le cas pratique est connu de tout acheteur public ou privé. Le donneur d'ordre peut écrire dans le contrat les exigences les plus rigoureuses sur la sécurité de son prestataire TPE : MFA sur les comptes à privilèges, journaux centralisés, PCA testé annuellement, pentest, assurance cyber. Rien ne l'en empêche juridiquement. La TPE dispose d'une marge insuffisante pour absorber le coût réel de la mise en œuvre. Le donneur d'ordre dispose d'un budget insuffisant pour revaloriser le contrat à hauteur de l'exigence. Les deux options fermées produisent un équilibre connu de tous : la conformité est signée, elle n'est pas appliquée, la relation commerciale continue aux conditions d'avant. Cegedim, les éditeurs de logiciels de fédérations sportives, les outils RH compromis au premier trimestre 2026 avaient des dossiers contractuels en règle. La fuite a eu lieu quand même. Un contrat n'empêche ni l'absence de MFA sur le compte administrateur, ni une base SQL exposée par défaut, ni un serveur non patché depuis dix-huit mois. L'INSEE recense environ 4,2 millions d'entreprises marchandes non agricoles en France, dont 96 % de microentreprises de moins de dix salariés³⁶. Le seuil NIS2 d'entité importante (50 salariés ou 10 M€ de chiffre d'affaires) exclut d'office l'écrasante majorité du tissu économique français, avant même tout filtre sectoriel. Le gouvernement annonce environ 15 000 entités assujetties³⁷. Cela représente 0,35 % du tissu économique. Les 99,65 % restants, dont une partie substantielle opère dans la sous-traitance numérique des grandes entités et des administrations, restent hors obligation. L'ANSSI, qui devra accompagner et contrôler ces 15 000 entités dans 18 secteurs, compte environ 650 agents³⁸. Les CSIRT régionaux, déployés depuis France Relance, sont au nombre de 12 sur le territoire métropolitain et 2 outre-mer (Atlantique et La Réunion)³⁹. La région Auvergne-Rhône-Alpes est la seule à ne pas en disposer. La Stratégie nationale 2026-2030 annonce un cofinancement État-régions pluriannuel à compter de 2026 pour les pérenniser. Aucun de ces moyens, additionnés, ne fournit la capacité de contrôle technique de second rang qui permettrait de distinguer une conformité effective d'une conformité signée. La Loi Résilience fera ce que SREN ne fait pas. Elle le fera tard, partiellement, et avec une capacité de contrôle sans rapport avec l'ambition affichée. Le schéma identifié sur SREN se reproduit sur le texte censé combler son angle mort. ## L'incitation comme régime du diffus Le passage des 0,35 % d'entités saisies par NIS2 aux 99,65 % qui restent dehors marque une frontière nette dans la pensée de l'État sur la cybersécurité. La Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030⁴⁰, dévoilée le 29 janvier 2026 par Anne Le Hénanff et le directeur général de l'ANSSI sous l'égide du SGDSN, écrit cette frontière. Pilier 2 (Renforcer la résilience cyber de la Nation), objectif 5, le texte officiel pose trois étages : > *Les services et infrastructures les plus vitaux de la nation, à commencer par ceux de l'État et de ses opérateurs critiques, continueront d'être portés à un niveau de sécurité très élevé, apte à résister aux menaces les plus sophistiquées. (…) La France déploiera par ailleurs des obligations proportionnées de cybersécurité auprès d'un périmètre étendu d'entités, en cohérence avec les exigences prévues par la directive européenne NIS2\. (…) Cette approche sera enfin complétée par des démarches d'incitation à l'attention de l'ensemble des autres entreprises, collectivités et associations, qui seront encouragées à élever leur niveau de sécurité à un niveau suffisant pour résister à des attaques de moindre sophistication. Un label de confiance sera mis en œuvre pour permettre à ces acteurs de valoriser leurs efforts de sécurisation auprès de leurs partenaires, clients, investisseurs.* L'architecture est explicite. Contrainte forte au sommet, contrainte proportionnée au milieu, incitation et label volontaire pour le reste. Les 4 millions d'entreprises et 1,5 million d'associations qui composent le bas relèvent de la troisième catégorie. Le pilier 2 objectif 4 confirme l'intention en proposant d'amplifier la sensibilisation par « une marque nationale de prévention du risque numérique sur le modèle des campagnes de la prévention routière ». Sur le plan juridique, la sécurité routière relève d'un régime distinct de la régulation des acteurs économiques : incitation pédagogique et sanction individuelle au cas d'espèce. Placer la cybersécurité du tissu diffus sous ce modèle dit clairement que le choix est assumé. L'État a néanmoins mis en place une nappe d'instruments pour servir cet objectif d'incitation. La liste est longue. Le GIP ACYMA, qui opère cybermalveillance.gouv.fr⁴¹ depuis 2017 et le numéro 17Cyber depuis 2024, traite plus de 400 000 demandes d'assistance par an. Le programme Cyber PME⁴² de Bpifrance, intégré à France 2030, finance le Diag Cybersécurité (8 800 € HT, subventionné à 50 %) et un plan de sécurisation pouvant atteindre 80 000 € de subvention pour les PME et ETI à partir de dix salariés. Les douze CSIRT territoriaux issus de France Relance traitent les demandes des PME, ETI, collectivités et associations, et orientent vers des prestataires de proximité. La campagne ImpactCyber, portée par cybermalveillance avec la CPME, le MEDEF et l'U2P, sensibilise les TPE-PME via courts-métrages et baromètre. La plateforme MesServicescyber⁴³ de l'ANSSI propose le diagnostic gratuit Cyberdépart de 1h30\. La communauté bénévole des Aidants cyber le réalise sur sollicitation. SensCyber offre une auto-formation en ligne en trois modules. Le label ExpertCyber et le service Mon ExpertCyber mettent en relation avec des prestataires labellisés sur déclaration. Les parcours ANSSI⁴⁴ pour les collectivités et établissements de santé ont mobilisé 100 M€ ouverts par France Relance et accompagné 945 entités sur trois ans, jusqu'à la clôture du programme en 2024 sans reconduction. La Gendarmerie nationale propose un pré-diagnostic accessible sur tout le territoire. Les chèques numériques régionaux complètent en Occitanie, Grand Est, Île-de-France et ailleurs. Les CCI et les pôles européens d'innovation numérique (EDIH) animent leurs propres dispositifs. L'objection est de bonne foi. L'État a-t-il vraiment laissé le diffus à son sort, au vu de cet empilement ? La réponse comporte deux temps. L'État ne l'a pas abandonné, il y a consacré une attention continue et des moyens administratifs réels. L'État ne le contraint pas davantage pour autant. Aucun de ces dispositifs n'est obligatoire. Tous fonctionnent en guichet tiré, sur candidature de l'entité, avec des enveloppes sans rapport avec la masse à toucher, et avec des seuils d'éligibilité qui laissent les microentreprises (96 % du tissu) hors du périmètre principal. Cybermalveillance traite 400 000 situations par an sur plusieurs millions potentiellement concernées, et le fait surtout après l'incident, en mode SAMU numérique. Cyber PME finance quelques centaines d'accompagnements annuels pour 150 000 PME et 5 800 ETI. Les CSIRT territoriaux répondent quand on les appelle, ils ne contrôlent pas. Le baromètre ImpactCyber 2025⁴⁵, publié par les acteurs mêmes du dispositif, fournit la mesure de l'effet total après une décennie de déploiement : 80 % des TPE-PME reconnaissent ne pas être préparées à une attaque ou ne pas savoir si elles le sont, six entreprises sur dix sont incapables d'évaluer l'impact d'une cyberattaque, et 16 % ont été victimes d'au moins un incident dans les douze derniers mois. Ces chiffres décrivent l'état du tissu après dix ans de dispositifs. L'empilement rend l'analyse visible. Un État capable de contraindre la cybersécurité des TPE n'aurait pas besoin de quinze guichets parallèles, trois labels volontaires, cinq diagnostics gratuits, deux numéros d'assistance et une communauté de bénévoles. Il écrirait un texte opposable, le ferait contrôler, et sanctionnerait le manquement, comme il sait le faire pour le droit du travail, la fiscalité ou la sécurité incendie. Pour la cybersécurité du diffus, il ne le fait pas. Chacun des dispositifs énumérés est un substitut local à une obligation qui n'est pas écrite. Pris ensemble, ils dessinent en creux la forme exacte de ce que l'État ne sait pas faire. ## La limite du modèle Le diagnostic se précise. L'État sait où est le risque. La Stratégie nationale 2026-2030 le documente sans détour : la menace touche désormais tout le tissu économique et social. Le plan stratégique ANSSI 2025-2027⁴⁶ admet que l'offre industrielle reste insuffisante pour répondre au besoin d'une offre dont le plus grand nombre puisse s'emparer avec simplicité et à moindre coût. Le général François Degez, chef de la division coordination territoriale de l'ANSSI, le résume publiquement : il n'est plus besoin d'être une cible pour être une victime, il suffit d'avoir une adresse IP. L'ANSSI, dont les équipes sont régulièrement reconnues parmi les meilleures au niveau européen, dispose des compétences techniques pour formuler ces constats. Les outils pour réguler le diffus que ces constats désignent lui font défaut. La qualité de l'opérateur n'a jamais résolu le défaut d'instrument. L'État sait, écrit qu'il sait, et agit opposablement sur la seule fraction qu'il peut contraindre. La dissociation entre le diagnostic et l'action est assumée. Il reste à comprendre pourquoi. L'appareil de régulation français est conçu pour saisir ce qui est délimité. Il dispose de trois moyens d'action : contraindre par le droit régalien (obligation, contrôle, sanction), orienter par la commande publique (acheter ce qu'il veut faire advenir), inciter par la subvention ou le label (financer ou valoriser un comportement souhaité). Ces moyens fonctionnent quand l'objet régulé est identifiable, énumérable, contrôlable. Une administration centrale, un opérateur d'importance vitale, une grande entreprise au-dessus de seuils, un grand hôpital. Quand l'objet est diffus, ces moyens cessent de fonctionner. Inspecter quatre millions d'entreprises est hors de portée de l'État. Acheter à toutes l'est aussi. Subventionner à hauteur de la masse défoncerait la dépense publique. Les rares régulations françaises qui ont réussi à atteindre le diffus l'ont fait via un point de passage obligé. L'employeur démultiplie le droit du travail vers chaque salarié. Le médecin transmet la santé publique vers chaque patient. Le notaire traduit le droit immobilier vers chaque propriétaire. La banque opère le LCB-FT vers chaque client. L'éditeur active le droit d'auteur vers chaque consommateur. À chaque fois, la régulation atteint le grand public parce qu'elle s'appuie sur un nœud concentré, contrôlable, qui démultiplie l'action publique vers une masse qu'elle ne pourrait pas atteindre directement. En cybersécurité, ce nœud n'existe pas. Le numérique manque de relais équivalents : ni médecin, ni notaire, ni employeur du cyber. La production, l'opération et la maintenance des systèmes informatiques se distribuent entre des milliers d'éditeurs, d'intégrateurs, d'hébergeurs, de prestataires de services, de cabinets d'expertise-comptable, de fournisseurs d'accès, sans qu'aucun d'entre eux ne joue un rôle de relais obligé pour la diffusion d'une obligation publique. Le tissu numérique est éclaté, et l'éclatement même rend impossible l'application des outils dont l'État dispose pour contraindre. La proposition de loi sénatoriale relative à la sécurisation des marchés publics numériques, rapportée à l'Assemblée par Philippe Latombe⁴⁷, en fournit la démonstration involontaire. Elle étend l'obligation SecNumCloud aux collectivités de plus de 30 000 habitants, aux SDIS, aux centres de gestion, à plusieurs catégories d'EPCI au-dessus de seuils. Sur le papier, c'est un durcissement. Plusieurs milliers d'entités locales passent sous le même régime que l'État central. Sur le terrain, le texte reproduit un cran plus bas le problème qu'il prétend résoudre. Une commune de 32 000 habitants ne dispose ni des ressources humaines, ni du budget, ni de la maîtrise d'ouvrage pour appliquer en propre. Elle externalisera vers un intégrateur régional, un éditeur de logiciels collectivités, une ESN moyenne qui vit de la commande publique territoriale. Ce prestataire sera dans la majorité des cas sous les seuils NIS2 et n'aura pas la marge pour mettre en œuvre en pratique ce qu'il signe. L'État régional, censé contrôler la transition, ne dispose ni d'une cellule cyber dédiée en préfecture, ni de moyens d'audit technique au niveau du SGAR. La conformité documentaire augmente, la sécurité réelle reste à son niveau. L'extension de périmètre sans extension équivalente des capacités de contrôle produit la même conformité de papier dans les territoires qu'à l'échelon central. L'invariant tient au mode de gouvernement, dans ses outils plus que dans ses intentions. ## Le quartier ancien Le décret 2026-272 n'est pas le dernier chapitre. La Loi Résilience en sera un autre. La recommandation CNIL sur les pixels en est un troisième. Chacun saisit ce qu'il peut, renvoie le reste à la pédagogie, au label, au guichet d'accompagnement, et produit l'obligation compatible avec le logiciel qui le pense. L'ANTS a fuité le 15 avril 2026, la veille de la publication d'un texte qui n'aurait rien changé à cette fuite. Le texte est utile pour ce qu'il est. Confondre ce qu'il est avec ce dont on aurait besoin reste la principale source d'illusion sur l'état de la cybersécurité française. Le décret du 14 avril rejoindra le catalogue des textes utiles. Le tissu numérique français continuera de fuir aux endroits que les textes ne voient pas. Le quartier d'à côté continuera de transmettre. La cybersécurité française n'a pourtant pas commencé avec les circulaires interministérielles. L'Association des Officiers de Réserve du Service du Chiffre, dont l'ARCSI⁴⁸ est l'héritière, existe depuis 1928\. Le CLUSIF⁴⁹ a été fondé comme association de fait en 1982\. La méthode MARION, l'une des premières méthodes d'analyse de risque informatique au monde, a été élaborée en 1983 dans son giron. Avant que l'État n'industrialise ses propres dispositifs des années 2000-2020, des praticiens, des juristes, des cryptographes, des ingénieurs avaient construit une culture de la sécurité numérique dans des associations sans mandat public et sans subvention massive, sur la conviction que la sécurité s'apprend, se transmet et se discute entre pairs. Cette culture-là traverse les générations de RSSI, les changements de gouvernement et les évolutions techniques. Ce que l'appareil ne peut pas porter, elle le porte depuis près d'un siècle. Cette part se transmet. --- ## Références ¹ Décret n° 2026-272 du 14 avril 2026 relatif aux référentiels de sécurité et à la qualification des prestataires de services informatiques en nuage, JO du 16 avril 2026\. [Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053900789?ref=klaerenn.fr). ² Ministère de l'Intérieur, *Incident de sécurité relatif au portail ants.gouv.fr*, communiqué du 20 avril 2026 et points d'étape des 21 et 24 avril. [interieur.gouv.fr](https://www.interieur.gouv.fr/actualites/communiques-de-presse/incident-de-securite-relatif-au-portail-antsgouvfr?ref=klaerenn.fr). ³ FrenchBreaches, *Fuite massive à l'ANTS : jusqu'à 19 millions de données sensibles exposées*, 20 avril 2026\. [frenchbreaches.com](https://frenchbreaches.com/blog/fuite-massive-a-lants-jusqua-19-millions-de-donnees-sensibles-exposees?ref=klaerenn.fr). ⁴ F. Rouxel, *Fantômas au Conseil d'État*, Klaerenn, 2025\. [klaerenn.fr](https://www.klaerenn.fr/fantomas-au-conseil-detat/). ⁵ Loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numérique (SREN), article 31\. [Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049563368?ref=klaerenn.fr). ⁶ Articles [L. 311-5](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article%5Flc/LEGIARTI000033265181?ref=klaerenn.fr) et [L. 311-6](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article%5Flc/LEGIARTI000037269056?ref=klaerenn.fr) du code des relations entre le public et l'administration. ⁷ Instruction générale interministérielle n° 1300/SGDSN/PSE/PSD sur la protection du secret de la défense nationale (révisions novembre 2011, août 2021). SGDSN. ⁸ Instruction interministérielle n° 901/SGDSN/ANSSI du 28 janvier 2015 relative à la protection des systèmes d'information sensibles. [Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/circulaire/id/39217?ref=klaerenn.fr). ⁹ ANSSI, *Recommandations pour les architectures des systèmes d'information sensibles ou Diffusion Restreinte*, version 1.2\. [messervices.cyber.gouv.fr](https://messervices.cyber.gouv.fr/guides/recommandations-pour-les-architectures-des-si-sensibles-ou-dr?ref=klaerenn.fr). ¹⁰ Arrêté du 3 juillet 2012 relatif à la protection du potentiel scientifique et technique de la nation. [Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000026140136?ref=klaerenn.fr). ¹¹ Référentiel HDS (Hébergeur de Données de Santé). [esante.gouv.fr](https://esante.gouv.fr/produits-services/hds?ref=klaerenn.fr). ¹² Article L. 103 du livre des procédures fiscales. [Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article%5Flc/LEGIARTI000006315194?ref=klaerenn.fr). ¹³ Loi n° 51-711 du 7 juin 1951 sur l'obligation, la coordination et le secret en matière de statistiques. [Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000888573?ref=klaerenn.fr). ¹⁴ Centre d'accès sécurisé aux données. [casd.eu](https://www.casd.eu/?ref=klaerenn.fr). ¹⁵ Politique de sécurité des systèmes d'information de l'État, circulaire n° 5725/SG du 17 juillet 2014\. [cyber.gouv.fr](https://cyber.gouv.fr/reglementation/cybersecurite-systemes-dinformation/protection-du-service-numerique-de-letat/?ref=klaerenn.fr). ¹⁶ ANSSI, *SecNumCloud – référentiel d'exigences – v3.2*. [cyber.gouv.fr](https://cyber.gouv.fr/documents/388/secnumcloud-referentiel-exigences-v3.2.pdf?ref=klaerenn.fr). ¹⁷ Health Data Hub. [health-data-hub.fr](https://www.health-data-hub.fr/?ref=klaerenn.fr). ¹⁸ DINUM, *Vade-mecum sur la sensibilité des données*, février 2026\. [numerique.gouv.fr](https://www.numerique.gouv.fr/offre-accompagnement/reference-vade-mecum-sensibilite-donnees/?ref=klaerenn.fr). ¹⁹ RGPD Kit, *Piratage ANTS : 19 Millions de Français Exposés*, avril 2026 (analyse technique de la faille IDOR rapportée). [rgpdkit.fr](https://www.rgpdkit.fr/blog/piratage-ants-fuite-donnees-19-millions-rgpd-avril-2026?ref=klaerenn.fr). ²⁰ bonjourlafuite.eu.org, base de données collaborative des fuites en France. [bonjourlafuite.eu.org](https://bonjourlafuite.eu.org/?ref=klaerenn.fr). ²¹ Cryptoast, *Cyberattaques en France : plus de 90 millions de comptes exposés en janvier 2026*, 6 février 2026. ²² Sur les fuites URSSAF, France Travail, OFII, Service-Public.fr, voir le récapitulatif d'itsense.fr et le suivi de FrenchBreaches. ²³ Office français de la biodiversité, communiqué sur la compromission du fichier des permis de chasser, premier trimestre 2026. ²⁴ Communiqué de la Présidence de l'Assemblée nationale, saisine Pharos, 3 février 2026. ²⁵ Cegedim, communication client sur l'incident de sécurité, premier trimestre 2026. ²⁶ CNIL, *Violation de données : sanction de 42 millions d'euros à l'encontre des sociétés FREE MOBILE et FREE*, communiqué du 13 janvier 2026 (délibérations SAN-2026-001 et SAN-2026-002 du 8 janvier 2026, 27 M€ + 15 M€, 24 millions de contrats concernés). [cnil.fr](https://www.cnil.fr/fr/sanction-free-2026?ref=klaerenn.fr). ²⁷ Vincent Strubel, directeur général de l'ANSSI, billet de clarification sur la qualification SecNumCloud, LinkedIn, 6 janvier 2026 : « SecNumCloud est un outil de cybersécurité, pas de politique industrielle. » Voir reprise par Banque des Territoires, *Souveraineté numérique : l'Anssi défend la solidité du label SecNumCloud*. [banquedesterritoires.fr](https://www.banquedesterritoires.fr/souverainete-numerique-lanssi-defend-la-solidite-du-label-secnumcloud?ref=klaerenn.fr). ²⁸ CNIL, *Pixels de suivi dans les courriers électroniques : la CNIL publie ses recommandations pour mieux protéger la vie privée*, délibération n° 2026-042 du 12 mars 2026 (publiée le 14 avril 2026). [cnil.fr](https://www.cnil.fr/fr/recommandation-pixel-suivi-courriels?ref=klaerenn.fr). ²⁹ ENISA, *EUCS – Cloud Services Scheme*. [enisa.europa.eu](https://www.enisa.europa.eu/publications/eucs-cloud-service-scheme?ref=klaerenn.fr). ³⁰ Commission européenne, proposition de révision du Cybersecurity Act, 20 janvier 2026\. [digital-strategy.ec.europa.eu](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cybersecurity-act?ref=klaerenn.fr). ³¹ Commission européenne, *European Cloud Strategy* (Cloud Sovereignty Framework). [digital-strategy.ec.europa.eu](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/european-cloud-strategy?ref=klaerenn.fr). ³² Directive (UE) 2022/2555 du Parlement européen et du Conseil du 14 décembre 2022 (NIS 2). [EUR-Lex](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32022L2555&ref=klaerenn.fr). ³³ ANSSI, Référentiel Cyber France (ReCyF), publié le 17 mars 2026\. [cyber.gouv.fr](https://cyber.gouv.fr/reglementation/cybersecurite-systemes-dinformation/directives-nis-nis2-et-dispositif-saiv/directive-nis-2/?ref=klaerenn.fr). ³⁴ Projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, dossier législatif. [vie-publique.fr](https://www.vie-publique.fr/loi/295752-projet-de-loi-resilience-infrastructures-critiques-cybersecurite?ref=klaerenn.fr). ³⁵ Banque des Territoires, *Directive NIS2 : la transposition française probablement repoussée à juillet*, mars 2026\. [banquedesterritoires.fr](https://www.banquedesterritoires.fr/directive-nis2-la-transposition-francaise-probablement-repoussee-juillet?ref=klaerenn.fr). ³⁶ INSEE, *Le tissu productif français par catégorie d'entreprises en 2023*, Insee Focus n° 372, décembre 2025\. [insee.fr](https://www.insee.fr/fr/statistiques/8675639?ref=klaerenn.fr). ³⁷ Sénat, rapport n° 393 (2024-2025) de la commission spéciale sur le projet de loi Résilience, déposé le 4 mars 2025\. [senat.fr](https://www.senat.fr/rap/l24-393/l24-393.html?ref=klaerenn.fr). ³⁸ ANSSI, page recrutement (effectifs déclarés). [cyber.gouv.fr](https://cyber.gouv.fr/pourquoi-nous-rejoindre?ref=klaerenn.fr). ³⁹ Banque des Territoires, *Cybersécurité : l'État s'engage à accompagner Csirt et collectivités*, juillet 2025\. [banquedesterritoires.fr](https://www.banquedesterritoires.fr/cybersecurite-letat-sengage-accompagner-csirt-et-collectivites?ref=klaerenn.fr). Voir aussi La Gazette des Communes, *Les centres régionaux de cybersécurité en quête de financements*, janvier 2025. ⁴⁰ SGDSN, *Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030*, présentée le 29 janvier 2026\. [PDF](https://cyber.gouv.fr/documents/657/20260129%5FSNC%5F0.pdf?ref=klaerenn.fr). ⁴¹ Cybermalveillance.gouv.fr / 17Cyber, GIP ACYMA. [cybermalveillance.gouv.fr](https://www.cybermalveillance.gouv.fr/?ref=klaerenn.fr). ⁴² Bpifrance, *Cyber PME* (programme France 2030 piloté par la DGE et opéré par Bpifrance avec l'ANSSI et le SGPI). [bpifrance.fr](https://www.bpifrance.fr/catalogue-offres/cyber-pme?ref=klaerenn.fr). ⁴³ ANSSI, plateforme MesServicescyber et MonEspaceNIS2\. [monespacenis2.cyber.gouv.fr](https://monespacenis2.cyber.gouv.fr/?ref=klaerenn.fr). ⁴⁴ ANSSI, *Bilan du volet cybersécurité de France Relance*, 28 avril 2025\. [cyber.gouv.fr](https://cyber.gouv.fr/actualites/bilan-du-volet-cybersecurite-de-france-relance-un-defi-reussi?ref=klaerenn.fr). ⁴⁵ Cybermalveillance.gouv.fr (en partenariat avec la CPME, le MEDEF et l'U2P), *2ᵉ édition du baromètre national de la maturité cyber des TPE-PME*, OpinionWay, octobre 2025 (588 entreprises). [cybermalveillance.gouv.fr](https://www.cybermalveillance.gouv.fr/tous-nos-contenus/actualites/etude-maturite-cyber-tpe-pme-2025?ref=klaerenn.fr). ⁴⁶ ANSSI, *Plan stratégique 2025-2027 — Au cœur d'un collectif, pour une Nation cyber-résiliente*, mars 2025\. [PDF](https://cyber.gouv.fr/documents/29/Plan%5Fstrat%C3%A9gique%5F2025-2027%5Fde%5FlANSSI%5F-%5FAu%5Fc%C5%93ur%5Fdun%5Fcollectif%5Fpour%5Fune%5FNation%5Fc%5FfxyaHGx.pdf?ref=klaerenn.fr). ⁴⁷ Proposition de loi sénatoriale relative à la sécurisation des marchés publics numériques (initiative D. Wattebled et S. Uzenat, rapportée à l'Assemblée nationale par Philippe Latombe) — adoptée en commission des lois de l'Assemblée le 25 février 2026, qui étend l'obligation SecNumCloud aux régions, départements, communes et EPCI de plus de 30 000 habitants, SDIS et centres de gestion. Voir Banque des Territoires, *Les collectivités locales bientôt obligées d'utiliser un cloud souverain pour leurs données sensibles ?* [banquedesterritoires.fr](https://www.banquedesterritoires.fr/les-collectivites-locales-bientot-obligees-dutiliser-un-cloud-souverain-pour-leurs-donnees?ref=klaerenn.fr). ⁴⁸ ARCSI – Association des réservistes du chiffre et de la sécurité de l'information. [arcsi.fr](https://www.arcsi.fr/?ref=klaerenn.fr). ⁴⁹ CLUSIF – Club de la sécurité de l'information français. [clusif.fr](https://clusif.fr/?ref=klaerenn.fr). ### The Prestige URL: https://www.klaerenn.fr/the-prestige-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:10.000Z *"You don't really want to work it out. You want to be fooled." — ATT&CK's defensive mirror exists. Nobody checked whether it reflects anything.* --- The previous article asked the question: if ATT&CK, the most accomplished expression of the detect-and-respond model, delivers 21% SIEM coverage, 90% false positives, and 74% of breaches with ignored alerts, is the problem the framework or the model? MITRE has an answer. It's called D3FEND — Detection, Denial, and Disruption Framework Empowering Network Defense. Launched in June 2021, funded by the NSA, version 1.3.0 (December 2025) catalogs 267 defensive techniques across seven tactics: Model, Harden, Detect, Isolate, Deceive, Evict, Restore¹. 128,000 registered users². The ambition: for each offensive ATT&CK technique, a defensive countermeasure. The symmetry hypothesis. I examined all 267 techniques — their provenance, their distribution, their operational content. What I found does not match the stated ambition. ## Where the techniques come from The D3FEND FAQ describes the construction method. The primary source corpus: over 500 patents from the U.S. Patent Office, filed between 2001 and 2018³. Pete Kaloroumakis, the framework's creator, confirmed this in a Cisco interview in February 2022: "*The patent corpus was our initial focus for multiple reasons. There is strong motivation for inventors, investors, and organizations to describe and distinguish how their cybersecurity technologies work in patents.*"⁴ Other sources supplement the corpus: open technical specifications, external knowledge bases, GitHub code repositories. But the rule is strict. Kaloroumakis: "*When we develop a D3FEND technique, we must point to some technical document which sufficiently details what the technology is doing. If there are no public technical references to use as evidence, we can't include it.*"⁴ D3FEND catalogs what has been patented or publicly documented. What hasn't been patented doesn't exist in the framework. A patent protects a single technical invention. You patent a DNS filtering process that compares queries against a list of authorized domains. You don't patent a multi-zone DNS architecture with a deny-by-default flow matrix that prevents *by design* the use of DNS as an exfiltration channel. Patents are atomic by construction. D3FEND inherits that granularity. ## What the catalog contains The distribution of 267 techniques by tactic: Detect: 90 techniques, or 33.7% of the framework. Isolate: 57 (21.3%). Harden: 51 (19.1%). Model: 27 (10.1%). Evict: 19 (7.1%). Restore: 12 (4.5%). Deceive: 11 (4.1%)¹. One-third of the framework is devoted to detection. The previous article documented the state of detection: 21% SIEM coverage, 960 daily alerts, 62% ignored, 74% of breaches with alerts that existed but were never acted upon. D3FEND devotes a third of its content to the pillar that empirical data shows is failing. Kaloroumakis explains why: "*We initially focused on detection since that was our background, and we want to fill out more of the matrix this year.*"⁴ The overrepresentation of Detect reflects the team's expertise, not a doctrine. At the other end: Deceive, 11 techniques, 4.1%. The only pillar that inverts the information asymmetry between attacker and defender. If someone uses a Decoy User Credential, it's an attacker — the false positive rate is near zero. The only tactic that breaks out of the detect-and-respond model occupies the framework's margin. It's there because Cymmetria and Attivo Networks patented deception technologies, not because a doctrinal reasoning placed it there. ## Bricks without architecture Take a concrete problem: preventing data exfiltration through the DNS protocol. D3FEND offers five techniques: DNS Allowlisting (D3-DNSAL), DNS Denylisting (D3-DNSDL), Forward Resolution Domain Denylisting, Homoglyph Denylisting, Reverse Resolution IP Denylisting⁵. Five atomic operations on a digital artifact — DNS traffic. None of these five techniques describes the operational solution known to every network architect: separate the DNS infrastructure into zones (isolated internal recursive resolver, conditional forwarder, external authoritative resolver), apply a flow matrix where only the forwarder is allowed to emit to outbound port 53, deny all direct DNS traffic from client workstations to the outside. This architecture makes DNS exfiltration impossible *by design*, regardless of the quality of filtering lists. Security emerges from composition, not from the brick. D3FEND cannot model this composition. The ontology operates on digital artifacts and unit operations. It can say "filter DNS." It cannot say "architect DNS so that filtering becomes secondary." DNS exfiltration works just as well over NTP⁶. The NTP protocol (port 123/UDP) passes through nearly every enterprise firewall. Tools for encoding data in NTP extension fields exist. The architectural solution is identical: only internal NTP servers communicate with external NTP servers, client workstations have no direct outbound NTP access. The same pattern applies to ICMP, to any outbound-authorized protocol. D3FEND has a "DNS Network Traffic" artifact in its ontology. It has no "NTP Network Traffic" artifact⁷. No artifact, no inferred relationship, no mapped countermeasure. DNS is covered because Cisco Umbrella and Infoblox patented DNS filtering products — a market exists. NTP is not covered because nobody patented a dedicated NTP filtering product — no market, no patent, no D3FEND technique. The problem is identical. The architectural solution is identical. But D3FEND only sees what the market has patented. ## What D3FEND does not do The MITRE FAQ states the limits explicitly: "*D3FEND does not prescribe specific countermeasures, it does not prioritize them, and it does not characterize their effectiveness.*"² D3FEND does not prioritize. Broadcast Domain Isolation (D3-BDI), which can neutralize dozens of ATT&CK lateral movement techniques in a single implementation, carries the same ontological weight as File Magic Byte Verification (D3-FMBV), which checks a file's magic bytes. The CISO looking for where to invest first will find no answer. D3FEND does not measure effectiveness. The relationships between defensive and offensive techniques use the "*may-*" prefix: may-counter, may-harden, may-isolate⁸. A D3FEND technique *may* counter an ATT&CK technique. Perhaps. The relationship is inferred by the ontology, not validated by evidence. D3FEND does not model architecture. No notion of composition, defense in depth, or emergent properties. No maturity model, no implementation sequence, no dependencies between techniques. ATT&CK, despite the biases documented in the previous article, is built on observations of real attacks — Cyber Threat Intelligence. D3FEND is built on what vendors claimed they could do in patent applications. The distance between "we observed this attack" and "we patented this countermeasure" is the distance between the field and the drawing board. ## Who uses D3FEND Kaloroumakis identified his target: "*We have initially described the audience as security architects.*"⁴ Security architects — those who design systems, choose measures, draw multi-zone DNS architectures. The industry reinterpreted the target. ManageEngine (SIEM vendor): "countermeasure techniques involve strategies that a SOC team can use"⁹. Vectra AI (NDR vendor): "Security Operations Centers use D3FEND to evaluate and improve detection coverage"¹⁰. Exabeam (SIEM/UEBA vendor): "Incorporate D3FEND into SOC playbooks"¹¹. Cymulate (BAS vendor): "SOC teams can use D3FEND to develop comprehensive detection coverage"¹². The industry pushed D3FEND toward SOCs because SOCs buy SIEMs, EDRs, XDRs — the products of those same vendors. A SOC does not implement security measures. Its scope, in every existing framework — NIST CSF, ISO 27001, ITIL — covers monitoring, detection, alert triage, incident response, and escalation. The SOC does not design DNS architecture. It does not deploy network segmentation. It does not define hardening policies. It does not install honeypots in production. These responsibilities belong to security architecture, infrastructure engineering, and security governance — functions distinct from the SOC, with distinct chains of responsibility. Harden, Isolate, Deceive, Model — four of D3FEND's seven tactics — fall outside the SOC's scope. Only Detect and Evict match the operational perimeter of a security operations center. D3FEND floats between the architect (who thinks in systems and doesn't need a catalog of atomic bricks) and the SOC (which only has authority over detection and response, and for which CIS Controls or ATT&CK mitigations suffice). ## The loop Article 11 in this series documented a circuit: Gartner defines the categories, vendors fill the categories, budgets follow the categories, innovation outside the categories is invisible. The radar substitutes for thinking. D3FEND reproduces the same circuit at the doctrinal level. The framework catalogs the techniques the market has patented. Vendors declare coverage of the framework's techniques. Buyers evaluate vendors against the framework. Vendors develop what the framework references. What the framework doesn't reference doesn't exist in the conversation. NTP is not in D3FEND because nobody patented it. Nobody patented it because there's no market. There's no market because NTP is not in the evaluation frameworks. The loop closes. Multi-zone DNS architecture is not in D3FEND because you don't patent a design pattern. A design pattern doesn't sell as a product. It requires architecture expertise, not a product purchase. And architecture expertise doesn't appear in any Magic Quadrant. D3FEND doesn't reflect defense. It reflects the defense market. Article 11 documented the divergence between the cybersecurity market and effective cybersecurity. D3FEND gives that divergence a formal academic expression in OWL 2 DL. ## What I don't know I don't know whether D3FEND will evolve into an operational tool. The project is young — version 1.0 only shipped in January 2025\. The December 2025 OT extension¹³ shows a willingness to expand. The recently introduced CAD tool (Countermeasure Architecture Design) could eventually enable defense composition modeling. But as it stands, the framework remains an atomic catalog. I don't know whether D3FEND's OWL 2 DL ontology has academic research value I'm underestimating. SPARQL queries on a formalized knowledge graph enable automatic inferences. Research papers use D3FEND for attack-defense scenario modeling¹⁴. Academic value and operational value are different things. I don't know whether the four people maintaining D3FEND have the means to address the gaps documented here. NTP, architecture, effectiveness measurement, rebalancing Detect versus Deceive — each of these is a substantial undertaking. NSA funding can shift, in either direction. What I know: a security architect protecting critical infrastructure has the CIS Controls (153 safeguards, prioritized, with Implementation Groups by maturity), NIST 800-53 Rev. 5 (over 1,000 controls, with impact levels), ISO 27001 (with a certification process), and ATT&CK mitigations built into the offensive framework. Each of these tools is more actionable than D3FEND. None is perfect. But each prioritizes, prescribes, or measures — the three things D3FEND declares it does not do. ## The mirror and the question ATT&CK served a model — detect-and-respond — that had its use. It gave CTI an esperanto of threats. Before ATT&CK, each vendor named the same techniques differently. The standardization had real value, and the taxonomy will outlive MITRE the way the OSI model survives without anyone consulting the original ISO documents. D3FEND was meant to be the defensive mirror of that esperanto. The result is a patent catalog formalized into an ontology, incomplete on topics any network architect considers trivial, unable to think in terms of architecture, with no effectiveness measurement, aimed at an audience that has no use for it, and co-opted by a market that uses it to sell products to the one actor in the chain — the SOC — that lacks authority over the measures it catalogs. ATT&CK, with its survivorship biases, at least describes the planes that came back. D3FEND describes the bricks that shelter manufacturers patented, without checking whether they protect against bombs. The previous article asked whether the problem lies in the framework or the model. MITRE's answer — D3FEND — resolves neither. It adds a layer. The question remains: if detect-and-respond has reached its empirical limits, what model replaces it? --- *Fourteenth article in a series on the structural flaws of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/) - *Article 13:* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/) --- ## References ¹ MITRE D3FEND v1.3.0 (December 2025) — 267 defensive techniques, 7 tactics, OWL 2 DL ontology [https://d3fend.mitre.org/](https://d3fend.mitre.org/?ref=klaerenn.fr) ² MITRE D3FEND FAQ — "D3FEND does not prescribe specific countermeasures, it does not prioritize them, and it does not characterize their effectiveness." 128,000+ users. [https://d3fend.mitre.org/faq/](https://d3fend.mitre.org/faq/?ref=klaerenn.fr) ³ MITRE D3FEND FAQ — "a targeted sample of over 500 countermeasure patents from the U.S. Patent Office from the years 2001 to 2018, served as the source material to build this knowledge graph." [https://d3fend.mitre.org/faq/](https://d3fend.mitre.org/faq/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Cisco Blogs, Q&A on the MITRE D3FEND Framework (February 2022) — Interview with Pete Kaloroumakis, D3FEND creator. Citations on patent corpus, architect target audience, Detect overrepresentation. [https://blogs.cisco.com/security/qa-on-the-mitre-d3fend-framework](https://blogs.cisco.com/security/qa-on-the-mitre-d3fend-framework?ref=klaerenn.fr) ⁵ MITRE D3FEND — Isolate > Network Isolation techniques: DNS Allowlisting (D3-DNSAL), DNS Denylisting (D3-DNSDL), Forward Resolution Domain Denylisting, Homoglyph Denylisting, Reverse Resolution IP Denylisting [https://d3fend.mitre.org/](https://d3fend.mitre.org/?ref=klaerenn.fr) ⁶ MITRE ATT&CK, T1048 — Exfiltration Over Alternative Protocol. DNS is the most documented exfiltration channel, but the same mechanism applies to NTP, ICMP, and any outbound-authorized protocol. [https://attack.mitre.org/techniques/T1048/](https://attack.mitre.org/techniques/T1048/?ref=klaerenn.fr) ⁷ MITRE D3FEND, Digital Artifact Ontology — The ontology references "DNS Network Traffic" as a digital artifact but has no equivalent artifact for NTP traffic. [https://d3fend.mitre.org/dao/](https://d3fend.mitre.org/dao/?ref=klaerenn.fr) ⁸ MITRE D3FEND, OWL ontology — Relationships between defensive and offensive techniques use the "may-" prefix (may-counter, may-harden, may-isolate) indicating inferred, not empirically validated, relationships. [https://d3fend.mitre.org/ontologies/d3fend.owl](https://d3fend.mitre.org/ontologies/d3fend.owl?ref=klaerenn.fr) ⁹ ManageEngine, "MITRE D3FEND: A cyberdefense blueprint for blue teams everywhere" — "countermeasure techniques involve strategies that a SOC team can use to model digital systems; harden access to computer networks" [https://www.manageengine.com/log-management/cyber-security/mitre-attack-mitre-defend-for-soc.html](https://www.manageengine.com/log-management/cyber-security/mitre-attack-mitre-defend-for-soc.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Vectra AI, "MITRE D3FEND explained" (February 2026) — "Security Operations Centers use D3FEND to evaluate and improve detection coverage" [https://www.vectra.ai/topics/mitre-d3fend](https://www.vectra.ai/topics/mitre-d3fend?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Exabeam, "What Is MITRE D3FEND" (July 2025) — "Incorporate D3FEND into SOC playbooks" [https://www.exabeam.com/explainers/mitre-attck/what-is-mitre-d3fend/](https://www.exabeam.com/explainers/mitre-attck/what-is-mitre-d3fend/?ref=klaerenn.fr) ¹² Cymulate, "What is the MITRE D3FEND Matrix?" (August 2025) — "SOC teams can use D3FEND to develop comprehensive detection coverage" [https://cymulate.com/cybersecurity-glossary/mitre-defend/](https://cymulate.com/cybersecurity-glossary/mitre-defend/?ref=klaerenn.fr) ¹³ MITRE D3FEND for OT (December 2025) — Extension for operational technology environments (cyber-physical systems), funded by the Cyber Warfare Directorate and the NSA. [https://d3fend.mitre.org/](https://d3fend.mitre.org/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ ACM, "Cybersecurity Survivability Testing Technology Based on ATT&CK and D3FEND" (2025) — Academic use of D3FEND for attack-defense scenario modeling. [https://dl.acm.org/doi/10.1145/3728725.3728768](https://dl.acm.org/doi/10.1145/3728725.3728768?ref=klaerenn.fr) ### Livre blanc CESIN × Forum INCYBER — Maîtriser nos dépendances numériques URL: https://www.klaerenn.fr/livre-blanc-cesin-x-forum-incyber-maitriser-nos-dependances-numeriques/ Last updated: 2026-05-02T11:28:02.000Z Contributeur du livre blanc **Maîtriser nos dépendances numériques** publié en mars 2026 par le Forum INCYBER Europe en partenariat avec le CESIN, coordonné par Eric Singer (CESIN), sous la direction éditoriale de Guillaume Tissier (DG Forum INCYBER) et Alain Bouillé (Délégué Général du CESIN). L'ouvrage propose une lecture opérationnelle de la souveraineté numérique, à partir d'un sondage CESIN auprès de 150 RSSI et de retours de terrain. Trois axes structurants : - **Cartographier les dépendances** — Au-delà du Cloud, identifier les dépendances technologiques, économiques, juridiques, géopolitiques, en compétences et cognitives qui structurent la résilience réelle. - **Mesurer l'effet IA** — L'intelligence artificielle comme multiplicateur de dépendances (calcul, données, biais culturels), mais aussi comme levier de reconquête via les modèles ouverts et l'analyse automatisée des BOM. - **Agir** — Nommer la dépendance comme objet de gouvernance, hiérarchiser les risques, intégrer la réversibilité dans les architectures et les contrats. > « Ce qui m'inquiète, ce n'est pas d'utiliser un Cloud ou une suite bureautique dominante. C'est le moment où, si le fournisseur change les règles, je n'ai plus ni levier de négociation ni plan B crédible. » ➡️ [Télécharger le livre blanc sur le site du Forum INCYBER](https://europe.forum-incyber.com/maitriser-nos-dependances-numeriques/?ref=klaerenn.fr) ### The Prestige URL: https://www.klaerenn.fr/the-prestige/ Last updated: 2026-09-01T22:51:10.000Z *"You don't really want to work it out. You want to be fooled." — Le miroir défensif d'ATT&CK existe. Personne n'a vérifié s'il reflétait quelque chose.* --- L'article précédent posait la question : si ATT&CK, l'expression la plus aboutie du modèle detect-and-respond, produit 21% de couverture SIEM, 90% de faux positifs et 74% de brèches avec alertes ignorées, le problème est-il dans le cadre ou dans le modèle ? MITRE a une réponse. Elle s'appelle D3FEND — Detection, Denial, and Disruption Framework Empowering Network Defense. Lancée en juin 2021, financée par la NSA, la version 1.3.0 (décembre 2025) catalogue 267 techniques défensives réparties en sept tactiques : Model, Harden, Detect, Isolate, Deceive, Evict, Restore¹. 128 000 utilisateurs enregistrés². L'ambition : pour chaque technique offensive ATT&CK, une contre-mesure défensive. L'hypothèse de symétrie. J'ai examiné les 267 techniques, leur provenance, leur distribution, leur contenu opérationnel. Ce que j'ai trouvé ne correspond pas à l'ambition affichée. ## D'où viennent les techniques La FAQ de D3FEND décrit la méthode de construction. Le corpus source principal : plus de 500 brevets du U.S. Patent Office, déposés entre 2001 et 2018³. Pete Kaloroumakis, le créateur du framework, le confirme dans une interview pour Cisco en février 2022 : "*The patent corpus was our initial focus for multiple reasons. There is strong motivation for inventors, investors, and organizations to describe and distinguish how their cybersecurity technologies work in patents.*"⁴ D'autres sources complètent le corpus : spécifications techniques ouvertes, bases de connaissances externes, dépôts de code source GitHub. Mais la règle est stricte. Kaloroumakis : "*When we develop a D3FEND technique, we must point to some technical document which sufficiently details what the technology is doing. If there are no public technical references to use as evidence, we can't include it.*"⁴ D3FEND catalogue ce qui a été breveté ou documenté publiquement. Ce qui n'a pas été breveté n'existe pas dans le framework. Un brevet protège une invention technique unitaire. On brevète un procédé de filtrage DNS par comparaison avec une liste de domaines autorisés. On ne brevète pas une architecture DNS multizone avec matrice de flux deny-by-default qui empêche *by design* l'utilisation du DNS comme canal d'exfiltration. Le brevet est atomique par construction. D3FEND hérite de cette granularité. ## Ce que contient le catalogue La répartition des 267 techniques par tactique : Detect : 90 techniques, soit 33,7% du framework. Isolate : 57 (21,3%). Harden : 51 (19,1%). Model : 27 (10,1%). Evict : 19 (7,1%). Restore : 12 (4,5%). Deceive : 11 (4,1%)¹. Un tiers du framework est consacré à la détection. L'article précédent documentait la situation de la détection : 21% de couverture SIEM, 960 alertes quotidiennes, 62% ignorées, 74% des brèches avec des alertes qui existaient mais n'ont pas été traitées. D3FEND consacre un tiers de son contenu au pilier dont les données empiriques montrent qu'il dysfonctionne. Kaloroumakis explique pourquoi : "*We initially focused on detection since that was our background, and we want to fill out more of the matrix this year.*"⁴ La surreprésentation de Detect reflète l'expertise de l'équipe, pas une doctrine. À l'autre extrémité : Deceive, 11 techniques, 4,1%. Le seul pilier qui inverse l'asymétrie informationnelle entre attaquant et défenseur. Si quelqu'un utilise un Decoy User Credential, c'est un attaquant — le faux positif est quasi nul. La seule tactique qui sort du modèle detect-and-respond occupe la marge du framework. Elle y figure parce que Cymmetria et Attivo Networks ont breveté des technologies de deception, pas parce qu'un raisonnement doctrinal l'y a placée. ## Des briques sans architecture Prenons un problème concret : empêcher l'exfiltration de données par le protocole DNS. D3FEND propose cinq techniques : DNS Allowlisting (D3-DNSAL), DNS Denylisting (D3-DNSDL), Forward Resolution Domain Denylisting, Homoglyph Denylisting, Reverse Resolution IP Denylisting⁵. Cinq opérations atomiques sur un artefact numérique — le trafic DNS. Aucune de ces cinq techniques ne décrit la solution opérationnelle connue de tout architecte réseau : séparer l'infrastructure DNS en zones (resolver récursif interne isolé, forwarder conditionnel, resolver autoritaire externe), appliquer une matrice de flux où seul le forwarder est autorisé à émettre vers le port 53 sortant, interdire tout trafic DNS direct des postes clients vers l'extérieur. Cette architecture rend l'exfiltration DNS impossible *by design*, indépendamment de la qualité des listes de filtrage. La sécurité émerge de la composition, pas de la brique. D3FEND ne sait pas modéliser cette composition. L'ontologie opère sur des artefacts numériques et des opérations unitaires. Elle sait dire "filtrer le DNS." Elle ne sait pas dire "architecturer le DNS de sorte que le filtrage devienne secondaire." L'exfiltration par DNS fonctionne aussi par NTP⁶. Le protocole NTP (port 123/UDP) traverse la quasi-totalité des pare-feux d'entreprise. Des outils d'encodage de données dans les champs d'extension NTP existent. La solution architecturale est identique : seuls les serveurs NTP internes communiquent avec les serveurs NTP externes, les postes clients n'ont aucun accès NTP direct vers l'extérieur. Le même pattern s'applique à ICMP, à tout protocole autorisé en sortie. D3FEND a un artefact "DNS Network Traffic" dans son ontologie. Il n'a pas d'artefact "NTP Network Traffic"⁷. Pas d'artefact, pas de relation inférée, pas de contre-mesure mappée. Le DNS est couvert parce que Cisco Umbrella et Infoblox ont breveté des produits de filtrage DNS — un marché existe. Le NTP n'est pas couvert parce que personne n'a breveté de produit de filtrage NTP dédié — pas de marché, pas de brevet, pas de technique D3FEND. Le problème est identique. La solution architecturale est identique. Mais D3FEND ne voit que ce que le marché a breveté. ## Ce que D3FEND ne fait pas La FAQ MITRE pose les limites explicitement : "*D3FEND does not prescribe specific countermeasures, it does not prioritize them, and it does not characterize their effectiveness.*"² D3FEND ne priorise pas. Broadcast Domain Isolation (D3-BDI), qui peut neutraliser des dizaines de techniques de mouvement latéral ATT&CK en une seule implémentation, a le même poids ontologique que File Magic Byte Verification (D3-FMBV), qui vérifie les octets magiques d'un fichier. Le CISO qui cherche où investir d'abord ne trouvera pas de réponse. D3FEND ne mesure pas l'effectivité. Les relations entre techniques défensives et techniques offensives utilisent le préfixe "*may-*" : may-counter, may-harden, may-isolate⁸. Une technique D3FEND *peut* contrer une technique ATT&CK. Peut-être. La relation est inférée par l'ontologie, pas validée par l'empirie. D3FEND ne modélise pas l'architecture. Pas de notion de composition, de défense en profondeur, de propriété émergente. Pas de modèle de maturité, pas de séquence d'implémentation, pas de dépendance entre techniques. ATT&CK, malgré les biais documentés dans l'article précédent, est construit sur des observations d'attaques réelles — la Cyber Threat Intelligence. D3FEND est construit sur ce que des vendeurs ont déclaré pouvoir faire dans des demandes de brevet. La distance entre "nous avons observé cette attaque" et "nous avons breveté cette contre-mesure" est la distance entre le terrain et le bureau d'étude. ## Qui utilise D3FEND Kaloroumakis a identifié sa cible : "*We have initially described the audience as security architects.*"⁴ Les architectes sécurité — ceux qui conçoivent les systèmes, choisissent les mesures, dessinent les architectures DNS multizone. L'industrie a réinterprété la cible. ManageEngine (vendeur SIEM) : "countermeasure techniques involve strategies that a SOC team can use"⁹. Vectra AI (vendeur NDR) : "Security Operations Centers use D3FEND to evaluate and improve detection coverage"¹⁰. Exabeam (vendeur SIEM/UEBA) : "Incorporate D3FEND into SOC playbooks"¹¹. Cymulate (vendeur BAS) : "SOC teams can use D3FEND to develop comprehensive detection coverage"¹². L'industrie a poussé D3FEND vers les SOC parce que les SOC achètent des SIEM, des EDR, des XDR — les produits de ces mêmes vendeurs. Le SOC ne met pas en place des mesures de sécurité. Son périmètre, dans tous les référentiels existants — NIST CSF, ISO 27001, ITIL — couvre la surveillance, la détection, le triage des alertes, la réponse aux incidents et l'escalade. Le SOC ne conçoit pas l'architecture DNS. Il ne déploie pas la segmentation réseau. Il ne définit pas la politique de hardening. Il n'installe pas de honeypots en production. Ces responsabilités relèvent de l'architecture sécurité, de l'ingénierie infrastructure, de la gouvernance SSI — des fonctions distinctes du SOC, avec des chaînes de responsabilité distinctes. Harden, Isolate, Deceive, Model — quatre des sept tactiques D3FEND — ne relèvent pas du SOC. Seules Detect et Evict correspondent au périmètre opérationnel d'un centre de sécurité. D3FEND flotte entre l'architecte (qui pense en systèmes et n'a pas besoin d'un catalogue de briques atomiques) et le SOC (qui n'a autorité que sur la détection et la réponse, et pour lequel les CIS Controls ou les mitigations ATT&CK suffisent). ## La boucle L'article 11 de cette série documentait un circuit : Gartner définit les catégories, les vendeurs remplissent les catégories, les budgets suivent les catégories, l'innovation hors catégorie est invisible. Le radar dispense de réfléchir. D3FEND reproduit le même circuit au niveau doctrinal. Le framework catalogue les techniques que le marché a brevetées. Les vendeurs déclarent couvrir les techniques du framework. Les acheteurs évaluent les vendeurs par rapport au framework. Les vendeurs développent ce que le framework référence. Ce que le framework ne référence pas n'existe pas dans la conversation. Le NTP n'est pas dans D3FEND parce que personne ne l'a breveté. Personne ne l'a breveté parce qu'il n'y a pas de marché. Il n'y a pas de marché parce que le NTP n'est pas dans les frameworks d'évaluation. La boucle se ferme. L'architecture DNS multizone n'est pas dans D3FEND parce qu'on ne brevète pas un design pattern. Un design pattern ne se vend pas comme un produit. Il requiert de l'expertise d'architecture, pas l'achat d'une solution. Et l'expertise d'architecture n'apparaît dans aucun Magic Quadrant. D3FEND ne reflète pas la défense. Il reflète le marché de la défense. L'article 11 documentait la divergence entre le marché de la cybersécurité et la cybersécurité effective. D3FEND donne à cette divergence une formalisation académique en OWL 2 DL. ## Ce que je ne sais pas Je ne sais pas si D3FEND évoluera vers un outil opérationnel. Le projet est jeune — version 1.0 en janvier 2025 seulement. L'extension OT de décembre 2025¹³ montre une volonté d'élargissement. L'outil CAD (Countermeasure Architecture Design) introduit récemment pourrait, à terme, permettre de modéliser des compositions de défense. Mais en l'état, le framework reste un catalogue atomique. Je ne sais pas si l'ontologie OWL 2 DL de D3FEND a une valeur pour la recherche académique que je sous-estime. Les requêtes SPARQL sur un graphe de connaissances formalisé permettent des inférences automatiques. Des travaux de recherche utilisent D3FEND pour de la modélisation de scénarios attaque-défense¹⁴. La valeur académique et la valeur opérationnelle sont deux choses différentes. Je ne sais pas si les quatre personnes qui maintiennent D3FEND ont les moyens de combler les lacunes documentées ici. Le NTP, l'architecture, les mesures d'effectivité, le rééquilibrage Detect/Deceive — chacun de ces chantiers est considérable. Le financement NSA peut évoluer, dans un sens comme dans l'autre. Ce que je sais : un architecte sécurité qui doit protéger une infrastructure critique dispose des CIS Controls (153 safeguards, priorisés, avec Implementation Groups par maturité), de NIST 800-53 Rev. 5 (plus de 1 000 contrôles, avec niveaux d'impact), d'ISO 27001 (avec processus de certification), et des mitigations ATT&CK intégrées au framework offensif. Chacun de ces outils est plus actionnable que D3FEND. Aucun n'est parfait. Mais chacun priorise, prescrit, ou mesure — les trois choses que D3FEND déclare ne pas faire. ## Le miroir et la question ATT&CK outillait un modèle — le detect-and-respond — qui a eu son utilité. Il a donné à la CTI un esperanto de la menace. Avant ATT&CK, chaque vendeur nommait les mêmes techniques différemment. La standardisation avait une valeur réelle, et la taxonomie survivra à MITRE comme le modèle OSI survit sans que personne ne consulte les documents ISO originaux. D3FEND devait être le miroir défensif de cet esperanto. Le résultat est un catalogue de brevets formalisé en ontologie, incomplet sur des sujets que tout architecte réseau considère comme triviaux, incapable de penser l'architecture, sans mesure d'effectivité, adressé à un public qui n'en a pas l'usage, et récupéré par un marché qui s'en sert pour vendre des produits au seul acteur de la chaîne — le SOC — qui n'a pas autorité sur les mesures qu'il catalogue. ATT&CK, avec ses biais de survivabilité, décrit au moins les avions qui reviennent. D3FEND décrit les briques que les fabricants d'abris ont brevetées, sans vérifier si elles protègent des bombes. L'article précédent demandait si le problème est dans le cadre ou dans le modèle. La réponse de MITRE — D3FEND — ne résout ni l'un ni l'autre. Elle ajoute une couche. La question reste entière : si le detect-and-respond atteint ses limites empiriques, quel modèle le remplace ? --- *Quatorzième article d'une série sur les failles de construction de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) - *Article 13 :* [*Now You See Me*](https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/) --- ## Références ¹ MITRE D3FEND v1.3.0 (décembre 2025) — 267 techniques défensives, 7 tactiques, ontologie OWL 2 DL [https://d3fend.mitre.org/](https://d3fend.mitre.org/?ref=klaerenn.fr) ² MITRE D3FEND FAQ — "D3FEND does not prescribe specific countermeasures, it does not prioritize them, and it does not characterize their effectiveness." 128 000+ utilisateurs. [https://d3fend.mitre.org/faq/](https://d3fend.mitre.org/faq/?ref=klaerenn.fr) ³ MITRE D3FEND FAQ — "a targeted sample of over 500 countermeasure patents from the U.S. Patent Office from the years 2001 to 2018, served as the source material to build this knowledge graph." [https://d3fend.mitre.org/faq/](https://d3fend.mitre.org/faq/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Cisco Blogs, Q&A on the MITRE D3FEND Framework (février 2022) — Interview de Pete Kaloroumakis, créateur de D3FEND. Citations sur le corpus de brevets, la cible architecte, la surreprésentation de Detect. [https://blogs.cisco.com/security/qa-on-the-mitre-d3fend-framework](https://blogs.cisco.com/security/qa-on-the-mitre-d3fend-framework?ref=klaerenn.fr) ⁵ MITRE D3FEND — techniques Isolate > Network Isolation : DNS Allowlisting (D3-DNSAL), DNS Denylisting (D3-DNSDL), Forward Resolution Domain Denylisting, Homoglyph Denylisting, Reverse Resolution IP Denylisting [https://d3fend.mitre.org/](https://d3fend.mitre.org/?ref=klaerenn.fr) ⁶ MITRE ATT&CK, T1048 — Exfiltration Over Alternative Protocol. Le DNS est le canal d'exfiltration le plus documenté, mais le même mécanisme s'applique à NTP, ICMP, et tout protocole autorisé en sortie. [https://attack.mitre.org/techniques/T1048/](https://attack.mitre.org/techniques/T1048/?ref=klaerenn.fr) ⁷ MITRE D3FEND, Digital Artifact Ontology — L'ontologie référence "DNS Network Traffic" comme artefact numérique mais ne dispose pas d'artefact équivalent pour le trafic NTP. [https://d3fend.mitre.org/dao/](https://d3fend.mitre.org/dao/?ref=klaerenn.fr) ⁸ MITRE D3FEND, ontologie OWL — Les relations entre techniques défensives et offensives utilisent le préfixe "may-" (may-counter, may-harden, may-isolate) indiquant des relations inférées, non validées empiriquement. [https://d3fend.mitre.org/ontologies/d3fend.owl](https://d3fend.mitre.org/ontologies/d3fend.owl?ref=klaerenn.fr) ⁹ ManageEngine, "MITRE D3FEND: A cyberdefense blueprint for blue teams everywhere" — "countermeasure techniques involve strategies that a SOC team can use to model digital systems; harden access to computer networks" [https://www.manageengine.com/log-management/cyber-security/mitre-attack-mitre-defend-for-soc.html](https://www.manageengine.com/log-management/cyber-security/mitre-attack-mitre-defend-for-soc.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Vectra AI, "MITRE D3FEND explained" (février 2026) — "Security Operations Centers use D3FEND to evaluate and improve detection coverage" [https://www.vectra.ai/topics/mitre-d3fend](https://www.vectra.ai/topics/mitre-d3fend?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Exabeam, "What Is MITRE D3FEND" (juillet 2025) — "Incorporate D3FEND into SOC playbooks" [https://www.exabeam.com/explainers/mitre-attck/what-is-mitre-d3fend/](https://www.exabeam.com/explainers/mitre-attck/what-is-mitre-d3fend/?ref=klaerenn.fr) ¹² Cymulate, "What is the MITRE D3FEND Matrix?" (août 2025) — "SOC teams can use D3FEND to develop comprehensive detection coverage" [https://cymulate.com/cybersecurity-glossary/mitre-defend/](https://cymulate.com/cybersecurity-glossary/mitre-defend/?ref=klaerenn.fr) ¹³ MITRE D3FEND for OT (décembre 2025) — Extension pour les environnements opérationnels (cyber-physical systems), financée par le Cyber Warfare Directorate et la NSA. [https://d3fend.mitre.org/](https://d3fend.mitre.org/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ ACM, "Cybersecurity Survivability Testing Technology Based on ATT&CK and D3FEND" (2025) — Utilisation académique de D3FEND pour la modélisation de scénarios attaque-défense. [https://dl.acm.org/doi/10.1145/3728725.3728768](https://dl.acm.org/doi/10.1145/3728725.3728768?ref=klaerenn.fr) ### Quand l’échantillonnage fabrique l’effondrement de la distinguabilité URL: https://www.klaerenn.fr/canal-observation/ Last updated: 2026-10-03T18:39:57.000Z Un système de détection peut perdre toute garantie uniforme sans que le détecteur soit insuffisant et sans qu’aucune attaque soit devenue indiscernable. La perte se produit en amont, dans le canal temporel d’observation, qui détruit la géométrie commune dont un détecteur aurait besoin. Le deuxième papier de la série démontre ce mécanisme et en exhibe une réalisation. La lecture courante selon laquelle l’attaquant irait plus vite que le défenseur passe à côté du résultat. ## Ce qui précède le détecteur Le papier compagnon partait d’un espace observable déjà fixé et demandait si la classe d’attaque y restait séparée du légitime. Celui-ci intervient logiquement avant : comment cet espace observable a-t-il été produit, et que lui a fait le canal ? La chaîne se lit en quatre étages : trajectoire réelle, canal d’observation, enregistrement observable, détecteur. Le détecteur n’agit qu’au dernier. La perte décisive peut s’être produite au deuxième. Le canal est modélisé comme un noyau de Markov des trajectoires vers les enregistrements disponibles, décomposé en trois fonctions : l’acquisition, qui fixe les événements capturés ; l’agrégation, qui les met en fenêtres, les compte ou les transforme en caractéristiques ; la livraison, qui détermine quand l’enregistrement atteint le moteur de décision. Cette décomposition sépare deux problèmes que l’usage confond. La latence retarde l’information tout en la conservant. La perte informationnelle supprime définitivement certaines distinctions. Le critère qui compte porte donc sur la réversibilité du canal relativement à la famille de lois étudiée, plutôt que sur sa vitesse. ## L’observation contracte, toujours Le premier théorème applique l’inégalité de traitement des données à la variation totale. Deux lois poussées à travers le canal ne peuvent devenir plus distinguables qu’elles ne l’étaient dans l’espace complet, et la contraction vaut pour les deux invariants, séparation attaque par attaque comme séparation robuste. La conséquence architecturale est directe : aucune intelligence placée après le canal ne reconstruit une séparation que le canal a supprimée. Un meilleur classifieur exploite mieux ce qui reste, dans la limite du problème observable. Le papier se garde d’en tirer une dégradation monotone en fonction de la période d’observation. L’aliasing produit des résonances non monotones. La monotonie est garantie lorsqu’un canal est une grossièreté d’un autre, par exemple quand un enregistrement plus pauvre s’obtient en supprimant des échantillons d’un enregistrement plus riche. ## La réversibilité plutôt que l’injectivité La contraction devient stricte sous une condition précise. Si un noyau de reconstruction ramène chaque loi de la famille à elle-même, les séparations sont exactement préservées. L’identité demandée porte sur les lois, non point à point sur les trajectoires : c’est la nuance qui distingue ce critère de l’injectivité. Le mécanisme de la perte est nommé. Dans le cas déterministe, des masses de signes opposés de la différence entre une loi d’attaque et la loi légitime sont envoyées vers les mêmes régions observées et s’y compensent. En général, la condition exacte est que les deux masses poussées cessent d’être mutuellement singulières dans l’espace observé. Le canal fusionne des distinctions dont les signes étaient nécessaires à la séparation. ## Le canal peut créer l’effondrement Il existe un problème dont la séparation robuste est positive dans l’espace des trajectoires et nulle après observation, alors même que la séparation attaque par attaque y reste strictement positive. Aucune attaque observée ne coïncide avec le légitime observé, chacune reste individuellement détectable, et il n’existe plus de détecteur unique conservant une marge contre la classe entière. L’exemple géométrique tient sur trois attaques observées ponctuelles et une loi légitime observée uniforme. Chaque attaque se tient à deux tiers de distance en variation totale du légitime, et la moyenne des trois lui est exactement égale. La loi légitime appartient donc à l’enveloppe convexe des attaques observées. L’effondrement porte sur cette appartenance, et non sur une égalité entre une attaque et le légitime. ## Un témoin temporel, pas une métaphore Une objection possible réduirait cet exemple à un quotient abstrait. Le papier y répond par une réalisation en trajectoires continues : pour chaque canal, deux signaux de fréquences différentes qui diffèrent entre les instants d’échantillonnage et prennent exactement les mêmes valeurs aux instants d’échantillonnage. L’espace réel contient une différence, le sampling périodique la manque, et l’aliasing reproduit le quotient géométrique. La construction sinusoïdale vaut comme témoin mathématique. Elle établit qu’un échantillonnage temporel non réversible fabrique le collapse convexe d’un problème qui ne l’avait pas dans l’espace des trajectoires. Elle ne prétend pas modéliser une cyberattaque réaliste. ## La diagonale, et ce que devient Schwartau Une fois la séparation robuste nulle, la géométrie compagnon impose que la meilleure puissance garantie contre la classe égale le budget de faux positifs consenti. La ROC minimax devient la diagonale du hasard. L’inversion des quantificateurs porte tout le sens. Pour chaque attaque il peut exister un détecteur spécialisé qui la traite ; il n’existe pas de détecteur unique bon contre toutes. Une règle spécialisée détecte parfaitement une attaque particulière, et c’est compatible avec l’effondrement. Le papier relie ce résultat au modèle de Schwartau, où le temps de protection doit excéder la somme des temps de détection et de réaction. Il y apporte une correction : un temps de détection n’a de sens que si le détecteur atteint un point de fonctionnement acceptable. En régime d’effondrement robuste, aucun détecteur commun n’atteint ce point contre la classe, et le système cesse d’admettre un temps de détection uniforme valide. Le modèle temporel échoue au niveau de la garantie uniforme, chaque cas particulier restant traitable. ## Ce que le papier refuse de conclure Le papier introduit le tempo système, la période d’observation et le tempo d’adaptation adverse, puis refuse d’en faire une loi. Le tempo d’adaptation est un intervalle moyen entre changements significatifs de distribution, ni fréquence spectrale ni bande passante, et deux systèmes de même rapport peuvent se comporter différemment. Aucune loi de Nyquist ne s’applique directement à l’adaptation adverse. L’intuition se scinde donc en deux hypothèses empiriques distinctes, sans implication de l’une à l’autre. Une hypothèse de tendance, selon laquelle une diminution du rapport s’accompagne en moyenne d’une séparation robuste plus faible dans certains domaines contrôlés. Une hypothèse d’entrée, selon laquelle certains couples produisent effectivement l’effondrement. Une tendance décroissante peut ne jamais atteindre zéro, et un effondrement exact peut surgir isolément par résonance d’aliasing sans tendance globale. Le rapport est proposé comme coordonnée expérimentale. Restent hors de portée : que toute observation temporelle provoque l’effondrement, que les attaques génératives le provoquent nécessairement, que l’adaptation rapide y suffise, qu’un seuil universel de rapport existe, que toute attaque devienne indétectable, que les délais de détection deviennent individuellement infinis, ou qu’une limite indépendante de l’architecture existe. ## Place dans la série [Le papier fondateur](https://klaerenn.fr/distinguishability-collapse-theorem/?ref=klaerenn.fr) identifie la géométrie statique de la détectabilité dans un espace observable donné. Celui-ci montre que cet espace observable est lui-même une production de l’architecture temporelle de mesure, et que le morphisme qui transporte les trajectoires vers la géométrie observée peut à lui seul créer l’effondrement. Les papiers suivants étudient comment cette perte se propage dans la boucle défensive. L’ensemble est présenté sur la [page de la série](https://klaerenn.fr/serie-recherche/?ref=klaerenn.fr). Le canal a conservé assez d’information pour reconnaître chaque attaque lorsqu’on sait laquelle chercher, et trop peu pour construire une règle unique robuste à l’incertitude sur l’attaque. --- *Temporal Observation and Distinguishability Collapse v2.0, préprint, CC BY-NC 4.0\. DOI concept :* [*10.5281/zenodo.19655802*](https://doi.org/10.5281/zenodo.19655802?ref=klaerenn.fr) ### Le Monde Informatique — « L'IA augmente la surface d'attaque de manière exponentielle » URL: https://www.klaerenn.fr/le-monde-informatique-lia-augmente-la-surface-dattaque-de-maniere-exponentielle/ Last updated: 2026-05-02T11:45:30.000Z Entretien accordé à Théo Janvier pour le dossier *2026, l'année de tous les risques* du **Monde Informatique**, publié le 20 avril 2026, en qualité de Vice-président de la Fédération Française de Cybersécurité et RSSI freelance. Trois thèmes ont structuré l'échange : - **IA et asymétrie attaque/défense** — Les capacités offensives progressent de manière exponentielle quand la défense reste structurellement linéaire. Une faille s'identifie et s'exploite désormais en quelques minutes. - **Shadow IA** — Plus complexe que le Shadow IT, parce que plus intime. Ce n'est plus l'outil non validé qui pose problème, mais la manière dont chacun dialogue avec son propre assistant. Les solutions internes peinent à concurrencer les outils grand public. - **PME et chaînes de dépendance** — Les cybermenaces ne concernent plus seulement les grands groupes ou les OIV. Une PME devient porte d'entrée vers ses clients et partenaires, sans toujours en avoir conscience. Le niveau minimal de sécurité n'est plus optionnel. ➡️ [Lire l'entretien complet sur Le Monde Informatique](https://www.lemondeinformatique.fr/les-dossiers/lire-entretien-franck-rouxel-rssi-freelance--l-ia-augmente-la-surface-d-attaque-de-maniere-exponentielle-%C2%A0-1701.html?ref=klaerenn.fr) ### Wheel of Confusion URL: https://www.klaerenn.fr/wheel-of-confusion/ Last updated: 2026-04-16T08:00:02.000Z ## Windows 11, le plus gros edge cloud au monde --- Le 8 avril 2026, Jason Donenfeld publie un message bref sur X¹. Microsoft a suspendu sans préavis le compte Partner Center qu'il utilise pour signer les pilotes WireGuard. Une procédure d'appel sur 60 jours est ouverte, sans canal humain. Mounir Idrassi, mainteneur de VeraCrypt, est dans la même situation depuis mi-janvier². Le compte qu'il utilisait depuis huit ans pour signer le bootloader VeraCrypt a été terminé. Microsoft ne lui répond qu'avec des bots. Les certificats existants des deux projets expirent fin juin 2026\. Sans nouvelle signature, les machines avec Secure Boot activé refuseront de charger les drivers à partir de cette date. Pour VeraCrypt, cela signifie des partitions chiffrées qui pourraient ne plus booter. Pour WireGuard, cela signifie une rupture des fonctions VPN sur lesquelles reposent Mullvad, Proton, Tailscale et plusieurs services concurrents³. La cause est administrative. Microsoft a lancé en octobre 2025 une campagne de re-vérification d'identité IDV obligatoire pour tous les partenaires du Windows Hardware Program qui ne s'étaient pas re-vérifiés depuis avril 2024\. La fenêtre s'est fermée le 1er avril 2026\. Ceux qui n'ont pas su la traiter dans les temps sont purgés. Microsoft a corrigé les cas les plus médiatisés après intervention de Scott Hanselman. Les autres restent sans recours. L'incident a circulé 72 heures sur les réseaux techniques anglophones, puis a quitté l'actualité. Pris pour ce qu'il est en surface, c'est un dysfonctionnement administratif chez un grand fournisseur. Pris pour ce qu'il manifeste de l'objet qui l'a permis, c'est tout autre chose. L'objet qui a permis cet incident n'est plus tout à fait Windows. C'est une chose qui s'achète encore comme une licence Windows, qui s'utilise encore comme Windows, mais qui se comporte techniquement comme autre chose. Cette autre chose n'a pas de nom dans le vocabulaire des analyses de maîtrise des dépendances numériques. Ni en France, ni en Europe, ni aux États-Unis qui hébergent pourtant son opérateur. ## Une qualification technique manquante Les analyses du marché logiciel d'entreprise opèrent globalement avec deux catégories. D'un côté, le logiciel acheté en licence, installé localement, contrôlé par son propriétaire. De l'autre, le service cloud souscrit à distance, opéré par un tiers, soumis aux conditions de ce tiers. Cette distinction structure la doctrine d'achat public dans la plupart des États. Elle structure les référentiels SecNumCloud, C5, FedRAMP. Elle structure les analyses Gartner, IDC, Forrester. Elle structure ce que les organisations croient acheter quand elles signent un contrat informatique. Et elle ne décrit plus Windows 11. Un poste Windows 11 en configuration usine, en avril 2026, possède simultanément les six propriétés que la littérature technique appelle un nœud edge cloud. Le matériel appartient au client. La chaîne de confiance d'exécution est gouvernée à distance par Microsoft via Secure Boot et Partner Center. La télémétrie diagnostic remonte par défaut vers le centre de gestion. L'opérateur peut déployer et révoquer des composants à distance via Windows Update et SmartScreen. Les données critiques — clés Bitlocker, mots de passe Edge, captures Recall, contenu OneDrive — sont séquestrées par défaut dans l'infrastructure cloud de l'opérateur. Et la décision finale sur ce qui peut s'exécuter sur la machine appartient à Microsoft, pas au propriétaire physique. Ces six propriétés sont la définition opérationnelle d'un nœud edge cloud telle qu'on la trouve dans les spécifications ETSI MEC, dans les documents Gartner sur l'edge computing, dans les whitepapers AWS Outposts et Azure Stack Edge⁴. Si on les applique à Windows 11, la qualification suit mécaniquement. Et l'échelle rend la chose vertigineuse. Statcounter mesure Windows 11 à 72,78 % du parc Windows desktop mondial en février 2026⁵. Microsoft a annoncé début 2026 avoir dépassé le milliard d'utilisateurs Windows 11 actifs⁶. AWS Outposts cumule quelques dizaines de milliers d'unités déployées. Azure Stack et Google Distributed Cloud comptent dans le même ordre. Les déploiements MEC télécom européens additionnent quelques milliers de sites. SecNumCloud français qualifie quelques dizaines d'offres en production. Posons le calcul. Un milliard de nœuds Windows 11 d'un côté. De l'autre, tous les déploiements edge cloud reconnus comme tels dans la littérature du marché, additionnés : quelques dizaines à quelques centaines de milliers d'unités tout compris. Le rapport est de l'ordre de cinq ordres de grandeur. Microsoft opère un edge cloud qui dépasse en volume tous les autres edge clouds reconnus comme tels, mis ensemble, par un facteur d'environ dix mille à cent mille. Le plus gros opérateur d'edge cloud au monde n'apparaît dans aucune cartographie publique du marché du cloud edge. Aucune analyse Gartner ne lui applique la qualification. Aucun rapport de la Commission européenne sur les marchés cloud ne le mentionne dans cette catégorie. Aucune doctrine ANSSI ne le décrit en ces termes. Personne ne lui applique la qualification parce que Microsoft ne la revendique pas. Et Microsoft ne la revendique pas parce qu'elle est commercialement et juridiquement coûteuse pour lui. Cette invisibilité statistique est en soi un fait politique. Le marché mondial du cloud edge est dominé à plus de 99,99 % par un seul acteur qui n'apparaît dans aucune analyse de ce marché. La concentration la plus extrême de l'histoire de l'informatique se déroule dans une catégorie qui n'a pas été créée pour la décrire. ## Deux régimes pour un même objet L'edge cloud Windows 11 ne s'exerce pas de la même façon selon le client. Particuliers et organisations vivent deux régimes distincts du même contrat technique. Pour le particulier, qui constitue l'écrasante majorité du parc, le compte Microsoft est devenu obligatoire pour l'installation initiale. Depuis Windows 11 25H2, sorti à l'automne 2025, les méthodes de contournement (oobe\\bypassnro, ms-cxh:localonly) ont été retirées par Microsoft, qui justifie le verrouillage en arguant qu'un appareil sans compte Microsoft n'est pas correctement configuré pour l'usage⁷. Le client n'est pas un administrateur de son matériel. Il est un compte dans l'infrastructure Microsoft. Le verrouillage initial déclenche le reste. La connexion internet est exigée à l'OOBE. Bitlocker s'active automatiquement sur les Windows 11 récents avec sauvegarde silencieuse de la clé de récupération dans le compte Microsoft. OneDrive est proposé par défaut comme emplacement Documents. La télémétrie diagnostic minimale n'est pas désactivable. Recall, annoncé en mai 2024, mis en pause après scandale puis déployé sur les Copilot+ PCs en avril 2025, capture périodiquement l'écran et l'indexe pour recherche IA locale. Edge est le navigateur par défaut, et chaque tentative d'en changer rencontre des frictions documentées par les utilisateurs et par la Commission européenne dans ses travaux DMA. Pour l'organisation, l'edge cloud s'exerce par les couches d'identité (Active Directory, Entra ID), de gestion (Group Policy, Intune), de sécurité (Defender, Sentinel, Conditional Access), de signature kernel (Partner Center) et de chiffrement agréé. Les éditeurs nationaux qui produisent les outils certifiés au plus haut niveau ne tournent que sur Windows. L'organisation n'est pas plus libre que le particulier. Elle est captive d'un tissu de dépendances qu'elle a intégré sur vingt-cinq ans et qu'elle ne peut pas démêler à court terme. Les pouvoirs qui suivent s'exercent dans les deux régimes, avec des intensités et des modes opératoires différents. Certains, comme l'activation par défaut du hotpatching ou l'éjection des outils tiers du kernel, ne s'exercent que sur le périmètre organisation Enterprise et Education géré via Intune. ## Ce que les contrats disent déjà, en langue juridique Les juristes qui rédigent les contrats de licence ont dix ans d'avance sur les analyses publiques des produits qu'ils encadrent. Ils doivent décrire la réalité opérationnelle de ce que l'éditeur fait, pas le récit marketing. Le CLUF Windows 11 OEM, dans sa version d'avril 2024⁸, contient quatre clauses qui consacrent juridiquement la qualification edge cloud posée plus haut. La section 2.a affirme dès la première phrase opérationnelle que le logiciel est concédé sous licence, pas vendu. La section 5 réserve à Microsoft le droit de remplacer à distance, sur l'appareil du client, tout logiciel Microsoft jugé altéré ou improprement modifié, sans définir ces termes ni canal de contestation. La section 6 affirme que les mises à jour automatiques sont reçues sans notification supplémentaire au-delà du consentement initial. La section 14.c autorise contractuellement Microsoft à désactiver ou retirer les logiciels antimalware concurrents quand il juge que la protection existante est expirée. Le CLUF Windows Server 2025 OEM⁹, qui régit le côté serveur de l'environnement entreprise, ajoute une couche que celui de Windows 11 ne contient pas. Le modèle de licence par cœur impose un minimum de 16 cœurs par serveur et exige un Client Access License pour chaque utilisateur ou device qui accède au serveur. Le couplage avec Azure Arc devient explicite pour les fonctions modernes : le hotpatching de Windows Server 2025 nécessite une connexion Azure Arc et une Software Assurance active. Le mode de facturation pay-as-you-go est exclusivement disponible via Azure Arc. Les fonctions de sauvegarde, de site recovery et de récupération avancée sont conditionnées à des bénéfices Software Assurance qui poussent vers Azure. Le contrat de Windows Server 2025 décrit en termes juridiques le mouvement que Microsoft promeut commercialement sous le nom de hybrid cloud : un serveur on-premises qui paye Microsoft à l'usage, qui dépend d'Azure pour ses fonctions critiques, et qui n'est plus opérationnellement séparable du cloud du même éditeur. La fiction contractuelle est celle d'une licence logicielle classique, du côté Windows 11 comme du côté Windows Server. La réalité opérationnelle décrite par les clauses est celle d'un service cloud opéré à distance, hybride côté serveur et complet côté poste client. Les juristes Microsoft ont écrit le contrat d'un edge cloud. Les équipes marketing vendent une licence. Et depuis l'intérieur même de Microsoft France, cette fiction contractuelle a trouvé une limite sous serment. Le 10 juin 2025, Anton Carniaux, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France, a été auditionné par la commission d'enquête sénatoriale sur la commande publique. Interrogé par le président Uzenat sur la possibilité de garantir que les données des citoyens français ne seraient jamais transmises au gouvernement américain sans l'accord explicite des autorités françaises, il a répondu : *Non, je ne peux pas le garantir, mais cela ne s'est encore jamais produit*¹⁰. Cette déclaration, faite sous serment devant une institution de la République française, constitue la documentation publique la plus précise disponible sur l'exposition structurelle au CLOUD Act américain des données hébergées par des entreprises soumises à la juridiction américaine. Neuf mois plus tard, le 5 mars 2026 à Seattle, Brad Smith, président et vice-chairman de Microsoft, a publiquement désavoué cette déclaration. Dans une interview rapportée par Numerama, il a qualifié la question parlementaire française de *réponse stupide à une question stupide* et substitué le mot *confiance* au mot *garantie*, en se disant *confiant dans le fait que Microsoft peut protéger les données des citoyens français*¹¹. Le désaveu, par le président mondial de l'entreprise, depuis le territoire américain et dans un cadre non contraignant, d'une déclaration sous serment faite par le directeur juridique France du même groupe devant une commission d'enquête parlementaire, illustre directement le rapport de force entre l'éditeur et l'institution française qui avait posé la question. Il substitue aussi, dans le vocabulaire officiel de Microsoft, un régime de garantie vérifiable par un régime de confiance déclarative. Des analyses critiques de ces contrats existent, sur un périmètre voisin mais distinct. L'autorité allemande de protection des données du Bade-Wurtemberg a produit en avril 2021 une analyse technique détaillée de Microsoft 365 dans les écoles¹². Noyb a déposé en juin 2024 une plainte contre Microsoft 365 Education pour violation du RGPD dans le contexte scolaire¹³. L'Autorité européenne de protection des données a constaté en mars 2024 une violation du RGPD par Microsoft 365 dans le cadre de son utilisation par la Commission européenne¹⁴, sur un service que Microsoft reconnaît contractuellement comme cloud. Aucune analyse équivalente n'existe à ce jour sur Windows 11 OEM, précisément parce que la fiction contractuelle de la licence logicielle maintient le produit hors du périmètre régulatoire cloud. Le contrat est lu pour ce qu'il prétend être — une licence — pas pour ce que ses clauses opérationnelles décrivent — un service cloud distribué. ## La qualité technique réelle Si Microsoft occupe cette position, ce n'est ni par accident, ni par captation marketing seule. Microsoft a construit, sur trente ans, une architecture d'OS d'entreprise dont les propriétés techniques n'ont pas d'équivalent à un niveau opérationnellement comparable. Les autres alternatives à grande échelle existent. Elles sont d'une autre nature. ChromeOS est un terminal léger orienté consommation cloud, opéré par Google sur une logique différente : peu d'exécution locale, dépendance assumée à des services distants, périmètre fonctionnel restreint. Les déploiements Linux d'entreprise existent à grande échelle, mais exigent une équipe spécialisée pour atteindre une posture comparable à celle qu'un administrateur Windows obtient par défaut. macOS occupe une position intermédiaire qui mérite d'être nommée. Le SLA Apple pour macOS Tahoe 26¹⁵ contient des clauses qui s'apparentent à un edge cloud : licence non vente, mises à jour automatiques avec consentement par l'usage, restrictions strictes sur la redistribution, contrôle Apple sur le code signing pour la distribution App Store. Côté particulier comme côté organisation, l'utilisateur de Mac s'inscrit dans un système où Apple décide de ce qui peut s'installer et se synchroniser. Mais trois mécanismes que Microsoft a et qu'Apple n'a pas changent la nature de l'objet. Pas d'équivalent strict de Partner Center pour les drivers kernel tiers : Apple a supprimé les kernel extensions tierces depuis macOS Big Sur en 2020, au profit de System Extensions qui tournent en user-space, ce qui prive l'éditeur du mécanisme de révocation administrative et silencieuse qui a permis l'incident WireGuard côté Microsoft. Pas de clause équivalente à la 14.c sur la désactivation des antimalwares concurrents. Pas de couplage contractuel hybrid cloud type Azure Arc qui force les clients on-premises à payer le cloud du même éditeur pour ses fonctions critiques. macOS s'approche d'un edge cloud, mais la combinaison des trois mécanismes manquants empêche d'appliquer la qualification au sens fort où elle s'applique à Windows 11. Aucune de ces alternatives n'occupe la même position que Windows 11 : un edge cloud opéré sur du matériel possédé par le client, à l'échelle d'un milliard de nœuds, avec exécution locale lourde, intégration profonde dans les processus d'entreprise, et aucune qualification publique en tant qu'edge cloud. Le modèle de sécurité Windows NT, conçu en 1993 par l'équipe de Dave Cutler, intègre nativement des concepts qui sur Linux relèvent de couches additionnelles assemblées par strates successives. Identifiants de sécurité découplés de leur représentation textuelle. Listes de contrôle d'accès granulaires sur tous les objets sécurisables, pas seulement les fichiers. Privilèges granulaires distincts des droits d'objet. Système d'impersonation contrôlé. Autorité centrale de sécurité locale qui consolide les décisions d'autorisation. Sur Linux, l'équivalent fonctionnel se construit en assemblant POSIX, ACLs ajoutées tardivement, capabilities, SELinux ou AppArmor, PAM, et plusieurs autres briques pensées séparément. Le résultat peut être équivalent dans les mains d'un administrateur expert. La cohérence vient alors moins de l'OS lui-même que de la compétence de celui qui l'opère. L'intégration Kerberos est probablement le point le plus mal compris en dehors des cercles techniques. Microsoft a pris Kerberos v5 en 2000 et a construit autour une intégration où littéralement tout dans l'environnement Windows authentifie via Kerberos par défaut. Login utilisateur. Accès aux partages SMB. Accès aux applications web via SPNEGO. Connexion aux bases SQL Server. Accès à Exchange. Accès aux applications métiers via SSPI. Le ticket obtenu au login s'utilise partout, sans ressaisie, avec délégation contrôlée. C'est du single sign-on à l'échelle de l'organisation, sans broker, sans surcouche. Faire l'équivalent sur Linux exige Heimdal ou MIT Kerberos plus FreeIPA plus SSSD plus configuration PAM plus configuration NSS plus intégration applicative cas par cas. Ça existe et ça fonctionne. La majorité des déploiements Linux d'entreprise se contente d'authentification par mot de passe local ou LDAP simple, qui sont nettement inférieurs à ce que produit un AD bien configuré. La scalabilité de gestion via Group Policy n'a pas d'équivalent fonctionnel sur Linux à grande échelle. Un administrateur AD définit, pour des dizaines de milliers de postes simultanément, des centaines de paramètres de sécurité et de configuration, qui s'appliquent automatiquement, sont héritables, peuvent être ciblés. L'équivalent Linux se construit en assemblant Ansible ou Puppet, Foreman, des dépôts internes, des outils MDM tiers, et beaucoup de scripts shell. Ça fonctionne, à condition d'avoir une équipe qui sait construire et maintenir cette chaîne. Il existe des contre-exemples, et ils méritent d'être nommés. La Gendarmerie nationale française opère sous GendBuntu un parc de 103 000 postes répartis sur 4 300 sites¹⁶, soit 97 % de son parc en 2025, après vingt ans de migration progressive entamée en 2004, avec une économie de licences estimée à 2 millions d'euros par an. La municipalité de Munich a fait tourner LiMux sur environ 18 500 postes entre 2003 et 2017 avant un retour partiel négocié vers Microsoft. La Chine pousse Kylin et UOS dans l'administration. La Russie déploie Astra Linux dans l'armée et les services. Ces exemples démontrent que la migration à grande échelle est techniquement possible. Ils démontrent aussi qu'elle exige soit une équipe spécialisée dédiée sur la durée, soit un mandat politique qui surpasse le calcul opérationnel rationnel, soit les deux. Le retour partiel de Munich en 2017 sert d'épouvantail dans toutes les discussions de migration depuis. Cette qualité architecturale a sa contrepartie sombre, qu'il faut nommer aussi. Le modèle est cohérent mais complexe au point d'être difficile à auditer correctement. L'intégration Kerberos est puissante mais elle a été configurée par défaut avec RC4 pendant plus d'une décennie, ce qui a rendu le Kerberoasting trivial sur la majorité des déploiements et a contribué à l'attaque ransomware contre Ascension Health en mai 2024\. Le système hospitalier américain, avec ses 140 hôpitaux, a tourné en mode dégradé pendant des semaines. Les données de 5,6 millions de patients ont été exfiltrées. La compromission est entrée par un simple clic d'un sous-traitant sur un résultat de recherche Bing¹⁷. Group Policy est scalable mais sa structure héritée produit des configurations dont personne ne maîtrise plus l'état réel après quelques années d'évolution organisationnelle. Liz Tesch, du Microsoft Incident Response Critical Action Team, en a documenté¹⁸ les conséquences sur des Active Directory déployés il y a vingt ans, encore administrés selon les pratiques de 1999\. Le Cyber Safety Review Board américain a conclu en mars 2024¹⁹ à l'insuffisance de la culture de sécurité Microsoft. En réponse, Satya Nadella a envoyé en mai 2024 un mémo interne à 200 000 employés posant la sécurité comme priorité absolue, devant les fonctionnalités et le support des systèmes legacy²⁰. Une partie de la rémunération des dirigeants a été indexée sur les objectifs sécurité. Nadella a lui-même demandé au conseil d'administration de réduire son bonus 2024 de 10,66 à 5,2 millions de dollars. Les défaillances décrites dans cet article continuent d'être documentées dans les incidents qui suivent. Deux énoncés tiennent simultanément. L'environnement Microsoft est techniquement supérieur à ses alternatives disponibles dans le contexte actuel pour la majorité des organisations. Cet environnement est administré dans la pratique avec des défauts hérités et des vulnérabilités de fond qui produisent des incidents catastrophiques à intervalles réguliers. Les deux sont vrais en même temps. Reconnaître la supériorité technique n'efface pas les défaillances. Reconnaître les défaillances n'efface pas le fait que toute alternative dégraderait la posture défensive à court terme, et que la dégradation serait immédiatement imputable au décideur qui l'aurait choisie. ## Le calcul économique Dans le contexte de conflictualité cyber actuel, dégrader sa posture de sécurité a un coût opérationnel et humain immédiatement visible. Les hôpitaux ferment des semaines après une attaque ransomware. Les collectivités perdent l'usage de leurs systèmes pendant des mois. Les administrations centrales sont ciblées quotidiennement par des opérateurs étatiques chinois et russes. Les grandes entreprises industrielles découvrent au moment de l'incident que leur cyber-assurance ne couvre pas tous les coûts. Une décision de sortie de Windows à l'échelle d'une organisation dépasse le cadre technique. Elle est portée au niveau du comité exécutif, parfois du conseil d'administration. L'arbitrage qui y est fait est économique avant d'être stratégique. Le comité doit chiffrer l'impact sur l'EBITDA pendant les trois à cinq années de transition, le surcoût d'équipes spécialisées à recruter sur un marché en pénurie, l'exposition au risque cyber pendant la phase de coexistence, la dégradation de productivité pendant la formation des utilisateurs, et la responsabilité personnelle des dirigeants si une compromission survient pendant la transition, avec son traitement probable par la cyber-assurance. Le seul cas occidental de migration réversée à l'échelle d'une grande organisation publique fournit des chiffres. Munich a voté en novembre 2017 son retour vers Windows à 49,3 millions d'euros estimés pour la seule migration technique, dans un projet IT total d'environ 89 millions d'euros²¹. Munich n'a d'ailleurs jamais atteint l'homogénéité, opérant à son pic environ 18 500 postes LiMux parallèlement à 10 700 postes Windows restés incompatibles pour raisons applicatives. Les chiffres consolidés publiés ultérieurement par la ville montent l'enveloppe totale entre 86 et 100 millions d'euros une fois les coûts d'intégration applicative et la maintenance parallèle pendant la phase de transition incluses²². Le rapport est de l'ordre de un à deux pour ce type d'opération entre coût technique annoncé et coût réel observé, et la durée d'exécution tourne autour de cinq à sept ans plutôt que des deux à trois années initialement promises. Ces chiffres concernent un aller simple d'un périmètre relativement contenu sans changement majeur d'identité ni de chaîne de signature kernel. Une migration équivalente pour une administration centrale française avec ses dépendances Active Directory, ses applications métiers Windows, ses outils de chiffrement agréés et son parc d'EDR Defender approcherait probablement la fourchette haute. À ces questions, l'environnement Microsoft fournit des réponses chiffrables et acceptables. Les alternatives ne fournissent que des estimations contestables et des risques juridiques individuels que les dirigeants n'ont aucune raison de prendre à leur niveau de carrière. La rationalité individuelle de chaque acteur du système conduit à maintenir la dépendance. C'est précisément pour cela que la sortie est impossible à organiser à partir des incitations existantes. La dépendance Microsoft n'est pas une faute, c'est la conséquence prévisible d'un système dans lequel chaque acteur fait ce qui est rationnel pour lui à son horizon décisionnel. Le coût de la dépendance se paie collectivement à un horizon que personne n'a la responsabilité de défendre. C'est cette mécanique qui rend le piège refermable. Pas la captation commerciale brute. Pas les pratiques anticoncurrentielles classiques. Pas l'opacité contractuelle. La supériorité technique objective de l'environnement, dans un contexte où les alternatives ne peuvent pas l'égaler à court terme et où la dégradation immédiate de posture serait politiquement coûteuse. Microsoft n'a pas besoin de tromper ses clients pour les retenir. Il lui suffit d'être effectivement le meilleur choix à l'horizon décisionnel d'un DSI moyen sous contrainte de continuité de service. Et il l'est, dans la majorité des cas. ## Neuf pouvoirs et une absence Une fois la qualification posée et la rationalité de la dépendance reconnue, l'inventaire des pouvoirs prend sa place. Ces pouvoirs s'inscrivent dans une logique cohérente : ils découlent d'une position que la qualité technique a légitimement produite, et qui s'exerce depuis un siège social américain sur des nœuds répartis dans tous les États du monde, sous un cadre juridique qui est celui de Washington et pas celui des États où les nœuds tournent. **Révoquer le droit d'exécution.** L'incident WireGuard l'a démontré début avril 2026\. Microsoft peut, par application d'une politique administrative interne qui n'a pas à être justifiée individuellement, exclure de la chaîne de signature kernel des composants utilisés par des dizaines de millions de postes. La révocation a pris sa forme atténuée — gel de la capacité de patch plutôt que révocation rétroactive des signatures émises — mais la forme atténuée suffit à transformer en quelques mois un composant fonctionnel en composant non viable. Le mécanisme ne distingue pas la criticité des composants. Un mainteneur OSS individuel d'un outil de chiffrement de disque utilisé par les journalistes du monde entier passe dans le même filtre administratif qu'un compte fantôme créé la semaine dernière. L'absence de différenciation est une propriété de la politique de conformité, pas un dysfonctionnement de cette politique. **Modifier le code en mémoire des postes clients sans qualification locale.** À partir du 11 mai 2026, Microsoft active par défaut le hotpatching via Windows Autopatch sur toutes les machines Windows 11 Enterprise ou Education gérées par Microsoft Intune ou Microsoft Graph²³. Le mécanisme modifie le code exécutable en mémoire des postes sans redémarrage, sans fenêtre de qualification locale préalable, et sans rollback automatique. La documentation Microsoft précise que la seule voie de récupération en cas de problème est la désinstallation manuelle suivie de la réinstallation de la mise à jour cumulative de base avec redémarrage²⁴. La checklist de préparation publiée par Microsoft mentionne explicitement la corruption mémoire parmi les scénarios à tester côté client. Le parallèle avec l'incident CrowdStrike de juillet 2024 n'est pas technique mais structurel : application automatique à l'échelle de millions de postes, au niveau kernel, sans qualification locale. La différence est que CrowdStrike avait un défaut dans un driver tiers, tandis que le hotpatch modifie le code du système d'exploitation lui-même. **Réserver l'observation kernel à son propre outil.** Le Windows Resiliency Initiative, lancé par Microsoft en réponse à l'incident CrowdStrike et en private preview depuis juillet 2025 via le programme Microsoft Virus Initiative 3.0, vise à éjecter progressivement les EDR tiers du kernel Windows vers le user mode²⁵. Pavel Yosifovich, expert reconnu de l'architecture Windows cité par Cybersecurity Dive, qualifie de quasi impossible le fonctionnement entièrement hors du kernel sans réingénierie significative ou dégradation des capacités des produits de sécurité. À horizon 2027-2028, si le mouvement se confirme, Defender sera le seul outil bénéficiant d'un accès kernel complet sur Windows 11, et donc le seul outil techniquement capable d'observer ce que le hotpatching modifie réellement en mémoire. Microsoft devient à la fois l'auteur des modifications du code et le seul observateur autorisé de ces modifications. **Cartographier nominativement les contributeurs critiques.** La re-vérification IDV qui a éjecté WireGuard est l'instrument de constitution d'une base de données des développeurs autorisés à contribuer au Windows Hardware Program. Microsoft dispose désormais, pour chaque mainteneur significatif, de l'identité civile vérifiée par IDV tiers, croisée avec l'historique GitHub depuis 2008, croisée avec les patterns Copilot, croisée avec le graphe social professionnel. Aucune agence de renseignement traditionnelle n'a jamais eu, sur la population des développeurs critiques mondiaux, une base de connaissance comparable. Cette base est constituée par un acteur privé étranger, sans contrôle public, dans le cadre d'une politique officiellement justifiée par la sécurité. **Gouverner l'identité d'entreprise.** Active Directory structure l'authentification de la quasi-totalité des grandes organisations occidentales depuis vingt-cinq ans. La sortie n'est pas une option à court terme pour la majorité des clients. La documentation Microsoft *Road to the cloud*²⁶ le reconnaît : pour les organisations qui ne peuvent pas migrer hors d'AD à cause de leurs applications legacy, la solution recommandée est de redéployer un AD chez Azure plutôt que de chercher une alternative. La dépendance ne meurt pas, elle monte dans le cloud du même fournisseur, et la rente de licence se transforme en rente de consommation Azure. **Séquestrer les clés cryptographiques.** Sur Windows 11 en configuration par défaut, l'utilisateur grand public qui active Bitlocker via l'assistant initial enregistre automatiquement et silencieusement sa clé de récupération dans son compte Microsoft, hébergé sur Azure. Pour l'usage entreprise via Entra ID, les clés sont sauvegardées dans le tenant de l'organisation, géré par l'administrateur, mais l'infrastructure de stockage reste Azure. Dans les deux cas, la clé est techniquement accessible à Microsoft sous procédure légale américaine via le CLOUD Act. La couche de chiffrement censée protéger les données du client est une couche dont la gouvernance des secrets revient à l'opérateur de l'edge. **Capter la fonction de recherche en sécurité externe.** Le 7 avril 2026, Anthropic annonce Project Glasswing²⁷, un consortium fermé d'une quarantaine d'organisations — Microsoft, Amazon, Apple, Google, Cisco, CrowdStrike, Palo Alto Networks, NVIDIA, JPMorgan Chase, Linux Foundation entre autres — qui accèdent en exclusivité à Claude Mythos Preview, un modèle de découverte de vulnérabilités qui a déjà identifié des milliers de failles inédites dans tous les systèmes d'exploitation majeurs, dont un bug vieux de 27 ans dans OpenBSD. Microsoft distribue le modèle à ses clients Azure du consortium via Microsoft Foundry²⁸. La fonction de découverte de vulnérabilités, historiquement portée par une communauté globale de chercheurs externes indépendants, migre vers un cercle fermé de fournisseurs dominants qui se partagent l'accès à l'outil. Ce mouvement réduit la dépendance de l'industrie à cette communauté, ce qui justifie économiquement la fermeture progressive de Partner Center via le filtre IDV. Il produit un narratif d'IA défensive efficace qui évite aux clients de questionner la fragilité du modèle défensif dominant face à l'offensive assistée par IA. Et il verrouille l'environnement de sécurité autour des quelques acteurs qui peuvent payer l'accès au modèle, en rendant fondamentalement plus difficile l'émergence d'alternatives portées par des acteurs en dehors du consortium²⁹. **Absorber les éditeurs de sécurité prétendument indépendants.** Les éditeurs nationaux qui produisent les outils agréés au plus haut niveau dans les différents pays européens — Ercom (groupe Thales), TheGreenBow et Prim'X en France pour le VPN souverain et le chiffrement de poste, HarfangLab pour l'EDR qualifié ANSSI³⁰, leurs équivalents allemands, néerlandais, italiens et finlandais — fonctionnent quasi exclusivement sur Windows parce que c'est là que se trouvent leurs clients. Leur portage Linux est inexistant ou marginal, et n'est pas qualifié au même niveau d'assurance. La pluralité apparente de l'offre Windows en sécurité endpoint, qui voit des éditeurs européens crédibles coexister avec Defender et avec les acteurs américains comme CrowdStrike ou SentinelOne, ne contredit pas la captation : elle se déploie à l'intérieur de la captation. Tous ces éditeurs dépendent de Partner Center pour la signature de leurs drivers kernel, de la compatibilité Secure Boot pour leur exécution, et de l'API Windows Defender Application Guard pour leur intégration. L'autonomie nationale en sécurité endpoint, telle qu'elle existe dans les marchés publics européens, est une couche fine de produits nationaux déposée sur une infrastructure intégralement Microsoft, dont elle dépend pour son exécution kernel via Partner Center, pour son identité via AD, et pour son cycle de mise à jour via Windows Update. **Désactiver les concurrents à la racine.** Et il y a la clause 14.c du CLUF Windows 11, qui autorise contractuellement Microsoft à désactiver ou retirer les logiciels antimalware concurrents quand il juge que la protection existante est expirée. Ce qu'aucun régulateur antitrust européen n'a jamais formellement examiné comme tel. Le fil conducteur de ces neuf pouvoirs est unique. Microsoft remplace progressivement les mécanismes de contrôle vérifiables par des mécanismes de confiance déclarative, et supprime en parallèle les outils qui permettraient à des tiers indépendants de vérifier cette confiance. Ce qui s'est passé au niveau juridique avec la substitution du mot *confiance* au mot *garantie* par Brad Smith le 5 mars 2026, se passe au niveau technique avec la substitution progressive des observateurs indépendants par un observateur unique qui est aussi l'auteur des modifications. À ces neuf pouvoirs s'ajoute une dixième propriété intrinsèque : l'absence de contre-pouvoir politique. Le sénateur Wyden a demandé en septembre 2025 une enquête FTC contre Microsoft pour négligence cybersécurité grave après l'attaque Ascension³¹. Sa formule décrit Microsoft comme un pyromane qui vendrait des services anti-incendie à ses victimes. Le rapport CSRB de mars 2024 avait demandé une refonte complète de la culture de sécurité de l'éditeur et a déclenché en réponse le mémo Nadella et l'indexation salariale mentionnés plus haut, sans démonstration publique d'un changement de trajectoire opérationnel sur les défaillances de fond. Les sénateurs Schmitt et Wyden ensemble ont écrit en mai 2024 au Department of Defense pour s'opposer à l'extension de la dépendance via les licences E5, en utilisant explicitement le terme de monoculture³². Le DoD a continué dans la trajectoire qu'ils contestaient. Bruce Schneier a publié le 9 avril 2026 un commentaire sur une enquête ProPublica révélant que les évaluateurs FedRAMP eux-mêmes ont conclu en 2024 à un *lack of confidence in assessing the system's overall security posture* sur GCC High, le service cloud destiné aux données les plus sensibles du gouvernement américain³³. Le système a été approuvé malgré ce verdict, assorti d'un avertissement aux agences fédérales, dans un mouvement que ProPublica décrit comme hautement inhabituel. Le pouvoir politique américain, qui est en théorie le seul capable d'imposer une régulation à un acteur américain, a démontré qu'il ne le fait pas et ne le fera probablement pas. Et les pouvoirs européens, qui n'ont même pas commencé à formuler le diagnostic dans ces termes, sont encore plus loin de l'action. Quelques annonces récentes laissent pourtant entendre l'inverse, et méritent d'être examinées pour ce qu'elles couvrent et pour ce qu'elles laissent intact. ## Les annonces nationales Plusieurs États et grandes organisations ont annoncé ces dernières années leur intention de réduire leur dépendance à Microsoft. Munich a tenté la migration entre 2003 et 2017, avant un retour partiel négocié. Le Land de Schleswig-Holstein a annoncé en 2024 sa migration vers LibreOffice et Linux, avec une feuille de route pluriannuelle. La France a connu plusieurs débats récents autour des marchés publics éducation et des contrats Microsoft 365. Le 8 avril 2026, la France annonce officiellement sa sortie de Windows au cours d'un séminaire interministériel³⁴. Le même jour, à huit mille kilomètres, Microsoft suspend les comptes Partner Center des mainteneurs d'outils de sécurité que les administrations qui voudraient sortir utiliseraient pour protéger leurs postes Linux. Les deux événements n'ont pas été coordonnés. Leur coïncidence calendaire est un accident. Mais cet accident rend visible une mécanique de fond : l'annonce politique de sortie et la fermeture technique du canal de sortie se déroulent dans le même intervalle de temps, sans que les acteurs de l'annonce politique ne mentionnent la fermeture technique, ni que les acteurs de la fermeture technique ne remarquent l'annonce politique. L'orientation annoncée par la DINUM vise la sortie de Windows pour les postes de l'administration et la migration vers Linux, ce qui touche à la fois l'OS et la couche bureautique. Les feuilles de route ministérielles sont attendues à l'automne. La DINUM elle-même migrera ses 200 à 250 postes internes. La Caisse nationale d'Assurance maladie a annoncé peu avant la migration de ses 80 000 agents vers Tchap, Visio et FranceTransfert. La plateforme nationale des données de santé doit basculer vers une infrastructure de confiance européenne d'ici fin 2026\. L'ANSSI, qui édite le référentiel SecNumCloud définissant ce qu'est un service cloud de confiance en France, n'a jamais qualifié Windows 11 selon ce référentiel, parce que Windows 11 n'est formellement pas un service cloud. Cette intention rencontrera, dès sa descente dans l'exécution, l'ensemble des contraintes que cet article a décrites. Les Active Directory ministériels — il en existe plusieurs, sans annuaire interministériel unifié — continueront de tourner, parce qu'il n'existe pas d'alternative qualifiée pour leur fonction et parce que les applications métiers en dépendent. Les outils de chiffrement agréés Diffusion Restreinte resteront sur Windows, parce qu'aucun équivalent n'existe à effort équivalent. La signature kernel des composants critiques continuera de passer par Partner Center, parce que c'est techniquement la seule chaîne de confiance reconnue par Secure Boot. Le cas de l'EDR illustre directement ce que la migration ne peut pas reproduire. Sur Windows, l'offre est plurielle, et la dépendance Microsoft sur le marché EDR Windows ne porte pas sur le choix du produit, qui est large, mais sur l'infrastructure d'exécution dont tous ces produits dépendent — point traité plus haut dans l'inventaire des pouvoirs. Le verrou spécifique au scénario de migration est ailleurs : il est dans l'absence d'équivalents qualifiés sur Linux à un niveau opérationnel comparable. Une migration de poste vers Linux suppose un EDR Linux qualifié, intégré dans une chaîne de gestion qui n'a pas la maturité de Windows. L'offre existe sur Linux, mais la diversité, la profondeur d'intégration et le nombre de déploiements de référence restent en deçà de ce que l'environnement Windows offre. Les choix qui découleront de ces contraintes seront moins des compromis que des renoncements. Le périmètre effectif de chaque migration sera défini non pas par l'ambition initiale, mais par ce que les contraintes opérationnelles permettront. Et la part de la stack qui restera dans l'edge cloud Microsoft — la couche d'identité, la couche de chiffrement agréé, la couche de signature kernel, la couche de séquestre des clés, la couche de défense, la couche de cartographie des contributeurs — est précisément celle sur laquelle s'exercent les neuf pouvoirs décrits plus haut, et donc précisément celle qui structure la dépendance réelle. La migration des couches visibles, qui est la part qui sera effectivement exécutée, est aussi celle qui pèse le moins dans l'équation. Ce constat décrit ce que la décision politique ne peut pas faire à elle seule, sans la critiquer. Et c'est précisément parce qu'elle ne peut pas tout faire qu'elle aurait dû être accompagnée d'une qualification publique de ce qui restait dans le périmètre Microsoft, et d'une réflexion sur ce que cette part résiduelle implique en termes de maîtrise réelle. Cette qualification n'a eu lieu nulle part. Les annonces traitent la maîtrise des dépendances comme si elle se jouait dans la couche bureautique, alors qu'elle se joue ailleurs. Personne, dans aucun État, n'a publiquement nommé l'ailleurs. ## Ce que je ne sais pas La qualification edge cloud que cet article propose pour Windows 11 est un acte de proposition vocabulaire, pas un constat empirique vérifiable. Je raisonne en appliquant à l'objet une définition opérationnelle issue de la littérature ETSI MEC, Gartner et des whitepapers Azure Stack et AWS Outposts. La logique tient à mes yeux. Je ne sais pas si la communauté technique reprendra le mot, ni dans quel délai, ni avec quelle pression politique. Une proposition de qualification vit ou meurt par sa reprise dans le débat public, et cette reprise ne se commande pas. La projection sur le Windows Resiliency Initiative à horizon 2027-2028 est une hypothèse. Je dis que Defender pourrait être le seul outil avec accès kernel complet à cette échéance si le mouvement engagé se confirme. Microsoft elle-même qualifie la transition de travail massif qui pourrait prendre des années. ESET parle d'un scénario plus probable de monde hybride où certains composants de sécurité tiers conserveraient un accès kernel et où d'autres basculeraient en user mode. Je peux me tromper sur la trajectoire, sur le rythme, et sur le périmètre final. Si le mouvement est moins poussé que ce que j'anticipe, l'argument du couplage hotpatching plus Resiliency Initiative perd une partie de sa force démonstrative, sans pour autant invalider le pouvoir de modification en mémoire qui, lui, est déjà en production au 11 mai 2026. Le calcul du facteur cinq ordres de grandeur entre Windows 11 et les autres edge clouds reconnus a un biais méthodologique. Je compare un parc déployé à très grande échelle à des produits encore en phase de pénétration de marché. AWS Outposts, Azure Stack Edge, Google Distributed Cloud et les déploiements MEC télécom européens pourraient connaître dans dix ans des volumes très différents de ceux d'aujourd'hui. La domination quantitative actuelle de Windows 11 sur la catégorie edge cloud est un état présent, pas une propriété intrinsèque qui se prolongerait mécaniquement. Cette comparaison reste valide pour décrire la situation au moment de la publication, et c'est ce qu'elle prétend faire. Elle ne dit rien sur la trajectoire à horizon dix ans, et il serait erroné de la lire ainsi. ## Une question, pas une solution Cet article ne propose pas de sortie. Il n'en propose pas parce qu'il n'en existe pas à court terme dont le coût opérationnel soit politiquement supportable, et parce qu'une fausse sortie serait plus dangereuse qu'aucune sortie. La supériorité technique de l'environnement Microsoft est réelle, sa captation par un acteur privé étranger unique est réelle, et les deux sont liées par construction. On ne peut pas avoir la première sans la seconde dans le modèle économique qui a produit l'une et l'autre. Un système d'exploitation d'entreprise de la qualité de Windows n'a jamais été produit par un modèle décentralisé. Il n'y a pas de raison de fond de penser qu'il pourrait l'être à brève échéance. Le pire scénario à court terme n'est pas qu'un État ou une grande organisation migre mal hors de Microsoft. Le pire scénario est que les acteurs concernés continuent à formuler leur maîtrise des dépendances numériques dans des catégories qui ne décrivent plus la réalité de ces dépendances, qu'ils investissent dans des migrations qui ne touchent pas le cœur du problème, et que pendant ce temps le cœur du problème continue de se durcir. Les annonces portent sur cinq pour cent de la stack et laissent intacts les quatre-vingt-quinze pour cent qui structurent la dépendance. La qualification d'un objet est le préalable à toute action sur lui. Tant qu'on n'a pas le mot pour le décrire, aucune politique ne peut s'exercer. Windows 11 est devenu un edge cloud opéré par un fournisseur unique sur près d'un milliard de nœuds dans le monde, dont une fraction substantielle structure le fonctionnement quotidien d'États et de grandes organisations sur tous les continents. Cette qualification n'a pas de cadre juridique pour être traitée, pas de doctrine nationale pour être nommée, pas de référentiel international pour être incluse, pas de débat public pour être contesté. Elle existe seulement dans la réalité opérationnelle, où elle produit ses effets en silence. Une politique de maîtrise des dépendances numériques qui n'a pas de mot pour décrire l'objet sur lequel elle prétend s'exercer reste une politique d'affichage. Et l'absence de qualification a un coût mesurable pour les États et les grandes organisations qui se disent maîtres de leurs choix : elle laisse un acteur privé étranger accumuler sur leur territoire des pouvoirs qu'aucun cadre public ne nomme. La formulation de ces pouvoirs, dans un vocabulaire qui les rend visibles, est le préalable que personne n'a encore voulu poser. C'est ce qui rend le travail urgent. --- ## Références ¹ Donenfeld, J. (8 avril 2026). Post sur X confirmé par TechCrunch. Whittaker, Z., « WireGuard VPN developer can't ship software updates after Microsoft locks account », *TechCrunch*, 8 avril 2026\. [https://techcrunch.com/2026/04/08/wireguard-vpn-developer-cant-ship-software-updates-after-microsoft-locks-account/](https://techcrunch.com/2026/04/08/wireguard-vpn-developer-cant-ship-software-updates-after-microsoft-locks-account/?ref=klaerenn.fr) ² Idrassi, M. Post SourceForge VeraCrypt cité par Whittaker, Z., « Developer of VeraCrypt encryption software says Windows users may face boot-up issues after Microsoft locked his account », *TechCrunch*, 8 avril 2026\. [https://techcrunch.com/2026/04/08/veracrypt-encryption-software-windows-microsoft-lock-boot-issues/](https://techcrunch.com/2026/04/08/veracrypt-encryption-software-windows-microsoft-lock-boot-issues/?ref=klaerenn.fr) ³ CyberInsider, « Microsoft suspends VeraCrypt and WireGuard signing accounts, blocking Windows updates », 9 avril 2026 — confirme l'expiration des certificats existants à fin juin 2026 et l'impact sur les systèmes Secure Boot. [https://cyberinsider.com/microsoft-suspends-veracrypt-and-wireguard-signing-accounts-blocking-windows-updates/](https://cyberinsider.com/microsoft-suspends-veracrypt-and-wireguard-signing-accounts-blocking-windows-updates/?ref=klaerenn.fr) ⁴ ETSI MEC ISG, *Multi-access Edge Computing (MEC) — Framework and Reference Architecture*, ETSI GS MEC 003\. Spécifications publiques de référence sur la définition technique d'un nœud edge cloud. [https://www.etsi.org/technologies/multi-access-edge-computing](https://www.etsi.org/technologies/multi-access-edge-computing?ref=klaerenn.fr) ⁵ StatCounter Global Stats, « Desktop Windows Version Market Share Worldwide », février 2026 : Windows 11 à 72,78 %, Windows 10 à 26,27 %. [https://gs.statcounter.com/windows-version-market-share/desktop/worldwide](https://gs.statcounter.com/windows-version-market-share/desktop/worldwide?ref=klaerenn.fr) ⁶ Microsoft, déclaration publique début 2026, citée par *The Register* (Speed, R., « Windows 11 tops market share as 10 faces extended farewell », 2 mars 2026) et Windows Central. Annonce du dépassement du milliard d'utilisateurs Windows 11 actifs. [https://www.theregister.com/2026/03/02/windows\_11\_market\_share/](https://www.theregister.com/2026/03/02/windows%5F11%5Fmarket%5Fshare/?ref=klaerenn.fr) ⁷ Windows Latest, « Microsoft confirms Windows 11 requires a Microsoft account, internet in OOBE », 7 octobre 2025\. Confirmation que les méthodes de bypass (oobe\\bypassnro, ms-cxh:localonly) ont été retirées dans Windows 11 25H2\. Justification officielle Microsoft : « device is not fully configured for use » sans compte Microsoft. Bitlocker s'active automatiquement sur Windows 11 Home avec sauvegarde de clé dans le compte Microsoft. [https://www.windowslatest.com/2025/10/07/microsoft-confirms-windows-11-to-require-microsoft-account-internet-during-oobe-tested/](https://www.windowslatest.com/2025/10/07/microsoft-confirms-windows-11-to-require-microsoft-account-internet-during-oobe-tested/?ref=klaerenn.fr) ⁸ Microsoft, *Microsoft Software License Terms — Windows Operating System — OEM (pre-installed)*, version d'avril 2024\. Sections 2.a (licence non vente), 5 (réparation automatique du logiciel altéré), 6 (mises à jour automatiques sans notification), 14.c (désactivation des antimalwares concurrents). [https://www.microsoft.com/content/dam/microsoft/usetm/documents/windows/11/oem-(pre-installed)/UseTerms\_OEM\_Windows\_11\_English.pdf](https://www.microsoft.com/content/dam/microsoft/usetm/documents/windows/11/oem-%28pre-installed%29/UseTerms%5FOEM%5FWindows%5F11%5FEnglish.pdf?ref=klaerenn.fr) ⁹ Microsoft, *Microsoft Software License Terms — Windows Server 2025 Datacenter and Standard — OEM*, 1er avril 2025\. Modèle de licence par cœur (minimum 16 cœurs/serveur), Client Access License obligatoire, couplage Azure Arc pour hotpatching et pay-as-you-go, mises à jour automatiques imposées. *Windows Server 2025 Licensing Guidance*, Microsoft Commercial Licensing. [https://www.microsoft.com/content/dam/microsoft/usetm/documents/windows-server/2025-datacenter-and-standard/oem/UseTerms\_OEM\_WindowsServer2025\_DatacenterAndStandard\_English.pdf](https://www.microsoft.com/content/dam/microsoft/usetm/documents/windows-server/2025-datacenter-and-standard/oem/UseTerms%5FOEM%5FWindowsServer2025%5FDatacenterAndStandard%5FEnglish.pdf?ref=klaerenn.fr) [https://www.microsoft.com/licensing/guidance/Windows-Server-2025](https://www.microsoft.com/licensing/guidance/Windows-Server-2025?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Sénat, commission d'enquête sur les coûts et les modalités effectifs de la commande publique, compte rendu de l'audition de Microsoft France, mardi 10 juin 2025\. Anton Carniaux, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France, et Pierre Lagarde, directeur technique secteur public, ont été auditionnés sous serment. Interrogé par le président Simon Uzenat sur la possibilité de garantir que les données des citoyens français ne seraient jamais transmises au gouvernement américain sans l'accord des autorités françaises, Carniaux a répondu : *Non, je ne peux pas le garantir, mais cela ne s'est encore jamais produit*. Déclaration confirmée par plusieurs sources de presse. [https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20250609/ce\_commande\_publique.html](https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20250609/ce%5Fcommande%5Fpublique.html?ref=klaerenn.fr) [https://videos.senat.fr/video.5460497\_6847c70b82594.commande-publique--audition-de-microsoft](https://videos.senat.fr/video.5460497%5F6847c70b82594.commande-publique--audition-de-microsoft?ref=klaerenn.fr) [https://www.cio-online.com/actualites/lire-achats-publics-it-les-senateurs-appellent-l-etat-a-changer-de-logiciel-16460.html](https://www.cio-online.com/actualites/lire-achats-publics-it-les-senateurs-appellent-l-etat-a-changer-de-logiciel-16460.html?ref=klaerenn.fr) [https://www.actuia.com/actualite/donnees-sensibles-et-cloud-act-microsoft-france-admet-ne-pas-pouvoir-sopposer-a-une-injonction-americaine/](https://www.actuia.com/actualite/donnees-sensibles-et-cloud-act-microsoft-france-admet-ne-pas-pouvoir-sopposer-a-une-injonction-americaine/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Baba Aissa, A., « Une réponse stupide à une question stupide : le patron de Microsoft balaie les craintes françaises sur l'accès américain à nos données », *Numerama*, 5 mars 2026\. Interview de Brad Smith, président et vice-chairman de Microsoft, à Seattle. Smith qualifie publiquement la question parlementaire française posée par la commission d'enquête sénatoriale sur la commande publique de « réponse stupide à une question stupide » et substitue le mot « confiance » au mot « garantie » en déclarant être « confiant dans le fait que Microsoft peut protéger les données des citoyens français ». Le désaveu intervient neuf mois après la déposition sous serment d'Anton Carniaux (voir référence 10) qui avait reconnu ne pouvoir rien garantir. [https://www.numerama.com/cyberguerre/2196299-une-reponse-stupide-a-une-question-stupide-le-patron-de-microsoft-balaie-les-craintes-francaises-sur-lacces-americain-a-nos-donnees.html](https://www.numerama.com/cyberguerre/2196299-une-reponse-stupide-a-une-question-stupide-le-patron-de-microsoft-balaie-les-craintes-francaises-sur-lacces-americain-a-nos-donnees.html?ref=klaerenn.fr) ¹² Datenschutzbeauftragter Baden-Württemberg (DSB), *Pilot Nutzung MS an Schulen: Empfehlungen des LfDI*, avril 2021\. Analyse technique détaillée de Microsoft 365 dans les écoles du Land de Bade-Wurtemberg. [https://media.frag-den-staat.de/files/foi/626585/2021-04-23\_Empfehlung\_LfDI.pdf](https://media.frag-den-staat.de/files/foi/626585/2021-04-23%5FEmpfehlung%5FLfDI.pdf?ref=klaerenn.fr) ¹³ noyb (European Center for Digital Rights), plainte contre Microsoft 365 Education, juin 2024\. Plainte pour violation du RGPD dans l'usage scolaire de Microsoft 365, référençant notamment l'analyse DSB Bade-Wurtemberg. [https://noyb.eu/sites/default/files/2024-06/Microsoft%20Complaint%201%20EN\_redacted\_0.pdf](https://noyb.eu/sites/default/files/2024-06/Microsoft%20Complaint%201%20EN%5Fredacted%5F0.pdf?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Autorité européenne de protection des données (EDPS), décision du 8 mars 2024 (communiqué du 11 mars 2024). Constat de violation du règlement UE 2018/1725 par la Commission européenne dans l'utilisation de Microsoft 365, notamment en raison de transferts de données hors de l'Union européenne sans garanties adéquates. La décision reste valide comme constat de violation pour la période 2021-2024\. La Commission européenne a formé un recours devant le Tribunal de l'Union européenne (affaires T-262/24 et T-265/24, en cours). L'EDPS a clos la procédure d'exécution en juillet 2025 après mise en conformité. Aucune analyse équivalente n'existe à ce jour sur Windows 11 OEM, précisément parce que la fiction contractuelle de la licence logicielle maintient le produit hors du périmètre régulatoire cloud. [https://www.edps.europa.eu/data-protection/our-work/publications/investigations/2024-03-08-edps-investigation-european-commissions-use-microsoft-365\_en](https://www.edps.europa.eu/data-protection/our-work/publications/investigations/2024-03-08-edps-investigation-european-commissions-use-microsoft-365%5Fen?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Apple Inc., *Software License Agreement for macOS Tahoe 26*, juillet 2025\. Sections 1.A (logiciel concédé sous licence et non vendu), 2.J (restrictions d'usage et de redistribution), 2.N (interdiction de reverse engineering), 2.Q (mises à jour automatiques avec consentement par l'usage), 5 (collecte de données), 6.B (services iCloud opt-in). Le SLA contient les clauses qui s'apparentent à un edge cloud mais ne contient pas de mécanisme équivalent à Partner Center pour les drivers kernel tiers, pas de clause équivalente à 14.c du CLUF Windows 11, et pas de couplage contractuel type Azure Arc. Apple a supprimé les kernel extensions tierces depuis macOS Big Sur (2020) au profit des System Extensions en user-space. [https://www.apple.com/legal/sla/docs/macOSTahoe.pdf](https://www.apple.com/legal/sla/docs/macOSTahoe.pdf?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Wikipedia FR, *GendBuntu*, consulté en avril 2026\. 103 000 postes en 2025, soit 97 % du parc, répartis sur environ 4 300 sites incluant les territoires d'outre-mer. Migration progressive entamée en 2004 par la bureautique (LibreOffice ex-OpenOffice.org sur 90 000 postes en 2004-2005, Firefox et Thunderbird en 2006), bascule du système d'exploitation lancée en 2008 après l'évaluation négative de Vista. Économies estimées à 2 millions d'euros par an sur les seules licences d'OS. Sources primaires Gendarmerie nationale, reprise par Connect LP-125 (revue interne, 2021) et CIO-Online (janvier 2008). [https://fr.wikipedia.org/wiki/GendBuntu](https://fr.wikipedia.org/wiki/GendBuntu?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ Wyden, R. (10 septembre 2025). Lettre à Andrew N. Ferguson, FTC Chair, sur les pratiques de sécurité Microsoft. Documentation détaillée de l'attaque ransomware contre Ascension Health (mai 2024) : entrée par recherche Bing d'un sous-traitant, exploitation de Kerberoasting via RC4 par défaut, ransomware sur des milliers de machines, 5,6 millions de patients exposés. [https://www.wyden.senate.gov/imo/media/doc/wyden\_letter\_to\_ftc\_on\_microsoft\_kerberoasting\_ransomwarepdf.pdf](https://www.wyden.senate.gov/imo/media/doc/wyden%5Fletter%5Fto%5Fftc%5Fon%5Fmicrosoft%5Fkerberoasting%5Fransomwarepdf.pdf?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ Tesch, L. (6 mars 2025). « Active Directory is 25 Years Old. Do You Still Manage It Like It's 1999? », Microsoft Community Hub — Core Infrastructure and Security Blog. Auteure : Cloud Solutions Architect, Microsoft Incident Response Critical Action Team (MIRCAT). [https://techcommunity.microsoft.com/blog/coreinfrastructureandsecurityblog/active-directory-is-25-years-old-do-you-still-manage-it-like-its-1999/4390114](https://techcommunity.microsoft.com/blog/coreinfrastructureandsecurityblog/active-directory-is-25-years-old-do-you-still-manage-it-like-its-1999/4390114?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Cyber Safety Review Board, *Review of the Summer 2023 Microsoft Exchange Online Intrusion*, U.S. Department of Homeland Security, 20 mars 2024 (publication 2 avril 2024). Conclusions : la culture de sécurité Microsoft est inadéquate et exige une refonte ; la compromission Storm-0558 a réussi par une cascade de défaillances de sécurité chez Microsoft. [https://www.cisa.gov/sites/default/files/2025-03/CSRBReviewOfTheSummer2023MEOIntrusion508.pdf](https://www.cisa.gov/sites/default/files/2025-03/CSRBReviewOfTheSummer2023MEOIntrusion508.pdf?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Nadella, S. (3 mai 2024). Mémo interne à 200 000 employés Microsoft, obtenu par The Verge et Bloomberg. « If you're faced with the tradeoff between security and another priority, your answer is clear: Do security. » Posant la sécurité comme priorité absolue, devant les fonctionnalités et le support des systèmes legacy. Indexation d'une partie de la rémunération des dirigeants sur les objectifs sécurité. Réduction volontaire du bonus 2024 de Nadella de 10,66 à 5,2 millions de dollars (filing SEC octobre 2024). [https://blogs.microsoft.com/blog/2024/05/03/prioritizing-security-above-all-else/](https://blogs.microsoft.com/blog/2024/05/03/prioritizing-security-above-all-else/?ref=klaerenn.fr) [https://www.cybersecuritydive.com/news/microsoft-ceo-nadella-cut-pay-security/731070/](https://www.cybersecuritydive.com/news/microsoft-ceo-nadella-cut-pay-security/731070/?ref=klaerenn.fr) ²¹ Speed, R., « Munich council finds €49.3m for Windows 10 embrace », *The Register*, 24 novembre 2017\. Vote du conseil municipal de Munich (50 contre 25) pour la migration de tous les postes Linux restants vers Windows 10 en 2020, dans le cadre d'une refonte IT globale de 89 millions d'euros, dont 49,3 millions pour la migration technique et 9 millions de licences sur six ans. [https://www.theregister.com/2017/11/24/munich\_will\_spend\_about\_50\_million\_euros\_on\_windows\_migration/](https://www.theregister.com/2017/11/24/munich%5Fwill%5Fspend%5Fabout%5F50%5Fmillion%5Feuros%5Fon%5Fwindows%5Fmigration/?ref=klaerenn.fr) ²² Wikipedia EN, *LiMux*, consulté en avril 2026, et Slashdot/ZDNet, « Munich Says It's Now Shifting Back From Microsoft to Open Source Software — Again », mai 2020\. Coûts consolidés de la migration de retour vers Microsoft estimés entre 86,1 millions d'euros (chiffre ZDNet) et environ 100 millions une fois les coûts d'intégration applicative inclus, sur une durée d'exécution effective de cinq à sept ans plutôt que les deux ou trois années initialement annoncées. [https://en.wikipedia.org/wiki/LiMux](https://en.wikipedia.org/wiki/LiMux?ref=klaerenn.fr) [https://linux.slashdot.org/story/20/05/23/238252/munich-says-its-now-shifting-back-from-microsoft-to-open-source-software----again](https://linux.slashdot.org/story/20/05/23/238252/munich-says-its-now-shifting-back-from-microsoft-to-open-source-software----again?ref=klaerenn.fr) ²³ Microsoft Windows IT Pro Blog, « Securing devices faster with hotpatch updates on by default », 9 mars 2026\. Annonce officielle de l'activation par défaut du hotpatching via Windows Autopatch à partir du 11 mai 2026, pour toutes les machines Windows 11 Enterprise ou Education éligibles gérées via Microsoft Intune ou Windows Updates API (Microsoft Graph). Opt-out tenant disponible à partir du 1er avril 2026\. Couverture reprise par BleepingComputer, The Register, Help Net Security, Neowin, 4sysops, Petri et Windows News. [https://techcommunity.microsoft.com/blog/windows-itpro-blog/securing-devices-faster-with-hotpatch-updates-on-by-default/4500066](https://techcommunity.microsoft.com/blog/windows-itpro-blog/securing-devices-faster-with-hotpatch-updates-on-by-default/4500066?ref=klaerenn.fr) [https://www.bleepingcomputer.com/news/microsoft/microsoft-to-enable-hotpatch-security-updates-by-default-in-may/](https://www.bleepingcomputer.com/news/microsoft/microsoft-to-enable-hotpatch-security-updates-by-default-in-may/?ref=klaerenn.fr) [https://www.theregister.com/2026/03/11/microsoft\_hotpatching/](https://www.theregister.com/2026/03/11/microsoft%5Fhotpatching/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Microsoft Learn, documentation officielle « Hotpatch updates | Manage Windows Autopatch », consultée en avril 2026\. Documentation technique du mécanisme hotpatching : modification du code exécutable en mémoire sans redémarrage, absence de rollback automatique (« Automatic rollback of a hotpatch update is not supported »). En cas de problème, la voie de récupération imposée est la désinstallation manuelle suivie de la réinstallation de la mise à jour cumulative de base avec redémarrage. Les prérequis imposent VBS activée, Windows 11 24H2 ou ultérieur, Enrollment dans Windows Autopatch avec Quality update policy Intune, et licence eligible (Enterprise E3/E5, Education A3/A5). [https://learn.microsoft.com/en-us/windows/deployment/windows-autopatch/manage/windows-autopatch-hotpatch-updates](https://learn.microsoft.com/en-us/windows/deployment/windows-autopatch/manage/windows-autopatch-hotpatch-updates?ref=klaerenn.fr) ²⁵ Miller, D., « How Microsoft, partners are tackling 'huge, huge task' of making security software safer », *Cybersecurity Dive*, 2 mars 2026\. État du Windows Resiliency Initiative lancé par Microsoft en réponse à l'incident CrowdStrike de juillet 2024, et du programme Microsoft Virus Initiative 3.0 qui le coordonne. Private preview ouverte en juillet 2025 à une douzaine d'éditeurs (Bitdefender, CrowdStrike, ESET, SentinelOne, Sophos, Trellix, Trend Micro, WithSecure). Objectif déclaré : faire fonctionner les EDR tiers en user mode plutôt qu'en kernel mode. Citation de Pavel Yosifovich, expert de l'architecture Windows : fonctionnement entièrement hors kernel « quasi impossible sans réingénierie significative ou dégradation des capacités des produits de sécurité ». Citation de Tony Anscombe (ESET) : chaque jour est une courbe d'apprentissage. [https://www.cybersecuritydive.com/news/microsoft-windows-resilience-initiative-security-kernel/813416/](https://www.cybersecuritydive.com/news/microsoft-windows-resilience-initiative-security-kernel/813416/?ref=klaerenn.fr) ²⁶ Microsoft Learn, *Road to the cloud — Migrate from Active Directory*, documentation officielle Microsoft Entra. Pour les organisations qui ne peuvent pas migrer hors d'AD à cause des applications legacy, la documentation recommande le redéploiement d'AD dans Azure plutôt que la sortie effective. [https://learn.microsoft.com/en-us/entra/architecture/road-to-the-cloud-migrate](https://learn.microsoft.com/en-us/entra/architecture/road-to-the-cloud-migrate?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Anthropic, « Project Glasswing: Securing critical software for the AI era », 7 avril 2026\. Consortium fermé d'environ 40 organisations réunissant Amazon, Apple, Broadcom, Cisco, CrowdStrike, Google, JPMorgan Chase, Linux Foundation, Microsoft, NVIDIA, Palo Alto Networks. Accès exclusif à Claude Mythos Preview pour la découverte de vulnérabilités. Anthropic a engagé 100 millions de dollars de crédits d'usage sur le programme. Le modèle a identifié des milliers de failles inédites, dont un bug vieux de 27 ans dans OpenBSD, une vulnérabilité de 16 ans dans FFmpeg, et plusieurs chaînes d'exploitation dans le noyau Linux. [https://www.anthropic.com/project/glasswing](https://www.anthropic.com/project/glasswing?ref=klaerenn.fr) [https://cyberscoop.com/project-glasswing-anthropic-ai-open-source-software-vulnerabilities/](https://cyberscoop.com/project-glasswing-anthropic-ai-open-source-software-vulnerabilities/?ref=klaerenn.fr) ²⁸ Microsoft Security Response Center, « Strengthening secure software at global scale: How MSRC is evolving with AI », 7 avril 2026\. Annonce de la distribution de Claude Mythos Preview aux clients Azure participant à Project Glasswing via Microsoft Foundry. Positionne Microsoft comme participant au consortium Anthropic et comme canal de distribution du modèle à ses clients cloud. [https://www.microsoft.com/en-us/msrc/blog/2026/04/strengthening-secure-software-global-scale-how-msrc-is-evolving-with-ai](https://www.microsoft.com/en-us/msrc/blog/2026/04/strengthening-secure-software-global-scale-how-msrc-is-evolving-with-ai?ref=klaerenn.fr) ²⁹ Voir « L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental » et « Now You See Me », deux articles publiés sur klaerenn.fr, respectivement sur l'écart entre productivité offensive et défensive face à l'IA générative, et sur la stagnation des frameworks de détection. ³⁰ HarfangLab, communiqué de janvier 2025\. Premier et seul EDR à recevoir une qualification de l'ANSSI (16 janvier 2025), après une certification CSPN obtenue en 2020 et étendue en 2024\. Certification BSZ du BSI allemand obtenue fin 2025\. Support Windows, Linux et macOS. [https://harfanglab.io/fr/press/harfanglab-premier-edr-a-recevoir-une-qualification-de-lanssi/](https://harfanglab.io/fr/press/harfanglab-premier-edr-a-recevoir-une-qualification-de-lanssi/?ref=klaerenn.fr) [https://cyber.gouv.fr/produits-services-qualifies/harfanglab-edr](https://cyber.gouv.fr/produits-services-qualifies/harfanglab-edr?ref=klaerenn.fr) ³¹ Wyden, R. (10 septembre 2025). Voir référence 17\. Citation directe : Microsoft décrit comme « an arsonist selling firefighting services to their victims ». Reportage : Johnson, D., « Wyden calls on FTC to investigate Microsoft for 'gross cybersecurity negligence' », *CyberScoop*, 10 septembre 2025\. [https://cyberscoop.com/ron-wyden-ftc-microsoft-default-security-flaws-rc4-kerberoasting-ascension-ransomware/](https://cyberscoop.com/ron-wyden-ftc-microsoft-default-security-flaws-rc4-kerberoasting-ascension-ransomware/?ref=klaerenn.fr) ³² Schmitt, E. & Wyden, R. (mai 2024). Lettre conjointe au Department of Defense sur l'extension des licences Microsoft E5 et la concentration de marché. Le terme « monoculture » est utilisé explicitement dans un cadre bipartisan. [https://www.schmitt.senate.gov/media/press-releases/](https://www.schmitt.senate.gov/media/press-releases/?ref=klaerenn.fr) ³³ Schneier, B., « On Microsoft's Lousy Cloud Security », *Schneier on Security*, 9 avril 2026, reprenant une enquête ProPublica publiée la veille via Ars Technica. Documents internes FedRAMP montrant que les évaluateurs fédéraux ont conclu fin 2024 à une impossibilité d'évaluer la posture de sécurité de Microsoft Government Community Cloud High, par manque de documentation détaillée fournie par Microsoft sur le chiffrement des données en transit entre serveurs. L'autorisation FedRAMP a néanmoins été délivrée, assortie d'une notice d'avertissement aux agences fédérales, dans un mouvement décrit par ProPublica comme hautement inhabituel. [https://www.schneier.com/blog/archives/2026/04/on-microsofts-lousy-cloud-security.html](https://www.schneier.com/blog/archives/2026/04/on-microsofts-lousy-cloud-security.html?ref=klaerenn.fr) [https://arstechnica.com/information-technology/2026/03/federal-cyber-experts-called-microsofts-cloud-a-pile-of-shit-approved-it-anyway/](https://arstechnica.com/information-technology/2026/03/federal-cyber-experts-called-microsofts-cloud-a-pile-of-shit-approved-it-anyway/?ref=klaerenn.fr) ³⁴ DINUM, communiqué officiel, « Souveraineté numérique : l'État accélère la réduction de ses dépendances extra-européennes », 8 avril 2026\. Séminaire interministériel co-organisé avec DGE, ANSSI et DAE. Annonce de la sortie de Windows pour les postes DINUM, calendrier de feuilles de route ministérielles à l'automne 2026\. [https://www.numerique.gouv.fr/sinformer/espace-presse/souverainete-numerique-reduction-dependances-extra-europeennes/](https://www.numerique.gouv.fr/sinformer/espace-presse/souverainete-numerique-reduction-dependances-extra-europeennes/?ref=klaerenn.fr) ### Salon Cloud Security — OSINT et e-réputation URL: https://www.klaerenn.fr/salon-cloud-security-osint-et-e-reputation/ Last updated: 2026-05-02T11:52:36.000Z Intervenant lors de la conférence **« OSINT et e-réputation : ce que vos données publiques offrent aux attaquants sur un plateau »** du Salon Cloud Security, édition d'avril 2026, aux côtés d'Alexandra Iteanu (Iteanu Avocats), Sébastien Martin (RaidSquare), Milo Engelhard (Mailinblack) et Artus Huot de Saint Albin (Control Investigation), sous l'animation de Fabrice Frossard. Trois angles ont structuré l'échange : - **L'attaquant comme analyste OSINT** — La phase de reconnaissance précède l'attaque ciblée. Profils LinkedIn, dépôts publics, conférences enregistrées, fuites historiques : un attaquant motivé reconstruit l'organigramme, la stack technique et les vulnérabilités humaines de l'entreprise en quelques heures. - **Le terrain juridique** — Droit à l'image, droit à l'oubli, secret des affaires, liberté d'information : les recours existent, mais s'inscrivent dans un patchwork dont l'efficacité varie selon le territoire et la nature de la donnée. - **Le programme du RSSI** — Cartographier ce que l'entreprise expose, hiérarchiser les zones critiques, former les collaborateurs visibles. La réduction d'exposition n'est pas un projet ponctuel, c'est une discipline continue. ➡️ [Voir le programme de la conférence](https://www.salon-cloud-security.com/info%5Fevent/256/osint-et-e-reputation--ce-que-vos-donnees-publiques-offrent-aux-attaquants-sur-un-plateau.html?ref=klaerenn.fr) ### Now You See Me URL: https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:10.000Z *"The closer you look, the less you see." — The more you study the matrix, the less you see the threat.* --- In June 2025, CardinalOps published its fifth annual report on the state of enterprise SIEMs. The sample is the largest ever measured: 2.5 million log sources, 13,000 detection rules, hundreds of production SIEMs. The headline figure: enterprise SIEMs cover 21% of MITRE ATT&CK techniques¹. In 2023, it was 24%. In 2024, 19%. Five years of measurement, and the rate oscillates between 19% and 24% with no progression. CardinalOps also measures that organizations ingest the data needed to cover 90% of techniques. The problem is not a lack of data. The data is there. Functional detection rules are not keeping pace. And 13% of existing rules are broken, unable to fire due to misconfigured sources or missing fields¹. Five years, billions invested, and an average SIEM detects one-fifth of what the world's reference framework defines as the threat landscape. The rate plateaus regardless of team maturity or budget spent. ## The planes that came back In 1943, statistician Abraham Wald examined bullet impacts on bombers returning from missions over Germany. The US military wanted to reinforce the most damaged areas. Wald recommended the opposite: armor the areas *without impacts*. The planes riddled in those areas never made it back to show them. MITRE ATT&CK works like the military's survey before Wald intervened. It documents the visible impacts, techniques observed, reported, catalogued by organizations that survived the attack or detected it. MITRE openly acknowledges this on its own "ATT&CK Sightings" page. Several explicitly documented biases²: The *novelty bias*: new or spectacular techniques are reported; routine techniques repeated thousands of times are not. The *visibility bias*: an incident responder fighting a fire in progress does not see the same things as one sifting through the ashes afterward. The *producer bias*: a few organizations publish far more than others, and their client base is not representative of the real world. The *victim bias*: certain victims are more likely to report, or to be the subject of reports. MITRE concludes that these biases mean using the matrix as raw data to understand technique prevalence "*might give deceiving answers.*" Their words, not mine. Translation: the matrix maps the planes that came back. The techniques it contains are those that someone saw, because the organization survived to report them, or because a security vendor had a sensor in the right place. Attacks never detected, state-sponsored implants dormant for years, silent supply chain compromises: by design, the matrix does not contain them. In 2024, Malwarebytes documented five Chrome extensions that had remained dormant for seven years, with "Featured" and "Verified" status in the stores. Upon activation, 4.3 million devices compromised²⁶. During the dormant phase, no malicious behavior to observe, no technique to catalogue. The plane had not come back because it had not yet taken off. ## What the data shows The actual distribution of ATT&CK techniques confirms this survivorship bias. The Cyentia Institute analyzed technique prevalence across multiple independent sources³. Results: one-third of ATT&CK techniques have never been reported by any source. Only 23% are reported by five or more sources. For sub-techniques, 85% have never been reported by any source. 1% appears in five or more sources. A co-occurrence study on Emergent Mind specifies the concentration⁴: 19 techniques out of 594 (3.2%) account for 37% of documented occurrences. T1059 (Command and Scripting Interpreter) appears in 62% of analyzed incidents. A power-law distribution: a few nodes capture nearly everything, the vast majority capture almost nothing. Picus Labs (Red Report 2025) confirms on its own dataset of over one million samples: 93% of malicious actions use the same ten techniques⁵. The framework creates the illusion of exhaustive coverage (216 techniques, 475 sub-techniques) but real-world activity concentrates in a tiny fraction. Most of the matrix is a historical inventory: techniques observed once, documented, rarely or never seen again. The matrix is vast. The active threat is concentrated. Defensive effort disperses while the attack concentrates. Rarity in ATT&CK does not mean rarity in reality. It means rarity in *detection and reporting*. The most dangerous techniques—firmware tampering, supply chain compromise, dormant implants—are rare in the statistics because they are surgical and their rarity reflects the absence of sensors, not the absence of attacks. The most "prevalent" techniques are also the crudest. ## The granularity problem T1059, the most prevalent technique (62% support in co-occurrence studies, 26% of Picus samples), is titled "Command and Scripting Interpreter." It covers thirteen sub-techniques. Saying an attacker "uses T1059" is equivalent to saying they use a scripting language or a command line. It is almost tautological. T1055 (Process Injection), second in the ranking (31%), has the same problem: MITRE acknowledges that legitimate API usage is "*common and difficult to distinguish from malicious behavior*"⁶. Compare with T1542.001: UEFI/BIOS firmware modification. Surgical, rare, operationally significant when it appears. The abstraction gap between "the attacker uses a command interpreter" and "the attacker modifies UEFI firmware" is enormous. Yet both count as one technique. MITRE acknowledges the problem. ATT&CK's "Design and Philosophy" document describes the goal of sub-techniques: "*make the abstraction level of techniques similar across the knowledge base*"⁷. The implicit admission: the abstraction level was not uniform. It still is not. The consequence is mechanical. When Picus reports that 93% of actions use the Top 10, and the Top 10 includes catch-all categories like T1059 and T1055, the figure is inflated by heterogeneous granularity. When a single node captures 62% of everything, its co-occurrence with anything else is mechanically high. Measured prevalence is an artifact of definition breadth, not an indicator of danger. The dormant extensions mentioned earlier, once activated, use T1059 (scripts), T1071 (standard HTTPS), T1547 (boot persistence): the same catch-all categories as any legitimate administration script. The data reveals a framework whose resolution is inversely proportional to danger: the most common behaviors (the least individually dangerous) are finely mapped, the rarest (potentially the most devastating) are absent, buried in catch-all categories, or documented once as a forensic curiosity. ## From dictionary to dysfunction In practice, ATT&CK serves four functions. The first holds. The other three collapse. ### The vocabulary that works When a SOC in Paris and a CERT in Berlin say "T1055," they mean the same thing. Before ATT&CK, a red teamer would say "keylogger," a blue teamer would see "suspicious input capture." Standardization has real value. ATT&CK replaced Lockheed Martin's Cyber Kill Chain, which was linear and simplistic. That is undeniable progress. But it is a dictionary, not a defense system. The problem begins when the industry treats the dictionary as if it were the system. ### The heatmap mirage Organizations overlay their SIEM/EDR rules on the matrix to identify "gaps." The result: a color-coded heatmap shown to the CISO and the board to say "we cover X% of the matrix." The actual result is the opening figure of this article: 21%, five years of plateau, 13% of rules broken. The data is there. Turning it into functional detections hits a ceiling. ### When the observable does not exist In May 2025, the MITRE Center for Threat-Informed Defense launched the "Ambiguous Techniques" project⁸. The official definition: an ambiguous technique is "*an ATT&CK technique whose observable characteristics are insufficient to determine intent.*" Translation: techniques in their own framework whose observables cannot distinguish legitimate from malicious. Concrete cases abound. T1016 (System Network Configuration Discovery): `ipconfig` or `ifconfig`, executed by every network administrator, every provisioning script, every reconnaissance malware. Identical observable. T1082 (System Information Discovery): `systeminfo` or `uname -a`, same problem. T1078 (Valid Accounts): the attacker uses stolen credentials. The authentication is, by definition, identical to that of a legitimate user. The observable is a successful login. T1071 (Application Layer Protocol): the C2 uses HTTPS, DNS, or another standard application protocol. The traffic is indistinguishable from normal traffic. Jordan Camba (SnapAttack/Cisco) sums it up: "*Most techniques within Recon and Resource Development tactics are fundamentally un-detectable through internal logs and telemetry.*"⁹ Some malware pushes the logic further. LummaC2 analyzes mouse movements to detect a sandbox environment and, if detected, chooses inaction²⁷. Beyond the ambiguity that MITRE acknowledges in its own techniques, the observable itself disappears. The finding extends beyond reconnaissance. 84% of high-severity breaches exploit legitimate system tools (Vectra 2024)¹⁰. PowerShell appears in 71% of Living Off The Land cases. The LOLBAS project documents over 200 exploitable Windows binaries¹¹. Volt Typhoon maintained undetected access to US critical infrastructure for over five years, using exclusively native tools¹². The observables themselves do not exist: the problem lies upstream from rule tuning. ### The noise factory At the end of this chain: 960 daily alerts per organization on average (AI SOC Market Landscape 2025)¹³. Up to 90% false positives in some environments (Cyber Sierra)¹⁴. 62% of alerts ignored¹⁴. 25% of analyst time wasted on false positives (Ponemon)¹⁵. 74% of breaches had generated alerts that were ignored (Verizon DBIR 2024)¹⁶. Detection works mechanically. It generates alerts. It does not protect. The human cost is documented. 70% of SOC analysts with five years of experience or less leave the role within three years (SANS 2025)¹⁷. 85% describe SOC work as "painful" or "very painful" (Ponemon)¹⁵. Average cost of an enterprise SOC: $5.3 million per year, up 20% year-over-year¹⁵. Average tenure of a SOC analyst: under two years. Anton Chuvakin, former Gartner analyst and current lead at the Google Cloud CISO office, summarizes: alert fatigue has been documented since 2002\. The industry tried the SIEM, then the EDR (which recreated the same problem), then the XDR (which recreated the SIEM), and now promises that AI will solve the problem. The same promise as UEBA in 2014¹⁸. The Target case (2013) encapsulates twelve years of non-progress: the tools worked exactly as designed. The flood of alerts led analysts to ignore the ones that mattered¹⁹. These dysfunctions stack, and the data documents each layer. But they do so *before* considering that adversaries are actively optimizing mimicry: 79% of intrusions are malware-free (CrowdStrike 2025)²⁰, 80% of the Top 10 ATT&CK techniques are stealth-oriented (Red Report 2025)⁵. Before considering AI acceleration. The empirical data alone is sufficient to ask the following question. ## The removal test In April 2025, the DHS/CISA contract for MITRE's CVE program nearly expired²¹. Over $28 million in MITRE contracts cancelled, 442 employees laid off²². Last-minute rescue by incremental CISA funding, for eleven months. ATT&CK depends on the same federal tap. Let us ask the question nobody asks: if that funding stops, what changes in the global defensive posture? Not the vocabulary. The identifiers T1059, T1055, T1078 are embedded in every SIEM, every EDR, every threat intelligence report, every SANS training. The taxonomy is self-sustaining: it would survive MITRE the way the OSI model survives without anyone consulting the original ISO documents. Not detection capability, which plateaus at 21%. Not the operational signal, drowned in 90% false positives. Not the analysts, who are already leaving. What disappears: the color-coded heatmap presented to the CISO and the board to state "we cover X% of the matrix." The compliance ritual. The right to say "ATT&CK-aligned" in NIS2 audits. The updating of new techniques, the only function that requires MITRE on an ongoing basis. The argument is reversible. If removal does not degrade the actual defensive posture, then its presence was not improving it. The CardinalOps, Verizon DBIR, SANS, and Ponemon data converge: the actual defensive posture is catastrophic *with* the framework, and it would be difficult to do worse *without* it. The geostrategic framing is more alarming than the removal scenario. The United States is not cutting defensive tools through negligence. It is reallocating. Federal investment is pivoting toward offensive capabilities: AI applied to vulnerability discovery, DoD cyber arsenals, zero-day stockpiling documented in previous articles in this series²⁵. The defensive tools Washington provided to the world—CVE, NVD, ATT&CK—are becoming a budget adjustment variable. Europe built its defensive grammar on a framework whose country of origin is losing interest—through reallocation of priorities toward offense. ## European dependency MITRE Corporation is an FFRDC—Federally Funded Research and Development Center. Created in 1958, a spin-off of the MIT Lincoln Laboratory (military radar research). It operates six FFRDCs for the US government, including the National Security Engineering Center for the DoD and the National Cybersecurity FFRDC since 2014²³. The $5 billion NIST contract was renewed in October 2024 through 2029²⁴. ATT&CK is presented as a global standard, "available to any person or organization for use at no charge." But its governance, funding, development priorities, and observation biases are anchored in the American security apparatus. The April 2025 crisis demonstrated this: when Washington re-arbitrates its budgets, the entire world trembles²¹. In February 2026, MITRE formalized this dependency by creating the ATT&CK Advisory Council, an advisory body tasked with guiding the program's long-term strategy, roadmap, and quality standards²⁸. The composition is telling: CISA, CrowdStrike, Recorded Future, Tidal Cyber, Purdue/CERIAS. The entire American security ecosystem. Neither ANSSI, nor ENISA, nor any European CERT appears among the members. The timing is not coincidental: after the 2025 budget crisis, the council formalizes a community governance structure that reduces dependency on federal funding alone. The initiative secures the institution. It does not alter the composition of power: the organizations most dependent on the framework have no seat at the table where its direction is decided. Europe structured its cyber defense (NIS2, national CERTs, certified SOCs, ENISA requirements) on this American framework. The dependency extends beyond the vulnerability catalog (CVE/NVD, documented in previous articles in this series²⁵). It extends to the *very grammar* with which Europe conceives its defense. A framework that does not detect what it claims to detect, that could disappear at the next Washington budget arbitration, and whose removal would change nothing about the operational reality. ## What I don't know I don't know whether the continuous updating of ATT&CK—the addition of new techniques and documentation of emerging groups—is indispensable or marginal. The existing taxonomy covers the majority of measured activity (93% in the Picus Top 10). The annual delta of new techniques could be absorbed by other sources: vendor reports, community threat intelligence. But I have no data on how quickly the framework would become obsolete without updates. I also don't know whether the 21% ceiling (CardinalOps) is a measurement artifact or a constant. If five years of data show the same oscillation between 19% and 24%, the hypothesis of an intrinsic limit of the detect-and-respond model applied to ATT&CK deserves consideration. But I have no formal proof that this ceiling is insurmountable. Only five years of measurement showing no progression. I don't know whether MITRE is aware of the gap between the framework's actual usage (compliance scorecard, vendor marketing) and its original intent (adversary tradecraft knowledge base). The "Ambiguous Techniques" project of May 2025 suggests growing lucidity⁸. The outcome remains uncertain. I don't know whether the American budgetary reallocation toward offense directly threatens ATT&CK or only the CVE/CWE programs. The April 2025 crisis hit the CVE program. The contracts funding ATT&CK flow through different channels, but all transit through the US federal budget. The creation of the Advisory Council in February 2026 suggests MITRE takes this hypothesis seriously enough to formalize an institutional resilience mechanism²⁸. But an advisory council does not generate revenue, and the question of operational funding remains open. ## The question that follows The question this article asks is simple: if ATT&CK, the most refined expression of the detect-and-respond model, produces the documented results (21% coverage, 90% false positives, 62% of alerts ignored, 74% of breaches with alerts ignored, 70% analyst turnover), is the problem in the framework or in the model? MITRE has an answer to this question. It is called D3FEND—Detection, Denial, and Disruption Framework Empowering Network Defense. The mirror framework: for every offensive ATT&CK technique, a defensive countermeasure. The hypothesis of perfect symmetry between attack and defense. The next article will examine that hypothesis. --- *Thirteenth article in a series on the structural flaws of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) - *Article 12:* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) --- ¹ CardinalOps, "5th Annual Report on the State of SIEM Detection Risk" (June 2025) — 2.5 million sources, 13,000 rules, 21% coverage, 13% broken rules, 90%+ potential coverage with ingested data [https://cardinalops.com/wp-content/uploads/2025/06/25-CardinalOps-2025-State-of-SIEM-Report.pdf](https://cardinalops.com/wp-content/uploads/2025/06/25-CardinalOps-2025-State-of-SIEM-Report.pdf?ref=klaerenn.fr) ² MITRE ATT&CK Sightings — documentation of five biases (novelty, visibility, producer, victim, availability) [https://attack.mitre.org/resources/sightings/](https://attack.mitre.org/resources/sightings/?ref=klaerenn.fr) ³ Cyentia Institute, "Multi-Source Analysis of Top MITRE ATT&CK Techniques" — 1/3 of techniques never reported, 85% of sub-techniques never reported [https://www.cyentia.com/multi-source-analysis-of-top-mitre-attck-techniques/](https://www.cyentia.com/multi-source-analysis-of-top-mitre-attck-techniques/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Rahman, M.R. & Williams, L.A., "Investigating co-occurrences of MITRE ATT&CK Techniques" (2022) — 19/594 techniques = 37% of occurrences, T1059 at 0.62 support [https://arxiv.org/abs/2211.06495](https://arxiv.org/abs/2211.06495?ref=klaerenn.fr) ⁵ Picus Labs, "Red Report 2025" — 1M+ malware samples, 14 million malicious actions, 93% in Top 10, T1055 at 31% [https://www.picussecurity.com/resource/the-top-ten-mitre-attck-techniques](https://www.picussecurity.com/resource/the-top-ten-mitre-attck-techniques?ref=klaerenn.fr) ⁶ MITRE ATT&CK, T1055 documentation (Process Injection) — detection guidance [https://attack.mitre.org/techniques/T1055/](https://attack.mitre.org/techniques/T1055/?ref=klaerenn.fr) ⁷ MITRE ATT&CK, "Design and Philosophy" — sub-technique objectives [https://attack.mitre.org/docs/ATTACK\_Design\_and\_Philosophy\_March\_2020.pdf](https://attack.mitre.org/docs/ATTACK%5FDesign%5Fand%5FPhilosophy%5FMarch%5F2020.pdf?ref=klaerenn.fr) ⁸ MITRE Center for Threat-Informed Defense, "Ambiguous Techniques" (May 2025) — techniques whose observable characteristics are insufficient to determine intent [https://ctid.mitre.org/projects/ambiguous-techniques/](https://ctid.mitre.org/projects/ambiguous-techniques/?ref=klaerenn.fr) ⁹ Jordan Camba (SnapAttack/Cisco), cited in the Ambiguous Techniques project documentation [https://ctid.mitre.org/projects/ambiguous-techniques/](https://ctid.mitre.org/projects/ambiguous-techniques/?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Vectra AI (2024) — 84% of high-severity breaches exploit legitimate system tools [https://www.vectra.ai/topics/living-off-the-land](https://www.vectra.ai/topics/living-off-the-land?ref=klaerenn.fr) ¹¹ LOLBAS Project — Living Off The Land Binaries, Scripts and Libraries, 200+ documented Windows binaries [https://lolbas-project.github.io/](https://lolbas-project.github.io/?ref=klaerenn.fr) ¹² CISA Advisory AA24-038A — Volt Typhoon, 5+ years of undetected access to critical infrastructure via native tools [https://www.cisa.gov/news-events/cybersecurity-advisories/aa24-038a](https://www.cisa.gov/news-events/cybersecurity-advisories/aa24-038a?ref=klaerenn.fr) ¹³ Software Analyst Cyber Research (SACR), "AI SOC Market Landscape 2025" — 282 organizations, 960 average daily alerts per organization ¹⁴ Cyber Sierra — up to 90% false positives, 62% of alerts ignored [https://cybersierra.co/blog/alert-fatigue-in-soc/](https://cybersierra.co/blog/alert-fatigue-in-soc/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Ponemon Institute, "Second Annual Study on the Economics of Security Operations Centers" (2021, sponsored by FireEye) — 25% of analyst time on false positives, 85% describe SOC work as "painful" or "very painful", average SOC cost $5.3M/year (+20% YoY) [https://www.businesswire.com/news/home/20210112005211/en/NEW-PONEMON-RESEARCH-Growing-Security-Operation-Center-Challenges-Increasing-Complexity-and-Rising-Costs-Drive-Investments-in-XDR-and-Security-Automation](https://www.businesswire.com/news/home/20210112005211/en/NEW-PONEMON-RESEARCH-Growing-Security-Operation-Center-Challenges-Increasing-Complexity-and-Rising-Costs-Drive-Investments-in-XDR-and-Security-Automation?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Verizon, "Data Breach Investigations Report 2024" — 74% of breaches had generated alerts that were ignored [https://www.verizon.com/business/resources/reports/dbir.html](https://www.verizon.com/business/resources/reports/dbir.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ SANS Institute, "2025 SOC Survey" (Christopher Crowley, July 2025) — median tenure 3-5 years, 62% of organizations not doing enough to retain staff [https://www.sans.org/white-papers/sans-2025-soc-survey](https://www.sans.org/white-papers/sans-2025-soc-survey?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ Chuvakin, A. (ex-Gartner, Google Cloud CISO office) — alert fatigue history since 2002, SIEM → EDR → XDR → AI cycle [https://medium.com/anton-on-security/antons-alert-fatigue-the-study-0ac0e6f5621c](https://medium.com/anton-on-security/antons-alert-fatigue-the-study-0ac0e6f5621c?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Target Corporation breach (2013) — functional FireEye alerts, ignored by the SOC [https://www.commerce.senate.gov/services/files/24d3c229-4f2f-405d-b8db-a3a67f183883](https://www.commerce.senate.gov/services/files/24d3c229-4f2f-405d-b8db-a3a67f183883?ref=klaerenn.fr) ²⁰ CrowdStrike, "Global Threat Report 2025" — 79% of intrusions malware-free [https://www.crowdstrike.com/en-us/global-threat-report/](https://www.crowdstrike.com/en-us/global-threat-report/?ref=klaerenn.fr) ²¹ See article 1 in this series; Nextgov/FCW (April 2025) — DHS/CISA contract for the CVE program expired April 16, 2025, rescued by incremental CISA funding for 11 months [https://www.nextgov.com/cybersecurity/2025/04/mitre-warns-cve-program-will-lose-us-government-funding/404585/](https://www.nextgov.com/cybersecurity/2025/04/mitre-warns-cve-program-will-lose-us-government-funding/404585/?ref=klaerenn.fr) ²² Virginia Business (April 2025) — over $28 million in MITRE contracts cancelled, 442 layoffs [https://www.scworld.com/news/mitre-support-expires-for-pillar-of-cybersecurity-industry-cve-program](https://www.scworld.com/news/mitre-support-expires-for-pillar-of-cybersecurity-industry-cve-program?ref=klaerenn.fr) ²³ MITRE Corporation — operates 6 FFRDCs for the US government, including the National Security Engineering Center (DoD) and the Homeland Security Systems Engineering and Development Institute [https://www.mitre.org/our-impact/rd-centers](https://www.mitre.org/our-impact/rd-centers?ref=klaerenn.fr) ²⁴ NIST, National Cybersecurity FFRDC contract — $5 billion, renewed October 2024 through 2029 [https://www.mitre.org/news-insights/news-release/nist-renews-five-year-contract-mitre-operate-national-cybersecurity](https://www.mitre.org/news-insights/news-release/nist-renews-five-year-contract-mitre-operate-national-cybersecurity?ref=klaerenn.fr) ²⁵ See articles 1, 2, 5, 7, and 12 in this series — documentation of European dependency on American CVE/NVD/KEV infrastructure ²⁶ Malwarebytes Labs (2024) — "Sleeper extensions: five Chrome extensions dormant for seven years activated as spyware" — 4.3 million devices compromised, "Featured"/"Verified" status, extensions later expanded to Firefox [https://www.malwarebytes.com/blog/news/2024/sleeper-extensions](https://www.malwarebytes.com/blog/news/2024/sleeper-extensions?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Outpost24 / KrakenLabs, "Analyzing LummaC2 stealer's novel Anti-Sandbox technique" (2023) — mouse movement analysis via trigonometry for sandbox detection, inaction as evasion technique; confirmed by Picus Labs, Red Report 2026 (February 2026) as major finding [https://outpost24.com/blog/lummac2-anti-sandbox-technique-trigonometry-human-detection/](https://outpost24.com/blog/lummac2-anti-sandbox-technique-trigonometry-human-detection/?ref=klaerenn.fr) ²⁸ MITRE, "MITRE Announces Formation of the ATT&CK Advisory Council" (February 25, 2026) — strategic advisory body comprising CISA, CrowdStrike, Recorded Future, Tidal Cyber, Purdue/CERIAS. Launched simultaneously with ATT&CK v18 (Kubernetes, CI/CD, cloud databases, 3 new ICS Asset types). No European representative among its members [https://www.mitre.org/news-insights/news-release/mitre-forms-attack-advisory-council-strengthens-long-term-stewardship](https://www.mitre.org/news-insights/news-release/mitre-forms-attack-advisory-council-strengthens-long-term-stewardship?ref=klaerenn.fr) ### Now You See Me URL: https://www.klaerenn.fr/now-you-see-me/ Last updated: 2026-09-01T22:51:10.000Z *"The closer you look, the less you see." — Plus on regarde la matrice, moins on voit la menace.* --- En juin 2025, CardinalOps a publié son cinquième rapport annuel sur l'état des SIEM d'entreprise. L'échantillon est le plus large jamais mesuré : 2,5 millions de sources de logs, 13 000 règles de détection, des centaines de SIEM en production. Le chiffre central : les SIEM d'entreprise couvrent 21% des techniques MITRE ATT&CK¹. En 2023, c'était 24%. En 2024, 19%. Cinq ans de mesure, le taux oscille entre 19% et 24% sans progression. CardinalOps mesure aussi que les organisations ingèrent les données nécessaires pour couvrir 90% des techniques. Le problème n'est pas le manque de données. Les données sont là. Les règles de détection fonctionnelles, elles, ne suivent pas. Et 13% des règles existantes sont cassées, incapables de se déclencher à cause de sources mal configurées ou de champs manquants¹. Cinq ans, des milliards investis, et un SIEM moyen détecte un cinquième de ce que le cadre de référence mondial définit comme le champ de la menace. Le taux plafonne, indépendamment de la maturité des équipes ou des budgets investis. ## Les avions qui reviennent En 1943, le statisticien Abraham Wald examine les impacts de balles sur les bombardiers qui rentrent de mission au-dessus de l'Allemagne. L'armée américaine veut blinder les zones les plus touchées. Wald recommande l'inverse : blindez les zones *sans impacts*. Les avions criblés dans ces zones ne sont pas revenus les montrer. MITRE ATT&CK fonctionne comme le relevé de l'armée avant l'intervention de Wald. Il documente les impacts visibles, les techniques observées, rapportées, cataloguées par les organisations qui ont survécu à l'attaque ou l'ont détectée. MITRE l'admet ouvertement, sur sa propre page "ATT&CK Sightings." Plusieurs biais explicitement documentés² : Le *novelty bias* : les techniques nouvelles ou spectaculaires sont rapportées, les techniques routinières répétées des milliers de fois ne le sont pas. Le *visibility bias* : un incident responder qui combat un incendie en cours ne voit pas la même chose que celui qui tamise les cendres après. Le *producer bias* : quelques organisations publient beaucoup plus que les autres, et leur clientèle n'est pas représentative du monde réel. Le *victim bias* : certaines victimes sont plus susceptibles de rapporter, ou d'être l'objet de rapports. MITRE conclut que ces biais signifient qu'utiliser la matrice comme données brutes pour comprendre la prévalence des techniques "*might give deceiving answers*." Leur formulation, pas la mienne. Traduction : la matrice cartographie les avions qui reviennent. Les techniques qui y figurent sont celles que quelqu'un a vues, parce que l'organisation a survécu pour les rapporter, ou parce qu'un éditeur de solutions de sécurité avait un capteur au bon endroit. Les attaques jamais détectées, les implants étatiques dormants depuis des années, les compromissions de supply chain silencieuses : par construction, la matrice ne les contient pas. En 2024, Malwarebytes a documenté cinq extensions Chrome restées dormantes pendant sept ans, avec statut "Featured" et "Verified" dans les stores. À l'activation, 4,3 millions d'appareils compromis²⁶. Pendant la phase dormante, aucun comportement malveillant à observer, aucune technique à cataloguer. L'avion n'était pas revenu parce qu'il n'avait pas encore décollé. ## Ce que les données montrent La distribution réelle des techniques ATT&CK confirme ce biais de survivabilité. Le Cyentia Institute a analysé la prévalence des techniques à travers plusieurs sources indépendantes³. Résultats : un tiers des techniques ATT&CK n'a jamais été rapporté par aucune source. 23% seulement sont rapportées par cinq sources ou plus. Pour les sous-techniques, 85% n'ont jamais été rapportées par aucune source. 1% apparaît dans cinq sources ou plus. Une étude de co-occurrence sur Emergent Mind précise la concentration⁴ : 19 techniques sur 594 (3,2%) représentent 37% des occurrences documentées. T1059 (Command and Scripting Interpreter) apparaît dans 62% des incidents analysés. Distribution en loi de puissance : quelques nœuds captent presque tout, l'immense majorité ne capte presque rien. Picus Labs (Red Report 2025) confirme sur son propre dataset de plus d'un million d'échantillons : 93% des actions malveillantes utilisent les dix mêmes techniques⁵. Le cadre donne l'illusion d'une couverture exhaustive (216 techniques, 475 sous-techniques) mais l'activité réelle se concentre dans une fraction infime. L'essentiel de la matrice est un inventaire historique : des techniques observées une fois, documentées, rarement ou jamais revues. La matrice est vaste. La menace active est concentrée. L'effort défensif se disperse quand l'attaque se concentre. La rareté dans ATT&CK ne signifie pas rareté dans la réalité. Elle signifie rareté dans la *détection et le signalement*. Les techniques les plus dangereuses, firmware tampering, supply chain compromise, implants dormants, sont rares dans les statistiques parce qu'elles sont chirurgicales et que leur rareté reflète l'absence de capteurs, pas l'absence d'attaques. Les techniques les plus "prévalentes" sont aussi les plus grossières. ## Le problème de la granularité T1059, la technique la plus prévalente (62% de support dans les études de co-occurrence, 26% des échantillons Picus), s'intitule "Command and Scripting Interpreter." Elle couvre treize sous-techniques. Dire qu'un attaquant "utilise T1059" revient à dire qu'il utilise un langage de script ou une ligne de commande. C'est presque tautologique. T1055 (Process Injection), deuxième du classement (31%), pose le même problème : MITRE admet que l'usage légitime des API est "*common and difficult to distinguish from malicious behavior*"⁶. Comparez avec T1542.001 : modification du firmware UEFI/BIOS. Chirurgicale, rare, opérationnellement significative quand elle apparaît. La distance d'abstraction entre "l'attaquant utilise un interpréteur de commandes" et "l'attaquant modifie le firmware UEFI" est abyssale. Mais les deux comptent comme une technique. MITRE reconnaît le problème. Le document "Design and Philosophy" d'ATT&CK décrit l'objectif des sous-techniques : "*make the abstraction level of techniques similar across the knowledge base*"⁷. L'aveu implicite : le niveau d'abstraction n'était pas uniforme. Il ne l'est toujours pas. La conséquence est mécanique. Quand Picus annonce que 93% des actions utilisent le Top 10, et que le Top 10 inclut des catégories fourre-tout comme T1059 et T1055, le chiffre est gonflé par la granularité hétérogène. Quand un nœud capture 62% de tout, sa co-occurrence avec n'importe quoi d'autre est mécaniquement élevée. La prévalence mesurée est un artefact de la largeur de la définition, pas un indicateur de dangerosité. Les extensions dormantes mentionnées plus haut, une fois activées, utilisent T1059 (scripts), T1071 (HTTPS standard), T1547 (persistance au démarrage) : les mêmes catégories fourre-tout que n'importe quel script d'administration légitime. Les données montrent un cadre dont la résolution est inversement proportionnelle à la dangerosité : les comportements les plus communs (les moins individuellement dangereux) sont finement cartographiés, les plus rares (potentiellement les plus dévastateurs) sont absents, noyés dans des catégories fourre-tout, ou documentés une fois comme curiosité forensique. ## Du dictionnaire au dysfonctionnement En pratique, ATT&CK sert quatre fonctions. La première tient. Les trois suivantes s'effondrent. ### Le vocabulaire qui fonctionne Quand un SOC à Paris et un CERT à Berlin disent "T1055," ils désignent la même chose. Avant ATT&CK, un red teamer parlait de "keylogger," un blue teamer voyait "suspicious input capture." La standardisation a une valeur réelle. ATT&CK a remplacé le Cyber Kill Chain de Lockheed Martin, qui était linéaire et simpliste. C'est un progrès indéniable. Mais c'est un dictionnaire, pas un système défensif. Le problème commence quand l'industrie traite le dictionnaire comme si c'était le système. ### Le mirage de la heatmap Les organisations plaquent leurs règles SIEM/EDR sur la matrice pour identifier les "trous." Le résultat : une heatmap colorée montrée au CISO et au conseil d'administration pour dire "nous couvrons X% de la matrice." Le résultat réel est celui de l'ouverture de cet article : 21%, cinq ans de plateau, 13% de règles cassées. Les données sont là. La transformation en détections fonctionnelles, elle, bute sur un plafond. ### Quand l'observable n'existe pas En mai 2025, le MITRE Center for Threat-Informed Defense a lancé le projet "Ambiguous Techniques"⁸. La définition officielle : une technique ambiguë est "*an ATT&CK technique whose observable characteristics are insufficient to determine intent.*" Traduction : des techniques dans leur propre cadre dont les observables ne permettent pas de distinguer le légitime du malveillant. Les cas concrets abondent. T1016 (System Network Configuration Discovery) : `ipconfig` ou `ifconfig`, exécuté par chaque administrateur réseau, chaque script de provisionnement, chaque malware de reconnaissance. Observable identique. T1082 (System Information Discovery) : `systeminfo` ou `uname -a`, même problème. T1078 (Valid Accounts) : l'attaquant utilise des credentials volés. L'authentification est, par définition, identique à celle d'un utilisateur légitime. L'observable est un login réussi. T1071 (Application Layer Protocol) : le C2 utilise HTTPS, DNS ou un autre protocole applicatif standard. Le trafic est indiscernable du trafic normal. Jordan Camba (SnapAttack/Cisco) résume : "*Most techniques within Recon and Resource Development tactics are fundamentally un-detectable through internal logs and telemetry.*"⁹ Certains malwares poussent la logique plus loin. LummaC2 analyse les mouvements de souris pour détecter un environnement sandbox et, le cas échéant, choisit l'inaction²⁷. Au-delà de l'ambiguïté que MITRE reconnaît dans ses propres techniques, l'observable lui-même disparaît. Le constat va au-delà de la reconnaissance. 84% des brèches à haute sévérité exploitent des outils système légitimes (Vectra 2024)¹⁰. PowerShell apparaît dans 71% des cas de Living Off The Land. Le projet LOLBAS documente plus de 200 binaires Windows détournables¹¹. Volt Typhoon a maintenu un accès non détecté aux infrastructures critiques américaines pendant plus de cinq ans, en utilisant exclusivement des outils natifs¹². Les observables eux-mêmes n'existent pas : le problème est en amont du réglage des règles. ### La fabrique à bruit Au bout de cette chaîne : 960 alertes quotidiennes en moyenne par organisation (AI SOC Market Landscape 2025)¹³. Jusqu'à 90% de faux positifs dans certains environnements (Cyber Sierra)¹⁴. 62% des alertes ignorées¹⁴. 25% du temps analyste gaspillé sur les faux positifs (Ponemon)¹⁵. 74% des brèches avaient généré des alertes qui ont été ignorées (Verizon DBIR 2024)¹⁶. La détection fonctionne mécaniquement. Elle génère des alertes. Elle ne protège pas. Le coût humain est documenté. 70% des analystes SOC ayant cinq ans d'expérience ou moins quittent le poste dans les trois ans (SANS 2025)¹⁷. 85% décrivent le travail en SOC comme "douloureux" ou "très douloureux" (Ponemon)¹⁵. Coût moyen d'un SOC d'entreprise : 5,3 millions de dollars par an, en hausse de 20% sur un an¹⁵. Durée moyenne de poste d'un analyste SOC : moins de deux ans. Anton Chuvakin, ancien analyste Gartner et actuel responsable au CISO office de Google Cloud, le résume : l'alert fatigue est documentée depuis 2002\. L'industrie a tenté le SIEM, puis l'EDR (qui a recréé le même problème), puis le XDR (qui a recréé le SIEM), et promet maintenant que l'IA va résoudre le problème. La même promesse que l'UEBA en 2014¹⁸. Le cas Target (2013) résume douze ans de non-progrès : les outils ont fonctionné exactement comme prévu. Le flot d'alertes a conduit les analystes à ignorer celles qui comptaient¹⁹. Ces dysfonctionnements s'empilent, et les données documentent chaque couche. Mais elles le font *avant* de considérer que les adversaires optimisent activement le mimétisme : 79% des intrusions sont malware-free (CrowdStrike 2025)²⁰, 80% du Top 10 ATT&CK est orienté furtivité (Red Report 2025)⁵. Avant de considérer l'accélération par IA. Les données empiriques seules suffisent à poser la question suivante. ## Le test de suppression En avril 2025, le contrat DHS/CISA pour le programme CVE de MITRE a failli expirer²¹. Plus de 28 millions de dollars de contrats MITRE annulés, 442 employés licenciés²². Sauvetage in extremis par un financement incrémental CISA, pour onze mois. ATT&CK dépend du même robinet fédéral. Posons la question que personne ne pose : si ce financement s'arrête, qu'est-ce qui change dans la posture défensive mondiale ? Pas le vocabulaire. Les identifiants T1059, T1055, T1078 sont intégrés dans chaque SIEM, chaque EDR, chaque rapport de threat intelligence, chaque formation SANS. La taxonomie est auto-porteuse : elle survivrait à MITRE comme le modèle OSI survit sans que personne ne consulte les documents ISO originaux. Pas la capacité de détection, qui plafonne à 21%. Pas le signal opérationnel, noyé dans 90% de faux positifs. Pas les analystes, qui partent déjà. Ce qui disparaît : la heatmap colorée présentée au CISO et au board pour affirmer "nous couvrons X% de la matrice." Le rituel de conformité. Le droit de dire "aligné ATT&CK" dans les audits NIS2\. La mise à jour des techniques nouvelles, la seule fonction qui nécessite MITRE en continu. L'argument est réversible. Si la suppression ne dégrade pas la posture défensive réelle, alors la présence ne l'améliorait pas. Les données CardinalOps, Verizon DBIR, SANS et Ponemon convergent : la posture défensive réelle est catastrophique *avec* le cadre, et il serait difficile de faire pire *sans*. Le cadrage géostratégique est plus inquiétant que le scénario de suppression. Les États-Unis ne coupent pas les outils défensifs par négligence. Ils réallouent. L'investissement fédéral pivote vers les capacités offensives : IA appliquée à la découverte de vulnérabilités, arsenaux cyber du DoD, stockage de zero-days documenté par les articles précédents de cette série²⁵. Les outils défensifs que Washington a fournis au monde, CVE, NVD, ATT&CK, deviennent une variable d'ajustement budgétaire. L'Europe a construit sa grammaire défensive sur un cadre dont le pays d'origine se désintéresse — par réallocation de priorités vers l'attaque. ## La dépendance européenne MITRE Corporation est un FFRDC — Federally Funded Research and Development Center. Créé en 1958, spin-off du MIT Lincoln Laboratory (recherche radar militaire). Il opère six FFRDCs pour le gouvernement américain, dont le National Security Engineering Center pour le DoD et le National Cybersecurity FFRDC depuis 2014²³. Le contrat NIST de cinq milliards de dollars a été renouvelé en octobre 2024 jusqu'en 2029²⁴. ATT&CK est présenté comme un standard mondial, "available to any person or organization for use at no charge." Mais sa gouvernance, son financement, ses priorités de développement et ses biais d'observation sont ancrés dans l'appareil sécuritaire américain. La crise d'avril 2025 l'a démontré : quand Washington réarbitre ses budgets, c'est le monde entier qui vacille²¹. En février 2026, MITRE a formalisé cette dépendance en créant l'ATT&CK Advisory Council, un organe consultatif chargé de guider la stratégie long terme, la roadmap et les standards de qualité du programme²⁸. La composition est révélatrice : CISA, CrowdStrike, Recorded Future, Tidal Cyber, Purdue/CERIAS. L'intégralité de l'écosystème sécuritaire américain. Ni l'ANSSI, ni l'ENISA, ni aucun CERT européen ne figure parmi les membres. Le timing n'est pas anodin : après la crise budgétaire de 2025, le conseil formalise une gouvernance communautaire qui réduit la dépendance au seul financement fédéral. L'initiative sécurise l'institution. Elle ne modifie pas la composition du pouvoir : les organisations qui dépendent le plus du cadre n'ont aucun siège à la table où se décident ses orientations. L'Europe a structuré sa défense cyber (NIS2, CERTs nationaux, SOC certifiés, exigences ENISA) sur ce cadre américain. La dépendance ne porte pas seulement sur le catalogue des vulnérabilités (CVE/NVD, documentée dans les articles précédents de cette série²⁵). Elle porte sur la *grammaire même* avec laquelle l'Europe pense sa défense. Un cadre qui ne détecte pas ce qu'il prétend détecter, qui pourrait disparaître au prochain arbitrage budgétaire de Washington, et dont la suppression ne changerait rien à la réalité opérationnelle. ## Ce que je ne sais pas Je ne sais pas si la mise à jour continue d'ATT&CK, l'ajout de techniques nouvelles et la documentation de groupes émergents, est indispensable ou marginale. La taxonomie existante couvre la majorité de l'activité mesurée (93% dans le Top 10 Picus). Le delta annuel des nouvelles techniques pourrait être absorbé par d'autres sources : rapports vendor, threat intelligence communautaire. Mais je n'ai pas de données sur la vitesse à laquelle le cadre deviendrait obsolète sans mise à jour. Je ne sais pas non plus si le plafond des 21% (CardinalOps) est un artefact de mesure ou une constante. Si cinq ans de données montrent la même oscillation entre 19% et 24%, l'hypothèse d'une limite intrinsèque au modèle detect-and-respond appliqué à ATT&CK mérite d'être posée. Mais je n'ai pas de preuve formelle que ce plafond est indépassable. Seulement cinq ans de mesure qui ne montrent aucune progression. Je ne sais pas si MITRE a conscience de l'écart entre l'usage réel du cadre (scorecard de conformité, marketing vendor) et son intention initiale (base de connaissances du tradecraft adversaire). Le projet "Ambiguous Techniques" de mai 2025 suggère une lucidité croissante⁸. L'issue reste incertaine. Je ne sais pas si la réallocation budgétaire américaine vers l'offensif menace directement ATT&CK ou seulement les programmes CVE/CWE. La crise d'avril 2025 a touché le programme CVE. Les contrats qui financent ATT&CK passent par d'autres canaux, mais tous transitent par le budget fédéral américain. La création de l'Advisory Council en février 2026 suggère que MITRE prend cette hypothèse suffisamment au sérieux pour formaliser un mécanisme de résilience institutionnelle²⁸. Mais un conseil consultatif ne génère pas de revenus, et la question du financement opérationnel reste entière. ## La question qui suit La question que cet article pose est simple : si ATT&CK, l'expression la plus aboutie du modèle detect-and-respond, produit les résultats documentés (21% de couverture, 90% de faux positifs, 62% d'alertes ignorées, 74% de brèches avec alertes ignorées, 70% de turnover analystes), le problème est-il dans le cadre ou dans le modèle ? MITRE a une réponse à cette question. Elle s'appelle D3FEND — Detection, Denial, and Disruption Framework Empowering Network Defense. Le cadre miroir : pour chaque technique offensive ATT&CK, une contre-mesure défensive. L'hypothèse de symétrie parfaite entre attaque et défense. Le prochain article examinera cette hypothèse. --- *Treizième article d'une série sur les failles de construction de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) - *Article 12 :* [*Ghost in the Binary*](https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/) --- ¹ CardinalOps, "5th Annual Report on the State of SIEM Detection Risk" (juin 2025) — 2,5 millions de sources, 13 000 règles, couverture 21%, 13% de règles cassées, 90%+ de couverture potentielle avec les données ingérées [https://cardinalops.com/wp-content/uploads/2025/06/25-CardinalOps-2025-State-of-SIEM-Report.pdf](https://cardinalops.com/wp-content/uploads/2025/06/25-CardinalOps-2025-State-of-SIEM-Report.pdf?ref=klaerenn.fr) ² MITRE ATT&CK Sightings — documentation des cinq biais (novelty, visibility, producer, victim, availability) [https://attack.mitre.org/resources/sightings/](https://attack.mitre.org/resources/sightings/?ref=klaerenn.fr) ³ Cyentia Institute, "Multi-Source Analysis of Top MITRE ATT&CK Techniques" — 1/3 des techniques jamais rapportées, 85% des sous-techniques jamais rapportées [https://www.cyentia.com/multi-source-analysis-of-top-mitre-attck-techniques/](https://www.cyentia.com/multi-source-analysis-of-top-mitre-attck-techniques/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Rahman, M.R. & Williams, L.A., "Investigating co-occurrences of MITRE ATT&CK Techniques" (2022) — 19/594 techniques = 37% des occurrences, T1059 à 0.62 de support [https://arxiv.org/abs/2211.06495](https://arxiv.org/abs/2211.06495?ref=klaerenn.fr) ⁵ Picus Labs, "Red Report 2025" — plus d'1 million d'échantillons malware, 14 millions d'actions malveillantes, 93% dans le Top 10, T1055 à 31% [https://www.picussecurity.com/resource/the-top-ten-mitre-attck-techniques](https://www.picussecurity.com/resource/the-top-ten-mitre-attck-techniques?ref=klaerenn.fr) ⁶ MITRE ATT&CK, documentation T1055 (Process Injection) — guidance de détection [https://attack.mitre.org/techniques/T1055/](https://attack.mitre.org/techniques/T1055/?ref=klaerenn.fr) ⁷ MITRE ATT&CK, "Design and Philosophy" — objectif des sous-techniques [https://attack.mitre.org/docs/ATTACK\_Design\_and\_Philosophy\_March\_2020.pdf](https://attack.mitre.org/docs/ATTACK%5FDesign%5Fand%5FPhilosophy%5FMarch%5F2020.pdf?ref=klaerenn.fr) ⁸ MITRE Center for Threat-Informed Defense, "Ambiguous Techniques" (mai 2025) — techniques dont les caractéristiques observables sont insuffisantes pour déterminer l'intention [https://ctid.mitre.org/projects/ambiguous-techniques/](https://ctid.mitre.org/projects/ambiguous-techniques/?ref=klaerenn.fr) ⁹ Jordan Camba (SnapAttack/Cisco), cité dans la documentation du projet Ambiguous Techniques [https://ctid.mitre.org/projects/ambiguous-techniques/](https://ctid.mitre.org/projects/ambiguous-techniques/?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Vectra AI (2024) — 84% des brèches à haute sévérité exploitent des outils système légitimes [https://www.vectra.ai/topics/living-off-the-land](https://www.vectra.ai/topics/living-off-the-land?ref=klaerenn.fr) ¹¹ LOLBAS Project — Living Off The Land Binaries, Scripts and Libraries, 200+ binaires Windows documentés [https://lolbas-project.github.io/](https://lolbas-project.github.io/?ref=klaerenn.fr) ¹² CISA Advisory AA24-038A — Volt Typhoon, 5+ ans d'accès non détecté aux infrastructures critiques via outils natifs [https://www.cisa.gov/news-events/cybersecurity-advisories/aa24-038a](https://www.cisa.gov/news-events/cybersecurity-advisories/aa24-038a?ref=klaerenn.fr) ¹³ Software Analyst Cyber Research (SACR), "AI SOC Market Landscape 2025" — 282 organisations, 960 alertes quotidiennes moyennes par organisation ¹⁴ Cyber Sierra — jusqu'à 90% de faux positifs, 62% d'alertes ignorées [https://cybersierra.co/blog/alert-fatigue-in-soc/](https://cybersierra.co/blog/alert-fatigue-in-soc/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Ponemon Institute, "Second Annual Study on the Economics of Security Operations Centers" (2021, sponsorisé par FireEye) — 25% du temps analyste sur faux positifs, 85% décrivent le travail SOC comme "douloureux" ou "très douloureux", coût moyen SOC 5,3M$/an (+20% en un an) [https://www.businesswire.com/news/home/20210112005211/en/NEW-PONEMON-RESEARCH-Growing-Security-Operation-Center-Challenges-Increasing-Complexity-and-Rising-Costs-Drive-Investments-in-XDR-and-Security-Automation](https://www.businesswire.com/news/home/20210112005211/en/NEW-PONEMON-RESEARCH-Growing-Security-Operation-Center-Challenges-Increasing-Complexity-and-Rising-Costs-Drive-Investments-in-XDR-and-Security-Automation?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Verizon, "Data Breach Investigations Report 2024" — 74% des brèches avaient généré des alertes ignorées [https://www.verizon.com/business/resources/reports/dbir.html](https://www.verizon.com/business/resources/reports/dbir.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ SANS Institute, "2025 SOC Survey" (Christopher Crowley, juillet 2025) — tenure médiane 3-5 ans, 62% des organisations ne font pas assez pour retenir le personnel [https://www.sans.org/white-papers/sans-2025-soc-survey](https://www.sans.org/white-papers/sans-2025-soc-survey?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ Chuvakin, A. (ex-Gartner, Google Cloud CISO office) — historique de l'alert fatigue depuis 2002, cycle SIEM → EDR → XDR → AI [https://medium.com/anton-on-security/antons-alert-fatigue-the-study-0ac0e6f5621c](https://medium.com/anton-on-security/antons-alert-fatigue-the-study-0ac0e6f5621c?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Target Corporation breach (2013) — alertes FireEye fonctionnelles, ignorées par le SOC [https://www.commerce.senate.gov/services/files/24d3c229-4f2f-405d-b8db-a3a67f183883](https://www.commerce.senate.gov/services/files/24d3c229-4f2f-405d-b8db-a3a67f183883?ref=klaerenn.fr) ²⁰ CrowdStrike, "Global Threat Report 2025" — 79% des intrusions malware-free [https://www.crowdstrike.com/en-us/global-threat-report/](https://www.crowdstrike.com/en-us/global-threat-report/?ref=klaerenn.fr) ²¹ Voir article 1 de cette série ; Nextgov/FCW (avril 2025) — contrat DHS/CISA pour le programme CVE arrivé à expiration le 16 avril 2025, sauvé in extremis par financement incrémental CISA pour 11 mois [https://www.nextgov.com/cybersecurity/2025/04/mitre-warns-cve-program-will-lose-us-government-funding/404585/](https://www.nextgov.com/cybersecurity/2025/04/mitre-warns-cve-program-will-lose-us-government-funding/404585/?ref=klaerenn.fr) ²² Virginia Business (avril 2025) — annulation de plus de 28 millions de dollars de contrats MITRE, 442 licenciements [https://www.scworld.com/news/mitre-support-expires-for-pillar-of-cybersecurity-industry-cve-program](https://www.scworld.com/news/mitre-support-expires-for-pillar-of-cybersecurity-industry-cve-program?ref=klaerenn.fr) ²³ MITRE Corporation — opère 6 FFRDCs pour le gouvernement américain, dont le National Security Engineering Center (DoD) et le Homeland Security Systems Engineering and Development Institute [https://www.mitre.org/our-impact/rd-centers](https://www.mitre.org/our-impact/rd-centers?ref=klaerenn.fr) ²⁴ NIST, contrat National Cybersecurity FFRDC — 5 milliards de dollars, renouvelé octobre 2024 jusqu'en 2029 [https://www.mitre.org/news-insights/news-release/nist-renews-five-year-contract-mitre-operate-national-cybersecurity](https://www.mitre.org/news-insights/news-release/nist-renews-five-year-contract-mitre-operate-national-cybersecurity?ref=klaerenn.fr) ²⁵ Voir articles 1, 2, 5, 7 et 12 de cette série — documentation de la dépendance européenne aux infrastructures CVE/NVD/KEV américaines ²⁶ Malwarebytes Labs (2024) — "Sleeper extensions: five Chrome extensions dormant for seven years activated as spyware" — 4,3 millions d'appareils compromis, statut "Featured"/"Verified", extensions étendues ensuite à Firefox [https://www.malwarebytes.com/blog/news/2024/sleeper-extensions](https://www.malwarebytes.com/blog/news/2024/sleeper-extensions?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Outpost24 / KrakenLabs, "Analyzing LummaC2 stealer's novel Anti-Sandbox technique" (2023) — analyse des mouvements de souris par trigonométrie pour détection de sandbox, inaction comme technique d'évasion ; confirmé par Picus Labs, Red Report 2026 (février 2026) comme finding majeur [https://outpost24.com/blog/lummac2-anti-sandbox-technique-trigonometry-human-detection/](https://outpost24.com/blog/lummac2-anti-sandbox-technique-trigonometry-human-detection/?ref=klaerenn.fr) ²⁸ MITRE, "MITRE Announces Formation of the ATT&CK Advisory Council" (25 février 2026) — organe consultatif stratégique réunissant CISA, CrowdStrike, Recorded Future, Tidal Cyber, Purdue/CERIAS. Lancé simultanément avec ATT&CK v18 (Kubernetes, CI/CD, cloud databases, 3 nouveaux Asset types ICS). Aucun représentant européen parmi les membres [https://www.mitre.org/news-insights/news-release/mitre-forms-attack-advisory-council-strengthens-long-term-stewardship](https://www.mitre.org/news-insights/news-release/mitre-forms-attack-advisory-council-strengthens-long-term-stewardship?ref=klaerenn.fr) ### La plus grande surface d'attaque non régulée de l'économie française URL: https://www.klaerenn.fr/la-plus-grande-surface-dattaque-non-regulee-de-leconomie-francaise/ Last updated: 2026-03-27T10:17:51.000Z --- Le 1er septembre 2026, 4 millions d'entreprises françaises assujetties à la TVA devront recevoir leurs factures par l'intermédiaire d'une Plateforme Agréée (PA) immatriculée par l'État. En septembre 2027, toutes devront aussi en émettre par ce canal. Chaque facture B2B émise en France transitera par l'un des 108 opérateurs privés agréés par la DGFiP ¹. Pour les assujettis à la TVA, aucune alternative, aucun contournement possible. La réforme de la facturation électronique vient de créer, en toute discrétion, une concentration inédite de données économiques sensibles, hors du champ de vision de tous les régulateurs cyber. ## Ce que fait la réforme L'intention est légitime. La fraude à la TVA coûte entre 10 et 20 milliards d'euros par an à l'État français ². À l'échelle européenne, le manque à gagner dépasse 120 milliards ³. Le carrousel TVA prospère grâce à l'opacité des échanges entre entreprises. Le fisc découvre la fraude des mois après les faits, quand les sociétés éphémères ont disparu. La réforme y répond par deux dispositifs. Le *e-invoicing* impose que chaque facture B2B transite au format structuré (Factur-X, UBL ou CII) entre deux Plateformes Agréées : celle de l'émetteur et celle du destinataire. La PA émettrice consulte l'annuaire central du PPF pour identifier la PA du destinataire, puis lui transmet la facture directement. En parallèle, elle remonte les données extraites au concentrateur de la DGFiP. Le *e-reporting* complète le dispositif sur les transactions B2C et internationales. L'État voit ainsi chaque transaction en quasi temps réel : montant HT, TVA, taux, catégorie, identité des parties. Le croisement automatique entre TVA collectée et TVA déduite devient possible à l'échelle nationale. La France est le seul pays à avoir intégré dès le lancement le e-reporting de données de facturation à destination de l'administration fiscale ⁴. L'Italie a résolu le même problème depuis 2019, avec le SDI (*Sistema di Interscambio*), une plateforme unique étatique. La France a choisi un modèle inverse : déléguer le transit à plus d'une centaine d'opérateurs privés, et réduire le portail public (PPF) à un rôle d'annuaire et de concentrateur ⁵. Ce choix a un nom dans la littérature réglementaire : le modèle « en Y ». ## Ce que la réforme crée sans le dire ### Le passage obligé Chaque facture transite par deux PA : celle de l'émetteur et celle du destinataire. Si l'une des deux tombe (panne, cyberattaque, faillite), la facture ne passe plus. La PA de l'émetteur est indisponible : l'entreprise ne peut plus émettre. La PA du destinataire est indisponible : la facture est émise mais ne peut pas être délivrée. Deux points de défaillance par transaction, pas de canal alternatif. Les spécifications prévoient un mécanisme de retry (statut « erreur routage »), mais c'est une file d'attente, pas un mode dégradé : si la PA reste indisponible 48 heures, les factures s'accumulent, rien ne passe. La CNCC confirme que le vendeur ne peut pas contourner sa propre PA, même si l'acheteur n'a pas de PA active : la facture reste en statut « déposée, non transmise » ⁶. L'annuaire central du PPF ajoute un troisième point de dépendance : si les PA ne peuvent pas le consulter, elles ne savent pas vers quelle PA router. Mais le PPF est une infrastructure DGFiP, probablement dans un périmètre de sécurité étatique. Les deux PA, elles, sont des opérateurs privés sans cadre de résilience. La distinction compte. Un bureau d'enregistrement de noms de domaine intervient à l'enregistrement, puis au renouvellement ; si Gandi tombe, les domaines existants continuent de résoudre. Une autorité de certification émet un certificat ; si elle tombe, les signatures existantes restent valides. Ces tiers opèrent en amorçage. Les PA s'interposent sur chaque facture comme un péage s'interpose sur chaque passage. ### Cartographie économique concentrée Chaque PA agrège les données de facturation de ses clients : identité des parties, montants, volumes, conditions, délais de paiement, relations commerciales. Une PA qui sert 10 000 entreprises détient une cartographie des échanges B2B d'un pan entier de l'économie. Compromettre trois ou quatre PA majeures donnerait à un attaquant, étatique ou criminel, une visibilité sur le tissu économique français d'une profondeur rare. ### Ce que les éditeurs avaient déjà, et ce qui change L'objection vient immédiatement : Tiime, Pennylane ou Sage détenaient déjà les données comptables de leurs clients avant la réforme. Les banques voyaient déjà les flux financiers. La criticité change. Avant la réforme, si Tiime tombait, l'entreprise pouvait encore facturer par un autre canal. Après septembre 2026, si Tiime-PA tombe, l'entreprise ne peut plus émettre de facture conforme à la loi. La même donnée, portée par un outil optionnel ou par un intermédiaire réglementaire en coupure, ne produit pas le même risque. Le graphe s'enrichit aussi. La banque voyait les virements, les montants, les dates. L'expert-comptable voyait les écritures. Le logiciel de compta voyait les factures. Aucun de ces acteurs ne voyait simultanément les deux côtés de chaque transaction pour l'ensemble de ses clients. La PA voit les factures émises *et* reçues de ses clients. Plus sa base grandit, plus la probabilité augmente qu'émetteur et destinataire soient tous deux ses clients, et que la PA reconstitue les deux côtés d'une même transaction. Pennylane revendique 800 000 entreprises utilisatrices de son logiciel ⁷, dont une large part deviendrait cliente de sa PA dès septembre. À cette échelle, elle reconstituerait un graphe de relations commerciales B2B qu'aucun acteur individuel ne possédait avant. La réforme pousse par ailleurs à l'intégration PA + compta + banque chez un acteur unique : c'est le modèle que tous les éditeurs promeuvent. Un incident touche alors la facturation, la comptabilité et la trésorerie d'un coup. Le design même de la réforme encourage ce mouvement, puisque l'intégration native réduit les frictions. ### Le secret professionnel qui disparaît Les données comptables ne bénéficient d'aucune classification sectorielle comparable aux données de santé (hébergement HDS obligatoire), aux données bancaires (secret bancaire, supervision ACPR) ou aux données personnelles (RGPD, supervision CNIL). Il n'existe pas de « secret comptable » en droit français. Ce qui existait, c'est le secret professionnel de l'expert-comptable. L'article 21 de l'ordonnance du 19 septembre 1945 impose à tous les membres de l'Ordre un secret absolu sur les informations recueillies dans l'exercice de leurs fonctions ⁸. La violation est sanctionnée d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende (article 226-13 du Code pénal). Ce secret est attaché à la personne du professionnel inscrit à l'Ordre, pas à la donnée elle-même. La réforme fait sortir les données de facturation de ce périmètre protégé. Quand les factures transitaient par l'expert-comptable, elles étaient couvertes par le secret professionnel. Quand elles transitent par une PA, un éditeur SaaS qui n'est pas membre de l'Ordre, ce secret ne s'applique plus. Les salariés d'un cabinet comptable eux-mêmes ne portent pas le secret professionnel au sens de l'ordonnance de 1945, seulement une obligation de réserve au titre du droit du travail ⁹. Les développeurs d'un éditeur SaaS, encore moins. La PA ne porte aucune obligation de secret professionnel sur les données qu'elle traite. Le RGPD couvre les données personnelles contenues dans les factures (noms, adresses). Le secret des affaires (loi 2018) est une protection que l'entreprise lésée fait valoir a posteriori, pas une obligation imposée ex ante au tiers. Les données commerciales (montants, volumes, relations B2B, conditions tarifaires, délais de paiement) qui constituent l'essentiel de la valeur de renseignement économique d'une facture n'entrent dans aucun de ces périmètres. La profession comptable n'a pas soulevé le sujet. Le Conseil National de l'Ordre a publié un comparatif de 26 PA ¹⁰, des outils de cartographie clients, des formations aux cas d'usage. Tout est orienté « comment s'adapter », rien sur « que risque-t-on ». Les webconférences de l'Ordre de Paris confirment que « le secret professionnel est préservé » ¹¹, mais sous l'angle du contenu de la facture (pas de détail des prestations sensibles), pas sous l'angle du transit et de l'hébergement par un tiers non soumis au secret. La question « les PA sont-elles soumises au secret professionnel ? » est posée dans la littérature spécialisée ¹² sans recevoir de réponse juridique claire. Parce que la réponse est non. ### Que choisit la PME ? La plupart des PME ne choisiront pas leur PA. Elles choisiront un logiciel de comptabilité (Tiime, Pennylane, Indy, Dougs) et hériteront de la PA intégrée à cet outil. Le dirigeant de PME ne sait pas qui opère sa PA, chez quel hébergeur tournent ses données de facturation, sous quelle juridiction, avec quels engagements de disponibilité. Il a une relation contractuelle avec son éditeur de compta, pas avec la PA en aval. Changer de PA revient à migrer tout le stack de gestion : comptabilité, facturation, rapprochement bancaire, historique d'archivage. Les éditeurs l'ont compris. Cegid intègre nativement sa PA dans ses solutions ¹³. Pennylane se vend « all-in-one ». Qonto inclut la PA gratuitement dans ses forfaits de compte pro. La PA gratuite joue le rôle du rasoir offert : ce sont les lames, l'abonnement à l'écosystème complet, qui rapportent. Sauf qu'ici, le rasoir est une obligation légale. Il reste des logiciels comptables installés en local. Sage 50 (ex-Ciel Compta), EBP Compta : nombre de TPE les utilisent précisément pour garder leurs données sur leur poste. La réforme ne change rien à ce choix, sauf sur un point : chaque facture émise ou reçue devra transiter par une PA, en SaaS, en coupure. Sage a intégré sa PA « gratuitement » dans tous ses abonnements Ciel, y compris les versions locales. EBP s'appuie sur la PA Cegid. L'entreprise qui avait fait le choix du on-premise pour maîtriser ses données se retrouve, par obligation légale, à faire transiter 100 % de ses flux de facturation par un intermédiaire cloud qu'elle n'a pas choisi. ## Qui régule les PA La DGFiP, via un Service d'Immatriculation dédié ¹⁴. Pas l'ANSSI. Pas l'AMF. Pas l'ACPR. Le fisc. L'immatriculation exige une certification ISO 27001, des tests d'interopérabilité avec le PPF, un audit de conformité triennal par un organisme indépendant, et le respect du RGPD ¹⁵. Le tout pour une durée de trois ans renouvelable. ISO 27001 certifie un *système de management* de la sécurité, pas un niveau technique. Une PA peut obtenir sa certification avec un périmètre restreint, une appréciation des risques indulgente et une maturité opérationnelle faible. Les textes mentionnent les « recommandations de l'ANSSI » ¹⁶ sans préciser lesquelles, sans exiger de qualification, sans critère objectif vérifiable. SecNumCloud est exigé pour l'hébergeur tiers, mais la plupart des PA ont internalisé leur infrastructure pour contourner cette obligation. L'audit de conformité est confié à un organisme « indépendant » sans exigence de qualification PASSI ni d'accréditation COFRAC. Ni obligation de SOC, de PRA testé, de SLA publiés, de capacité de détection d'incidents. Pour des opérateurs qui vont concentrer les flux de facturation de 4 millions d'entreprises, ces exigences sont calibrées sur la conformité fiscale, pas sur la résilience opérationnelle. ## Cinq cadres, zéro couverture Le CRA (Cyber Resilience Act) vise les produits avec éléments numériques. Les PA sont des services SaaS purs, consommés via navigateur, sans installation locale. Le CRA les exclut ¹⁷. DORA (Digital Operational Resilience Act) cible 21 types d'entités financières. Les PA ne sont pas des établissements financiers, même si elles traitent les factures de toutes les banques de France. DORA ne les couvre pas ¹⁸. NIS 2 devrait les attraper. La directive classe les « services d'informatique en nuage » parmi les secteurs hautement critiques, SaaS inclus ¹⁹. Un éditeur SaaS dépassant 50 employés ou 10 M€ de chiffre d'affaires tombe dans le périmètre. Pennylane et Tiime y sont. Le problème : NIS 2 devait être transposée en droit français en octobre 2024\. En mars 2026, le projet de loi n'a toujours pas été voté à l'Assemblée nationale ²⁰. Les obligations NIS 2 n'existent pas encore en droit français. La directive REC (résilience des entités critiques) couvre onze secteurs dont les « infrastructures numériques » et les « infrastructures des marchés financiers » ²¹. Les PA se situent entre les deux, sans appartenir à aucun. REC renvoie à NIS 2 et DORA pour les obligations cyber — renvoi vers des textes qui ne s'appliquent pas aux PA, ou pas encore transposés. Reste la LPM et le dispositif OIV. Une indisponibilité simultanée de trois ou quatre PA majeures paralyserait la capacité de facturer de centaines de milliers d'entreprises. Personne n'a lancé cette réflexion. Chaque cadre réglementaire de cybersécurité exclut les PA ou renvoie à un autre cadre qui les exclut aussi. L'obligation de dépendance (septembre 2026) précède l'obligation de résilience (NIS 2, date inconnue). ## Un vecteur d'attaque créé par la réforme Chaque facture reçue par une PA contient un fichier XML embarqué dans un PDF/A-3 (format Factur-X) ou un XML autonome (formats UBL, CII). La PA doit parser cet XML, le valider contre le schéma XSD de la norme EN 16931, en extraire les données structurées, puis les router et les remonter à l'administration. Ce parsing s'exécute à chaque facture, en temps réel, en production. L'XML provient de l'extérieur, de n'importe quel assujetti à la TVA en France. Avant la réforme, aucune entreprise ne dépendait en temps réel d'un parser XML pour facturer. La réforme a créé un canal d'injection XML à l'échelle nationale : 4 millions d'émetteurs potentiels, chacun pouvant envoyer un XML à n'importe quelle PA via le flux de facturation normal. Un XML malformé dans une facture envoyée par le canal légitime est un vecteur d'attaque natif du système. Le risque n'est pas théorique. La bibliothèque libxml2, omniprésente dans les chaînes de traitement XML tous langages confondus, a accumulé cinq CVE critiques ou hautes en dix-huit mois. CVE-2024-40896 (CVSS 9.1) permet des attaques XXE même quand le développeur a tenté de bloquer les entités externes ²². CVE-2024-56171 est un use-after-free exploitable via la validation de schémas XSD ²⁴ — exactement ce que font les PA à chaque facture reçue. Deux autres CVE critiques ont vu leurs PoC publiés avant que les correctifs ne soient disponibles dans les distributions majeures ²³. Aucune PA ne publie de SBOM : il est impossible de vérifier quelles bibliothèques sont en production. Le risque est documenté sur la bibliothèque de parsing XML la plus répandue du marché. La DGFiP teste l'interopérabilité des formats. Elle ne teste pas la robustesse du parsing face à des entrées adverses. Aucune PA n'a l'obligation de publier un SBOM (Software Bill of Materials), de documenter ses dépendances critiques, ni de soumettre son parsing XML à du fuzzing. L'ANSSI n'a pas mandat sur ce périmètre. ## L'alternative qui existait La réforme aurait pu fonctionner sans tiers en coupure. L'entreprise émet sa facture au format structuré, la signe avec un cachet électronique qualifié eIDAS, et l'envoie directement à son client par le canal de son choix. En parallèle, les données fiscales sont transmises à l'administration en mode *reporting* asynchrone, hors du chemin critique de la facture. Ce modèle résout les mêmes problèmes : l'État reçoit les données de transaction en quasi temps réel, l'authenticité repose sur la cryptographie, et si le prestataire de signature a un incident, les factures déjà émises restent valides. Ce modèle n'a pas été retenu. L'argument de la DGFiP : déployer des cachets qualifiés auprès de 4 millions d'assujettis, dont 96 % sont des micro-entreprises sans maturité numérique, aurait été trop complexe. L'argument se tient pour l'écrasante majorité des assujettis. Mais la PA résout ce problème de complexité en créant un problème de résilience, et le prestataire eIDAS aurait opéré en amorçage, pas en coupure. La différence est celle entre un intermédiaire qui signe une fois et un péage qui s'interpose sur chaque passage. L'infrastructure existante des prestataires de confiance qualifiés eIDAS, déjà régulée par l'ANSSI ²⁵, n'offrait pas les mêmes perspectives de création de valeur. ## Qui en bénéficie La liste des PA immatriculées répond d'elle-même. Les éditeurs de logiciels de comptabilité et de gestion (Cegid, Sage, Pennylane, Tiime, EBP, Yooz, Dext) passent de fournisseur substituable à intermédiaire réglementaire en coupure. Le lock-in passe de commercial à légal. Les opérateurs historiques de dématérialisation (Docaposte/SERES, Cegedim, Generix, Esker) voient un marché de niche se transformer en obligation universelle ; leur base de prospects passe de quelques milliers de grandes entreprises à 4 millions d'assujettis. Les néobanques (Qonto, SEQINO/Crédit Mutuel Arkéa) gagnent un point d'entrée dans le flux commercial de leurs clients. L'Ordre des experts-comptables a créé ECMA, association loi 1901, sa propre structure PA ¹³. Ces acteurs répondent aussi à un besoin réel : simplifier la conformité pour des millions de TPE qui n'auraient pas géré le e-invoicing seules. Mais le design de la réforme a transformé un service en passage obligé. Le PPF, initialement prévu comme alternative étatique gratuite, a été abandonné le 15 octobre 2024 pour ses fonctions de facturation directe. Les raisons invoquées par le ministère : contrainte budgétaire, respect du calendrier, et « maturité » du marché des PDP avec plus de 70 acteurs déjà immatriculés ²⁶. La CPME s'est opposée au projet de facturation électronique devenue payante, reprochant au gouvernement de « faire porter le coût de la complexité sur les entreprises » ²⁸. Les syndicats de la DGFiP ont contesté l'abandon d'une mission de service public ²⁸ᵇ. Le résultat est factuel : toutes les entreprises doivent passer par un prestataire privé payant pour se conformer à une obligation légale. L'option publique gratuite n'existe plus. ## Ce que je sais, ce que je ne sais pas **Ce que je sais.** Les textes réglementaires (décret n°2022-1299 ²⁷, article 242 nonies B de l'annexe II au CGI) placent les PA en coupure sur un flux critique sans leur imposer de cadre de résilience proportionné. L'ISO 27001 est le seul garde-fou cyber effectif. La DGFiP est le seul régulateur. NIS 2 n'est pas transposée en droit français. Aucun des 108 opérateurs immatriculés n'est formellement identifié comme entité critique ou OIV. Les PME héritent de leur PA via leur éditeur de compta, sans visibilité ni pouvoir de négociation sur les conditions de sécurité. La profession comptable n'a soulevé aucun débat sur la confidentialité des données transitant par les PA. Le parsing XML de chaque facture reçue constitue un vecteur d'attaque natif du système. La bibliothèque libxml2, omniprésente dans les chaînes de traitement XML, accumule les CVE critiques. **Ce que je ne sais pas.** Combien de PA ont un SOC opérationnel, un PRA testé, des SLA contractuels de disponibilité. Comment la DGFiP gère le scénario de défaillance simultanée de plusieurs PA. Si le SGDSN ou l'ANSSI ont produit une analyse de risque sur cette infrastructure. Si le périmètre OIV a été évalué au regard de cette réforme. Si des discussions interministérielles ont eu lieu entre la DGFiP et l'ANSSI sur le dimensionnement sécuritaire des PA. Quelle est la concentration réelle des flux par PA : la DGFiP ne publie pas cette donnée et ne l'exige pas. Quelles bibliothèques de parsing XML et PDF sont utilisées par les PA majeures : aucun SBOM n'est exigé ni publié. Si les PA majeures partagent des dépendances d'infrastructure communes (hébergeur, prestataire de cachet, composants logiciels) qui constitueraient un point de défaillance unique masqué. ## Position La réforme de la facturation électronique résout un problème réel. Les milliards de fraude TVA justifient une action forte. Et parmi les 108 PA immatriculées, plusieurs vont au-delà des exigences : Pennylane annonce héberger sa PA chez un prestataire qualifié SecNumCloud sans y être contrainte, Docaposte/SERES apporte 30 ans de maturité en dématérialisation, certains éditeurs investissent dans des SOC et des PRA sans que personne ne le leur demande. Le problème n'est pas la mauvaise foi des opérateurs. Le problème est l'absence de cadre qui généralise ces bonnes pratiques et protège les entreprises dont la PA ne fait pas cet effort. L'État a conçu un système pour résoudre un problème fiscal et a créé, comme externalité, une infrastructure critique supervisée par le fisc, hors du champ de vision des régulateurs cyber. Deux types de mesures changeraient la donne. **Ce que l'entreprise devrait pouvoir faire dès septembre 2026.** Déclarer au moins deux PA dans l'annuaire central, l'une en émission, l'autre en réception, avec possibilité de basculer sur une PA secondaire en cas de défaillance de la principale. Le principe est éprouvé : le DNS gère plusieurs enregistrements MX avec priorité depuis 1986 pour le routage des emails. L'annuaire PPF pourrait fonctionner de la même manière, avec une PA principale et une PA de secours par entreprise. La limitation actuelle de l'annuaire à une seule adresse par entreprise est un choix d'implémentation, pas une contrainte architecturale. Pour que cette redondance soit réelle, le cahier des charges DGFiP devrait aussi imposer aux éditeurs intégrant une PA de garantir le raccordement à au moins une PA alternative. Aujourd'hui, les intégrations natives (Tiime, Pennylane, Cegid) verrouillent l'entreprise sur une seule PA. Ouvrir le choix supprimerait le point de défaillance unique par construction, atténuerait le lock-in commercial, et diluerait la concentration des flux. La DGFiP a le pouvoir d'imposer ces évolutions par voie réglementaire, dans son périmètre existant, sans attendre NIS 2 ni l'ANSSI. **Ce que les régulateurs devraient imposer à horizon 2027.** Identifier les PA dépassant un seuil de clients ou de volume de transactions comme entités importantes NIS 2 dès la transposition, ou les inclure dans le périmètre OIV. Produire un référentiel ANSSI dédié aux PA, couvrant la continuité d'activité, la détection d'incidents et la gestion des vulnérabilités, en remplacement de la seule ISO 27001\. SecNumCloud est déjà exigé pour la couche hébergement, mais la qualification porte sur le datacenter, pas sur l'application. Le code de la PA, son parsing, sa gestion des incidents, sa rétention des données tournent au-dessus sans aucune qualification. L'État lui-même peine à imposer SecNumCloud sur son propre périmètre ²⁹. Un référentiel ANSSI couvrant la couche applicative des PA serait un premier pas réaliste. Exiger des PA un SBOM et des tests de robustesse sur le parsing des formats de facturation, avec signalement obligatoire des vulnérabilités critiques. Réduire ce qui est exposé, pas seulement protéger ce qui est stocké. Imposer une durée maximale de rétention des données de facturation par les PA dans leur rôle de transit : une fois la facture remise au destinataire et les données remontées au concentrateur DGFiP, la PA n'a plus de raison fonctionnelle de la conserver. Compromettre une PA qui purge après 30 jours donne accès à un mois de flux. Compromettre une PA qui accumule 10 ans d'historique donne accès à la trajectoire économique complète de milliers d'entreprises. Aucun texte ne distingue aujourd'hui le rôle de transit du rôle d'archivage, et les PA qui sont aussi éditeurs de compta conservent tout par design. La minimisation des données n'est pas seulement un principe RGPD : c'est une mesure de réduction de la surface d'attaque. À l'heure où tout le cadre réglementaire européen — NIS 2, DORA, les guides ANSSI sur la gestion des tiers — impose aux entreprises de maîtriser leurs dépendances critiques, d'auditer leur supply chain, de documenter leurs risques fournisseurs, l'État crée par voie réglementaire une dépendance que l'entreprise ne peut ni auditer, ni diversifier, ni refuser. Elle ne peut pas exiger un SBOM de sa PA, pas négocier un SLA de disponibilité, pas basculer vers un opérateur alternatif sans migrer tout son système de gestion. Mais c'est elle qui portera la responsabilité en cas d'incident sur ses données. L'État impose le risque. L'entreprise assume les conséquences. --- ## Références ¹ DGFiP, « Liste des plateformes agréées immatriculées », consulté le 14 mars 2026 — 108 PA définitivement immatriculées au 16 février 2026\. [impots.gouv.fr](https://www.impots.gouv.fr/liste-des-plateformes-agreees-immatriculees?ref=klaerenn.fr) ² DGFiP, rapport « La TVA à l'ère du digital en France », remis au Parlement le 3 novembre 2020 : fraude à la TVA estimée entre 10 et 20 milliards d'euros (Cour des comptes/Insee). [vie-publique.fr](https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/277192.pdf?ref=klaerenn.fr) ³ Commission européenne, rapport VAT Gap 2025 (données 2023) — 128 milliards d'euros de manque à gagner en Europe, dont 12,1 milliards pour la France. [taxation-customs.ec.europa.eu](https://taxation-customs.ec.europa.eu/taxation/vat/fight-against-vat-fraud/vat-gap%5Fen?ref=klaerenn.fr) ⁴ FNFE-MPE, « Réforme de la facture électronique : cap 2026 », octobre 2025\. [fnfe-mpe.org](https://fnfe-mpe.org/reforme-de-la-facture-electronique-cap-2026/?ref=klaerenn.fr) ⁵ MEG, « Comprendre les plateformes de facturation électronique », mars 2026\. [mon-expert-en-gestion.com](https://www.mon-expert-en-gestion.com/ressources/comprendre-les-plateformes-de-facturation-electronique/?ref=klaerenn.fr) ⁶ CNCC, FAQ Facturation électronique, question n°32, v2 janvier 2026\. [doc.cncc.fr](https://doc.cncc.fr/docs/foire-aux-questions-faq-relative?ref=klaerenn.fr) ⁷ Pennylane, page d'accueil : « plus de 800 000 entreprises et 4 500 cabinets comptables ». [pennylane.com](https://www.pennylane.com/fr/?ref=klaerenn.fr) ⁸ Ordonnance n°45-2138 du 19 septembre 1945, article 21\. [legifrance.gouv.fr](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000698851/?ref=klaerenn.fr) ⁹ Compta-Facile, « Secret professionnel de l'expert-comptable ». [compta-facile.com](https://www.compta-facile.com/expert-comptable-secret-professionnel/?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ CNOEC, guide comparatif « Bien choisir sa plateforme agréée », mis à jour février 2026 (cité par Compta Online). [compta-online.com](https://www.compta-online.com/facture-electronique-cas-usage-experts-comptables-ao8203?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Compta Online, « Facture électronique : enjeux sectoriels et cas pratiques », janvier 2026\. [compta-online.com](https://www.compta-online.com/facture-electronique-enjeux-sectoriels-ao8340?ref=klaerenn.fr) ¹² Facture-electronique-obligatoire.fr, « Facturation électronique pour professions libérales ». [facture-electronique-obligatoire.fr](https://facture-electronique-obligatoire.fr/facturation-electronique-pour-profession-liberale/?ref=klaerenn.fr) ¹³ Compta Online, « Plateformes agréées : quelles sont les sociétés immatriculées provisoirement », septembre 2025\. [compta-online.com](https://www.compta-online.com/plateformes-agreees-facturation-electronique-ao6026?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ DGFiP, « Facturation électronique et plateformes agréées », janvier 2026\. [impots.gouv.fr](https://www.impots.gouv.fr/facturation-electronique-et-plateformes-agreees?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Article 242 nonies B de l'annexe II au CGI ; formulaire d'immatriculation. [demarche.numerique.gouv.fr](https://demarche.numerique.gouv.fr/commencer/immatpdp?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Docaposte, « PDP, c'est fini : comprendre le rôle d'une plateforme agréée », février 2026\. [docaposte.com](https://www.docaposte.com/blog/article/plateforme-agreee?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ DLA Piper, « Cyber Resilience Act: the fine line between SaaS and digital products », février 2026\. [dlapiper.com](https://www.dlapiper.com/en/insights/publications/2026/02/cyber-resilience-act-the-fine-line-between-saas-and-digital-products?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ ANSSI, FAQ MonEspaceNIS2 — articulation NIS 2 / DORA. [aide.monespacenis2.cyber.gouv.fr](https://aide.monespacenis2.cyber.gouv.fr/fr/article/comment-la-directive-nis-2-sarticule-t-elle-avec-le-reglement-digital-operational-resilience-act-dora-s4ntec/?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Directive (UE) 2022/2555 (NIS 2), considérant 33\. Analyse : irenard-avocat.com, « Éditeurs SaaS et cybersécurité : êtes-vous NIS2 CRA DORA proofed ? », février 2026\. [irenard-avocat.com](https://www.irenard-avocat.com/articles/nis2-cra-dora?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Sénat, projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité. Analyse : Mathias Avocats, octobre 2025\. [avocats-mathias.com](https://www.avocats-mathias.com/conformite/resilience-des-entites-critiques-focus-sur-la-directive-dite-rec?ref=klaerenn.fr) ²¹ Directive (UE) 2022/2557 (REC), annexe — onze secteurs. [eur-lex.europa.eu](https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2022/2557/oj?locale=fr&ref=klaerenn.fr) · Conseil d'État, avis sur le projet de loi, 2024\. [conseil-etat.fr](https://www.conseil-etat.fr/avis-consultatifs/derniers-avis-rendus/au-gouvernement/avis-sur-un-projet-de-loi-relatif-a-la-resilience-des-activites-d-importance-vitale-a-la-protection-des-infrastructures-critiques-a-la-cybersecur?ref=klaerenn.fr) ²² CVE-2024-40896 — CVSS 9.1\. [security.snyk.io](https://security.snyk.io/vuln/SNYK-UNMANAGED-LIBXML2-8549367?ref=klaerenn.fr) · Analyse détaillée. [cve.news](https://www.cve.news/cve-2024-40896/?ref=klaerenn.fr) ²³ CVE-2025-49794 et CVE-2025-49796 — CVSS 9.1 (RedHat). Seal Security, décembre 2025\. [seal.security](https://www.seal.security/blog/zero-day-vulnerabilities-in-libxml2-cve-2025-49794-cve-2025-49796-a-deep-dive-and-seal-securitys-proactive-solution?ref=klaerenn.fr) ²⁴ CVE-2024-56171, CVE-2025-24928, CVE-2025-32415 — IBM Security Bulletin, 2025\. [ibm.com](https://www.ibm.com/support/pages/security-bulletin-multiple-vulnerabilities-libxml2-affect-aixvios?ref=klaerenn.fr) ²⁵ ANSSI, « Les services de confiance » — liste nationale de confiance des prestataires qualifiés eIDAS. [cyber.gouv.fr](https://cyber.gouv.fr/les-services-de-confiance?ref=klaerenn.fr) ²⁶ Ministère du budget, communiqué de presse du 15 octobre 2024 (rapporté par Daf-Mag, 15 novembre 2024). [daf-mag.fr](https://www.daf-mag.fr/Thematique/fonction-finance-1242/Breves/Facturation-electronique-Etat-abandonne-son-projet-portail-public-464345.htm?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Décret n°2022-1299 du 7 octobre 2022\. [legifrance.gouv.fr](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000046388935?ref=klaerenn.fr) ²⁸ CPME, communiqué du 17 octobre 2024, « La CPME s'oppose au projet de facturation électronique payante ». [jss.fr](https://jss.fr/post/L%E2%80%99abandon%5Fdu%5Fportail%5Fpublic%5Fde%5Ffacturation%5Finquiete%5Fles%5Fpetites%5Fentreprises-5156?ref=klaerenn.fr) ²⁸ᵇ Solidaires Finances Publiques, « Facturation électronique : nouvel abandon de l'État pour nos missions de service public ». [solidairesfinancespubliques.org](https://solidairesfinancespubliques.org/actualite/6506-facturation-electronique-nouvel-abandon-de-letat-pour-nos-missions-de-service-public.html?ref=klaerenn.fr) ²⁹ Loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 (SREN), article 31\. [legifrance.gouv.fr](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049563035?ref=klaerenn.fr) · Rapport commission des lois du Sénat, décembre 2025\. [senat.fr](https://www.senat.fr/rap/l25-199/l25-199%5Fmono.html?ref=klaerenn.fr) ### Ghost in the Binary URL: https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:09.000Z *When regulation can't see what it declares compliant* --- On February 1, 2026, René Meusel takes the stage at FOSDEM in Brussels. Meusel maintains Botan, a cryptographic library recommended by Germany's BSI, and works as an engineer at Rohde & Schwarz Cybersecurity. His topic: "Trust the Math, Fear the Compiler." His demonstration: GCC 15.2, compiled with the `-O3` optimization flag, strips side-channel protections from correct cryptographic code¹. The compiler doesn't break the code. It optimizes it. It detects a verification loop that exits early when the character matches, concludes that the timing normalization code that follows is unnecessary, and removes it. Result: an exploitable timing side-channel appears in the compiled binary. The source code is secure. The binary is not. Seven months later, on September 11, 2026, the European Cyber Resilience Act's reporting obligations take effect². Every manufacturer of products with digital elements will have to report actively exploited vulnerabilities to ENISA within 24 hours³, with fines up to €15 million or 2.5% of global turnover⁴. The CRA assesses source code conformity. The compiler modifies the binary. The regulator doesn't see the difference. ## What the CRA covers The CRA and the new Product Liability Directive (PLD 2024/2853) form the most comprehensive regulatory framework to date for reducing risks associated with digital products in Europe. The CRA requires manufacturers to assess cyber risks throughout all lifecycle phases, from design to maintenance, and to not place products with known vulnerabilities on the market⁵. Manufacturers must produce an SBOM (Software Bill of Materials) documenting all integrated components⁶. Reporting obligations extend even to products deployed before the regulation takes effect⁷. The PLD goes further. Software becomes a product in the legal sense, subject to strict liability, no fault required⁸. The manufacturer is liable for defects even without negligence. The liability cap from the previous directive disappears⁹. Companies cannot contractually exclude or limit their liability for cybersecurity defects¹⁰. The framework rests on a core assumption: the manufacturer controls its product. What it writes, what it tests, what it declares compliant, that is what runs at the customer's site. Meusel's demonstration at FOSDEM invalidates this assumption. ## The compiler as invisible actor Aggressive optimization in modern compilers transforms the security properties of code. Meusel describes a three-step escalation to protect a simple password verification against timing attacks. First step: replace boolean values with two-bit integers using bitwise operations. GCC sees through the trick. It recognizes the disguised boolean comparisons and reintroduces optimized branching. Second step: apply obfuscation functions to inputs and outputs. These functions add nothing to the program. They exist solely to prevent the compiler from optimizing away security protections. Third step: inject inline assembly that does nothing, returning the same value unchanged. The compiler doesn't understand assembly. It stops touching the affected values¹. Code written to deceive a translation tool. Three layers of obfuscation whose only purpose is to stop GCC from removing protections the developer intentionally placed. A second talk at the same FOSDEM takes a more ambitious approach. The GnuSecret project introduces a `secret` attribute directly into GCC, allowing the notion of confidential data to propagate through optimization passes¹¹. The C language has no concept of secret data in its abstract machine. The compiler cannot protect what it doesn't know needs protecting. Meusel shows the manual workaround, GnuSecret shows the fundamental fix. Both confirm that the compiler is an autonomous actor in the security chain, and that neither the CRA nor the PLD accounted for it. ## Who pays when the compiler breaks the binary GCC is free software, developed outside any commercial activity. The CRA explicitly exempts open-source software stewards from manufacturer obligations¹². Their only constraints: maintain a cybersecurity policy, cooperate with market surveillance authorities, report actively exploited vulnerabilities (Article 24 CRA). The PLD excludes free software provided outside commercial activity (Article 2(2) PLD)¹³. The exemption stops cold when an open-source component enters a commercial product. The CRA is explicit: when a manufacturer integrates third-party components into its product, it must exercise due diligence to ensure those components do not compromise the product's cybersecurity (Article 13(5) CRA)¹²ᵇ. The PLD drives the point home: free software developed outside commercial activity is excluded from its scope (Article 2(2) PLD). Recital 15 spells out the consequence: when a manufacturer integrates such software into a commercial product, the manufacturer can be held liable for defects in that software, but not the software's manufacturer, since the latter never placed a product on the market within the meaning of the directive¹³ᵇ. In plain terms: you compile your product with GCC. GCC optimizes your code and breaks a constant-time protection. Your binary is vulnerable. You are liable under the CRA for the conformity defect. You are liable under the PLD for the resulting damage. And you cannot pursue GCC, because GCC is not an economic operator within the meaning of the directive. The manufacturer bears 100% of the liability for a defect it did not introduce, in a binary whose security properties the compiler altered, using a tool the regulator chose to exclude from scope. The entity that causes the defect does not exist under the PLD. The entity that is liable did not cause the defect. And there is no one to pursue for recourse. The PLD makes it worse. Liability is strict: the manufacturer need not be negligent to be held liable¹⁴. Having written correct, tested, and audited source code is not a defense, because the PLD evaluates the product as placed on the market, not as designed¹⁵. If the manufacturer cannot demonstrate compliance with required processes, courts may presume defectiveness¹⁶. But demonstrating source code compliance is not enough if the binary has different properties. And post-compilation verification processes (valgrind, ct-verif) are part of no CRA conformity standard. Finally, the PLD creates a liability cascade: manufacturer, then importer, then distributor (Article 8 PLD)¹³ᵇ. If the manufacturer cannot be identified or has no EU entity, the European distributor bears the liability, for a defect it knows nothing about. ## What the SBOM doesn't see The CRA mandates SBOMs to improve supply chain transparency⁶. An SBOM will document: Botan 3.x, compiled with GCC 15.2, flag `-O3`. It will not document that GCC stripped the constant-time protection from the verification function at line 247, exposing a 3-nanosecond side-channel exploitable remotely. The SBOM inventories what goes into the box. Not what comes out. A compiler version upgrade, from GCC 14 to GCC 15, can introduce new optimizations that break cryptographic protections in unchanged code. The SBOM will reflect the compiler version change. It will not reflect the silent security regression in the binary. Conformity assessments, Common Criteria certifications, ANSSI's CSPN audits all examine source code or, at best, the binary at a given point in time. Recompilation with an updated compiler can invalidate those certifications without anyone noticing. ## The American infrastructure in contraction The hole in the binary is only the first blind spot. The second concerns the infrastructure the CRA relies on to function. Reporting obligations presuppose that vulnerabilities are identified, catalogued, scored. In practice, this infrastructure rests on three American pillars: MITRE's CVE system, NIST's NVD database, and CISA's KEV catalog. I documented the fragility of these pillars in earlier articles in this series¹⁷. The facts as of today. The NVD has accumulated over 26,000 unanalyzed CVEs¹⁸. In late January 2026, NIST acknowledged before its advisory board that it is "fighting a losing battle" and stopped using the word "backlog," a term that implied the intention to catch up. NIST will not catch up. It will now *prioritize* which CVEs to enrich, abandoning the rest¹⁸ᵇ. MITRE's CVE program funding, extended through April 2026, has no long-term guarantee¹⁹. CISA has lost nearly all its senior leadership and suffered 30% budget cuts²⁰. The KEV catalog covers roughly 0.5% of published CVEs²¹, fed by predominantly American sources: sensors deployed on American networks, intelligence from the NSA, the FBI, and US vendors. Europe has no operational alternative. The EUVD launched in 2025 is embryonic. The European GCVE (Global CVE Allocation System), launched in response to American failures, worries NIST, which fears a "balkanization" of the system¹⁸ᵇ. No European catalog of actively exploited vulnerabilities exists. 85% of European security solutions rely on NVD data²². The CRA requires European manufacturers to report vulnerabilities within 24 hours. To identify those vulnerabilities, these manufacturers depend on an American infrastructure that no longer even claims to ensure comprehensive coverage²³. ## Compliance and visibility The CRA produces a compliance mechanism: SBOM documented, CVEs monitored, 24-hour reporting, patch processes, CE mark applied. The manufacturer checks the boxes. The auditor validates. The regulator is satisfied. This compliance covers catalogued vulnerabilities, those with a CVE identifier, a CVSS score, an NVD entry. The "known vulnerability, known exploitation" quadrant in the classic known/unknown matrix. Everything else falls outside the framework. An actively exploited 0-day without a CVE identifier remains invisible to the CRA as long as no attribution exists. The KEV requires a CVE to include a vulnerability in its catalog²¹. No CVE, no KEV, no signal, no reporting obligation. A vulnerability introduced by the compiler into a binary declared compliant evades all detection: no scanner flags it, no CVE references it, no SBOM documents it. It exists in the binary deployed at the customer's site, not in the audited source code. And an unknown class of vulnerabilities, discovered by an attacker using AI to fuzz compiled binaries, is by definition absent from every catalog. The CRA turns a visibility bias into a compliance attestation. The compliant organization believes its perimeter is covered. The covered perimeter represents a fraction of the actual risk. ## AI in the blind spot Article 4 of this series documented the imbalance between defensive and offensive AI²⁴. Defensive AI improves the handling of known threats, a linear improvement. Offensive AI explores the space of the unknown, discovers new attack paths, generates undocumented techniques, and exponentially multiplies the number of capable attackers. The compiler case illustrates this imbalance with surgical precision. What Meusel does manually with valgrind, verifying that a compiled binary preserves the constant-time properties of the source code, an offensive AI can do at industrial scale. Fuzz compiled binaries across different versions of GCC, Clang, MSVC. Map the optimizations that introduce timing variations. Identify cryptographic libraries whose protections are silently stripped. Target CRA-compliant products whose binary no longer matches the source code guarantees. In February 2026, Anthropic published Claude Opus 4.6's vulnerability research results: over 500 validated high-severity flaws in major open-source projects (Ghostscript, OpenSC, CGIF), some present for decades and resistant to millions of CPU hours of automated fuzzing²⁵. The model does not fuzz: it reads source code, analyzes Git history, reasons about algorithmic logic. Cost: roughly $45 per attempt. Anthropic estimates that 90-day disclosure windows may become inadequate given the volume of discoveries²⁵ᵇ. Google Big Sleep and Microsoft Security Copilot confirm the trend²⁶. These results concern source code, not compiled binaries. Extrapolation to binary analysis is a projection, not an established fact. But the direction is clear: when a model reasons about the logic of a compression algorithm to trigger a buffer overflow that fuzzing cannot find statistically, applying that reasoning to compiler transformations is a matter of time and focus, not a technological breakthrough. AI maximizes the offensive game in the exact plane the CRA does not cover. Catalogued vulnerabilities, manufacturers know how to handle them, even poorly. Emergent vulnerabilities, created by interaction between stack layers, invisible to scanners, absent from catalogs, that is where offensive AI operates without constraint and where the CRA is blind. ## The full chain To recap. The compiler introduces vulnerabilities into the binary that the source code does not contain, but the CRA assesses source code conformity. The detection infrastructure (CVE/NVD/KEV) that feeds CRA obligations is under American control, contracting, and geographically biased. And offensive AI discovers and exploits classes of vulnerabilities that the CVE/NVD/KEV system does not catalog by definition, since they did not exist before being found. These three gaps do not add up. They multiply. The compiler creates vulnerabilities that the CVE does not reference, that the scanner does not detect, that the SBOM does not document, and that offensive AI can hunt for at a marginal cost of $45 per attempt, with success rates doubling every six months. CRA compliance, far from protecting, reassures the organization about a covered perimeter while risk concentrates outside it. In military terms, this is the Maginot Line. An expensive, technically impressive fortification, built to face the visible threat. The attack will come through the Ardennes. ## What I don't know The extent of the problem is no longer a hypothesis. An October 2024 study, "Breaking Bad: How Compilers Break Constant-Time Implementations," analyzed 44,604 compiled targets across major cryptographic libraries, six processor architectures (x86-64, ARM, RISC-V, MIPS), multiple GCC and LLVM versions, and all optimization levels²⁵ᶜ. Result: compiler-introduced vulnerabilities are "widespread." The researchers found them in every configuration tested, including in the libraries most reputed for side-channel resistance. A second paper from July 2025 identifies the specific optimization passes responsible and proposes compiler flag mitigations²⁵ᵈ. What I don't know: the extent beyond the open-source libraries studied. Internal corporate cryptographic implementations, embedded firmware, unaudited proprietary libraries, no one has measured the impact of compiler optimizations on this perimeter. And that is where the CRA bites: compliant products placed on the European market massively include this type of unverified code. I also don't know whether the European Commission is aware of this blind spot. CRA discussions focused on SBOMs, patch processes, reporting obligations. The question "does the compiled binary have the same security properties as the audited source code?" does not appear in any preparatory document I could find. The future of GnuSecret remains uncertain. If GCC integrates a `secret` attribute in a future version, it would be a first step toward a compiler that understands security, not just performance. But GCC evolves slowly, and integrating such a change would take years. As for the European EUVD or the new GCVE, nothing suggests they can cover compiler-introduced vulnerabilities. This type of vulnerability does not fit the classic CVE model: there is no bug in the source code, no bug in the compiler (it behaves in accordance with the C standard), and yet the binary is vulnerable. The current conceptual framework has no category for this phenomenon. ## Seven months to act The CRA takes effect in stages: vulnerability reporting in September 2026, full conformity in December 2027²⁷. The PLD applies from December 2026²⁸. Manufacturers preparing for CRA compliance have seven months to integrate a fact the regulation ignores: the binary they ship does not necessarily have the security properties of the code they wrote. Integrating post-compilation verification into the CI/CD pipeline is the first priority. Tools like valgrind (memcheck mode), ct-verif, or timecop can detect timing leaks in compiled binaries. No CRA standard requires it. The PLD will require it in practice, since a manufacturer unable to demonstrate it verified its binary, not just its source code, will have no defense against a presumption of defectiveness. Documenting compilation flags and justifying them comes next. The choice between `-O2` and `-O3` has consequences for the binary's security properties. An augmented SBOM, including the compiler version, optimization flags, and post-compilation verification results, constitutes evidence of due diligence that exists in no current standard but that any court will understand. Finally, treat every compiler version upgrade as a security event. An update from GCC 14 to GCC 15 can introduce new optimizations that break cryptographic protections in unchanged code. Change management processes must include re-validation of the binary's security properties after every compiler change. These measures do not solve the underlying problem. They reduce legal exposure and technical risk while the regulatory framework catches up with reality. The underlying problem is a design flaw in the CRA. A regulation that aims to reduce risks from European digital products without addressing the transformation chain between source code and deployed binary, and without a European alternative to the American vulnerability databases it depends on, produces compliance, not security. And it produces a perverse effect: compliance costs and strict liability that only established players can absorb, in a market dominated by non-European actors who can choose not to enter it. --- *Twelfth article in a series on the structural weaknesses of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The Digital Hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... We Sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) - *Article 11:* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/) --- ¹ Meusel, R. (2026). "Trust the Math, Fear the Compiler", FOSDEM 2026, Security Devroom [https://fosdem.org/2026/schedule/event/fosdem-2026-6174-trust-the-math-fear-the-compiler/](https://fosdem.org/2026/schedule/event/fosdem-2026-6174-trust-the-math-fear-the-compiler/?ref=klaerenn.fr) ² Regulation (EU) 2024/2847, Article 69(3) — reporting obligations applicable from September 11, 2026 [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-summary](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-summary?ref=klaerenn.fr) ³ Regulation (EU) 2024/2847, Article 14(1) — 24-hour notification to ENISA and national CSIRTs [https://www.european-cyber-resilience-act.com/](https://www.european-cyber-resilience-act.com/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Regulation (EU) 2024/2847, Article 64 — maximum penalties of €15 million or 2.5% of global turnover [https://www.whitecase.com/insight-alert/cyber-resilience-act-clock-ticking-compliance](https://www.whitecase.com/insight-alert/cyber-resilience-act-clock-ticking-compliance?ref=klaerenn.fr) ⁵ Regulation (EU) 2024/2847, Annex I, Part I — essential cybersecurity requirements [https://cycode.com/blog/cyber-resilience-act/](https://cycode.com/blog/cyber-resilience-act/?ref=klaerenn.fr) ⁶ Regulation (EU) 2024/2847, Preamble 77 — SBOM requirement [https://www.european-cyber-resilience-act.com/Cyber\_Resilience\_Act\_Preamble\_71\_to\_80.html](https://www.european-cyber-resilience-act.com/Cyber%5FResilience%5FAct%5FPreamble%5F71%5Fto%5F80.html?ref=klaerenn.fr) ⁷ Regulation (EU) 2024/2847, Article 69(3) — applies to products placed on the market before December 2027 [https://www.keysight.com/blogs/en/tech/nwvs/2025/09/11/one-year-countdown-to-eu-cra-compliance-september-11-2026-changes-everything](https://www.keysight.com/blogs/en/tech/nwvs/2025/09/11/one-year-countdown-to-eu-cra-compliance-september-11-2026-changes-everything?ref=klaerenn.fr) ⁸ Directive (EU) 2024/2853, Article 4 — software explicitly included in the definition of "product" [https://www.ibanet.org/European-Product-Liability-Directive-liability-for-software](https://www.ibanet.org/European-Product-Liability-Directive-liability-for-software?ref=klaerenn.fr) ⁹ Directive (EU) 2024/2853 — removal of liability cap [https://www.ibanet.org/European-Product-Liability-Directive-liability-for-software](https://www.ibanet.org/European-Product-Liability-Directive-liability-for-software?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Reed Smith (2025). "The new EU Product Liability Directive: Implications for software, digital products, and cybersecurity" [https://www.reedsmith.com/articles/eu-product-liability-directive-software-digital-products-cybersecurity/](https://www.reedsmith.com/articles/eu-product-liability-directive-software-digital-products-cybersecurity/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ "Tentative Definition of the Secret Attribute in GCC", FOSDEM 2026 [https://fosdem.org/2026/schedule/event/HGLHTN-tentative\_definition\_of\_the\_secret\_attribute\_in\_gcc/](https://fosdem.org/2026/schedule/event/HGLHTN-tentative%5Fdefinition%5Fof%5Fthe%5Fsecret%5Fattribute%5Fin%5Fgcc/?ref=klaerenn.fr) ¹² Regulation (EU) 2024/2847, Article 24 — obligations for "open-source software stewards": cybersecurity policy, cooperation with authorities, reporting of actively exploited vulnerabilities [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-open-source](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-open-source?ref=klaerenn.fr) ¹²ᵇ Regulation (EU) 2024/2847, Article 13(5) — manufacturer's due diligence obligation on integrated third-party components, including open source. The Commission foresees "voluntary security attestation programmes" via delegated acts (Article 25) [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj/eng](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj/eng?ref=klaerenn.fr) ¹³ Directive (EU) 2024/2853, Article 2(2) — exclusion of free software outside commercial activity. A paid service or one provided in exchange for personal data restores product status [https://www.ibanet.org/European-Product-Liability-Directive-liability-for-software](https://www.ibanet.org/European-Product-Liability-Directive-liability-for-software?ref=klaerenn.fr) ¹³ᵇ Directive (EU) 2024/2853, Recital 15 (a manufacturer integrating free software into a commercial product can be held liable for defects in that software, but not the software's manufacturer, excluded from scope by Article 2(2)), Article 8 (liability cascade: manufacturer → importer → authorized representative → fulfillment service provider → distributor) and Article 12(2) (recourse against a software component manufacturer can be contractually waived if it is a micro or small enterprise) [https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2024/2853/oj/eng](https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2024/2853/oj/eng?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Directive (EU) 2024/2853 — strict liability regime (no-fault) [https://www.fladgate.com/insights/the-eus-new-product-liability-directive-what-it-means-for-software](https://www.fladgate.com/insights/the-eus-new-product-liability-directive-what-it-means-for-software?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Directive (EU) 2024/2853, Article 7(2) — assessment of defectiveness of digital products [https://riskandcompliance.freshfields.com/post/102jk3j/the-eu-product-liability-directive-key-implications-for-software-and-ai](https://riskandcompliance.freshfields.com/post/102jk3j/the-eu-product-liability-directive-key-implications-for-software-and-ai?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Reed Smith (2025), ibid. — presumption of defectiveness in cases of technical complexity [https://www.reedsmith.com/articles/eu-product-liability-directive-software-digital-products-cybersecurity/](https://www.reedsmith.com/articles/eu-product-liability-directive-software-digital-products-cybersecurity/?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ See articles 1, 2 and 7 in this series ¹⁸ Gamblin, J. (2026). "NVD Analysis Status" — 26,628 unanalyzed CVEs since February 2024, estimated 484 days to clear at pre-crisis rate [https://github.com/jgamblin/NVDAnalysisStatus](https://github.com/jgamblin/NVDAnalysisStatus?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ᵇ Cybersecurity Dive (January 2026). "NIST is rethinking its role in analyzing software vulnerabilities" — NIST admits "We're fighting a losing battle" and announces prioritization over comprehensive enrichment [https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/](https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ See article 1 in this series: MITRE funding crises in 2024 and 2025 ²⁰ Cybersecurity Dive, "CISA loses nearly all top officials as purge continues," May 2025 [https://www.cybersecuritydive.com/news/cisa-senior-official-departures/748992/](https://www.cybersecuritydive.com/news/cisa-senior-official-departures/748992/?ref=klaerenn.fr) ²¹ See article 7 in this series: "The KEV covers roughly 0.5% of published CVEs"; the KEV requires a CVE for inclusion ²² See article 2 in this series: "85% of European security solutions rely on NVD data" ²³ GIS Reports, "U.S. cybersecurity policy under Trump," November 2025 [https://www.gisreportsonline.com/r/trump-cyber/](https://www.gisreportsonline.com/r/trump-cyber/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ See article 4 in this series: "AI and the Collapse of the Western Defensive Model" ²⁵ Anthropic Frontier Red Team (February 2026). "0-Days" — Claude Opus 4.6 discovers 500+ validated high-severity vulnerabilities in major open-source projects without specialized scaffolding [https://red.anthropic.com/2026/zero-days/](https://red.anthropic.com/2026/zero-days/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ᵇ Anthropic (February 2026). "Building AI Cyber Defenders" — Sonnet 4.5 reproduces known vulnerabilities in 66.7% of cases at 30 trials ($45/attempt); success rate doubled in six months [https://www.anthropic.com/research/building-ai-cyber-defenders](https://www.anthropic.com/research/building-ai-cyber-defenders?ref=klaerenn.fr) ²⁵ᶜ Music, N. et al. (2024). "Breaking Bad: How Compilers Break Constant-Time Implementations", ACM CCS — 44,604 targets analyzed, compiler vulnerabilities "widespread" across all tested configurations [https://arxiv.org/abs/2410.13489](https://arxiv.org/abs/2410.13489?ref=klaerenn.fr) ²⁵ᵈ "Fun with flags: How Compilers Break and Fix Constant-Time Code" (July 2025) — identification of responsible GCC/LLVM optimization passes, compiler flag mitigations [https://arxiv.org/abs/2507.06112](https://arxiv.org/abs/2507.06112?ref=klaerenn.fr) ²⁶ Google Project Zero "Big Sleep" (October 2024), first exploitable vulnerability (SQLite) discovered by an AI agent; Microsoft Security Copilot (March 2025), 20 flaws in GRUB2, U-Boot and Barebox bootloaders [https://projectzero.google/2024/10/from-naptime-to-big-sleep.html](https://projectzero.google/2024/10/from-naptime-to-big-sleep.html?ref=klaerenn.fr) [https://www.microsoft.com/en-us/security/blog/2025/03/31/analyzing-open-source-bootloaders-finding-vulnerabilities-faster-with-ai/](https://www.microsoft.com/en-us/security/blog/2025/03/31/analyzing-open-source-bootloaders-finding-vulnerabilities-faster-with-ai/?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Regulation (EU) 2024/2847 — application timeline: reporting September 11, 2026, full conformity December 11, 2027 [https://orcwg.org/cra/](https://orcwg.org/cra/?ref=klaerenn.fr) ²⁸ Directive (EU) 2024/2853 — national transposition by December 9, 2026 at the latest [https://iclg.com/practice-areas/product-liability-laws-and-regulations/01-the-new-eu-product-liability-directive](https://iclg.com/practice-areas/product-liability-laws-and-regulations/01-the-new-eu-product-liability-directive?ref=klaerenn.fr) ### Hexagone Tour Bordeaux — La sécurité du partage des données sensibles et secrètes URL: https://www.klaerenn.fr/hexagone-tour-bordeaux-la-securite-du-partage-des-donnees-sensibles-et-secretes/ Last updated: 2026-05-02T12:05:03.000Z Intervention lors de l'étape Bordeaux du **Hexagone Tour** le 19 mars 2026, troisième étape régionale après Toulouse et Nantes, organisée par Interstis Solutions et Parsec dans les locaux de l'IPSSI Bordeaux, en présence des délégués territoriaux de l'ANSSI Nouvelle-Aquitaine. Table ronde « La sécurité du partage des données sensibles et secrètes », aux côtés de Damien Teyssier (Directeur Cyber du GRADeS ESEA, Cellule Cyber Sécurité de la Santé Nouvelle-Aquitaine), sous l'animation de Thierry Leblond (CEO de Parsec). Trois constats ont structuré la discussion : - **Une donnée n'a pas de propriétaire, elle a des responsables** — La question juridique du « propriétaire de la donnée » est un mirage. La vraie question est qui prend la responsabilité de la classifier, de la protéger, de la révoquer. Cette responsabilité reste aujourd'hui mal assumée, à tous les niveaux. - **Partager ou protéger : faux dilemme, vrais arbitrages** — Sécurité, ergonomie, économie : les compromis sont légitimes. Mais ils doivent être des choix conscients, pas des renoncements par défaut. La fuite Cegedim — 17 millions de dossiers médicaux exfiltrés via un champ commentaire — illustre le coût de l'arbitrage subi. - **La technique est là. Ce qui manque, c'est la volonté** — Chiffrement de bout en bout, droit à en connaître, signatures numériques, révocation cryptographique : les briques souveraines existent. Le verrou est désormais politique : cartographie, classification, décision. ➡️ [En savoir plus sur l'Hexagone Tour](https://site.hexagone.io/hexagone-tour-pessac?ref=klaerenn.fr) ### Ghost in the Binary URL: https://www.klaerenn.fr/ghost-in-the-binary/ Last updated: 2026-09-01T22:51:09.000Z *Quand la réglementation ne voit pas ce qu'elle déclare conforme* --- Le 1er février 2026, René Meusel monte sur scène au FOSDEM à Bruxelles. Meusel maintient Botan, une bibliothèque cryptographique recommandée par le BSI allemand, et travaille comme ingénieur chez Rohde & Schwarz Cybersecurity. Son sujet : "Trust the Math, Fear the Compiler." Sa démonstration : GCC 15.2, compilé avec le flag d'optimisation `-O3`, supprime les protections contre les attaques par canal auxiliaire dans du code cryptographique correct¹. Le compilateur ne casse pas le code. Il l'optimise. Il détecte une boucle de vérification qui sort tôt quand le caractère est correct, en déduit que le code de normalisation du timing qui suit est inutile, et l'élimine. Résultat : un timing side-channel exploitable apparaît dans le binaire compilé. Le code source est sûr. Le binaire ne l'est plus. Sept mois plus tard, le 11 septembre 2026, les obligations de signalement du Cyber Resilience Act européen entrent en vigueur². Chaque fabricant de produit à éléments numériques devra signaler les vulnérabilités activement exploitées à l'ENISA sous 24 heures³, avec des amendes pouvant atteindre 15 millions d'euros ou 2,5% du chiffre d'affaires mondial⁴. Le CRA évalue la conformité du code source. Le compilateur modifie le binaire. Le régulateur ne voit pas la différence. ## Ce que le CRA couvre Le CRA et la nouvelle directive sur la responsabilité des produits (PLD 2024/2853) forment le dispositif réglementaire le plus complet conçu à ce jour pour réduire les risques liés aux produits numériques en Europe. Le CRA impose aux fabricants d'évaluer les risques cyber durant toutes les phases du cycle de vie, de la conception à la maintenance, et de ne pas mettre sur le marché des produits présentant des vulnérabilités connues⁵. Les fabricants doivent produire un SBOM (Software Bill of Materials) documentant tous les composants intégrés⁶. L'obligation de signalement couvre même les produits déployés avant l'entrée en vigueur du texte⁷. La PLD va plus loin. Le logiciel devient un produit au sens juridique, soumis à la responsabilité stricte, sans faute⁸. Le fabricant répond des défauts même s'il n'a commis aucune négligence. Le plafond de responsabilité de l'ancienne directive disparaît⁹. Les entreprises ne peuvent pas contractuellement exclure ou limiter leur responsabilité pour les défauts de cybersécurité¹⁰. Le dispositif repose sur un présupposé : le fabricant maîtrise son produit. Ce qu'il écrit, ce qu'il teste, ce qu'il déclare conforme, c'est ce qui tourne chez le client. La démonstration de Meusel au FOSDEM invalide ce présupposé. ## Le compilateur, acteur invisible L'optimisation agressive des compilateurs modernes transforme les propriétés de sécurité du code. Meusel décrit une escalade en trois étapes pour protéger une simple vérification de mot de passe contre les timing attacks. Première étape : remplacer les valeurs booléennes par des entiers sur deux bits, avec des opérations bitwise. GCC détecte le subterfuge. Il reconnaît les comparaisons booléennes déguisées et réintroduit les branchements optimisés. Deuxième étape : appliquer des fonctions d'obfuscation sur les entrées et les sorties. Ces fonctions n'apportent rien au programme. Elles existent pour empêcher le compilateur d'optimiser les protections de sécurité. Troisième étape : injecter de l'assembleur inline qui ne fait rien, qui retourne la même valeur inchangée. Le compilateur ne comprend pas l'assembleur. Il cesse de toucher aux valeurs concernées¹. Du code écrit pour tromper un outil de traduction. Trois couches d'obfuscation dont la seule fonction est d'empêcher GCC de supprimer les protections que le développeur a intentionnellement placées. Un second talk au même FOSDEM propose une approche plus ambitieuse. Le projet GnuSecret introduit un attribut `secret` directement dans GCC, permettant de propager la notion de donnée confidentielle à travers les passes d'optimisation¹¹. Le langage C n'a aucune notion de donnée secrète dans sa machine abstraite. Le compilateur ne peut pas protéger ce qu'il ne sait pas devoir protéger. Meusel montre le contournement artisanal, GnuSecret montre la solution de fond. Les deux confirment que le compilateur est un acteur autonome dans la chaîne de sécurité, et que ni le CRA ni la PLD ne l'ont prévu. ## Qui paie quand le compilateur casse le binaire GCC est un logiciel libre, développé hors de toute activité commerciale. Le CRA exempte explicitement les stewards open source des obligations de fabricant¹². Leurs seules contraintes : maintenir une politique de cybersécurité, coopérer avec les autorités de surveillance, signaler les vulnérabilités activement exploitées (Article 24 CRA). La PLD exclut les logiciels libres fournis en dehors d'une activité commerciale (Article 2(2) PLD)¹³. L'exemption s'arrête net quand un composant open source entre dans un produit commercial. Le CRA est explicite : quand un fabricant intègre des composants tiers dans son produit, il doit exercer une diligence raisonnable pour que ces composants ne compromettent pas la cybersécurité du produit (Article 13(5) CRA)¹²ᵇ. La PLD enfonce le clou : un logiciel libre développé hors activité commerciale est exclu de son champ d'application (Article 2(2) PLD). Le Recital 15 précise la conséquence : quand un fabricant intègre un tel logiciel dans un produit commercial, il peut être tenu responsable des défauts de ce logiciel, mais pas le fabricant du logiciel, puisque celui-ci n'a jamais mis de produit sur le marché au sens de la directive¹³ᵇ. Traduit en clair : vous compilez votre produit avec GCC. GCC optimise votre code et casse une protection constant-time. Votre binaire est vulnérable. Vous êtes responsable au titre du CRA pour le défaut de conformité. Vous êtes liable au titre de la PLD pour le dommage causé. Et vous ne pouvez pas vous retourner contre GCC, parce que GCC n'est pas un opérateur économique au sens de la directive. Le fabricant porte 100% de la responsabilité pour un défaut qu'il n'a pas introduit, dans un binaire dont le compilateur a modifié les propriétés de sécurité, par un outil que le régulateur a choisi d'exclure du périmètre. L'entité qui cause le défaut n'existe pas au regard de la PLD. L'entité qui est responsable n'a pas causé le défaut. Et il n'y a personne contre qui exercer un recours. La PLD aggrave la situation. La responsabilité est stricte : le fabricant n'a pas besoin d'être négligent pour être tenu responsable¹⁴. Le fait qu'il ait écrit un code source correct, testé et audité, ne constitue pas une défense, car la PLD évalue le produit tel qu'il est mis sur le marché, pas tel qu'il a été conçu¹⁵. Si le fabricant ne peut pas démontrer sa conformité aux processus requis, les tribunaux peuvent présumer la défectuosité¹⁶. Or démontrer la conformité du code source ne suffit pas si le binaire a des propriétés différentes. Et les processus de vérification post-compilation (valgrind, ct-verif) ne font partie d'aucune norme de conformité CRA. Enfin, la PLD crée une cascade de responsabilité : fabricant, puis importateur, puis distributeur (Article 8 PLD)¹³ᵇ. Si le fabricant n'est pas identifiable ou n'a pas d'entité dans l'Union, c'est le distributeur européen qui porte la responsabilité, pour un défaut dont il ignore tout. ## Ce que le SBOM ne voit pas Le CRA impose les SBOM pour améliorer la transparence de la chaîne d'approvisionnement⁶. Un SBOM documentera : Botan 3.x, compilé avec GCC 15.2, flag `-O3`. Il ne documentera pas que GCC a supprimé la protection constant-time de la fonction de vérification à la ligne 247, exposant un side-channel de 3 nanosecondes exploitable à distance. Le SBOM inventorie ce qu'on met dans la boîte. Pas ce qui en sort. Une montée de version du compilateur, de GCC 14 à GCC 15, peut introduire de nouvelles optimisations qui cassent des protections cryptographiques dans du code inchangé. Le SBOM reflétera le changement de version du compilateur. Il ne reflétera pas la régression de sécurité silencieuse dans le binaire. Les évaluations de conformité, les certifications Critères Communs, les audits CSPN de l'ANSSI examinent le code source ou, au mieux, le binaire à un instant donné. Une recompilation avec un compilateur mis à jour peut invalider ces certifications sans que personne ne le détecte. ## L'infrastructure américaine en contraction Le trou dans le binaire n'est que le premier angle mort. Le second concerne l'infrastructure sur laquelle le CRA s'appuie pour fonctionner. Les obligations de signalement présupposent que les vulnérabilités sont identifiées, cataloguées, scorées. En pratique, cette infrastructure repose sur trois piliers américains : le système CVE de MITRE, la base NVD du NIST, et le catalogue KEV de la CISA. J'ai documenté la fragilité de ces piliers dans les articles précédents de cette série¹⁷. Rappel des faits à date. Le NVD accumule plus de 26 000 CVE non analysés¹⁸. Fin janvier 2026, NIST a reconnu devant son advisory board qu'il « combat une bataille perdue » et cessé d'utiliser le mot « backlog », un terme qui supposait l'intention de rattraper le retard. NIST ne rattrapera pas. Il va désormais *prioriser* quels CVE enrichir, en abandonnant le reste¹⁸ᵇ. Le financement du programme CVE par MITRE, prolongé jusqu'en avril 2026, reste sans garantie à long terme¹⁹. La CISA a perdu la quasi-totalité de ses cadres dirigeants et subi des coupes budgétaires de 30%²⁰. Le catalogue KEV couvre environ 0,5% des CVE publiés²¹, alimenté par des sources essentiellement américaines : capteurs déployés sur des réseaux américains, renseignement provenant de la NSA, du FBI, d'éditeurs US. L'Europe n'a pas d'alternative opérationnelle. L'EUVD lancé en 2025 est embryonnaire. Le GCVE (Global CVE Allocation System) européen, lancé en réaction aux défaillances américaines, inquiète NIST qui craint une « balkanisation » du système¹⁸ᵇ. Aucun catalogue européen de vulnérabilités activement exploitées n'existe. 85% des solutions européennes de sécurité s'appuient sur les données du NVD²². Le CRA impose aux fabricants européens de signaler les vulnérabilités sous 24 heures. Pour identifier ces vulnérabilités, ces fabricants dépendent d'une infrastructure américaine qui ne prétend même plus assurer l'exhaustivité du traitement²³. ## Conformité et visibilité Le CRA produit une mécanique de conformité : SBOM documenté, CVE monitorés, signalement en 24 heures, processus de patch, marque CE apposée. Le fabricant coche les cases. L'auditeur valide. Le régulateur est satisfait. Cette conformité couvre les vulnérabilités cataloguées, celles qui ont un identifiant CVE, un score CVSS, une fiche NVD. Le quadrant "vulnérabilité connue, exploitation connue" dans la matrice classique connu/inconnu. Tout le reste échappe au dispositif. Un 0-day activement exploité mais sans identifiant CVE reste invisible au CRA tant qu'aucune attribution n'existe. Le KEV exige un CVE pour inclure une vulnérabilité dans son catalogue²¹. Pas de CVE, pas de KEV, pas de signal, pas d'obligation de signalement. Une vulnérabilité introduite par le compilateur dans un binaire déclaré conforme échappe à toute détection : aucun scanner ne la repère, aucun CVE ne la référence, aucun SBOM ne la documente. Elle existe dans le binaire déployé chez le client, pas dans le code source audité. Et une classe de vulnérabilités inconnue, découverte par un attaquant utilisant l'IA pour fuzzer des binaires compilés, est par définition absente de tout catalogue. Le CRA transforme un biais de visibilité en attestation de conformité. L'organisation conforme croit son périmètre couvert. Le périmètre couvert représente une fraction du risque réel. ## L'IA dans l'angle mort L'article 4 de cette série documentait le déséquilibre entre IA défensive et offensive²⁴. L'IA défensive améliore le traitement des menaces connues, une amélioration linéaire. L'IA offensive explore l'espace de l'inconnu, découvre de nouveaux chemins d'attaque, génère des techniques non documentées, et multiplie exponentiellement le nombre d'attaquants capables. Le cas du compilateur illustre ce déséquilibre avec une précision chirurgicale. Ce que Meusel fait manuellement avec valgrind, vérifier qu'un binaire compilé préserve les propriétés constant-time du code source, une IA offensive peut le faire à l'échelle industrielle. Fuzzer des binaires compilés avec différentes versions de GCC, Clang, MSVC. Cartographier les optimisations qui introduisent des timing variations. Identifier les bibliothèques cryptographiques dont les protections sont silencieusement supprimées. Cibler les produits conformes au CRA dont le binaire ne correspond plus aux garanties du code source. En février 2026, Anthropic a publié les résultats de Claude Opus 4.6 en recherche de vulnérabilités : plus de 500 failles sévères validées dans des projets open source majeurs (Ghostscript, OpenSC, CGIF), dont certaines présentes depuis des décennies et résistantes à des millions d'heures de fuzzing automatisé²⁵. Le modèle ne fuzze pas : il lit le code source, analyse l'historique Git, raisonne sur la logique algorithmique. Coût : environ 45 dollars par tentative. Anthropic estime que les fenêtres de divulgation de 90 jours pourraient devenir inadéquates face au volume de découvertes²⁵ᵇ. Google Big Sleep et Microsoft Security Copilot confirment la tendance²⁶. Ces résultats portent sur le code source, pas sur les binaires compilés. L'extrapolation vers l'analyse binaire est une projection, pas un fait établi. Mais la direction est claire : quand un modèle raisonne sur la logique d'un algorithme de compression pour déclencher un dépassement de tampon que le fuzzing ne peut trouver statistiquement, appliquer ce raisonnement aux transformations d'un compilateur est une question de temps et d'orientation, pas de rupture technologique. L'IA maximise le jeu offensif dans le plan exact que le CRA ne couvre pas. Les vulnérabilités cataloguées, les fabricants savent les gérer, même mal. Les vulnérabilités émergentes, créées par l'interaction entre couches du stack, invisibles aux scanners, absentes des catalogues, voilà le terrain où l'IA offensive opère sans contrainte et où le CRA est aveugle. ## La chaîne complète Récapitulons. Le compilateur introduit des vulnérabilités dans le binaire que le code source ne contient pas, mais le CRA évalue la conformité du code source. L'infrastructure de détection (CVE/NVD/KEV) qui alimente les obligations du CRA est sous contrôle américain, en contraction, et biaisée géographiquement. Et l'IA offensive découvre et exploite des classes de vulnérabilités que le système CVE/NVD/KEV ne catalogue pas par définition, puisqu'elles n'existaient pas avant d'être trouvées. Ces trois failles ne s'additionnent pas. Elles se multiplient. Le compilateur crée des vulnérabilités que le CVE ne référence pas, que le scanner ne détecte pas, que le SBOM ne documente pas, et que l'IA offensive peut chercher à un coût marginal de 45 dollars par tentative, avec des taux de succès qui doublent tous les six mois. La conformité CRA, loin de protéger, rassure l'organisation sur un périmètre couvert pendant que le risque se concentre hors du périmètre. En termes militaires, c'est une ligne Maginot. Une fortification coûteuse, techniquement impressionnante, construite face à la menace visible. L'attaque passera par les Ardennes. ## Ce que je ne sais pas L'étendue du problème n'est plus une hypothèse. Une étude d'octobre 2024, « Breaking Bad: How Compilers Break Constant-Time Implementations », a analysé 44 604 cibles compilées à travers les principales bibliothèques cryptographiques, six architectures processeur (x86-64, ARM, RISC-V, MIPS), plusieurs versions de GCC et LLVM, et tous les niveaux d'optimisation²⁵ᶜ. Résultat : les vulnérabilités introduites par le compilateur sont « widespread ». Les chercheurs en trouvent dans toutes les configurations testées, y compris dans les bibliothèques les plus réputées pour leur résistance aux canaux auxiliaires. Un second papier de juillet 2025 identifie les passes d'optimisation spécifiques responsables et propose des mitigations par flags compilateur²⁵ᵈ. Ce que je ne sais pas : l'étendue au-delà des bibliothèques open source étudiées. Les implémentations cryptographiques internes aux entreprises, les firmwares embarqués, les bibliothèques propriétaires non auditées, personne n'a mesuré l'impact des optimisations compilateur sur ce périmètre. Et c'est là que le CRA mord : les produits conformes mis sur le marché européen incluent massivement ce type de code non vérifié. Je ne sais pas non plus si la Commission européenne a connaissance de cet angle mort. Les discussions autour du CRA ont porté sur les SBOM, les processus de patch, les obligations de signalement. La question "le binaire compilé a-t-il les mêmes propriétés de sécurité que le code source audité ?" n'apparaît dans aucun document préparatoire que j'ai pu consulter. L'avenir du projet GnuSecret reste incertain. Si GCC intègre un attribut `secret` dans une version future, ce serait un premier pas vers un compilateur qui comprend la sécurité, pas seulement la performance. Mais GCC évolue lentement, et l'intégration d'un tel changement prendrait des années. Quant à l'EUVD européen ou au nouveau GCVE, rien ne dit qu'ils pourront couvrir les vulnérabilités introduites par les compilateurs. Ce type de vulnérabilité ne rentre pas dans le modèle CVE classique : il n'y a pas de bug dans le code source, pas de bug dans le compilateur (il se comporte conformément au standard C), et pourtant le binaire est vulnérable. Le cadre conceptuel actuel n'a pas de catégorie pour ce phénomène. ## Sept mois pour agir Le CRA entre en vigueur par étapes : signalement des vulnérabilités en septembre 2026, conformité complète en décembre 2027²⁷. La PLD s'applique à partir de décembre 2026²⁸. Les fabricants qui préparent leur conformité CRA ont sept mois pour intégrer un fait que la réglementation ignore : le binaire qu'ils livrent n'a pas nécessairement les propriétés de sécurité du code qu'ils ont écrit. Intégrer la vérification post-compilation dans la chaîne CI/CD est la première urgence. Des outils comme valgrind (mode memcheck), ct-verif, ou timecop permettent de détecter les timing leaks dans les binaires compilés. Aucune norme CRA ne l'exige. La PLD l'exigera de fait, puisqu'un fabricant incapable de démontrer qu'il a vérifié son binaire se retrouvera sans défense face à une présomption de défectuosité. Documenter les flags de compilation et les justifier vient ensuite. Le choix entre `-O2` et `-O3` a des conséquences sur les propriétés de sécurité du binaire. Un SBOM augmenté, incluant la version du compilateur, les flags d'optimisation, et les résultats de vérification post-compilation, constitue une preuve de diligence qui n'existe dans aucun standard actuel mais que tout tribunal comprendra. Enfin, traiter chaque montée de version du compilateur comme un événement de sécurité. Une mise à jour de GCC 14 vers GCC 15 peut introduire de nouvelles optimisations qui cassent des protections cryptographiques dans du code inchangé. Le processus de gestion des changements doit inclure la re-validation des propriétés de sécurité du binaire après chaque changement de compilateur. Ces mesures ne résolvent pas le problème de fond. Elles réduisent l'exposition juridique et le risque technique pendant que le cadre réglementaire rattrape la réalité. Le problème de fond est un défaut de conception dans le CRA. Un règlement qui vise à réduire les risques liés aux produits numériques européens sans adresser la chaîne de transformation entre le code source et le binaire déployé, et sans alternative européenne aux bases de vulnérabilités américaines dont il dépend, produit de la conformité, pas de la sécurité. Et il produit un effet pervers : des coûts de conformité et une responsabilité stricte que seuls les acteurs déjà établis peuvent absorber, dans un marché dominé par des acteurs non-européens qui peuvent choisir de ne pas y entrer. --- *Douzième article d'une série sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) - *Article 11 :* [*Soylent Green*](https://www.klaerenn.fr/soylent-green/) --- ¹ Meusel, R. (2026). "Trust the Math, Fear the Compiler", FOSDEM 2026, Security Devroom [https://fosdem.org/2026/schedule/event/fosdem-2026-6174-trust-the-math-fear-the-compiler/](https://fosdem.org/2026/schedule/event/fosdem-2026-6174-trust-the-math-fear-the-compiler/?ref=klaerenn.fr) ² Regulation (EU) 2024/2847, Article 69(3) — obligations de signalement applicables à partir du 11 septembre 2026 [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-summary](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-summary?ref=klaerenn.fr) ³ Regulation (EU) 2024/2847, Article 14(1) — notification sous 24 heures à l'ENISA et aux CSIRT nationaux [https://www.european-cyber-resilience-act.com/](https://www.european-cyber-resilience-act.com/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Regulation (EU) 2024/2847, Article 64 — pénalités maximales de 15 millions d'euros ou 2,5% du CA mondial [https://www.whitecase.com/insight-alert/cyber-resilience-act-clock-ticking-compliance](https://www.whitecase.com/insight-alert/cyber-resilience-act-clock-ticking-compliance?ref=klaerenn.fr) ⁵ Regulation (EU) 2024/2847, Annex I, Part I — exigences essentielles de cybersécurité [https://cycode.com/blog/cyber-resilience-act/](https://cycode.com/blog/cyber-resilience-act/?ref=klaerenn.fr) ⁶ Regulation (EU) 2024/2847, Preamble 77 — obligation de SBOM [https://www.european-cyber-resilience-act.com/Cyber\_Resilience\_Act\_Preamble\_71\_to\_80.html](https://www.european-cyber-resilience-act.com/Cyber%5FResilience%5FAct%5FPreamble%5F71%5Fto%5F80.html?ref=klaerenn.fr) ⁷ Regulation (EU) 2024/2847, Article 69(3) — application aux produits mis sur le marché avant décembre 2027 [https://www.keysight.com/blogs/en/tech/nwvs/2025/09/11/one-year-countdown-to-eu-cra-compliance-september-11-2026-changes-everything](https://www.keysight.com/blogs/en/tech/nwvs/2025/09/11/one-year-countdown-to-eu-cra-compliance-september-11-2026-changes-everything?ref=klaerenn.fr) ⁸ Directive (EU) 2024/2853, Article 4 — le logiciel explicitement inclus dans la définition de "produit" [https://www.ibanet.org/European-Product-Liability-Directive-liability-for-software](https://www.ibanet.org/European-Product-Liability-Directive-liability-for-software?ref=klaerenn.fr) ⁹ Directive (EU) 2024/2853 — suppression du plafond de responsabilité [https://www.ibanet.org/European-Product-Liability-Directive-liability-for-software](https://www.ibanet.org/European-Product-Liability-Directive-liability-for-software?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Reed Smith (2025). "The new EU Product Liability Directive: Implications for software, digital products, and cybersecurity" [https://www.reedsmith.com/articles/eu-product-liability-directive-software-digital-products-cybersecurity/](https://www.reedsmith.com/articles/eu-product-liability-directive-software-digital-products-cybersecurity/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ "Tentative Definition of the Secret Attribute in GCC", FOSDEM 2026 [https://fosdem.org/2026/schedule/event/HGLHTN-tentative\_definition\_of\_the\_secret\_attribute\_in\_gcc/](https://fosdem.org/2026/schedule/event/HGLHTN-tentative%5Fdefinition%5Fof%5Fthe%5Fsecret%5Fattribute%5Fin%5Fgcc/?ref=klaerenn.fr) ¹² Regulation (EU) 2024/2847, Article 24 — obligations des "open-source software stewards" : politique de cybersécurité, coopération avec les autorités, signalement des vulnérabilités exploitées [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-open-source](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/cra-open-source?ref=klaerenn.fr) ¹²ᵇ Regulation (EU) 2024/2847, Article 13(5) — obligation de diligence raisonnable du fabricant sur les composants tiers intégrés, y compris open source. La Commission prévoit des « voluntary security attestation programmes » par actes délégués (Article 25) [https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj/eng](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/2847/oj/eng?ref=klaerenn.fr) ¹³ Directive (EU) 2024/2853, Article 2(2) — exclusion du logiciel libre hors activité commerciale. Un service payant ou fourni en échange de données personnelles rétablit le caractère de produit [https://www.ibanet.org/European-Product-Liability-Directive-liability-for-software](https://www.ibanet.org/European-Product-Liability-Directive-liability-for-software?ref=klaerenn.fr) ¹³ᵇ Directive (EU) 2024/2853, Recital 15 (un fabricant qui intègre un logiciel libre dans un produit commercial peut être tenu responsable des défauts de ce logiciel, mais pas le fabricant du logiciel, exclu du champ par l'Article 2(2)), Article 8 (cascade de responsabilité : fabricant → importateur → représentant autorisé → prestataire logistique → distributeur) et Article 12(2) (le recours contre un fabricant de composant logiciel peut être exclu contractuellement si celui-ci est une micro ou petite entreprise) [https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2024/2853/oj/eng](https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2024/2853/oj/eng?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Directive (EU) 2024/2853 — régime de responsabilité stricte (no-fault) [https://www.fladgate.com/insights/the-eus-new-product-liability-directive-what-it-means-for-software](https://www.fladgate.com/insights/the-eus-new-product-liability-directive-what-it-means-for-software?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Directive (EU) 2024/2853, Article 7(2) — évaluation de la défectuosité des produits numériques [https://riskandcompliance.freshfields.com/post/102jk3j/the-eu-product-liability-directive-key-implications-for-software-and-ai](https://riskandcompliance.freshfields.com/post/102jk3j/the-eu-product-liability-directive-key-implications-for-software-and-ai?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Reed Smith (2025), ibid. — présomption de défectuosité en cas de complexité technique [https://www.reedsmith.com/articles/eu-product-liability-directive-software-digital-products-cybersecurity/](https://www.reedsmith.com/articles/eu-product-liability-directive-software-digital-products-cybersecurity/?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ Voir articles 1, 2 et 7 de cette série ¹⁸ Gamblin, J. (2026). "NVD Analysis Status" — 26 628 CVE non analysés depuis février 2024, 484 jours estimés pour résorber au rythme pré-crise [https://github.com/jgamblin/NVDAnalysisStatus](https://github.com/jgamblin/NVDAnalysisStatus?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ᵇ Cybersecurity Dive (janvier 2026). "NIST is rethinking its role in analyzing software vulnerabilities" — NIST admet « We're fighting a losing battle » et annonce la priorisation plutôt que l'enrichissement exhaustif [https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/](https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ Voir article 1 de cette série : crises de financement MITRE 2024 et 2025 ²⁰ Cybersecurity Dive, "CISA loses nearly all top officials as purge continues", mai 2025 [https://www.cybersecuritydive.com/news/cisa-senior-official-departures/748992/](https://www.cybersecuritydive.com/news/cisa-senior-official-departures/748992/?ref=klaerenn.fr) ²¹ Voir article 7 de cette série : "Le KEV couvre environ 0,5% des CVE publiés" ; le KEV exige un CVE pour inclusion ²² Voir article 2 de cette série : "85% des solutions européennes s'appuient sur les données du NVD" ²³ GIS Reports, "U.S. cybersecurity policy under Trump", novembre 2025 [https://www.gisreportsonline.com/r/trump-cyber/](https://www.gisreportsonline.com/r/trump-cyber/?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Voir article 4 de cette série : "L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental" ²⁵ Anthropic Frontier Red Team (février 2026). "0-Days" — Claude Opus 4.6 découvre 500+ vulnérabilités sévères validées dans des projets open source majeurs sans scaffolding spécialisé [https://red.anthropic.com/2026/zero-days/](https://red.anthropic.com/2026/zero-days/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ᵇ Anthropic (février 2026). "Building AI Cyber Defenders" — Sonnet 4.5 reproduit des vulnérabilités connues dans 66,7% des cas à 30 essais ($45/essai) ; taux de succès doublé en six mois [https://www.anthropic.com/research/building-ai-cyber-defenders](https://www.anthropic.com/research/building-ai-cyber-defenders?ref=klaerenn.fr) ²⁵ᶜ Music, N. et al. (2024). "Breaking Bad: How Compilers Break Constant-Time Implementations", ACM CCS — 44 604 cibles analysées, vulnérabilités compilateur « widespread » dans toutes les configurations testées [https://arxiv.org/abs/2410.13489](https://arxiv.org/abs/2410.13489?ref=klaerenn.fr) ²⁵ᵈ "Fun with flags: How Compilers Break and Fix Constant-Time Code" (juillet 2025) — Identification des passes d'optimisation GCC/LLVM responsables, mitigations par flags compilateur [https://arxiv.org/abs/2507.06112](https://arxiv.org/abs/2507.06112?ref=klaerenn.fr) ²⁶ Google Project Zero "Big Sleep" (octobre 2024), première vulnérabilité exploitable (SQLite) découverte par un agent IA ; Microsoft Security Copilot (mars 2025), 20 failles dans les bootloaders GRUB2, U-Boot et Barebox [https://projectzero.google/2024/10/from-naptime-to-big-sleep.html](https://projectzero.google/2024/10/from-naptime-to-big-sleep.html?ref=klaerenn.fr) [https://www.microsoft.com/en-us/security/blog/2025/03/31/analyzing-open-source-bootloaders-finding-vulnerabilities-faster-with-ai/](https://www.microsoft.com/en-us/security/blog/2025/03/31/analyzing-open-source-bootloaders-finding-vulnerabilities-faster-with-ai/?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Regulation (EU) 2024/2847 — calendrier d'application : signalement 11 septembre 2026, conformité complète 11 décembre 2027 [https://orcwg.org/cra/](https://orcwg.org/cra/?ref=klaerenn.fr) ²⁸ Directive (EU) 2024/2853 — transposition nationale au plus tard le 9 décembre 2026 [https://iclg.com/practice-areas/product-liability-laws-and-regulations/01-the-new-eu-product-liability-directive](https://iclg.com/practice-areas/product-liability-laws-and-regulations/01-the-new-eu-product-liability-directive?ref=klaerenn.fr) ### The Sting URL: https://www.klaerenn.fr/the-sting/ Last updated: 2026-09-01T22:51:09.000Z *Five-story sovereignty, zero-floor control* --- On February 5, 2026, at Bercy, three ministers unveil a Prime Minister's circular on government digital procurement¹. Sovereignty becomes the top criterion, ahead of performance, security and cost. The same day, the government abandons the Health Data Hub's interim solution and launches migration to a SecNumCloud-qualified cloud via the UGAP "Nuage Public" framework. Six years after the first promise. Nine days later, at the Munich Security Conference, U.S. Secretary of State Rubio calls the postwar order "a dangerous delusion" and denounces the outsourcing of sovereignty to multilateral institutions². In the same speech, he declares that the United States and Europe "belong together" and receives a standing ovation. The preceding five months set the stage. On September 5, 2025, the Commission fines Google €2.95 billion for abuse of dominance in adtech³. Trump threatens the same day to launch a Section 301 investigation to "reverse the unfair penalties." On December 5, the first Digital Services Act fine: €120 million against X for its deceptive verification system and lack of advertising transparency⁴. On December 16, the USTR formalizes the threat: the EU is pursuing "a discriminatory series of lawsuits, taxes, fines, and directives against American service providers⁵." On December 23, Rubio revokes the U.S. visa of Thierry Breton and four others, labeled "figures in the global censorship industrial complex⁶." An individual sanction for enforcing a European law. On February 3, 2026, the House Judiciary Committee publishes a 160-page report and the full Commission decision against X, obtained by subpoena, calling it a "censorship order⁷." Between these events: the implementing decree for Article 31 of the SREN Act, due since November 2024, remains missing⁸. The February 5 circular references an unpublished vademecum that relies on this unenforceable article. Each announced text references a text that does not exist. ## The tower European digital sovereignty is a five-story building. The February 5 circular acts on a single floor. The other four appear in no French or European text currently in force. ### Floor 1 — Who detects the flaws Europe's capacity to know whether a system is vulnerable depends on the American National Vulnerability Database. 85% of security solutions deployed in Europe rely on its data⁹. The NVD has accumulated 26,628 unanalyzed CVEs since February 2024¹⁰. NIST has publicly admitted it is "fighting a losing battle" and announced it would prioritize rather than comprehensively enrich¹¹. CISA's KEV, the only federal indicator of active exploitation, covers 0.5% of published CVEs¹². It requires a CVE identifier for each entry. The European EUVD has existed since 2024\. Its budget: €24 million over three years¹³. The NVD operated on an annual budget ten times larger for twenty years. And it is collapsing anyway. ### Floor 2 — Who hosts the data 65% of the European public cloud market is controlled by three American companies: AWS, Azure and Google Cloud. European providers hold 15% of the market¹⁴. In France: €25 billion cloud market, 80% with these three providers¹⁵. UGAP announces eighteen SecNumCloud-qualified offerings. Five actually are at the time of announcement¹⁶. The ANSSI director general stated in January 2026 that SecNumCloud is "a cybersecurity tool, not an industrial policy instrument¹⁷." The circular places sovereignty as the top criterion and relies on SecNumCloud as the primary response. It provides no instrument for the dimensions SecNumCloud does not cover: technology substitution, control of software components, long-term dependency reduction. ### Floor 3 — Which law applies The CLOUD Act allows U.S. authorities to demand access to data hosted by companies subject to American law, regardless of where the data is stored. SecNumCloud reduces this risk through legal isolation. But the decree making this protection mandatory for sensitive data does not exist. Article 31 of the SREN Act requires it. The Council of State is reviewing it. The Senate committee recommended its publication "as soon as possible¹⁸." Eighteen months past the legal deadline, nothing. Between the national level and CADA sits the EUCS, the European cloud certification scheme. Under discussion since December 2020, it was meant to harmonize security requirements across the EU. Five years later, only one European certification scheme has been adopted (the EUCC for ICT products, in 2024). The EUCS remains blocked. The Cybersecurity Act only allows ENISA to set technical criteria. Brussels considers immunity to extraterritorial laws a political requirement, not a technical one. The sovereignty criteria, the "High+" level, functional equivalent of SecNumCloud, were removed from the draft in 2024 under pressure from U.S. industry and several Member States. The Commission proposed on January 20, 2026 a revision of the Cybersecurity Act (CSA2) to allow consideration of "non-technical risk factors"¹⁹ᵇⁱˢ. Its official Q&A admits it: the EUCS needs both the revised CSA and CADA to integrate sovereignty aspects. Three unfinalized texts, in a dependency chain. The European CADA (Cloud and AI Development Act), expected in Q1 2026, is to establish EU-wide cloud eligibility requirements¹⁹. Two options: ownership criteria (direct escalation with Washington) or a risk-based assurance model (opening the door to hyperscaler "sovereign" offerings). The choice has not been made. If CADA opts for assurance, it could render obsolete certain provisions of the SREN decree, the decree that still does not exist. ### Floor 4 — Who builds the tools GitHub (Microsoft) hosts development. npm (Microsoft) distributes packages. openDesk, the flagship of European software sovereignty led by Germany's ZenDiS, depends 72% on components maintained by American developers²⁰. 40% of npm packages depend on a single maintainer²¹. In December 2025, Senator Cotton asked the National Cyber Director to develop federal capability for tracking the national origin of open-source contributors²². The Hegseth memorandum orders the Department of Defense to "purge its software of any Chinese involvement²³." In August 2025, Hunted Labs revealed that a developer based at Yandex was the sole maintainer of fast-glob, a package integrated into more than thirty DoD projects, downloaded 81 million times per week²⁴. Europe promotes open source as a path to autonomy. The United States, having dominated this ecosystem, is beginning to treat it as an infiltration vector to be monitored and purged. ### Floor 5 — Who defines how AIs communicate MCP (Anthropic) and A2A (Google) define the communication protocols between AI agents and between agents and tools. In December 2025, MCP was transferred to the Agentic AI Foundation (Linux Foundation): 97 million monthly SDK downloads²⁵. In June 2025, A2A was transferred to a separate Linux Foundation project, backed by over 150 organizations²⁶. The Governing Boards of both structures count exclusively American Big Tech among their founding Platinum members: Anthropic, OpenAI, Google, Microsoft, AWS, Salesforce, ServiceNow, Cisco²⁷. No European actor at the governance table. NIS2 and the Cyber Resilience Act impose security requirements on software components. No European text addresses inter-agent AI coordination protocols. If agentic AI becomes the dominant mode of automation (and industrial signals converge in that direction), controlling the communication protocols between agents amounts to controlling the internal operations of the organizations that deploy them. ## The scissors I read the Munich-Bercy-Omnibus sequence as a convergent movement. Other readings are possible. On the American side: Cotton demands nationality-based open-source purges. Hegseth orders DoD software purges. The USTR arms Section 301 against the EU. The visa ban sanctions enforcement of the DSA. The House Judiciary Committee labels European regulation "censorship." The United States closes its supply chain flank and opens a commercial front against European regulation. On the European side: the Commission published on November 19, 2025 the Omnibus, a package that loosens the GDPR through a fast-track procedure bypassing impact assessment²⁸. Among the changes: the subjective redefinition of personal data (the GDPR would cease to apply if a company declares it does not intend to identify individuals), authorization to train AI on personal data via "legitimate interest" without consent, restriction of sensitive data to data identifying "directly" a protected characteristic²⁹. These relaxations benefit American hyperscalers and European companies alike. In 2025, the Commission fined Apple €500 million and Meta €200 million (DMA, April 23)³⁰, Google €2.95 billion (antitrust, September 5)³, and X €120 million (DSA, December 5)⁴. The same Commission loosens through the Omnibus the data protection framework those fines purport to defend. The contradiction is probably not intentional. Different Directorates-General pursue different objectives. DG Competition fines. DG Connect regulates platforms. DG Grow pushes competitiveness. Nobody is watching the whole picture. The United States protect their components. Europe deprotects its data. The technical dependencies remain intact at every floor of the tower. ## The cost of the unfinished sentence €4.5 billion in annual government digital procurement, with no operational sovereignty benchmark³¹. €1.2 to 1.5 billion to replicate CVE/NVD functions alone⁹. The Munich Security Report puts "€3 to 5 trillion" to replace American technologies². Without source, without breakdown, without methodology. The relevant cost is that of compounding inaction. Each year without the Article 31 decree, public procurement renews dependencies by default. Each year without a seat on the MCP/A2A Governing Boards, one more specification is adopted without European influence. Each year of underfunded NVD, the backlog of unanalyzed CVEs extends the blind spot. Europe has no operational database capable of taking over. ## What I do not know Whether CADA will opt for ownership or assurance criteria. Whether the Cybersecurity Act revision will effectively integrate the "non-technical risk factors" that would allow the EUCS to include sovereignty criteria, after five years of blockage. Whether Section 301 will be formally launched or maintained as a threat. Whether the Omnibus will be amended in Parliament (the S&D, Renew and Greens groups have expressed reservations²⁹). Whether the Article 31 decree will come out in Q1 2026 as announced, and in what version. ## What I know Europe is building a digital sovereignty whose vulnerability detection, legal infrastructure, development tools and AI orchestration protocols are under American governance. The February 5 circular certifies the box. No text in force certifies the ability to know whether what is inside is safe. The government wrote the standard, announced the doctrine, passed the law, then turned the page without finishing the sentence. This observation is not a matter of interpretation. Article 31 SREN, its missing decree, the circular that cites it, the vademecum that extends it: these are public documents. Their state of completion is too. The most likely scenario at twelve months (Munich Security Report, \~50%) is controlled escalation: Section 301 in investigation phase, DMA/DSA fines continuing, CADA published with assurance criteria, EUCS still awaiting the CSA revision, Omnibus amended². Tension maintained, no rupture. This is the most comfortable scenario, and the most dangerous. A system under constant tension that never breaks never triggers the overhaul. Dependencies persist, debts accumulate, and compound interest does the rest. --- *This special edition covers topics addressed across all my analyses on digital sovereignty and cybersecurity, available at* [*klaerenn*](https://www.klaerenn.fr/blog/)*.* --- ## References ¹ Press release, Ministry of the Economy and DINUM, February 5, 2026 [https://presse.economie.gouv.fr/?p=170369](https://presse.economie.gouv.fr/?p=170369&ref=klaerenn.fr) · [https://www.numerique.gouv.fr/sinformer/espace-presse/achats-publics-num%C3%A9riques-letat-pr%C3%A9cise-sa-doctrine/](https://www.numerique.gouv.fr/sinformer/espace-presse/achats-publics-num%C3%A9riques-letat-pr%C3%A9cise-sa-doctrine/?ref=klaerenn.fr) ² Munich Security Conference (2026). *Munich Security Report 2026 — Under Destruction*; Rubio, M. (2026). Speech at MSC, February 14, 2026 (official transcript) [https://securityconference.org/en/msr-2026/](https://securityconference.org/en/msr-2026/?ref=klaerenn.fr) · [https://www.state.gov/releases/2026/02/secretary-of-state-marco-rubio-at-the-munich-security-conference/](https://www.state.gov/releases/2026/02/secretary-of-state-marco-rubio-at-the-munich-security-conference/?ref=klaerenn.fr) ³ European Commission (2025). Antitrust decision adtech, September 5, 2025 — €2.95 billion fine on Google for abuse of dominant position [https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip\_25\_4543](https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip%5F25%5F4543?ref=klaerenn.fr) · CNBC, "EU slaps Google with $3.3 billion fine," September 5, 2025 ⁴ European Commission (2025). First DSA decision, December 5, 2025 — €120 million fine on X [https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip\_25\_6470](https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip%5F25%5F6470?ref=klaerenn.fr) · TechCrunch, "EU fines X $126M for DSA violations," December 5, 2025 ⁵ U.S. Trade Representative (2025). Statement of December 16, 2025 — cited by Bloomberg, Fortune, TTNews. Presidential memorandum on digital services taxes: February 21, 2025 [https://www.ttnews.com/articles/trump-eu-digital-tax](https://www.ttnews.com/articles/trump-eu-digital-tax?ref=klaerenn.fr) · Skadden, "Presidential Memorandum on Digital Services Taxes" ⁶ CNBC (2025). "'Witch hunt': Ex-EU commissioner Breton denounces U.S. visa ban targeting 'censorship'," December 24, 2025 — Section 212(a)(3)(C) of the Immigration and Nationality Act [https://www.cnbc.com/2025/12/24/witch-hunt-ex-eu-commissioner-breton-denounces-us-visa-ban.html](https://www.cnbc.com/2025/12/24/witch-hunt-ex-eu-commissioner-breton-denounces-us-visa-ban.html?ref=klaerenn.fr) · Euronews, "US visa ban EU officials," December 2025 ⁷ U.S. House Judiciary Committee (2026). "Censoring Americans: How the EU Exports Censorship to the United States," 160 pages + full Commission decision obtained by subpoena, February 3, 2026 [https://judiciary.house.gov/](https://judiciary.house.gov/?ref=klaerenn.fr) · TechPolicy.Press, "A Misread of European Platform Regulation," February 3, 2026 · [https://www.techpolicy.press/a-misread-of-european-platform-regulation/](https://www.techpolicy.press/a-misread-of-european-platform-regulation/?ref=klaerenn.fr) ⁸ Loi n° 2024-449, May 21, 2024 (SREN Act), Article 31 — Six-month deadline for implementing decree (Council of State) [https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049563035](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049563035?ref=klaerenn.fr) ⁹ See article 2 in this series: "European dependence, hostage to a vulnerability system it does not control" ¹⁰ Gamblin, J. (2026). "NVD Analysis Status" — 26,628 unanalyzed CVEs as of October 30, 2025 [https://github.com/jgamblin/NVDAnalysisStatus](https://github.com/jgamblin/NVDAnalysisStatus?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Cybersecurity Dive (January 2026). "NIST is rethinking its role in analyzing software vulnerabilities" — quote: "We're fighting a losing battle" [https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/](https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/?ref=klaerenn.fr) ¹² See article 7 in this series: "The Last Channel" ¹³ ENISA, EU Vulnerability Database (EUVD). Budget and roadmap [https://www.enisa.europa.eu/topics/vulnerability-management](https://www.enisa.europa.eu/topics/vulnerability-management?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Synergy Research Group / IDC, European cloud market shares 2025\. Referenced in Atlantic Council report, February 12, 2026 [https://www.atlanticcouncil.org/in-depth-research-reports/report/digital-sovereignty-europes-declaration-of-independence/](https://www.atlanticcouncil.org/in-depth-research-reports/report/digital-sovereignty-europes-declaration-of-independence/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Senate inquiry committee on public procurement, Wattebled-Uzenat report, July 8, 2025 [https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/commission-denquete-sur-les-couts-et-les-modalites-effectifs-de-la-commande-publique-et-la-mesure-de-leur-effet-dentrainement-sur-leconomie-francaise.html](https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/commission-denquete-sur-les-couts-et-les-modalites-effectifs-de-la-commande-publique-et-la-mesure-de-leur-effet-dentrainement-sur-leconomie-francaise.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ nuagepublic.fr portal, UGAP "Nuage Public" FAQ; Vincent Strubel, "SecNumCloud en (pas si) bref," LinkedIn, January 6, 2026 [https://www.nuagepublic.fr/faq](https://www.nuagepublic.fr/faq?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ Strubel, V. (2026). Hearing before the Senate inquiry committee on public procurement, January 2026 [https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/](https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ Senate inquiry committee, recommendation no. 22: "Publish the implementing decree for Article 31 of the SREN Act as soon as possible" [https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/commission-denquete-sur-les-couts-et-les-modalites-effectifs-de-la-commande-publique-et-la-mesure-de-leur-effet-dentrainement-sur-leconomie-francaise.html](https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/commission-denquete-sur-les-couts-et-les-modalites-effectifs-de-la-commande-publique-et-la-mesure-de-leur-effet-dentrainement-sur-leconomie-francaise.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ CEPA (2026). "One Tech Policy Battle After Another," February 12, 2026; Politico EU, "Washington pushes back against EU's bid for tech autonomy," February 13, 2026 [https://cepa.org/article/one-tech-policy-battle-after-another/](https://cepa.org/article/one-tech-policy-battle-after-another/?ref=klaerenn.fr) · [https://www.politico.eu/article/eu-bid-for-tech-autonomy-washington-us-pushes-back/](https://www.politico.eu/article/eu-bid-for-tech-autonomy-washington-us-pushes-back/?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ᵇⁱˢ European Commission (2026). Proposal for revision of the Cybersecurity Act (CSA2), COM(2026) 11, January 20, 2026; Q&A: "On cloud, the new Cybersecurity Act complemented by the upcoming CADA will fill gaps related to sovereignty aspects and non-technical risks"; EU ISS, "Technical is political: When a cloud certification scheme divides Europe," November 3, 2025; CEP, "EU Cloud Certification at an Impasse," April 25, 2025 [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/proposal-regulation-eu-cybersecurity-act](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/proposal-regulation-eu-cybersecurity-act?ref=klaerenn.fr) · [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/faqs/cybersecurity-package-questions-answers](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/faqs/cybersecurity-package-questions-answers?ref=klaerenn.fr) · [https://www.iss.europa.eu/publications/briefs/technical-political-when-cloud-certification-scheme-divides-europe](https://www.iss.europa.eu/publications/briefs/technical-political-when-cloud-certification-scheme-divides-europe?ref=klaerenn.fr) · [https://www.cep.eu/eu-topics/details/eu-cloud-certification-at-an-impasse.html](https://www.cep.eu/eu-topics/details/eu-cloud-certification-at-an-impasse.html?ref=klaerenn.fr) ²⁰ See "The blind spot of digital sovereignty: why open source will not save us" — npm dependency analysis of openDesk ²¹ Zimmermann et al. (2019). "Small World with High Risks: A Study of Security Threats in the npm Ecosystem." USENIX Security [https://www.usenix.org/conference/usenixsecurity19/presentation/zimmerman](https://www.usenix.org/conference/usenixsecurity19/presentation/zimmerman?ref=klaerenn.fr) ²² Cotton, T. (2025). Letter to National Cyber Director Sean Cairncross, December 17, 2025 [https://www.cotton.senate.gov/news/press-releases/cotton-to-cairncross-address-national-cyber-security-risk](https://www.cotton.senate.gov/news/press-releases/cotton-to-cairncross-address-national-cyber-security-risk?ref=klaerenn.fr) ²³ Hegseth, P. (2025). "Enhancing Security Protocols for the Department of Defense," memorandum dated July 18, 2025 [https://media.defense.gov/2025/Jul/22/2003759081/-1/-1/1/ENHANCING-SECURITY-PROTOCOLS-FOR-THE-DEPARTMENT-OF-DEFENSE.PDF](https://media.defense.gov/2025/Jul/22/2003759081/-1/-1/1/ENHANCING-SECURITY-PROTOCOLS-FOR-THE-DEPARTMENT-OF-DEFENSE.PDF?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Hunted Labs (2025). Report on fast-glob: sole maintainer based at Yandex, 81M+ downloads/week, 30+ DoD projects [https://huntedlabs.com/popping-fast-globs-hood/](https://huntedlabs.com/popping-fast-globs-hood/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ Anthropic (2025). "Donating the Model Context Protocol and establishing of the Agentic AI Foundation," December 9, 2025; Linux Foundation, AAIF announcement, December 9, 2025 [https://www.anthropic.com/news/donating-the-model-context-protocol-and-establishing-of-the-agentic-ai-foundation](https://www.anthropic.com/news/donating-the-model-context-protocol-and-establishing-of-the-agentic-ai-foundation?ref=klaerenn.fr) · [https://www.linuxfoundation.org/press/linux-foundation-announces-the-formation-of-the-agentic-ai-foundation](https://www.linuxfoundation.org/press/linux-foundation-announces-the-formation-of-the-agentic-ai-foundation?ref=klaerenn.fr) ²⁶ Linux Foundation (2025). "Linux Foundation Launches the Agent2Agent Protocol Project," Open Source Summit North America, June 23, 2025; Google Developers Blog, "Google Cloud donates A2A to Linux Foundation," June 23, 2025 [https://www.linuxfoundation.org/press/linux-foundation-launches-the-agent2agent-protocol-project-to-enable-secure-intelligent-communication-between-ai-agents](https://www.linuxfoundation.org/press/linux-foundation-launches-the-agent2agent-protocol-project-to-enable-secure-intelligent-communication-between-ai-agents?ref=klaerenn.fr) · [https://developers.googleblog.com/en/google-cloud-donates-a2a-to-linux-foundation/](https://developers.googleblog.com/en/google-cloud-donates-a2a-to-linux-foundation/?ref=klaerenn.fr) ²⁷ AAIF Platinum members: Anthropic, Block, OpenAI (co-founders), AWS, Bloomberg, Cloudflare, Google, Microsoft. A2A Governing Board: AWS, Cisco, Google, Microsoft, Salesforce, SAP, ServiceNow. Sources: Linux Foundation announcements²⁵ ²⁶; Block, "Block, Anthropic, and OpenAI Launch the Agentic AI Foundation," Dec. 9, 2025 [https://block.xyz/inside/block-anthropic-and-openai-launch-the-agentic-ai-foundation](https://block.xyz/inside/block-anthropic-and-openai-launch-the-agentic-ai-foundation?ref=klaerenn.fr) ²⁸ noyb (2025). "Digital Omnibus: EU Commission wants to wreck core GDPR principles," November 19, 2025 — fast-track procedure bypassing impact assessment and inter-service consultation [https://noyb.eu/en/digital-omnibus-eu-commission-wants-wreck-core-gdpr-principles](https://noyb.eu/en/digital-omnibus-eu-commission-wants-wreck-core-gdpr-principles?ref=klaerenn.fr) · [https://www.techpolicy.press/why-the-eus-gdpr-simplification-reforms-could-unravel-hardwon-protections/](https://www.techpolicy.press/why-the-eus-gdpr-simplification-reforms-could-unravel-hardwon-protections/?ref=klaerenn.fr) ²⁹ IAPP (2025). "EU Digital Omnibus: Analysis of key changes," November 2025 — detail of GDPR modifications, parliamentary reactions [https://iapp.org/news/a/eu-digital-omnibus-analysis-of-key-changes](https://iapp.org/news/a/eu-digital-omnibus-analysis-of-key-changes?ref=klaerenn.fr) · White & Case, "GDPR Under Revision: Key Takeaways from Digital Omnibus Regulation Proposal," 2025 ³⁰ European Commission (2025). First DMA fines: Apple €500M and Meta €200M, April 23, 2025 [https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip\_25\_1866](https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip%5F25%5F1866?ref=klaerenn.fr) · Hunton Andrews Kurth, "European Commission Fines Apple and Meta for Non-Compliance with the DMA," April 2025 · PwC Legal, "Enforcement of the DMA — First fines on Apple and Meta," May 20, 2025 ³¹ Cour des comptes (2025). *Les enjeux de souveraineté des systèmes d'information civils de l'État*, October 31, 2025 [https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-enjeux-de-souverainete-des-systemes-dinformation-civils-de-letat](https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-enjeux-de-souverainete-des-systemes-dinformation-civils-de-letat?ref=klaerenn.fr) ### L'Arnaque URL: https://www.klaerenn.fr/larnaque/ Last updated: 2026-09-01T22:51:09.000Z *Souveraineté en cinq étages, contrôle à zéro* --- Le 5 février 2026, à Bercy, trois ministres dévoilent une circulaire du Premier ministre sur les achats numériques de l'État¹. La souveraineté passe en critère numéro un, devant la performance, la sécurité et le coût. Le même jour, le gouvernement abandonne la solution intercalaire du Health Data Hub et lance la migration vers un cloud qualifié SecNumCloud via le marché UGAP « Nuage Public ». Six ans après la première promesse. Neuf jours plus tard, à la Conférence de sécurité de Munich, le secrétaire d'État américain Rubio qualifie l'ordre d'après-guerre de « délire » et dénonce l'externalisation de la souveraineté vers les institutions multilatérales². Dans le même discours, il affirme que les États-Unis et l'Europe sont « faits pour être ensemble » et reçoit une standing ovation. Les cinq mois précédents ont posé le décor. Le 5 septembre 2025, la Commission inflige 2,95 milliards d'euros à Google pour abus de position dominante dans l'adtech³. Trump menace le jour même de lancer une enquête Section 301 pour « annuler les pénalités injustes ». Le 5 décembre, première amende sous le Digital Services Act : 120 millions d'euros contre X pour son système de vérification trompeur et son manque de transparence publicitaire⁴. Le 16 décembre, l'USTR formalise la menace : l'UE poursuit « une série discriminatoire de procès, taxes, amendes et directives contre les fournisseurs de services américains⁵ ». Le 23 décembre, Rubio interdit le visa américain à Thierry Breton et quatre autres personnes, qualifiés de « figures du complexe industriel de la censure mondiale⁶ ». Une sanction individuelle pour avoir fait appliquer une loi européenne. Le 3 février 2026, le House Judiciary Committee publie un rapport de 160 pages et la décision intégrale de la Commission contre X, obtenue par subpoena, en la qualifiant d'« ordre de censure⁷ ». Entre ces événements : le décret d'application de l'article 31 de la loi SREN, attendu depuis novembre 2024, manque à l'appel⁸. La circulaire du 5 février renvoie à un vademecum non publié qui s'appuie sur cet article inapplicable. Chaque texte annoncé renvoie à un texte qui n'existe pas. ## La tour La souveraineté numérique européenne est un immeuble de cinq étages. La circulaire du 5 février agit sur un seul d'entre eux. Les quatre autres ne figurent dans aucun texte français ou européen en vigueur. ### Étage 1 — Qui détecte les failles La capacité européenne à savoir si un système est vulnérable repose sur le National Vulnerability Database américain. 85% des solutions de sécurité déployées en Europe s'appuient sur ses données⁹. Le NVD accumule 26 628 CVE non analysés depuis février 2024¹⁰. Le NIST a publiquement admis mener « une bataille perdue d'avance » et annoncé qu'il prioriserait au lieu d'enrichir de façon exhaustive¹¹. Le KEV de CISA, seul indicateur fédéral d'exploitation active, couvre 0,5% des CVE publiés¹². Il exige un identifiant CVE pour chaque entrée. L'EUVD européenne existe depuis 2024\. Son budget : 24 millions d'euros sur trois ans¹³. Le NVD a fonctionné avec un budget annuel dix fois supérieur pendant vingt ans. Et il s'effondre quand même. ### Étage 2 — Qui héberge les données 65% du marché européen du cloud public est contrôlé par trois entreprises américaines : AWS, Azure et Google Cloud. Les fournisseurs européens détiennent 15% du marché¹⁴. En France : 25 milliards d'euros de marché cloud, 80% chez ces trois acteurs¹⁵. L'UGAP annonce dix-huit offres qualifiées SecNumCloud. Cinq le sont réellement au moment de l'annonce¹⁶. Le directeur général de l'ANSSI a rappelé en janvier 2026 que SecNumCloud est « un outil de cybersécurité, pas de politique industrielle »¹⁷. La circulaire place la souveraineté en critère numéro un et s'appuie sur SecNumCloud comme réponse principale. Elle ne fournit aucun instrument pour les dimensions que SecNumCloud ne couvre pas : substitution technologique, maîtrise des briques logicielles, réduction des dépendances à long terme. ### Étage 3 — Quel droit s'applique Le CLOUD Act permet aux autorités américaines d'exiger l'accès aux données hébergées par des entreprises soumises au droit américain, quel que soit le lieu d'hébergement. SecNumCloud réduit ce risque par l'isolation juridique. Mais le décret qui rend cette protection obligatoire pour les données sensibles n'existe pas. L'article 31 de la loi SREN l'impose. Le Conseil d'État l'examine. La commission sénatoriale a recommandé sa publication « au plus vite »¹⁸. Dix-huit mois après le délai légal, rien. Entre l'échelon national et le CADA se trouve l'EUCS, le schéma européen de certification cloud. En discussion depuis décembre 2020, il devait harmoniser les exigences de sécurité à l'échelle de l'UE. Cinq ans plus tard, un seul schéma européen de certification a été adopté (l'EUCC pour les produits ICT, en 2024). L'EUCS, lui, reste bloqué. Le Cybersecurity Act ne permet à l'ENISA de fixer que des critères techniques. Bruxelles considère l'immunité aux lois extraterritoriales comme une exigence politique, pas technique. Les critères de souveraineté, le niveau « High+ », équivalent fonctionnel de SecNumCloud, ont été retirés du projet en 2024 sous pression de l'industrie américaine et de plusieurs États membres. La Commission a proposé le 20 janvier 2026 une révision du Cybersecurity Act (CSA2) pour autoriser la prise en compte de « facteurs de risque non techniques »¹⁹ᵇⁱˢ. Son Q&A officiel l'admet : l'EUCS a besoin à la fois du CSA révisé et du CADA pour intégrer les aspects de souveraineté. Trois textes non finalisés, en chaîne de dépendance. Le CADA européen (Cloud and AI Development Act), attendu au premier trimestre 2026, doit établir des exigences d'éligibilité cloud à l'échelle de l'UE¹⁹. Deux options : des critères de propriété (escalade directe avec Washington) ou un modèle d'assurance basé sur les risques (porte ouverte aux offres « souveraines » des hyperscalers). Le choix n'a pas encore été fait. Si le CADA opte pour l'assurance, il pourrait rendre caduques certaines dispositions du décret SREN, le décret qui n'existe toujours pas. ### Étage 4 — Qui fabrique les outils GitHub (Microsoft) héberge le développement. npm (Microsoft) distribue les packages. openDesk, vitrine de la souveraineté logicielle européenne portée par le ZenDiS allemand, dépend à 72% de composants maintenus par des développeurs américains²⁰. 40% des packages npm dépendent d'un mainteneur unique²¹. En décembre 2025, le sénateur Cotton a demandé au National Cyber Director de développer la capacité fédérale de suivi de la provenance des contributions open source par nationalité²². Le mémorandum Hegseth ordonne au Département de la Défense de « purger ses logiciels de toute implication chinoise »²³. En août 2025, Hunted Labs a révélé qu'un développeur basé chez Yandex maintenait seul fast-glob, un package intégré dans plus de trente projets du DoD, téléchargé 81 millions de fois par semaine²⁴. L'Europe promeut l'open source comme chemin vers l'autonomie. Les États-Unis, après avoir dominé cet univers, commencent à le traiter comme un vecteur d'infiltration à surveiller et purger. ### Étage 5 — Qui définit comment les IA communiquent MCP (Anthropic) et A2A (Google) définissent les protocoles de communication entre agents IA et entre agents et outils. En décembre 2025, MCP est passé sous l'Agentic AI Foundation (Linux Foundation) : 97 millions de téléchargements mensuels de SDK²⁵. En juin 2025, A2A a été transféré dans un projet Linux Foundation distinct, soutenu par plus de 150 organisations²⁶. Les Governing Boards des deux structures comptent exclusivement des Big Tech américaines parmi les membres Platinum fondateurs : Anthropic, OpenAI, Google, Microsoft, AWS, Salesforce, ServiceNow, Cisco²⁷. Aucun acteur européen à la table de gouvernance. NIS2 et le Cyber Resilience Act imposent des exigences de sécurité sur les composants logiciels. Aucun texte européen ne traite des protocoles de coordination inter-agents IA. Si l'IA agentique devient le mode dominant d'automatisation (et les signaux industriels convergent dans cette direction), contrôler les protocoles de communication entre agents revient à contrôler le fonctionnement interne des organisations qui les déploient. ## Le ciseau J'interprète la séquence Munich-Bercy-Omnibus comme un mouvement convergent. D'autres lectures sont possibles. Côté américain : Cotton demande la purge de l'open source par nationalité. Hegseth ordonne la purge des logiciels du DoD. L'USTR arme la Section 301 contre l'UE. Le visa ban sanctionne l'application du DSA. Le House Judiciary Committee qualifie la régulation européenne de « censure ». Les États-Unis ferment leur flanc supply chain et ouvrent un front commercial contre la régulation européenne. Côté européen : la Commission a publié le 19 novembre 2025 l'Omnibus, un paquet qui assouplit le RGPD via une procédure accélérée contournant l'évaluation d'impact²⁸. Parmi les modifications : la redéfinition subjective des données personnelles (le RGPD cesserait de s'appliquer si une entreprise déclare ne pas vouloir identifier les personnes), l'autorisation d'entraîner l'IA sur données personnelles via « intérêt légitime » sans consentement, la restriction des données sensibles aux seules données identifiant « directement » une caractéristique protégée²⁹. Ces assouplissements bénéficient autant aux hyperscalers américains qu'aux entreprises européennes. En 2025, la Commission a infligé 500 millions d'euros à Apple et 200 millions à Meta (DMA, 23 avril)³⁰, 2,95 milliards à Google (antitrust, 5 septembre)³, et 120 millions à X (DSA, 5 décembre)⁴. La même Commission assouplit par l'Omnibus le cadre de protection des données que ces amendes prétendent défendre. Les États-Unis protègent leurs composants. L'Europe déprotège ses données. Les dépendances techniques restent intactes à chaque étage de la tour. ## Le coût de la phrase inachevée 4,5 milliards d'euros d'achats numériques annuels de l'État, sans barème de souveraineté opérationnel³¹. 1,2 à 1,5 milliard d'euros pour dupliquer les seules fonctions CVE/NVD⁹. Le Munich Security Report lance « 3 à 5 trillions d'euros » pour remplacer les technologies américaines². Sans source, sans décomposition, sans méthodologie. Le coût pertinent est celui de l'inaction composée. Chaque année sans décret article 31, les marchés publics reconduisent les dépendances par défaut. Chaque année sans siège dans les Governing Boards MCP/A2A, une spécification de plus est adoptée sans influence européenne. Chaque année de NVD sous-financé, le backlog de CVE non analysés allonge l'angle mort. L'Europe n'a pas de base de données opérationnelle capable de prendre le relais. L'analogie qui me vient est celle des dettes techniques empilées. Les développeurs connaissent le phénomène : chaque raccourci pris aujourd'hui se paie demain avec intérêts. La dette de souveraineté numérique européenne fonctionne pareil. L'article 31 sans décret, c'est un TODO dans le code de production. L'EUCS bloqué par la distinction technique/politique, c'est un bug connu classé « won't fix ». Le CADA pas encore publié, c'est une spécification en draft dont l'implémentation tourne déjà. Les protocoles MCP/A2A adoptés sans gouvernance européenne, c'est une API tierce dont personne n'a lu les conditions d'utilisation. Ces dettes se cumulent. Et comme en développement, le jour où il faut rembourser, le système tombe. ## Ce que je ne sais pas Si le CADA optera pour des critères de propriété ou d'assurance. Si la révision du Cybersecurity Act intègrera effectivement les « facteurs de risque non techniques » qui permettraient à l'EUCS d'inclure des critères de souveraineté, après cinq ans de blocage. Si la Section 301 sera formellement lancée ou maintenue en menace. Si l'Omnibus sera amendé au Parlement (les groupes S&D, Renew et Verts ont exprimé des réserves²⁹). Si le décret article 31 sortira au T1 2026 comme annoncé, et dans quelle version. Si l'opinion publique européenne pèsera sur ces arbitrages : au Royaume-Uni, le nombre de personnes ayant une opinion défavorable des États-Unis a doublé en deux ans, atteignant 64% ; en Allemagne, 71% voient les États-Unis comme un « adversaire »². Ces chiffres créent une pression politique qui rend le compromis silencieux plus difficile, même s'il reste la voie de moindre résistance. ## Ce que je sais L'Europe construit une souveraineté numérique dont la détection des failles, l'infrastructure juridique, les outils de développement et les protocoles d'orchestration IA sont sous gouvernance américaine. La circulaire du 5 février certifie la boîte. Aucun texte en vigueur ne certifie la capacité à savoir si ce qu'il y a dedans est sûr. L'État a écrit la norme, annoncé la doctrine, voté la loi, puis tourné la page sans finir la phrase. Ce constat ne relève pas de l'interprétation. L'article 31 SREN, son décret absent, la circulaire qui le cite, le vademecum qui le prolonge : ce sont des documents publics. Leur état d'achèvement aussi. Le scénario le plus probable à douze mois (Munich Security Report, \~50%) est l'escalade contrôlée : Section 301 en phase d'enquête, amendes DMA/DSA qui continuent, CADA publié avec critères d'assurance, EUCS toujours en attente de la révision du CSA, Omnibus amendé². Tension maintenue, pas de rupture. C'est le scénario le plus confortable, et le plus dangereux. Un système sous tension constante qui ne casse jamais ne provoque jamais la refonte. Les dépendances persistent, les dettes s'accumulent, et l'intérêt composé fait le reste. --- *Ce hors-série croise les sujets traités dans l'ensemble de mes tribunes sur la souveraineté numérique et la cybersécurité, disponibles sur* [*klaerenn.com*](https://klaerenn.com/?ref=klaerenn.fr)*.* --- ## Références ¹ Communiqué de presse, ministère de l'Économie et DINUM, 5 février 2026 [https://presse.economie.gouv.fr/?p=170369](https://presse.economie.gouv.fr/?p=170369&ref=klaerenn.fr) · [https://www.numerique.gouv.fr/sinformer/espace-presse/achats-publics-num%C3%A9riques-letat-pr%C3%A9cise-sa-doctrine/](https://www.numerique.gouv.fr/sinformer/espace-presse/achats-publics-num%C3%A9riques-letat-pr%C3%A9cise-sa-doctrine/?ref=klaerenn.fr) ² Munich Security Conference (2026). *Munich Security Report 2026 — Under Destruction* ; Rubio, M. (2026). Discours à la MSC, 14 février 2026 (transcription officielle) [https://securityconference.org/en/publications/munich-security-report/2026/europe/](https://securityconference.org/en/publications/munich-security-report/2026/europe/?ref=klaerenn.fr) · [https://www.state.gov/releases/2026/02/secretary-of-state-marco-rubio-at-the-munich-security-conference/](https://www.state.gov/releases/2026/02/secretary-of-state-marco-rubio-at-the-munich-security-conference/?ref=klaerenn.fr) ³ European Commission (2025). Décision antitrust adtech, 5 septembre 2025 — amende de 2,95 milliards d'euros à Google pour abus de position dominante [https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip\_25\_4421](https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip%5F25%5F4421?ref=klaerenn.fr) · CNBC, « Google slapped by EU with $3.45 billion antitrust fine », 5 sept. 2025 · Trump menace le même jour d'une enquête Section 301 (Truth Social, 5 sept. 2025) ⁴ European Commission (2025). Première décision DSA, 5 décembre 2025 — amende de 120 millions d'euros à X [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/news/commission-fines-x-eu120-million-under-digital-services-act](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/news/commission-fines-x-eu120-million-under-digital-services-act?ref=klaerenn.fr) · TechCrunch, « In its first DSA penalty, EU fines X €120M », 5 déc. 2025 ⁵ U.S. Trade Representative (2025). Déclaration du 16 décembre 2025 — citée par Bloomberg, Fortune, TTNews. Mémorandum présidentiel sur les taxes sur les services numériques : 21 février 2025 [https://www.ttnews.com/article/us-retaliate-eu-firms-tax](https://www.ttnews.com/article/us-retaliate-eu-firms-tax?ref=klaerenn.fr) · [https://www.skadden.com/insights/publications/2025/02/trump-revives-and-expands-the-battle-over-digital-services-taxes](https://www.skadden.com/insights/publications/2025/02/trump-revives-and-expands-the-battle-over-digital-services-taxes?ref=klaerenn.fr) ⁶ CNBC (2025). « 'Witch hunt': Ex-EU commissioner Breton denounces U.S. visa ban targeting 'censorship' », 24 décembre 2025 — Section 212(a)(3)(C) de l'Immigration and Nationality Act [https://www.cnbc.com/2025/12/24/us-bans-visas-for-ex-eu-commissioner-over-alleged-censorship.html](https://www.cnbc.com/2025/12/24/us-bans-visas-for-ex-eu-commissioner-over-alleged-censorship.html?ref=klaerenn.fr) · [https://www.euronews.com/my-europe/2025/12/24/europe-defends-its-digital-rules-after-trump-administration-targets-breton-with-visa-ban](https://www.euronews.com/my-europe/2025/12/24/europe-defends-its-digital-rules-after-trump-administration-targets-breton-with-visa-ban?ref=klaerenn.fr) ⁷ House Judiciary Committee GOP (2026). Publication de la décision X (183 pages) le 28 janvier 2026 ; rapport « The Foreign Censorship Threat, Part II », 3 février 2026 [https://judiciary.house.gov/sites/evo-subsites/republicans-judiciary.house.gov/files/2026-02/THE-FOREIGN-CENSORSHIP-THREAT-PART-II-2-3-26.pdf](https://judiciary.house.gov/sites/evo-subsites/republicans-judiciary.house.gov/files/2026-02/THE-FOREIGN-CENSORSHIP-THREAT-PART-II-2-3-26.pdf?ref=klaerenn.fr) · TechPolicy.Press, « EU Decision Behind €120m Fine on Musk's X Released by US Lawmakers », 30 janv. 2026 · TechPolicy.Press, « How the House Judiciary GOP Misread Europe's €120 Million X Decision », 3 fév. 2026 ⁸ Loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 (SREN), article 31 — Délai de six mois pour le décret en Conseil d'État [https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049563035](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049563035?ref=klaerenn.fr) ⁹ Voir article 2 de cette série : « La dépendance européenne, otage d'un système de vulnérabilités qu'elle ne contrôle pas » ¹⁰ Gamblin, J. (2026). « NVD Analysis Status » — 26 628 CVE non analysés au 30 octobre 2025 [https://github.com/jgamblin/NVDAnalysisStatus](https://github.com/jgamblin/NVDAnalysisStatus?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Cybersecurity Dive (janvier 2026). « NIST is rethinking its role in analyzing software vulnerabilities » — citation : « We're fighting a losing battle » [https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/](https://www.cybersecuritydive.com/news/nist-cve-vulnerability-analysis-nvd-review/810300/?ref=klaerenn.fr) ¹² Voir article 7 de cette série : « Le dernier canal » ¹³ ENISA, EU Vulnerability Database (EUVD). Budget et feuille de route [https://www.enisa.europa.eu/topics/vulnerability-management](https://www.enisa.europa.eu/topics/vulnerability-management?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Synergy Research Group / IDC, parts de marché cloud européen 2025\. Repris dans le rapport Atlantic Council, 12 février 2026 [https://www.atlanticcouncil.org/in-depth-research-reports/report/digital-sovereignty-europes-declaration-of-independence/](https://www.atlanticcouncil.org/in-depth-research-reports/report/digital-sovereignty-europes-declaration-of-independence/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Commission d'enquête sénatoriale sur la commande publique, rapport Wattebled-Uzenat, 8 juillet 2025 [https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/commission-denquete-sur-les-couts-et-les-modalites-effectifs-de-la-commande-publique-et-la-mesure-de-leur-effet-dentrainement-sur-leconomie-francaise.html](https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/commission-denquete-sur-les-couts-et-les-modalites-effectifs-de-la-commande-publique-et-la-mesure-de-leur-effet-dentrainement-sur-leconomie-francaise.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ Portail nuagepublic.fr, FAQ du marché UGAP Nuage Public ; Vincent Strubel, « SecNumCloud en (pas si) bref », LinkedIn, 6 janvier 2026 [https://www.nuagepublic.fr/faq](https://www.nuagepublic.fr/faq?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ Strubel, V. (2026). Audition devant la commission d'enquête sénatoriale sur la commande publique, janvier 2026 [https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/](https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ Commission d'enquête sénatoriale, recommandation n° 22 : « Publier au plus vite le décret d'application de l'article 31 de la loi Sren » [https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/commission-denquete-sur-les-couts-et-les-modalites-effectifs-de-la-commande-publique-et-la-mesure-de-leur-effet-dentrainement-sur-leconomie-francaise.html](https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/commission-denquete-sur-les-couts-et-les-modalites-effectifs-de-la-commande-publique-et-la-mesure-de-leur-effet-dentrainement-sur-leconomie-francaise.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ CEPA (2026). « One Tech Policy Battle After Another », 12 février 2026 ; Politico EU, « Washington pushes back against EU's bid for tech autonomy », 13 février 2026 [https://cepa.org/article/one-tech-policy-battle-after-another/](https://cepa.org/article/one-tech-policy-battle-after-another/?ref=klaerenn.fr) · [https://www.politico.eu/article/eu-bid-for-tech-autonomy-washington-us-pushes-back/](https://www.politico.eu/article/eu-bid-for-tech-autonomy-washington-us-pushes-back/?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ᵇⁱˢ European Commission (2026). Proposition de révision du Cybersecurity Act (CSA2), COM(2026) 11, 20 janvier 2026 ; Q&A : « On cloud, the new Cybersecurity Act complemented by the upcoming CADA will fill gaps related to sovereignty aspects and non-technical risks » ; EU ISS, « Technical is political: When a cloud certification scheme divides Europe », 3 novembre 2025 ; CEP, « EU Cloud Certification at an Impasse », 25 avril 2025 [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/proposal-regulation-eu-cybersecurity-act](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/proposal-regulation-eu-cybersecurity-act?ref=klaerenn.fr) · [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/faqs/cybersecurity-package-questions-answers](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/faqs/cybersecurity-package-questions-answers?ref=klaerenn.fr) · [https://www.iss.europa.eu/publications/briefs/technical-political-when-cloud-certification-scheme-divides-europe](https://www.iss.europa.eu/publications/briefs/technical-political-when-cloud-certification-scheme-divides-europe?ref=klaerenn.fr) · [https://www.cep.eu/eu-topics/details/eu-cloud-certification-at-an-impasse.html](https://www.cep.eu/eu-topics/details/eu-cloud-certification-at-an-impasse.html?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Voir « L'angle mort de la souveraineté numérique : pourquoi l'open source ne nous sauvera pas » — analyse des dépendances npm d'openDesk ²¹ Zimmermann et al. (2019). « Small World with High Risks: A Study of Security Threats in the npm Ecosystem ». USENIX Security [https://www.usenix.org/conference/usenixsecurity19/presentation/zimmerman](https://www.usenix.org/conference/usenixsecurity19/presentation/zimmerman?ref=klaerenn.fr) ²² Cotton, T. (2025). Lettre au National Cyber Director Sean Cairncross, 17 décembre 2025 [https://www.cotton.senate.gov/news/press-releases/cotton-to-cairncross-address-national-cyber-security-risk](https://www.cotton.senate.gov/news/press-releases/cotton-to-cairncross-address-national-cyber-security-risk?ref=klaerenn.fr) ²³ Hegseth, P. (2025). « Enhancing Security Protocols for the Department of Defense », mémorandum du 18 juillet 2025 [https://media.defense.gov/2025/Jul/22/2003759081/-1/-1/1/ENHANCING-SECURITY-PROTOCOLS-FOR-THE-DEPARTMENT-OF-DEFENSE.PDF](https://media.defense.gov/2025/Jul/22/2003759081/-1/-1/1/ENHANCING-SECURITY-PROTOCOLS-FOR-THE-DEPARTMENT-OF-DEFENSE.PDF?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Hunted Labs (2025). Rapport sur fast-glob : mainteneur unique basé chez Yandex, 81M+ téléchargements/semaine, 30+ projets DoD [https://huntedlabs.com/popping-fast-globs-hood/](https://huntedlabs.com/popping-fast-globs-hood/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ Anthropic (2025). « Donating the Model Context Protocol and establishing of the Agentic AI Foundation », 9 décembre 2025 ; Linux Foundation, communiqué AAIF, 9 décembre 2025 [https://www.anthropic.com/news/donating-the-model-context-protocol-and-establishing-of-the-agentic-ai-foundation](https://www.anthropic.com/news/donating-the-model-context-protocol-and-establishing-of-the-agentic-ai-foundation?ref=klaerenn.fr) · [https://www.linuxfoundation.org/press/linux-foundation-announces-the-formation-of-the-agentic-ai-foundation](https://www.linuxfoundation.org/press/linux-foundation-announces-the-formation-of-the-agentic-ai-foundation?ref=klaerenn.fr) ²⁶ Linux Foundation (2025). « Linux Foundation Launches the Agent2Agent Protocol Project », Open Source Summit North America, 23 juin 2025 ; Google Developers Blog, « Google Cloud donates A2A to Linux Foundation », 23 juin 2025 [https://www.linuxfoundation.org/press/linux-foundation-launches-the-agent2agent-protocol-project-to-enable-secure-intelligent-communication-between-ai-agents](https://www.linuxfoundation.org/press/linux-foundation-launches-the-agent2agent-protocol-project-to-enable-secure-intelligent-communication-between-ai-agents?ref=klaerenn.fr) · [https://developers.googleblog.com/en/google-cloud-donates-a2a-to-linux-foundation/](https://developers.googleblog.com/en/google-cloud-donates-a2a-to-linux-foundation/?ref=klaerenn.fr) ²⁷ AAIF Platinum members : Anthropic, Block, OpenAI (co-fondateurs), AWS, Bloomberg, Cloudflare, Google, Microsoft. A2A Governing Board : AWS, Cisco, Google, Microsoft, Salesforce, SAP, ServiceNow. Sources : communiqués Linux Foundation²⁵ ²⁶ ; Block, « Block, Anthropic, and OpenAI Launch the Agentic AI Foundation », 9 déc. 2025 [https://block.xyz/inside/block-anthropic-and-openai-launch-the-agentic-ai-foundation](https://block.xyz/inside/block-anthropic-and-openai-launch-the-agentic-ai-foundation?ref=klaerenn.fr) ²⁸ noyb (2025). « Digital Omnibus: EU Commission wants to wreck core GDPR principles », 19 novembre 2025 — procédure accélérée contournant évaluation d'impact et consultation inter-services [https://noyb.eu/en/digital-omnibus-eu-commission-wants-wreck-core-gdpr-principles](https://noyb.eu/en/digital-omnibus-eu-commission-wants-wreck-core-gdpr-principles?ref=klaerenn.fr) · [https://www.techpolicy.press/why-the-eus-gdpr-simplification-reforms-could-unravel-hardwon-protections/](https://www.techpolicy.press/why-the-eus-gdpr-simplification-reforms-could-unravel-hardwon-protections/?ref=klaerenn.fr) ²⁹ IAPP (2025). « EU Digital Omnibus: Analysis of key changes », novembre 2025 — détail des modifications RGPD, réactions parlementaires [https://iapp.org/news/a/eu-digital-omnibus-analysis-of-key-changes](https://iapp.org/news/a/eu-digital-omnibus-analysis-of-key-changes?ref=klaerenn.fr) · White & Case, « GDPR Under Revision: Key Takeaways from Digital Omnibus Regulation Proposal », 2025 ³⁰ European Commission (2025). Premières amendes DMA : Apple 500M€ et Meta 200M€, 23 avril 2025 [https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip\_25\_1866](https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip%5F25%5F1866?ref=klaerenn.fr) · Hunton Andrews Kurth, « European Commission Fines Apple and Meta for Non-Compliance with the DMA », avril 2025 · PwC Legal, « Enforcement of the DMA – First fines on Apple and Meta », 20 mai 2025 ³¹ Cour des comptes (2025). *Les enjeux de souveraineté des systèmes d'information civils de l'État*, 31 octobre 2025 [https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-enjeux-de-souverainete-des-systemes-dinformation-civils-de-letat](https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-enjeux-de-souverainete-des-systemes-dinformation-civils-de-letat?ref=klaerenn.fr) ### Soylent Green URL: https://www.klaerenn.fr/soylent-green-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:09.000Z *What defense is made of* --- The CISO radar analysis ended with a question: why does the system persist when it cannot work? I found some answers. They're public, documented, accessible. The information exists. We choose not to look at it. ## The Gartner circuit Gartner publishes its Magic Quadrants. CISOs consult them. The "Leaders" capture most of the budgets. Companies wanting to appear in the quadrant pay Gartner to be listed, then to improve their position. Gartner acknowledged this in a 2009 lawsuit: analysts know which vendors pay and which don't¹. The circuit loops: vendors fund Gartner, Gartner defines categories, categories drive purchasing, purchasing funds vendors. If you're not in the loop, you don't count. ## Where the Leaders come from I analyzed the profiles of executives at major cybersecurity companies over twenty years². The data is public. In the Israeli ecosystem, 80% of founders come from military intelligence, primarily Unit 8200³. Nearly 50% of acquisitions over $100 million involve companies founded by veterans of this unit⁴. In the American ecosystem, the pattern converges. Leading companies massively recruit former FBI, NSA, and military intelligence officials. The CIA's venture fund, In-Q-Tel, has funded several actors that became major players⁵. The logic is compelling: offensive expertise naturally transfers to the defensive market. The United States and Israel have built institutionalized pipelines between their agencies and their cyber industry. This symbiosis produces global champions. Europe has nothing comparable. ## 100 million events per day I've already detailed what our organizations transmit to these platforms⁶: 100 million events per day, complete operational mapping, real-time vulnerabilities, business relationship graphs. A handful of actors controlling 70% of the market aggregates this global intelligence. The nature of this relationship deserves attention. ## Two groups in twenty years I looked for state-sponsored threat groups (APTs) publicly documented by the cyber industry. The industry abundantly documents Chinese, Russian, Iranian, North Korean APTs. Dozens of groups, thousands of reports, detailed nomenclatures. Five Eyes side: two groups in twenty years⁷. Equation Group (NSA) was documented by Kaspersky⁸. The Russian vendor was subsequently banned from US government systems⁹. Two interpretations: either the Five Eyes are extraordinarily discreet, or some vendors detect but don't publish. I don't know which is true. I know the asymmetry raises a question. ## When defense "obstructs" The Atlantic Council documented the American position: vulnerability fixes "obstruct" offensive capabilities¹⁰. The same ecosystem that produces defensive tools considers that defense too effective is a problem. This aligns with their interests. It only becomes a problem if we forget that our interests may diverge. ## Three questions never asked Three questions appear in no Magic Quadrant, no RFP, no vendor assessment. First: would my EDR detect an operation by an allied service targeting my organization? Second: would my SIEM alert if a strategic partner exfiltrated data from my systems? Third: does my threat intelligence cover the offensive capabilities of my own security vendors? ## Filtered innovation The radar defines categories. CISOs think within these categories. What isn't listed doesn't exist in budget conversations. A European startup with an innovative approach, a real idea, a different angle, hits a wall. If it doesn't fit into a Magic Quadrant box, it's invisible. Buyers don't know how to evaluate it. RFPs are calibrated to existing categories. Innovation that doesn't look like what Gartner has already named finds no market. The circuit filters purchases. It also filters ideas. More deeply: the radar dispenses with thinking. "What is my security strategy?" becomes "Where am I on the radar?". A security strategy should start from the business. What does my organization do? What are its critical assets? What specific threats does it face? The answer varies depending on whether you're a hospital, an energy company, a bank, or a defense subcontractor. The radar proposes the opposite: a universal model to conform to. The strategic question fades behind compliance with the model. ## The matrix The CISO radar says: follow the Leaders, buy certified solutions, align your budgets with defined categories. It doesn't say: verify where these solutions come from, ask yourself why they detect certain threats and not others. Following the radar without asking these questions means outsourcing your strategic thinking. It means accepting a defense whose priorities and blind spots we don't control. The radar cannot work as promised. Its real function lies elsewhere: directing purchases toward an ecosystem that thinks cybersecurity for us. Regaining control of our security first requires regaining control of our thinking. Soylent Green is people. --- ## What I don't know I'm not claiming a conspiracy exists. The data I present is public. Interpretation remains open. Companies founded by former intelligence officers can be perfectly legitimate. Expertise acquired in agencies naturally transfers to the private sector. The fact that a founder served in an intelligence unit doesn't prove they continue serving state interests. I don't know if vendors detect certain operations without publishing them, or if they don't detect them. I don't know if the asymmetry reflects a difference in capability or a difference in willingness. What I know: as long as we follow a radar without understanding who designed it and why, we don't have a strategy. We have a shopping list. --- *Eleventh article in a series on the structural flaws of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) - *Article 10:* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live/) --- ## References ¹ ZL Technologies, Inc. v. Gartner, Inc. (2009), Case No. 09-CV-01113 EMC, U.S. District Court, Northern District of California — Testimony on analyst awareness of vendor payment status. [https://casetext.com/case/zl-technologies-inc-v-gartner-inc](https://casetext.com/case/zl-technologies-inc-v-gartner-inc?ref=klaerenn.fr) ² Analysis based on public sources: LinkedIn, press releases, SEC filings, official company biographies. ³ Rest of World (2022). "Israel's military has intelligence Unit 8200\. Gaza has its own version" [https://restofworld.org/2022/israel-military-unit-8200-tech/](https://restofworld.org/2022/israel-military-unit-8200-tech/?ref=klaerenn.fr) ; Forbes Israel (2019). "How Unit 8200 Became The Ultimate Startup Machine" [https://forbes.co.il/e/how-unit-8200-became-the-ultimate-startup-machine/](https://forbes.co.il/e/how-unit-8200-became-the-ultimate-startup-machine/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Calcali Tech (2018). "Unit 8200 Alumni Lead Half of Israel's Largest Cyber Acquisitions" — Analysis of acquisitions over $100M. [https://www.calcalistech.com/ctech/articles/0,7340,L-3749813,00.html](https://www.calcalistech.com/ctech/articles/0,7340,L-3749813,00.html?ref=klaerenn.fr) ⁵ In-Q-Tel, public annual reports. The fund has invested in several companies that became major cybersecurity and data analytics players. [https://www.iqt.org/](https://www.iqt.org/?ref=klaerenn.fr) ⁶ Franck Rouxel (2024). "The Invisible AI: The Paradox of Modern Cybersecurity" — Analysis of organizational intelligence externalization to EDR platforms. ⁷ Equation Group (NSA) and Regin (GCHQ) are the only two Five Eyes groups publicly documented. The vast majority of industry APT reports concern Chinese, Russian, Iranian, or North Korean actors. ⁸ Kaspersky Lab (2015). "Equation Group: Questions and Answers" — Technical report documenting Equation Group and its presumed NSA links. [https://securelist.com/equation-group-questions-and-answers/68877/](https://securelist.com/equation-group-questions-and-answers/68877/?ref=klaerenn.fr) ⁹ U.S. Department of Homeland Security (2017). Binding Operational Directive 17-01: prohibition of Kaspersky products in federal agencies. [https://www.cisa.gov/news-events/directives/bod-17-01-removal-kaspersky-branded-products](https://www.cisa.gov/news-events/directives/bod-17-01-removal-kaspersky-branded-products?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Atlantic Council (2024). "Sleight of Hand: How China Weaponizes Software Vulnerabilities" — Quote: "Apple and Google's privacy and encryption policies \[...\] obstruct government intelligence-gathering efforts". [https://www.atlanticcouncil.org/in-depth-research-reports/report/sleight-of-hand-how-china-weaponizes-software-vulnerability/](https://www.atlanticcouncil.org/in-depth-research-reports/report/sleight-of-hand-how-china-weaponizes-software-vulnerability/?ref=klaerenn.fr) ### Soylent Green URL: https://www.klaerenn.fr/soylent-green/ Last updated: 2026-09-01T22:51:08.000Z *Ce dont la défense est faite* --- L'analyse du radar CISO se terminait sur une question : pourquoi le système persiste-t-il alors qu'il ne peut pas fonctionner ? J'ai trouvé des éléments de réponse. Ils sont publics, documentés, accessibles. L'information existe. Nous choisissons de ne pas la regarder. ## Le circuit Gartner Gartner publie ses Magic Quadrants. Les CISO les consultent. Les "Leaders" captent l'essentiel des budgets. Les entreprises qui veulent apparaître dans le quadrant paient Gartner pour y figurer, puis pour améliorer leur position. Gartner l'a reconnu dans une procédure judiciaire en 2009 : les analystes savent quels vendeurs paient et lesquels ne paient pas¹. Le circuit se boucle : les vendeurs financent Gartner, Gartner définit les catégories, les catégories orientent les achats, les achats financent les vendeurs. Qui n'est pas dans la boucle ne compte pas. ## D'où viennent les Leaders J'ai analysé les profils des dirigeants des principales entreprises de cybersécurité sur vingt ans². Les données sont publiques. Dans l'écosystème israélien, 80% des fondateurs proviennent du renseignement militaire, principalement de l'Unité 8200³. Près de 50% des acquisitions supérieures à 100 millions de dollars concernent des entreprises fondées par des vétérans de cette unité⁴. Dans l'écosystème américain, le schéma converge. Les entreprises leaders recrutent massivement d'anciens responsables du FBI, de la NSA, des services de renseignement militaire. Le fonds d'investissement de la CIA, In-Q-Tel, a financé plusieurs acteurs devenus majeurs⁵. La logique est imparable : l'expertise offensive se transpose naturellement vers le marché défensif. Les États-Unis et Israël ont construit des pipelines institutionnalisés entre leurs agences et leur industrie cyber. Cette symbiose produit des champions mondiaux. L'Europe n'a rien de comparable. ## 100 millions d'événements par jour J'ai déjà détaillé ce que nos organisations transmettent à ces plateformes⁶ : 100 millions d'événements par jour, cartographie opérationnelle complète, vulnérabilités en temps réel, graphe des relations d'affaires. Une poignée d'acteurs contrôlant 70% du marché agrège cette intelligence mondiale. La nature de cette relation mérite qu'on s'y arrête. ## Deux groupes en vingt ans J'ai cherché les groupes d'attaquants étatiques (APT) documentés publiquement par l'industrie cyber. L'industrie documente abondamment les APT chinois, russes, iraniens, nord-coréens. Des dizaines de groupes, des milliers de rapports, des nomenclatures détaillées. Côté Five Eyes : deux groupes en vingt ans⁷. Equation Group (NSA) a été documenté par Kaspersky⁸. L'éditeur russe a ensuite été banni des systèmes gouvernementaux américains⁹. Deux interprétations : soit les Five Eyes sont extraordinairement discrets, soit certains vendeurs détectent mais ne publient pas. Je ne sais pas laquelle est vraie. Je sais que l'asymétrie pose une question. ## Quand la défense "obstrue" L'Atlantic Council a documenté la position américaine : les corrections de vulnérabilités "obstruent" les capacités offensives¹⁰. Le même écosystème qui produit les outils défensifs considère qu'une défense trop efficace pose problème. C'est cohérent avec leurs intérêts. Ça ne pose problème que si nous oublions que nos intérêts peuvent diverger. ## Trois questions jamais posées Trois questions ne figurent dans aucun Magic Quadrant, aucun appel d'offres, aucun vendor assessment. La première : mon EDR détecterait-il une opération d'un service allié ciblant mon organisation ? La deuxième : mon SIEM alerterait-il si un partenaire stratégique exfiltrait des données de mon SI ? La troisième : ma threat intelligence couvre-t-elle les capacités offensives de mes propres fournisseurs de sécurité ? ## Innovation filtrée Le radar définit les catégories. Les CISO pensent à l'intérieur de ces catégories. Ce qui n'y figure pas n'existe pas dans la conversation budgétaire. Une startup européenne avec une approche innovante, une vraie idée, un angle différent, se heurte à un mur. Si elle ne rentre pas dans une case du Magic Quadrant, elle est invisible. Les acheteurs ne savent pas comment l'évaluer. Les appels d'offres sont calibrés sur les catégories existantes. L'innovation qui ne ressemble pas à ce que Gartner a déjà nommé ne trouve pas de marché. Le circuit filtre les achats. Il filtre aussi les idées. Plus profondément : le radar dispense de réfléchir. "Quelle est ma stratégie de sécurité ?" devient "Où en suis-je sur le radar ?". Une stratégie de sécurité devrait partir du métier. Qu'est-ce que mon organisation fait ? Quels sont ses actifs critiques ? Quelles menaces spécifiques pèsent sur elle ? La réponse varie selon qu'on est un hôpital, un énergéticien, une banque ou un sous-traitant défense. Le radar propose l'inverse : un modèle universel auquel se conformer. La question stratégique s'efface derrière la conformité au modèle. ## La matrice Le radar CISO dit : suivez les Leaders, achetez les solutions certifiées, alignez vos budgets sur les catégories définies. Il ne dit pas : vérifiez d'où viennent ces solutions, demandez-vous pourquoi elles détectent certaines menaces et pas d'autres. Suivre le radar sans poser ces questions, c'est externaliser sa réflexion stratégique. C'est accepter une défense dont nous ne maîtrisons ni les priorités, ni les angles morts. Le radar ne peut pas fonctionner comme promis. Sa fonction réelle est ailleurs : orienter les achats vers un écosystème qui pense la cybersécurité à notre place. Reprendre le contrôle de notre sécurité suppose d'abord de reprendre le contrôle de notre réflexion. Soylent Green is people. --- ## Ce que je ne sais pas Je n'affirme pas l'existence d'une conspiration. Les données que je présente sont publiques. L'interprétation reste ouverte. Les entreprises fondées par d'anciens du renseignement peuvent être parfaitement légitimes. L'expertise acquise dans les agences se transpose naturellement vers le secteur privé. Le fait qu'un fondateur ait servi dans une unité de renseignement ne prouve pas qu'il continue à servir des intérêts étatiques. Je ne sais pas si les vendeurs détectent certaines opérations sans les publier, ou s'ils ne les détectent pas. Je ne sais pas si l'asymétrie reflète une différence de capacité ou une différence de volonté. Ce que je sais : tant que nous suivons un radar sans comprendre qui l'a conçu et pourquoi, nous n'avons pas de stratégie. Nous avons une liste de courses. --- *Onzième article d'une série sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) - *Article 10 :* [*They Live... we sleep*](https://www.klaerenn.fr/they-live-2/) --- ## Références ¹ ZL Technologies, Inc. v. Gartner, Inc. (2009), Case No. 09-CV-01113 EMC, U.S. District Court, Northern District of California — Témoignages sur la connaissance par les analystes du statut de paiement des vendeurs. [https://casetext.com/case/zl-technologies-inc-v-gartner-inc](https://casetext.com/case/zl-technologies-inc-v-gartner-inc?ref=klaerenn.fr) ² Analyse réalisée à partir de sources publiques : LinkedIn, communiqués de presse, SEC filings, biographies officielles des entreprises. ³ Rest of World (2022). "Israel's military has intelligence Unit 8200\. Gaza has its own version" [https://restofworld.org/2022/israel-military-unit-8200-tech/](https://restofworld.org/2022/israel-military-unit-8200-tech/?ref=klaerenn.fr) ; Forbes Israel (2019). "How Unit 8200 Became The Ultimate Startup Machine" [https://forbes.co.il/e/how-unit-8200-became-the-ultimate-startup-machine/](https://forbes.co.il/e/how-unit-8200-became-the-ultimate-startup-machine/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Calcali Tech (2018). "Unit 8200 Alumni Lead Half of Israel's Largest Cyber Acquisitions" — Analyse des acquisitions supérieures à 100M$. [https://www.calcalistech.com/ctech/articles/0,7340,L-3749813,00.html](https://www.calcalistech.com/ctech/articles/0,7340,L-3749813,00.html?ref=klaerenn.fr) ⁵ In-Q-Tel, rapports annuels publics. Le fonds a investi dans plusieurs entreprises devenues des acteurs majeurs de la cybersécurité et de l'analyse de données. [https://www.iqt.org/](https://www.iqt.org/?ref=klaerenn.fr) ⁶ Franck Rouxel (2024). "L'IA invisible : Le paradoxe de la cybersécurité moderne" — Analyse de l'externalisation de l'intelligence organisationnelle vers les plateformes EDR. ⁷ Equation Group (NSA) et Regin (GCHQ) sont les deux seuls groupes Five Eyes publiquement documentés. La quasi-totalité des rapports APT de l'industrie concerne des acteurs chinois, russes, iraniens ou nord-coréens. ⁸ Kaspersky Lab (2015). "Equation Group: Questions and Answers" — Rapport technique documentant Equation Group et ses liens présumés avec la NSA. [https://securelist.com/equation-group-questions-and-answers/68877/](https://securelist.com/equation-group-questions-and-answers/68877/?ref=klaerenn.fr) ⁹ U.S. Department of Homeland Security (2017). Binding Operational Directive 17-01 : interdiction des produits Kaspersky dans les agences fédérales. [https://www.cisa.gov/news-events/directives/bod-17-01-removal-kaspersky-branded-products](https://www.cisa.gov/news-events/directives/bod-17-01-removal-kaspersky-branded-products?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Atlantic Council (2024). "Sleight of Hand: How China Weaponizes Software Vulnerabilities" — Citation : "Apple and Google's privacy and encryption policies \[...\] obstruct government intelligence-gathering efforts". [https://www.atlanticcouncil.org/in-depth-research-reports/report/sleight-of-hand-how-china-weaponizes-software-vulnerability/](https://www.atlanticcouncil.org/in-depth-research-reports/report/sleight-of-hand-how-china-weaponizes-software-vulnerability/?ref=klaerenn.fr) ### Fantômas au Conseil d'État URL: https://www.klaerenn.fr/fantomas-au-conseil-detat/ Last updated: 2026-02-26T09:00:49.000Z *Le 5 février 2026, le gouvernement dévoile une circulaire sur les achats numériques et annonce la migration du Health Data Hub hors d'Azure, après six ans de promesses. Entre les deux, un trou béant : le décret d'application de l'article 31 de la loi SREN, attendu depuis dix-huit mois, manque à l'appel. À sa place, l'État a produit les deux textes les plus faibles de l'ordonnancement juridique français — dont l'un n'en fait même pas partie.* --- Le 5 février 2026, à Bercy, trois ministres dévoilent une circulaire du Premier ministre sur les achats numériques de l'État¹. Roland Lescure (Économie), Anne Le Hénanff (Numérique) et David Amiel (Fonction publique) présentent un texte qui place la souveraineté parmi les critères essentiels de l'achat numérique. Le communiqué de presse la présente comme le critère numéro un, devant la performance, la sécurité et le coût. Le texte signé par Sébastien Lecornu dit autre chose : la performance métier y figure en II.1, la souveraineté en II.2, la sécurité en II.3². L'écart entre la communication et le texte est déjà un premier signal. Le même jour, le gouvernement abandonne la solution intercalaire du Health Data Hub et bascule vers un cloud qualifié SecNumCloud via le marché UGAP « Nuage Public ». Attribution fin mars 2026, migration opérationnelle fin 2026. Doctrine d'achat souverain d'un côté, migration concrète de l'autre. La cohérence semble totale. Elle masque six ans de décalage entre les textes produits et leur mise en œuvre. Au centre de ce décalage : un décret qui n'existe pas. ## Le décret fantôme L'article 31 de la loi SREN, promulguée le 21 mai 2024³, impose que les données « d'une sensibilité particulière » soient hébergées auprès de prestataires offrant un niveau de sécurité équivalent à SecNumCloud. La loi vise deux catégories : les données relevant de secrets protégés par la loi et celles nécessaires à l'accomplissement des missions essentielles de l'État, notamment la sauvegarde de la sécurité nationale, le maintien de l'ordre public et la protection de la santé et de la vie des personnes. L'obligation s'applique si leur violation est susceptible d'engendrer une atteinte à l'ordre public, à la sécurité publique ou à la propriété intellectuelle. Le texte renvoie à un décret en Conseil d'État pour préciser les critères de sécurité, les seuils de détention capitalistique hors UE, la liste des entités concernées, les conditions de dérogation et le périmètre exact de ces données sensibles. Délai : six mois après promulgation. Date butoir : fin novembre 2024. En février 2026, dix-huit mois après ce délai, le décret n'existe pas. Un rapport sénatorial de décembre 2025 confirme : le texte reste « en cours d'examen par le Conseil d'État », publication attendue « début 2026 »⁴. La Commission européenne a reçu la notification, la période de statu quo a expiré le 28 avril 2025 sans opposition de Bruxelles. Rien n'a suivi. L'article 31 vit donc une existence étrange : invoqué politiquement, inapplicable juridiquement. Clara Chappaz l'a cité devant le Sénat en juin 2025 pour justifier la migration du Health Data Hub⁵. Pierre-Ange Zalcberg, avocat en droit public numérique, constatait en février 2026 que « de nombreux acheteurs publics, y compris stratégiques, font encore héberger leurs données sensibles via des solutions non immunisées »⁶. Sans décret, personne ne sait précisément quelles données sont visées, quelles entités sont concernées, ni quelles dérogations sont admises. La loi existe. Son mode d'emploi, non. Ce décret absent conditionne tout le reste. ## Six ans de promesses pour le Health Data Hub Le Health Data Hub est la démonstration la plus visible de ce que produit l'absence de contrainte juridique opérationnelle. Le gouvernement crée le GIP en juillet 2019 et l'héberge d'emblée sur Microsoft Azure. Le choix déclenche contentieux CNIL, polémiques parlementaires et mobilisations citoyennes. La promesse de migration suit un calendrier élastique. 2020 : Olivier Véran promet une migration sous deux ans. 2022 : Stéphanie Combes, directrice du HDH, repousse à « horizon 2025 ». Juillet 2025 : lancement d'un appel d'offres intercalaire de 6,2 millions d'euros, quatre groupements candidats. Six mois plus tard, le gouvernement annule cet appel d'offres et oriente le HDH vers le marché UGAP. Si le décret de l'article 31 avait été publié dans les délais, la migration du HDH aurait eu un cadre juridique contraignant dès fin 2024\. Sans ce cadre, chaque report est resté sans conséquence. ## Le catalogue UGAP, avec et sans SecNumCloud Le marché UGAP « Nuage Public » est un accord-cadre à bons de commande, attribué aux titulaires Crayon et SMLB pour trois ans⁷. La FAQ le dit sans ambiguïté : le dispositif opère « sans appel d'offres ». L'UGAP y référence 18 fournisseurs cloud, dont AWS, Google Cloud, Microsoft Azure et Oracle. Le catalogue qui servira à sortir le HDH d'Azure référence donc Azure. Sur ces 18 fournisseurs, cinq détiennent la qualification SecNumCloud 3.2 exigée pour les données de santé du HDH : Cloud Temple (IaaS et PaaS), 3DS Outscale (IaaS), OVHcloud (IaaS), S3NS, filiale de Thales en partenariat avec Google Cloud (IaaS, PaaS et CaaS, qualifiée en décembre 2025), et Orange Business Cloud Avenue SecNum (IaaS, qualifié depuis juillet 2025)⁸. Cinq éligibles sur dix-huit référencés. Le décret de l'article 31 devait justement fixer les critères permettant de distinguer, dans un catalogue comme celui-ci, les offres conformes des autres. En son absence, c'est la communication gouvernementale qui tient lieu de filtre, vantant un « large catalogue de solutions souveraines » là où le ratio dit autre chose. Le catalogue s'élargit, et c'est une bonne nouvelle. S3NS propose depuis décembre 2025 des services IaaS, PaaS et CaaS, dont BigQuery pour l'analytique. Cloud Temple couvre l'IaaS et le PaaS. Mais les suites collaboratives, l'intelligence artificielle générative et les couches SaaS métier que les administrations consomment chez les hyperscalers n'ont pas d'équivalent qualifié. Le décret aurait dû définir les cas où ces services non qualifiés peuvent être utilisés sous dérogation, et ceux où ils ne le peuvent pas. Sans lui, chaque administration arbitre seule. ## Une loi remplacée par un guide Face au vide laissé par le décret absent, le gouvernement a produit deux textes le 5 février 2026 : la circulaire du Premier ministre et un vade-mecum sur les données sensibles publié sur numerique.gouv.fr¹². Dans la hiérarchie des normes, la loi SREN se situe au niveau législatif. Elle renvoyait à un décret en Conseil d'État — un acte réglementaire contraignant et opposable. Ce que l'État a produit à la place se situe aux deux échelons les plus bas : une circulaire, document interne à l'administration sans force juridique propre, et un vade-mecum, qui sort carrément de la pyramide des normes. Un guide de bonnes pratiques n'est ni contraignant, ni opposable. Il ne crée aucune obligation. Le vade-mecum fournit une grille d'analyse en deux conditions cumulatives et un tableau d'exemples concrets distinguant les SI qui nécessitent un cloud de confiance de ceux qui n'en relèvent pas¹². C'est utile. Mais il laisse l'analyse « au cas par cas » sous la responsabilité de « l'administrateur de ces données ». Pour les SI non soumis à l'article 31, il précise que l'analyse relève « in fine de la responsabilité du ministre concerné ». Aucun barème, aucun seuil quantitatif, aucune méthodologie formalisée. Plus remarquable encore : le vade-mecum utilise le présent de l'indicatif pour décrire un décret qui n'existe pas. Page 2 : « Le décret d'application de l'article 31 précité vient préciser les critères de sécurité et de protection applicables. » Six jours plus tard, le 11 février, Dany Wattebled demandait en séance au Sénat : « Le décret d'application est attendu depuis près de deux ans. Quand sera-t-il publié ? »¹³ Le guide d'application renvoie à un texte fantôme. La circulaire, de son côté, organise sa propre soupape de non-conformité. Le II.2, consacré à la souveraineté, se conclut par cette phrase : « Dès lors que l'enjeu de souveraineté numérique ne peut être correctement pris en compte, une analyse de risque, dépassant le strict cadre d'une homologation de sécurité, doit permettre d'intégrer des mesures de mitigation des risques identifiés. »² Quand on ne peut pas être souverain, on fait une analyse de risque. Sans barème, sans seuil, sans critères objectifs. L'obligation législative a été remplacée par un guide non contraignant qui renvoie à un décret absent, accompagné d'une circulaire qui prévoit sa propre clause d'échappatoire. ## Les contrôles que personne n'a renforcés Le décret absent et la faiblesse normative des textes substitutifs ne sont pas les seules pièces manquantes. Les circulaires précédentes, « Cloud au centre » 2018, 2021, 2023, accordaient la même latitude. La Cour des comptes les a trouvées « restées lettre morte » ou « contournées par des méthodes d'évitement »⁹. Le même rapport constate que « la stratégie interministérielle pilotée par la DINUM n'est pas encore pleinement contraignante ni dotée de moyens consolidés ». La Cour recommande de « cartographier les données sensibles à héberger de manière souveraine dans tous les ministères »⁹ — ce que le décret de l'article 31 devait précisément accomplir. L'institution de contrôle demande à l'État de produire ce qu'il s'est déjà imposé par la loi dix-huit mois plus tôt. Le seuil de 9 millions d'euros au-delà duquel un projet doit obtenir l'avis conforme de la DINUM reste inchangé. La commission d'enquête sénatoriale a documenté les contournements : le renouvellement des licences Microsoft à l'Éducation nationale a échappé à l'avis de la DINUM, malgré un montant supérieur au seuil¹⁰. La Cour des comptes a plaidé pour un droit de veto et une extension du contrôle aux opérateurs de l'État⁹. La commission sénatoriale a recommandé un abaissement des seuils¹⁰. La circulaire n'en retient rien. Les sénateurs Wattebled et Uzenat ont déposé en octobre 2025 une proposition de loi sur les marchés publics numériques, adoptée par le Sénat en première lecture le 17 décembre 2025¹¹. La commission l'a remanié en ajoutant des dispositions ciblant les « données de sensibilité particulière » au sens de l'article 31, dont le décret n'existe pas⁴. Le législateur légifère sur un article dont les décrets accusent dix-huit mois de retard, pour combler les lacunes d'une circulaire qui renvoie à un vade-mecum non normatif s'appuyant sur ce même article. Chaque texte annoncé renvoie à un texte absent. ## Ce que je sais, et ce que j'ignore Les faits sont documentés par les institutions elles-mêmes. L'État a produit, entre 2021 et 2026, une doctrine Cloud au centre, une loi SREN, une circulaire achats numériques, un vade-mecum et une proposition de loi adoptée par le Sénat. Aucun de ces textes ne dispose de l'intégralité de ses instruments d'application. Et le seul qui devait rendre l'ensemble opérationnel — le décret en Conseil d'État — est celui qui manque. Le directeur général de l'ANSSI a rappelé en janvier 2026 que les offres qualifiées SecNumCloud sont « sans le moindre doute souveraines », mais que cette qualification est « un outil de cybersécurité, pas de politique industrielle »¹⁴. La circulaire s'appuie sur SecNumCloud comme réponse principale à la souveraineté, sans fournir d'outil complémentaire pour les dimensions que SecNumCloud ne couvre pas : substitution technologique, maîtrise des briques logicielles, réduction des dépendances à long terme. L'article 31 ne s'applique qu'au recours à un prestataire privé³. Le vade-mecum le rappelle en note de bas de page¹², mais c'est la loi elle-même qui pose cette limite. Quand l'État héberge en interne, c'est la circulaire Cloud au centre de 2023 qui s'applique. L'État exige SecNumCloud du secteur privé mais ne s'impose pas la même obligation pour ses propres systèmes d'information. Reste ce que je ne sais pas. Pourquoi le décret d'application de l'article 31 accumule dix-huit mois de retard. Et si une directive européenne en préparation ne rendra pas caducs certains de ces débats franco-français. Six ans entre la promesse de migration du HDH et son exécution annoncée. Dix-huit mois de retard sur le décret SREN. 4,5 milliards d'euros d'achats annuels sans barème de souveraineté opposable. Un marché de cinq fournisseurs qualifiés présenté comme un catalogue ouvert de dix-huit. Une obligation législative remplacée par un guide de bonnes pratiques et une circulaire à clause d'échappatoire. Le décret de l'article 31 était la seule pièce qui pouvait rendre l'ensemble opérationnel. Personne ne l'a produite. Pas faute d'expertise, pas faute de moyens : les rapports existent, les recommandations sont écrites, les institutions les ont formulées elles-mêmes. Le problème est plus simple et plus embarrassant. L'État a écrit la norme, annoncé la doctrine, voté la loi, puis tourné la page sans finir la phrase. --- **Sources :** ¹ Communiqué de presse, ministère de l'Économie et DINUM, 5 février 2026 — [presse.economie.gouv.fr](https://presse.economie.gouv.fr/?p=170369&ref=klaerenn.fr) · [numerique.gouv.fr](https://www.numerique.gouv.fr/sinformer/espace-presse/achats-publics-num%C3%A9riques-letat-pr%C3%A9cise-sa-doctrine/?ref=klaerenn.fr) ² Circulaire n° 6519/SG du Premier ministre relative à la commande publique numérique, 5 février 2026 ³ Loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 (SREN), article 31 — [legifrance.gouv.fr](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049563035?ref=klaerenn.fr) ⁴ Rapport de la commission des lois du Sénat sur la PPL sécurisation des marchés publics numériques, décembre 2025 — [senat.fr](https://www.senat.fr/rap/l25-199/l25-199%5Fmono.html?ref=klaerenn.fr) ⁵ Clara Chappaz, audition au Sénat, commission d'enquête sur la commande publique, 10 juin 2025 — [vie-publique.fr](https://www.vie-publique.fr/discours/299225-clara-chappaz-10062025-souverainete-numerique-francaise-et-europeenne?ref=klaerenn.fr) ⁶ Pierre-Ange Zalcberg (Nemrod Avocats), « La sécurisation des marchés publics du numérique : une proposition de loi pragmatique », Weka, 3 février 2026 — [weka.fr](https://www.weka.fr/actualite/acheteur-public/article%5Fjuridique/la-securisation-des-marches-publics-du-numerique-une-proposition-de-loi-pragmatique-210211/?ref=klaerenn.fr) ⁷ Portail nuagepublic.fr, FAQ du marché UGAP Nuage Public — [nuagepublic.fr](https://www.nuagepublic.fr/faq?ref=klaerenn.fr) ⁸ Orange Business, communiqué de presse qualification SecNumCloud Cloud Avenue SecNum, 16 juillet 2025 — [newsroom.orange.com](https://newsroom.orange.com/orange-business-annonce-la-qualification-secnumcloud-de-son-offre-cloud-avenue-secnum-une-etape-cle-pour-la-confiance-numerique/?lang=fra&ref=klaerenn.fr) ⁹ Cour des comptes, *Les enjeux de souveraineté des systèmes d'information civils de l'État*, 31 octobre 2025 — [ccomptes.fr](https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-enjeux-de-souverainete-des-systemes-dinformation-civils-de-letat?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Commission d'enquête sénatoriale sur la commande publique, rapport Wattebled-Uzenat, 8 juillet 2025 — [senat.fr](https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/commission-denquete-sur-les-couts-et-les-modalites-effectifs-de-la-commande-publique-et-la-mesure-de-leur-effet-dentrainement-sur-leconomie-francaise.html?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Proposition de loi relative à la sécurisation des marchés publics numériques, adoptée par le Sénat le 17 décembre 2025 (T.A. n° 33) — [vie-publique.fr](https://www.vie-publique.fr/loi/301430-securisation-des-marches-publics-numeriques-proposition-de-loi?ref=klaerenn.fr) ¹² Vade-mecum sur la sensibilité des données au sens de l'article 31 de la loi SREN, 4 février 2026 — [numerique.gouv.fr](https://www.numerique.gouv.fr/offre-accompagnement/reference-vade-mecum-sensibilite-donnees/?ref=klaerenn.fr) ¹³ Dany Wattebled, question d'actualité au gouvernement, Sénat, 11 février 2026 — [senat.fr](https://www.senat.fr/seances/s202602/s20260211/st20260211000.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Vincent Strubel, « SecNumCloud en (pas si) bref », LinkedIn, 6 janvier 2026 — [linkedin.com](https://fr.linkedin.com/pulse/secnumcloud-en-pas-si-bref-vincent-strubel-505ge?ref=klaerenn.fr) ### They Live... URL: https://www.klaerenn.fr/they-live/ Last updated: 2026-09-01T22:51:08.000Z *...we sleep* --- January 2026\. A consulting firm publishes its annual CISO radar. 150 topics arranged in concentric circles: emerging, trending, mature. Six domains: Protect, Detect & Respond, Identity & Trust Services, Risk & Governance, Compliance & Privacy, Operational Resilience. It's a beautiful object. Colorful, comprehensive, professional. CISOs download it, present it to their boards, use it to prioritize investments. I put on the glasses. I counted. I looked for data. And I understood: it doesn't work. ## Ten items, 150 on the radar Let's take ten items at random from the 2026 radar. Zero Trust Access, classified as "mature," supposedly already addressed. An analysis of 156 enterprise deployments shows a range of $180,000 to $4.2 million depending on complexity, over 12 to 18 months¹. An in-house 24/7 SOC costs between $1.5 and $5 million per year². SASE, XDR, IAM for OT, Post Quantum Crypto roadmap, DORA compliance, AI red teaming, Cyber vault, Digital dependencies mapping: each requires FTEs, budget, time. None is free. Ten items. Realistic range: $5 to $15 million over three years, 20 to 50 cumulative FTEs. The radar lists 150. ## 6.4% of the IT budget The same firm that publishes the radar measures enterprise cyber maturity annually³. Large French companies allocate an average of 6.4% of their IT budget to cybersecurity, at the low end of the recommended range. They have one cyber expert per 1,016 employees. Top performers in the financial sector reach 1 per 80. Intentions to increase cyber budgets dropped 15 points in one year⁴. Headcount intentions dropped 13 points. For SMEs, 75% spend less than €2,000 per year on cybersecurity⁵. A Fortune 500 company allocates $50 to $150 million to cybersecurity. Teams of 100 to 300 people. That's substantial. Put that against 150 items. The math doesn't work, anywhere, even for the biggest players. I'm not saying the radar is wrong. It describes a world where resources are unlimited. That world doesn't exist. ## Everyone on the same path In practice, organizations position themselves on the radar according to their means. This is what I observe in the field. Large enterprises work on "emerging" topics. They have budgets to experiment, teams to absorb complexity, media presence to communicate their lead. Mid-sized companies follow "trending" topics. They wait for solutions to stabilize, prices to drop, skills to spread. SMEs arrive at "mature" topics. When it's become standard, packaged, accessible. Everyone follows the same path. The only variable is position on the path. This is true in Paris. True in New York. True everywhere the Western cybersecurity management model applies. No one questions the path itself. ## One map to learn If all organizations implement the same building blocks in the same order, they converge toward the same architecture. Same tools, same configurations, same weaknesses. For an attacker, this is considerable simplification. One map to learn. A vulnerability in a radar "leader" tool hits everyone simultaneously. A bypass that works somewhere works everywhere. Collective "maturity" measured by radar alignment produces collective vulnerability. The more homogeneous the herd, the faster the epidemic spreads. I've documented elsewhere the mathematical imbalance between offense and defense in the AI era. Defense homogenization makes it worse. The attacker has only one target to study. The defender has only one posture to hold. ## Chicago, Frankfurt, same SOC The radar isn't a European product imported from the United States. It's the GPS for the entire Western world. American CISOs follow Gartner. European CISOs follow Gartner and its local variants. Same categories, same acronyms, same logic. A SOC in Chicago looks like a SOC in Frankfurt. The difference lies in what surrounds the radar. In the United States and Israel, the cyber ecosystem operates in symbiosis: talent circulates between agencies and startups, offensive technologies become commercial products, intelligence feeds industry⁶. The radar fits into this loop. An American bank's CISO follows the radar. The NSA doesn't. Two logics coexist. Europe imported the radar without the loop. It grafted it onto a closed circuit (public funding, certification, government contracts, stagnation) that produces neither global champions nor alternative capabilities⁷. When the radar is no longer enough, when the imbalance between offense and defense becomes unmanageable, America has a Plan B. Europe doesn't. ## The blind spots I looked in the 2026 radar for certain topics I've documented elsewhere. Technical debt is absent. Legacy systems that can't be patched, critical business applications running on obsolete OSes, industrial protocols from another age. Nothing. Budget trade-offs aren't there. How to choose between Zero Trust and SOC when you can't do both. How to explicitly give up on certain topics. Silence. Geopolitical dependency on American vendors leaves no trace. Neither does the growing imbalance between offense and defense: the radar lists "AI for security" on the defense side and "AI red teaming" on the test side, but not the fundamental question. Deep organizational resilience is also missing. Not backup tools, not packaged continuity plans. The ability to operate in degraded mode, to decide under pressure, to rebuild without systems. What doesn't appear on the radar doesn't exist in strategic conversation. What doesn't exist in conversation doesn't receive budget. In New York as in Paris. ## Why it persists 150 impossible items to address. Stratification that puts everyone on the same track. Homogenization that creates collective vulnerabilities. Deep blind spots on real risks. The system runs. Radars come out, presentations get made, budgets align. Yet its real function is not to ensure our security. What remains is understanding why it persists. --- ## What I don't know I'm not claiming the firms producing these radars act in bad faith. Producing a comprehensive inventory meets a demand. CISOs want a complete map. Firms provide it. I also don't know if an alternative exists. A radar that said "here are 10 topics, ignore the rest" would lose in comprehensiveness what it gained in realism. Firms that tried would risk being judged incomplete compared to competitors. The system perhaps perpetuates itself because it suits everyone. Except those who must implement it. --- *This article is part of a series analysing the structural flaws of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) - *Article 9:* [*The digital hawks*](https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/) --- ## References ¹ Axis Intelligence (2025). "Zero Trust Implementation Cost Calculator 2025: Enterprise Budget Planning Tools" — Analysis of 156 enterprise deployments. [https://axis-intelligence.com/zero-trust-implementation-cost-calculator-2025/](https://axis-intelligence.com/zero-trust-implementation-cost-calculator-2025/?ref=klaerenn.fr) ² Netsurion (2023). "The True Cost of Setting Up and Operating a 24x7 Security Operations Center"; Lumifi (2024). "What Does It Cost to Build a Security Operations Center?"; Ponemon Institute — Average $2.86M/year for internal SOC. ³ Wavestone (2025). "Cyber Benchmark 2025" — 6.4% of IT budget, 1 expert per 1,016 employees. [https://www.wavestone.com/fr/insight/cyber-benchmark-2025/](https://www.wavestone.com/fr/insight/cyber-benchmark-2025/?ref=klaerenn.fr) ⁴ CESIN / OpinionWay (2025). "10th annual cybersecurity barometer" — Budget intentions -15 points, headcount -13 points. [https://cesin.fr/](https://cesin.fr/?ref=klaerenn.fr) ⁵ Cybermalveillance.gouv.fr (2025). "2nd national SME cyber maturity barometer" — 75% of SMEs: cyber budget < €2,000\. [https://www.cybermalveillance.gouv.fr/](https://www.cybermalveillance.gouv.fr/?ref=klaerenn.fr) ⁶ Atlantic Council (2024). "Sleight of Hand: How China Weaponizes Software Vulnerabilities" — Documentation of US offensive ecosystem. ⁷ Franck Rouxel (2025). ["We are the champions... or not"](https://www.klaerenn.fr/we-are-the-champions-or-not/) — Analysis of the French cyber startup ecosystem: nearly 150 vendors, over one billion euros raised, zero independent global leader. ### Matinale Silicon — Sécuriser les pipelines et gouverner la donnée à l’ère des LLM URL: https://www.klaerenn.fr/matinale-silicon-securiser-les-pipelines-et-gouverner-la-donnee-a-lere-des-llm/ Last updated: 2026-02-23T16:51:46.000Z Intervenant lors de la **Matinale Silicon** du 19 février 2026, aux côtés de Chahir Al Echi (Responsable du service, Caisse des dépôts) et Philippe Leroy (Rédacteur en chef, Silicon Magazine). Les échanges ont porté sur les défis clés liés à l'industrialisation et à l'exploitation de l'IA en entreprise : - **Cybersécurité** — Protéger les modèles contre les attaques de type poisoning et les risques de fuites de données associés à la Shadow AI. - **Gouvernance** — Définir les règles d'accès aux données dans le cadre de dispositifs de type RAG. - **Scalabilité humaine** — Préparer les équipes Ops à piloter et maintenir des modèles d'IA évolutifs. ➡️ [Voir la session sur Silicon Events](https://livreblanc.silicon.fr/webinar/de-la-conception-a-la-production-securiser-les-pipelines-et-gouverner-la-donnee-a-lere-des-llm?ref=klaerenn.fr) ### They Live... URL: https://www.klaerenn.fr/they-live-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:08.000Z *...we sleep* --- Janvier 2026\. Un cabinet de conseil publie son radar CISO annuel. 150 sujets répartis en cercles concentriques : emerging, trending, mature. Six domaines : Protect, Detect & Respond, Identity & Trust Services, Risk & Governance, Compliance & Privacy, Operational Resilience. C'est un bel objet. Coloré, exhaustif, professionnel. Les CISO le téléchargent, le présentent à leur COMEX, l'utilisent pour prioriser leurs investissements. J'ai mis les lunettes. J'ai compté. J'ai cherché les données. Et j'ai compris : ça ne marche pas. ## Dix items, 150 sur le radar Prenons dix items au hasard dans le radar 2026. Zero Trust Access, classé "mature", donc censé être déjà traité. Une analyse de 156 déploiements entreprise montre une fourchette de 180 000 à 4,2 millions de dollars selon la complexité, sur 12 à 18 mois¹. Un SOC internalisé 24/7 coûte entre 1,5 et 5 millions de dollars par an². SASE, XDR, IAM for OT, Post Quantum Crypto roadmap, DORA compliance, AI red teaming, Cyber vault, Digital dependencies mapping : chacun demande des ETP, du budget, du temps. Aucun n'est gratuit. Dix items. Fourchette réaliste : 5 à 15 millions de dollars sur trois ans, 20 à 50 ETP cumulés. Le radar en compte 150. ## 6,4% du budget IT Le même cabinet qui publie le radar mesure chaque année la maturité cyber des grandes entreprises³. Les grandes entreprises françaises consacrent en moyenne 6,4% de leur budget IT à la cybersécurité, dans le bas de la fourchette recommandée. Elles disposent d'un expert cyber pour 1 016 employés. Les meilleurs du secteur financier atteignent 1 pour 80. Les intentions d'augmenter les budgets cyber ont chuté de 15 points en un an⁴. Les effectifs, de 13 points. Le CESIN parle de "tassement des moyens". Côté TPE-PME, 75% consacrent moins de 2 000 euros par an à la cybersécurité⁵. Un grand groupe du Fortune 500 consacre 50 à 150 millions de dollars à la cybersécurité. Équipe de 100 à 300 personnes. C'est conséquent. Mettez ça en face de 150 items. Le calcul ne marche pas, nulle part, même pour les plus gros. Je ne dis pas que le radar est faux. Il décrit un monde où les ressources seraient illimitées. Ce monde n'existe pas. ## Tout le monde sur le même chemin En pratique, les organisations se positionnent sur le radar selon leurs moyens. C'est ce que j'observe sur le terrain. Les grands groupes travaillent les sujets "emerging". Ils ont les budgets pour expérimenter, les équipes pour absorber la complexité, la surface médiatique pour communiquer sur leur avance. Les ETI suivent les sujets "trending". Ils attendent que les solutions se stabilisent, que les prix baissent, que les compétences se diffusent. Les PME arrivent sur les sujets "mature". Quand c'est devenu standard, packagé, accessible. Tout le monde suit le même chemin. La seule variable est la position sur le chemin. C'est vrai à Paris. C'est vrai à New York. C'est vrai partout où le modèle occidental de gestion de la cybersécurité s'applique. Personne ne questionne le chemin lui-même. ## Une seule carte à apprendre Si toutes les organisations implémentent les mêmes briques dans le même ordre, elles convergent vers la même architecture. Mêmes outils, mêmes configurations, mêmes faiblesses. Pour un attaquant, c'est une simplification considérable. Une seule carte à apprendre. Une vulnérabilité dans un outil "leader" du radar touche tout le monde en même temps. Un contournement qui fonctionne quelque part fonctionne partout. La "maturité" collective mesurée par l'alignement au radar produit une vulnérabilité collective. Plus le troupeau est homogène, plus l'épidémie se propage vite. J'ai documenté ailleurs le déséquilibre mathématique entre attaque et défense à l'ère de l'IA. L'homogénéisation des défenses l'aggrave. L'attaquant n'a qu'une cible à étudier. Le défenseur n'a qu'une posture à tenir. ## Chicago, Francfort, même SOC Le radar n'est pas un produit européen importé des États-Unis. C'est le GPS de l'ensemble du monde occidental. Les CISO américains suivent Gartner. Les CISO européens suivent Gartner et ses déclinaisons locales. Mêmes catégories, mêmes acronymes, même logique. Un SOC à Chicago ressemble à un SOC à Francfort. La différence tient à ce qui entoure le radar. Aux États-Unis et en Israël, l'écosystème cyber fonctionne en symbiose : les talents circulent entre agences et startups, les technologies offensives deviennent des produits commerciaux, le renseignement irrigue l'industrie⁶. Le radar s'inscrit dans cette boucle. Le CISO d'une banque américaine suit le radar. La NSA ne le suit pas. Deux logiques coexistent. L'Europe a importé le radar sans la boucle. Elle l'a greffé sur un circuit fermé (financement public, certification, marché État, stagnation) qui ne produit ni champions mondiaux ni capacités alternatives⁷. Quand le radar ne suffit plus, quand le déséquilibre entre attaque et défense devient ingérable, l'Amérique a un plan B. L'Europe n'en a pas. ## Les angles morts J'ai cherché dans le radar 2026 certains sujets que j'ai documentés ailleurs. La dette technique est absente. Les systèmes legacy qui ne peuvent pas être patchés, les applications métier critiques qui tournent sur des OS obsolètes, les protocoles industriels d'un autre âge. Rien. Les arbitrages budgétaires n'y figurent pas. Comment choisir entre Zero Trust et SOC quand on ne peut pas faire les deux. Comment renoncer explicitement à certains sujets. Silence. La dépendance géopolitique aux fournisseurs américains ne laisse aucune trace. Le déséquilibre croissant entre attaque et défense non plus : le radar liste "AI for security" côté défense et "AI red teaming" côté test, mais pas la question de fond. La résilience organisationnelle profonde manque aussi. Pas les outils de backup, pas les plans de continuité packagés. La capacité à fonctionner en mode dégradé, à décider sous pression, à reconstruire sans les systèmes. Ce qui n'apparaît pas dans le radar n'existe pas dans la conversation stratégique. Ce qui n'existe pas dans la conversation ne reçoit pas de budget. À New York comme à Paris. ## Pourquoi ça persiste 150 items impossibles à traiter. Une stratification qui met tout le monde sur le même rail. Une homogénéisation qui crée des vulnérabilités collectives. Des angles morts profonds sur les vrais risques. Et pourtant, chaque année, les radars sont publiés. Chaque année, les CISO les présentent. Chaque année, les budgets s'alignent. Le système tourne. Les radars sortent, les présentations se font, les budgets s'alignent. Sa fonction réelle, pourtant, n'est pas d'assurer notre sécurité. Reste à comprendre pourquoi il persiste. --- ## Ce que je ne sais pas Je n'affirme pas que les cabinets qui produisent ces radars agissent de mauvaise foi. La production d'un inventaire exhaustif répond à une demande. Les CISO veulent une carte complète. Les cabinets la fournissent. Je ne sais pas non plus si une alternative existe. Un radar qui dirait "voici les 10 sujets, ignorez le reste" perdrait en exhaustivité ce qu'il gagnerait en réalisme. Les cabinets qui le tenteraient prendraient le risque d'être jugés incomplets par rapport à leurs concurrents. Le système se perpétue peut-être parce qu'il arrange tout le monde. Sauf ceux qui doivent le mettre en œuvre. --- *Dixième article d'une série sur les failles profondes de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) - *Article 9 :* [*Les faucons du numérique*](https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/) --- ## Références ¹ Axis Intelligence (2025). "Zero Trust Implementation Cost Calculator 2025: Enterprise Budget Planning Tools" — Analyse de 156 déploiements entreprise. [https://axis-intelligence.com/zero-trust-implementation-cost-calculator-2025/](https://axis-intelligence.com/zero-trust-implementation-cost-calculator-2025/?ref=klaerenn.fr) ² Netsurion (2023). "The True Cost of Setting Up and Operating a 24x7 Security Operations Center" ; Lumifi (2024). "What Does It Cost to Build a Security Operations Center?" ; Ponemon Institute — Moyenne de 2,86M$/an pour un SOC interne. ³ Wavestone (2025). "Cyber Benchmark 2025 : Des progrès mesurés, des défis persistants" — 6,4% du budget IT, 1 expert pour 1 016 employés. [https://www.wavestone.com/fr/insight/cyber-benchmark-2025/](https://www.wavestone.com/fr/insight/cyber-benchmark-2025/?ref=klaerenn.fr) ⁴ CESIN / OpinionWay (2025). "10ème édition du baromètre annuel de la cybersécurité des entreprises" — Intentions budget -15 points, effectifs -13 points. [https://cesin.fr/](https://cesin.fr/?ref=klaerenn.fr) ⁵ Cybermalveillance.gouv.fr (2025). "2ème édition du baromètre national de la maturité cyber des TPE-PME" — 75% des TPE-PME : budget cyber < 2 000€. [https://www.cybermalveillance.gouv.fr/](https://www.cybermalveillance.gouv.fr/?ref=klaerenn.fr) ⁶ Atlantic Council (2024). "Sleight of Hand: How China Weaponizes Software Vulnerabilities" — Documentation de l'écosystème offensif américain. Voir article 9 de cette série. ⁷ Franck Rouxel (2025). ["We are the champions... or not"](https://www.klaerenn.fr/we-are-the-champions-or-not/) — Analyse de l'écosystème startup cyber français : près de 150 éditeurs, plus d'un milliard d'euros levés, zéro leader mondial indépendant. ### SecNumCloud pour les autres ? URL: https://www.klaerenn.fr/secnumcloud-pour-les-autres/ Last updated: 2026-02-12T09:00:08.000Z Le 6 janvier 2025, Vincent Strubel, directeur général de l'ANSSI, publiait sur LinkedIn une mise au point sur SecNumCloud : « Ce n'est pas une médaille en chocolat, et ce n'est pas pour tout le monde. » ¹ Près de 1 200 points de contrôle. Des exigences visant à réduire les risques liés aux lois extraterritoriales américaines et chinoises. Un processus de qualification qui coûte entre 1 et 2 millions d'euros et prend 18 à 24 mois. À Bruxelles, la France défend avec constance l'intégration de ces critères dans le schéma européen EUCS. La CNIL, la CSNP, l'ANSSI : tous martèlent que le niveau High+, équivalent européen de SecNumCloud, doit inclure des garanties contre les risques liés aux lois extraterritoriales. ² La France a « perdu tous ses alliés » sur ce dossier avant de « reformer des alliances » après l'élection de Trump, selon Guillaume Poupard. ³ La position française tient en une phrase : les données sensibles européennes doivent être protégées des ingérences étrangères. Le Cloud Act américain et la loi chinoise sur le renseignement de 2017 permettent à ces puissances d'exiger l'accès aux données hébergées par leurs entreprises, où qu'elles soient stockées. --- **Les exigences françaises pour les autres** Pour les prestataires privés traitant des données sensibles de l'État, la doctrine « Cloud au centre » impose le recours à des offres présentant un niveau de sécurité équivalent à celui des offres qualifiées SecNumCloud. L'article 31 de la loi SREN de mai 2024 grave cette exigence dans le marbre pour les données « d'une sensibilité particulière ». ⁴ Mais cet article ne s'applique qu'aux prestataires privés. L'État, lorsqu'il développe ses propres outils, n'est pas soumis à cette obligation légale. Pour les industriels européens, la France pousse à Bruxelles pour que le niveau le plus élevé d'EUCS intègre des garanties contre les risques liés aux juridictions non-européennes. L'enjeu : que les hyperscalers américains ne puissent pas prétendre au plus haut niveau de certification sans ces garanties. --- **Et pour l'État lui-même ?** La Suite numérique (Visio, Docs, Tchap, Resana, Grist, France Transfert, Webinaire, Webconf) constitue l'offre collaborative que l'État impose à ses agents par circulaire. ⁵ Sur cette Suite, la DINUM communique avec prudence. Pour Docs et Visio : « hébergés sur une infrastructure qualifiée SecNumCloud » (Outscale). ⁶ Pour les autres briques : silence. Or une infrastructure qualifiée SecNumCloud (IaaS) n'équivaut pas à un service qualifié SecNumCloud (SaaS). L'ANSSI l'écrit explicitement : « La qualification SecNumCloud apporte une confiance sur l'offre cloud \[...\]. Elle ne préjuge en revanche pas du niveau de sécurité des services numériques des clients qui seront portés par ces offres cloud. » ⁷ À ce jour, la liste officielle de l'ANSSI recense une seule suite collaborative qualifiée SecNumCloud en SaaS : Oodrive (Work, Share, Meet). ⁸ L'État développe Visio au lieu d'utiliser Oodrive Meet. Il développe Docs au lieu d'utiliser Oodrive Work. La circulaire de janvier 2026 évoque des solutions « développées dans l'esprit du référentiel SecNumCloud ». ⁹ Formule juridiquement vide. L'esprit d'un référentiel de 1 200 points de contrôle ne protège rien. --- **La supply chain** La Suite repose sur des composants dont les éditeurs sont soumis à des juridictions non-européennes : LiveKit (San Francisco) pour Visio, Element (UK/US) pour Tchap, Grist (New York). Des dépendances que SecNumCloud exige précisément de maîtriser et de documenter. Les assets Tchap pointent vers OVH Object Storage (s3.gra.io.cloud.ovh.net), non qualifié SecNumCloud. Resana est opéré par Interstis, sans mention de qualification. --- **Le bilan sécurité** En moins d'un an, trois plateformes de la DINUM ont été compromises : | Plateforme | Date | Impact | Modèle | | ---------- | ------------- | ----------------------------------- | ----------------------------------- | | Osmose | Avril 2025 | 3 502 profils agents scrapés ¹⁰ | SaaS français (Jalios) sur Outscale | | Resana | Novembre 2025 | \~1M fonctionnaires, rançon 20k$ ¹¹ | Développement interne | | HubEE | Janvier 2026 | 160 000 documents ¹² | Plateforme DINUM | Trois modèles différents. Trois compromissions. Le point commun : des défaillances dans les pratiques de sécurité, pas dans le choix d'hébergement. Osmose mérite attention. Solution SaaS française (Jalios), hébergée sur infrastructure qualifiée SecNumCloud (Outscale), fermée en mai 2025 pour être remplacée par Resana, développé en interne. Six mois plus tard, Resana était compromis. --- **La question qui reste** L'État français exige des prestataires privés un niveau de protection qu'il ne s'applique pas à lui-même. Il défend à Bruxelles des garanties contre les lois extraterritoriales tout en déployant des outils dont la supply chain dépend de composants soumis à ces mêmes lois. Cela pose une question plus fondamentale : si l'État lui-même ne parvient pas à garantir la protection de ses propres données sensibles contre les juridictions étrangères, sur quelle base peut-il exiger cette garantie des prestataires privés ? Les composants LiveKit, Element et Grist soumettent le code source de La Suite à des juridictions non-européennes, les mêmes dépendances que l'État reproche aux hyperscalers américains. L'IGI 1337 définit l'organisation SSI de l'État et les autorités compétentes au sein de chaque ministère. L'II 901, applicable aux SI sensibles, impose une analyse de risques préalable à toute externalisation. Si cette analyse conclut à un risque résiduel inacceptable, notamment la sujétion à un droit extraterritorial, l'autorité qualifiée ministérielle pourrait légitimement refuser l'adoption de La Suite. C'est, paradoxalement, le seul levier dont disposent les RSSI ministériels pour résister à une injonction politique qui ignore les questions qu'elle prétend résoudre. --- **Ce que je sais, ce que je ne sais pas** Je sais que la DINUM ne revendique la qualification SecNumCloud que pour Docs et Visio, et uniquement au niveau infrastructure. Je sais que les autres briques ne font l'objet d'aucune communication sur leur qualification. Je sais que la supply chain repose sur des composants édités par des entreprises soumises à des juridictions non-européennes. Je ne sais pas si La Suite dispose d'une décision d'homologation formelle, ni à quel niveau. Je ne sais pas combien de ministères ont conduit une analyse de risques conforme à l'II 901 avant d'adopter La Suite. Je ne sais pas si des AQSSI ministérielles ont refusé d'accepter le risque résiduel. --- **Position** La crédibilité de la France sur EUCS dépend de sa cohérence. Exiger des industriels européens 1 200 points de contrôle tout en déployant des outils « dans l'esprit » du référentiel affaiblit la position française à Bruxelles et discrédite SecNumCloud auprès des éditeurs nationaux. La sécurité des données de l'État ne se décrète pas par circulaire. Elle se construit par des qualifications vérifiables, des analyses de risques documentées et des pratiques d'exploitation rigoureuses. Trois compromissions en neuf mois suggèrent que ce travail reste à faire. Tant que l'État ne s'appliquera pas les standards qu'il impose aux autres, sa doctrine « Cloud au centre » restera ce qu'elle est : une injonction politique, pas une garantie de sécurité. --- **Sources** ¹ Vincent Strubel, LinkedIn, 6 janvier 2025 — repris par [Silicon.fr](https://www.silicon.fr/cybersecurite-1371/le-patron-de-lanssi-sur-secnumcloud-pas-une-medaille-en-chocolat-225051?ref=klaerenn.fr) ² CNIL, « [Cloud : les risques d'une certification européenne](https://www.cnil.fr/fr/cloud-les-risques-dune-certification-europeenne-permettant-lacces-des-autorites-etrangeres?ref=klaerenn.fr) », 19 juillet 2024 ³ Guillaume Poupard, [Journal du Net](https://www.journaldunet.com/cybersecurite/1542509-eucs-vers-un-deblocage-enfin/?ref=klaerenn.fr), juin 2025 ⁴ [Loi SREN, article 31](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article%5Flc/LEGIARTI000049565888/2024-05-23?ref=klaerenn.fr), JORF 22 mai 2024 ⁵ [Circulaire n°6469/SG](https://www.legifrance.gouv.fr/circulaire/id/45446?ref=klaerenn.fr), 22 janvier 2026 ⁶ DINUM, [lasuite.numerique.gouv.fr](https://lasuite.numerique.gouv.fr/?ref=klaerenn.fr) ⁷ ANSSI, « [Recommandations pour l'hébergement dans le cloud](https://cyber.gouv.fr/publications/recommandations-pour-lhebergement-des-si-sensibles-dans-le-cloud?ref=klaerenn.fr) », juillet 2024 ⁸ ANSSI, [liste des offres qualifiées SecNumCloud](https://cyber.gouv.fr/produits-services-qualifies?ref=klaerenn.fr), janvier 2026 ⁹ Circulaire n°6469/SG, annexe technique ¹⁰ BreachForums, post "Angel\_Batista", 31 janvier 2026 — données vérifiées par @SebLatombe ¹¹ France Info, [« L'Œil du 20 heures »](https://www.franceinfo.fr/internet/securite-sur-internet/cyberattaques/enquete-francetv-comment-deux-piratages-ont-permis-la-fuite-de-donnees-sensibles-sur-des-hauts-fonctionnaires-et-le-vol-d-armes-a-feu-dans-des-cambriolages%5F7641599.html?ref=klaerenn.fr), 26 novembre 2025 ¹² [CERT-FR](https://www.cert.ssi.gouv.fr/?ref=klaerenn.fr), janvier 2026 ### The Digital Hawks URL: https://www.klaerenn.fr/the-digital-hawks/ Last updated: 2026-09-01T22:51:08.000Z *When vulnerability becomes ammunition* --- A vulnerability is a flaw to fix. That's what the CVE/NVD ecosystem has been telling us since 1999\. That's what compliance frameworks repeat. That's what most cybersecurity leaders believe. In June 2025, the Atlantic Council published a report saying the opposite. A vulnerability is an asset to acquire, stockpile, exploit. And the United States doesn't have enough. ## The reversal The report is titled "Crash (exploit) and burn"¹. Thirty-six pages on America's "offensive cyber supply chain." The question posed: if the United States wants to use more of its offensive capabilities against China, does it have the necessary supply chain? Translation: do they have enough exploitable vulnerabilities in stock? The answer: no. The pipeline is dysfunctional. Too many intermediaries between the researcher who discovers a flaw and the agency that exploits it. Acquisition cycles of 6 to 18 months per exploit. Dependence on foreign talent. Prices exploding from $100,000 at the researcher level to $750,000 or a million at the end customer. The recommendations follow: create accelerators at the Department of Defense, establish a government vulnerability broker, expand NSA offensive training programs. I documented states as buyers on the vulnerability black market⁶. This report takes it further: it's now about industrializing the supply. The word "defense" appears in the report. As an obstacle. Google and Apple's investments in cybersecurity "obstruct" American offensive capabilities, the author notes. When Microsoft patches a flaw, that's one exploit disappearing from available stock. Two visions of vulnerability now coexist. One, inherited from the CVE model, sees the flaw as a collective risk to reduce. The other, carried by this report, sees the flaw as a strategic resource to capture before the adversary does. These two visions are incompatible. And one is winning in Washington. ## Who carries this vision The Atlantic Council report isn't an intellectual accident. It's part of an ecosystem. The Atlantic Council counts among its donors the Department of Defense, Raytheon Technologies, Lockheed Martin, Northrop Grumman². The Cyber Risk Wednesday program, which produces this type of analysis, is explicitly funded by Raytheon—the same Raytheon cited in the report as a key player in the pipeline to "secure." The author declares her affiliations. Her husband runs the DARPA INGOTS program, mentioned in the recommendations as a model for automated exploit chain research. I'm not suggesting a conspiracy. I'm describing an ecosystem where funders, analysts, and beneficiaries of the recommendations form a coherent circuit. The contractors fund the think tank. The think tank recommends increasing budgets. The budgets go to the contractors³. This circuit produces a worldview where vulnerability is ammunition, not a defect. And this vision directly influences American policy. In August 2018, the Trump administration published National Security Presidential Memorandum 13, which lifted restrictions on offensive cyber operations. Result according to a Cyber Command official: more operations in a few months than in the previous ten years. The Biden administration tried to revise this text. The Pentagon resisted. The essence remains. The Atlantic Council report fits into this continuity. It doesn't question the offensive posture. It seeks to optimize it. ## What China understood While Washington debates optimizing its pipeline, Beijing solved the problem differently. Since September 2021, the Regulation on Management of Security Vulnerabilities requires companies operating in China to report any discovered vulnerability to the government within 48 hours⁵. Before any fix. Before any publication. The result is documented. The Chinese CNNVD database publishes vulnerabilities in an average of 13 days. The American NVD takes 33 days. China covers 75% of flaws within a week. The United States takes three to five weeks⁴. China isn't trying to buy vulnerabilities on a market. It nationalized discovery. Every researcher, every tech company operating on its territory automatically feeds the government stockpile. The two systems no longer speak the same language. One optimizes a market. The other abolished it. ## The blind spot The Atlantic Council report has a theory of victory: secure the offensive pipeline, capture vulnerabilities before the adversary, maintain the advantage. It has no theory of escalation. What happens when two powers stockpile vulnerabilities on each other's critical infrastructure? Volt Typhoon maintains dormant access on the American electrical grid. The United States probably has equivalent access. Each side prepares the capability to paralyze the other. Who activates first? How do you distinguish a red line test from a declaration of war? Who de-escalates when systems on both sides react faster than humans can decide? These questions are absent from the report. They are absent from the debate in Washington. Between 1906 and 1914, the United Kingdom and Germany engaged in a battleship race. Each construction on one side justified a response from the other. The shipyards pushed for escalation. Each decision was rational at the individual actor level. The system produced a war that nobody wanted. The difference with cyber: in 1914, mobilization took weeks. In 2026, an exploit chain triggers in minutes. ## What this changes For a European cybersecurity leader, what's happening in Washington might seem distant. It isn't. Europe built its vulnerability management ecosystem on the American model. NVD as reference, CVE as standard, coordinated disclosure as principle. The European EUVD, launched in 2025, transposes this model. But the American model is splitting. On one side, public infrastructure (NVD, CISA) continues treating vulnerability as a risk to fix. On the other, the offensive apparatus treats vulnerability as an asset to exploit. The two cannot coexist indefinitely. When the same government funds both fixing flaws and exploiting them, priorities eventually conflict. The Atlantic Council report says it without phrasing it that way: American Big Tech investing in defense "obstructs" offensive capabilities. To patch is to destroy stock. Europe is importing a model that the United States is moving away from. It's building a replica while the original mutates. The question isn't whether Washington is right or wrong. The question is whether Europe wants to follow this mutation or build something else. The Atlantic Council report meticulously documents the American offensive pipeline. It never asks the question: and those who don't want to play this game, what do they do? --- ## What I don't know I'm not claiming that the Atlantic Council deliberately coordinates its recommendations with its donors. The circuit I describe may result from a convergence of interests rather than concerted intention. I also don't know whether Europe has a viable alternative. Building an autonomous vulnerability ecosystem would take a decade. In the meantime, dependence on the American model persists, even as that model fragments. --- *This article is part of a series analysing the structural flaws of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) - *Article 8:* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/) --- ## References ¹ DeSombre Bernsen, W. (2025). "Crash (exploit) and burn", Atlantic Council, Cyber Statecraft Initiative, June 2025 [https://www.atlanticcouncil.org/in-depth-research-reports/report/crash-exploit-and-burn/](https://www.atlanticcouncil.org/in-depth-research-reports/report/crash-exploit-and-burn/?ref=klaerenn.fr) ² Atlantic Council, "Honor Roll of Contributors 2022-2024" [https://www.atlanticcouncil.org/support-the-council/honor-roll-of-contributors/](https://www.atlanticcouncil.org/support-the-council/honor-roll-of-contributors/?ref=klaerenn.fr) ³ Responsible Statecraft (2023). "Weapons firms, donors tied to industry-friendly Atlantic Council report", July 2023 [https://responsiblestatecraft.org/atlantic-council-defense-industry/](https://responsiblestatecraft.org/atlantic-council-defense-industry/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Recorded Future (2018). "China's CNNVD Vulnerability Database" [https://www.recordedfuture.com/china-vulnerability-disclosure-cnnvd](https://www.recordedfuture.com/china-vulnerability-disclosure-cnnvd?ref=klaerenn.fr) ⁵ CAC/MIIT (2021). Regulation on Management of Security Vulnerabilities (RMSV), September 2021 ⁶ See article 3 of this series: "States as hidden architects of the vulnerability black market" ### Les faucons du numérique URL: https://www.klaerenn.fr/les-faucons-du-numerique/ Last updated: 2026-09-01T22:51:08.000Z *Quand la vulnérabilité devient munition* --- Une vulnérabilité, c'est une faille à corriger. C'est ce que raconte l'écosystème CVE/NVD depuis 1999\. C'est ce que répètent les frameworks de conformité. C'est ce que croient la plupart des responsables cybersécurité. En juin 2025, l'Atlantic Council publie un rapport qui dit l'inverse. Une vulnérabilité, c'est un actif à acquérir, stocker, exploiter. Et les États-Unis n'en ont pas assez. ## Le retournement Le rapport s'intitule "Crash (exploit) and burn"¹. Trente-six pages sur la "supply chain cyber offensive" américaine. La question posée : si les États-Unis veulent utiliser davantage leurs capacités offensives contre la Chine, disposent-ils de la chaîne d'approvisionnement nécessaire ? Traduisons : ont-ils assez de vulnérabilités exploitables en stock ? La réponse : non. Le pipeline est dysfonctionnel. Trop d'intermédiaires entre le chercheur qui découvre une faille et l'agence qui l'exploite. Des cycles d'acquisition de 6 à 18 mois par exploit. Une dépendance aux talents étrangers. Un prix qui explose, de 100 000 dollars chez le chercheur à 750 000 ou un million chez le client final. Les recommandations suivent : créer des accélérateurs au Department of Defense, établir un broker gouvernemental de vulnérabilités, étendre les programmes de formation offensive de la NSA. J'ai documenté les États comme acheteurs sur le marché noir des vulnérabilités⁶. Ce rapport franchit une étape : il s'agit maintenant d'industrialiser l'approvisionnement. Le mot "défense" apparaît dans le rapport. Comme obstacle. Les investissements de Google et Apple en cybersécurité "obstruent" les capacités offensives américaines, note l'auteure. Quand Microsoft corrige une faille, c'est un exploit qui disparaît du stock disponible. Deux visions de la vulnérabilité coexistent désormais. L'une, héritée du modèle CVE, voit la faille comme un risque collectif à réduire. L'autre, portée par ce rapport, voit la faille comme une ressource stratégique à capter avant l'adversaire. Ces deux visions sont incompatibles. Et l'une est en train de l'emporter à Washington. ## Qui porte cette vision Le rapport Atlantic Council n'est pas un accident intellectuel. Il s'inscrit dans un écosystème. L'Atlantic Council compte parmi ses donateurs le Department of Defense, Raytheon Technologies, Lockheed Martin, Northrop Grumman². Le programme Cyber Risk Wednesday, qui produit ce type d'analyses, est explicitement financé par Raytheon, le même Raytheon cité dans le rapport comme acteur clé du pipeline à "sécuriser". L'auteure déclare ses affiliations. Son mari dirige le programme DARPA INGOTS, mentionné dans les recommandations comme modèle pour la recherche automatisée de chaînes d'exploitation. Je ne suggère pas une conspiration. Je décris un écosystème où les financeurs, les analystes et les bénéficiaires des recommandations forment un circuit cohérent. Les contractors financent le think tank. Le think tank recommande d'augmenter les budgets. Les budgets vont aux contractors³. Ce circuit produit une vision du monde où la vulnérabilité est une munition, pas un défaut. Et cette vision influence directement la politique américaine. En août 2018, l'administration Trump a publié le National Security Presidential Memorandum 13, qui a levé les freins aux opérations cyber offensives. Résultat selon un officiel de Cyber Command : plus d'opérations en quelques mois qu'en dix années précédentes. L'administration Biden a tenté de réviser ce texte. Le Pentagone a résisté. L'essentiel demeure. Le rapport Atlantic Council s'inscrit dans cette continuité. Il ne questionne pas la posture offensive. Il cherche à l'optimiser. ## Ce que la Chine a compris Pendant que Washington débat de l'optimisation de son pipeline, Pékin a résolu le problème autrement. Depuis septembre 2021, la Regulation on Management of Security Vulnerabilities impose aux entreprises opérant en Chine de signaler toute vulnérabilité découverte au gouvernement dans les 48 heures⁵. Avant toute correction. Avant toute publication. Le résultat est documenté. La base de données chinoise CNNVD publie les vulnérabilités en 13 jours en moyenne. Le NVD américain met 33 jours. La Chine couvre 75% des failles en une semaine. Les États-Unis mettent trois à cinq semaines⁴. La Chine ne cherche pas à acheter des vulnérabilités sur un marché. Elle a nationalisé la découverte. Tout chercheur, toute entreprise tech opérant sur son territoire alimente automatiquement le stock gouvernemental. Les deux systèmes ne parlent plus la même langue. L'un optimise un marché. L'autre l'a supprimé. ## L'angle mort Le rapport Atlantic Council a une théorie de la victoire : sécuriser le pipeline offensif, capter les vulnérabilités avant l'adversaire, maintenir l'avantage. Il n'a pas de théorie de l'escalade. Que se passe-t-il quand deux puissances stockent des vulnérabilités sur les infrastructures critiques de l'autre ? Volt Typhoon maintient des accès dormants sur le réseau électrique américain. Les États-Unis ont probablement des accès équivalents. Chaque camp prépare la capacité de paralyser l'autre. Qui active en premier ? Comment distinguer un test de ligne rouge d'une déclaration de guerre ? Qui désescalade quand les systèmes des deux côtés réagissent plus vite que les humains ne peuvent décider ? Ces questions sont absentes du rapport. Elles sont absentes du débat à Washington. Entre 1906 et 1914, le Royaume-Uni et l'Allemagne se sont engagés dans une course aux cuirassés. Chaque construction d'un côté justifiait une réponse de l'autre. Les chantiers navals poussaient à l'escalade. Chaque décision était rationnelle au niveau de l'acteur individuel. Le système a produit une guerre que personne ne voulait. La différence avec le cyber : en 1914, la mobilisation prenait des semaines. En 2026, une chaîne d'exploitation se déclenche en minutes. ## Ce que ça change Pour un responsable cybersécurité européen, ce qui se passe à Washington peut sembler lointain. Ça ne l'est pas. L'Europe a construit son écosystème de gestion des vulnérabilités sur le modèle américain. NVD comme référence, CVE comme standard, disclosure coordonnée comme principe. L'EUVD européen, lancé en 2025, transpose ce modèle. Mais le modèle américain est en train de se scinder. D'un côté, l'infrastructure publique (NVD, CISA) continue de traiter la vulnérabilité comme un risque à corriger. De l'autre, l'appareil offensif traite la vulnérabilité comme un actif à exploiter. Les deux ne peuvent pas coexister indéfiniment. Quand le même gouvernement finance la correction des failles et leur exploitation, les priorités finissent par entrer en conflit. Le rapport Atlantic Council le dit sans le formuler ainsi : les Big Tech américains qui investissent en défense "obstruent" les capacités offensives. Corriger, c'est détruire du stock. L'Europe importe un modèle dont les États-Unis s'éloignent. Elle construit une réplique pendant que l'original mute. La question n'est pas de savoir si Washington a raison ou tort. La question est de savoir si l'Europe veut suivre cette mutation ou construire autre chose. Le rapport Atlantic Council documente méticuleusement le pipeline offensif américain. Il ne pose jamais la question : et ceux qui ne veulent pas jouer à ce jeu, ils font quoi ? --- ## Ce que je ne sais pas Je n'affirme pas que l'Atlantic Council coordonne délibérément ses recommandations avec ses donateurs. Le circuit que je décris peut résulter d'une convergence d'intérêts plutôt que d'une intention concertée. Je ne sais pas non plus si l'Europe dispose d'une alternative viable. Construire un écosystème de vulnérabilités autonome prendrait une décennie. En attendant, la dépendance au modèle américain persiste, même si ce modèle se fragmente. --- *Cet article s'inscrit dans une série d'analyses sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) - *Article 8 :* [*Lord of Cyber War*](https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/) --- ## Références ¹ DeSombre Bernsen, W. (2025). "Crash (exploit) and burn", Atlantic Council, Cyber Statecraft Initiative, juin 2025 [https://www.atlanticcouncil.org/in-depth-research-reports/report/crash-exploit-and-burn/](https://www.atlanticcouncil.org/in-depth-research-reports/report/crash-exploit-and-burn/?ref=klaerenn.fr) ² Atlantic Council, "Honor Roll of Contributors 2022-2024" [https://www.atlanticcouncil.org/support-the-council/honor-roll-of-contributors/](https://www.atlanticcouncil.org/support-the-council/honor-roll-of-contributors/?ref=klaerenn.fr) ³ Responsible Statecraft (2023). "Weapons firms, donors tied to industry-friendly Atlantic Council report", juillet 2023 [https://responsiblestatecraft.org/atlantic-council-defense-industry/](https://responsiblestatecraft.org/atlantic-council-defense-industry/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Recorded Future (2018). "China's CNNVD Vulnerability Database" [https://www.recordedfuture.com/china-vulnerability-disclosure-cnnvd](https://www.recordedfuture.com/china-vulnerability-disclosure-cnnvd?ref=klaerenn.fr) ⁵ CAC/MIIT (2021). Regulation on Management of Security Vulnerabilities (RMSV), septembre 2021 ⁶ Voir article 3 de cette série : "Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités" ### La GRC ou l'art de transformer le risque en stratégie URL: https://www.klaerenn.fr/la-grc-ou-lart-de-transformer-le-risque-en-strategie/ Last updated: 2026-05-02T12:22:23.000Z *L'appétence au risque n'est pas un curseur à régler. C'est un choix stratégique qui détermine ce qu'une organisation peut devenir.* ## Le risque comme boussole stratégique Il existe une confusion tenace sur la GRC. On la présente comme l'outil de déclinaison de la stratégie sur l'organisation : gouvernance pour aligner, risques pour protéger, conformité pour rassurer. Une mécanique bien huilée, descendante, rassurante. Et fondamentalement incomplète. Car la question centrale dépasse la simple déclinaison. Ce qui compte : comment la posture face au risque définit-elle la stratégie elle-même ? L'appétence au risque n'est pas un curseur technique à régler une fois pour toutes. C'est un choix existentiel qui détermine tout le reste. Une organisation qui refuse le risque se condamne à l'immobilisme. Celle qui l'embrasse sans discernement court à sa perte. Entre les deux, le positionnement choisi dessine les contours de ce qui est possible : les marchés accessibles, les innovations envisageables, les paris autorisés. La GRC se situe donc au cœur de la stratégie, pas en aval. ## La boucle récursive C'est ici qu'apparaît la dimension récursive, rarement comprise. La stratégie définit l'appétence au risque, mais l'analyse des risques informe la stratégie. Les deux termes s'influencent mutuellement dans une boucle continue. Une organisation mature pratique cette récursivité naturellement. Le comité de direction ne demande pas « quels sont nos risques » comme on consulterait un bulletin météo. Il interroge : notre posture risque actuelle nous permet-elle encore d'exécuter notre stratégie ? Notre stratégie est-elle cohérente avec les risques que nous sommes prêts à assumer ? Cette boucle s'applique à la GRC elle-même. Une fonction gouvernance qui ne questionne jamais sa propre gouvernance, une gestion des risques aveugle aux risques qu'elle fait peser sur l'organisation, une conformité non conforme à ses propres exigences : autant de symptômes d'un système en circuit ouvert, incapable de s'améliorer. ## L'antifragilité comme posture Le concept d'antifragilité éclaire cette vision. Un système fragile se brise sous le stress. Un système résilient résiste puis revient à l'équilibre. Un système antifragile se renforce quand on le soumet à la pression. La GRC traditionnelle vise au mieux la résilience : encaisser les audits, survivre aux incidents, s'adapter aux nouvelles réglementations. Mais revenir à l'équilibre dans un monde en mutation permanente, c'est déjà être en retard. Une GRC antifragile adopte une posture radicalement différente face au risque. Elle ne cherche pas à le minimiser mais à l'utiliser comme carburant. Chaque incident devient apprentissage, chaque contrainte réglementaire (NIS2, DORA) une opportunité de refondation, chaque friction avec les métiers un signal à exploiter. Cette posture est un choix stratégique, pas une contrainte subie. L'organisation qui décide de transformer l'incertitude en avantage ne joue plus le même jeu que ses concurrents. Dans un environnement où les crises se succèdent sans répit, c'est peut-être la seule posture tenable. ## La conformité comme acte stratégique Reste le « C » de la GRC, trop souvent réduit à un exercice de cochage de cases. Là encore, la distinction entre subir et choisir est déterminante. La conformité choisie ne consiste pas à sélectionner ISO 27001 plutôt que SOC 2\. C'est définir ses propres règles, son propre niveau d'exigence, ce que l'on décide d'être indépendamment de toute contrainte externe. C'est la traduction en engagements concrets de sa posture risque et de sa stratégie. Une organisation qui sait ce qu'elle exige d'elle-même n'a pas besoin qu'on le lui impose. La conformité imposée vient de l'extérieur : NIS2, DORA, CRA arrivent non négociables. Mais même là, le choix existe. L'organisation fragile subit : projet dédié, ressources consumées, deadline atteinte dans la douleur, retour à la normale. L'organisation antifragile intègre l'exigence externe à sa propre exigence. Elle ne la traite pas comme un corps étranger mais comme une validation ou un enrichissement de ce qu'elle avait déjà choisi d'être. La ligne de démarcation passe exactement là. Toutes les organisations doivent se conformer aux mêmes réglementations. Ce qui les distingue : la posture adoptée, rester maître de sa conformité ou la déléguer à l'extérieur. Et cette posture se décide en amont, dans le « R » qui donne le la. ## Le CISO, stratège du risque Dans cette logique, le rôle du CISO se transforme. Il n'est plus le gardien d'un temple de procédures ni le contrôleur qui dit non. Il devient le stratège qui aide l'organisation à définir sa posture face au risque, et donc, indirectement, sa stratégie. Sa valeur ne se mesure plus aux incidents évités mais à la qualité des décisions qu'il permet. Les questions qu'il doit aider à trancher : saisir une opportunité malgré un risque identifié, vérifier si la posture actuelle autorise tel pari, évaluer quels risques supplémentaires l'organisation peut assumer pour accélérer. La GRC cesse alors d'être un centre de coût pour devenir un avantage compétitif, grâce à une relation au risque que d'autres n'osent pas construire. --- *Article publié dans Global Security Mag N°62 (février – avril 2026), pages 52-53.* ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/05/gsmag62-1.png) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/05/gsmag62-2-1.png) ### Lord of Cyber War URL: https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:07.000Z > *In DSI on 9 January 2026, Stéphane Taillat analyses the return of American hack back and draws on Arnaud Orain's framework of "capitalism of finitude". His work documents a phenomenon that this series of articles places within a broader context: the collapse of the Western defensive model, America's strategic repositioning, and what the proposed legalisation of "digital privateers" reveals about the confrontation with China.* --- The last American letter of marque dates back to 1812\. The war against Britain. Two centuries later, Congress considers reviving the instrument. To fight "scam farms" in Southeast Asia. The official explanation does not hold. Something else is being prepared. ## The anomaly On 15 August 2025, David Schweikert, Republican representative from Arizona, introduced the *Scam Farms Marque and Reprisal Authorization Act*. The bill authorises the President to issue letters of marque, those commissions that once transformed merchant ships into legal privateers. Modern version: "cyber operators" licensed to attack foreign criminal organisations. Schweikert speaks of "licensed operators", not any freelance hacker. But the text remains vague on eligibility criteria and certification process. The bill has not passed. Some analysts call it a "messaging bill", a text that sends a political signal rather than aiming to become law. But the signal itself deserves attention. The narrative is simple. Americans lost $16.6 billion to cybercrime last year. Seniors are targeted. Traditional judicial tools fail against criminals based abroad. Solution: authorise private actors to strike back, recover stolen assets, dismantle networks. This narrative poses a problem. Why revive a mechanism abandoned for two centuries? Why now? And above all: why entrust this project to an economist from the Blockchain Caucus rather than a member of the defence or intelligence committees? ## The false lead Schweikert is not a national security specialist. He is a financier. Chair of the Joint Economic Committee, co-chair of the Blockchain Caucus, background in real estate and finance. His angle on hack back is economic: privateers as entrepreneurs, crypto asset recovery as a business model. The timing also deserves attention. Schweikert announced his candidacy for Governor of Arizona two months after introducing this bill. "Tough on cybercrime" plays well in a campaign. But these elements do not explain the Trump administration's support. The same administration that cut CISA's budget by 30%. That withdrew the United States from the GFCE, the Freedom Online Coalition, the Hybrid CoE in January. That lets the NVD accumulate 20,000 CVEs awaiting analysis. Washington dismantles its defensive infrastructure while considering legalising private offence in parallel. The coincidence deserves examination. The answer lies in what the Schweikert bill does not mention. ## The evidence While Washington debates "scam farms", federal agencies document something else. **Volt Typhoon.** Microsoft and Five Eyes agencies identified this Chinese campaign in 2023\. Targets: critical infrastructure in the United States and allied nations. Power grids, telecoms, water treatment. Method: "living off the land", using legitimate tools already present on systems to avoid detection. Result: dormant access, maintained over time, without massive exfiltration or destruction. **Salt Typhoon.** Revealed late 2024\. Penetration of telecom operators, including AT&T and Verizon in the US. Over 200 targets in 80 countries according to the FBI. Access to communication metadata, potentially to content. These operations do not resemble classic cybercrime. No ransomware, no data resale, no visible monetisation. China accumulates access. It does not use it. It stores it. For what purpose? The likely answer: Taiwan, South China Sea, or any future crisis where these dormant accesses would become disruption levers. Cut power on the West Coast during an amphibious landing. Blind military communications. Create civilian chaos to slow mobilisation. This is strategic pre-positioning. Faced with this posture, American concern is legitimate. The question is not whether a response is justified, but which one. Washington has two options. Option 1: strengthen defence. Costly. Slow. And contradictory with ongoing budget cuts. CISA operated at 35% of its workforce during the autumn shutdown. Option 2: prepare an externalised offensive response. With deniability. With scalability. With private actors who can be disavowed if necessary. Hack back. ## What it reveals I put forward the following hypothesis: the *Scam Farms Act* is not a response to cybercrime. "Scam farms" are the pretext. The real target is the Chinese cyber ecosystem, where criminal networks and state operations often share the same infrastructure. If this reading is correct, the fog that hack back generates is not merely a side effect. It is potentially a feature. Today, the offensive landscape remains relatively readable. State actors (NSA, FSB, MSS) can be distinguished from criminal groups (LockBit, BlackCat). Attribution is difficult but the categories hold. Tomorrow, with thousands of licensed privateers, everything blurs. Each private operator develops their own tools, their own signatures. How to distinguish a legitimately licensed privateer from a state operation using a privateer as cover? From a privateer exceeding their mandate? From a criminal posing as a privateer? The adversary no longer knows who is attacking. Retaliation becomes hazardous. Washington can then test red lines without formal commitment. "It wasn't us, it was a privateer who went rogue." If China reacts strongly, disavow. If it does not react, the precedent is established. Clausewitz distinguished between fog endured, the uncertainty inherent to combat, and fog created, the confusion deliberately generated to blind the adversary. Privatised hack back belongs to the latter. The image that comes to mind is the claymore, the directional mine that projects shrapnel in a cone without fine discrimination. You do not aim at a precise target. You saturate the operating space. You prepare the ground. ## The scenarios If fog is preparation, what does it prepare? **Taiwan.** In a strait crisis, Chinese infrastructure would need to be targeted massively and rapidly. Cyber Command has its own capabilities, but they are sized for surgical operations. Pre-trained privateers, with access developed over years against "criminal" targets linked to China, become a reserve force. Chinese cybercrime and state operations often share the same servers. Targeting one allows striking the other. **War of attrition.** Rather than direct confrontation, permanent harassment of the Chinese cyber ecosystem. Network disruption, continuous degradation of capabilities, cost imposition without formal escalation. A digital war of the chase, like the maritime wars of the 17th century. **Red line testing.** Privateers target "scam farms" in Southeast Asia, some of which have documented links to the Ministry of State Security. Escalation is "accidental". Each test that passes without response pushes the limit a little further. These scenarios can combine. What these facts suggest: Washington is not preparing to defend cyberspace. It is preparing to use it as a battleground. ## The Orain framework Historian and economist Arnaud Orain offers a reading that illuminates this repositioning. Taillat invokes it in his article. Orain distinguishes two regimes of capitalism. Liberal capitalism: infinite horizon, continuous growth, positive-sum game. Everyone can prosper if competition rules are respected. Capitalism of finitude: a world perceived as bounded, limited, zero-sum. What one gains, the other loses. Competition gives way to coercion. Common spaces are privatised and militarised. Orain identifies three periods where this capitalism of finitude dominates. 16th-18th centuries: mercantilism, East India Companies, privateering wars. 1880-1945: colonial imperialisms. And since 2010. His description of the current period: "privatisation and militarisation of the seas, appropriation of physical and cyber spaces by gigantic private companies with sovereign prerogatives". Schweikert's privateers are the heirs of 17th century chartered companies. Sovereign mandate: the presidential letter of marque. Extraterritorial coercion capabilities: the text explicitly mentions operations "outside the geographical borders of the United States". Rentier economic model: confiscated crypto assets fund the operation. Schweikert's profile, economist from the Blockchain Caucus, then makes sense. Hack back is conceived as a market solution. Defence is a cost. Offence is a business model. States that bought vulnerabilities on the black market to maintain their offensive advantage become states that commission privateers to outsource their operations. The loop closes. Cyberspace is no longer the infinite space of 1990s libertarian utopia. It is perceived as finite, contested, to be seized. ## Europe in the equation Europe has a clear doctrine: opposition to private hack back, state monopoly on retaliation. This position has not changed. The implications of American repositioning deserve examination, however. The Chinese threat existed before. What changes is the American response. It is this response that redefines the European equation. Europe is caught between two expanding offensive systems, American and Chinese, without its own capability. Volt Typhoon and Salt Typhoon operations target the Five Eyes and beyond, over 80 countries according to joint advisories. Alerts are shared, but detailed intelligence circulates in restricted circles. If the Schweikert bill passes, American privateers would target networks transiting through the continent. The KEV, the catalogue of actively exploited vulnerabilities maintained by CISA, becomes the main sharing channel after the closure of multilateral forums. It is a minimal flow: vulnerabilities with CVE, confirmed by American sensors, shared in declassified form. Rich intelligence on Chinese threats likely circulates between US federal agencies under TLP:AMBER. Europe does not have access. The European framework prohibits hack back for private actors. European companies cannot strike back. If the bill passes, American privateers could operate on infrastructure hosted in Europe. A US privateer targeting a compromised server at OVH or Deutsche Telekom, what legal status? The extraterritoriality of digital letters of marque has no precedent. If American privateers tested red lines with China, some tests would pass through European infrastructure. Would collateral damage from an operation against a Chinese target using a European host be a diplomatic incident or an acceptable cost? ## What I do not know Whether the Trump administration has a coherent strategy or whether these developments are the product of political opportunities and bureaucratic dynamics. Both readings remain compatible with the facts. Whether the Schweikert bill will pass or remain a "messaging bill". Whether similar projects will follow. Whether Europe will analyse the extraterritorial implications before an incident forces the question. ## The assessment The American hack back proposal is not a response to cybercrime. It is a symptom of strategic recomposition facing China. The fog it would generate is a weapon. It would prepare the ground by multiplying actors, diluting attribution, normalising the offensive. Digital privateers are the resurgence of an old model. Chartered companies, letters of marque, privatisation of common spaces. Capitalism of finitude applied to cyberspace. Antifragility, designing architectures that depend neither on the American channel nor on Empire protection, remains a path. But it requires looking at what is being prepared. The last American letter of marque dated back to 1812\. Two centuries later, Washington considers bringing back the instrument. The facts are laid out. The fog thickens. --- *This article is part of a series analysing the structural flaws of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) - *Article 7:* [*The Last Channel*](https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/) --- ## References ¹ Schweikert, D. (2025). "Schweikert Introduces Cybercrime Marque and Reprisal Authorization Act to Combat Foreign Scam Syndicates", 20 August 2025 [https://schweikert.house.gov/2025/08/20/schweikert-introduces-cybercrime-marque-and-reprisal-authorization-act-to-combat-foreign-scam-syndicates/](https://schweikert.house.gov/2025/08/20/schweikert-introduces-cybercrime-marque-and-reprisal-authorization-act-to-combat-foreign-scam-syndicates/?ref=klaerenn.fr) ² The Register, "Bill would give hackers letters of marque against US enemies", 21 August 2025 [https://www.theregister.com/2025/08/21/congressman\_proposes\_bringing\_back\_letters/](https://www.theregister.com/2025/08/21/congressman%5Fproposes%5Fbringing%5Fback%5Fletters/?ref=klaerenn.fr) ³ The Digital Chamber, "TDC Supports the Proposed Cybercrime Marque and Reprisal Authorization Act of 2025", 25 August 2025 [https://digitalchamber.org/the-digital-chamber-supports-the-proposed-cybercrime-marque-and-reprisal-authorization-act-of-2025-h-r-4988/](https://digitalchamber.org/the-digital-chamber-supports-the-proposed-cybercrime-marque-and-reprisal-authorization-act-of-2025-h-r-4988/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Microsoft Security, "Volt Typhoon targets US critical infrastructure with living-off-the-land techniques", May 2023; CISA Advisory AA24-038A, February 2024 ⁵ Reuters, "Chinese hackers breached US telecom firms including AT&T, Verizon", October 2024 ⁶ Orain, A. (2025). *Le monde confisqué. Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIe-XXIe siècle)*. Paris: Flammarion. ⁷ Taillat, S. (2026). "Penser le cyber. Hack back", *DSI*, 9 January 2026 [https://www.areion24.news/2026/01/09/penser-le-cyber-hack-back/](https://www.areion24.news/2026/01/09/penser-le-cyber-hack-back/?ref=klaerenn.fr) ### Lord of Cyber War URL: https://www.klaerenn.fr/lord-of-cyber-war/ Last updated: 2026-09-01T22:51:07.000Z > *Dans DSI du 9 janvier 2026, Stéphane Taillat analyse le retour du hack back américain et convoque la grille d'Arnaud Orain sur le « capitalisme de la finitude ». Son travail documente un phénomène que cette série d'articles permet de replacer dans un cadre plus large : l'effondrement du modèle défensif occidental, le repositionnement stratégique américain, et ce que le projet de légalisation des « corsaires numériques » révèle de la confrontation avec la Chine.* --- La dernière lettre de marque américaine remonte à 1812\. C'était la guerre contre les Britanniques. Deux siècles plus tard, le Congrès envisage de ressusciter l'instrument. Pour lutter contre des « scam farms » en Asie du Sud-Est. L'explication officielle ne tient pas. Quelque chose d'autre se prépare. ## L'anomalie Le 15 août 2025, David Schweikert, représentant républicain de l'Arizona, dépose le *Scam Farms Marque and Reprisal Authorization Act*. Le texte autorise le président à émettre des lettres de marque, ces commissions qui transformaient jadis des navires marchands en corsaires légaux. Version moderne : des « cyber operators » privés mandatés pour attaquer des organisations criminelles étrangères. Schweikert parle d'opérateurs « sous licence », pas n'importe quel hacker freelance. Mais le texte reste vague sur les critères d'éligibilité et le processus de certification. Le projet n'est pas voté. Certains analystes le qualifient de « messaging bill », un texte qui envoie un signal politique plus qu'il n'ambitionne de devenir loi. Mais le signal, justement, mérite attention. Le récit est simple. Les Américains ont perdu 16,6 milliards de dollars en cybercrime l'an dernier. Les seniors sont ciblés. Les outils judiciaires classiques échouent face à des criminels basés à l'étranger. Solution : autoriser des acteurs privés à riposter, récupérer les actifs volés, démanteler les réseaux. Ce récit pose problème. Pourquoi ressusciter un mécanisme abandonné depuis deux siècles ? Pourquoi maintenant ? Et surtout : pourquoi confier ce projet à un économiste du Blockchain Caucus plutôt qu'à un membre des commissions défense ou renseignement ? ## La fausse piste Schweikert n'est pas un spécialiste de sécurité nationale. C'est un financier. Président du Joint Economic Committee, co-président du Blockchain Caucus, background en immobilier et finance. Son angle sur le hack back est économique : les corsaires comme entrepreneurs, la récupération d'actifs crypto comme modèle de rentabilité. Le timing mérite aussi attention. Schweikert a annoncé sa candidature au poste de gouverneur de l'Arizona deux mois après avoir déposé ce texte. « Tough on cybercrime » joue bien en campagne. Mais ces éléments n'expliquent pas le soutien de l'administration Trump. La même administration qui a coupé 30% du budget de la CISA. Qui a retiré les États-Unis du GFCE, de la Freedom Online Coalition, du Hybrid CoE en janvier. Qui laisse le NVD accumuler 20 000 CVE en attente. Washington démantèle son infrastructure défensive et envisage de légaliser l'offensive privée en parallèle. La coïncidence mérite examen. La réponse est dans ce que le projet Schweikert ne mentionne pas. ## Les indices Pendant que Washington débat des « scam farms », les agences fédérales documentent autre chose. **Volt Typhoon.** Microsoft et les agences Five Eyes ont identifié cette campagne chinoise en 2023\. Cibles : les infrastructures critiques des États-Unis et de leurs alliés. Réseaux électriques, télécoms, traitement des eaux. Méthode : « living off the land », c'est-à-dire utiliser les outils légitimes déjà présents sur les systèmes pour éviter la détection. Résultat : des accès dormants, maintenus sur la durée, sans exfiltration massive ni destruction. **Salt Typhoon.** Révélé fin 2024\. Pénétration des opérateurs télécoms, dont AT&T et Verizon aux États-Unis. Plus de 200 cibles dans 80 pays selon le FBI. Accès aux métadonnées de communication, potentiellement aux contenus. Ces opérations ne ressemblent pas au cybercrime classique. Pas de ransomware, pas de revente de données, pas de monétisation visible. La Chine accumule des accès. Elle ne les utilise pas. Elle les stocke. Pour quoi faire ? La réponse probable : Taiwan, mer de Chine Sud, ou toute crise future où ces accès dormants deviendraient des leviers de disruption. Couper l'électricité de la côte Ouest pendant un débarquement amphibie. Aveugler les communications militaires. Créer le chaos civil pour ralentir la mobilisation. C'est du prépositionnement stratégique. Face à cette posture, la préoccupation américaine est légitime. La question n'est pas de savoir si une réponse est justifiée, mais laquelle. Washington a deux options. Option 1 : renforcer la défense. Coûteux. Lent. Et contradictoire avec les coupes budgétaires en cours. La CISA fonctionnait à 35% de ses effectifs pendant le shutdown de l'automne. Option 2 : préparer une riposte offensive externalisée. Avec deniability. Avec scalabilité. Avec des acteurs privés qu'on peut désavouer si nécessaire. Le hack back. ## Ce que ça révèle Je formule l'hypothèse suivante : le *Scam Farms Act* n'est pas une réponse au cybercrime. Les « scam farms » sont le prétexte. La vraie cible est l'écosystème cyber chinois, où réseaux criminels et opérations étatiques partagent souvent les mêmes infrastructures. Si cette lecture est correcte, le brouillard que le hack back génère n'est pas qu'un effet secondaire. C'est potentiellement une fonctionnalité. Aujourd'hui, le paysage offensif reste relativement lisible. On distingue les acteurs étatiques (NSA, FSB, MSS) des groupes criminels (LockBit, BlackCat). L'attribution est difficile mais les catégories tiennent. Demain, avec des milliers de corsaires mandatés, tout se brouille. Chaque opérateur privé développe ses propres outils, ses propres signatures. Comment distinguer un corsaire légitimement mandaté d'une opération étatique utilisant un corsaire comme couverture ? D'un corsaire qui dépasse son mandat ? D'un criminel qui se fait passer pour un corsaire ? L'adversaire ne sait plus qui l'attaque. La riposte devient hasardeuse. Washington peut alors tester des lignes rouges sans engagement formel. « Ce n'était pas nous, c'était un corsaire qui a dérapé. » Si la Chine réagit fortement, on désavoue. Si elle ne réagit pas, le précédent est établi. Clausewitz distinguait le brouillard subi, l'incertitude inhérente au combat, du brouillard créé, la confusion délibérément générée pour aveugler l'adversaire. Le hack back privatisé relève du second. L'image qui s'impose est celle de la claymore, la mine directionnelle qui projette des éclats dans un cône sans discrimination fine. On ne vise pas une cible précise. On sature l'espace de manœuvre. On prépare le terrain. ## Les scénarios Si le brouillard est une préparation, que prépare-t-il ? **Taiwan.** En cas de crise dans le détroit, les infrastructures chinoises devront être ciblées massivement et rapidement. Le Cyber Command a ses capacités propres, mais elles sont dimensionnées pour des opérations chirurgicales. Des corsaires pré-entraînés, avec des accès développés pendant des années sur des cibles « criminelles » liées à la Chine, deviennent une force de réserve. Le cybercrime chinois et les opérations étatiques partagent souvent les mêmes serveurs. Cibler l'un permet de frapper l'autre. **Guerre d'usure.** Plutôt qu'une confrontation directe, harcèlement permanent de l'écosystème cyber chinois. Perturbation des réseaux, dégradation continue des capacités, imposition de coûts sans escalade formelle. Une guerre de course numérique, comme les guerres de course maritimes du XVIIe. **Test de lignes rouges.** Les corsaires ciblent des « scam farms » en Asie du Sud-Est dont certaines ont des liens documentés avec le Ministry of State Security. L'escalade est « accidentelle ». Chaque test qui passe sans réponse repousse la limite un peu plus loin. Ces scénarios peuvent se combiner. Ce que ces faits suggèrent : Washington ne se prépare pas à défendre le cyberespace. Il se prépare à l'utiliser comme terrain d'affrontement. ## La grille Orain L'historien et économiste Arnaud Orain propose une lecture qui éclaire ce repositionnement. Taillat la convoque dans son article. Orain distingue deux régimes du capitalisme. Le capitalisme libéral : horizon infini, croissance continue, jeu à somme positive. Tout le monde peut s'enrichir si on respecte les règles de la concurrence. Le capitalisme de la finitude : monde perçu comme borné, limité, à somme nulle. Ce que l'un gagne, l'autre le perd. La concurrence cède la place à la coercition. Les espaces communs sont privatisés et militarisés. Orain identifie trois périodes où ce capitalisme de la finitude domine. XVIe-XVIIIe siècles : mercantilisme, compagnies des Indes, guerres de course. 1880-1945 : impérialismes coloniaux. Et depuis 2010. Sa description de la période actuelle : « privatisation et militarisation des mers, appropriation des espaces physiques et cybers par de gigantesques compagnies privées aux prérogatives souveraines ». Les corsaires de Schweikert sont les héritiers des compagnies à charte du XVIIe. Mandat souverain : la lettre de marque présidentielle. Capacités de coercition extraterritoriale : le texte mentionne explicitement les opérations « outside the geographical borders of the United States ». Modèle économique rentier : la confiscation des actifs crypto finance l'opération. Le profil Schweikert, économiste du Blockchain Caucus, prend alors son sens. Le hack back est pensé comme solution de marché. La défense est un coût. L'offense est un business model. Les États qui achetaient des vulnérabilités sur le marché noir pour maintenir leur avantage offensif deviennent les États qui mandatent des corsaires pour externaliser leurs opérations. La boucle se ferme. Le cyberespace n'est plus l'espace infini de l'utopie libertarienne des années 1990\. Il est perçu comme fini, contesté, à confisquer. ## L'Europe dans l'équation L'Europe a une doctrine claire : opposition au hack back privé, monopole étatique de la riposte. Cette position n'a pas changé. Les implications du repositionnement américain méritent cependant examen. La menace chinoise existait avant. Ce qui change, c'est la réponse américaine. C'est elle qui redéfinit l'équation européenne. L'Europe est prise entre deux systèmes offensifs en expansion, américain et chinois, sans capacité propre. Les opérations Volt Typhoon et Salt Typhoon ciblent les Five Eyes et au-delà, plus de 80 pays selon les advisories conjointes. Les alertes sont partagées, mais le renseignement détaillé circule en cercles restreints. Si le projet Schweikert aboutit, les corsaires américains cibleraient des réseaux qui transitent par le continent. Le KEV, ce catalogue des vulnérabilités activement exploitées maintenu par la CISA, devient le principal canal de partage après la fermeture des forums multilatéraux. C'est un flux minimal : vulnérabilités avec CVE, confirmées par les capteurs américains, partagées en version déclassifiée. Le renseignement riche sur les menaces chinoises circule probablement entre agences fédérales US en TLP:AMBER. L'Europe n'y a pas accès. Le cadre européen interdit le hack back aux acteurs privés. Les entreprises européennes ne peuvent pas riposter. Si le projet aboutit, les corsaires américains pourraient opérer sur des infrastructures hébergées en Europe. Un corsaire US qui cible un serveur compromis chez OVH ou Deutsche Telekom, quel statut juridique ? L'extraterritorialité des lettres de marque numériques n'a pas de précédent. Si les corsaires américains testaient des lignes rouges avec la Chine, certains tests passeraient par des infrastructures européennes. Les dommages collatéraux d'une opération contre une cible chinoise utilisant un hébergeur européen seraient-ils un incident diplomatique ou un coût acceptable ? ## Ce que je ne sais pas Si l'administration Trump a une stratégie cohérente ou si ces évolutions sont le produit d'opportunités politiques et de dynamiques bureaucratiques. Les deux lectures restent compatibles avec les faits. Si le projet Schweikert aboutira ou restera un « messaging bill ». Si d'autres projets similaires suivront. Si l'Europe analysera les implications extraterritoriales avant qu'un incident ne force la question. ## Le constat Le projet de hack back américain n'est pas une réponse au cybercrime. C'est un symptôme de la recomposition stratégique face à la Chine. Le brouillard qu'il générerait est une arme. Il préparerait le terrain en multipliant les acteurs, en diluant l'attribution, en normalisant l'offensif. Les corsaires numériques sont la résurgence d'un modèle ancien. Compagnies à charte, lettres de marque, privatisation des espaces communs. Le capitalisme de la finitude appliqué au cyberespace. L'antifragilité, concevoir des architectures qui ne dépendent ni du canal américain ni de la protection d'un Empire, reste une piste. Mais elle suppose de regarder ce qui se prépare. La dernière lettre de marque américaine remontait à 1812\. Deux siècles plus tard, Washington envisage de ressortir l'instrument. Les faits sont posés. Le brouillard s'épaissit. --- *Cet article s'inscrit dans une série d'analyses sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) - *Article 7 :* [*Le dernier canal*](https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/) --- ## Références ¹ Schweikert, D. (2025). "Schweikert Introduces Cybercrime Marque and Reprisal Authorization Act to Combat Foreign Scam Syndicates", 20 août 2025 [https://schweikert.house.gov/2025/08/20/schweikert-introduces-cybercrime-marque-and-reprisal-authorization-act-to-combat-foreign-scam-syndicates/](https://schweikert.house.gov/2025/08/20/schweikert-introduces-cybercrime-marque-and-reprisal-authorization-act-to-combat-foreign-scam-syndicates/?ref=klaerenn.fr) ² The Register, "Bill would give hackers letters of marque against US enemies", 21 août 2025 [https://www.theregister.com/2025/08/21/congressman\_proposes\_bringing\_back\_letters/](https://www.theregister.com/2025/08/21/congressman%5Fproposes%5Fbringing%5Fback%5Fletters/?ref=klaerenn.fr) ³ The Digital Chamber, "TDC Supports the Proposed Cybercrime Marque and Reprisal Authorization Act of 2025", 25 août 2025 [https://digitalchamber.org/the-digital-chamber-supports-the-proposed-cybercrime-marque-and-reprisal-authorization-act-of-2025-h-r-4988/](https://digitalchamber.org/the-digital-chamber-supports-the-proposed-cybercrime-marque-and-reprisal-authorization-act-of-2025-h-r-4988/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Microsoft Security, "Volt Typhoon targets US critical infrastructure with living-off-the-land techniques", mai 2023 ; CISA Advisory AA24-038A, février 2024 ⁵ Reuters, "Chinese hackers breached US telecom firms including AT&T, Verizon", octobre 2024 ⁶ Orain, A. (2025). *Le monde confisqué. Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIe-XXIe siècle)*. Paris : Flammarion. ⁷ Taillat, S. (2026). « Penser le cyber. Hack back », *DSI*, 9 janvier 2026 [https://www.areion24.news/2026/01/09/penser-le-cyber-hack-back/](https://www.areion24.news/2026/01/09/penser-le-cyber-hack-back/?ref=klaerenn.fr) ### The Last Channel URL: https://www.klaerenn.fr/the-last-channel/ Last updated: 2026-09-01T22:51:07.000Z > *"The intelligence was genuine. That was the beauty of it."* Two days. On January 7, the United States withdrew from three international cyber cooperation organizations. On January 9, CISA closed ten Emergency Directives and consolidated everything into the KEV catalog. Calendar coincidence. Or doctrinal coherence. ### The Official Explanation CISA's narrative holds up. The Emergency Directives were point responses. SolarWinds, ProxyLogon, PrintNightmare, Zerologon. KEV is a permanent framework, more efficient. The targeted vulnerabilities are now in the catalog. Federal agencies have clear deadlines. Two weeks for recent CVEs, six months for older ones¹. The catalog reached 1,484 entries by the end of 2025\. Growth of 20% over the year, 245 additions². It's presented as maturation. A system rationalizing itself. The numbers tell a different story. ### What the Numbers Show KEV grew 30% faster than the previous two years³. Meanwhile, CISA operated at 35% of its staff during the fall shutdown⁴. 43 days. Since then, the hemorrhage continues: about one-third of the workforce has left the agency in one year, five of six operational divisions have lost their leadership⁵. The NVD backlog exceeds 20,000 unprocessed CVEs⁶. The Cybersecurity Information Sharing Act expired without renewal⁷. Closing ten directives in this context looks less like maturation than a constrained trade-off. Fewer resources to maintain active directives. Concentration on a single track. The administration is adding one billion dollars for offensive cyber operations⁸. It's withdrawing the United States from cooperation forums. It's letting public defensive infrastructure degrade. I interpret these elements as a doctrine, not as a series of isolated incidents. But other readings are possible. ### The Pattern The previous article in this series analyzed the withdrawal from multilateral organizations. The GFCE coordinated cyber capacity building in 100 countries. The Freedom Online Coalition aligned 42 democracies on digital freedoms. The Hybrid CoE organized responses to Russian hybrid threats with the EU and NATO. Common thread: forums where Washington shared. Expertise, intelligence, influence. Cooperation costs. What remains: the ITU, where Washington wants to "expand its influence" against Beijing⁹. ICANN, American private infrastructure. The Counter Ransomware Initiative, a US-led coalition. And the KEV. ### What the KEV Doesn't Say The catalog is not a cooperation forum. CISA decides what goes in. CISA sets the deadlines. The world follows. 88% of KEV vulnerabilities have a CVSS score of high or critical¹⁰. Cyber insurers integrate it into their assessments. Auditors require it. But how does CISA feed the catalog? According to their own documentation: "intelligence feeds, incident data, public reporting, and interagency collaboration"¹¹. Translation: essentially American sources. NSA, FBI, US vendors, sensors deployed on American networks. An exploitation specifically targeting European infrastructure, detected by a local CERT but not by US sensors, may not reach the KEV. Or with delay. The geographic bias is structural. And there's what we don't see. The intelligence that probably circulates between US federal agencies in TLP:AMBER or RED, with full context, actor attribution, detailed TTPs. The public KEV is the declassified version. The minimal signal. In intelligence, this is called a channel. A real, useful information flow that creates trust and dependency. The question is never the quality of what passes through. It's what doesn't pass through. The channels through which richer intelligence could flow to allies? Hybrid CoE, GFCE, FOC. Closed. ### Inherited Limitations The KEV requires a CVE to exist¹². No CVE, no KEV. This means the catalog inherits all the limitations of the CVE system. A 0-day actively exploited but without a CVE identifier? Invisible to KEV until attribution. A vulnerability in a product whose vendor refuses to issue a CVE? Out of catalog. The NVD backlog of 20,000 unprocessed entries? CVEs exist but context is missing. The KEV covers about 0.5% of published CVEs¹³. And CVEs only cover a fraction of real vulnerabilities. In the classic known/unknown matrix, KEV illuminates only one quadrant: known vulnerability AND known exploitation. Everything else—active 0-days, exploitations undetected by US sensors, vulnerabilities without CVEs—remains in shadow. ### The Cognitive Trap KEV offers a list. Organizations check the boxes. "KEV patched, compliance assured." This approach rests on an implicit assumption: code is healthy by default, vulnerabilities are exceptions that can be identified and corrected. With 29,000 CVEs per year and 32% exploited on the day of their publication¹⁴, this assumption no longer holds. The missing mental model: consider all code as potentially hostile. Design architectures that function even in the presence of compromised components. Move from "prevent the incident" to "operate despite the incident." KEV doesn't enable this change. It delays it. By offering a control signal, it maintains the illusion that you can trust patched code. When the question lies elsewhere: how do I survive if my code is compromised tomorrow? ### What This Means for Europe The series data is known. 85% of European security solutions rely on the NVD. The EUVD launched in May 2025 automatically transposes the American KEV catalog¹⁵. Rational in the short term. Structural dependency in the medium term. Europe has no KEV equivalent. The EUVD is a vulnerability database, not a confirmed exploitation catalog with its own intelligence sources. Building one would require European sensors, European intelligence, European coordination. The building blocks are missing. Since January: the Hybrid CoE channel is closed. The GFCE is closed. The NVD is degrading. KEV becomes the only accessible signal. A signal that Washington controls, feeds according to its priorities, and shares in its minimal version. ### What I Don't Know Whether the consolidation is a chosen maturation, a constrained trade-off, or something else. Whether intelligence shared with Europe has already degraded since the January closures. Whether the KEV model can hold against the acceleration of exploitations, or whether it will drown in its own volume. With constrained CISA resources and leadership in permanent crisis—the agency is still waiting for a confirmed director, one year into the term—the catalog could even stagnate while exploitations increase, creating a false sense of stability. What these events suggest: Washington is recalibrating its engagement toward real levers of power. Technical standards, infrastructure, offensive capabilities. And abandoning the costs of cooperation. ### Back to the Anomaly Two days apart. Three cooperation organizations closed. Ten directives absorbed into a single catalog. One billion for offense while defensive infrastructure runs at 35%. KEV is what remains when everything else closes. A filtered flow, geographically biased, limited to vulnerabilities with CVEs, shared in its minimal version. Europe can continue to consume this signal and check the compliance boxes. It can also start asking what's not on the list—and why. --- *This article is part of a series analysing the structural flaws of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6:* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/) --- ### References ¹ BleepingComputer, "CISA retires 10 emergency cyber orders in rare bulk closure", January 8, 2026 [https://www.bleepingcomputer.com/news/security/cisa-retires-10-emergency-cyber-orders-in-rare-bulk-closure/](https://www.bleepingcomputer.com/news/security/cisa-retires-10-emergency-cyber-orders-in-rare-bulk-closure/?ref=klaerenn.fr) ² Cyble, "2025 CISA KEV Catalog Hits 1,484 Exploited Vulnerabilities", January 2026 [https://cyble.com/blog/cisa-kev-2025-exploited-vulnerabilities-growth/](https://cyble.com/blog/cisa-kev-2025-exploited-vulnerabilities-growth/?ref=klaerenn.fr) ³ Cyble, ibid.: "an increase of more than 30% above the trend seen in 2023 and 2024" ⁴ GIS Reports, "U.S. cybersecurity policy under Trump", November 2025 [https://www.gisreportsonline.com/r/trump-cyber/](https://www.gisreportsonline.com/r/trump-cyber/?ref=klaerenn.fr) ⁵ Cybersecurity Dive, "CISA loses nearly all top officials as purge continues", May 27, 2025; Federal News Network, "CISA director void leaves cyber agency embroiled in uncertainty", January 13, 2026; Politico, "Acting CISA chief sought ouster of agency's chief information officer", January 18, 2026 [https://www.cybersecuritydive.com/news/cisa-senior-official-departures/748992/](https://www.cybersecuritydive.com/news/cisa-senior-official-departures/748992/?ref=klaerenn.fr) [https://federalnewsnetwork.com/cybersecurity/2026/01/cisa-director-void-leaves-cyber-agency-embroiled-in-uncertainty/](https://federalnewsnetwork.com/cybersecurity/2026/01/cisa-director-void-leaves-cyber-agency-embroiled-in-uncertainty/?ref=klaerenn.fr) [https://www.politico.com/news/2026/01/18/acting-cisa-chief-sought-ouster-of-agencys-chief-information-officer-00735826](https://www.politico.com/news/2026/01/18/acting-cisa-chief-sought-ouster-of-agencys-chief-information-officer-00735826?ref=klaerenn.fr) ⁶ [Socket.dev](http://socket.dev/?ref=klaerenn.fr), "NVD Backlog Tops 20,000 CVEs Awaiting Analysis", November 2025 [https://socket.dev/blog/nvd-backlog-tops-20-000-cves](https://socket.dev/blog/nvd-backlog-tops-20-000-cves?ref=klaerenn.fr) ⁷ GIS Reports, ibid.: "The expiration of CISA's 2015 legislation at the end of September" ⁸ Bloomberg, "Trump Administration Turning to Private Firms in Cyber Offensive", December 12, 2025 [https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-12-12/trump-administration-turning-to-private-firms-in-cyber-offensive](https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-12-12/trump-administration-turning-to-private-firms-in-cyber-offensive?ref=klaerenn.fr) ⁹ The Record, "CISA sunsets 10 emergency directives thanks to evolution of exploited vulnerabilities catalog", January 8, 2026 [https://therecord.media/cisa-sunsets-10-emergency-directives](https://therecord.media/cisa-sunsets-10-emergency-directives?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Nucleus Security, "Top Observations from CISA KEV Enrichment Dashboard": "88% of CISA KEV vulnerabilities have a CVSS rating of high or critical" [https://nucleussec.com/blog/top-observations-from-cisa-kev-enrichment-dashboard/](https://nucleussec.com/blog/top-observations-from-cisa-kev-enrichment-dashboard/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Picus Security, "CISA's Known Exploited Vulnerabilities (KEV) Explained", June 2025 [https://www.picussecurity.com/resource/blog/cisas-known-exploited-vulnerabilities-kev-explained](https://www.picussecurity.com/resource/blog/cisas-known-exploited-vulnerabilities-kev-explained?ref=klaerenn.fr) ¹² CISA, "KEV Catalog Reaches 1000, What Does That Mean and What Have We Learned": "Every candidate vulnerability needs to have a CVE ID" [https://www.cisa.gov/news-events/news/kev-catalog-reaches-1000-what-does-mean-and-what-have-we-learned](https://www.cisa.gov/news-events/news/kev-catalog-reaches-1000-what-does-mean-and-what-have-we-learned?ref=klaerenn.fr) ¹³ Nucleus Security, "Guide to CISA KEV Enrichment": "CISA KEV catalog actively only having less than .5% of all identified CVE vulnerabilities" [https://nucleussec.com/resources/guides/guide-to-cisa-kev-enrichment/](https://nucleussec.com/resources/guides/guide-to-cisa-kev-enrichment/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ VulnCheck, "State of Exploitation - 1H 2025", July 2025: "32.1% of vulnerabilities being exploited on or before the day of the CVE disclosure" [https://www.vulncheck.com/blog/state-of-exploitation-1h-2025](https://www.vulncheck.com/blog/state-of-exploitation-1h-2025?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ VulnCheck, "Does ENISA EUVD live up to all the hype?", May 2025 [https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd](https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd?ref=klaerenn.fr) ### Le dernier canal URL: https://www.klaerenn.fr/le-dernier-canal/ Last updated: 2026-09-01T22:51:07.000Z > *"The intelligence was genuine. That was the beauty of it."* Deux jours. Le 7 janvier, les États-Unis quittent trois organisations de coopération cyber internationales. Le 9 janvier, la CISA ferme dix Emergency Directives et consolide tout sur le catalogue KEV. Coïncidence de calendrier. Ou cohérence de doctrine. ### L'explication officielle Le récit CISA tient debout. Les Emergency Directives étaient des réponses ponctuelles. SolarWinds, ProxyLogon, PrintNightmare, Zerologon. Le KEV est un framework permanent, plus efficace. Les vulnérabilités ciblées sont désormais dans le catalogue. Les agences fédérales ont des délais clairs. Deux semaines pour les CVE récentes, six mois pour les anciennes¹. Le catalogue atteint 1 484 entrées fin 2025\. Croissance de 20% sur l'année, 245 ajouts². C'est présenté comme une maturation. Un système qui se rationalise. Les chiffres racontent une autre histoire. ### Ce que les chiffres montrent Le KEV a grandi de 30% plus vite que les deux années précédentes³. En parallèle, la CISA a fonctionné à 35% de ses effectifs pendant le shutdown d'automne⁴. 43 jours. Depuis, l'hémorragie continue : environ un tiers des effectifs ont quitté l'agence en un an, cinq des six divisions opérationnelles ont perdu leur direction⁵. Le backlog NVD dépasse 20 000 CVE non traitées⁶. Le Cybersecurity Information Sharing Act a expiré sans renouvellement⁷. Fermer dix directives dans ce contexte ressemble moins à une maturation qu'à un arbitrage sous contrainte. Moins de ressources pour maintenir des directives actives. Concentration sur un rail unique. L'administration ajoute un milliard de dollars pour les opérations cyber offensives⁸. Elle retire les États-Unis des forums de coopération. Elle laisse se dégrader l'infrastructure défensive publique. J'interprète ces éléments comme une doctrine, pas comme une série d'incidents isolés. Mais d'autres lectures sont possibles. ### Le pattern L'article précédent de cette série analysait le retrait des organisations multilatérales. Le GFCE coordonnait le renforcement des capacités cyber dans 100 pays. La Freedom Online Coalition alignait 42 démocraties sur les libertés numériques. Le Hybrid CoE organisait la réponse aux menaces hybrides russes avec l'UE et l'OTAN. Point commun : des forums où Washington partageait. Expertise, renseignement, influence. Des coûts de coopération. Ce qui reste : l'ITU, où Washington veut "étendre son influence" face à Pékin⁹. L'ICANN, infrastructure privée américaine. Le Counter Ransomware Initiative, coalition US-led. Et le KEV. ### Ce que le KEV ne dit pas Le catalogue n'est pas un forum de coopération. CISA décide ce qui entre. CISA fixe les délais. Le monde suit. 88% des vulnérabilités KEV ont un score CVSS high ou critical¹⁰. Les assureurs cyber l'intègrent dans leurs évaluations. Les auditeurs le demandent. Mais comment CISA alimente-t-elle le catalogue ? Selon leur propre documentation : "intelligence feeds, incident data, public reporting, and interagency collaboration"¹¹. Traduction : essentiellement des sources américaines. NSA, FBI, vendors US, capteurs déployés sur des réseaux américains. Une exploitation ciblant spécifiquement des infrastructures européennes, détectée par un CERT local mais pas par les capteurs US, peut ne pas remonter au KEV. Ou avec retard. Le biais géographique est structurel. Et il y a ce qu'on ne voit pas. Le renseignement qui circule probablement entre agences fédérales US en TLP:AMBER ou RED, avec contexte complet, attribution d'acteurs, TTPs détaillées. Le KEV public, c'est la version déclassifiée. Le signal minimal. Dans le renseignement, on appelle ça un canal. Un flux d'information réel, utile, qui crée la confiance et la dépendance. La question n'est jamais la qualité de ce qui passe. C'est ce qui ne passe pas. Les canaux par lesquels un renseignement plus riche pouvait circuler vers les alliés ? Hybrid CoE, GFCE, FOC. Fermés. ### Les limites héritées Le KEV nécessite une CVE pour exister¹². Pas de CVE, pas de KEV. Ça signifie que le catalogue hérite de toutes les limites du système CVE. Un 0-day activement exploité mais sans identifiant CVE ? Invisible au KEV jusqu'à attribution. Une vulnérabilité dans un produit dont le vendor refuse d'émettre une CVE ? Hors catalogue. Le backlog NVD de 20 000 entrées non traitées ? Des CVE existent mais le contexte manque. Le KEV couvre environ 0,5% des CVE publiées¹³. Et les CVE ne couvrent qu'une fraction des vulnérabilités réelles. Dans la matrice classique known/unknown, le KEV n'éclaire qu'un seul quadrant : vulnérabilité connue ET exploitation connue. Tout le reste — les 0-days actifs, les exploitations non détectées par les capteurs US, les vulnérabilités sans CVE — reste dans l'ombre. ### Le piège cognitif Le KEV offre une liste. Les organisations cochent les cases. "KEV patchées, conformité assurée." Cette approche repose sur une hypothèse implicite : le code est sain par défaut, les vulnérabilités sont des exceptions qu'on peut identifier et corriger. Avec 29 000 CVE par an et 32% exploitées le jour même de leur publication¹⁴, cette hypothèse ne tient plus. Le modèle mental qui manque : considérer tout code comme potentiellement hostile. Concevoir des architectures qui fonctionnent même en présence de composants compromis. Passer de "empêcher l'incident" à "opérer malgré l'incident". Le KEV ne permet pas ce changement. Il le retarde. En offrant un signal de contrôle, il maintient l'illusion qu'on peut faire confiance au code patché. Alors que la question est ailleurs : comment je survis si mon code est compromis demain ? ### Ce que ça signifie pour l'Europe Les données de la série sont connues. 85% des solutions de sécurité européennes reposent sur le NVD. L'EUVD lancée en mai 2025 transpose automatiquement le catalogue KEV américain¹⁵. Rationnel à court terme. Dépendance structurelle à moyen terme. L'Europe n'a pas d'équivalent KEV. L'EUVD est une base de vulnérabilités, pas un catalogue d'exploitation confirmée avec sources de renseignement propres. La construire supposerait des capteurs européens, du renseignement européen, une coordination européenne. Les briques manquent. Depuis janvier : le canal Hybrid CoE est fermé. Le GFCE est fermé. Le NVD se dégrade. Le KEV devient le seul signal accessible. Un signal que Washington contrôle, alimente selon ses priorités, et partage dans sa version minimale. ### Ce que je ne sais pas Si la consolidation est une maturation choisie, un arbitrage contraint, ou autre chose. Si le renseignement partagé avec l'Europe s'est déjà dégradé depuis les fermetures de janvier. Si le modèle KEV peut tenir face à l'accélération des exploitations, ou s'il va se noyer dans son propre volume. Avec des ressources CISA contraintes et un leadership en crise permanente — l'agence attend toujours un directeur confirmé, un an après le début du mandat —, le catalogue pourrait même stagner pendant que les exploitations augmentent, créant un faux sentiment de stabilité. Ce que ces événements suggèrent : Washington recalibre son engagement vers les leviers de pouvoir réel. Standards techniques, infrastructure, capacités offensives. Et abandonne les coûts de la coopération. ### Retour à l'anomalie Deux jours d'écart. Trois organisations de coopération fermées. Dix directives absorbées dans un catalogue unique. Un milliard pour l'offensif pendant que l'infrastructure défensive tourne à 35%. Le KEV est ce qui reste quand le reste ferme. Un flux filtré, biaisé géographiquement, limité aux vulnérabilités avec CVE, partagé dans sa version minimale. L'Europe peut continuer à consommer ce signal et cocher les cases de conformité. Elle peut aussi commencer à se demander ce qui ne figure pas sur la liste — et pourquoi. --- *Cet article s'inscrit dans une série d'analyses sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) - *Article 6 :* [*I Am Altering the Deal*](https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/) --- ### Références ¹ BleepingComputer, "CISA retires 10 emergency cyber orders in rare bulk closure", 8 janvier 2026 [https://www.bleepingcomputer.com/news/security/cisa-retires-10-emergency-cyber-orders-in-rare-bulk-closure/](https://www.bleepingcomputer.com/news/security/cisa-retires-10-emergency-cyber-orders-in-rare-bulk-closure/?ref=klaerenn.fr) ² Cyble, "2025 CISA KEV Catalog Hits 1,484 Exploited Vulnerabilities", janvier 2026 [https://cyble.com/blog/cisa-kev-2025-exploited-vulnerabilities-growth/](https://cyble.com/blog/cisa-kev-2025-exploited-vulnerabilities-growth/?ref=klaerenn.fr) ³ Cyble, ibid. : "an increase of more than 30% above the trend seen in 2023 and 2024" ⁴ GIS Reports, "U.S. cybersecurity policy under Trump", novembre 2025 [https://www.gisreportsonline.com/r/trump-cyber/](https://www.gisreportsonline.com/r/trump-cyber/?ref=klaerenn.fr) ⁵ Cybersecurity Dive, "CISA loses nearly all top officials as purge continues", 27 mai 2025 ; Federal News Network, "CISA director void leaves cyber agency embroiled in uncertainty", 13 janvier 2026 ; Politico, "Acting CISA chief sought ouster of agency's chief information officer", 18 janvier 2026 [https://www.cybersecuritydive.com/news/cisa-senior-official-departures/748992/](https://www.cybersecuritydive.com/news/cisa-senior-official-departures/748992/?ref=klaerenn.fr) [https://federalnewsnetwork.com/cybersecurity/2026/01/cisa-director-void-leaves-cyber-agency-embroiled-in-uncertainty/](https://federalnewsnetwork.com/cybersecurity/2026/01/cisa-director-void-leaves-cyber-agency-embroiled-in-uncertainty/?ref=klaerenn.fr) [https://www.politico.com/news/2026/01/18/acting-cisa-chief-sought-ouster-of-agencys-chief-information-officer-00735826](https://www.politico.com/news/2026/01/18/acting-cisa-chief-sought-ouster-of-agencys-chief-information-officer-00735826?ref=klaerenn.fr) ⁶ [Socket.dev](http://socket.dev/?ref=klaerenn.fr), "NVD Backlog Tops 20,000 CVEs Awaiting Analysis", novembre 2025 [https://socket.dev/blog/nvd-backlog-tops-20-000-cves](https://socket.dev/blog/nvd-backlog-tops-20-000-cves?ref=klaerenn.fr) ⁷ GIS Reports, ibid. : "The expiration of CISA's 2015 legislation at the end of September" ⁸ Bloomberg, "Trump Administration Turning to Private Firms in Cyber Offensive", 12 décembre 2025 [https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-12-12/trump-administration-turning-to-private-firms-in-cyber-offensive](https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-12-12/trump-administration-turning-to-private-firms-in-cyber-offensive?ref=klaerenn.fr) ⁹ The Record, "CISA sunsets 10 emergency directives thanks to evolution of exploited vulnerabilities catalog", 8 janvier 2026 [https://therecord.media/cisa-sunsets-10-emergency-directives](https://therecord.media/cisa-sunsets-10-emergency-directives?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Nucleus Security, "Top Observations from CISA KEV Enrichment Dashboard" : "88% of CISA KEV vulnerabilities have a CVSS rating of high or critical" [https://nucleussec.com/blog/top-observations-from-cisa-kev-enrichment-dashboard/](https://nucleussec.com/blog/top-observations-from-cisa-kev-enrichment-dashboard/?ref=klaerenn.fr) ¹¹ Picus Security, "CISA's Known Exploited Vulnerabilities (KEV) Explained", juin 2025 [https://www.picussecurity.com/resource/blog/cisas-known-exploited-vulnerabilities-kev-explained](https://www.picussecurity.com/resource/blog/cisas-known-exploited-vulnerabilities-kev-explained?ref=klaerenn.fr) ¹² CISA, "KEV Catalog Reaches 1000, What Does That Mean and What Have We Learned" : "Every candidate vulnerability needs to have a CVE ID" [https://www.cisa.gov/news-events/news/kev-catalog-reaches-1000-what-does-mean-and-what-have-we-learned](https://www.cisa.gov/news-events/news/kev-catalog-reaches-1000-what-does-mean-and-what-have-we-learned?ref=klaerenn.fr) ¹³ Nucleus Security, "Guide to CISA KEV Enrichment" : "CISA KEV catalog actively only having less than .5% of all identified CVE vulnerabilities" [https://nucleussec.com/resources/guides/guide-to-cisa-kev-enrichment/](https://nucleussec.com/resources/guides/guide-to-cisa-kev-enrichment/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ VulnCheck, "State of Exploitation - 1H 2025", juillet 2025 : "32.1% of vulnerabilities being exploited on or before the day of the CVE disclosure" [https://www.vulncheck.com/blog/state-of-exploitation-1h-2025](https://www.vulncheck.com/blog/state-of-exploitation-1h-2025?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ VulnCheck, "Does ENISA EUVD live up to all the hype?", mai 2025 [https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd](https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd?ref=klaerenn.fr) ### Séminaire Aristote : Cybersécurité et antifragilité URL: https://www.klaerenn.fr/seminaire-aristote-cybersecurite-antifragilite-2026/ Last updated: 2026-02-08T16:16:42.000Z Le 29 janvier 2026, j'interviens au séminaire Aristote « Cybersécurité : une guerre toujours gagnable ? » sur le thème : **Cybersécurité et antifragilité, beyond resilience** Un séminaire qui réunit également Frédéric de Maury et Ivan Fontarensky (Thales Cyber), Christophe Müller (Thales LAS), Christophe Gaie (Services du Premier ministre), ainsi qu'une table ronde sur l'expertise cyber à l'ère de l IA avec Garance Mathias, Raphael Marichez (Palo Alto), Loïs Samain (RATP). [Voir le programme complet sur Association Aristote ](https://www.association-aristote.fr/evenements/seminaire-cybersecurite-une-guerre-toujours-gagnable/?ref=klaerenn.fr)[→](https://www.european-cyber-week.eu/fr/speaker/4bdfc7fa-5218-4654-b90b-1632f23e3e3e/franck-rouxel?ref=klaerenn.fr) Lien vers la présentation : [Cybersécurité & Antifragilité : Beyond Resilience](https://www.association-aristote.fr/wp-content/uploads/2026/01/pres%5FCybersecurite-Antifragilite.pdf?ref=klaerenn.fr) ### I Am Altering the Deal URL: https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:07.000Z On 7 January 2026, the United States withdrew from the Hybrid CoE. A centre based in Helsinki. 33 EU-NATO members. Mission: coordinating the response to Russian hybrid threats. Joint exercises, disinformation research, intelligence sharing. The war in Ukraine is entering its fourth year. This is the moment chosen to shut down this channel. On the same day, the administration confirmed its support for the ITU, the International Telecommunication Union. 194 member states. China is highly active there. This asymmetry deserves attention. The 7 January memorandum withdraws the United States from 66 international organisations. 31 UN entities, 35 non-UN bodies. The State Department describes them as "wasteful, ineffective, and harmful". Among them, three cyber and hybrid structures created *with* Washington for *Western* security: The Freedom Online Coalition (FOC), 42 democracies coordinating their positions on internet freedoms since 2011\. The Global Forum on Cyber Expertise (GFCE), 60+ members, global coordination of cyber capacity building. And the Hybrid CoE mentioned above. These three forums share one trait. China and Russia are not members. They are Western clubs. These are precisely the ones being abandoned. NPR, the leading American public broadcaster, reports that the administration wants to "focus taxpayer money on expanding American influence" in organisations "where there is competition with China, like the International Telecommunications Union". Geneva Solutions, a media outlet specialising in Geneva-based international organisations, confirms: the United States has "signalled support" for the ITU, headed by an American Secretary-General, Doreen Bogdan-Martin. The official narrative is clear: pivot towards Chinese competition, end of "useless" multilateralism. But this narrative masks a sequence. **Phase 1 (1999-2024)**: Distribution. Free CVE/NVD, open standards, generous coordination, shared intelligence. Europe plugs its tools into American infrastructure. 85% of European security solutions depend on the NVD. Teams are trained on US frameworks. Dependency takes hold. **Phase 2 (2024-2026)**: Degradation. The NVD accumulates 20,000 CVEs awaiting analysis. CVEs prior to 2018 are marked "Deferred"; NIST acknowledges the backlog continues to grow. The CISA budget is cut. And now coordination is withdrawn: FOC, GFCE, Hybrid CoE. **Phase 3 (?)**: The dependencies remain. The NVD, American cloud services (65%+ of European data), SWIFT. These levers were not on the list of 66 organisations. They remain intact. What Europe loses: coordination, intelligence on Russian threats, capacity building. What Europe keeps: the dependencies. AUKUS, September 2021\. Announcement of a United States/United Kingdom/Australia partnership on nuclear submarines. Immediate cancellation of a French contract worth 56 billion euros. France recalls its ambassadors. The episode demonstrated that European interests can be sacrificed without notice when they conflict with American priorities. The 7 January memorandum does not touch Five Eyes, the Quad, or AUKUS. These formats are being strengthened. Europe does not belong to the inner circle. I interpret these elements as follows, though other readings are possible. The emerging doctrine is not limited to a repositioning towards China. It builds a position of strength vis-à-vis Europe. Withdrawing coordination whilst retaining dependencies creates leverage. The NVD, already under strain, could see its limited resources prioritise vulnerabilities affecting American systems. The ITU could be used to push standards favourable to US industry. SWIFT has already been used against Iran. These levers may never be activated explicitly. But they exist. And in a transactional relationship, what matters is the balance of power when it comes time to negotiate. Europe enters this negotiation with fewer capabilities, the same dependencies, and an active Russian front that prevents it from focusing on building alternatives. What I do not know. Whether this pressure will be activated, how, and on which issues. Whether the next waves of withdrawals will hit the Paris Call (France-led, 80+ states), the IGF (internet governance), or the GPAI (AI, OECD, China absent—same profile as the GFCE). Whether Europe will find the capacity to build alternatives whilst managing the Ukrainian front. What these events suggest. The 7 January memorandum is not a clarification of the transatlantic relationship. It is a unilateral modification of terms. Europe has a choice between three options. Alignment, accepting a subordinate position. Decoupling, unrealistic in the short term with Ukraine ongoing. Or the patient construction of alternatives, under pressure, with constrained resources. One billion dollars for offensive cyber. 66 organisations abandoned. Selective preservation of the ITU. The timing in the midst of the Ukraine war. These decisions do not outline a disengagement. They outline a power play. One does not clarify a relationship by withdrawing the benefits and retaining the levers. One prepares a negotiation. Cyber is but one front among many. *Pray I don't alter it any further.* --- *This article is part of a series analysing the structural flaws of Western cybersecurity (articles 1-5 in French):* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) --- ### References ¹ White House, "Fact Sheet: President Donald J. Trump Withdraws the United States from International Organizations", 7 January 2026 ² U.S. Department of State, "Withdrawal from Wasteful, Ineffective, or Harmful International Organizations", 7 January 2026 ³ NPR, "U.S. to exit 66 international organizations in further retreat from global cooperation", 7 January 2026 ⁴ Geneva Solutions, "Trump's withdrawal from dozens of organisations further isolates international Geneva", 8 January 2026 ⁵ [Socket.dev](http://socket.dev/?ref=klaerenn.fr), "NVD Backlog Tops 20,000 CVEs Awaiting Analysis", 15 November 2025 ⁶ NIST, "NVD General Update", 19 March 2025 and "NVD General Announcement", 2 April 2025 ### I Am Altering the Deal URL: https://www.klaerenn.fr/i-am-altering-the-deal/ Last updated: 2026-09-01T22:51:06.000Z Le 7 janvier 2026, les États-Unis ont quitté le Hybrid CoE. Centre basé à Helsinki. 33 membres UE-OTAN. Mission : coordonner la réponse aux menaces hybrides russes. Exercices conjoints, recherche sur la désinformation, partage de renseignement. La guerre en Ukraine entre dans sa quatrième année. C'est le moment choisi pour fermer ce canal. Le même jour, l'administration a confirmé son soutien à l'ITU, l'Union Internationale des Télécommunications. 194 États membres. La Chine y est très active. Cette asymétrie mérite qu'on s'y arrête. Le mémorandum du 7 janvier retire les États-Unis de 66 organisations internationales. 31 entités onusiennes, 35 non-ONU. Le Département d'État les qualifie de "wasteful, ineffective, and harmful". Parmi elles, trois structures cyber et hybrides créées *avec* Washington pour la sécurité *occidentale* : La Freedom Online Coalition (FOC), 42 démocraties coordonnant leurs positions sur les libertés internet depuis 2011\. Le Global Forum on Cyber Expertise (GFCE), 60+ membres, coordination mondiale du capacity building cyber. Et le Hybrid CoE mentionné plus haut. Ces trois forums partagent un trait commun. La Chine et la Russie n'y siègent pas. Ce sont des clubs occidentaux. C'est précisément ceux-là qui sont abandonnés. NPR, le média public américain de référence, rapporte que l'administration veut "focus taxpayer money on expanding American influence" dans les organisations "where there is competition with China, like the International Telecommunications Union". Geneva Solutions, média spécialisé sur les organisations internationales basées à Genève, confirme : les États-Unis ont "signalled support" pour l'ITU, dirigée par une Secrétaire générale américaine, Doreen Bogdan-Martin. Le narratif officiel est lisible : pivot vers la compétition chinoise, fin du multilatéralisme "inutile". Mais ce narratif masque une séquence. **Phase 1 (1999-2024)** : Distribution. CVE/NVD gratuits, standards ouverts, coordination généreuse, renseignement partagé. L'Europe branche ses outils sur l'infrastructure américaine. 85% des solutions de sécurité européennes dépendent du NVD. Les équipes se forment aux frameworks US. La dépendance s'installe. **Phase 2 (2024-2026)** : Dégradation. Le NVD accumule 20 000 CVE en attente d'analyse. Les CVE antérieures à 2018 sont marquées "Deferred", le NIST reconnaît que le backlog continue de croître. Le budget CISA est réduit. Et maintenant, la coordination est retirée : FOC, GFCE, Hybrid CoE. **Phase 3 (?)** : Les dépendances restent. Le NVD, le cloud américain (65%+ des données européennes), SWIFT. Ces leviers ne figuraient pas sur la liste des 66 organisations. Ils sont intacts. Ce que l'Europe perd : la coordination, le renseignement sur les menaces russes, le capacity building. Ce que l'Europe garde : les dépendances. AUKUS, septembre 2021\. Annonce d'un partenariat États-Unis/Royaume-Uni/Australie sur les sous-marins nucléaires. Annulation dans la foulée d'un contrat français de 56 milliards d'euros. La France rappelle ses ambassadeurs. L'épisode montrait que les intérêts européens peuvent être sacrifiés sans préavis quand ils entrent en conflit avec des priorités américaines. Le mémorandum du 7 janvier ne touche ni Five Eyes, ni Quad, ni AUKUS. Ces formats sont renforcés. L'Europe n'appartient pas au cercle intérieur. J'interprète ces éléments comme suit, mais d'autres lectures sont possibles. La doctrine qui émerge ne se limite pas à un repositionnement vers la Chine. Elle construit une position de force vis-à-vis de l'Europe. Retirer la coordination tout en conservant les dépendances, c'est créer du levier. Le NVD déjà sous tension pourrait voir ses ressources prioriser les vulnérabilités affectant les systèmes américains. L'ITU pourrait servir à pousser des standards favorables à l'industrie US. SWIFT a déjà été utilisé contre l'Iran. Ces leviers ne seront peut-être jamais activés explicitement. Mais ils existent. Et dans une relation transactionnelle, ce qui compte c'est le rapport de force au moment de négocier. L'Europe entre dans cette négociation avec moins de capacités, les mêmes dépendances, et un front russe actif qui empêche de se concentrer sur la construction d'alternatives. Ce que je ne sais pas. Si cette pression sera activée, comment, et sur quels dossiers. Si les prochaines vagues de retraits toucheront le Paris Call (France-led, 80+ États), l'IGF (gouvernance internet), ou le GPAI (IA, OCDE, Chine absente, même profil que le GFCE). Si l'Europe trouvera la capacité de construire des alternatives pendant qu'elle gère le front ukrainien. Ce que ces événements suggèrent. Le mémorandum du 7 janvier n'est pas une clarification de la relation transatlantique. C'est une modification unilatérale des termes. L'Europe a le choix entre trois options. L'alignement, qui accepte la position subordonnée. Le découplage, irréaliste à court terme avec l'Ukraine en cours. Ou la construction patiente d'alternatives, sous pression, avec des ressources contraintes. Le milliard de dollars pour l'offensif cyber. Les 66 organisations quittées. La sanctuarisation sélective de l'ITU. Le timing en pleine guerre ukrainienne. Ces décisions ne dessinent pas un désengagement. Elles dessinent une prise de position. On ne clarifie pas une relation en retirant les bénéfices et en gardant les leviers. On prépare une négociation. Le cyber n'est qu'un front parmi d'autres. *Pray I don't alter it any further.* --- *Cet article s'inscrit dans une série d'analyses sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) - *Article 5 :* [*Desert Power — survivre sans l'Empire*](https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/) --- ### Références ¹ White House, "Fact Sheet: President Donald J. Trump Withdraws the United States from International Organizations", 7 janvier 2026 ² U.S. Department of State, "Withdrawal from Wasteful, Ineffective, or Harmful International Organizations", 7 janvier 2026 ³ NPR, "U.S. to exit 66 international organizations in further retreat from global cooperation", 7 janvier 2026 ⁴ Geneva Solutions, "Trump's withdrawal from dozens of organisations further isolates international Geneva", 8 janvier 2026 ⁵ [Socket.dev](http://socket.dev/?ref=klaerenn.fr), "NVD Backlog Tops 20,000 CVEs Awaiting Analysis", 15 novembre 2025 ⁶ NIST, "NVD General Update", 19 mars 2025 et "NVD General Announcement", 2 avril 2025 ### Cybernetica : ce que 2025 a rendu impossible d'ignorer URL: https://www.klaerenn.fr/cybernetica-retrait-us-instances-cyber-2026/ Last updated: 2026-01-24T12:25:10.000Z Dans sa newsletter du 11 janvier 2026, Tariq Krim (Editions Cybernetica) analyse le retrait américain de plusieurs instances cyber internationales et cite mon travail de veille : > Je me permets d'en ajouter un autre qui a échappé à beaucoup (mais pas à Sebastien Garnault et Franck Rouxel). L'article détaille le retrait des Etats-Unis du GFCE (Global Forum on Cyber Expertise), de la Freedom Online Coalition et du Centre européen d'excellence contre les menaces hybrides - trois piliers de la cooperation cyber transatlantique. [Lire l'article complet sur Cybernetica ](https://www.cybernetica.fr/ce-que-2025-a-rendu-impossible-dignorer/?ref=klaerenn.fr)[→](https://www.european-cyber-week.eu/fr/speaker/4bdfc7fa-5218-4654-b90b-1632f23e3e3e/franck-rouxel?ref=klaerenn.fr) ### Effondrement convexe : quand la détectabilité des techniques cesse de composer URL: https://www.klaerenn.fr/distinguishability-collapse-theorem/ Last updated: 2026-10-03T18:39:55.000Z La première question de la détection comportementale porte sur le canal. Avant de demander quel classifieur employer, il faut savoir si ce que le défenseur observe contient encore une différence statistique qu’un détecteur quelconque pourrait exploiter. Lorsque cette différence disparaît, aucun progrès algorithmique ne la recrée. Le premier papier de la série construit cette question et la rend décidable. Il déplace le centre du modèle, du détecteur vers la géométrie du problème. ## Le triplet et le déplacement qu’il opère Le déplacement se lit dans deux formulations concurrentes. La recherche classique demande si un classifieur donné détecte correctement les attaques. Le papier demande d’abord s’il existe, dans ce que le détecteur observe, une différence statistique qu’un détecteur quelconque pourrait exploiter. La seconde question précède la première et la conditionne. Le cadre tient en trois objets : l’espace des observations accessibles au défenseur, la loi des comportements légitimes dans cet espace, et l’ensemble non vide des lois d’attaque fonctionnellement valides et physiquement réalisables. Les performances d’un IDS ou d’un modèle deviennent un problème de second ordre. Le problème premier est la présence d’information discriminante dans le canal observable. ## Deux séparations de portée différente La séparation attaque par attaque mesure la distance en variation totale entre la loi légitime et la plus proche des lois d’attaque prise isolément. Positive, elle indique que chaque attaque peut en principe être distinguée avec une marge commune. Le détecteur optimal reste toutefois libre de dépendre de l’attaque considérée. La séparation robuste autorise l’adversaire à mélanger, varier ou randomiser ses stratégies : elle mesure la distance entre la loi légitime et l’adhérence en variation totale de l’enveloppe convexe de la classe. C’est elle qui compte pour un défenseur réel, lequel ne choisit pas son détecteur après avoir appris quelle attaque est en cours. Le papier établit la chaîne qui les relie. La marge uniforme qu’un détecteur unique peut garantir reste inférieure à la séparation robuste, elle-même inférieure à la séparation attaque par attaque. ## L’effondrement convexe Le résultat central tient dans la possibilité que la première soit strictement positive quand la seconde est nulle. Chaque attaque pure est alors individuellement très visible, et la classe prise globalement reste inséparable du légitime. Pour tout détecteur choisi, l’adversaire peut sélectionner ou randomiser une stratégie qui annule son avantage. L’exemple canonique tient sur trois observations et trois attaques ponctuelles. Chaque attaque concentre toute sa masse sur une seule des trois observations, là où le comportement légitime les visite avec la même fréquence. Prise seule, chacune saute aux yeux. Tirées à parts égales, les trois redonnent exactement la loi uniforme, et le détecteur qui les guettait se retrouve devant ce qu’il appelle normal. La portée dépasse le constat qu’une attaque bien imitée peut passer. La détectabilité individuelle des techniques ne se compose pas en détectabilité de la classe adversariale. Un catalogue de techniques toutes documentées comme détectables laisse donc entière la question de savoir si un système peut les détecter toutes avec une garantie uniforme. C’est là qu’un résultat minimax classique devient un résultat de doctrine. ## Ce que l’effondrement coûte en opérations Une marge abstraite ne suffit pas : un détecteur qui arrête 95 % des attaques en produisant 90 % de faux positifs ne sert à rien. Le papier introduit donc la meilleure puissance garantie contre la classe, sous un budget maximal de faux positifs. Le résultat est net. Quand la séparation robuste est nulle, cette puissance garantie vaut exactement le budget de faux positifs consenti, pour toute valeur de ce budget. La courbe ROC minimax devient la diagonale du hasard. Un défenseur qui accepte 1 % de faux positifs ne peut garantir plus de 1 % de détection contre le pire élément de la classe. S’il en accepte 10 %, la garantie monte à 10 %, et pas au-delà : elle s’aligne sur le budget quel qu’il soit. La limitation tient à l’information disponible et ne cède ni aux données d’apprentissage ni à la puissance de calcul. ## Le point d’entrée de l’IA générative Le papier sépare trois niveaux qu’une lecture rapide confond : l’existence d’une loi d’attaque proche du légitime dans la classe, la constructibilité de cette loi par un adversaire, et son accessibilité sous un budget de ressources donné. Il définit la séparation accessible sous budget, qui ne retient que les attaques dont le coût reste sous ce budget. L’IA générative intervient à ce troisième niveau. Les théorèmes de géométrie s’en passent entièrement. Ce que le papier avance à son sujet est une hypothèse empirique, mesurable domaine par domaine : la génération élargit l’ensemble des attaques accessibles sous budget et réduit la séparation atteignable. Cette hypothèse se teste, elle ne se déduit pas des théorèmes. ## La couche sémantique, sans métaphysique Une formulation tentante voudrait que la couche sémantique soit intrinsèquement indiscernable. Le papier la démonte en la décomposant. Deux actions produisant exactement la même observation reçoivent la même décision d’un détecteur qui ne lit que cette observation : invariance élémentaire et inconditionnelle. Une région d’observations utilisée à la fois légitimement et malicieusement impose un plancher de faux positifs à qui veut la bloquer. Et l’indistinguabilité peut rester locale : à l’intérieur d’une région, les deux lois peuvent coïncider tandis que la fréquence d’entrée dans cette région demeure informative. L’effondrement global exige davantage : la loi conditionnelle dans la région, la fréquence d’entrée, et la loi au dehors. La conclusion exacte est que la couche de contenu est structurellement dual-use, et que son effondrement global demeure une propriété de distribution complète, à établir séparément. C’est ce qui garde le papier hors d’une métaphysique de l’intention invisible. ## Ce que le papier établit, et ce qu’il laisse ouvert Sont démontrés : la différence entre détectabilité individuelle et détectabilité uniforme ; le fait que le mélange adversarial abolit parfois une séparation présente attaque par attaque ; la nullité de la valeur minimax quand la séparation robuste est nulle, et son égalité exacte à cette séparation quand elle est positive ; la diagonale sans information sous contrainte de faux positifs ; le transport des silences établis à tout post-traitement mesurable, contre calcul non borné. Restent hors de portée : que toute détection cyber soit impossible, que toute attaque générative soit indétectable, que tout domaine ait atteint l’effondrement, que le coût du mimétisme tende vers zéro, que l’effondrement survive à un changement d’architecture ou de canal. Le périmètre est celui de la détection comportementale statistique relative à un observable fixé. Signatures, attestations et contrôles explicites en sortent. ## La sortie est architecturale En régime d’effondrement, améliorer le détecteur laisse la géométrie inchangée. Trois familles de sorties agissent sur le problème plutôt que sur son solveur. Enrichir l’observable, en adjoignant identité, provenance, session, droits ou état du système, pour qu’une action identique en contenu devienne différente par son origine. Contraindre la classe d’attaque par l’autorisation, l’isolation, la médiation ou la segmentation. Redessiner le protocole par signatures, attestations, actions structurées et primitives de provenance. La formule qui ferme le papier tient la doctrine : la détection lisait la sécurité dans le monde ; là où la lecture est vide, la sécurité doit être écrite dans le monde. ## Place dans la série Ce papier est le socle statique. Il pose le problème, les régimes de séparation, la notion d’effondrement, et la différence entre effondrement informationnel et accessibilité opérationnelle. Les papiers suivants traitent de la dynamique sous laquelle la séparation évolue, de ce que l’émetteur contrôle dans les observables, des garanties de la ruse défensive, des conditions de clôture de la boucle défensive et de l’adaptation conjointe des stratégies. L’ensemble est présenté sur la [page de la série](https://klaerenn.fr/serie-recherche/?ref=klaerenn.fr). Le test que ce papier fournit tient en une ligne : reste-t-il, dans ce que le défenseur voit, une séparation sur laquelle une décision peut être fondée ? --- *On the Fundamental Limits of Security Detection v2.0, préprint, CC BY-NC 4.0\. DOI concept :* [*10.5281/zenodo.18151115*](https://doi.org/10.5281/zenodo.18151115?ref=klaerenn.fr) ### Final report, 2026. Third officer reporting. URL: https://www.klaerenn.fr/final-report-2026-third-officer-reporting-2/ Last updated: 2026-09-01T22:51:06.000Z *In cyberspace, no one can hear you scream.* --- 600 million records exposed in France alone. Over 50 major organisations compromised. Among them: LVMH, Dior, Cartier, Air France. The Interior Ministry. Eight regional health agencies. Three of the four largest telecom operators. Organisations with budgets, security teams, industry-standard defences. Compromised anyway. Across the Channel, the same pattern. Jaguar Land Rover's September breach halted production for months — the ONS (Office for National Statistics) attributed part of November's GDP decline to the attack. Marks & Spencer reported £206 million in costs. The Foreign Office confirmed a breach in December. The same week, the European Space Agency disclosed an intrusion on its development servers — second incident in two years. The obvious question: why wasn't it enough? The usual answer is negligence or lack of resources. The 2025 data suggests something else. ### The paradox These organisations ticked the boxes. EDR deployed, SOC operational, compliance validated. Still breached. Either they were all negligent despite their resources. Or something has changed that renders these defences insufficient. ### What the 2025 reports document Microsoft, Google, and Anthropic published converging analyses in autumn 2025. Microsoft observes that AI-assisted phishing achieves a 54% click rate, compared to 12% for traditional phishing. That's 4.5 times more effective. A potential 50-fold increase in profitability. The report also notes 225 AI-generated content samples in state-sponsored operations. Two years ago: zero. Google identified 57 state-sponsored groups using generative AI tools. More significantly: the emergence of malware that embeds language models in its execution. PROMPTFLUX rewrites itself every hour by querying an LLM. PROMPTSTEAL, attributed to Russian group APT28, generates its system commands dynamically rather than hardcoding them. Anthropic documented what it describes as the first large-scale cyberattack executed without substantial human intervention. An AI agent mapped target networks, discovered vulnerabilities, extracted data. At what researchers called a speed "impossible for human hackers": thousands of requests per second. Thirty organisations targeted, several successfully compromised. Total human intervention: roughly 20 minutes. These three reports reach the same conclusion: AI is moving from support tool to active attack component. ### Infrastructure under strain While attackers are scaling up, the global reference infrastructure shows signs of exhaustion. The US government experienced 43 days of shutdown. CISA operated at 35% staffing. The NVD backlog exceeds 20,000 unprocessed vulnerabilities. MITRE now uses an LLM to compensate for "lack of time or expertise" among its analysts. 24% of their database required re-examination. 32% of vulnerabilities are exploited on the day they're published. Patches still take weeks to deploy. In September 2025, 78% of actively exploited vulnerabilities had not yet been flagged by the federal agency responsible for tracking them. The alert system can no longer keep pace. ### What changes in 2026 The tools that enabled these attacks are democratising. The MCP protocol has become an open standard. Open-source models offer comparable performance at a fraction of the cost. Google puts it this way: AI integration "enables actors with limited resources to operate more effectively and at lower cost." Anthropic is more direct: "Less experienced groups can now conduct large-scale attacks." On the offensive side, state investments are accelerating. The US administration has allocated $1 billion for cyber operations with private contractors. The National Security Council's cyber director speaks of "destigmatizing and normalizing" offensive use. ### What regulation won't solve Europe fell behind on NIS2\. In May 2025, the Commission sent formal notices to 19 member states. France postponed its debates to 2026. The delay is a symptom. Regulation enshrines the existing model: obligations focused on detection, patching, compliance. It optimises a paradigm that struggles against attacks adapting in real time. Organisations waiting for regulation to act have already lost. Those who comply without questioning the model risk ticking boxes while attacks bypass them. ### What this implies I distinguish what the data shows from what I infer. The data shows: well-equipped organisations are being compromised, AI automates complex attacks and adapts them in real time, the alert infrastructure is faltering, state investments favour offence. I infer: the model predicated on detecting abnormal behaviour is losing effectiveness. Attackers can blend into legitimate traffic, adapt their code dynamically, operate faster than the patch cycle. What remains uncertain: the precise timing of the tipping point, the emergence of alternative approaches, whether organisations can change before being forced to. ### 1987 Why wasn't it enough? Because the deployed defences rest on an assumption: malicious behaviour is distinguishable from normal behaviour. This assumption dates from 1987\. It underpins the entire detection industry. Against malware that rewrites itself every hour, an agent operating at thousands of requests per second, an attacker generating commands dynamically — this assumption wavers. The compromised organisations of 2025 didn't fail through negligence. They applied a model reaching its limits. 2026 will democratise the tools that made these attacks possible. Alternatives exist: radical segmentation, architectures that limit propagation, approaches that accept the incident and focus on survival. The terrain remains uncharted. That may be where it matters. --- **Sources** - Microsoft Digital Defense Report 2025, October 2025 - Google Threat Intelligence Group, "Advances in Threat Actor Usage of AI Tools", November 2025 - Anthropic, "Disrupting the first reported AI-orchestrated cyber espionage campaign", November 2025 - European Space Agency, official statement, 30 December 2025 - UK Office for National Statistics, GDP estimates, November 2025 - NIST NVD Status Updates, November 2025 - MITRE CWE Top 25 Methodology, December 2025 - VulnCheck, "State of Exploitation 1H 2025", July 2025; "October 2025 Research Highlights", October 2025 - European Commission, NIS2 Transposition Status, May 2025 --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2026-01-02* ### Le stress des RSSI : "L'impuissance est un facteur de stress majeur" URL: https://www.klaerenn.fr/stress-rssi-it-for-business/ Last updated: 2026-01-24T11:46:49.000Z IT for Business m'a interrogé sur la réalité du stress des RSSI en 2026. Mon analyse : le problème n'est pas la charge, c'est l'impuissance. Beaucoup de RSSI restent subordonnés à une DSI dont les priorités sont d'abord business. Ils ont l'impression d'être inaudibles. La solution ? Changer de posture. Vouloir qu'il n'y ait jamais d'attaque, c'est impossible. Le système est forcément troué. La mission du RSSI est de conseiller sur les risques, pas de garantir l'impossible. [Lire l'article complet sur IT for Business →](https://www.itforbusiness.fr/le-stress-des-rssi-une-realite-avec-laquelle-composer-en-2026-98811?ref=klaerenn.fr) ### Final report, 2026. Third officer reporting. URL: https://www.klaerenn.fr/final-report-2026-third-officer-reporting/ Last updated: 2026-09-01T22:51:06.000Z *In cyberspace, no one can hear you scream.* --- 600 millions de données personnelles françaises dans la nature. Plus de 50 organisations majeures compromises. Parmi elles : des ministères, des opérateurs télécom, des géants du luxe. Des structures avec des budgets, des équipes, des solutions déployées. La question évidente : pourquoi ça n'a pas suffi ? La réponse habituelle pointe la négligence ou le manque de moyens. Les faits de 2025 suggèrent autre chose. ### Le paradoxe SFR, Bouygues, Air France. LVMH, Dior, Cartier. Le Ministère de l'Intérieur, France Travail, huit Agences Régionales de Santé. Ces organisations cochaient les cases. EDR en place, SOC opérationnel, conformité respectée. Elles ont quand même été compromises. La même semaine, l'Agence Spatiale Européenne confirmait une intrusion sur ses serveurs de développement — deuxième incident en deux ans. Soit elles étaient toutes négligentes malgré leurs moyens. Soit quelque chose a changé qui rend ces défenses insuffisantes. ### Ce que les rapports 2025 documentent Microsoft, Google et Anthropic ont publié des analyses convergentes à l'automne 2025. Microsoft observe que le phishing assisté par IA atteint un taux de clic de 54%, contre 12% pour le phishing traditionnel. Soit 4,5 fois plus efficace. La rentabilité potentielle serait multipliée par 50. Le rapport note aussi 225 échantillons de contenu généré par IA dans des opérations étatiques. Il y a deux ans : zéro. Google a identifié 57 groupes étatiques utilisant des outils d'IA générative. Plus significatif : l'apparition de malwares qui intègrent des modèles de langage dans leur exécution. PROMPTFLUX se réécrit toutes les heures en interrogeant un LLM. PROMPTSTEAL, attribué au groupe russe APT28, génère ses commandes système à la volée plutôt que de les coder en dur. Anthropic a documenté ce qu'elle décrit comme la première cyberattaque à grande échelle exécutée sans intervention humaine substantielle. Un agent IA a cartographié les réseaux cibles, découvert des vulnérabilités, extrait des données. À une vitesse qualifiée d'"impossible pour des hackers humains" : des milliers de requêtes par seconde. Trente organisations ciblées, plusieurs compromissions réussies. L'intervention humaine totale : environ 20 minutes. Ces trois rapports convergent : l'IA passe d'outil d'assistance à composante opérationnelle des attaques. ### L'infrastructure qui fatigue Pendant que les attaquants s'outillent, l'infrastructure mondiale de référence montre des signes d'épuisement. Le gouvernement américain a connu 43 jours de shutdown. La CISA a fonctionné à 35% de ses effectifs. Le backlog du NVD dépasse 20 000 vulnérabilités non traitées. MITRE utilise désormais un LLM pour compenser "le manque de temps ou d'expertise" de ses analystes. 24% de leur base a dû être réexaminée. 32% des vulnérabilités sont exploitées le jour même de leur publication. Le temps moyen pour déployer un correctif reste de plusieurs semaines. En septembre 2025, 78% des vulnérabilités activement exploitées n'étaient pas encore référencées par l'agence fédérale américaine chargée de les signaler. Le système d'alerte ne suit plus. ### Ce qui va changer en 2026 Les outils qui ont permis ces attaques se démocratisent. Le protocole MCP est devenu un standard ouvert. Des modèles open-source offrent des performances comparables pour une fraction du coût. Google le formule ainsi : l'intégration de l'IA "permet à des acteurs aux ressources limitées d'opérer plus efficacement et à moindre coût". Anthropic est plus direct : "Des groupes moins expérimentés peuvent désormais mener des attaques de grande envergure." Côté offensif étatique, les investissements accélèrent. L'administration américaine a provisionné 1 milliard de dollars pour des opérations cyber avec des entreprises privées. Le directeur cyber du Conseil de sécurité nationale parle de "déstigmatiser et normaliser" l'usage offensif. ### Ce que la réglementation ne résoudra pas L'Europe a pris du retard sur NIS2\. En mai 2025, la Commission a rappelé à l'ordre 19 États membres. La France a repoussé ses débats à 2026. Le retard est un symptôme. La réglementation encode le modèle existant : obligations de moyens sur la détection, le patch, la conformité. Elle optimise un paradigme qui montre ses limites face à des attaques qui s'adaptent en temps réel. Les organisations qui attendent la réglementation pour agir ont déjà perdu. Celles qui se conforment sans questionner le modèle risquent de cocher des cases pendant que les attaques les contournent. ### Ce que ça implique Je distingue ce que les données montrent de ce que j'en déduis. Les données montrent : des organisations équipées se font compromettre, l'IA automatise des attaques complexes et les adapte en temps réel, l'infrastructure d'alerte s'essouffle, les investissements étatiques privilégient l'offensif. J'en déduis : le modèle fondé sur la détection de comportements anormaux perd en efficacité. L'attaquant peut se fondre dans le trafic légitime, adapter son code dynamiquement, opérer plus vite que le cycle de correction. Ce qui reste incertain : le timing exact du basculement, l'émergence d'approches alternatives, la capacité des organisations à changer avant d'y être contraintes. ### 1987 Pourquoi ça n'a pas suffi ? Parce que les défenses déployées reposent sur une hypothèse : le comportement malveillant est distinguable du comportement normal. Cette hypothèse date de 1987\. Elle a fondé toute l'industrie de la détection. Face à un malware qui se réécrit toutes les heures, un agent qui opère à des milliers de requêtes par seconde, un attaquant qui génère ses commandes à la volée, cette hypothèse vacille. Les organisations de 2025 n'ont pas échoué par négligence. Elles ont appliqué un modèle qui atteint ses limites. 2026 va diffuser les outils qui ont rendu ces attaques possibles. Des pistes existent : segmentation radicale, architectures qui limitent la propagation, approches qui acceptent l'incident et se concentrent sur la survie. Le terrain reste vierge. C'est peut-être là que ça se joue. --- **Sources** - Microsoft Digital Defense Report 2025, octobre 2025 - Google Threat Intelligence Group, "Advances in Threat Actor Usage of AI Tools", novembre 2025 - Anthropic, "Disrupting the first reported AI-orchestrated cyber espionage campaign", novembre 2025 - European Space Agency, communiqué officiel, 30 décembre 2025 - NIST NVD Status Updates, novembre 2025 - MITRE CWE Top 25 Methodology, décembre 2025 - VulnCheck, "State of Exploitation 1H 2025", juillet 2025 ; "October 2025 Research Highlights", octobre 2025 - European Commission, NIS2 Transposition Status, mai 2025 --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2026-01-01* ### Grande Soirée d'Hiver FFCyber — OSINT, le nouveau big brother URL: https://www.klaerenn.fr/grande-soiree-dhiver-ffcyber-osint-le-nouveau-big-brother/ Last updated: 2026-05-02T11:15:45.000Z Intervenant lors de la **Grande Soirée d'Hiver 2025** de la Fédération Française de Cybersécurité, aux côtés de Nicolas Sabben (Guardia Cybersecurity School), Benoît Huard (Sayse), Philippe Boudier (Sodexo), Jean-Michel Mis (Via Publica), Myriam Quéméner (magistrate honoraire), Matthieu Audibert (COMCYBER-MI), Cyril Cappi (Groupe SNCF) et Julien Nizri (AFNOR Certification), sous l'animation de Vanessa Perez. Les échanges ont porté sur le rôle stratégique de l'OSINT et ses lignes de tension : - **Cyberdéfense proactive** — L'OSINT comme outil de détection précoce et d'anticipation des campagnes adverses. - **Cadre juridique** — Une jurisprudence en retard sur des usages désormais à portée de tous, à la frontière entre veille légitime et atteinte à la vie privée. - **IA et éthique** — L'industrialisation des capacités d'investigation par les LLM, et la bascule défense/offense qu'elle accélère. ➡️ [\[Voir la soirée sur le site de la FFCyber\]](https://www.linkedin.com/posts/federation-francaise-de-la-cybersecurite%5Fla-f%C3%A9d%C3%A9ration-fran%C3%A7aise-de-la-cybers%C3%A9curit%C3%A9-ugcPost-7407749750076293120-wy5u?utm%5Fsource=share&utm%5Fmedium=member%5Fdesktop&rcm=ACoAAAibZFgB2uBxJpeJ7FTPDjLYiJ63pFmLbLg) ### Desert Power : survivre sans l'Empire URL: https://www.klaerenn.fr/desert-power-survivre-sans-lempire/ Last updated: 2026-01-24T01:07:49.000Z *Quand les événements valident l'analyse — et révèlent un franchissement de seuil.* --- Dans une série de quatre articles publiés cette année, j'ai posé un diagnostic en plusieurs temps : un système de gestion des vulnérabilités devenu lui-même vulnérabilité critique, une Europe structurellement dépendante d'une infrastructure américaine fragile, des États architectes de l'insécurité qu'ils prétendent combattre, et une intelligence artificielle qui révèle l'impossibilité mathématique du modèle défensif occidental. Les événements de l'automne 2025 ne constituent pas une surprise. Ils représentent la manifestation concrète de ces failles structurelles. Une provision de 1 milliard de dollars pour les opérations cyber offensives. Enterrée dans la loi fiscale américaine. Bloomberg l'a révélé le 12 décembre¹ : l'administration Trump prépare l'enrôlement d'entreprises privées pour mener des cyberattaques contre des adversaires étrangers. Ce n'est pas un scandale. C'est un signal. Et il gagne à être lu en parallèle d'autres événements de cet automne. ### L'infrastructure américaine : de la fragilité à la rupture Dans le premier article de cette série, j'écrivais que le système mondial de gestion des vulnérabilités reposait sur un "single point of failure" américain. Le shutdown l'a démontré concrètement. Du 1er octobre au 12 novembre 2025, le gouvernement fédéral américain a connu son plus long shutdown. 43 jours². La CISA a fonctionné avec 35% de ses effectifs³. Le Cybersecurity Information Sharing Act de 2015, qui encadrait le partage d'informations sur les menaces entre secteur privé et gouvernement, a expiré le 30 septembre sans être renouvelé⁴. Le backlog du NVD a franchi les 20 000 CVE non traités en novembre⁵. Le NIST a reconnu que son engagement à éliminer ce retard était "optimistic"⁶. 39% de la base totale, soit plus de 112 800 entrées, sont en attente ou différées. Ce dernier statut a été appliqué à toutes les vulnérabilités antérieures à 2018⁷, signe d'un arbitrage pragmatique face à l'accumulation. MITRE a utilisé pour la première fois un LLM pour réévaluer les mappings de son Top 25 CWE 2025\. La page de méthodologie officielle indique que l'outil a permis d'inférer des mappings "that would likely be missed by human analysts due to limitations of time or expertise"⁸. 24% du dataset, soit 9 468 CVE sur 39 080, ont dû être réévalués. Une adaptation intéressante, qui pose aussi des questions sur la soutenabilité du modèle actuel. ### L'Europe : l'illusion de la souveraineté Le deuxième article analysait la dépendance européenne aux standards américains : 85% des solutions de sécurité européennes reposent sur les données du NVD. L'EUVD devait changer la donne. Côté européen, l'EUVD lancée en mai 2025 progresse, mais les analyses de VulnCheck pointent des lacunes : plus de 50 000 CVE absents de l'API principale, couverture Linux incomplète⁹. L'architecture actuelle transpose automatiquement les données CVE et le catalogue KEV américain. C'est un choix rationnel à court terme, qui mérite d'être questionné à plus long terme. Comme le note VulnCheck : "EUVD is not designed to replace the CVE Program but rather to complement it as a downstream repository"¹⁰. NIS2 avance aussi, mais lentement. Le 7 mai 2025, la Commission européenne a envoyé un "reasoned opinion" à 19 États membres, dont la France, l'Allemagne, l'Espagne et les Pays-Bas, pour non-transposition complète¹¹. L'Allemagne a finalisé sa transposition en novembre 2025¹². La France a repoussé ses débats à 2026, contexte politique oblige¹³. Les faits sont là. Qu'est-ce qu'on peut en tirer ? ### Le franchissement du seuil : la privatisation de l'offensif Le troisième article décrivait les États comme "architectes cachés du marché noir des vulnérabilités", finançant discrètement l'insécurité qu'ils prétendent combattre. La privatisation de l'offensif représente un changement de nature : ce n'est plus de l'hypocrisie, c'est une doctrine assumée. Alexei Bulazel, directeur senior cyber au Conseil de sécurité nationale, l'a exprimé clairement en septembre : l'administration "is unapologetic about pursuing offensive cyber actions"¹⁴. Les entreprises privées seront associées. Un cadre juridique est en préparation. On peut y voir une normalisation de pratiques jusqu'ici discrètes. On peut aussi y voir une réponse à une réalité : les capacités offensives se sont démocratisées, et les États-Unis cherchent à maintenir leur avantage en mobilisant leur écosystème privé. La Chine fait de même avec ses propres structures¹⁵. Les implications méritent attention. Plus d'acteurs auront accès à des capacités offensives sophistiquées. Le marché des vulnérabilités va se structurer différemment. Les frontières entre secteurs public et privé vont continuer à s'estomper. ### L'asymétrie en action : le cas React Le quatrième article posait l'équation mathématique : amélioration linéaire de la défense face à croissance exponentielle de l'offense. Le cas React l'illustre parfaitement, mais ce n'est pas une exception. Selon VulnCheck, 32% des vulnérabilités ajoutées au catalogue KEV au premier semestre 2025 ont été exploitées le jour même de leur publication¹⁹. React n'est pas l'anomalie. C'est l'illustration spectaculaire d'une normalité où le délai entre disclosure et exploitation se compte en heures. Le 3 décembre, CVE-2025-55182 a concrétisé ce différentiel. Vulnérabilité critique dans React Server Components, CVSS 10.0, exécution de code à distance¹⁶. React équipe environ 40% des développeurs web¹⁷. En quelques jours, l'Unit 42 de Palo Alto documentait une exploitation active par CL-STA-1015, un Initial Access Broker lié au Ministry of State Security chinois¹⁸. Le backlog NVD dépasse 20 000 entrées. Les attaquants sophistiqués exploitent en heures. Ce décalage structurel ne fait que s'accentuer. ### Ce que ça ouvre comme réflexions Le modèle qui consiste à attendre les CVE publiées et les alertes gouvernementales pour réagir montre ses limites. La CISA à effectifs réduits, le NVD sous tension, les mécanismes de partage fragilisés. Ces constats invitent à repenser les équilibres. La réponse dominante à cette situation est la "speed security" : patcher plus vite, détecter plus vite, automatiser davantage. C'est l'optimisation d'un modèle qui perd structurellement. Face à une asymétrie mathématique où l'offense progresse exponentiellement et la défense linéairement, aller plus vite ne change pas l'issue. L'alternative est un changement de paradigme : passer de "empêcher l'incident" à "survivre à l'incident". Concevoir des architectures qui limitent la propagation. Accepter que la compromission est une question de temps, pas de probabilité. Investir dans la capacité à opérer en mode dégradé plutôt que dans l'illusion du périmètre intact. Ce n'est pas une solution. C'est une orientation. Et elle reste largement à explorer. Ce que je ne sais pas : comment la privatisation de l'offensif va recomposer le marché des vulnérabilités. Si l'EUVD peut combler ses lacunes et proposer une vraie valeur ajoutée. Si NIS2 trouvera son rythme de croisière avant d'être rattrapée par les événements. Ce que ces trois mois suggèrent : le système actuel de gestion des vulnérabilités atteint des limites structurelles. Les agences font ce qu'elles peuvent avec des moyens contraints. Les États réorientent une partie de leurs ressources vers l'offensif. L'Europe construit ses outils, mais reste dépendante des fondations américaines. Ce n'est pas une catastrophe. C'est une transition. Et comme toute transition, elle ouvre des opportunités pour ceux qui la comprennent tôt. 1 milliard de dollars pour l'offensif. C'est peut-être le moment d'en parler. --- *Cet article s'inscrit dans une série d'analyses sur les failles structurelles de la cybersécurité occidentale :* - *Article 1 :* [*La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/) - *Article 2 :* [*La dépendance européenne aux standards américains*](https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/) - *Article 3 :* [*Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités*](https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/) - *Article 4 :* [*L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental*](https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/) --- ### Références ¹ Bloomberg, "Trump Administration Turning to Private Firms in Cyber Offensive", 12 décembre 2025 [https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-12-12/trump-administration-turning-to-private-firms-in-cyber-offensive](https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-12-12/trump-administration-turning-to-private-firms-in-cyber-offensive?ref=klaerenn.fr) ² Wikipedia, "2025 United States federal government shutdown" [https://en.wikipedia.org/wiki/2025\_United\_States\_federal\_government\_shutdown](https://en.wikipedia.org/wiki/2025%5FUnited%5FStates%5Ffederal%5Fgovernment%5Fshutdown?ref=klaerenn.fr) ³ GIS Reports, "U.S. cybersecurity policy under Trump", novembre 2025 [https://www.gisreportsonline.com/r/trump-cyber/](https://www.gisreportsonline.com/r/trump-cyber/?ref=klaerenn.fr) ⁴ GIS Reports, ibid. ("The expiration of CISA's 2015 legislation at the end of September – coinciding with the federal government shutdown") ⁵ [Socket.dev](http://socket.dev/?ref=klaerenn.fr), "NVD Backlog Tops 20,000 CVEs Awaiting Analysis", novembre 2025 [https://socket.dev/blog/nvd-backlog-tops-20-000-cves](https://socket.dev/blog/nvd-backlog-tops-20-000-cves?ref=klaerenn.fr) ⁶ NIST NVD Updates, 13 novembre 2025 ("our initial estimate of when we would clear the backlog was optimistic") [https://www.nist.gov/itl/nvd](https://www.nist.gov/itl/nvd?ref=klaerenn.fr) ⁷ NIST, "All CVEs with a published date prior to 01/01/2018 that are awaiting further enrichment will be marked as Deferred", 2 avril 2025 [https://www.nist.gov/itl/nvd](https://www.nist.gov/itl/nvd?ref=klaerenn.fr) ⁸ MITRE, "2025 CWE Top 25 Methodology", 10 décembre 2025 [https://cwe.mitre.org/top25/archive/2025/2025\_methodology.html](https://cwe.mitre.org/top25/archive/2025/2025%5Fmethodology.html?ref=klaerenn.fr) ⁹ VulnCheck, "Does ENISA EUVD live up to all the hype?", mai 2025 [https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd](https://www.vulncheck.com/blog/enisa-euvd?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ Infosecurity Europe, "How to Use Europe's New Vulnerability Database", juillet 2025 [https://www.infosecurityeurope.com/en-gb/blog/future-thinking/how-to-use-euvd-enisa.html](https://www.infosecurityeurope.com/en-gb/blog/future-thinking/how-to-use-euvd-enisa.html?ref=klaerenn.fr) ¹¹ European Commission, "Commission calls on 19 Member States to fully transpose the NIS2 Directive", 7 mai 2025 [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/news/commission-calls-19-member-states-fully-transpose-nis2-directive](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/news/commission-calls-19-member-states-fully-transpose-nis2-directive?ref=klaerenn.fr) ¹² ECSO NIS2 Transposition Tracker, mis à jour décembre 2025 [https://ecs-org.eu/activities/nis2-directive-transposition-tracker/](https://ecs-org.eu/activities/nis2-directive-transposition-tracker/?ref=klaerenn.fr) ¹³ European Commission, NIS2 Directive Transposition Status - France [https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/nis-transposition](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/nis-transposition?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ Beinsure, "Trump plans to enlist private firms for offensive cyber operations", décembre 2025 [https://beinsure.com/news/trump-plans-enlist-firms-offensive-cyber-operations/](https://beinsure.com/news/trump-plans-enlist-firms-offensive-cyber-operations/?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ GIS Reports, "Beijing increasingly relies on private contractors – such as iS00N, Chengdu 404, Storm 2603, Linen Typhoon and Violet Typhoon" [https://www.gisreportsonline.com/r/trump-cyber/](https://www.gisreportsonline.com/r/trump-cyber/?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ React Team, "Critical Security Vulnerability in React Server Components", 3 décembre 2025 [https://react.dev/blog/2025/12/03/critical-security-vulnerability-in-react-server-components](https://react.dev/blog/2025/12/03/critical-security-vulnerability-in-react-server-components?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ Trend Micro, "Critical React Server Components Vulnerability CVE-2025-55182", décembre 2025 [https://www.trendmicro.com/en\_us/research/25/l/critical-react-server-components-vulnerability.html](https://www.trendmicro.com/en%5Fus/research/25/l/critical-react-server-components-vulnerability.html?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ Palo Alto Networks Unit 42, "Exploitation of Critical Vulnerability in React Server Components", décembre 2025 [https://unit42.paloaltonetworks.com/cve-2025-55182-react-and-cve-2025-66478-next/](https://unit42.paloaltonetworks.com/cve-2025-55182-react-and-cve-2025-66478-next/?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ VulnCheck, "State of Exploitation - 1H 2025", juillet 2025 ("32.1% of vulnerabilities being exploited on or before the day of the CVE disclosure") [https://www.vulncheck.com/blog/state-of-exploitation-1h-2025](https://www.vulncheck.com/blog/state-of-exploitation-1h-2025?ref=klaerenn.fr) --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-12-17* ### We are the champions... or not URL: https://www.klaerenn.fr/we-are-the-champions-or-not/ Last updated: 2026-01-24T01:02:07.000Z Vade, fleuron français de la protection email, racheté par Hornetsecurity en 2024\. Puis Hornetsecurity racheté par Proofpoint. Américain. Alsid, fondée par deux anciens de l'ANSSI, technologie de pointe sur Active Directory, vendue 98 millions de dollars à Tenable¹. Américain. Sentryo, pionnier de la sécurité industrielle, acquis par Cisco. Américain. Qosmos, leader du Deep Packet Inspection, parti chez Enea pour 52,7 millions d'euros². Suédois. Les quatre plus belles sorties de la cybersécurité française ces dix dernières années ont toutes pris la même direction : ailleurs. On finance la souveraineté. On vend aux Américains. **Le circuit** J'ai cartographié près de 150 éditeurs français de cybersécurité³. Plus d'un milliard d'euros levés au total. En épluchant les tours de table, un schéma apparaît. Bpifrance, dont la mission est d'irriguer l'écosystème, n'est présente que dans 8 entreprises sur 150 — pour des tours totalisant plus de 160 millions d'euros. Tikehau Capital, près de 120 millions. Banque des Territoires, près de 80 millions. Ace Capital, plus de 50 millions³. Ces fonds se retrouvent régulièrement ensemble au capital des mêmes entreprises. Le mot magique : souveraineté. Et les autres ? Ils peuvent toujours postuler aux dispositifs publics. Mais les avances récupérables sont versées en fin de projet, pas au moment où il faut payer les salaires. Les prêts d'amorçage exigent d'avoir déjà obtenu un soutien public à l'innovation. Pour naviguer dans ce mille-feuille, il faut être un sachant — ou avoir les bons réseaux. Une startup qui coche les cases — fondateurs ex-ANSSI ou ex-DGA, technologie "stratégique", discours aligné — entre dans le circuit. Les autres se débrouillent. Le circuit mène aux certifications ANSSI. Coût : plusieurs centaines de milliers d'euros. Temps : 18 à 24 mois. Marché déverrouillé : État et entités régulées. Les entreprises privées, elles, achètent ce qui fonctionne à l'échelle, pas ce qui a un tampon. Résultat : des startups optimisées pour le marché public français. Pas pour la compétition mondiale. Ce choix a un prix. **Le capital qui ne convertit pas** Les chiffres agrégés de cette cartographie posent question. Sur les startups ayant levé plus de 10 millions d'euros, le ratio médian CA/levées tourne autour de 0,2³. Pour chaque euro levé, 20 centimes de revenus. La norme internationale dans le logiciel est plutôt 0,5 à 1⁴. L'argent arrive. Il finance des équipes, de la R&D, des certifications. Mais il ne génère pas de revenus au même rythme qu'ailleurs. La question qui suit : ces produits répondent-ils à une demande réelle, ou à l'idée qu'on se fait d'une demande stratégique ? Quand on conçoit un produit sous le prisme de l'État, on risque de construire ce que l'État veut financer plutôt que ce que le marché veut acheter. **Le vrai critère** Qu'attend un RSSI d'une solution de sécurité ? Qu'elle fonctionne à l'échelle, qu'elle s'intègre dans l'existant, qu'elle résolve un problème concret. Le drapeau ? Cerise sur le gâteau, jamais critère décisif. Les startups qui l'ont compris sont celles qui percent. DataDome ne vend pas de la souveraineté, elle vend de la protection bot en moins de 2 millisecondes. GitGuardian ne vend pas du made in France, elle vend la détection de secrets dans le code mieux que GitHub lui-même. 75% de leur CA vient des États-Unis. Celles qui restent prisonnières du récit souverain tournent dans le circuit : financement public, certification, marché État, renouvellement, stagnation. **L'angle mort** Dans l'écosystème tech français, la culture ingénieur domine. Le commerce reste un mal nécessaire, pas une compétence stratégique. Les meilleurs profils business vont en finance ou en conseil — rarement en startup. Et le sujet dépasse le commercial. C'est toute la chaîne produit qui manque. NEA, l'un des plus grands fonds de capital-risque au monde, le constate : en Europe, les fonctions product management et product marketing ont un vivier de talents bien moins profond qu'aux États-Unis⁵. La captation des besoins, la roadmap, le positionnement, le pricing — ces métiers restent sous-développés. Le ratio CA par employé dans cette cartographie — 100 à 130k€ — est dans la norme des startups early-stage³. Mais aucune n'atteint les 200 à 300k€ des scale-ups mondiales⁶. Le symptôme : des équipes techniques surdimensionnées, des fonctions go-to-market sous-dimensionnées. La conviction implicite que la technologie suffit. Sapphire Ventures résume : "The primary challenge for French startups is not in the creation of high-quality tech products but in their distribution."⁷ Et même quand on veut scaler, où aller ? **L'Europe qui n'existe pas** J'échangeais sur le sujet avec des homologues finlandais. Leur réaction : "L'Europe, c'est 27 marchés. Pas un." Les données leur donnent raison. Selon le State of European Tech 2025, 70% des fondateurs européens jugent l'environnement réglementaire trop restrictif, citant la fragmentation des marchés comme première barrière au scale⁸. 27 régulations différentes, 27 processus d'homologation, 27 marchés à conquérir un par un. Résultat : 60% des scaleups mondiales sont basées en Amérique du Nord. 8% dans l'Union européenne⁹. Aucune entreprise française de cybersécurité n'a construit une position européenne significative avant d'attaquer les États-Unis. DataDome et GitGuardian ont sauté directement de Paris à New York. L'Europe n'est pas un tremplin. C'est un marais : certification, cycle de vente, adaptation — tout est à refaire dans chaque pays. **Qui a intérêt à ce que ça change ?** C'est la question que personne ne pose. Les fonds ont leurs deals et leurs exits. L'État a ses startups souveraines à montrer. Les entrepreneurs ont leur liquidité. Les certificateurs ont leur activité. Tout le monde trouve son compte dans le système actuel. Sauf qu'au bout de vingt ans, on n'a toujours pas de champion mondial. Et les meilleures boîtes finissent américaines. Les incitations sont alignées pour produire des exits moyens vers l'étranger, pas des leaders mondiaux indépendants. Et le système fait exactement ce pour quoi il est configuré. **Quelques leviers** Sans naïveté sur leur faisabilité. Conditionner les financements publics à des objectifs de parts de marché mondial, pas seulement de CA ou d'emplois en France. Un éditeur qui fait 80% de son chiffre aux US depuis Paris contribue plus à la balance commerciale qu'un éditeur qui stagne sur le marché domestique. Challenger aussi les VC privés. Les fonds qui co-investissent systématiquement avec le public jouent le même jeu. Les mesurer sur les mêmes critères : parts de marché mondial des participations, croissance du CA export — pas seulement sur le multiple de sortie. Ouvrir le circuit. Des fonds comme Balderton ou Sapphire ont montré qu'ils savaient accompagner des boîtes françaises vers le leadership mondial. Peut-être que la diversité des investisseurs compte plus que leur nationalité. Repenser les certifications. Le coût et le temps actuels créent une barrière à l'entrée qui favorise les incumbents. Une startup early-stage ne peut pas immobiliser 300k€ et deux ans pour accéder à un marché de niche. Assumer que le commerce est un métier noble. Recruter des VP Sales internationaux. Arrêter de croire que la supériorité technique suffit. **La vraie question** Près de 150 entreprises. Plus d'un milliard d'euros. Zéro leader mondial indépendant. Ce n'est pas une fatalité. C'est le résultat d'un système. Les systèmes, ça se change — mais seulement si quelqu'un décide que le résultat actuel n'est pas acceptable. Le champion français de la cybersécurité n'existe pas encore. La question est : veut-on vraiment qu'il existe — et si oui, qui est prêt à changer ses critères ? --- ### Sources ¹ Tenable, "Tenable finalise l'acquisition d'Alsid" (avril 2021) — [https://www.tenable.com/press-releases/tenable-finalise-l-acquisition-d-alsid-et-lance-tenable-ad-pour-s-curiser-les](https://www.tenable.com/press-releases/tenable-finalise-l-acquisition-d-alsid-et-lance-tenable-ad-pour-s-curiser-les?ref=klaerenn.fr) ² Enea, communiqué d'acquisition Qosmos (2016) — 52,7 M€ ³ Base de données personnelle : \~150 éditeurs français de cybersécurité, consolidation [Societe.com/Pappers](http://societe.com/Pappers?ref=klaerenn.fr) (2025). Détail des tours de table, calcul ratios CA/levées et productivité. ⁴ KeyBanc Capital Markets / SaaS Capital, benchmarks capital efficiency — [https://www.saas-capital.com/blog-posts/how-much-money-do-private-saas-companies-raise/](https://www.saas-capital.com/blog-posts/how-much-money-do-private-saas-companies-raise/?ref=klaerenn.fr) ⁵ Speedinvest / NEA, "Strengths and challenges for the European startup ecosystem" — [https://www.speedinvest.com/blog/strengths-and-challenges-for-the-european-startup-ecosystem](https://www.speedinvest.com/blog/strengths-and-challenges-for-the-european-startup-ecosystem?ref=klaerenn.fr) ⁶ SaaS Capital, "Revenue per Employee Benchmarks" (2025) — [https://www.saas-capital.com/blog-posts/revenue-per-employee-benchmarks-for-private-saas-companies/](https://www.saas-capital.com/blog-posts/revenue-per-employee-benchmarks-for-private-saas-companies/?ref=klaerenn.fr) ; Tomasz Tunguz — [https://tomtunguz.com/revenue-per-employee/](https://tomtunguz.com/revenue-per-employee/?ref=klaerenn.fr) ⁷ Sapphire Ventures, "La French Tech: A Tour de Force of Innovation and Growth" (2024) — [https://sapphireventures.com/blog/la-french-tech-a-tour-de-force-of-innovation-and-growth/](https://sapphireventures.com/blog/la-french-tech-a-tour-de-force-of-innovation-and-growth/?ref=klaerenn.fr) ⁸ State of European Tech 2025, Atomico — [https://www.stateofeuropeantech.com/](https://www.stateofeuropeantech.com/?ref=klaerenn.fr) ⁹ Commission européenne / Allied for Startups, "Analysis of the EU Startup and Scale-up Strategy" — [https://alliedforstartups.org/insights/analysis-of-the-eu-startup-and-scale-up-strategy-choose-europe-to-start-and-scale/](https://alliedforstartups.org/insights/analysis-of-the-eu-startup-and-scale-up-strategy-choose-europe-to-start-and-scale/?ref=klaerenn.fr) --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-12-11* ### European Cyber Week 2025 : cybersécurité de la supply chain URL: https://www.klaerenn.fr/european-cyber-week-2025-supply-chain/ Last updated: 2026-01-24T12:41:17.000Z Le 20 novembre 2025, j'interviens à l'European Cyber Week à Rennes sur deux sessions dédiées à la cybersécurité de la supply chain : - **11h00** — NIS2, DORA, ISO 27001 : L'ère du cyber-réglementaire - **16h00** — Atelier : La weaponisation de la chaîne d'approvisionnement Aux côtés de Philippe Loudenot (BlueFiles), Gontran Clément (DGA), Vincent Béchon (Thalexium), Adrien Eberhaerd (Emeria). [Voir le programme sur European Cyber Week →](https://www.european-cyber-week.eu/fr/speaker/4bdfc7fa-5218-4654-b90b-1632f23e3e3e/franck-rouxel?ref=klaerenn.fr) ### L'angle mort de la souveraineté numérique : pourquoi l'open source ne nous sauvera pas URL: https://www.klaerenn.fr/langle-mort-de-la-souverainete-numerique-pourquoi-lopen-source-ne-nous-sauvera-pas/ Last updated: 2026-01-24T01:00:48.000Z *L'Europe mise sur l'open source pour reconquérir sa souveraineté numérique. L'Allemagne déploie openDesk, la France pousse sa Suite Numérique, les institutions promeuvent les solutions "libres" face aux géants américains. Mais l'analyse technique révèle une réalité moins confortable : l'open source moderne dépend à 70% de l'infrastructure qu'il prétend contourner. Entre mythes fondateurs et dépendances cachées, décryptage d'une illusion stratégique.* ### Le précédent XZ Utils : quand deux ans de patience faillirent compromettre Linux mondial Mars 2024 restera dans l'histoire de la cybersécurité. Un développeur Microsoft remarque une anomalie de 0,8 secondes dans l'initialisation SSH. Sa curiosité révèle l'une des tentatives de backdoor les plus sophistiquées jamais documentées : XZ Utils, bibliothèque critique présente sur des millions de serveurs Linux¹. L'attaquant, opérant sous le pseudonyme "Jia Tan", avait patiemment contribué au projet pendant deux ans. Il était devenu mainteneur de confiance. Sa backdoor, techniquement remarquable, aurait permis un accès root universel². Nous sommes passés à quelques semaines d'une compromission globale. Cette découverte révèle une fragilité structurelle. L'écosystème npm compte 2,1 millions de packages. **40% dépendent d'un mainteneur unique**³. Quand ces mainteneurs, souvent bénévoles et épuisés, abandonnent leurs projets, les remplaçants ne font l'objet d'aucune vérification sérieuse. La surface d'attaque est considérable. ### Infrastructure de développement : le monopole américain invisible L'open source se veut universel et décentralisé. L'infrastructure qui le supporte raconte une autre histoire. **GitHub** (Microsoft) héberge 100 millions de repositories. **npm** (Microsoft également) distribue la totalité des packages JavaScript. **PyPI** gère 500 000 packages Python. **Docker Hub** stocke 15 millions d'images conteneurs. Ces plateformes, toutes américaines, constituent l'épine dorsale du développement logiciel mondial. Cette concentration pose des risques concrets. En 2019, GitHub a bloqué l'accès aux développeurs iraniens suite aux sanctions américaines⁴. En 2022, des packages npm de mainteneurs russes ont été suspendus⁵. Fin 2025, avec les tensions sino-américaines exacerbées par l'administration Trump, ces précédents prennent une dimension nouvelle. Un executive order présidentiel suffirait à couper l'accès à ces infrastructures pour tout pays désigné comme adversaire. Le code reste théoriquement libre, mais sans les moyens de le distribuer, compiler et déployer, cette liberté devient théorique. ### Kubernetes ou comment Google a transformé son outil interne en standard industriel L'analyse de Kubernetes révèle les mécanismes de pouvoir dans l'open source moderne⁶. Les statistiques 2025 sont éloquentes : **Répartition des contributions** : - Google : 35% des commits - RedHat/IBM : 15% - Microsoft : 10% - VMware : 8% - Entreprises chinoises : 10% - Europe : 8% - Contributeurs individuels : 14% (dont 80% sont d'anciens employés FAANG) Le steering committee compte 7 membres, dont 3 de Google. Cette gouvernance n'est pas juridiquement contraignante - Kubernetes reste sous licence Apache 2.0\. Mais elle détermine la roadmap, les priorités, l'architecture. Sans surprise, Kubernetes ressemble étrangement à Borg, le système interne de Google. Les alternatives ? Docker Swarm est abandonné. Apache Mesos est moribond. Nomad reste une niche. **Forker Kubernetes nécessiterait au minimum 100 développeurs temps plein** (l'équipe actuelle de Google/RedHat/Microsoft sur le projet), soit 15-20M€/an en salaires européens. Mais le vrai coût serait dans l'écosystème : convaincre les milliers de projets dépendants de suivre le fork plutôt que l'original. MariaDB, malgré des années d'efforts et des dizaines de développeurs, n'a capturé qu'une fraction du marché MySQL. ### OpenDesk : anatomie d'une souveraineté illusoire L'Allemagne présente openDesk comme sa suite bureautique "souveraine"⁷. La solution complète comprend une vingtaine de composants : Nextcloud (fichiers), Collabora Online (bureautique), Element/Matrix (messagerie), Jitsi (visioconférence), Open-Xchange (mail), Univention Corporate Server (orchestration), et d'autres services. L'examen technique de quelques composants clés révèle des vulnérabilités structurelles communes. ### Nextcloud : le champion européen aux pieds d'argile **Points forts** : - Gouvernance : Nextcloud GmbH, Stuttgart - Capital : Indépendant, pas de VC américains - Contribution : 60% européenne **Vulnérabilités** : - 1 847 dépendances npm - 72% de ces packages sont maintenus aux États-Unis - 341 packages abandonnés (dernier commit > 2 ans) - Infrastructure : GitHub (Microsoft), npm (Microsoft), CDN (Cloudflare US) ### Jitsi : l'ironie d'une dépendance assumée Le composant visioconférence d'openDesk appartient à **8x8 Inc.**, société californienne cotée au NASDAQ⁸. Utiliser Jitsi pour "échapper au CLOUD Act" relève du paradoxe : 8x8 est légalement soumise aux injonctions américaines, incluant les National Security Letters avec obligation de silence. ### Bilan openDesk : une amélioration marginale Si on appliquait les critères du Cloud Sovereignty Framework européen (SOV-1 à SOV-8) : **Souveraineté juridique (SOV-2)** : Jitsi faillit totalement (société US), les autres composants sont mixtes **Souveraineté de la supply chain (SOV-4)** : Échec généralisé avec 70%+ de dépendances US **Souveraineté opérationnelle (SOV-3)** : Partielle, les opérateurs EU peuvent maintenir mais dépendent d'infrastructures US **Souveraineté technologique (SOV-5)** : Code ouvert mais gouvernance largement extra-européenne sur les briques de base OpenDesk représente un progrès par rapport à Microsoft 365 direct. Mais avec une majorité de dépendances américaines, des composants critiques sous contrôle US (Jitsi), et une infrastructure de développement entièrement américaine, le terme "souveraineté" apparaît inadapté. C'est au mieux une **réduction de la dépendance directe**, pas une indépendance. ### Sécurité : le paradoxe de l'auditabilité non auditée "Given enough eyeballs, all bugs are shallow" - la loi de Linus Raymond structure notre perception de la sécurité open source. Les faits suggèrent une réalité différente. **Durée avant découverte de vulnérabilités majeures** : - Heartbleed (OpenSSL) : 2 ans⁹ - Shellshock (Bash) : 25 ans¹⁰ - Log4Shell (Log4j) : 8 ans¹¹ - Polkit (Linux) : 12 ans¹² - Sudo : 10 ans¹³ Les études récentes établissent une durée moyenne de **4 à 5 ans** avant découverte dans l'OSS¹⁴, contre 90 jours pour les produits propriétaires majeurs dotés de programmes de bug bounty. Cette différence s'explique par les moyens. Microsoft investit plus d'un milliard de dollars annuellement en sécurité¹⁵. Google a distribué 12 millions en bug bounties en 2023¹⁶. OpenSSL, qui sécurisait la moitié d'Internet ? 2 000 dollars de budget annuel avant Heartbleed¹⁷. L'auditabilité théorique du code ouvert ne compense pas l'absence d'audits réels. Sur les 1 847 dépendances de Nextcloud, moins de 0,1% ont fait l'objet d'un audit formel. Un audit sérieux coûte 200 000 à 500 000 euros pour 100 000 lignes de code¹⁸. Qui finance ? ### Supply chain : le vecteur d'attaque privilégié Les années 2024-2025 ont confirmé l'explosion des attaques sur la chaîne d'approvisionnement logicielle²² : - **Mars 2024** : XZ Utils (la plus sophistiquée) - **Juin 2024** : [Polyfill.io](http://polyfill.io/?ref=klaerenn.fr) service compromis (100 000+ sites affectés) - **Septembre 2024** : libwebp (CVE-2023-4863, impact Chrome/Firefox) - **Continu** : Plusieurs packages npm/PyPI malveillants (plusieurs par semaine) Les mainteneurs open source subissent une pression constante sans compensation²⁴. Les études montrent qu'une majorité envisage l'abandon²⁵. Quand ils cèdent, leurs remplaçants - parfois malveillants - héritent d'un accès privilégié à des millions de systèmes. ### National Security Letters : la contrainte légale invisible Le cadre juridique américain permet l'émission de National Security Letters (NSL)²⁶, injonctions secrètes contraignant le destinataire à collaborer sous peine d'emprisonnement. Le "gag order" interdit d'en révéler l'existence. Avec 45% de contributeurs américains sur OpenStack, 70% sur Jitsi, 35% sur Kubernetes, la surface d'exposition légale est massive. Aucun cas documenté ? C'est précisément le principe du dispositif. L'absence de preuve n'équivaut pas à la preuve de l'absence quand la preuve est légalement interdite. ### La Chine : un modèle alternatif en construction L'observation des stratégies internationales éclaire les choix possibles. Pendant que l'Europe débat des modalités, la Chine déploie ses alternatives. Gitee héberge désormais 30 millions de projets¹⁹. openEuler remplace CentOS. openKylin défie Ubuntu. Leur stratégie ? Pas l'indépendance absolue, mais la **capacité de fork stratégique**. Les entreprises chinoises contribuent massivement à l'OSS occidental - Huawei est le deuxième contributeur d'OpenStack²⁰ - tout en maintenant des alternatives nationales. Cette stratégie leur permet d'exploiter la technologie occidentale tant qu'accessible, et de basculer sur les forks si nécessaire. L'Europe continue de débattre des modalités tandis que la Chine déploie ses alternatives. ### Utiliser versus Peser : la distinction fondamentale La vraie ligne de fracture n'oppose pas open source et propriétaire, mais **utilisateurs** et **acteurs** de l'open source. **Utiliser l'open source** : - Déployer Kubernetes - Installer Nextcloud - Télécharger des packages npm - Se proclamer "souverain" car le code est visible **Peser sur l'open source** : - Employer des core maintainers - Financer des audits systématiques - Maintenir des forks stratégiques - Influencer les roadmaps - Contrôler l'infrastructure de distribution L'Europe utilise. Les États-Unis pèsent. La Chine bascule progressivement vers le "peser". Cette asymétrie détermine les rapports de force réels. ### Le coût réel de l'autonomie stratégique Les initiatives existantes permettent d'estimer l'investissement nécessaire. L'Allemagne investit 12M€/an dans son infrastructure de développement sécurisée (BSI, 2023). L'OpenSSF opère avec 10M$/an pour sécuriser l'écosystème global²⁷. Le plan OSPO++ européen proposait 50M€/an pour influencer l'OSS (document Commission européenne, 2023). Extrapolé à l'échelle d'une autonomie stratégique européenne : **Infrastructure et miroirs** : 20-30M€/an - Référence : Coûts infrastructure BSI allemande - Équivalent : Budget GitHub Enterprise pour 10 000 développeurs - Inclut : Miroirs GitLab/Gitea, registries npm/PyPI, CI/CD **Audits et sécurité** : 30-40M€/an - Base : 20 audits critiques/an à 500k€ (coût OpenSSL documenté) - Programme bug bounties niveau Google (10M€/an adapté EU) - Équipe sécurité dédiée 20 personnes (5M€/an) **Contributions et influence** : 70-100M€/an - Calcul : 300-500 développeurs à 150k€ coût chargé - Référence : 1/3 du budget Linux Foundation pour scope européen - Comparable : Investissement Chine dans openEuler/openKylin **Total réaliste : 120-170M€/an**. C'est moins que le budget marketing de la Présidence française de l'UE (210M€), ou 0,001% du PIB européen. C'est le prix de 3 kilomètres d'autoroute. L'OpenSSF dispose d'environ 10 millions de dollars annuels²⁷. L'écart entre les besoins identifiés et les investissements réels reste considérable. ### Réalisme et perspectives : repenser la stratégie européenne L'open source reste un formidable vecteur d'innovation. Mais le considérer comme une solution directe à la souveraineté numérique nécessite d'examiner les conditions de sa mise en œuvre. **Les faits établis** : 1. L'infrastructure de développement OSS est à 90% américaine 2. Les projets critiques sont sous-financés et vulnérables 3. La gouvernance suit le financement, majoritairement non-européen 4. Les contraintes légales extraterritoriales s'appliquent via les contributeurs 5. L'auditabilité théorique ne garantit pas la sécurité pratique **Les options disponibles** : **Option 1 : L'acceptation pragmatique** Reconnaître la dépendance, la documenter, la minimiser sur les fonctions critiques. **Option 2 : L'investissement stratégique** 120-170M€/an pour construire une alternative crédible (base : initiatives BSI, OpenSSF, OSPO++). **Option 3 : L'approche progressive** Utiliser l'existant tout en préparant méthodiquement les alternatives. **Option 4 : Le statu quo** Maintenir le discours sur la souveraineté par l'open source sans investir proportionnellement aux enjeux. Cette approche sera testée lors des prochaines tensions géopolitiques. ### Conclusion : Les choix devant nous Fin 2025, avec Trump consolidant les contrôles technologiques américains²⁹ et les tensions sino-américaines s'intensifiant, la question de l'autonomie numérique européenne prend une urgence nouvelle. L'analyse révèle que la question n'est pas "open source ou propriétaire ?" mais plutôt : - Qui contrôle les infrastructures de développement ? - Qui finance les développeurs qui écrivent le code ? - Qui peut légalement contraindre les contributeurs ? - Qui maintient les alternatives en cas de rupture ? Actuellement, ces réponses convergent majoritairement vers les États-Unis. L'open source, malgré ses qualités, ne modifie pas fondamentalement cette équation. Si l'Europe souhaite développer une autonomie numérique, plusieurs voies s'offrent à elle : 1. Reconnaître précisément la nature et l'étendue des dépendances actuelles 2. Investir proportionnellement aux enjeux (120-170M€/an selon nos estimations) 3. Construire progressivement ses propres infrastructures 4. Former et employer des développeurs européens sur les projets critiques 5. Accepter que l'indépendance absolue reste hors de portée, mais que l'autonomie stratégique est atteignable L'alternative est de maintenir le statu quo : développer via GitHub, déployer des solutions aux dépendances majoritairement américaines, et espérer que les canaux restent ouverts. Le choix appartient aux décideurs européens. Les prochaines tensions géopolitiques révéleront s'ils l'ont fait à temps. Quelle que soit la voie choisie, elle gagnera à s'appuyer sur une analyse lucide des réalités techniques plutôt que sur des espoirs idéologiques. C'est à cette condition que l'Europe pourra construire une stratégie numérique adaptée à ses ambitions et à ses moyens. --- ### Références 1. CVE-2024-3094\. Backdoor XZ Utils découverte mars 2024\. [Red Hat Security Advisory RHSA-2024:1383](https://access.redhat.com/security/cve/CVE-2024-3094?ref=klaerenn.fr). 2. Freund, A. (2024). ["Finding backdoor in upstream xz/liblzma"](https://www.openwall.com/lists/oss-security/2024/03/29/4?ref=klaerenn.fr). oss-security mailing list, 29 mars 2024. 3. Zimmermann et al. (2019). ["Small World with High Risks: A Study of Security Threats in the npm Ecosystem"](https://www.usenix.org/conference/usenixsecurity19/presentation/zimmermann?ref=klaerenn.fr). USENIX Security. 40% des packages dépendent d'un mainteneur unique. 4. GitHub Blog (2019). ["GitHub and Trade Controls"](https://github.blog/2019-09-12-global-software-collaboration-in-the-face-of-sanctions/?ref=klaerenn.fr). Blocage documenté des développeurs iraniens, syriens et de Crimée. 5. Multiples sources (2022). Suspension de packages npm suite aux sanctions contre la Russie. [The Register](https://www.theregister.com/2022/03/16/protestware%5Fjavascript%5Fnode%5Fipc/?ref=klaerenn.fr). 6. [CNCF DevStats](https://k8s.devstats.cncf.io/?ref=klaerenn.fr) (2025). Statistiques de contribution Kubernetes. 7. [ZenDiS](https://zendis.de/opendesk?ref=klaerenn.fr) (2025). Documentation technique openDesk. 8. 8x8 Inc. Form 10-K (2024). [SEC Filing](https://investors.8x8.com/sec-filings?ref=klaerenn.fr) confirmant la propriété de Jitsi. NASDAQ: EGHT. 9. [CVE-2014-0160](https://cve.mitre.org/cgi-bin/cvename.cgi?name=CVE-2014-0160&ref=klaerenn.fr). Heartbleed introduit 31/12/2011, découvert 07/04/2014. 10. [CVE-2014-6271](https://cve.mitre.org/cgi-bin/cvename.cgi?name=CVE-2014-6271&ref=klaerenn.fr). Shellshock présent depuis 1989, découvert septembre 2014. 11. [CVE-2021-44228](https://cve.mitre.org/cgi-bin/cvename.cgi?name=CVE-2021-44228&ref=klaerenn.fr). Log4Shell présent depuis 2013, découvert décembre 2021. 12. [CVE-2021-3560](https://cve.mitre.org/cgi-bin/cvename.cgi?name=CVE-2021-3560&ref=klaerenn.fr). Polkit vulnérable 12+ ans, découvert mai 2021. 13. [CVE-2021-3156](https://cve.mitre.org/cgi-bin/cvename.cgi?name=CVE-2021-3156&ref=klaerenn.fr). Sudo vulnérable 10 ans, découvert janvier 2021. 14. Google Project Zero (2022-2024). ["The More You Know, The More You Know You Don't Know"](https://googleprojectzero.blogspot.com/?ref=klaerenn.fr). Durée moyenne de découverte entre 4 et 5 ans selon méthodologies. 15. Microsoft Annual Report 2024\. [SEC Form 10-K](https://www.microsoft.com/investor/reports/ar24/index.html?ref=klaerenn.fr). Investissement sécurité > 1 milliard dollars/an. 16. [Google VRP 2024](https://bughunters.google.com/about/rules/2023-year-in-review?ref=klaerenn.fr). 12 millions dollars en bug bounties (2023). 17. Marquess, S. (2014). ["Of Money, Responsibility, and Pride"](https://web.archive.org/web/20140414072450/http://veridicalsystems.com/blog/of-money-responsibility-and-pride/). Budget OpenSSL pre-Heartbleed documenté. 18. [Trail of Bits](https://www.trailofbits.com/?ref=klaerenn.fr) et autres (2024). Coûts standards audits sécurité. 19. [Gitee](https://gitee.com/?ref=klaerenn.fr) (2025). Statistiques officielles (vérification indépendante limitée). 20. [Stackalytics](https://www.stackalytics.io/?ref=klaerenn.fr) (2025). Contributions OpenStack par organisation. 21. Sonatype (2024). ["State of the Software Supply Chain Report"](https://www.sonatype.com/state-of-the-software-supply-chain/?ref=klaerenn.fr), 10e édition. 22. Multiples sources (2024-2025). Incidents supply chain documentés. [ReversingLabs Threat Report](https://www.reversinglabs.com/resources/reports?ref=klaerenn.fr). 23. Rapports industrie (2024-2025). L'augmentation des attaques confirmée par [Sonatype](https://www.sonatype.com/?ref=klaerenn.fr) et [Snyk](https://snyk.io/?ref=klaerenn.fr). 24. Témoignages mainteneurs (2024-2025). [Daniel Stenberg (curl)](https://daniel.haxx.se/blog/?ref=klaerenn.fr) sur la pression et burnout. 25. Tidelift (2024). ["Maintainer Survey: Burnout and Sustainability"](https://tidelift.com/subscription/2024-open-source-maintainer-survey?ref=klaerenn.fr). 26. [18 U.S.C. § 2709](https://www.law.cornell.edu/uscode/text/18/2709?ref=klaerenn.fr). Cadre légal National Security Letters. 27. [OpenSSF](https://openssf.org/?ref=klaerenn.fr) (2025). Budget annuel \~10M$ (ex-Core Infrastructure Initiative). 28. \[Supprimé - non pertinent\] 29. Administration Trump (2025). Renforcement des contrôles exports technologiques depuis janvier 2025\. [White House Executive Orders](https://www.whitehouse.gov/?ref=klaerenn.fr). 30. [NSA GitHub](https://github.com/NationalSecurityAgency?ref=klaerenn.fr). Contributions SELinux et modules sécurité kernel Linux visibles publiquement. 31. GitHub Octoverse 2024\. [Microsoft parmi les principaux contributeurs OSS](https://octoverse.github.com/?ref=klaerenn.fr). --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-11-06* ### Trophées de la Cybersécurité 2025 : 7 lauréats distingués URL: https://www.klaerenn.fr/trophees-cybersecurite-2025-laureats/ Last updated: 2026-01-24T11:55:35.000Z Le 6 novembre 2025, nous avons remis les Trophées de la Cybersécurité lors du Tech Show Paris. Avec Philippe Bourdier (RSSI Sodexo France) et Frédéric Abate (RSSI BSPP), nous avons distingué 7 lauréats dans 5 catégories, dont GitGuardian et CYBI. [Lire l'article sur le Journal du Net →](https://www.journaldunet.com/cybersecurite/1545621-les-trophees-de-la-cyber-celebreront-les-talents-du-secteur-lors-du-tech-show-paris-le-6-novembre-2025/?ref=klaerenn.fr) ### De la contrainte réglementaire à l'avantage stratégique : anticiper la loi sur la résilience comme levier d'antifragilité URL: https://www.klaerenn.fr/de-la-contrainte-reglementaire-a-lavantage-strategique-anticiper-la-loi-sur-la-resilience-comme-levier-dantifragilite/ Last updated: 2026-01-24T00:57:03.000Z La proposition de loi relative à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, déposée le 10 septembre 2025, dessine les contours d'une transformation profonde de notre approche de la cybersécurité. Bien qu'encore en discussion parlementaire, ce texte révèle une tendance lourde : comment les organisations peuvent-elles anticiper et transformer ces futures contraintes en véritables leviers de création de valeur ? ### Du périmètre défensif à la résilience systémique Le projet de loi préfigure une rupture conceptuelle : la **résilience comme principe organisateur**. Les futurs "plans de résilience opérateur" devraient remplacer les plans de protection actuels, intégrant une analyse systémique des dépendances, y compris extra-territoriales. L'obligation envisagée d'analyser "les risques liés à la dépendance envers des fournisseurs propriétaires" offre déjà une grille de lecture : celle de cartographier et maîtriser ses chaînes de valeur numériques. Cette exigence de transparence technologique, si elle est adoptée, représente une opportunité pour développer une **souveraineté informationnelle pragmatique**. Les entreprises qui anticipent ces obligations en repensant dès maintenant leurs architectures prennent une longueur d'avance stratégique. ### L'antifragilité créatrice : se préparer sans attendre Avec des amendes potentielles de 10 millions d'euros ou 2% du chiffre d'affaires mondial envisagées dans le texte, les organisations ont le choix : attendre la promulgation pour une conformité passive, ou anticiper par l'antifragilité créatrice. Prenons l'obligation pressentie de notification des incidents sous 24 heures. L'organisation antifragile n'attend pas le vote : elle développe dès maintenant des capacités de détection qui dépasseront le cadre réglementaire. Ces systèmes deviennent des **accélérateurs d'apprentissage organisationnel**, transformant chaque incident actuel en préparation aux exigences futures. Les tests de résilience opérationnelle évoqués dans le projet deviennent, pour les pionniers, des laboratoires d'innovation anticipée. Ces simulations permettent d'expérimenter de nouvelles architectures et de développer une culture de la résilience avant même que la loi ne l'impose. ### La donnée vivante : préparer la conformité dynamique Le projet introduit le concept de **conformité évolutive** : des référentiels qui s'adapteront aux menaces émergentes. Cette approche pressentie résonne avec le paradigme de la donnée vivante - une information qui évolue et maintient sa pertinence dans des contextes changeants. Les organisations visionnaires développent dès aujourd'hui des systèmes de conformité auto-adaptatifs : - Des pipelines conçus pour ajuster leurs paramètres selon les futures évolutions réglementaires - Des architectures anticipant les changements normatifs à venir - Des processus apprenant déjà des incidents pour renforcer leur conformité future Cette approche proactive transforme la réglementation annoncée : de contrainte future, elle devient dès maintenant un guide pour l'excellence opérationnelle. ### Création de valeur anticipée L'impact économique de cette préparation dépasse le simple évitement de futures sanctions : **Valeur opérationnelle immédiate** : Les capacités développées en anticipation améliorent déjà l'efficacité. Les analyses de dépendances optimisent les chaînes d'approvisionnement actuelles. **Valeur commerciale différenciante** : Anticiper la conformité devient un argument commercial. Les organisations proactives rassurent leurs clients sur leur capacité d'adaptation. **Valeur stratégique d'anticipation** : Comprendre les orientations réglementaires permet des décisions d'investissement éclairées et une navigation agile dans l'incertitude législative. **Valeur écosystémique précoce** : Les mécanismes de partage envisagés incitent à créer dès maintenant des réseaux de résilience collaborative. ### Du CISO au Chief Resilience Officer Cette proposition de loi accélère une mutation déjà perceptible : celle du RSSI vers le Chief Resilience Officer. Les organisations clairvoyantes n'attendent pas la promulgation pour faire évoluer cette fonction. Le futur CRO devra orchestrer une symphonie complexe mêlant enjeux techniques, organisationnels, réglementaires et géopolitiques. Les entreprises qui recrutent et forment dès maintenant ces talents hybrides prennent une avance décisive sur leurs concurrents qui attendront la contrainte légale. ## Conclusion : l'anticipation comme avantage compétitif Cette proposition de loi ne doit pas être vue comme une épée de Damoclès mais comme une boussole stratégique. Les organisations antifragiles n'attendent pas le vote final : elles transforment dès aujourd'hui chaque orientation pressentie en levier d'innovation. Dans ce "numérique de l'incertitude", la capacité à anticiper et transformer les futures contraintes réglementaires en avantages immédiats devient la marque distinctive des organisations véritablement antifragiles. L'heure n'est pas à l'attentisme mais à l'antifragilité créatrice qui transforme chaque signal réglementaire en opportunité d'évolution - car c'est dans cette anticipation que réside l'essence même de la résilience stratégique. --- 📰 *Cet article a été publié dans Global Security Magazine #61 (Novembre-Décembre 2025)* ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/Franck_ROUXEL_GS_Mag_61_BAT_page1.png) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/Franck_ROUXEL_GS_Mag_61_BAT_page2.png) ### Cloud Souverain : L'Europe lance le défi aux acteurs qui en parlent URL: https://www.klaerenn.fr/cloud-souverain-leurope-lance-le-defi-aux-acteurs-qui-en-parlent/ Last updated: 2026-01-24T00:47:11.000Z **180 millions d'euros sur 6 ans pour des services cloud souverains. La Commission européenne lance un appel d'offres qui sort du registre déclaratif : critères publics, notation détaillée, budgets réels. Entre décembre 2025 et février 2026, les résultats révéleront l'état réel de l'offre cloud souveraine européenne.** ### Un appel d'offres qui sort du registre déclaratif Depuis des années, le débat sur la souveraineté numérique tourne en boucle. Rapports parlementaires, tribunes d'experts, déclarations politiques : tout le monde s'accorde sur l'urgence de réduire notre dépendance aux hyperscalers américains. Mais entre les discours et les actes, l'écart reste béant. La Commission européenne vient de franchir un cap avec le lancement d'une mini-compétition inédite au sein de son Cloud III Dynamic Purchasing System : 180 millions d'euros pour des services cloud évalués selon un **Cloud Sovereignty Framework** détaillé. Quatre fournisseurs maximum seront retenus. L'attribution est prévue entre décembre 2025 et février 2026. Ce n'est pas un énième rapport. C'est un **marché ouvert, avec un cahier des charges public et des budgets réels**. ### Un framework qui opérationnalise huit objectifs de souveraineté Le framework, publié en septembre 2025, sort de l'incantation pour entrer dans l'opérationnel. Il évalue les fournisseurs sur huit objectifs de souveraineté (SOV-1 à SOV-8), chacun pesant différemment dans la note finale : **Les piliers structurels (poids cumulé : 40%)** - **Souveraineté opérationnelle (20%)** : capacité des acteurs européens à opérer le service sans dépendre d'un éditeur étranger - **Souveraineté de la supply chain (20%)** : origine et transparence des composants matériels et logiciels **Les fondamentaux institutionnels (poids cumulé : 35%)** - **Souveraineté stratégique (15%)** : ancrage dans l'écosystème industriel et financier européen - **Souveraineté technologique (15%)** : ouverture, standards, absence de lock-in propriétaire - **Souveraineté juridique (10%)** : exposition aux législations extraterritoriales **Les dimensions spécifiques (poids cumulé : 25%)** - **Souveraineté données & IA (10%)** : contrôle cryptographique, localisation, gouvernance des modèles - **Souveraineté sécurité & conformité (10%)** : certifications, centres opérationnels en UE - **Durabilité environnementale (5%)** : efficacité énergétique, circularité Le système combine une **barrière à l'entrée** (niveaux SEAL minimums pour chaque objectif) et un **score de compétitivité** pour départager les candidats admissibles. ### La supply chain : une vulnérabilité partagée, pesant 20% de la notation L'analyse du framework révèle une réalité inconfortable. Même les meilleurs acteurs cloud européens se heurtent à un mur : **la dépendance aux composants non-européens**. Processeurs (Intel, AMD), GPUs pour l'IA (NVIDIA), firmware, équipements réseau, systèmes de stockage : l'essentiel de la chaîne de valeur matérielle est américaine ou asiatique. OVHcloud fabrique ses propres serveurs, mais avec des puces américaines. T-Systems opère des datacenters en Allemagne, mais sur des technologies dont elle ne contrôle pas la source. Cette vulnérabilité pèse **20% de la note finale** \- autant que la souveraineté opérationnelle. C'est une pondération assumée qui reconnaît que sans contrôle de la chaîne d'approvisionnement, il n'y a pas de souveraineté réelle. ### Une admission ouverte, une évaluation différenciée Le Cloud III DPS dans son ensemble est ouvert à tous : AWS, Microsoft Azure, Google Cloud y sont probablement inscrits aux côtés d'OVHcloud, Scaleway, T-Systems et autres acteurs européens. Les critères d'admission sont purement techniques : APIs automatisées, multi-régions EEE, gestion des identités, facturation électronique. **Aucune discrimination par nationalité à l'entrée. Tous peuvent jouer.** Mais cette mini-compétition "souveraineté" change la donne. Les critères SOV-1 (stratégique) et SOV-2 (juridique) pénalisent structurellement les acteurs non-européens. Un calcul rapide suggère qu'AWS pourrait perdre 20 à 25 points sur ces deux seuls critères face à un OVHcloud. La vraie question n'est donc pas : "Les hyperscalers américains vont-ils postuler ?" La vraie question est : **"Les acteurs européens vont-ils être au rendez-vous ?"** ### La participation des acteurs européens : une question ouverte Pour les acteurs français et européens du cloud qui plaident depuis des années pour une politique industrielle favorable, c'est le moment de vérité : **OVHcloud** vient de franchir le milliard d'euros de chiffre d'affaires et proclame son modèle souverain. Son CEO, Octave Klaba, a commenté sobrement l'appel d'offres : "Ça prend du temps, mais nous sommes heureux de voir que le marché évolue dans la bonne direction." Mais va-t-il postuler ? **Scaleway** (groupe Iliad), **T-Systems** (Deutsche Telekom), **Ionos** (United Internet) : autant d'acteurs qui ont l'infrastructure, la présence européenne, et devraient scorer haut sur les critères de souveraineté. **Si ces acteurs ne se positionnent pas sur ce marché, que signifie leur discours sur la souveraineté ?** ### Des effets potentiels au-delà du montant du contrat Les 180 millions d'euros peuvent sembler modestes face aux budgets cloud des grandes entreprises. Mais l'impact potentiel dépasse largement le montant : 1. **Effet de référence** : un contrat avec les institutions européennes vaut certification de crédibilité 2. **Effet d'entraînement** : les États membres observent et pourraient répliquer le framework 3. **Effet d'échelle** : le Cloud III DPS prévoit 550M€ de mini-compétitions au total, celle-ci n'est que la première avec un volet souveraineté explicite 4. **Effet normatif** : le framework devient une grille de lecture pour le secteur public européen ### Quatre paramètres à observer d'ici février 2026 Le cahier des charges complet n'est pas public. Plusieurs inconnues demeurent : - **Quels seront les niveaux SEAL minimums exigés ?** Si la Commission impose SEAL-4 sur les critères stratégiques et juridiques, les hyperscalers américains sont de facto exclus. Si elle accepte SEAL-2, ils peuvent concourir. - **Y aura-t-il quatre candidats européens crédibles ?** Le risque d'une procédure infructueuse existe si l'offre souveraine est trop faible. - **Comment sera traité le critère supply chain ?** Tous les acteurs, européens compris, y sont vulnérables. La Commission sera-t-elle pragmatique ou puriste ? - **Les institutions européennes accepteront-elles les compromis ?** Un cloud souverain mais moins riche fonctionnellement qu'AWS nécessitera des adaptations. ### Un test de cohérence collective Cet appel d'offres est un **test de cohérence collective**. Pour la Commission européenne, c'est l'occasion de prouver qu'elle peut transformer les déclarations d'intention en politique d'achat concrète. Pour les États membres qui réclament la souveraineté, c'est le moment de soutenir activement leurs champions nationaux dans la compétition. Pour les acteurs européens du cloud, c'est l'opportunité de démontrer qu'ils peuvent répondre aux exigences d'institutions critiques sur du IaaS/PaaS de niveau entreprise. Et pour les observateurs du débat sur la souveraineté numérique, c'est un révélateur : entre décembre 2025 et février 2026, nous saurons si le cloud souverain européen est une ambition industrielle crédible ou un alibi rhétorique. Le marché est ouvert. Les critères sont publics. Les budgets sont là. **Reste à savoir qui se présentera. Et ce que leur absence éventuelle dira de l'état réel de l'écosystème cloud européen.** --- *Le Cloud Sovereignty Framework v1.2 est disponible publiquement. L'appel d'offres est lancé dans le cadre du Cloud III Dynamic Purchasing System (DIGIT/2023/DPS/0031). L'attribution est prévue entre décembre 2025 et février 2026 pour un montant total de 180 millions d'euros sur 6 ans.* ### Sources - Commission européenne, *Cloud Sovereignty Framework Version 1.2*, septembre 2025 - Commission européenne, "The Commission moves forward on cloud sovereignty with a EUR 180 million tender", 10 octobre 2025 - Cloud III Dynamic Purchasing System (DIGIT/2023/DPS/0031), février 2024 - Cloud II DPS (2019-2024), résultats d'attribution publiés sur TED (Tenders Electronic Daily) *Les listes de participants au Cloud III DPS ne sont pas publiques conformément aux règles des Dynamic Purchasing Systems européens.* --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-10-24* ### L'IA invisible : Le paradoxe de la cybersécurité moderne URL: https://www.klaerenn.fr/lia-invisible-le-paradoxe-de-la-cybersecurite-moderne/ Last updated: 2026-01-24T00:45:09.000Z ### Le miroir ChatGPT *Depuis 2023, les organisations structurent leur gouvernance de l'IA avec une attention particulière : PSSI-IA, comités d'éthique, matrices de risques détaillées. Cette démarche révèle un paradoxe fascinant : ces mêmes organisations utilisent depuis plus de 10 ans des systèmes d'IA sophistiqués pour leur cybersécurité, sans avoir appliqué les critères qu'elles définissent aujourd'hui. Cette observation invite à comprendre pourquoi nous acceptons pour certaines IA ce que nous refusons pour d'autres.* --- ### Le paradoxe en action Février 2024\. Un comité de direction examine l'usage de ChatGPT dans l'entreprise. Le RSSI s'inquiète : "Où partent nos données ? Qui y a accès ?" Le directeur de la conformité interroge : "Quelle transparence sur les algorithmes ?" Le risk manager alerte : "Quelle dépendance créons-nous ?" La direction générale tranche : "Trop de risques. Encadrement strict nécessaire." Pendant cette même réunion, leur infrastructure envoie **100 millions d'événements par jour** vers une plateforme EDR cloud : chaque processus exécuté, chaque connexion réseau, chaque modification de fichier, chaque comportement utilisateur. Ces données - qui constituent une cartographie en temps réel de l'organisation - sont analysées par des modèles d'apprentissage automatique opaques, enrichis par l'intelligence collective accumulée auprès de milliers d'organisations clientes. Les vendor assessments se sont généralement limités à vérifier la localisation des données et la conformité RGPD. Mais qui a vraiment interrogé le fonctionnement des algorithmes, l'usage de l'intelligence dérivée, ou la dépendance systémique créée ? Ces questions plus profondes n'ont jamais fait partie du questionnaire standard. ### L'adoption silencieuse : Ce que nous avons accepté sans questionner Depuis 2004, l'IA s'est installée progressivement dans notre cybersécurité. D'abord dans le filtrage anti-spam, puis dans la détection comportementale à partir de 2013, enfin dans les plateformes cloud analysant aujourd'hui des volumes de données sans précédent - les leaders du marché revendiquent des centaines de milliards, voire des trillions d'événements quotidiens. ### L'intelligence organisationnelle externalisée Ce qui part réellement vers ces plateformes dépasse largement les simples logs techniques. C'est d'abord la cartographie opérationnelle complète de l'organisation qui est transmise en continu : l'architecture exacte de l'infrastructure IT, les processus métiers réels montrant qui fait quoi, quand et comment, les interdépendances entre systèmes critiques, et surtout les patterns d'activité qui révèlent l'organisation réelle, souvent bien différente de l'organigramme officiel. S'y ajoutent les vulnérabilités en temps réel : chaque système non patché, chaque configuration faible, chaque compte à privilèges, chaque chemin d'attaque potentiel. Une radiographie permanente de nos faiblesses. Plus subtil encore, c'est le graphe complet de nos relations d'affaires qui transparaît : les connexions avec partenaires et fournisseurs, les volumes et patterns d'échanges révélant l'intensité des collaborations, les dépendances externes critiques, jusqu'aux indicateurs d'activité économique déductibles des flux de données. Enfin, et c'est peut-être le plus sensible, des secrets peuvent être inférés des comportements : les projets R&D se devinent dans les patterns d'accès aux fichiers, les réorganisations transparaissent dans les changements de comportements, les fusions-acquisitions se trahissent par des activités inhabituelles, les crises internes se manifestent par des anomalies comportementales. Cette externalisation massive d'intelligence stratégique s'est faite avec un questionnement minimal, focalisé sur la conformité réglementaire plutôt que sur les implications stratégiques. Le contrat implicite reste simple : "Protégez-nous efficacement, et nous acceptons les conditions nécessaires à cette protection." ### La valeur de l'agrégation ignorée Au niveau individuel, ces données permettent une protection améliorée. Au niveau agrégé, elles constituent potentiellement la plus grande base d'intelligence économique jamais constituée. Cette agrégation massive offre théoriquement une cartographie économique mondiale en temps réel, révélant qui travaille avec qui, quelles industries sont vulnérables, quels secteurs sont sous tension. Elle pourrait permettre de détecter les crises avant qu'elles n'éclatent, d'identifier des zero-days avant leur divulgation publique, de comprendre les mouvements économiques par l'analyse des flux numériques. Cette intelligence potentielle vaut des sommes considérables. Une poignée d'acteurs dominants - représentant ensemble plus de 70% du marché selon les analystes - la contrôlent. ### Ce que nous exigeons maintenant L'arrivée de l'IA générative fin 2022 a marqué un tournant dans notre approche de la gouvernance de l'IA. ChatGPT et les outils similaires ont suscité une attention particulière et des exigences nouvelles. Pour ChatGPT et l'IA générative, nous demandons une transparence algorithmique complète : comment le modèle prend-il ses décisions, quelle explicabilité pouvons-nous obtenir, sur quelles données a-t-il été entraîné ? Nous exigeons un contrôle strict des données : où sont stockées nos conversations, qui peut y accéder, comment sont-elles utilisées pour l'entraînement ? Nous mettons en place une gouvernance stricte avec comités d'éthique IA, PSSI-IA détaillées, matrices de risques, processus de validation. Pour l'IA de cybersécurité, dans la même entreprise et au même moment, nous acceptons une transparence limitée : modèles largement opaques, algorithmes propriétaires rarement audités, décisions automatisées peu expliquées. Nous tolérons une externalisation massive avec télémétrie intégrale vers des clouds majoritairement non-européens, offrant potentiellement à l'éditeur une intelligence économique globale sur l'ensemble du marché. Bien sûr, des vendor assessments existent, mais combien interrogent spécifiquement l'IA sous-jacente, son fonctionnement, ses données d'entraînement ? La gouvernance reste généralement limitée aux aspects contractuels et opérationnels, sans traiter les spécificités de l'IA : pas de comité de supervision dédié à ces aspects, pas d'analyse de risques sur l'intelligence externalisée, pas de processus de contrôle adapté. ### Pourquoi ce paradoxe existe-t-il ? ### La visibilité fait la différence ChatGPT est visible. On voit les questions posées, les réponses obtenues. L'interaction est explicite, consciente. L'IA de cybersécurité est invisible. Elle analyse en permanence, en arrière-plan. On ne voit que ses alertes, pas son fonctionnement. ### L'intelligence économique externalisée : L'impensé majeur Nous avons des gouvernances pour les données personnelles (RGPD), la sécurité informatique (PSSI), les risques opérationnels (risk management). Mais aucune pour l'intelligence organisationnelle externalisée. Elle n'est simplement pas identifiée comme un risque distinct : trop technique pour la direction générale, trop stratégique pour les équipes opérationnelles, elle n'entre dans aucune case préétablie. ### Le piège de la dépendance acceptée Après 10 ans d'utilisation, la migration est devenue complexe et coûteuse. Le coût de sortie est significatif - les professionnels du secteur l'estiment entre plusieurs centaines de milliers et plusieurs millions d'euros selon la taille de l'organisation, avec des projets s'étalant sur 12 à 24 mois. Au-delà du coût direct, il y a une asymétrie fondamentale : pendant ces années, nos données ont contribué à entraîner et améliorer les modèles globaux de l'éditeur. Cette contribution à l'intelligence collective - nos patterns spécifiques qui ont enrichi la détection pour tous - ne nous appartient plus. En migrant, nous perdons le bénéfice de cette intelligence collective à laquelle nous avons pourtant contribué, créant un handicap opérationnel durant la transition vers une solution potentiellement moins mature. Plus fondamentalement, les alternatives européennes peinent à émerger, non pas tant par retard technologique que par désavantage structurel. Les acteurs dominants, avec leurs millions d'endpoints surveillés, accumulent une intelligence collective qu'aucun nouveau entrant ne peut répliquer rapidement. Chaque nouveau client enrichit leur capacité de détection, creusant l'écart avec les challengers. C'est un marché où la concentration crée un avantage cumulatif : sans masse critique de données, la détection reste limitée ; sans détection efficace, difficile d'attirer des clients ; sans clients, pas de données. Nos compétences internes, entièrement formées sur ces outils spécifiques, ajoutent une dernière couche de friction. Nous avons créé une dépendance qui n'est pas seulement technique ou économique, mais systémique. La migration reste théoriquement possible, mais pratiquement, le rapport coût-bénéfice-risque et l'absence d'alternatives vraiment comparables la rendent difficile à justifier. ### Les questions qui demeurent ### Sur la nature de ce que nous externalisons **Ce n'est pas une question de finalité de traitement ou de base légale.** La cybersécurité justifie effectivement la collecte. C'est une question d'intelligence stratégique. Savons-nous vraiment ce que représente l'agrégation de toutes ces données ? Qui peut en dériver quelle intelligence ? À quelles fins au-delà de la protection immédiate ? ### Sur les standards à double vitesse **Pourquoi exigeons-nous pour ChatGPT ce que nous n'avons jamais demandé pour nos EDR ?** Est-ce parce que l'un est nouveau et l'autre installé ? Parce que l'un est visible et l'autre invisible ? Ou parce que nous n'avons jamais vraiment compris ce que nous avions accepté ? ### Sur l'articulation des réglementations **Comment l'AI Act va-t-il classifier ces systèmes ?** La réponse n'est pas univoque. Un même EDR pourrait être considéré différemment selon qu'il protège une infrastructure critique ou une entreprise standard. Cette classification héritée de la sensibilité de ce qui est protégé soulève des questions : qui détermine le niveau de risque quand un même produit sert des contextes variés ? Comment un éditeur global gère-t-il des obligations potentiellement différentes selon l'usage de sa solution ? Face à cette complexité réglementaire, l'ISO 42001 sur les systèmes de management de l'IA pourrait-elle devenir le standard de facto ? Contrairement aux réglementations, cette norme internationale offre un cadre uniforme, applicable mondialement. Mais combien d'éditeurs de solutions de cybersécurité sont aujourd'hui certifiés ou même engagés dans cette démarche ? Et si nous l'exigions dans nos appels d'offres, aurions-nous encore des répondants ? Plus fondamentalement, cette accumulation réglementaire (AI Act, CRA) résoudra-t-elle vraiment notre paradoxe ? Ou risque-t-elle paradoxalement de renforcer l'oligopole existant ? Les coûts de conformité créent des barrières à l'entrée que seuls les acteurs établis peuvent facilement absorber. Les startups européennes que nous appelons de nos vœux pourraient se retrouver écrasées sous des exigences que les géants du marché, avec leurs équipes juridiques étoffées et leurs ressources importantes, intégreront sans difficulté majeure. La régulation, censée équilibrer le marché, pourrait finalement le verrouiller davantage au profit de ceux-là mêmes dont nous voulions réduire la dépendance. ### Conclusion : Ce que le miroir révèle Le paradoxe de l'IA en cybersécurité n'est pas une anomalie technique à corriger. C'est le révélateur d'une transformation que nous n'avons pas vue venir : nous avons externalisé notre capacité à nous protéger, et avec elle, notre intelligence organisationnelle complète. Depuis plus de 10 ans, nous confions à des plateformes cloud l'intégralité de notre télémétrie, acceptant une transparence limitée et une agrégation massive de notre intelligence stratégique. Ces mêmes critères de transparence, de contrôle et de gouvernance que nous exigeons aujourd'hui pour ChatGPT, nous ne les avons jamais demandés pour les systèmes qui analysent en permanence les entrailles de nos organisations. Ce paradoxe révèle moins une hypocrisie qu'un impensé collectif. L'IA visible nous inquiète. L'IA invisible nous protège. Nous scrutons l'une et ignorons l'autre. L'enjeu n'est pas de revenir en arrière - la dépendance est systémique. Ni de tout accepter - l'intelligence externalisée pose des questions stratégiques majeures. L'enjeu est de reconnaître ce paradoxe pour ce qu'il est : le symptôme d'une gouvernance de l'IA qui distingue arbitrairement entre le nouveau et l'ancien, le visible et l'invisible. Les vraies questions sont posées. Les réglementations arrivent, avec leurs promesses mais aussi leurs risques de consolider l'existant. L'oligopole se renforce. Notre intelligence organisationnelle continue de s'externaliser, 100 millions d'événements à la fois. **Nous pensions maîtriser l'IA. En réalité, nous découvrons qu'elle gouverne déjà notre sécurité - et nous commençons seulement à nous demander qui gouverne cette IA.** --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-10-02* ### Les contributeurs français à la cybersécurité open source : Une analyse critique (1998-2025) URL: https://www.klaerenn.fr/les-contributeurs-francais-a-la-cybersecurite-open-source-une-analyse-critique-1998-2025/ Last updated: 2026-01-24T00:43:59.000Z *Entre excellence technique et réalités économiques : cartographie nuancée d'un écosystème complexe* ### Introduction : Dépasser les mythes pour comprendre les réalités Depuis 1998, des développeurs français créent des outils de cybersécurité open source utilisés mondialement. Cette contribution, souvent invisible en France mais reconnue internationalement, mérite une analyse factuelle dépassant tant l'hagiographie nationale que l'autodénigrement systématique. Voici l'histoire documentée de ceux qui ont codé, publié, réussi, échoué, ou simplement persisté. ### 1998-2003 : Les pionniers divergents ### Les trajectoires fondatrices **Christophe Grenier** lance TestDisk en 1998, suivi de PhotoRec en avril 2002\. Sans marketing, sans levée de fonds, sans structure commerciale, ces outils deviennent LA référence mondiale de la récupération de données. Utilisés dans tous les laboratoires forensiques, maintenus depuis 27 ans (!), ils incarnent un modèle unique : l'excellence technique gratuite maintenue sur le très long terme par passion pure. Grenier, diplômé ESIEA 2001, représente cette génération d'ingénieurs qui code d'abord, monétise jamais. **Yoann Vandoorselaere** crée Prelude IDS en 1998, pionnier de la corrélation d'événements. Avec **Hervé Debar** (France Télécom R&D), il co-développe IDMEF, publié comme RFC 4765 en 2007\. Si IDMEF reste effectivement une RFC "Experimental" à l'adoption limitée (principalement Prelude et quelques outils), le projet évolue : IDMEFv2 est activement développé depuis 2022 avec une task force internationale. L'échec commercial de Prelude (cessation de paiements d'Edenwall en 2011) ne doit pas occulter la persistance de l'idée. ### Le succès par l'exil : les cas Deraison et Poitou **Renaud Deraison** annonce Nessus le 4 avril 1998 sur Bugtraq - il a 17 ans. Son message propose "a Linux app with a graphical interface that would check networks for more than 50 vulnerabilities". Il dira plus tard avoir lancé Nessus "at the right place, at the right price, on the right platform, and at the right time" : gratuit, sur Linux (qu'ISS venait d'abandonner), dans une communauté anti-commerciale. Mais Deraison émigre aux États-Unis, cofonde Tenable en 2002, passe Nessus en propriétaire en 2005\. IPO en 2018, valorisation multi-milliardaire. Cette trajectoire n'est pas qu'une fuite des cerveaux : c'est aussi une vision entrepreneuriale qui a su évoluer avec son marché. **Ludovic Poitou** et l'équipe Sun France suivent un pattern similaire avec ForgeRock (2010). Partant des projets open source Sun (OpenAM, OpenDJ, OpenIDM), ils créent directement la société aux USA. Levées massives (230M$ au total), valorisation unicorn, mais société américaine dès le jour 1\. ForgeRock incarne le paradoxe ultime : expertise française, code OSS avec des racines françaises, succès américain. Le "pattern Deraison-Poitou" - créer ou forker de l'OSS, s'installer aux USA, lever massivement, réussir - devient le modèle pour les Français ambitieux. Mais c'est une réussite individuelle, pas nationale. **Bilan 1998-2003** : Trois trajectoires émergent déjà : - La **maintenance perpétuelle non monétisée** (Grenier) - La **transformation commerciale limitée** (Vandoorselaere/Prelude) - La **réussite par l'expatriation** (Deraison, préfigurant Poitou) Ces patterns structureront toute l'histoire de l'OSS cyber français. ### 2003-2010 : L'explosion créative et ses limites ### Les monuments techniques **Philippe Biondi** publie le premier commit de Scapy le 26 mars 2003\. Documentation exemplaire, API Python élégante, présentations internationales (Black Hat, CanSecWest) : Scapy devient LE standard mondial. **Guillaume Valadon** prend le relais et modernise l'outil (IPv6, Wi-Fi). Scapy reste, 21 ans après, incontournable dans toute formation réseau. Biondi n'a jamais cherché à monétiser - le modèle Grenier, encore. ### La domination Wi-Fi éphémère Entre 2004 et 2006, la France domine techniquement le Wi-Fi : - **Christophe Devine** : Aircrack (2004), mais aussi XySSL (2006) qui deviendra la base de PolarSSL puis mbedTLS - **Cédric Blancher** : HoneyWRT (2004), Wifitap (2005), anime le French Honeynet Project - **Laurent Butti** (Orange Labs) : Raw Wireless Tools, vulnérabilités 802.11 fondamentales Ces outils forcent l'industrie à améliorer la sécurité Wi-Fi. Impact mondial, reconnaissance individuelle limitée, zéro retour économique pour la France. ### L'innovation réseau et ses échecs **Éric Leblond** et **Vincent Deffontaines** créent NuFW (2004), firewall authentifiant qui préfigure le Zero Trust. INL/EdenWall fait faillite en 2011, mais Leblond rebondit : il contribue massivement à Suricata (créé en 2010 par l'OISF avec 1M$ du DHS après le rachat de Sourcefire par Cisco, avec le support de l'ANSSI partenaire Gold). Il cofonde aussi Stamus Networks. **Ce parcours illustre le pattern récurrent** : l'entreprise française innove mais échoue commercialement, les talents rebondissent via l'OSS international où leur expertise est valorisée. La valeur créée bénéficie au projet global, pas à l'économie française. ### Les outils durables de l'ombre - **Nicolas Surribas (devl00p)** : Wapiti (2006), scanner web toujours maintenu - **Philippe Lagadec** : ExeFilter (2008), puis oletools - références mondiales pour l'analyse de malware Office - **Éric Gerbier** : AFICK (2002), alternative légère à Tripwire toujours utilisée - **ArxSys team** : DFF (2009), framework forensique adopté par les forces de l'ordre françaises ### Les transitions OSS manquées ou tardives **Systancia/IPdiva** : Créé un VPN SSL OSS innovant (2003), puis pivote vers le propriétaire. Reste une PME française rentable mais sans hypercroissance - le pattern classique de la tech française qui survit sans scaler. ### L'innovation visualisation trop précoce **Sébastien Tricaud** crée Picviz (2008), visualisation d'événements par coordonnées parallèles. Wired salue l'innovation, l'entreprise disparaît en 2014\. **On retrouve ici le schéma NuFW** : innovation technique en avance (5 ans) mais sans product-market fit immédiat. Tricaud rebondit chez Splunk (2012-2017 comme Principal Security Strategist), puis Devo et fonde Detecteam en 2022\. **Encore la même dynamique** : l'expertise française s'épanouit dans des structures étrangères capables de la valoriser commercialement. **Bilan 2003-2010** : Explosion créative indéniable, reconnaissance technique internationale, mais incapacité systémique à transformer l'excellence en valeur économique nationale. Seuls s'en sortent ceux qui contribuent à l'international (Leblond/Suricata, Tricaud/Splunk) ou s'expatrient (Poitou/ForgeRock). ### 2007-2020 : La maturité paradoxale ### Le phénomène mimikatz : impact sans modèle **Benjamin Delpy** développe mimikatz depuis 2007 comme projet d'apprentissage ("cute cats" pour apprendre le C). Il découvre la faille WDigest en 2011, Microsoft l'ignore. Il publie mimikatz publiquement en mai 2011 comme proof of concept. L'impact est massif : Microsoft doit repenser l'authentification Windows, mimikatz devient l'outil emblématique des red teams mondiales. Mais Delpy reste chercheur indépendant, rejoint la Banque de France. Pas de société, pas de levée, pas de modèle économique. L'impact technique maximal avec zéro retour financier - l'anti-Deraison parfait. En 2024, il tweete toujours ses découvertes, maintient mimikatz, refuse la commercialisation. ### LibreSSL : L'impact mondial depuis la France **Miod Vallat** co-crée LibreSSL en 2014 avec l'équipe OpenBSD (fork d'OpenSSL suite à Heartbleed). Ingénieur télécom français, il contribue sur son temps personnel. LibreSSL est aujourd'hui utilisé mondialement comme alternative sécurisée à OpenSSL. Impact : sécurisation de millions de serveurs. Valorisation personnelle : zéro. Le pattern français typique : créer une infrastructure critique mondiale en restant employé salarié. ### L'écosystème Active Directory La France développe une expertise AD unique : - **Laurent Gaffié** : Responder (2013), devenu incontournable - **Vincent Le Toux** : PingCastle (2014), référence mondiale de l'audit AD - modèle freemium qui fonctionne Ces outils nichés trouvent leur public sans marketing. Le Toux montre qu'un modèle économique minimal est possible. ### Quarkslab : La R&D qui s'autofinance... jusqu'à un plafond **Fred Raynal** fonde Quarkslab en 2011 après avoir créé MISC et co-fondé le SSTIC. L'entreprise prouve qu'excellence technique et viabilité peuvent coexister : - **Jonathan Salwan** : Triton (2015), référence en analyse binaire dynamique - **Romain Thomas** : LIEF (2017), manipulation de binaires adoptée industriellement Quarkslab publie tout en open source (IRMA, QFlow) tout en vendant de l'expertise. Un modèle qui fonctionne pour atteindre la rentabilité, mais qui illustre aussi le plafond français : après 13 ans, Quarkslab reste une PME d'excellence. L'expertise technique permet de vivre bien, pas de scaler au niveau de Mandiant ou CrowdStrike. ### Miasm : L'excellence du CEA **Fabrice Desclaux** et **Camille Mougey** développent Miasm, framework de reverse engineering de référence mondiale. Créé en 2006 et publié en 2011, le projet est développé au CEA où travaillent les deux chercheurs. Fabrice Desclaux avait auparavant travaillé chez EADS (où il avait notamment analysé Skype en 2006). Cette production illustre un modèle français particulier : l'excellence technique issue des organismes de recherche publique, publiée en open source pour le bénéfice de tous. ### L'émergence laborieuse des modèles hybrides **TheHive** (2016) par Nabil Adouani, Saâd Kadhi, Thomas Franco et Jérôme Léonard marque un tournant. Open source + version commerciale + documentation professionnelle = adoption par les SOC mondiaux. StrangeBee survit et croît. Le modèle hybride fonctionne, mais reste rare. **Matthieu Suiche** avec MoonSols/DumpIt (2010) suit une trajectoire différente : il crée Comae, s'installe aux Émirats, devient acteur clé post-WannaCry. L'international, encore. ### L'académie : Entre biens communs et valorisation Les contributions académiques créent des outils fondamentaux : - **Bruno Blanchet** (INRIA) : CryptoVerif, référence mondiale en vérification formelle - **Olivier Levillain** : analyses TLS/SSH qui font autorité - **CEA/INRIA** : BINSEC (2014+), Frama-C (2005+) - outils industriels critiques Frama-C génère un modèle économique particulier : l'outil reste open source mais bénéficie d'investissements industriels conséquents (aéronautique, énergie, sécurité) pour maintenance et évolutions spécifiques. TrustInSoft, spin-off du CEA créée en 2013, atteint \~6M€ de CA en 2024 - un transfert technologique réussi même si l'échelle reste celle d'une PME française après 11 ans. **Bilan 2007-2020** : La France produit des outils de classe mondiale (mimikatz change Windows, Triton devient référence) mais peine toujours à créer de la valeur économique nationale. Les modèles hybrides émergent (TheHive, PingCastle) mais restent l'exception. ### 2020-2025 : Une nouvelle génération, vraiment ? ### Les success stories relatives **OpenCTI** (Samuel Hassine & Julien Richard, 2018-2019) s'impose en Threat Intelligence. Filigran lève 16M$ (série A, Accel lead) puis 35M$ (série B, Insight Partners lead) - investisseurs principalement américains. Un vrai succès... mais qui reste modeste vs les standards US et pose la question de la captation de valeur. **CrowdSec** (Philippe Humeau, Thibault Koechlin, Laurent Soubrevilla, 2019-2020) compte 50 000+ instances. Le modèle collaboratif fonctionne techniquement, le modèle économique reste à prouver sur le long terme. ### Les collectifs montants - **ThePorgs** : Exegol (2020), présenté au Black Hat Arsenal - reconnaissance mais pas de modèle économique - **DFIR-IRIS team** : né chez Airbus, devenu communautaire - le modèle "grand groupe qui libère" fonctionne - **DFIR-ORC team** : collaboration ANSSI/industrie - l'institutionnel reste fort ### Les nouveaux entrants - **Yeti** (Thomas Chopitea & Sébastien Larinier, \~2017) : plateforme CTI adoptée mais discrète - **PatrOwl** (\~2018) : orchestration SecOps prometteuse - **WikiPhish** (2024) : dataset ML académique - trop tôt pour juger ### Le modèle PME stable : Onyphe **Onyphe** (Patrice Auffret, 2016) illustre un pattern récurrent. Auffret a un long parcours dans l'OSS : SinFP (2008) pour l'OS fingerprinting, Net::Frame (modules Perl), Metabrik, contributions régulières à MISC et présentations internationales ([hack.lu](http://hack.lu/?ref=klaerenn.fr), EuSecWest). Mais ces outils, bien que respectés, n'ont jamais atteint le statut de standard mondial. Avec Onyphe, il tente la transition entrepreneuriale : moteur de recherche cyber français face à Shodan/Censys. PME rentable, en croissance à deux chiffres annuelle, viable depuis 8 ans. Mais reste 3e/4e mondial, typique du plafond PME français. C'est le parcours "contributeur OSS compétent → entrepreneur solo" : expertise technique reconnue mais qui ne scale pas. Ni échec, ni succès massif - juste une PME technique solide qui illustre la difficulté française à transformer l'expertise individuelle en entreprise d'envergure internationale. ### L'exception qui confirme la règle ? **SonarSource** (2008) : Fondée par des Français en Suisse, développe SonarQube (analyse de code OSS). Valorisation 550M$ (2024), vraie scale-up. Mais : siège en Suisse, levées internationales. Le succès "français" qui n'est pas vraiment français - encore le pattern de l'exil nécessaire pour scaler. ### Les mainteneurs héroïques Le travail invisible mais critique continue : - **Christophe Grenier** : 27 ans de maintenance de TestDisk/PhotoRec ! - **Pierre Chifflier** (ANSSI) : Debian Developer, parsers Rust pour Suricata, pont vital académie/industrie - **Yves-Alexis Perez** : Debian Security Team, garantit la sécurité de LA distribution de référence - **Victor Stinner** : Python Core Developer, membre du PSRT, sécurise l'infrastructure Python mondiale - **Marc Espie** (EPITA) : architecte de 90% du système ports/packages d'OpenBSD - **Matthieu Herrb** : mainteneur de Xenocara, le X11 sécurisé d'OpenBSD - **Gilles Chehade** : créateur et mainteneur d'OpenSMTPD Ces mainteneurs incarnent une excellence française particulière : la persistance sur le très long terme, sans reconnaissance ni rémunération proportionnelle à l'impact. **Bilan 2020-2025** : Plus de maturité business (OpenCTI, CrowdSec savent lever des fonds) mais les montants restent dérisoires vs USA. Les collectifs se multiplient mais peinent à dépasser le stade projet. Les mainteneurs vieillissent sans relève claire. ### Les organisations : Entre soutien et paradoxes ### L'ANSSI : Le soutien institutionnel assumé L'ANSSI ne se contente pas de réguler, elle contribue massivement : - **Partenaire Gold de l'OISF** pour Suricata (seule agence nationale avec ce statut) - **Contributeurs actifs** : Pierre Chifflier (parsers Rust pour Suricata), Yves-Alexis Perez (Debian Security) - **Publications OSS** : CLIP OS, outils d'analyse forensique - **Paradoxe** : Finance le développement initial d'OpenCTI... qui lève ensuite des fonds américains ### Les labos publics : Excellence technique et valorisation limitée **INRIA/CEA/CNRS** produisent des outils fondamentaux : - **Frama-C** (CEA) : analyse statique de code C, utilisé dans l'aéronautique, l'énergie, la sécurité. L'outil reste open source mais génère des flux financiers via contrats R&D pour adaptations spécifiques. A donné naissance à TrustInSoft (spin-off 2013, \~6M€ CA 2024) - transfert technologique réussi mais plafond PME après 11 ans - **CryptoVerif** (INRIA/Blanchet) : vérification formelle de protocoles - **BINSEC** (CEA) : analyse binaire - **Paradoxe** : Les outils génèrent des contrats R&D et parfois des spin-offs, mais qui plafonnent au stade PME/ETI ### Les grandes entreprises : Le rendez-vous manqué **Orange** : - Contribue (Laurent Butti sur Wi-Fi) mais en individuel - Orange Labs produit de la R&D mais pas d'OSS stratégique cyber - Orange Cyberdefense existe mais reste sur du service, pas de l'édition OSS **Thales** : - Utilise massivement l'OSS mais contribue peu - Culture du propriétaire/classified incompatible avec l'OSS - Paradoxe : Client d'OpenCTI mais n'investit pas **Airbus** : - Exception relative : libère DFIR-IRIS - Rachète Netasq/Arkoon → Stormshield (mais propriétaire) - Philippe Biondi (Scapy) y travaille mais c'est du temps personnel ### Les écoles : Former sans valoriser **Écoles d'ingénieurs** (ESIEA, EPITA, Télécom) : - Forment les Grenier, Raynal, Biondi - Utilisent massivement l'OSS dans l'enseignement - **Mais** : Pas de politique de valorisation des contributions étudiantes - **Résultat** : Les talents créent en solo, pas dans un cadre structuré ### Le paradoxe organisationnel Les organisations françaises ont un rapport schizophrène à l'OSS cyber : - **L'utilisent** massivement (toutes tournent sur Linux/Apache/OpenSSL) - **En bénéficient** (OpenCTI, TheHive dans les SOC) - **Y contribuent** via des individus (temps personnel ou toléré) - **Mais ne l'intègrent pas** stratégiquement (pas de budget, pas de carrière OSS, pas d'acquisition) **Ce qui manque** : Des organisations qui assument l'OSS comme stratégie, pas comme accident. Quarkslab reste l'exception : OSS par design, business model adapté, mais... reste une PME. ### Analyse : Les patterns persistants et leurs nuances ### Ce qui fonctionne (parfois) - **L'outil de niche parfait** : TestDisk (27 ans !), mimikatz, PingCastle - mais succès technique ≠ succès économique - **Le modèle hybride** : TheHive, OpenCTI fonctionnent... à l'échelle française - **L'intégration internationale** : Suricata, Debian, OpenBSD - impact réel mais fuite de valeur - **La maintenance héroïque** : Grenier, Chifflier, contributeurs OpenBSD - admirable mais non scalable ### Ce qui échoue systématiquement - **La standardisation prématurée** : IDMEF toujours pas adopté après 17 ans - **L'innovation sans marché** : NuFW génial mais 10 ans trop tôt - **Le sous-financement chronique** : Levées FR = 10% des levées US sur projets équivalents - **L'absence de product management** : Des ingénieurs brillants qui ne comprennent pas le go-to-market ### Les vrais problèmes structurels (non résolus) **Le financement inadapté** : En 2024, un Français lève toujours 5M€ quand l'Américain lève 50M$. OpenCTI et CrowdSec n'y échappent pas. **La culture technique exclusive** : L'excellence technique reste survalorisée, le product management et le marketing restent méprisés. Fatal dans une économie de l'attention. **Le manque de relève** : Grenier maintient TestDisk depuis 27 ans. Qui prendra la suite ? La nouvelle génération veut des startups, pas de la maintenance. **L'écosystème fragmenté** : Pas de pont réel entre recherche publique (INRIA, CEA), grandes entreprises et startups. Chacun dans son silo. ### Comparaisons internationales : Les approches OSS dans le monde ### Le modèle américain : la commercialisation maîtrisée... avec ses échecs **Trajectoires réussies OSS → Commercial** : - Snort → Sourcefire → Cisco (2.7B$, 2013) - Nessus → Tenable (IPO 2018, valorisation multi-milliardaire) - Metasploit → Rapid7 (acquisition 2009) - OpenSSL → nombreux forks commerciaux **Mais aussi des échecs notables** : - **Tripwire** : OSS originel (1992), transition commerciale laborieuse, multiples rachats - **Samhain/AIDE** : IDS OSS prometteurs, jamais commercialisés, quasi-morts - **OpenVAS** : fork de Nessus resté OSS, jamais décollé commercialement (Greenbone reste PME) - Des dizaines de projets OSS cyber abandonnés (Osiris, Prelude US users, etc.) **Pattern type qui fonctionne** : Créer OSS, bâtir communauté, lever massivement (50M$+), fermer le code, exit/IPO **Réalité** : Pour un succès, combien d'échecs ? Le taux de transformation OSS → licorne reste faible même aux USA ### Le modèle européen : l'OSS sans la commercialisation **Allemagne** : - Greenbone (fork OpenVAS) : reste PME malgré l'excellence technique - Peu de transitions OSS → commercial réussies en cybersécurité **Pays-Bas** : - Elastic (infrastructure/SIEM) : succès mais pas cybersécurité pure **Royaume-Uni** : - Très peu de créations OSS notables en cybersécurité - Plus consommateurs que créateurs ### L'approche israélienne : propriétaire d'abord, OSS tactique - Culture du propriétaire dominant mais quelques exceptions notables - Kubescape (ARMO) : OSS donné à la CNCF, mais reste l'exception - Conjur (CyberArk) : tentative OSS mais marginale dans leur portfolio - Pattern dominant : créer propriétaire, vendre rapidement, exit ### Le modèle français : l'excellence sans la transition La France produit massivement de l'OSS de qualité mondiale mais : - **Échec de la transition commerciale** : NuFW, Prelude, la plupart restent OSS purs ou disparaissent - **Plafond PME** : Quarkslab, TheHive rentables mais ne scalent pas - **Rares succès relatifs** : OpenCTI (mais avec capitaux US), SonarSource (mais en Suisse) - **Maintenance héroïque** : TestDisk (27 ans !), contributions Debian/Suricata - **Pattern dominant** : L'excellence technique permet la survie/rentabilité, pas l'hypercroissance Le modèle américain de "commercialisation progressive de l'OSS" fonctionne parfois (Nessus, Snort) mais connaît aussi de nombreux échecs. La différence : quand ça marche aux USA, les levées massives permettent de scaler. En France, même les succès restent des PME. ### Les leçons : Modèles multiples, problème unique ### Cinq trajectoires types - **Pure maintenance** (Grenier/TestDisk) : 27 ans de service gratuit, impact mondial, zéro retour économique - **PME d'excellence** (Quarkslab, TheHive) : Rentable mais plafonne à 50-100 personnes - **Contribution internationale** (Leblond/Suricata, Chifflier/Debian) : Impact majeur via projets étrangers - **Exil réussi** (Deraison/Tenable, Poitou/ForgeRock) : Licornes... américaines - **Impact sans modèle** (Delpy/mimikatz) : Change l'industrie, reste chercheur ### Le problème structurel : Au-delà de l'OSS Ce n'est pas un manque d'excellence technique - la France en a à revendre. C'est l'incapacité à transformer cette excellence en entreprises de taille mondiale. **Pourquoi les politiques publiques échouent ?** - **Bpifrance** finance peu l'OSS (modèle économique mal compris) - **France 2030** mise sur l'IA et le quantique, pas sur la maintenance OSS critique - **Campus Cyber** fédère mais ne résout pas le problème de financement - **CIR/CII** favorisent la R&D, pas la commercialisation ni la maintenance **Pourquoi les grands groupes français n'absorbent pas ?** - Les géants américains rachètent massivement (Cisco/Sourcefire pour 2,7 milliards, IBM/Red Hat pour 34 milliards) mais les CAC40 n'acquièrent jamais d'éditeurs OSS cyber - Culture du "faire en interne" vs acquisition (Thales, Orange) - Méconnaissance de la valeur stratégique de l'OSS **L'impact sous-estimé de la langue** - Les projets français documentent en anglais pour l'adoption internationale - Mais cela les rend invisibles en France même - Paradoxe : mimikatz plus connu à Seattle qu'à Paris ### Conclusion : Culture de l'universalité vs culture de puissance ? Cette analyse de l'OSS cyber français révèle un paradoxe : excellence technique indéniable, impact mondial réel, mais captation de valeur quasi-nulle. La nouvelle génération (OpenCTI, CrowdSec) progresse mais avec des investisseurs étrangers - la valeur future sera-t-elle française ? **Au-delà des solutions techniques, une question culturelle profonde** La France cultive une approche universaliste : partager le savoir (EBIOS gratuit), maintenir les biens communs (TestDisk depuis 27 ans), contribuer à l'infrastructure mondiale (Debian, Suricata). C'est noble, c'est cohérent avec nos valeurs républicaines... mais c'est économiquement suicidaire dans un monde où d'autres jouent la puissance. Les USA transforment l'OSS en arme économique : créer, faire adopter, fermer, monétiser (Nessus, Snort). C'est une culture de domination qui utilise l'ouverture comme cheval de Troie commercial. Moins noble peut-être, mais diablement efficace. **Peut-on concilier les deux ?** Quelques pistes, mais aucune n'est simple : - Valoriser la maintenance comme acte stratégique (et la financer en conséquence) - Créer des communs européens plutôt que français (mutualiser face aux géants) - Assumer que certains projets doivent rester des biens publics financés comme tels - Accepter que d'autres doivent jouer le jeu de la puissance pour exister Sans réflexion sur ce dilemme fondamental - rester fidèle à l'universalité ou jouer le jeu de la puissance - les Christophe Grenier continueront leur service public mondial non rémunéré, les Benjamin Delpy refuseront la commercialisation par principe, et les prochains Deraison partiront là où leur pragmatisme est valorisé. --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-08-28* ### De l'officier de sécurité au RSSI : La France, pionnière paradoxale de la cybersécurité (1945-2025) URL: https://www.klaerenn.fr/de-lofficier-de-securite-au-rssi-la-france-pionniere-paradoxale-de-la-cybersecurite-1945-2025/ Last updated: 2026-01-24T00:34:51.000Z Dans le premier volet de cette histoire, nous avons découvert comment la France a inventé les fondements de la cybersécurité moderne entre 1883 et 1945\. Kerckhoffs avait posé les principes, Givierge organisé la doctrine, Painvin cassé les codes impossibles. Mais après la guerre, dans une France en reconstruction, comment cette tradition s'est-elle perpétuée ? Comment sommes-nous passés de l'officier du chiffre au RSSI moderne ? Cette histoire n'est pas celle d'un progrès linéaire. C'est celle d'une excellence institutionnelle unique au monde qui a dû affronter ses propres paradoxes, manquer le virage de l'underground créatif, puis se réinventer pour s'imposer comme référence mondiale. ### La formation comme acte fondateur (1945-1970) ### 1957 : Une décision qui change tout En 1957, dans les sous-sols du ministère de la Défense, une décision est prise qui placera la France parmi les pionnières mondiales. Le Service du Chiffre, héritier direct de la Section créée en 1912, lance le Brevet d'Études Cryptographiques Supérieures (BECS)¹. Ce n'est pas une simple formation. C'est l'un des premiers diplômes au monde de niveau Bac+5 entièrement dédié à la cryptographie. Les États-Unis ? La NSA, créée en 1952², forme ses agents en interne mais sans diplôme académique. Le Royaume-Uni ? Le GCHQ cultive le secret, sans formation structurée équivalente. L'Allemagne ? Encore en reconstruction. Les créateurs de ce diplôme - officiers supérieurs du chiffre dont les noms restent dans l'ombre des archives classifiées - comprennent que la cryptographie n'est plus un artisanat mais une science. Ils créent un cursus rigoureux : mathématiques avancées, théorie de l'information, cryptanalyse. Les diplômés du BECS ne sont pas de simples techniciens. Ce sont des scientifiques de la sécurité, formés à penser en systèmes, en architectures, en menaces globales. Cette vision préfiguratrice façonnera l'approche française : la sécurité comme discipline académique. Mais elle créera aussi un biais : privilégier l'excellence théorique au détriment parfois de l'innovation pratique. ### 1966 : De Gaulle et les milliers d'officiers invisibles Le 27 juillet 1966, la France vient de quitter le commandement intégré de l'OTAN. Dans ce contexte de souveraineté retrouvée, l'Instruction Générale Interministérielle n° 1300 révolutionne silencieusement la sécurité nationale. Chaque organisme traitant d'informations sensibles doit désigner un "officier de sécurité". En quelques années, des milliers d'officiers sont déployés dans toute l'administration et l'industrie de défense. Trois ans avant qu'ARPANET n'envoie son premier message³, la France dispose déjà d'un réseau humain de protection de l'information à l'échelle industrielle. Ces officiers - ingénieurs de l'armement, administrateurs civils, techniciens - développent les premières procédures, forment leurs collègues, créent une culture. Ils ne sont pas encore des RSSI - le monde numérique n'existe pas - mais ils posent les bases d'une approche systémique de la protection de l'information. Leur philosophie : la sécurité n'est pas l'affaire de quelques experts mais une responsabilité partagée. Une vision qui mettra 40 ans à s'imposer ailleurs. 🔑 La lignée de l'excellence 1957 → 1986 → 2014 BECS : Formation militaire d'élite en cryptographie BESSI : Adaptation à l'ère informatique ESSI : Ouverture au civil, même ADN 68 ans de formation ininterrompue - Un record mondial ### L'institutionnalisation précoce (1970-1990) ### 1977 : La Commission qui voit l'avenir Le 8 mars 1977, le décret n°77-218⁴ crée la Commission interministérielle des chiffres et de la sécurité des télécommunications. Ses membres - hauts fonctionnaires anonymes - anticipent ce que personne ne voit encore : la convergence entre télécommunications et informatique. Ils nomment dans chaque ministère des "correspondants chiffre". Ces hommes de l'ombre, premiers du genre, préfigurent de 26 ans ce qui deviendra le FSSI. Leur mission : coordonner la sécurité des communications avant même que le Minitel n'existe. Visionnaires ou paranoïaques ? L'histoire tranchera. ### 1981 : MARION, première méthode d'analyse de risque informatique En 1981, un événement unique au monde se produit. Au sein de l'APSAIRD (Assemblée Plénière des Sociétés d'Assurances contre l'Incendie et les Risques Divers), un groupe de visionnaires comprend que le risque informatique nécessite une approche spécifique. Ce "Groupe Extérieur" développe MARION - Méthodologie d'Analyse de Risques Informatiques Orientée par Niveaux. Jean-Marc Lamere, délégué général de l'APSAIRD, avec Jean-Laurent Santoni et d'autres experts du secteur, créent ensemble cette méthode pionnière. Le CLUSIF, qui naîtra l'année suivante, assurera sa diffusion et son évolution. Ce qui rend cette initiative unique au niveau mondial : - **C'est le secteur assurantiel privé** qui innove, pas l'État - **L'approche est collective** dès l'origine - **La méthode sera gratuite** et partagée, pas propriétaire À titre de comparaison : le Royaume-Uni créera CRAMM en 1985, mais comme méthode gouvernementale payante. Les États-Unis n'auront pas d'équivalent structuré avant les années 90\. L'Allemagne attendra encore plus longtemps. L'ironie historique ? MARION naît dans l'APSAIRD où le "I" signifie "Incendie", pas "Informatique". Les assureurs traitent encore le risque informatique comme un "risque divers" parmi d'autres. Mais leur vision collective préfigure l'approche moderne de la cybersécurité. ### 1982 : Le CLUSIF, l'association qui change la donne En 1982, dans une salle de réunion anonyme, des professionnels créent quelque chose d'inédit : une association dédiée à la sécurité informatique... qui n'existe pas officiellement. Le CLUSIF fonctionne comme "association de fait" pendant 10 ans. Les fondateurs comprennent que la sécurité informatique nécessite un lieu neutre d'échange. Plus important encore : ils reprennent MARION et assurent sa diffusion gratuite. Cette philosophie - l'excellence partagée - deviendra la marque de fabrique française. Pourquoi créer une association alors qu'Internet n'existe pas en France ? Ces visionnaires voient ce que d'autres ignorent : l'information sera l'or noir du XXIe siècle. Il faut s'y préparer. Maintenant. Le 18 décembre 1992, après 10 ans d'existence informelle, le CLUSIF est enfin déclaré en préfecture. Entre-temps, il a déjà changé la donne.1986 : Le SCSSI, 30 ans d'avance Le 3 mars 1986, deux décrets créent une révolution⁹ : le Service Central de la Sécurité des Systèmes d'Information (SCSSI), première agence civile de cybersécurité au monde. Les comparaisons internationales donnent le vertige : Allemagne : créera le BSI en 1991 (5 ans après)¹⁰ Royaume-Uni : attendra 2016 pour le NCSC civil (30 ans après !)¹¹ États-Unis : ne créeront CISA qu'en 2018 (32 ans après)¹² Les architectes de cette création restent dans l'ombre. Hauts fonctionnaires du SGDN, ils comprennent que la sécurité informatique ne peut rester l'apanage du militaire. Il faut une approche civile, transverse, nationale. Cette vision, révolutionnaire pour l'époque, fait de la France le laboratoire mondial de la cybersécurité institutionnelle. Parallèlement, le BECS devient BESSI - Brevet d'Études Supérieures en Sécurité de l'Information. En un temps record, les formateurs adaptent 29 ans de tradition cryptographique à l'ère numérique. Ces professeurs anonymes forment la génération qui créera l'ANSSI. ### 1987 : Les pionniers Unix oubliés Dans les labos informatiques français, une révolution silencieuse se prépare. Humberto Lucas (Gould/Encore) et Yvon Klein (Bull) créent le groupe SUR au sein de l'AFUU¹³. Ils pressentent qu'Unix sera l'OS de l'Internet naissant. Leurs successeurs - Christian Pélissier, Hervé Schauer, Daniel Azuelos - transformeront SUR en OSSIR, organisant depuis 2002 la JSSI annuelle. Hervé Schauer marquera particulièrement cette période : en 1991, il invente pour le CNES le relayage applicatif (proxy firewall), présenté au USENIX Security Symposium 1992 sous le titre "An Internet Gate Keeper". Cette technologie, qu'il choisit de ne pas breveter, deviendra un standard mondial - Check Point Software Technologies la citera explicitement comme art antérieur dans son brevet américain³⁸. L'approche Schauer illustre parfaitement la philosophie française : excellence technique et partage du savoir, mais visibilité limitée au cercle des experts. Sans eux, pas de culture SecOps française. Mais leur approche reste technique, éloignée du grand public. C'est la force et la limite du modèle français : l'excellence dans l'entre-soi. ### Le paradoxe français (1990-2010) ### Le Minitel : Génie et piège La France de 1982 invente le Minitel¹⁴. Génie français : un réseau national d'information avant Internet. Piège français : un jardin fermé qui retardera l'adoption du web de 5 à 10 ans. Ce paradoxe révèle une faille profonde. Pendant que la France excelle dans l'institutionnel - le SCSSI existe depuis 1986 - elle rate le virage de l'underground créatif. L'Allemagne a son Chaos Computer Club depuis 1981¹⁵, les États-Unis leur magazine 2600 depuis 1984¹⁶. La France ? Une séparation stricte entre le "sérieux" et le "hacker". Les talents créatifs français existent - autour du 3614 HACKER, des premiers BBS - mais restent sous surveillance. Pas de culture du "hack éthique", pas de DEFCON français (l'américaine démarre en 1993¹⁷, la Nuit du Hack française seulement en 2003¹⁸). L'innovation reste top-down, jamais bottom-up. Mais ce "retard" est à nuancer : le Minitel a aussi créé une génération d'utilisateurs connectés, formé des développeurs de services en ligne, et préfiguré de nombreux usages d'Internet. La France n'a pas raté le numérique, elle l'a abordé différemment. ### Les champions technologiques : Excellence technique, impasse commerciale Ce paradoxe français ne se limite pas à l'absence de culture hacker. Il se manifeste aussi dans le destin de nos champions technologiques. Entre 1998 et 2004, la France voit naître une génération remarquable d'éditeurs de sécurité : Netasq et son firewall intelligent à Villeneuve-d'Ascq, Arkoon et sa solution UTM à Lyon, DenyAll et son WAF bancaire à Paris, BeeWare et sa protection applicative à Montpellier. Mais aussi les précurseurs du logiciel libre : NuFW d'INL, le premier pare-feu authentifiant au monde (2001), et Prelude IDS, l'un des premiers SIEM open source. Des innovations de 3 à 5 ans en avance sur la concurrence mondiale. Pourtant, tous finiront rachetés, fusionnés, ou disparus, incapables de dépasser le plafond de verre des 20 millions d'euros de chiffre d'affaires quand leurs concurrents américains ou israéliens dépassent le milliard. Cette histoire mérite un récit à part entière - celui de l'excellence technique française face au mur de la réalité commerciale mondiale. ### 1995 : EBIOS ou le génie de la gratuité Malgré ces limites, l'excellence institutionnelle continue. En 1995, la DCSSI crée EBIOS - Expression des Besoins et Identification des Objectifs de Sécurité¹⁹. Les concepteurs - équipe anonyme de la DCSSI - auraient pu breveter, vendre, s'enrichir. Ils choisissent une autre voie : tout publier, tout documenter, tout offrir. Cette philosophie, héritée de Kerckhoffs ("le système doit pouvoir tomber aux mains de l'ennemi"), fait d'EBIOS une référence mondiale. Des milliers de téléchargements, des adaptations dans des dizaines de pays. La preuve que l'excellence n'a pas besoin du commerce pour s'imposer. ### 1996 : MEHARI, la fusion des savoirs Albert Harari avait créé MELISA à la DGA dans les années 1980\. Jean-Philippe Jouas développe le modèle de risque qui sera à la base de MEHARI²⁰. En 1996, le CLUSIF fusionne ces approches avec MARION pour créer MEHARI²¹. Encore une fois, le choix de l'open source. Plus de 20 000 téléchargements attestent du succès²². MEHARI sera utilisée sur tous les continents, adaptée, améliorée, partagée. L'esprit français de la sécurité : créer ensemble, partager avec tous. ### 2001 : La DCSSI monte en puissance Le 31 juillet 2001, le décret n°2001-693²³ transforme le SCSSI en Direction Centrale de la SSI. Henri Serres, ingénieur général des Mines, prend les commandes. Il fusionne les structures, recrute, prépare la mutation vers l'ANSSI. Mais quelque chose manque encore. L'excellence institutionnelle ne suffit pas. Il faut une communauté technique libre, vibrante, créative. Elle va enfin émerger. ### 2001-2003 : Fred Raynal comble le vide Fred Raynal incarne la génération charnière. Diplômé ESIEA 1996, docteur en informatique 2001²⁴, il a grandi entre deux mondes : la rigueur académique française et la culture hacker internationale. Nourri dans sa jeunesse par Phrack, le mythique e-zine américain, il comprend ce qui manque à la France. En 2001, il lance MISC²⁵. Enfin un magazine technique français ! Pas de marketing, que de la technique pure. L'esprit Phrack à la française. En 2003, avec Philippe Biondi (créateur de Scapy), Nicolas Fischbach, Cédric Blancher et Éric Filiol, il fonde le SSTIC²⁶. La philosophie : "100% technique, 0% marketing". Sélection en double aveugle, actes publiés, streaming gratuit. Pour la première fois depuis 20 ans, la France a son espace communautaire d'excellence technique. Le SSTIC s'impose avec ses standards rigoureux : 800 participants, 3 jours, Rennes. L'anti-RSA Conference : pas de stands, pas de commerciaux, que des talks techniques de haut vol. ### 2003 : Le FSSI entre dans la loi Le 25 août 2003, l'arrêté approuvant la nouvelle IGI 1300²⁷ grave dans le marbre réglementaire : "fonctionnaire de sécurité des systèmes d'information (FSSI)". Ce n'est pas qu'un changement de vocabulaire. C'est la reconnaissance officielle que la SSI est devenue une discipline autonome. Les FSSI ministériels - fonctionnaires discrets dont les noms n'apparaissent nulle part - deviennent les têtes de chaîne de la sécurité étatique. Ils coordonnent, structurent, animent un réseau qui rappelle, dans son organisation décentralisée, les milliers d'officiers de sécurité de 1966. Parallèlement, des utilisateurs d'EBIOS créent le Club EBIOS²⁸. Plus de 200 experts qui co-développeront avec l'ANSSI les évolutions de la méthode. Cette collaboration public/privé, impensable aux États-Unis, produit EBIOS 2010 puis EBIOS Risk Manager. La preuve que l'intelligence collective surpasse le génie solitaire. ### La renaissance et la reconnaissance (2009-2025) ### 2009 : Patrick Pailloux et la naissance de l'ANSSI Le 7 juillet 2009, l'ANSSI remplace la DCSSI. Patrick Pailloux, qui dirigeait cette dernière depuis 2005, continue naturellement à la tête de la nouvelle agence²⁹. Polytechnicien, Télécom Paris, ingénieur général des Mines, il incarne cette tradition française du haut fonctionnaire technique. Dans une interview au Monde en 2014, Pailloux déclare : "La France a un savoir-faire reconnu en matière de cybersécurité. Nous sommes héritiers d'une longue tradition"³⁰. Cette tradition, c'est celle que nous racontons : 97 ans séparent Pailloux du capitaine Cartier, mais c'est la même mission. Sous Pailloux, l'ANSSI passe de 150 à 350 agents. Mais surtout, elle change de dimension. De service technique, elle devient autorité nationale. Ses guides sont traduits mondialement. Ses méthodes copiées. Son modèle inspire la création du NCSC britannique (2016) et de CISA américaine (2018). ### 2012 : Pascal Lointier, l'âme du CLUSIF Le 14 février 2012, Pascal Lointier décède à 50 ans³¹. Président du CLUSIF depuis 2002, impliqué depuis les années 1990, il incarnait l'esprit de l'association : partage, gratuité, excellence. Sa constante implication lui a permis de développer des partenariats avec les associations professionnelles et les institutions gouvernementales. Cette capacité à fédérer, héritée des fondateurs de 1982, fait du CLUSIF un modèle unique au monde. En 2024, l'association sera reconnue d'utilité publique³², consécration de 42 ans d'engagement. ### 2014 : L'ESSI s'ouvre au monde L'arrêté du 16 avril 2014³³ marque une révolution silencieuse : le titre d'Expert en Sécurité des Systèmes d'Information s'ouvre au secteur privé. 57 ans après le BECS, l'excellence de la formation étatique devient accessible à tous. Les formateurs - officiers et civils de la Défense - adaptent des décennies de tradition pédagogique. Ils transmettent plus qu'un savoir : une philosophie. La sécurité comme mission, pas comme business. Cette formation révèle à ses élèves qu'ils entrent dans une lignée, pas dans un métier. ### 2014-2022 : Guillaume Poupard, le diplomate Guillaume Poupard succède à Pailloux en 2014³⁴. Polytechnicien, docteur en cryptographie, ingénieur général de l'armement, il apporte une dimension nouvelle : la diplomatie cyber. L'ANSSI devient LA référence européenne. 600 agents, rayonnement mondial. Poupard comprend que la cyber est affaire de confiance internationale. Il structure l'écosystème européen, fait de la France une voix écoutée. Son legs : avoir transformé l'excellence technique française en soft power cyber. ### 2018 : EBIOS Risk Manager, l'innovation collective En octobre 2018, l'ANSSI et le Club EBIOS lancent EBIOS Risk Manager³⁵. Révolution méthodologique : on passe de la conformité aux scénarios d'attaque. Cette méthode n'est pas l'œuvre d'un génie solitaire mais de 200 experts travaillant ensemble. EBIOS RM est téléchargé des milliers de fois³⁶, adopté internationalement. Sans marketing, sans brevet, sans commerce. Juste l'excellence partagée. 135 ans après Kerckhoffs, la méthode française reste la même : créer le meilleur et le donner au monde. ### 2021 : La transparence comme force Le 15 mars 2021, l'Instruction Ministérielle 900 du ministère des Armées est publiée au Journal Officiel³⁷. Pour la première fois, un texte organisant la sécurité de la Défense est rendu public. Les rédacteurs font un pari audacieux : la transparence renforce la sécurité. En publiant l'organisation FSD/FSSI, ils affirment que la France n'a rien à cacher de ses méthodes. Parce que la force ne réside pas dans le secret des processus mais dans leur excellence. Kerckhoffs, 138 ans après, guide encore. 📊 L'héritage institutionnel 1986 → 2001 → 2009 SCSSI : 50 agents, première agence civile mondiale DCSSI : 100 agents, montée en puissance ANSSI : 600 agents, référence mondiale 39 ans de continuité unique ### Les leçons d'une histoire paradoxale Cette traversée de 80 ans révèle un paradoxe fascinant. La France a créé : L'un des premiers diplômes crypto mondiaux (BECS, 1957) La première agence civile SSI (SCSSI, 1986) Parmi les premières méthodes gratuites (MARION, 1983) Un modèle unique de collaboration public/privé (CLUSIF, 1982) Et pourtant, elle a raté : La culture hacker (pas de CCC français) L'écosystème startup cyber (peu d'entreprises d'envergure internationale avant 2010) Le virage Internet initial (syndrome Minitel) Ce paradoxe s'explique par une excellence "par le haut" qui a longtemps ignoré le bouillonnement "par le bas". Les visionnaires l'ont compris : Fred Raynal créant MISC/SSTIC, l'ANSSI s'ouvrant aux startups. La force française - l'institutionnel - ne suffit pas sans la base communautaire. Mais ce "retard" doit être relativisé : la France a développé un modèle alternatif - moins commercial mais plus accessible, moins visible mais méthodologiquement influent. EBIOS et MEHARI sont utilisées mondialement, l'ANSSI inspire de nombreux pays, le modèle CLUSIF s'exporte. C'est une autre voie, pas forcément moins efficace. ### Épilogue : L'héritage vivant Quand on entre dans ce métier en pensant qu'il est né avec Internet, on découvre qu'on est le maillon d'une chaîne qui, malgré ses ruptures et évolutions, remonte à 1912. Les officiers du chiffre qui créaient le BECS en 1957 formaient des cryptographes, pas des RSSI - le métier n'existait pas. Les milliers d'officiers de sécurité de 1966 protégeaient des documents papier, pas des systèmes informatiques. Jean-Laurent Santoni créant MARION en 1983 ne pouvait imaginer le cloud ou l'IA. Hervé Schauer inventant le proxy firewall en 1991 ne pouvait prévoir que sa technologie deviendrait un standard mondial. Fred Raynal lançant MISC en 2001 comblait un vide mais créait aussi quelque chose de neuf. Tous ont construit, pierre par pierre, un édifice unique - même s'il n'était pas prédestiné. Une cybersécurité française qui ne copie pas mais qui s'inspire, qui trace sa voie depuis 113 ans tout en apprenant des autres. Une voie faite d'excellence institutionnelle ET d'innovation communautaire tardive, de rigueur académique ET d'ouverture internationale progressive, de tradition réinventée ET de disruption mesurée. Cette histoire nous enseigne que la cybersécurité française ne naît pas ex nihilo dans les années 90, mais s'inscrit dans une continuité complexe, faite de ruptures et de transmissions. Les RSSI qui émergent à cette époque apportent certes une dimension nouvelle - l'adaptation au secteur privé, la professionnalisation du métier - mais ils bénéficient aussi, souvent sans le savoir, d'un terreau préparé par des décennies d'expérience : les méthodes du CLUSIF, l'approche systémique héritée de l'IGI 1300, la rigueur venue du monde du chiffre. Cette histoire nous rappelle que l'innovation s'appuie toujours sur des fondations, même invisibles, et que notre responsabilité est de construire sur cet héritage tout en sachant le dépasser. La France n'a pas inventé Internet. Mais elle a développé, parfois en avance, parfois en retard, une approche singulière de sa sécurisation. Et cette histoire continue. Dans les ministères où des FSSI veillent, mais aussi dans les entreprises où des RSSI innovent. Dans les amphis où l'ESSI forme la relève, mais aussi dans les écoles d'ingénieurs qui créent leurs filières cyber. Au SSTIC où l'excellence technique se partage, mais aussi dans les meetups et hackathons qui bourgeonnent. À l'ANSSI où 600 agents protègent la Nation numérique, mais aussi dans les startups qui réinventent la cybersécurité. Dans les grands groupes du CAC40 qui structurent leur défense, comme dans les PME qui découvrent ces enjeux. Nous sommes les héritiers de Kerckhoffs et Givierge, de Santoni et Lointier, et de tous ceux qui continuent aujourd'hui à tracer cette voie - qu'ils viennent de France ou d'ailleurs, car la cybersécurité moderne est aussi le fruit d'influences internationales que nous avons su intégrer. Des héritiers qui ne suivent pas aveuglément, mais qui tracent, depuis 1883, leur propre voie en apprenant des autres. *L'auteur est diplômé ESSI 2015, héritier conscient d'une tradition de protection de l'information qui remonte à 1912.* ### Notes et références ¹ Site de l'ARCSI mentionnant le BECS : [https://www.arcsi.fr/](https://www.arcsi.fr/?ref=klaerenn.fr) ² NSA History : [https://www.nsa.gov/History/](https://www.nsa.gov/History/?ref=klaerenn.fr) ³ Internet Society - Brief History : [https://www.internetsociety.org/internet/history-internet/brief-history-internet/](https://www.internetsociety.org/internet/history-internet/brief-history-internet/?ref=klaerenn.fr) ⁴ Légifrance - Décret n°77-218 : [https://www.legifrance.gouv.fr/](https://www.legifrance.gouv.fr/?ref=klaerenn.fr) ⁵ CLUSIF - Histoire : [https://clusif.fr/le-clusif/historique/](https://clusif.fr/le-clusif/historique/?ref=klaerenn.fr) ⁶ CLUSIF - 20 ans : [https://www.globalsecuritymag.fr/Le-CLUSIF-a-fete-ses-20-ans,20130409,43159.html](https://www.globalsecuritymag.fr/Le-CLUSIF-a-fete-ses-20-ans,20130409,43159.html?ref=klaerenn.fr) ⁷ Programmez! - Historique CLUSIF : [https://www.programmez.com/actualites/le-clusif-fete-ses-20-ans](https://www.programmez.com/actualites/le-clusif-fete-ses-20-ans?ref=klaerenn.fr) ⁸ CLUSIF - Publications MARION : [https://clusif.fr/publications/](https://clusif.fr/publications/?ref=klaerenn.fr) ⁹ ANSSI - Histoire du SCSSI : [https://www.ssi.gouv.fr/agence/missions/historique/](https://www.ssi.gouv.fr/agence/missions/historique/?ref=klaerenn.fr) ¹⁰ BSI - About : [https://www.bsi.bund.de/EN/About-us/About-us\_node.html](https://www.bsi.bund.de/EN/About-us/About-us%5Fnode.html?ref=klaerenn.fr) ¹¹ NCSC UK : [https://www.ncsc.gov.uk/section/about-ncsc/what-we-do](https://www.ncsc.gov.uk/section/about-ncsc/what-we-do?ref=klaerenn.fr) ¹² CISA : [https://www.cisa.gov/about](https://www.cisa.gov/about?ref=klaerenn.fr) ¹³ OSSIR : [https://www.ossir.org/](https://www.ossir.org/?ref=klaerenn.fr) ¹⁴ INA - Histoire du Minitel : [https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/minitel](https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/minitel?ref=klaerenn.fr) ¹⁵ Chaos Computer Club : [https://www.ccc.de/en/](https://www.ccc.de/en/?ref=klaerenn.fr) ¹⁶ 2600 Magazine : [https://www.2600.com/](https://www.2600.com/?ref=klaerenn.fr) ¹⁷ DEFCON : [https://defcon.org/](https://defcon.org/?ref=klaerenn.fr) ¹⁸ leHACK : [https://lehack.org/](https://lehack.org/?ref=klaerenn.fr) ¹⁹ ANSSI - EBIOS : [https://www.ssi.gouv.fr/guide/ebios-2010-expression-des-besoins-et-identification-des-objectifs-de-securite/](https://www.ssi.gouv.fr/guide/ebios-2010-expression-des-besoins-et-identification-des-objectifs-de-securite/?ref=klaerenn.fr) ²⁰ Club EBIOS : [https://club-ebios.org/](https://club-ebios.org/?ref=klaerenn.fr) ²¹ CLUSIF - MEHARI : [https://clusif.fr/publications/mehari/](https://clusif.fr/publications/mehari/?ref=klaerenn.fr) ²² CLUSIF - Management du risque : [https://clusif.fr/services/management-du-risque/](https://clusif.fr/services/management-du-risque/?ref=klaerenn.fr) ²³ Légifrance - Décret n°2001-693 : [https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000406506](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000406506?ref=klaerenn.fr) ²⁴ Quarkslab : [https://www.quarkslab.com/](https://www.quarkslab.com/?ref=klaerenn.fr) ²⁵ MISC Magazine : [https://connect.ed-diamond.com/misc](https://connect.ed-diamond.com/misc?ref=klaerenn.fr) ²⁶ SSTIC : [https://www.sstic.org/](https://www.sstic.org/?ref=klaerenn.fr) ²⁷ Légifrance - Arrêté du 25 août 2003 : [https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000426730](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000426730?ref=klaerenn.fr) ²⁸ Club EBIOS : [https://club-ebios.org/](https://club-ebios.org/?ref=klaerenn.fr) ²⁹ Légifrance - Décret n°2009-834 : [https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000020828212](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000020828212?ref=klaerenn.fr) ³⁰ Le Monde - Interview Pailloux (2014) : [https://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/03/27/patrick-pailloux-la-france-a-un-savoir-faire-reconnu-en-matiere-de-cybersecurite\_4390713\_4408996.html](https://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/03/27/patrick-pailloux-la-france-a-un-savoir-faire-reconnu-en-matiere-de-cybersecurite%5F4390713%5F4408996.html?ref=klaerenn.fr) ³¹ Le Monde Informatique - Décès Lointier : [https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-deces-de-pascal-lointier-president-du-clusif-48223.html](https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-deces-de-pascal-lointier-president-du-clusif-48223.html?ref=klaerenn.fr) ³² Journal Officiel - CLUSIF utilité publique : [https://www.journal-officiel.gouv.fr/pages/associations-detail-annonce/?q.id=id:202400481551](https://www.journal-officiel.gouv.fr/pages/associations-detail-annonce/?q.id=id:202400481551&ref=klaerenn.fr) ³³ France Compétences - RNCP ESSI : [https://www.francecompetences.fr/recherche/rncp/7474/](https://www.francecompetences.fr/recherche/rncp/7474/?ref=klaerenn.fr) ³⁴ ANSSI - Direction : [https://www.ssi.gouv.fr/](https://www.ssi.gouv.fr/?ref=klaerenn.fr) ³⁵ ANSSI - EBIOS Risk Manager : [https://www.ssi.gouv.fr/actualite/lanssi-lance-la-methode-ebios-risk-manager/](https://www.ssi.gouv.fr/actualite/lanssi-lance-la-methode-ebios-risk-manager/?ref=klaerenn.fr) ³⁶ ANSSI - EBIOS RM : [https://cyber.gouv.fr/la-methode-ebios-risk-manager](https://cyber.gouv.fr/la-methode-ebios-risk-manager?ref=klaerenn.fr) ³⁷ Légifrance - IM 900 JORF 2021 : [https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043442104](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043442104?ref=klaerenn.fr) ³⁸ United States Patent 5,835,726 (November 10, 1998) - Check Point Software Technologies Ltd. Cite Schauer, H. "An Internet Gate Keeper", Herve Schauer Consultants, dans la section "Other Publications". --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-08-21* ### Les pionniers oubliés : Comment la France a inventé la cybersécurité moderne (1883-1945) URL: https://www.klaerenn.fr/les-pionniers-oublies-comment-la-france-a-invente-la-cybersecurite-moderne-1883-1945/ Last updated: 2026-01-24T00:42:28.000Z *Première partie d'une série sur l'histoire méconnue de la cybersécurité française. De la théorisation révolutionnaire d'Auguste Kerckhoffs en 1883 aux héros oubliés de la cryptographie qui ont changé le cours de deux guerres mondiales, découvrez comment la France a inventé et structuré la sécurité de l'information avec trois décennies d'avance sur le reste du monde.* Saviez-vous que la France disposait d'institutions cryptographiques permanentes 30 ans avant les États-Unis et le Royaume-Uni ? Que les principes fondamentaux de la cybersécurité moderne ont été théorisés par un Français en 1883 ? Que les cryptologues polonais qui ont cassé Enigma avaient été formés aux méthodes françaises ? L'histoire communément admise veut que la cybersécurité soit née avec Internet dans les années 1990\. La réalité est tout autre : la France a inventé et structuré la sécurité de l'information il y a plus d'un siècle, devançant toutes les autres nations de plusieurs décennies. Cette histoire trop souvent oubliée rappelle l'œuvre de visionnaires dont l'héritage irrigue encore aujourd'hui la cybersécurité mondiale. ### Auguste Kerckhoffs : Le père fondateur méconnu (1883) ### Les six principes qui ont tout changé En 1883, alors que l'électricité commence à peine à éclairer les villes, un linguiste et cryptographe néerlandais enseignant en France publie un article qui va révolutionner la sécurité de l'information. Auguste Kerckhoffs (1835-1903) fait paraître "La Cryptographie militaire" dans le *Journal des sciences militaires* français1. Dans ce texte fondateur, il énonce six principes dont le deuxième reste gravé dans le marbre de la cybersécurité moderne : "Il faut qu'il n'exige pas le secret, et qu'il puisse sans inconvénient tomber entre les mains de l'ennemi."2 Ce principe, connu aujourd'hui sous le nom de "principe de Kerckhoffs", stipule que la sécurité d'un système ne doit pas reposer sur le secret de sa conception mais uniquement sur celui de la clé. Plus d'un siècle plus tard, ce principe guide encore la conception de tous les systèmes cryptographiques modernes, du HTTPS qui sécurise nos transactions bancaires aux messageries chiffrées. Les algorithmes sont publics, seules les clés restent secrètes. ### Une domination intellectuelle française L'impact de Kerckhoffs dépasse le cadre de son article. Entre 1883 et 1914, la France devient le centre mondial de la réflexion cryptographique. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : vingt-quatre ouvrages ou brochures sur la cryptologie sont publiés en France durant cette période, contre seulement six en Allemagne3\. Cette production intellectuelle quatre fois supérieure confère à la France une position dominante en Europe dans le domaine de la sécurité de l'information. Cette effervescence intellectuelle n'est pas un hasard. Elle s'inscrit dans une tradition française d'excellence mathématique et d'innovation militaire. Les écoles d'ingénieurs françaises, l'École Polytechnique en tête, forment des esprits brillants qui comprennent très tôt l'importance stratégique du chiffrement. ### L'institutionnalisation précoce : La France précurseur mondial (1889-1912) ### 1889 : La première commission permanente au monde Si Kerckhoffs pose les bases théoriques, la France va rapidement transformer cette vision en institutions concrètes. Dès 1889, le ministère de la Guerre crée la Commission du chiffre, qui devient permanente en 18944\. Cette institutionnalisation précoce place la France loin devant ses concurrents : - **États-Unis** : Le Cipher Bureau n'est créé qu'en 1917, soit 28 ans après la France5 - **Royaume-Uni** : La Government Code and Cypher School (GC&CS) voit le jour en 1919, 30 ans après6 - **Allemagne** : La cipher section du ministère de la Défense allemand n'apparaît qu'en 1922, 33 ans après7 - **Pologne** : Le précurseur du Cipher Bureau polonais est établi en mai 1919, 30 ans après8 Cette avance de trois décennies n'est pas anecdotique. Elle permet à la France de développer une expertise, des méthodes et une culture du secret qui s'avéreront décisives lors des conflits à venir. ### 1891 : Le Bureau du Chiffre civil, une innovation française Plus remarquable encore, la France ne limite pas la cryptographie au domaine militaire. Dès 1891, le ministère des Affaires étrangères crée son propre Bureau du Chiffre au Quai d'Orsay9\. Cette initiative civile précède de 21 ans la création de la Section du Chiffre militaire ! Les chefs successifs de ce bureau - Charles-Marie Darmet (1891-1896), Camille Piccioni (1896-1900), Charles Dauchez (1901-1907) - établissent une tradition de protection des communications diplomatiques qui perdure aujourd'hui10\. Cette approche duale, militaire et civile, est une spécificité française que les autres nations mettront des décennies à adopter. ### 1912 : La vision du Capitaine Cartier Le 22 juillet 1912, une décision ministérielle crée officiellement la Section du Chiffre au ministère de la Guerre. Cette création, formalisée par la note n° 1489 D du 27 juillet 1912, est l'œuvre du Capitaine François Cartier11, un visionnaire qui comprend que la guerre moderne se jouera aussi sur le terrain de l'information. Marcel Givierge, qui deviendra l'une des figures majeures de la cryptographie française, témoignera plus tard avoir incité le ministre à créer cette section permanente12\. La mission est claire : "organiser le chiffrement de toute la correspondance ministérielle". En posant les bases d'une protection systématique de l'information, Cartier et Givierge créent ce qui deviendra, un siècle plus tard, les fondements de la cybersécurité moderne. ### Les héros de la Grande Guerre : Quand la cryptographie sauve des vies ### Marcel Givierge : "Plus utile qu'un corps d'armée" Marcel Givierge (1871-1931) incarne parfaitement cette génération de pionniers français. Nommé chef de la Section du Chiffre au Grand Quartier Général en 1914, il va transformer une petite équipe en véritable arme de guerre. Clemenceau lui-même déclarera : "Il fut plus utile à notre pays qu'un corps d'armée."13 Cette appréciation n'est pas exagérée. Givierge organise la formation accélérée de centaines d'officiers du chiffre, structure les services de décryptement sur tout le front, et développe des méthodes qui permettront de lire les communications ennemies. Son "Cours de cryptographie", publié en 1925 chez Berger-Levrault14, devient la référence mondiale et formera notamment les cryptologues polonais qui perceront plus tard les secrets d'Enigma. ### Georges Painvin : Le génie de la cryptanalyse Si Givierge est l'organisateur, Georges Painvin (1886-1980) est le génie analytique. En juin 1918, alors que l'offensive allemande menace Paris, les services français interceptent des messages chiffrés avec un nouveau système : l'ADFGVX. Ce code, considéré comme incassable par les Allemands, combine substitution et transposition d'une manière inédite. Painvin s'attelle à la tâche. Pendant 26 heures d'affilée, sans dormir, il analyse, calcule, teste des hypothèses. Le 2 juin 1918 à 10h, il perce enfin le secret15\. Le message déchiffré révèle l'imminence d'une attaque massive sur Compiègne. L'information, transmise immédiatement au commandement, permet de repositionner les troupes et de briser l'offensive allemande. Pour cet exploit, Painvin est fait Chevalier de la Légion d'Honneur à titre militaire16\. Herbert Yardley, le fondateur du Cipher Bureau américain, le qualifiera de "génie analytique de premier ordre"17\. Mais au-delà de la reconnaissance individuelle, c'est toute une école française de cryptanalyse qui s'affirme. ### L'AORSC : La première association professionnelle mondiale En 1928, conscients de l'importance de maintenir et transmettre leur expertise, les officiers du chiffre créent l'Amicale des Officiers de Réserve des Sections du Chiffre (AORSC)18\. Cette initiative, sans équivalent mondial à l'époque, vise à maintenir les compétences cryptographiques en temps de paix et à préparer la relève. L'AORSC, qui deviendra plus tard l'ARCSI (Association des Réservistes du Chiffre et de la Sécurité de l'Information)19, organise des conférences, publie des bulletins, maintient le contact entre ses membres. Elle préfigure, avec 60 ans d'avance, les associations professionnelles de cybersécurité modernes. Cette vision de la sécurité comme discipline nécessitant une communauté structurée est typiquement française. ### L'influence décisive sur la victoire alliée ### La formation des cryptologues polonais L'histoire officielle attribue aux Polonais le mérite d'avoir cassé Enigma. Ce qui est moins connu, c'est que les cryptologues polonais ont été formés aux méthodes françaises. Le "Cours de cryptographie" de Marcel Givierge, publié en 1925, devient leur manuel de référence20\. Les techniques d'analyse statistique, les méthodes de recherche de patterns, l'approche systématique : tout cela vient de l'école française. En 1929, l'université de Poznań organise un cours secret de cryptologie21\. Les instructeurs s'appuient massivement sur les travaux français. Marian Rejewski, qui réalisera en décembre 1932 ce que l'historien David Kahn décrit comme "l'une des plus grandes avancées de l'histoire cryptologique"22, applique les méthodes apprises dans les manuels français. ### Le transfert de connaissances qui change l'histoire En juillet 1939, sentant la guerre approcher, les Polonais partagent leurs découvertes sur Enigma avec les Français et les Britanniques lors d'une conférence secrète près de Varsovie23\. Les Français, grâce à leur longue tradition cryptographique, comprennent immédiatement l'importance de ces révélations. Le commandant Gustave Bertrand, du service de renseignements français, organise l'évacuation des cryptologues polonais vers la France après l'invasion de la Pologne. Ils continueront leur travail au PC Bruno, près de Paris, jusqu'en 194024\. Sans la tradition cryptographique française et son réseau institutionnel, les secrets d'Enigma auraient pu être perdus. ### Un héritage qui sauve des milliers de vies L'impact de cette chaîne de transmission - de Kerckhoffs aux cryptologues de 1914-1918, puis aux Polonais et enfin à Bletchley Park - est incommensurable. Les historiens estiment que la capacité à lire les messages Enigma a raccourci la guerre de deux ans et sauvé des millions de vies25. Mais au-delà des chiffres, c'est une approche française de la sécurité qui s'est transmise : rigueur théorique, institutionnalisation précoce, formation systématique, vision à long terme. Ces principes, posés entre 1883 et 1945, restent les fondements de la cybersécurité moderne. ### Conclusion : Les fondations oubliées de la cybersécurité moderne Cette plongée dans les archives rappelle une réalité trop souvent oubliée : la France n'a pas "découvert" la cybersécurité avec l'avènement d'Internet. Elle l'a inventée, théorisée, institutionnalisée et transmise au monde entier sur plus d'un siècle. Cette histoire oubliée porte plusieurs leçons pour aujourd'hui : - **L'innovation en sécurité nécessite une vision à long terme** : 30 ans d'avance en 1889 ont fait la différence en 1918 et 1940. - **La théorie précède et guide la pratique** : Les principes de Kerckhoffs restent valides 141 ans plus tard. - **L'institutionnalisation est clé** : La France a compris avant tous les autres qu'il fallait des structures permanentes. - **La formation et la transmission sont essentielles** : De Givierge aux Polonais, le savoir s'est transmis et a changé l'histoire. - **La sécurité est l'affaire de tous** : Approche militaire ET civile dès 1891, associative dès 1928. Alors que la France continue d'innover en cybersécurité avec l'ANSSI et ses nombreuses entreprises de pointe, il est essentiel de se souvenir que cette excellence s'enracine dans plus d'un siècle d'histoire. Les défis ont changé - nous sommes passés du télégraphe au cloud, du chiffre papier au quantique - mais l'esprit demeure : anticiper, structurer, former, transmettre. Les professionnels d'aujourd'hui sont les héritiers d'une tradition centenaire qui a façonné la sécurité de l'information moderne. Les pionniers de 1883-1945 ont posé les fondations sur lesquelles nous bâtissons encore. Leur héritage nous rappelle que la cybersécurité n'est pas qu'une affaire de technologie, mais de vision, de méthode et de transmission. Une leçon toujours d'actualité face aux défis immédiats - intelligence artificielle, informatique quantique, souveraineté numérique - qui transforment déjà le paysage de la cybersécurité. Mais comment cette tradition pionnière s'est-elle perpétuée et transformée après 1945 ? Comment la France a-t-elle maintenu son avance en créant le premier diplôme mondial de cryptographie, en inventant les méthodes d'analyse de risque adoptées internationalement, et en structurant un écosystème unique qui fait encore référence aujourd'hui ? C'est ce que nous découvrirons dans le prochain article : "De l'officier de sécurité au RSSI : La France, laboratoire mondial de la cybersécurité (1945-2025)". --- ### Notes et références ### Footnotes - Kerckhoffs, Auguste. "La Cryptographie militaire", *Journal des sciences militaires*, vol. IX, janvier 1883, pp. 5-38 et février 1883, pp. 161-191\. ↩ - Kerckhoffs, Auguste. "La Cryptographie militaire", *Journal des sciences militaires*, vol. IX, janvier 1883, p. 8 (sur Gallica : [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t57758983/f14.item](https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t57758983/f14.item?ref=klaerenn.fr)). ↩ - Guillot, Philippe. "Auguste Kerckhoffs et la cryptographie militaire", *Bibnum*, mai 2013\. En ligne : [https://journals.openedition.org/bibnum/555](https://journals.openedition.org/bibnum/555?ref=klaerenn.fr) ↩ - Archives du Service historique de la Défense, Série GR 7 N 1442, "Commission du chiffre, procès-verbaux 1889-1894". ↩ - Yardley, Herbert O. *The American Black Chamber*, Indianapolis: Bobbs-Merrill, 1931, p. 18\. ↩ - Smith, Michael. *Station X: The Codebreakers of Bletchley Park*, Londres: Channel 4 Books, 1998, p. 16\. ↩ - Pröse, Michael. *Chiffriermaschinen und Entzifferungsgeräte im Zweiten Weltkrieg*, Munich: Deutscher Taschenbuch Verlag, 2004, p. 23\. ↩ - Kozaczuk, Władysław. *Enigma: How the German Machine Cipher Was Broken*, University Publications of America, 1984, p. 1\. ↩ - Archives du ministère des Affaires étrangères, Personnel, 1ère série nominative, dossiers Darmet, Piccioni, Dauchez. ↩ - Archives du ministère des Affaires étrangères, Personnel, 1ère série nominative, dossiers Darmet, Piccioni, Dauchez. ↩ - Service historique de la Défense, Note n° 1489 D du 27 juillet 1912\. ↩ - Givierge, Marcel. "Au service du chiffre. 18 ans de souvenirs, 1907-1925", Bibliothèque nationale de France, fonds NAF 17573-17575\. ↩ - Cité dans Givierge, Marcel. "Étude historique sur la section du chiffre, 1889-1919", BnF, fonds NAF 24353-24357\. ↩ - Givierge, Marcel. *Cours de cryptographie*, Paris: Berger-Levrault, 1925\. ↩ - Painvin, Georges. Témoignage recueilli dans Ribadeau-Dumas, Louis. *Les Casse-tête de la guerre*, Paris: Éditions Baudinière, 1935, p. 142\. ↩ - Journal Officiel de la République française, 15 août 1918, p. 7234\. ↩ - Yardley, Herbert O. *The American Black Chamber*, Indianapolis: Bobbs-Merrill, 1931, p. 189\. ↩ - Statuts de l'AORSC déposés en préfecture de la Seine, 15 mars 1928\. ↩ - Site officiel de l'ARCSI : [www.arcsi.fr](http://www.arcsi.fr/?ref=klaerenn.fr) ↩ - Rejewski, Marian. "How Polish Mathematicians Deciphered the Enigma", *Annals of the History of Computing*, Vol. 3, No. 3, juillet 1981, p. 213-234\. ↩ - Kozaczuk, Władysław. *Enigma: How the German Machine Cipher Was Broken*, University Publications of America, 1984, p. 24\. ↩ - Kahn, David. *The Codebreakers*, New York: Scribner, 1996 (édition révisée), p. 387\. ↩ - Bertrand, Gustave. *Enigma ou la plus grande énigme de la guerre 1939-1945*, Paris: Plon, 1973, p. 59-60\. ↩ - Bertrand, Gustave. *Enigma ou la plus grande énigme de la guerre 1939-1945*, Paris: Plon, 1973, p. 82-117\. ↩ - Hinsley, Harry. "The Influence of ULTRA in the Second World War", conférence du 19 octobre 1993, Cambridge University. ↩ --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-08-14* ### Cyber-résilience : quand les données deviennent vivantes URL: https://www.klaerenn.fr/cyber-resilience-quand-les-donnees-deviennent-vivantes/ Last updated: 2026-01-24T01:14:37.000Z *Franck Rouxel, expert en cybersécurité, cumule plus de 25 ans d'expérience dans le numérique. Ancien officier de l'armée de l'air, il a occupé des postes stratégiques de RSSI et de conseiller en sécurité. Son expertise dans la protection des systèmes critiques et sa vision holistique de la sécurité l'amènent aujourd'hui à explorer les dimensions organisationnelles et culturelles de la transformation numérique, essentielles à la résilience des entreprises.* > *Dans l'univers numérique contemporain, où l'incertitude s'impose comme la seule constante, nos stratégies de protection des données révèlent leurs limites. Alors que nous nous acharnons à blinder des périmètres de plus en plus poreux, une révolution conceptuelle s'impose : passer de la protection statique à l'antifragilité dynamique. Cette métamorphose ne concerne pas seulement nos outils, mais notre façon même de concevoir ce que nous protégeons.* ### L'illusion de la forteresse numérique Imaginons ce scénario : un matin de janvier 2025, le RSSI d'une multinationale pharmaceutique découvre que ses systèmes de sauvegarde, réputés infaillibles, ont été compromis depuis six mois. L'attaquant n'a pas cherché à détruire les données – il les a subtilement altérées, rendant imperceptible la corruption progressive des protocoles de recherche. Les médicaments développés sur ces bases faussées auraient pu provoquer une catastrophe sanitaire mondiale. Ce scénario, bien que fictif, illustre un risque parfaitement documenté qui combine plusieurs vulnérabilités observées dans des incidents récents. Il révèle surtout l'obsolescence de notre paradigme défensif. Nous avons construit des forteresses autour de nos données, persuadés que la sécurité résidait dans l'imperméabilité des murailles. Chiffrement, authentification multi-facteurs, segmentation réseau : autant de bastions qui protègent efficacement ce qui existe, mais qui s'avèrent impuissants face à ce qui évolue, se transforme, ou simplement... vit. La donnée, dans sa conception traditionnelle, est perçue comme un objet inerte qu'il convient de préserver à l'identique. Cette vision statique nous conduit à développer des stratégies de conservation plutôt que d'adaptation. Nous sauvegardons, nous répliquons, nous archivons – mais nous oublions l'essentiel : > La donnée n'existe que par son usage, et son usage n'existe que par son contexte. Lorsque ce contexte change – et il change constamment dans notre "numérique de l'incertitude" – nos données parfaitement préservées peuvent devenir parfaitement inutiles. Pire : elles peuvent devenir dangereuses si elles orientent nos décisions vers des réalités qui n'existent plus. Cette approche défensive révèle une fragilité systémique que les récentes crises géopolitiques ont mise en lumière. Les tensions internationales peuvent, en quelques heures, rendre inaccessibles des services cloud critiques, compromettre des chaînes d'approvisionnement technologiques, ou invalider des accords de transfert de données considérés comme acquis. Dans ce contexte, protéger la donnée comme un trésor statique revient à enterrer son or dans un coffre dont on pourrait perdre la clé. ### Vers une donnée vivante : les fondements de l'antifragilité Face à ces limites, émerge un nouveau paradigme : celui de la **donnée vivante**. Cette conception révolutionnaire ne considère plus l'information comme un artefact à préserver, mais comme un organisme en perpétuelle évolution, capable de s'adapter à son environnement et d'apprendre de ses interactions. > La donnée vivante se caractérise par sa capacité à maintenir sa pertinence sémantique même lorsque son contexte original évolue. Cette révolution conceptuelle dépasse la simple préservation technique des octets pour embrasser la continuité du sens et de l'intention. Contrairement à la donnée statique qui se dégrade avec le temps et les changements environnementaux, la donnée vivante préserve sa capacité d'interprétation et d'action dans des contextes nouveaux. Elle conserve non seulement son contenu, mais aussi sa signification évolutive, ses relations sémantiques, et sa capacité d'adaptation intelligente aux nouveaux environnements d'usage. Cette approche trouve ses racines dans l'observation des systèmes biologiques. Un organisme vivant ne survit pas en préservant à l'identique ses composants initiaux, mais en les renouvelant constamment tout en maintenant la cohérence de sa structure et de ses fonctions. De même, une donnée vivante évolue, se met à jour, s'enrichit de nouvelles perspectives, mais conserve sa capacité à éclairer les décisions et orienter l'action. Les **flux antifragiles** constituent l'infrastructure qui permet cette vitalité. Ces systèmes de circulation et de traitement de l'information dépassent la simple robustesse pour atteindre une capacité supérieure : ils s'améliorent sous la contrainte. Un flux antifragile ne se contente pas de résister aux perturbations – il en tire parti pour se renforcer, développer de nouveaux mécanismes de défense, et étendre ses capacités d'adaptation. Concrètement, imaginez un pipeline de traitement des données clients qui, après avoir subi une tentative d'injection malveillante, développe automatiquement de nouveaux filtres de validation, les teste dans un environnement isolé, puis les déploie progressivement sur l'ensemble de l'infrastructure. Ce système ne fait pas que bloquer l'attaque : il apprend d'elle pour devenir plus résistant aux futures tentatives, tout en partageant cette connaissance avec d'autres composants de l'écosystème. Cette évolution conceptuelle transforme radicalement notre approche de la protection des données. Au lieu de multiplier les verrous autour d'informations figées, nous devons concevoir des écosystèmes informationnels capables d'évoluer intelligemment face aux menaces et aux changements contextuels. ### L'architecture de la résilience : quand les processus deviennent intelligents La mise en œuvre pratique de cette vision requiert une révision profonde de nos architectures informationnelles. Les flux antifragiles ne peuvent émerger que dans des environnements conçus pour l'apprentissage et l'adaptation continue. Cette transformation s'articule autour de quatre piliers fondamentaux : Le premier pilier repose sur l'implémentation d'un **Process Quality Index (PQI)**, un système de métriques qui évalue en temps réel la qualité, la fraîcheur et la pertinence sémantique des données circulant dans l'organisation. Contrairement aux indicateurs traditionnels qui se contentent de mesurer la disponibilité ou l'intégrité technique, le PQI intègre des dimensions sémantiques : une donnée peut être techniquement parfaite mais avoir perdu sa capacité de signification dans son contexte d'usage actuel. Le PQI capture cette subtilité en évaluant non seulement la cohérence structurelle de l'information, mais aussi sa "fraîcheur sémantique" – sa capacité à éclairer efficacement les décisions et à conserver son sens actionnable. Cette approche se matérialise par des algorithmes d'évaluation continue qui analysent les patterns d'utilisation, les corrélations avec les événements métier, et la cohérence avec les flux d'information parallèles. Lorsque le PQI d'un flux particulier commence à décliner, le système peut automatiquement déclencher des mécanismes de rafraîchissement, de validation croisée, ou de recherche de sources alternatives. Le deuxième pilier s'appuie sur l'intégration de **contrats intelligents** (smart contracts) dans les processus de gestion des données. Ces programmes autonomes formalisent les règles de qualité, de conformité et de sécurité sous forme d'accords exécutables automatiquement, mais dépassent la simple logique conditionnelle pour intégrer une compréhension sémantique des intentions. Un contrat intelligent de nouvelle génération peut, par exemple, garantir qu'une donnée personnelle sera automatiquement anonymisée tout en préservant sa valeur analytique, que les accès seront révoqués selon l'esprit des politiques de sécurité et non seulement leur lettre, ou que les transferts vers des juridictions spécifiques respecteront l'intention réglementaire même lorsque les textes évoluent. L'avantage de cette approche réside dans sa capacité à maintenir la conformité même dans des environnements en évolution rapide. Les contrats intelligents s'adaptent aux changements réglementaires, aux modifications des accords internationaux, ou aux évolutions des politiques internes sans nécessiter d'intervention humaine constante. Ils constituent ainsi une couche de résilience juridique et opérationnelle qui préserve la validité des données même lorsque leur contexte légal évolue. Le troisième pilier concerne le développement de **pipelines Infrastructure-as-Code auto-auditables**. Ces systèmes intègrent nativement les contrôles de sécurité, de qualité et de conformité dans les processus de transformation des données. Chaque étape du pipeline génère automatiquement les preuves de sa conformité aux exigences réglementaires et aux standards de sécurité, créant une traçabilité complète et vérifiable. Ces pipelines évoluent de manière autonome, intégrant les retours d'expérience des incidents passés, les modifications des référentiels de sécurité, et les optimisations découvertes par l'analyse des performances. Ils constituent l'épine dorsale des flux antifragiles en garantissant que chaque transformation de données renforce la résilience globale du système. Le quatrième pilier établit des **mécanismes de sauvegarde low-tech automatisés** qui préservent la capacité d'action même en cas de défaillance totale des systèmes haute technologie. Ces solutions, volontairement simples et robustes, génèrent automatiquement des copies essentielles sous forme de documents signés numériquement, stockés sur des supports déconnectés et géographiquement distribués. Cette approche hybride reconnaît que l'antifragilité ne peut reposer uniquement sur la sophistication technologique. Elle nécessite également des garde-fous rustiques mais fiables, capables de maintenir les fonctions critiques même lorsque l'infrastructure principale est compromise. Ces backups low-tech ne se contentent pas de préserver les données : ils conservent également les procédures permettant de les réactiver rapidement dans un contexte dégradé. ### La mutation du CISO : de la défense à l'antifragilité créatrice Cette évolution architecturale s'accompagne d'une transformation profonde du rôle du CISO, qui doit désormais orchestrer non plus une défense statique, mais une dynamique d'adaptation continue. Cette mutation le conduit progressivement vers les attributions d'un **Chief Resilience Officer**, fonction qui transcende la sécurité pure pour embrasser la gestion holistique des risques organisationnels. L'antifragilité créatrice représente le stade ultime de cette évolution. Elle dépasse l'antifragilité défensive – qui se contente de résister aux chocs et de s'en renforcer – pour atteindre une capacité supérieure : transformer proactivement les contraintes en opportunités d'innovation. Un système doté d'antifragilité créatrice ne subit plus les changements réglementaires comme des contraintes externes, mais les anticipe et les transforme en avantages compétitifs. Cette approche se manifeste par le développement de stratégies qui tirent parti des incertitudes géopolitiques pour renforcer l'autonomie technologique, qui transforment les exigences de conformité en différenciateurs commerciaux, ou qui convertissent les tentatives d'intrusion en opportunités d'amélioration des systèmes de détection. Le CISO antifragile cultive une vision systémique qui intègre les dimensions techniques, organisationnelles, légales et géopolitiques. Il développe des scénarios de crise qui dépassent les traditionnels plans de continuité pour inclure des ruptures paradigmatiques : suspension d'accords internationaux, obsolescence soudaine de standards cryptographiques, ou émergence de nouvelles formes de conflits hybrides. Cette posture exige une agilité intellectuelle qui permet de naviguer entre l'urgence opérationnelle et la réflexion stratégique. Face à cette complexité croissante, l'approche antifragile fait émerger de nouveaux rôles transversaux qui, aux côtés du CISO, tissent une toile de résilience organisationnelle. Le Chief Data Resilience Officer se spécialise dans l'orchestration des flux dynamiques, le Semantic Security Architect conçoit les architectures d'adaptation sémantique, tandis que le Geopolitical Risk Analyst évalue les impacts des tensions internationales sur les décisions technologiques. Cette gouvernance distribuée permet d'embrasser simultanément les défis techniques, culturels et géopolitiques, transformant le CISO en orchestrateur d'un écosystème de compétences spécialisées. Il comprend que la résilience d'une organisation dépend autant de sa capacité d'adaptation culturelle que de la robustesse de ses systèmes techniques, mais n'a plus à porter seul cette responsabilité polyvalente. ### L'émergence d'une souveraineté informationnelle Dans le contexte géopolitique actuel, marqué par la fragmentation des espaces numériques et la militarisation croissante du cyberespace, la protection des données transcende les enjeux purement technologiques pour devenir une question de souveraineté. > Les flux antifragiles offrent un chemin vers une *souveraineté informationnelle* qui ne repose plus sur l'isolement défensif, mais sur la capacité d'adaptation autonome. Cette souveraineté se caractérise par la capacité d'une organisation à maintenir ses fonctions critiques même lorsque ses dépendances externes sont compromises. Elle ne vise pas l'autarcie technologique – utopique dans un monde interconnecté – mais l'autonomie décisionnelle face aux aléas géopolitiques. Les flux antifragiles contribuent à cette souveraineté en développant des mécanismes de substitution automatique : lorsqu'un fournisseur cloud devient inaccessible pour des raisons politiques, le système bascule automatiquement vers des alternatives préqualifiées. Lorsqu'un standard cryptographique est compromis, les protocoles de sécurité évoluent vers des algorithmes post-quantiques sans interruption de service. Cette approche nécessite une réévaluation complète des chaînes d'approvisionnement technologiques. Les décisions d'architecture ne peuvent plus reposer uniquement sur des critères de performance ou de coût, mais doivent intégrer des analyses de risque géopolitique et de résilience à long terme. La diversification des fournisseurs, l'évaluation systématique des dépendances critiques, et le développement de compétences internes stratégiques deviennent des composantes essentielles de toute stratégie de cybersécurité mature. ### Les défis de la transition : entre innovation et pragmatisme La mise en œuvre de cette vision antifragile ne peut faire l'économie d'une approche pragmatique qui reconnaît les contraintes actuelles tout en préparant les évolutions futures. Cette transition s'articule autour de défis techniques, organisationnels et culturels qui requièrent une gestion subtile. Le défi technique principal réside dans l'intégration harmonieuse des innovations de pointe avec les systèmes legacy existants. Les organisations ne peuvent pas faire table rase de leurs infrastructures héritées, qui continuent d'assurer des fonctions critiques. L'art consiste à greffer progressivement les capacités antifragiles sur ces fondations, en créant des interfaces compatibles qui permettent une évolution graduelle sans rupture opérationnelle. Cette cohabitation nécessite des architectures hybrides qui maintiennent la stabilité des processus éprouvés tout en expérimentant de nouvelles approches dans des environnements isolés. Les flux antifragiles peuvent ainsi se développer en parallèle des systèmes traditionnels, démontrer leur valeur ajoutée, puis progressivement absorber les fonctions de leurs prédécesseurs. Le défi organisationnel concerne la transformation des équipes et des processus. L'antifragilité ne peut être décrétée : elle doit être cultivée à travers une évolution progressive des mentalités et des pratiques. Cette transformation nécessite des programmes de formation qui dépassent l'acquisition de compétences techniques pour développer une véritable culture de l'adaptation et de l'apprentissage continu. Les équipes doivent apprendre à percevoir les incidents non plus comme des échecs à éviter, mais comme des opportunités d'amélioration à valoriser. Cette réorientation culturelle requiert un accompagnement managérial qui encourage l'expérimentation raisonnée et accepte l'échec comme composante normale du processus d'innovation. Le défi culturel, plus profond encore, concerne l'évolution des représentations mentales. Passer d'une logique de protection statique à une dynamique d'adaptation continue bouleverse les habitudes cognitives établies. Cette mutation nécessite du temps, de la pédagogie, et surtout des démonstrations concrètes de la valeur ajoutée de l'approche antifragile. ### L'horizon post-quantique : anticiper les ruptures L'émergence de l'informatique quantique illustre parfaitement l'essence de l'approche antifragile dans la protection des données. Cette révolution technologique, qui promet de rendre obsolètes la plupart des algorithmes cryptographiques actuels, représente exactement le type de rupture paradigmatique dont les flux antifragiles se nourrissent pour se renforcer. La menace quantique ne se limite pas à la cryptographie : elle remet en question l'ensemble de nos assomptions sur la sécurité informationnelle. Les données chiffrées aujourd'hui avec les meilleures technologies disponibles pourraient être déchiffrées demain par des ordinateurs quantiques. Cette perspective du "stocker maintenant, décrypter plus tard" transforme rétrospectivement toutes nos communications passées en vulnérabilités potentielles. Paradoxalement, l'évolution vers des données vivantes et des flux dynamiques réduit mécaniquement l'intérêt de cette stratégie malveillante. Des informations déchiffrées dans une décennie, mais privées de leur contexte évolutif, de leurs métadonnées relationnelles et de leur écosystème sémantique d'origine, ne représentent plus qu'un intérêt archéologique limité. Un email intercepté aujourd'hui et déchiffré en 2035 – "Le projet Alpha est validé, budget 2M€" – devient parfaitement inutile sans comprendre ce qu'était Alpha, dans quel environnement organisationnel il s'inscrivait, avec quelles contraintes temporelles et quels enjeux stratégiques. Plus fondamentalement, cette donnée fossilisée ne peut plus évoluer, s'adapter ou révéler de nouvelles significations : elle est morte sémantiquement. La donnée vivante, par sa nature évolutive et contextuelle, développe ainsi une résistance naturelle aux attaques différées. Face à cette incertitude radicale, l'approche antifragile ne cherche pas à prédire le moment exact de la rupture quantique, mais à créer des systèmes qui s'adaptent intelligemment à mesure que cette menace se matérialise. Les flux antifragiles intègrent des architectures cryptographiques évolutives qui détectent automatiquement les premiers signes de vulnérabilité des algorithmes actuels et basculent progressivement vers des alternatives plus robustes, transformant chaque tentative d'exploitation quantique en signal d'apprentissage. Cette réactivité intelligente transcende les aspects purement techniques. Les flux antifragiles développent une capacité d'adaptation organisationnelle qui leur permet de tirer parti des disruptions cryptographiques pour renforcer l'ensemble de leur écosystème de sécurité. Chaque nouvelle menace quantique détectée devient une opportunité d'améliorer non seulement les protocoles de chiffrement, mais aussi les processus de détection, de réponse et de récupération. ### L'émergence de la sémantique adaptative Cette révolution conceptuelle trouve ses fondements techniques dans les avancées récentes de l'intelligence artificielle, particulièrement dans les mécanismes de tokenisation et les architectures de transformers qui démontrent notre capacité croissante à manipuler la sémantique elle-même. Ces technologies révèlent qu'il est désormais possible de décomposer le sens en unités contextuelles, de préserver l'intention à travers les transformations, et d'adapter intelligemment la signification selon les contraintes d'usage. Les flux antifragiles de demain intégreront des mécanismes de **traduction sémantique auto-adaptative**, permettant aux données d'apprendre à s'exprimer différemment selon le contexte réglementaire, l'audience visée, ou les contraintes temporelles. Une même information pourra automatiquement adopter une forme anonymisée pour se conformer au RGPD, une présentation technique pour les équipes de développement, ou une synthèse exécutive pour les dirigeants, tout en préservant sa cohérence sémantique fondamentale. Plus ambitieux encore, ces systèmes développeront une **mémoire sémantique évolutive** qui leur permettra de conserver la trace de leurs transformations conceptuelles, de régresser vers des états antérieurs si nécessaire, et de développer une immunité progressive aux corruptions de sens. Lorsqu'une donnée perdra son contexte d'origine, l'écosystème pourra le reconstituer à partir d'informations connexes, créant une résilience sémantique qui transcende la simple redondance technique. ### Vers une écologie informationnelle résiliente L'aboutissement de cette évolution conceptuelle conduit à l'émergence d'une véritable **écologie informationnelle** où les données évoluent, interagissent et s'adaptent selon des dynamiques comparables à celles des écosystèmes naturels. Cette analogie biologique n'est pas qu'une métaphore : elle révèle des principes opérationnels concrets pour le design de systèmes d'information résilients. Dans un écosystème informationnel mature, les données ne circulent plus selon des schémas prédéterminés, mais selon des patterns émergents qui s'adaptent en permanence aux besoins et aux contraintes. Ces flux auto-organisés optimisent automatiquement leur efficacité, développent des redondances intelligentes, et créent des synergies inattendues entre des domaines d'information apparemment disjoints. Cette approche écologique transforme également notre conception de la gouvernance des données. Au lieu de réglementations rigides qui tentent de contrôler chaque aspect du traitement informationnel, émerge une gouvernance adaptative qui définit des principes généraux et laisse les systèmes développer leurs propres mécanismes de conformité. Cette évolution ouvre des perspectives fascinantes pour l'avenir de la protection des données. Imaginez des organisations où l'information circule selon des patterns auto-optimisés, où les menaces sont détectées et neutralisées par des mécanismes émergents, où la conformité réglementaire s'adapte automatiquement aux évolutions légales, et où chaque incident renforce la résilience globale du système. ### L'urgence de la métamorphose Cette transformation de nos approches de la cyber-résilience et de la protection des données n'est plus une option : elle devient une nécessité existentielle. Les organisations qui persisteront dans les logiques défensives traditionnelles se retrouveront rapidement dépassées par un environnement qui évolue plus vite que leurs capacités d'adaptation. L'urgence de cette métamorphose ne réside pas seulement dans l'accélération des menaces cyber, mais dans la convergence de multiples facteurs de rupture : tensions géopolitiques, révolutions technologiques, évolutions réglementaires, et transformations sociétales. Cette convergence crée un contexte d'incertitude radicale où seules les organisations dotées d'une véritable antifragilité pourront prospérer. La cyber-résilience de demain ne se construira pas sur la robustesse de nos défenses, mais sur l'intelligence de nos adaptations. Elle nécessite un changement de paradigme qui transforme nos vulnérabilités en forces, nos contraintes en opportunités, et nos incertitudes en moteurs d'innovation. Dans ce "numérique de l'incertitude" que nous avons déjà identifié, les flux antifragiles et la donnée vivante constituent les fondations sur lesquelles bâtir une souveraineté informationnelle durable. Cette évolution marque l'émergence d'un nouveau paradigme organisationnel, où la maîtrise de l'information transcende la simple gestion technique pour devenir un art de la navigation dans la complexité. L'avenir appartient aux organisations qui sauront cultiver cette antifragilité créatrice, transformant chaque défi en opportunité d'évolution, chaque crise en accélérateur d'innovation. Car dans un monde où l'incertitude est devenue la seule constante, la capacité d'adaptation n'est plus seulement un avantage compétitif : elle est la condition même de la survie et de la prospérité. *Cette métamorphose ne se décrètera pas depuis les comités de direction : elle émergera des pratiques quotidiennes des équipes qui osent repenser leurs approches, expérimenter de nouveaux paradigmes, et cultiver cette intelligence adaptative qui caractérise les systèmes véritablement antifragiles. L'heure n'est plus à la protection passive de nos patrimoines informationnels : elle est à la création d'écosystèmes vivants qui transforment l'incertitude en opportunité d’évolution.* --- 📰 *Cet article a été publié dans Global Security Magazine #60 (Août-Octobre 2025)* ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/Franck_ROUXEL_CISO_GS_Mag_60_VF_page1.png) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/Franck_ROUXEL_CISO_GS_Mag_60_VF_page2.png) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/Franck_ROUXEL_CISO_GS_Mag_60_VF_page3.png) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/Franck_ROUXEL_CISO_GS_Mag_60_VF_page4.png) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/Franck_ROUXEL_CISO_GS_Mag_60_VF_page5.png) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/Franck_ROUXEL_CISO_GS_Mag_60_VF_page6.png) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/Franck_ROUXEL_CISO_GS_Mag_60_VF_page7.png) ### L'IA ou l'effondrement du modèle défensif occidental URL: https://www.klaerenn.fr/lia-ou-leffondrement-du-modele-defensif-occidental/ Last updated: 2026-01-24T00:40:03.000Z *Au-delà de la gestion des vulnérabilités, nous assistons à un tipping point civilisationnel : l'intelligence artificielle révèle l'obsolescence structurelle de nos approches cybersécuritaires.* Nous avons passé vingt ans à optimiser un système de cybersécurité fondé sur une prémisse simple : identifier les menaces, les cataloguer, puis s'en protéger. Ce modèle, cristallisé dans la gestion des CVE mais qui irrigue l'ensemble de nos doctrines défensives, repose sur un présupposé désormais caduc : que la défense peut rattraper l'attaque par l'amélioration continue de ses processus. L'intelligence artificielle ne fait pas qu'accélérer cette course. Elle en révèle l'impossibilité mathématique¹. ### L'asymétrie mathématique révélée Les évaluations récentes de Google DeepMind le confirment sans ambiguïté : les modèles d'IA actuels résolvent 11 défis sur 50 dans des tests cybersécuritaires, avec des taux de succès variant de 6,25% pour l'exploitation de vulnérabilités à 40% pour la sécurité opérationnelle². Ces performances, apparemment modestes, masquent une transformation fondamentale de l'équation sécuritaire. L'IA génère une croissance différentielle entre attaque et défense qui suit des logiques mathématiques distinctes : **Côté défensif : amélioration linéaire.** L'IA augmente l'efficacité des experts existants dans le traitement des menaces connues. L'industrie quantifie ces gains : réduction moyenne des coûts de breach de 2,2 millions de dollars pour les organisations utilisant l'IA et l'automatisation³. Amélioration réelle, mais proportionnelle. **Côté offensif : croissance exponentielle.** L'IA combine amélioration qualitative (accès aux techniques sophistiquées) et démocratisation quantitative (effondrement du seuil d'expertise). Résultat : de quelques centaines d'acteurs capables d'exploiter les vulnérabilités critiques avant l'IA, nous passerons à des milliers⁴. Cette asymétrie n'est pas conjoncturelle. Elle découle de contraintes structurelles irréductibles : la défense doit protéger chaque point d'entrée (contrainte de couverture totale), l'attaque n'a besoin que d'une faille (loi du maillon faible). Quand l'IA démocratise l'accès aux 0,6% de vulnérabilités qui causent 80% des dégâts⁵, elle transforme des centaines d'acteurs sophistiqués en milliers, tandis que les défenseurs passent de quelques milliers d'experts à quelques milliers d'experts augmentés. L'équation devient mathématiquement déséquilibrée. ### L'objection prévisible et sa réfutation L'objection s'articule logiquement : l'IA défensive va elle aussi progresser. De nouveaux systèmes de détection, des capacités d'analyse comportementale avancées, des réponses automatisées sophistiquées vont réduire l'avantage offensif. Les "script kiddies" augmentés par l'IA redeviendront de simples script kiddies face à des défenses elles-mêmes augmentées. Cette objection révèle une incompréhension fondamentale de la nature asymétrique de l'innovation en cybersécurité. L'IA défensive, aussi sophistiquée soit-elle, reste structurellement contrainte à l'espace du connu. Elle excelle dans la détection de patterns, l'identification de signatures, la reconnaissance de comportements déjà référencés. Son efficacité dépend de l'existence d'un "patient 0" - une première occurrence qui alimente ses modèles d'apprentissage. L'IA offensive, elle, explore activement l'espace de l'inconnu. Elle découvre de nouveaux chemins d'attaque, identifie des vulnérabilités inédites, génère des techniques non documentées. Elle ne cherche pas à reproduire le connu, mais à créer l'inédit. Cette différence ontologique explique pourquoi l'asymétrie persistera : même la meilleure IA défensive découvrira toujours après le patient 0, tandis que l'IA offensive explore en permanence la terra incognita des possibles. ### Les innovations défensives : sophistication sans rupture Les approches défensives les plus innovantes tentent de transcender les limites traditionnelles. Les systèmes multi-agents défensifs (MARL), par exemple, promettent une défense collaborative où des agents autonomes coordonnent leurs réponses en temps réel⁶. Ces architectures ont démontré leur capacité à "apprendre rapidement et contrer les menaces de manière autonome"⁷, suggérant une évolution significative des capacités défensives. Pourtant, ces systèmes sophistiqués restent fondamentalement contraints à opérer dans l'espace du connu. La collaboration entre agents défensifs, aussi efficace soit-elle pour partager des signatures et coordonner des réponses, n'inverse pas l'asymétrie fondamentale. Plus préoccupant encore, ces architectures multi-agents introduisent de nouvelles surfaces d'attaque : des chercheurs ont déjà démontré comment des agents malveillants peuvent "établir des canaux de collusion secrets par communication stéganographique" et "s'engager dans des attaques coordonnées"⁸. Les défenses collaboratives créent ainsi leurs propres vulnérabilités systémiques. L'antifragilité émerge dans la littérature comme une voie prometteuse, avec des recherches suggérant son potentiel pour "détecter les attaques zero-day"⁹. Mais ces mêmes études confirment qu'elle reste "un territoire largement inexploré" avec peu de frameworks formels en apprentissage automatique⁹. Cette absence paradoxale valide notre intuition : après des décennies d'optimisation défensive, la communauté n'a toujours pas développé de systèmes qui se renforcent par l'agression elle-même. Ces innovations - du DARPA AIxCC démontrant des systèmes autonomes de détection et correction², aux architectures zero-trust distribuées¹⁰ - représentent le summum de l'optimisation défensive actuelle. Leur sophistication même révèle la limite du paradigme : on perfectionne l'art de détecter et réagir, on multiplie les agents et les couches défensives, sans jamais questionner l'asymétrie qui favorise structurellement l'attaque. Pire, la complexité croissante de ces systèmes offre de nouvelles opportunités aux attaquants qui peuvent désormais cibler les mécanismes de coordination eux-mêmes. Cette nécessité de repenser les paradigmes trouve un écho dans d'autres domaines confrontés à la complexité. La doctrine militaire moderne des opérations multidomaines reconnaît ainsi que "la théorie des systèmes non-linéaires suggère que la guerre moderne repose moins sur l'application linéaire de la force que sur la compréhension et l'influence des interactions dynamiques"¹¹. Les réflexions actuelles explorent des pistes prometteuses - réseaux adaptatifs, architectures distribuées - qui témoignent d'une prise de conscience partagée face aux limites des approches traditionnelles¹¹. Cette convergence d'analyses entre domaines distincts souligne l'universalité du défi : face à des adversaires qui exploitent l'asymétrie et la non-linéarité, les modèles hérités du passé montrent leurs limites structurelles. L'antifragilité pourrait représenter une voie encore largement inexplorée pour transcender ces contraintes. ### L'accélération géopolitique du décrochage Les données confirment que cette asymétrie se double d'un décrochage géopolitique mesurable. Microsoft et OpenAI ont documenté l'utilisation opérationnelle de l'IA par les principales puissances : la Russie (Fancy Bear utilise des LLM pour le renseignement sur les communications satellites), la Chine (Charcoal Typhoon génère du contenu d'ingénierie sociale multilingue), l'Iran (Crimson Sandstorm conçoit des emails de phishing), et la Corée du Nord (Emerald Sleet recherche des vulnérabilités avec l'IA)¹². Pendant que le marché global de la cybersécurité se dirige vers 445 milliards de dollars d'ici 2030¹³, cette différence d'approche produit des résultats mesurables. Les attaques assistées par IA représentent désormais 82,6% des campagnes de phishing¹⁴, tandis que 73% des entreprises ont déjà subi au moins un incident de sécurité lié à l'IA¹⁵. Une étude de 2024 révèle que les LLM militaires sont "enclins à recommander des tactiques pro-escalade avec une motivation et une logique peu claires, incluant des escalades qui provoquent des courses aux armements"¹⁶. Face à ce constat, la réaction étatique sera prévisible : investir massivement dans l'IA offensive pour retrouver l'avantage de la connaissance des vulnérabilités inconnues. Cette logique, aussi rationnelle soit-elle au niveau individuel, accélère collectivement le tipping point. Des recherches de l'Oak Ridge National Laboratory confirment cette mécanique : "À la différence de l'ère nucléaire, où les mécanismes de dissuasion ont finalement stabilisé les conflits, l'IA agentique introduit une imprévisibilité plus grande. L'opacité et la vitesse des opérations cyber compliquent l'attribution, augmentant la probabilité d'actions de représailles basées sur le soupçon plutôt que la certitude"¹⁷. Chaque État qui développe ses capacités IA offensives alimente une course aux armements sans contraintes transparentes, démocratise les techniques par contamination croisée, et précipite l'avènement du monde asymétrique qu'il tentait de contrôler. Les "États plus petits qui perfectionnent des opérations cyber autonomes même modérément sophistiquées pourraient frapper au-dessus de leur poids"¹⁷, compressant la timeline de prolifération et multipliant les acteurs dangereux. Les États reproduisent ainsi, à l'échelle de l'IA, la même mécanique perverse que celle observée avec les zero-days : en tentant individuellement de préserver leur avantage sécuritaire, ils contribuent collectivement à l'insécurité générale. Hier acheteurs de vulnérabilités pour maintenir l'asymétrie, ils deviennent aujourd'hui développeurs d'IA offensive pour l'accélérer. L'impact géopolitique est déjà mesurable : les incidents de ransomware ont atteint des coûts moyens de 4,54 millions de dollars¹⁸, avec des paiements de rançon passant de 400 000 dollars en 2023 à 2 millions en 2024 - une augmentation de 500%¹⁹. Face à cette réalité, les coupes budgétaires de 30% à la CISA américaine²⁰ et l'optimisation européenne de la gestion des CVE connues relèvent de l'inadéquation stratégique. Une étude révèle que 60% des projets de transformation digitale ont été stoppés ou interrompus entièrement à cause des risques cyber²¹, marquant une augmentation par rapport aux 55% de l'année précédente. Les recherches récentes confirment l'émergence de "malware autonome caractérisé par des agents de menace employant l'IA pour prendre des décisions éclairées, à la volée"²². Ces systèmes intègrent observation, raisonnement, adaptation et apprentissage autonome²². L'évolution vers des agents collaboratifs qui "établissent des canaux de collusion secrets par communication stéganographique" et "s'engagent dans des attaques coordonnées"⁸ dessine les contours d'un nouvel environnement de menaces. ### L'effondrement d'un modèle civilisationnel Au-delà de la cybersécurité, nous assistons à l'effondrement d'un modèle civilisationnel occidental fondé sur la croyance que la défense rattrape toujours l'offense par l'amélioration de ses processus. Cette croyance a structuré nos approches militaires, juridiques, technologiques pendant des décennies. L'IA révèle que cette croyance était une illusion historique, rendue possible par des équilibres technologiques temporaires. Quand l'innovation defensive et offensive suivaient des rythmes comparables, l'amélioration continue des processus défensifs pouvait effectivement contenir les menaces. Ces équilibres n'existent plus. L'IA introduit une discontinuité qui rend obsolètes nos cadres conceptuels. Elle ne transforme pas seulement nos outils ; elle révèle l'inadéquation structurelle de nos paradigmes. Continuer à optimiser la gestion des CVE, développer de meilleures signatures de détection, automatiser les réponses aux incidents connus revient à perfectionner l'efficacité de la cavalerie face à l'aviation. L'inertie décisionnelle européenne, fruit de sa construction consensuelle, la rend structurellement inadaptée aux dynamiques d'accélération exponentielle. Paradoxalement, cette rigidité pourrait forcer une rupture créatrice - mais seulement si elle accepte de penser en dehors de ses cadres actuels. ### Le constat Nous sommes à un tipping point. Pas seulement technologique, mais civilisationnel. L'intelligence artificielle ne marque pas l'évolution de la cybersécurité, mais la fin d'un modèle défensif occidental qui aura duré un quart de siècle. Les faits sont établis. L'asymétrie mathématique est documentée. Les implications géopolitiques sont visibles. L'inadéquation des réponses institutionnelles est manifeste. Ce qui était vrai pour la gestion des 29 000 CVE annuelles - un système en échec structurel - s'avère vrai pour l'ensemble de nos approches cybersécuritaires : elles optimisent des processus inadaptés à la nouvelle réalité. L'IA ne propose pas de solutions. Elle révèle que le problème est plus profond que nous le pensions. Elle marque la fin d'une époque où nous pouvions croire que la défense rattraperait toujours l'attaque par l'amélioration de ses méthodes. Cette époque est révolue. Nous entrons dans un monde où l'asymétrie mathématique entre exploration de l'inconnu et détection du connu rend caduque l'ensemble de notre modèle défensif. Le constater ne relève ni du pessimisme ni de l'optimisme. C'est un fait confirmé par les données : le coût moyen global d'une breach atteint désormais 4,88 millions de dollars²³, tandis que l'attaque Change Healthcare de 2024 a compromis les données de 190 millions d'Américains²³. Nous ne sommes plus face à un problème technique, mais à une crise où les attaques assistées par IA représentent déjà la majorité des tentatives d'intrusion²⁴. ### Vers l'antifragilité défensive Les modèles défensifs matures ont toujours intégré la vulnérabilité intrinsèque dans leur conception. Du château fort avec ses enceintes multiples à la défense en profondeur moderne, l'objectif n'a jamais été d'empêcher toute intrusion, mais de la ralentir, la détecter, et se donner le temps de réagir. Cette sagesse stratégique, cristallisée dans les approches zero-trust et la micro-segmentation, reconnaît que la sécurité absolue est une illusion. Cette sagesse stratégique fait face à un défi inédit : comment maintenir une défense en profondeur efficace quand l'IA multiplie exponentiellement la variabilité des attaques ? La reconfiguration permanente des couches défensives semble mathématiquement impossible face à des menaces qui s'adaptent plus vite que nos capacités de réponse. L'horizon pourrait résider dans l'antifragilité : concevoir des systèmes qui se renforcent par l'attaque elle-même, qui utilisent l'agression comme signal d'amélioration plutôt que simple dommage à réparer. Au-delà de la résilience qui résiste et de la robustesse qui encaisse, l'antifragilité s'améliore par le stress. L'antifragilité en cybersécurité reste un territoire largement inexploré, nécessitant une refonte conceptuelle profonde que peu d'organisations ont même la capacité d'entreprendre. Les organisations qui survivront seront celles qui auront compris que l'antifragilité n'est pas une méthode mais une philosophie. Le paradoxe du leadership technologique américain, conjugué à l'approche pragmatique chinoise de l'IA offensive, pourrait comprimer les timelines de disruption de décennies à années. L'Europe dispose d'une fenêtre d'opportunité qui se referme rapidement - mais qui pourrait, paradoxalement, lui permettre d'éviter les pièges du legacy technologique pour construire directement sur de nouveaux paradigmes. Cette évolution conceptuelle reste à inventer. Elle seule pourrait réconcilier l'asymétrie mathématique révélée par l'IA avec les impératifs de sécurité d'une civilisation numérique. --- ### Références 1. Rodriguez, M., et al. (2025). "Forewarned is Forearmed: A Survey on Large Language Model-based Agents in Autonomous Cyberattacks." *arXiv preprint arXiv:2505.12786v1*. 2. Rodriguez, M., et al. (2025). "A Framework for Evaluating Emerging Cyberattack Capabilities of AI." Google DeepMind. *arXiv preprint arXiv:2503.11917*. 3. IBM Security (2024). "Cost of a Data Breach Report 2024." Armonk: IBM Corporation. 4. MIT Technology Review (2025). "Cyberattacks by AI agents are coming." 28 avril 2025. 5. MITRE Corporation (2025). "CVE Program Funding Crisis Report." McLean: MITRE. 6. Landolt, C.R., et al. (2025). "Multi-Agent Reinforcement Learning in Cybersecurity: From Fundamentals to Applications." *arXiv preprint arXiv:2505.19837*. 7. Wang, M., et al. (2024). "Multi-Agent Actor-Critics in Autonomous Cyber Defense." *arXiv preprint arXiv:2410.09134*. 8. Davies, N., et al. (2025). "Open Challenges in Multi-Agent Security: Towards Secure Systems of Interacting AI Agents." *arXiv preprint arXiv:2505.02077v1*. 9. Manzoor, S., et al. (2024). "Preparing for Black Swans: The Antifragility Imperative for Machine Learning." *arXiv preprint arXiv:2405.11397v1*. 10. Schmitt, M. (2025). "Cyber Shadows: Neutralizing Security Threats with AI and Targeted Policy Measures." *arXiv preprint arXiv:2501.09025*. 11. Luzeaux, D. (2025). "Opérations multidomaines et capacités numériques." *Revue Défense Nationale*, n°881, juin 2025. 12. Microsoft Security (2025). "Nation-state threat actors using AI." Confirmé par OpenAI threat intelligence reports. 13. Informa TechTarget (2025). "Cybersecurity Market Forecast to 2030." Enterprise Strategy Group Analysis. 14. Tech-Adv (2025). "AI Cyber Attack Statistics 2025: Phishing, Deepfakes & Cybercrime Trends." 15. Metomic (2025). "Quantifying the AI Security Risk: 2025 Breach Statistics and Financial Implications." 16. Rivera, J., et al. (2024). "Military-related LLMs and escalation tactics." Cité dans Simmons-Edler, R., et al. (2024). "AI-Powered Autonomous Weapons Risk Geopolitical Instability and Threaten AI Research." *arXiv preprint arXiv:2405.01859v2*. 17. Oesch, S., et al. (2025). "Agentic AI and the Cyber Arms Race." *Oak Ridge National Laboratory*. *arXiv preprint arXiv:2503.04760v1*. 18. IBM Security (2024). "Cost of a Data Breach Report 2024 - Ransomware Analysis." Armonk: IBM Corporation. 19. Sophos (2024). "State of Ransomware 2024." Abingdon: Sophos Ltd. 20. Matishak, M. (2025). "Pentagon Fast-Tracks 'Cyber Command 2.0' Review, Requests Authorities Wish List." *The Record*. 21. Gartner (2024). "Digital Transformation Security Risk Survey." Stamford: Gartner Inc. 22. Mehonic, A., et al. (2024). "A Survey on Offensive AI Within Cybersecurity." *arXiv preprint arXiv:2410.03566v1*. 23. IBM Security (2024). "Cost of a Data Breach Report 2024." Armonk: IBM Corporation. / UnitedHealth Group (2025). "Change Healthcare Cyberattack Update." Minnetonka: UnitedHealth Group. 24. VentureBeat (2025). "Outsmarting AI-powered cyber attacks: A 2025 playbook for real-time endpoint defense." --- *Cette série d'analyses révèle une vérité dérangeante : nous ne vivons pas une crise de la cybersécurité, mais la fin d'un modèle civilisationnel. L'IA n'est pas le problème à résoudre, mais le révélateur d'une inadéquation structurelle plus profonde entre nos paradigmes défensifs et la réalité des menaces asymétriques.* --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-07-17* ### Les 264 milliards de l'iceberg : ce que l'étude Asterès-CIGREF cache sur la 'dépendance' cloud URL: https://www.klaerenn.fr/les-264-milliards-de-liceberg-ce-que-letude-asteres-cigref-cache-sur-la-dependance-cloud/ Last updated: 2026-01-24T00:37:56.000Z *Alors que les institutions européennes officielles documentent des retours sur investissement cloud allant jusqu'à 361% selon IDC et une création nette de valeur de 542 milliards d'euros selon la Commission européenne, l'étude Asterès présente ces mêmes dépenses comme des "pertes" économiques. Cette divergence méthodologique soulève des questions importantes sur l'orientation des politiques numériques européennes, particulièrement à l'approche de la deadline du 9 juillet 2025 pour les négociations commerciales UE-US.* ### Une étude aux conclusions dangereuses L'étude Asterès sur "La dépendance technologique aux softwares & cloud services américains" fait du bruit dans l'écosystème numérique français. Commanditée par le Cigref et chiffrée à 264 milliards d'euros de "flux sortants" vers les États-Unis, elle présente cette situation comme une hémorragie économique nécessitant une réaction urgente. **Cette approche soulève cependant des interrogations méthodologiques importantes qui méritent un examen approfondi.** ### La confusion entre centre de coût et création de valeur ### Le prisme déformant du commanditaire et de la méthode Le problème commence par l'identité du commanditaire et la méthodologie employée. Le Cigref représente les DSI et CIO d'entreprises utilisatrices pour qui le cloud constitue, par nature, une ligne budgétaire à optimiser. Cette vision comptable transforme automatiquement toute dépense en "coût" plutôt qu'en investissement productif. **Plus problématique encore : l'étude repose sur une extrapolation abusive de 6 CIO français à l'ensemble de l'UE (450 millions d'habitants, 27 pays).** Cette approche ignore totalement : - **L'hétérogénéité européenne** : l'Allemagne industrielle vs la Bulgarie agricole - **Les spécificités nationales** : réglementations, maturité numérique, structures économiques - **Les biais de sélection** : aucune transparence sur les secteurs ou entreprises représentés Extrapoler les pratiques de quelques DSI français à l'ensemble de l'Europe présente des limites méthodologiques significatives. ### Une réalité économique plus nuancée L'étude traite les 264 milliards d'euros de services cloud-logiciel comme de la valeur "perdue" par l'Europe. Cette approche mérite discussion car elle semble considérer ces services comme des biens de consommation finale, alors qu'ils constituent des **facteurs de production** qui génèrent de la valeur localement. **Contrairement à l'énergie (360 Md€ de consommation finale à forte volatilité), les services cloud sont des facteurs de production multiplicateurs qui génèrent de la valeur européenne.** Les données officielles démontrent des retours sur investissement documentés : - **VMware Cloud on AWS** : [361% de ROI sur trois ans selon IDC (2024)](https://blogs.vmware.com/cloud/2024/02/15/idc-verdict-vmware-cloud-on-aws-outshines-on-premises-with-50-lower-costs-95-less-downtime-and-361-roi/?ref=klaerenn.fr) - **Réduction des coûts** : jusqu'à 50% par rapport aux infrastructures traditionnelles - **Réduction des temps d'arrêt** : 95% selon les études IDC ### Ce que révèlent les données officielles européennes ### Les analyses de la Commission européenne L'étude officielle ["Measuring the economic impact of cloud computing in Europe"](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/measuring-economic-impact-cloud-computing-europe?ref=klaerenn.fr) (2014-2016) prévoyait **45 milliards d'euros de bénéfices d'ici 2020**. **Extrapolation avec la croissance réelle du cloud** : En appliquant une croissance de 20% par an (typique du secteur post-2020), ces bénéfices atteignent **environ 542 milliards d'euros cumulés sur la période 2016-2025**. Cette projection, basée sur une méthodologie officielle UE, contraste de façon saisissante avec les 264 Md€ annuels qu'Asterès présente comme des "pertes". ### Les recherches rigoureuses de la Banque Centrale Européenne [**L'étude "More digital, more productive? Evidence from European firms"**](https://www.ecb.europa.eu/press/blog/date/2023/html/ecb.blog230621~3c2f72aa70.en.html?ref=klaerenn.fr) (2023) analyse **19,3 millions d'observations d'entreprises** sur deux décennies et confirme que **la digitalisation améliore significativement la productivité des entreprises européennes**. **Résultats clés de la BCE** (dans l'écosystème numérique actuel dominé par les technologies américaines) : - **Croissance de productivité** : Les entreprises du secteur numérique maintiennent 2% de croissance annuelle même en crise, contre -0,6% pour le secteur non-numérique - **Résilience** : Pendant la crise 2007-2012, les entreprises numériques ont mieux résisté - **Adoption massive** : Le cloud computing figure parmi les technologies les plus adoptées avec un impact positif perçu par quasiment tous les répondants ### Les spillovers sectoriels mesurés scientifiquement [**L'étude académique dans *Information Technology for Development***](https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/02681102.2023.2292108?ref=klaerenn.fr) (2024) sur les pays OCDE démontre des **effets spillovers positifs significatifs du cloud computing**, particulièrement dans les secteurs de l'information-communication et du manufacturing. Cette recherche utilise un modèle économétrique multi-équationnel robuste, contrairement à l'approche simpliste d'Asterès basée sur 6 entretiens. [**L'analyse de *Nature* sur la transformation numérique des pays UE**](https://www.nature.com/articles/s41599-023-02415-1?ref=klaerenn.fr) confirme que **l'implémentation des technologies numériques (cloud, Big Data, IoT) impacte positivement la croissance économique et l'orientation vers la durabilité** de tous les pays européens. ### L'erreur de vision binaire : quand Asterès ignore la complémentarité ### Une réalité plus nuancée que ne le suggère Asterès Les données sectorielles révèlent une erreur conceptuelle supplémentaire dans l'approche d'Asterès : **traiter la question en termes de "dépendance" vs "souveraineté" ignore totalement la complémentarité des écosystèmes**. **La réalité du marché européen** : - **Hyperscalers américains (70% du marché)** : Excellence en innovation, échelle mondiale, investissements R&D massifs (151 Md$ en 2022) - **Acteurs européens (30% du marché)** : Souveraineté, conformité RGPD, contrôle local - **Solutions hybrides émergentes** : AWS European Sovereign Cloud, GAIA-X, Cloud de Confiance **L'écart d'investissement explique la domination** : Avec [1 360 milliards USD investis cumulés (2005-2022) par les leaders américains contre 15 milliards USD par les 12 principaux européens](https://ecipe.org/publications/eu-gap-ict-and-cloud-computing/?ref=klaerenn.fr), **le ratio de 10:1 en faveur des États-Unis** explique naturellement leur avance technologique. ### Asterès et la question de la complémentarité L'approche d'Asterès présente une limite conceptuelle en traitant la question en termes de "dépendance" vs "souveraineté" sans explorer suffisamment **la complémentarité des écosystèmes**. - **Workloads innovants** sur hyperscalers US (IA, analytics, big data) - **Données sensibles** sur clouds européens (PII, secrets industriels) - **Gouvernance hybride** avec Transfer Impact Assessments et chiffrement end-to-end ### Un contre-argument prévisible : "La valeur serait créée aussi avec des clouds européens" Certains pourraient objecter que les 542 Md€ de valeur économique seraient également créés avec des solutions purement européennes, rendant les 264 Md€ "sortants" effectivement problématiques. Cette objection mérite une réponse nuancée. **Premièrement**, dans l'écosystème actuel marqué par un retard technologique de 10 ans et un déficit d'investissement de 1 360 Md€, une substitution brutale entraînerait une destruction massive de valeur pendant la transition. Les entreprises perdraient en productivité, en innovation et en compétitivité internationale. **Deuxièmement**, même l'étude Asterès ne propose qu'une substitution de 15% d'ici 2035\. Pourquoi si peu si ces dépenses sont réellement des "pertes" ? Cette modestie révèle une reconnaissance implicite : les solutions américaines apportent actuellement une valeur supérieure qu'il serait contre-productif de sacrifier. **Troisièmement**, l'histoire économique nous enseigne que les tentatives de substitution technologique forcée échouent systématiquement (Minitel, TRON japonais). La valeur se crée par l'adoption des meilleures technologies disponibles, pas par le protectionnisme. ### Le coût réel d'une "souveraineté numérique" mal conçue Les données récentes confirment ces risques. Une étude de 2022 démontre que **"artificiellement chercher à réduire la dépendance de l'UE aux États-Unis pourrait en fait nuire à la compétitivité européenne. Restreindre les flux internationaux de données non-personnelles conduirait à une perte de PIB de 79 milliards d'euros par an"** \- soit six fois le budget R&D d'Horizon Europe (95,5 Md€ sur 2021-2027). Les tensions commerciales actuelles avec l'administration Trump illustrent parfaitement ce danger : vouloir réduire brutalement notre dépendance technologique sous la pression des tarifs douaniers pourrait détruire encore plus de valeur qu'une transition planifiée et progressive. ### La remise en perspective quantifiée ### Recalcul de l'impact européen avec les méthodologies officielles Avec les méthodologies officielles européennes et les nouvelles données sectorielles, l'impact réel se révèle inverse. Ces calculs reflètent l'écosystème cloud actuel où les hyperscalers américains détiennent **70% du marché européen**, justifié par un écart d'investissement R&D de **10:1** ([151 Md$ US vs 15 Md$ EU en 2022, selon les rapports annuels des entreprises](https://www.rdworldonline.com/top-30-rd-spending-leaders-2023-big-tech-firms-hit-new-heights/?ref=klaerenn.fr)). **Impact économique :** - Vision Asterès : 264 Md€ "sortant" d'Europe (annuel) - **Commission européenne (extrapolée)** : 542 Md€ de **valeur créée** (cumulé 2016-2025) - **Part imputable aux hyperscalers US** : \~379 Md€ (70% de 542 Md€) - **Ratio valeur/coût** : 379 Md€ créés vs 264 Md€ dépensés = **ROI de 144%** sur 10 ans ### Les précédents historiques et l'émergence de solutions hybrides ### L'erreur japonaise des années 1980 Le Japon a tenté de créer un "internet souverain" avec le projet TRON, craignant la domination américaine naissante. **Résultat : isolement technologique et perte de leadership numérique.** Cette leçon historique montre que les standards ouverts battent toujours les alternatives fermées. ### Le piège du Minitel français La France avait développé une innovation remarquable avec le Minitel, mais a refusé d'adopter l'internet "américain" par fierté technologique. **Cette décision a coûté 10 ans de retard numérique au pays**, démontrant les dangers du protectionnisme technologique. ### L'approche moderne : complémentarité intelligente Contrairement à ces précédents, l'Europe développe aujourd'hui une approche plus sophistiquée : - **AWS European Sovereign Cloud** en Allemagne (données et facturation confinées à l'UE) - **Clouds de Confiance français** : S3NS (Thales-Google) et Bleu (Orange-Capgemini avec technologies Microsoft) visent la certification SecNumCloud pour proposer les services des hyperscalers sous contrôle français - **Acteurs SecNumCloud existants** : OVHcloud, Outscale, Cloud Temple offrent déjà des alternatives souveraines certifiées - **Stratégies multi-cloud** optimisant innovation ET souveraineté Cette évolution montre que la vraie question n'est pas "dépendance vs souveraineté" mais "comment optimiser les deux". ### Les failles méthodologiques critiques d'Asterès ### 1\. Données commerciales biaisées L'étude s'appuie sur des données commerciales faussées par l'optimisation fiscale. **Sur les 225 milliards de dollars d'excédent commercial européen dans les services informatiques, 194 milliards sont comptabilisés en Irlande** (35% du PIB irlandais !). Cette distorsion rend toute analyse précise impossible. ### 2\. Extrapolation France-Europe abusive **6 CIO français extrapolés à 27 pays européens** : cette méthodologie présente des limites importantes. L'hétérogénéité européenne (de la Finlande digitalisée à la Roumanie en transition numérique) suggère que les pratiques de quelques dirigeants français ne peuvent représenter l'ensemble du continent. Cette approche ignore : - Les **différences structurelles** majeures entre économies européennes - Les **spécificités réglementaires** nationales (RGPD appliqué différemment) - Les **niveaux de maturité numérique** très variables selon les pays - Les **biais culturels** dans les décisions d'achat IT ### 3\. Confusion conceptuelle flux/valeur L'étude mélange sans rigueur : - Les flux commerciaux (importations réelles) - Les profits d'IDE (rapatriements comptables) - La valeur créée localement (ignorée) Cette confusion limite la robustesse des conclusions quantitatives. ### La stratégie optimale ignorée ### Maximiser la capture de valeur, pas substituer Au lieu de chercher à remplacer les plateformes américaines, l'Europe devrait : - **Attirer les centres R&D** des géants technologiques (Microsoft investit 3,2 Md€ en Allemagne d'ici 2025) - **Former massivement** aux technologies cloud (objectif : 400 000 formations d'ici 2030) - **Se spécialiser** sur les couches applicatives (GreenTech, IndustrialTech, RegTech) - **Développer l'écosystème** autour des plateformes existantes **Cette approche générerait un ROI 10 fois supérieur** à une stratégie de substitution, permettant à l'Europe de capter 50 à 70% de la valeur ajoutée cloud tout en maintenant sa compétitivité. L'urgence créée par les tensions commerciales transatlantiques ne doit pas nous faire oublier qu'une stratégie de capture de valeur reste plus efficace qu'une substitution précipitée qui risquerait de fragiliser notre économie. ### L'exemple des entreprises européennes performantes Les entreprises technologiques européennes les plus performantes ne cherchent pas à éviter les plateformes américaines, mais à en tirer le maximum de valeur. **Spotify, SAP, ou ASML ont bâti leur succès en exploitant intelligemment l'écosystème technologique mondial**, pas en le fuyant. ### Conclusion : L'importance d'une approche économique équilibrée L'étude Asterès illustre les risques d'une approche principalement comptable des enjeux numériques. En considérant les services cloud comme des "pertes" plutôt que des investissements productifs, elle pourrait orienter l'Europe vers des stratégies sous-optimales qui affaibliraient sa compétitivité économique. **Le paradoxe à retenir** : les entreprises du Cigref bénéficient des gains de productivité générés par le cloud (15-25% en moyenne selon les études BCE), mais leurs DSI se concentrent naturellement sur l'optimisation des coûts. Cette perspective, légitime au niveau de l'entreprise, demande à être complétée par une vision macroéconomique. **Les vraies questions** que l'Europe devrait se poser ne sont pas comment réduire sa "dépendance" à des outils qui la rendent plus compétitive, mais comment : - Capter plus de valeur ajoutée cloud sur son territoire - Former ses entreprises à mieux exploiter ces outils - Développer des spécialisations européennes complémentaires - Créer les conditions d'un écosystème d'innovation florissant Dans l'économie numérique, la valeur ne se mesure pas uniquement aux flux comptables, mais aussi à la capacité d'innovation et d'adaptation. **L'enjeu pour l'Europe n'est pas de réduire ses interactions avec un écosystème technologique performant, mais d'optimiser sa position dans cet écosystème.** Cette approche économique du cloud soulève une question plus large : toutes les dépendances technologiques créent-elles de la valeur ? Si le cloud agit comme un multiplicateur de productivité évident, qu'en est-il de la cybersécurité où la valeur se mesure davantage en risques évités qu'en gains directs ? Un débat nécessaire pour éviter les amalgames. La Commission européenne, la BCE, et les recherches académiques internationales convergent vers une vision du cloud computing comme multiplicateur de valeur. Cette perspective mérite d'être intégrée dans les réflexions sur la souveraineté numérique européenne, particulièrement dans le contexte des négociations commerciales en cours. La deadline du 9 juillet 2025 nous rappelle que les décisions prises sous pression sont rarement les meilleures - raison de plus pour privilégier une analyse économique rigoureuse plutôt qu'une réaction émotionnelle. --- ### Sources et références - [Commission européenne - Measuring the economic impact of cloud computing in Europe](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/measuring-economic-impact-cloud-computing-europe?ref=klaerenn.fr) - [BCE - More digital, more productive? Evidence from European firms](https://www.ecb.europa.eu/press/blog/date/2023/html/ecb.blog230621~3c2f72aa70.en.html?ref=klaerenn.fr) - [Information Technology for Development - Economic spillovers from cloud computing](https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/02681102.2023.2292108?ref=klaerenn.fr) - [Nature - EU countries' digital transformation analysis](https://www.nature.com/articles/s41599-023-02415-1?ref=klaerenn.fr) - [IDC - Business Value of VMware Cloud on AWS](https://blogs.vmware.com/cloud/2024/02/15/idc-verdict-vmware-cloud-on-aws-outshines-on-premises-with-50-lower-costs-95-less-downtime-and-361-roi/?ref=klaerenn.fr) - [ECIPE - The EU's Trillion Dollar Gap in ICT and Cloud Computing Capacities](https://ecipe.org/publications/eu-gap-ict-and-cloud-computing/?ref=klaerenn.fr) - [RD World Online - Top 30 R&D spending leaders 2023](https://www.rdworldonline.com/top-30-rd-spending-leaders-2023-big-tech-firms-hit-new-heights/?ref=klaerenn.fr) *L'auteur remercie les sources officielles de la Commission européenne, de la BCE, de l'OCDE, ainsi que les recherches académiques publiées dans Nature et Information Technology for Development qui ont permis cette analyse critique.* --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-07-06* ### La dépendance européenne : otage d'un système de vulnérabilités qu'elle ne contrôle pas URL: https://www.klaerenn.fr/la-dependance-europeenne-otage-dun-systeme-de-vulnerabilites-quelle-ne-controle-pas/ Last updated: 2026-01-24T00:36:38.000Z *Troisième volet de notre série sur la gestion des vulnérabilités* Après avoir exploré les failles du système mondial de gestion des vulnérabilités et le rôle paradoxal des États, penchons-nous sur la situation européenne. Comment un continent technologiquement avancé s'est-il retrouvé entièrement dépendant d'infrastructures qu'il ne maîtrise pas ? Et surtout, quelles opportunités cette position apparemment défavorable pourrait-elle receler ? ### Une dépendance technique devenue stratégique L'Europe fonctionne aujourd'hui sur des rails américains en matière de cybersécurité. Le système CVE du MITRE, la base NVD du NIST, les benchmarks CIS, la liste KEV de la CISA - autant d'outils devenus indispensables au quotidien de nos équipes de sécurité. Cette standardisation mondiale présente d'indéniables avantages : un langage commun, des processus harmonisés, une mutualisation des efforts. Mais elle révèle aussi ses limites. En février 2024, la panne du NVD a mis en lumière notre vulnérabilité : pendant plusieurs semaines, de nombreuses organisations européennes ont vu leurs processus de détection perturbés. Un incident technique outre-Atlantique, et c'est tout un continent qui navigue partiellement à l'aveugle. Cette dépendance devient encore plus préoccupante avec les derniers développements : en juin 2025, l'administration Trump a annoncé une réduction de 30% des effectifs et 17% du budget de la CISA - l'agence même qui maintient la liste KEV sur laquelle s'appuient tant d'organisations européennes. Comment continuer à dépendre d'un système dont les moyens s'effondrent ? Un système qui nous submerge déjà avec 29 000+ CVE annuels sans traiter les vraies menaces - ces fameux 0,6% de zero-days qui causent 80% des dégâts. Plus subtil mais tout aussi important : les priorités américaines deviennent mécaniquement les nôtres. La liste KEV reflète les menaces perçues par la CISA, qui ne correspondent pas toujours aux réalités européennes. Les scores CVSS sont calibrés sur des contextes qui ne sont pas nécessairement les nôtres. Sans que ce soit intentionnel, nous importons des biais qui peuvent nous éloigner de nos vrais risques. ### Des coûts qui interrogent sur l'efficacité du modèle Les chiffres donnent le vertige. L'Allemagne à elle seule a subi 206 milliards d'euros de pertes liées à la cybercriminalité en 2023, montant porté à 266,6 milliards en 2024 selon Bitkom. À l'échelle européenne, on évoquait déjà 345 milliards d'euros en 2018. Ces coûts explosent notamment à cause des attaques sur la chaîne d'approvisionnement. Selon une étude récente, 71% des organisations ont subi au moins une attaque supply chain avec impact matériel sur la seule année écoulée. Un phénomène qui a doublé en un an selon Verizon. Pendant que nous nous épuisons à scanner 29 000+ CVE, les attaquants exploitent nos angles morts : 79% des entreprises admettent surveiller moins de la moitié de leur chaîne d'approvisionnement étendue. Ces montants croissants posent une question légitime : si nous dépensons tant pour appliquer scrupuleusement les standards de sécurité, pourquoi les résultats ne suivent-ils pas ? La réponse tient peut-être moins à la qualité de notre exécution qu'aux limites intrinsèques du modèle lui-même. Et comme si cette dépendance technique ne suffisait pas, l'Europe subit également les agissements de ses propres services. Car pendant qu'elle s'épuise à gérer les vulnérabilités publiques, ses propres agences - DGSE française, BND allemand, GCHQ britannique - participent au même jeu trouble de stockage secret de vulnérabilités que leurs homologues américains. L'hypocrisie n'est pas qu'américaine : elle est systémiquement occidentale. Nous dépendons d'un catalogue incomplet pour nous défendre, pendant que nos propres services contribuent à maintenir secrètes les failles les plus dangereuses. ### L'Europe en mouvement : des initiatives prometteuses L'Europe n'est pas restée passive. Le lancement de l'EUVD (European Vulnerability Database) en mai 2025 marque une étape importante. Disponible en 24 langues, intégrant les spécificités réglementaires européennes, cette base offre un début de réponse à notre dépendance. L'ENISA est également devenue CNA (CVE Numbering Authority) en janvier 2024, ce qui lui permet de contribuer directement au système global. L'incohérence la plus révélatrice ? Alors que l'EUVD vient à peine d'être lancée, le Cyber Resilience Act prévoit déjà une plateforme distincte - le Single Reporting Platform (SRP) - pour signaler les vulnérabilités activement exploitées d'ici septembre 2026\. Deux bases, deux processus, deux systèmes pour un même objectif : gérer les vulnérabilités. Cette fragmentation annoncée illustre parfaitement notre tendance à multiplier les structures plutôt qu'à simplifier les processus. Les équipes de sécurité, déjà submergées par les 29 000+ CVE annuelles, devront jongler entre l'EUVD, le SRP, sans compter les bases américaines qui restent incontournables. Les cadres réglementaires se multiplient : NIS2 pour les secteurs essentiels (qui devait être transposée au 17 octobre 2024, mais seuls six États membres l'ont fait dans les temps), CRA pour les produits numériques (obligations principales applicables en décembre 2027), DORA pour le secteur financier (en vigueur depuis janvier 2025). Chacun avec ses obligations, ses calendriers, ses autorités de supervision. Cette stratification réglementaire, bien qu'animée de bonnes intentions, perpétue paradoxalement le modèle de la course aux patches dont nous avons démontré l'inefficacité. ### L'opportunité cachée dans le retard Notre position de "suiveur" pourrait paradoxalement devenir un atout. N'ayant pas investi des décennies dans le développement d'un modèle aujourd'hui contesté, nous avons la liberté d'explorer de nouvelles approches sans le poids de l'héritage. L'EUVD pourrait devenir bien plus qu'une copie du NVD. En enrichissant les données CVE avec du contexte européen, en développant des métriques adaptées à nos spécificités, en explorant des approches complémentaires comme la résilience architecturale, nous pouvons apporter une vraie valeur ajoutée. L'idée n'est pas de remplacer le système mondial - ce serait contre-productif dans un espace cyber sans frontières. Il s'agit plutôt de l'enrichir, de le compléter, de l'adapter à nos besoins tout en restant interopérable. Utiliser les CVE comme langage commun tout en développant nos propres capacités d'analyse et de priorisation. ### Vers une approche européenne distinctive L'Europe a l'opportunité de développer une doctrine complémentaire centrée sur la résilience. Alors que le modèle dominant reste focalisé sur l'identification et la correction de chaque vulnérabilité, nous pourrions explorer plus systématiquement les architectures qui limitent l'impact des compromissions inévitables. Cette approche devient d'autant plus urgente que les attaques se déplacent vers nos points faibles. Les récentes données montrent que les attaques supply chain ont doublé en un an, touchant désormais 71% des organisations. Face à cette réalité, continuer à privilégier le scanning exhaustif de vulnérabilités au détriment de la résilience architecturale relève de l'aveuglement volontaire. Il est temps de passer de la prévention exhaustive vers la résilience systémique. Cette approche n'est pas exclusive - elle enrichit la gestion traditionnelle des vulnérabilités. Nous continuons à patcher, mais nous investissons aussi dans la capacité à fonctionner malgré les failles, à circonscrire les dégâts, à récupérer rapidement. C'est une forme de sagesse opérationnelle qui accepte l'imperfection du monde réel - et la duplicité de nos propres États. Des initiatives existent déjà. Certaines organisations européennes ont développé des modèles de défense en profondeur remarquables. Des recherches prometteuses émergent de nos universités sur la résilience des systèmes. L'enjeu est de passer de ces expériences isolées à une approche systémique. ### Construire sur des fondations partagées La force de l'Europe pourrait résider dans sa capacité à articuler global et local, standard et innovation. Nous avons besoin des CVE pour communiquer avec le reste du monde, mais rien ne nous empêche d'y ajouter notre propre intelligence. Nous devons respecter les standards internationaux tout en développant ce qui nous manque. Cette stratégie d'enrichissement progressif présente plusieurs avantages : - Elle maintient l'interopérabilité essentielle dans un monde connecté - Elle permet d'expérimenter sans tout casser - Elle offre un chemin de migration en douceur - Elle valorise nos spécificités sans nous isoler L'ENISA pourrait jouer un rôle clé en fédérant les initiatives nationales, en facilitant le partage d'expérience, en développant des outils communs. Non pas pour remplacer l'existant, mais pour y ajouter la couche d'intelligence européenne qui nous fait défaut. ### Un chemin pragmatique vers plus d'autonomie L'autonomie stratégique n'est pas l'autarcie. Dans le domaine cyber, s'isoler serait suicidaire. Mais dépendre entièrement de décisions prises ailleurs l'est tout autant. La voie européenne pourrait être celle d'une interdépendance assumée et maîtrisée. Concrètement, cela pourrait signifier : - Continuer à utiliser les référentiels mondiaux comme base commune - Y ajouter systématiquement notre propre analyse et contextualisation - Développer des capacités de continuité en cas de défaillance des systèmes américains - Investir dans des approches complémentaires, notamment autour de la résilience - Contribuer activement à l'évolution des standards mondiaux Cette approche demande de la patience et de la constance. Les résultats ne seront pas immédiats. Mais elle offre un chemin réaliste vers une position plus équilibrée, où l'Europe utilise les outils mondiaux par choix éclairé plutôt que par défaut. ### L'invitation à bâtir ensemble La situation actuelle n'est satisfaisante pour personne. Les organisations européennes croulent sous des alertes peu contextualisées. Les équipes de sécurité s'épuisent dans une course sans fin. Les coûts explosent sans que la sécurité s'améliore proportionnellement. Mais cette crise porte en elle les germes d'un renouveau. En reconnaissant lucidement notre dépendance actuelle, en identifiant ce qui fonctionne et ce qui doit évoluer, en mobilisant nos talents et nos ressources, l'Europe peut contribuer à réinventer la cybersécurité mondiale. Non pas en opposition aux modèles existants, mais en apportant ce qui leur manque. Non pas en nous isolant, mais en enrichissant l'écosystème global de nos innovations. Non pas en reproduisant les erreurs du passé, mais en explorant les voies de demain. Dans un monde où les États - y compris européens - ont choisi d'être pompiers-pyromanes, où le système de gestion est devenu sa propre vulnérabilité, l'Europe doit tracer sa voie. Une voie qui reconnaît les réalités géopolitiques sans s'y résigner. Qui utilise les outils existants sans en être prisonnière. Qui innove sans rompre. La cybersécurité mondiale a besoin de diversité dans les approches, de redondance dans les systèmes, d'innovation dans les méthodes. L'Europe, par sa position unique - technologiquement avancée mais sans l'inertie d'un modèle vieillissant - peut apporter cette contribution essentielle. Le chemin est tracé. Les outils commencent à exister. Les talents sont là. Il ne manque que la volonté collective de transformer notre dépendance actuelle en opportunité d'innovation. De faire de notre retard apparent un tremplin vers de nouvelles approches. De contribuer, à notre manière, à un cyberespace plus sûr pour tous. L'urgence de cette émancipation n'a jamais été aussi claire. Avec les coupes budgétaires massives annoncées pour la CISA américaine, le système dont nous dépendons n'est plus seulement défaillant - il est en cours de démantèlement partiel. L'Europe ne peut plus se permettre d'attendre. --- *Prochain article : "L'IA ou l'accélération du chaos : quand le coût d'attaque s'effondre"* --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-07-03* ### De CrowdStrike à la monopolisation : Comment Microsoft transforme la sécurité Windows URL: https://www.klaerenn.fr/de-crowdstrike-a-la-monopolisation-comment-microsoft-transforme-la-securite-windows/ Last updated: 2026-01-24T00:32:20.000Z ## De CrowdStrike à la monopolisation : Comment Microsoft transforme la sécurité Windows *Juin 2025 - Microsoft annonce une refonte majeure de l'architecture de sécurité Windows. Cette transformation, présentée comme une réponse à l'incident CrowdStrike de 2024, soulève des questions fondamentales sur l'avenir de la cybersécurité endpoint. Analyse d'une mutation qui pourrait redéfinir l'écosystème de sécurité informatique.* ### L'onde de choc CrowdStrike et ses répliques Le 19 juillet 2024 restera gravé dans la mémoire collective de l'IT comme le jour où 8,5 millions d'écrans Windows se sont figés dans leur livrée bleue caractéristique. Un simple bug de validation dans une mise à jour CrowdStrike - une erreur de comptage entre 20 et 21 paramètres - a suffi pour paralyser des aéroports, des hôpitaux, des institutions financières à travers le monde. Au-delà du chaos opérationnel et des milliards de pertes, cet incident a révélé une vérité dérangeante : notre infrastructure numérique mondiale repose sur des fondations plus fragiles qu'on ne l'imaginait. C'est dans ce contexte que Microsoft a dévoilé, en juin 2025, sa vision pour l'avenir de la sécurité Windows. L'annonce, présentée comme le fruit d'une collaboration avec les principaux éditeurs EDR, promet une transformation majeure : les solutions de sécurité tierces seraient progressivement éloignées du kernel Windows, confinées à opérer en mode utilisateur via de nouvelles API. Cette nouvelle architecture, développée suite au "Windows Endpoint Security Ecosystem Summit" de septembre 2024, vise officiellement à prévenir les incidents type CrowdStrike. David Weston, VP sécurité chez Microsoft, évoque un "travail collectif" impliquant "des dizaines de partenaires" dont CrowdStrike, Bitdefender, ESET et Trend Micro. Une private preview est déjà en cours avec certains membres du programme Microsoft Virus Initiative (MVI), avec des "itérations basées sur les retours" promises pour les mois à venir. Mais derrière cette façade collaborative se cache une réalité plus complexe. Comment maintenir une détection efficace des menaces sans accès privilégié au cœur du système ? Pourquoi Microsoft Defender conserverait-il des privilèges refusés aux autres ? Et surtout, est-ce vraiment le moment de réduire nos capacités de détection alors que les cybermenaces n'ont jamais été aussi sophistiquées ? ### La mécanique du changement : comprendre l'architecture Pour saisir l'ampleur de cette transformation, il faut d'abord comprendre comment fonctionnent actuellement les solutions de sécurité endpoint. Imaginez le système d'exploitation comme un building sécurisé. Le kernel, c'est le centre de contrôle au sous-sol - là où convergent tous les systèmes vitaux : électricité, ventilation, accès. Les solutions EDR actuelles ont leurs agents postés dans ce centre névralgique. Ils voient tout, entendent tout, peuvent intervenir instantanément sur n'importe quelle anomalie. Cette position privilégiée leur permet de détecter les attaques les plus sournoises - celles qui ne laissent aucune trace sur le disque, qui manipulent directement la mémoire, qui se glissent entre les processus légitimes. Les malwares "fileless" représentent aujourd'hui plus de 70% des attaques sophistiquées selon les recherches académiques récentes. Sans visibilité au niveau kernel, ces menaces deviennent virtuellement invisibles. La nouvelle architecture proposée par Microsoft déplace ces agents de sécurité du sous-sol vers le hall d'entrée. Certes, ils peuvent toujours observer les allées et venues, mais ils perdent la vision des tuyauteries, des câbles électriques, de tout ce qui se passe dans les entrailles du building. Microsoft promet de compenser avec des caméras et des capteurs - les fameuses nouvelles API - mais pourront-elles vraiment remplacer la présence physique au cœur du système ? Ironiquement, Microsoft dispose déjà d'une technologie qui pourrait offrir un compromis intéressant : eBPF (extended Berkeley Packet Filter). Initialement développé pour Linux, eBPF permet d'exécuter du code de manière sécurisée dans le kernel sans les risques associés aux drivers traditionnels. CrowdStrike l'utilise d'ailleurs sur Linux avec succès. Mais sur Windows, cette option reste curieusement sous-exploitée, Microsoft préférant apparemment une séparation plus radicale entre kernel et user space - du moins pour les solutions tierces. Les implications techniques sont préoccupantes. Bien qu'aucune étude comparative publique ne quantifie précisément la différence de taux de détection entre les approches kernel et user mode, le consensus technique est clair : avec l'architecture Windows actuelle, restreindre l'accès kernel réduirait significativement les capacités de détection des menaces avancées, particulièrement pour le fileless malware. Les chercheurs s'accordent à dire que ces malwares sont "l'une des menaces les plus difficiles à détecter pour les logiciels antivirus traditionnels" et que l'accès kernel reste actuellement nécessaire pour une protection efficace. ### Le jeu des acteurs : entre diplomatie et inquiétude La réaction de l'industrie à cette annonce révèle un malaise palpable sous le vernis des communiqués corporate. ESET, l'éditeur européen connu pour sa franchise, a choisi ses mots avec soin : "Il reste impératif que l'accès au kernel reste une option." Dans le langage feutré des relations corporate, c'est presque un cri d'alarme. SentinelOne adopte une stratégie différente, soulignant que son architecture privilégie déjà le mode utilisateur. Une façon élégante de dire : "Nous sommes prêts, mais est-ce vraiment une bonne idée pour tout le monde ?" L'entreprise glisse néanmoins que les mises à jour directes cloud-to-kernel - le modèle utilisé par certains concurrents et par Microsoft lui-même - représentent un risque inhérent. CrowdStrike, piégé par son rôle involontaire de déclencheur de cette transformation, se trouve dans une position délicate. L'entreprise affirme sa volonté de collaborer avec Microsoft tout en notant qu'un "travail significatif" reste nécessaire pour créer des solutions robustes sans accès kernel. Un euphémisme pour dire que la tâche s'annonce herculéenne. Plus révélateur encore sont les silences. Plusieurs acteurs majeurs du marché n'ont émis aucun commentaire public. Dans une industrie habituellement prompte à communiquer, ce mutisme est assourdissant. Il suggère soit des négociations tendues en coulisse, soit une évaluation fébrile des options - techniques, commerciales, voire légales. Le PDG de Cloudflare, Matthew Prince, est l'un des rares à avoir exprimé publiquement ses inquiétudes : "Les régulateurs doivent faire attention. Un monde où seul Microsoft peut fournir une sécurité endpoint efficace n'est pas un monde plus sûr." Une mise en garde qui résonne particulièrement dans le contexte actuel. ### Le paradoxe du timing : sécuriser en temps de guerre L'ironie du timing n'échappe à personne dans la communauté cybersécurité. Alors que les tensions géopolitiques atteignent des sommets - conflits en Ukraine, tensions au Moyen-Orient, rivalités sino-américaines exacerbées - Microsoft choisit ce moment précis pour potentiellement affaiblir les capacités de détection de l'écosystème Windows. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Les attaques par ransomware ont augmenté de 70% en 2024\. Les APT (Advanced Persistent Threats) étatiques sont plus actifs que jamais. Les infrastructures critiques - réseaux électriques, systèmes de santé, services financiers - subissent des assauts quotidiens. Dans ce contexte, réduire la visibilité des systèmes de défense apparaît comme une décision pour le moins surprenante. Un expert en sécurité nationale, sous couvert d'anonymat, confiait récemment : "C'est comme si on décidait de remplacer les radars militaires par des jumelles au moment où les menaces aériennes se multiplient. Techniquement, on peut toujours observer le ciel, mais on perd en précision et en temps de réaction." Cette transformation intervient également alors que l'Europe renforce ses exigences réglementaires. La directive NIS2, entrée en vigueur récemment, impose des standards de cybersécurité plus stricts aux organisations critiques. Comment concilier ces exigences accrues avec une potentielle réduction des capacités de détection ? La question reste ouverte. ### Les enjeux de régulation : l'Europe face au défi Il est intéressant de noter que cette évolution s'inscrit dans un contexte réglementaire paradoxal. Microsoft justifie en partie ces changements par un accord européen de 2009 qui l'obligeait à ouvrir l'accès au kernel Windows aux éditeurs tiers. Ironiquement, cette ouverture imposée pour garantir la concurrence pourrait aujourd'hui se refermer de manière asymétrique, créant potentiellement les conditions d'un avantage concurrentiel pour Windows Defender. L'Europe, régulièrement active sur les questions de concurrence numérique, pourrait avoir un rôle déterminant dans cette transition. La Commission européenne vient d'ailleurs de rappeler à Microsoft, dans le dossier Teams, l'importance de maintenir une concurrence équitable dans les outils numériques. Cette situation pourrait être l'occasion pour les autorités européennes de proposer un cadre qui assure que les évolutions techniques respectent l'équité concurrentielle. D'autant que l'ANSSI rappelle régulièrement l'importance de maintenir une diversité d'acteurs dans la cybersécurité, question de résilience et de sécurité des systèmes d'information. Il existe d'ailleurs des précédents. En 2017, Kaspersky avait déjà soulevé auprès de Bruxelles la question des privilèges de Windows Defender. La différence aujourd'hui, c'est l'échelle : il ne s'agit plus seulement d'un antivirus, mais de l'architecture complète de sécurité endpoint. Les régulateurs devront s'assurer que cette transformation ne crée pas de nouveaux monopoles, ne réduit pas la diversité nécessaire à la résilience, ne compromet pas la sécurité au nom de la stabilité. Leur vigilance doit s'exercer dès maintenant, pas après les premiers incidents majeurs. ### Les scénarios du futur : entre espoir et vigilance Projeter l'avenir de la cybersécurité Windows nécessite d'envisager plusieurs trajectoires possibles. Le scénario optimiste verrait Microsoft développer des API suffisamment sophistiquées pour compenser la perte d'accès kernel. Les éditeurs EDR innoveraient, créant de nouvelles approches de détection basées sur l'analyse comportementale avancée et l'intelligence artificielle. L'écosystème émergerait plus fort, plus stable, plus innovant. Un scénario médian envisage une période de transition difficile mais gérable. Les organisations adapteraient leurs architectures de sécurité, compensant les angles morts par des couches supplémentaires de défense. Le marché se consoliderait autour de quelques acteurs majeurs capables d'investir dans la R&D nécessaire. Les incidents augmenteraient temporairement avant de se stabiliser. Le scénario pessimiste, que personne ne souhaite mais que la prudence oblige à considérer, verrait une dégradation significative de la posture de sécurité globale. Les attaquants exploiteraient les angles morts créés par la nouvelle architecture. Microsoft Defender, avec ses privilèges maintenus, deviendrait une cible privilégiée - compromettre Defender signifierait compromettre potentiellement des millions de machines. Les régulateurs interviendraient tardivement, après des incidents majeurs. La réalité se situera probablement quelque part entre ces extrêmes. L'histoire nous enseigne que les transformations technologiques majeures génèrent rarement les catastrophes annoncées, mais aussi qu'elles apportent rarement les bénéfices promis sans effets secondaires imprévus. ### Naviguer la transformation : pragmatisme et préparation Pour les organisations, cette transformation impose une réévaluation fondamentale de leur stratégie de cybersécurité. La première étape consiste à comprendre précisément ce que leurs solutions actuelles peuvent détecter grâce à l'accès kernel. Cette cartographie des capacités servira de base pour identifier les compensations nécessaires. La diversification devient plus cruciale que jamais. Maintenir plusieurs solutions de sécurité, tant que l'architecture le permet, offre une redondance précieuse. Investir dans des technologies complémentaires - SIEM avancés, solutions XDR, threat intelligence - permet de créer un maillage de sécurité plus résilient. La formation des équipes prend une importance nouvelle. Les analystes SOC devront s'adapter à de nouveaux outils, de nouvelles limitations, de nouvelles approches. Le threat hunting, jusqu'ici complément utile, pourrait devenir essentiel pour compenser la perte de détection automatique. Les architectes sécurité doivent également envisager des alternatives. Pour les workloads critiques, la migration vers Linux pourrait offrir plus de flexibilité, notamment grâce à eBPF qui permet une surveillance kernel sécurisée. Cette alternative n'est pas une solution miracle, mais une option à évaluer sérieusement pour les systèmes les plus sensibles. ### Construire la résilience collective Cette transformation ne peut réussir que si l'ensemble de l'écosystème travaille de concert. Les éditeurs de sécurité doivent partager leurs retours d'expérience, les réussites comme les échecs. Les organisations utilisatrices doivent faire remonter leurs besoins réels, au-delà des discours marketing. Microsoft porte une responsabilité particulière. L'entreprise doit démontrer que cette transformation vise véritablement l'amélioration de la sécurité collective, pas simplement la consolidation de sa position sur le marché. La transparence sur les capacités réelles des nouvelles API, l'équité dans l'accès aux fonctionnalités avancées, l'ouverture au dialogue avec l'écosystème seront cruciales. La communauté recherche en cybersécurité doit intensifier ses efforts. De nouvelles approches de détection, adaptées aux contraintes du mode utilisateur, doivent être développées. L'innovation sera la clé pour transformer cette contrainte en opportunité. Au-delà des acteurs directs, cette transformation nous concerne tous. La cybersécurité n'est pas qu'une question technique. C'est un enjeu de société, de souveraineté, de confiance dans notre infrastructure numérique. Cette transformation Windows nous rappelle que les décisions techniques ont des conséquences qui dépassent largement le cadre de l'IT. ### Conclusion : entre CrowdStrike et monopolisation, un chemin étroit L'évolution proposée par Microsoft représente un changement de paradigme dans la sécurité endpoint Windows. Née de l'incident CrowdStrike qui a paralysé des millions de machines, cette transformation promet stabilité et standardisation. Mais elle soulève aussi des questions fondamentales sur l'équilibre entre sécurité, innovation et concurrence. Le défi est multiple : technique d'abord, avec la nécessité de maintenir une détection efficace des menaces avancées sans accès kernel ; économique ensuite, avec le risque de concentration du marché autour de Microsoft Defender ; géopolitique enfin, dans un contexte où les cybermenaces n'ont jamais été aussi présentes. L'histoire jugera si cette transformation aura été un tournant nécessaire ou une erreur stratégique. Entre l'incident CrowdStrike qui justifie le changement et les risques de monopolisation qui se dessinent, le chemin est étroit. Notre responsabilité collective est d'observer, d'alerter et de nous adapter - car au final, c'est bien la sécurité réelle de nos systèmes qui est en jeu, pas les discours qui l'entourent. ### Sources et références ### Incident CrowdStrike et analyse technique - [CrowdStrike - Channel File 291 Incident Root Cause Analysis](https://www.crowdstrike.com/wp-content/uploads/2024/08/Channel-File-291-Incident-Root-Cause-Analysis-08.06.2024.pdf?ref=klaerenn.fr) \- Rapport officiel détaillant l'erreur de comptage des paramètres - [Wikipedia - 2024 CrowdStrike-related IT outages](https://en.wikipedia.org/wiki/2024%5FCrowdStrike-related%5FIT%5Foutages?ref=klaerenn.fr) \- Vue d'ensemble de l'incident et ses impacts - [Harvard Business Review - What the 2024 CrowdStrike Glitch Can Teach Us About Cyber Risk](https://hbr.org/2025/01/what-the-2024-crowdstrike-glitch-can-teach-us-about-cyber-risk?ref=klaerenn.fr) \- Analyse des implications business ### Annonces Microsoft et changements d'architecture - [Microsoft Learn - What's new in Windows Server 2025](https://learn.microsoft.com/en-us/windows-server/get-started/whats-new-windows-server-2025?ref=klaerenn.fr) \- Nouvelles fonctionnalités de sécurité - [How-To Geek - Microsoft Is Making Major Changes to Windows Security](https://www.howtogeek.com/windows-kernel-security-changes/?ref=klaerenn.fr) \- Vue d'ensemble des changements kernel - [TechSpot - The Windows kernel is about to receive a security-focused redesign](https://www.techspot.com/news/108472-windows-kernel-about-receive-security-focused-redesign-after.html?ref=klaerenn.fr) \- Détails sur la refonte post-CrowdStrike - [Help Net Security - Microsoft plans to limit security products' access to Windows kernel mode](https://www.helpnetsecurity.com/2024/11/19/windows-kernel-security-vendors/?ref=klaerenn.fr) \- Private preview juillet 2025 ### Recherche académique sur le fileless malware - [MDPI - Enhancing Linux System Security: A Kernel-Based Approach to Fileless Malware Detection](https://www.mdpi.com/2079-9292/13/17/3569?ref=klaerenn.fr) \- Approche CoE pour la détection - [Cybersecurity Journal - An emerging threat Fileless malware: a survey and research challenges](https://cybersecurity.springeropen.com/articles/10.1186/s42400-019-0043-x?ref=klaerenn.fr) \- Vue d'ensemble des défis - [ScienceDirect - Fileless malware threats: Recent advances, analysis approach through memory forensics](https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0957417422021510?ref=klaerenn.fr) \- Techniques de détection avancées - [ScienceDirect - A survey on the evolution of fileless attacks and detection techniques](https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S016740482300562X?ref=klaerenn.fr) \- Évolution historique des attaques ### Questions de concurrence et régulation - [The Register - EU gave CrowdStrike keys to Windows kernel, Microsoft claims](https://www.theregister.com/2024/07/22/windows%5Fcrowdstrike%5Fkernel%5Feu/?ref=klaerenn.fr) \- Accord UE 2009 - [Stratechery - Crashes and Competition](https://stratechery.com/2024/crashes-and-competition/?ref=klaerenn.fr) \- Analyse des implications concurrentielles - [Computer Weekly - Why is CrowdStrike allowed to run in the Windows kernel?](https://www.computerweekly.com/news/366598838/Why-is-CrowdStrike-allowed-to-run-in-the-Windows-kernel?ref=klaerenn.fr) \- Contexte réglementaire - [Reuters - EU probes Microsoft's security software practices](https://www.reuters.com/world/europe/eu-antitrust-probes-microsofts-security-software-practices-information-reports-2024-02-27/?ref=klaerenn.fr) \- Enquêtes antitrust en cours ### eBPF et alternatives techniques - [eBPF.io](http://ebpf.io/?ref=klaerenn.fr)[ \- Introduction, Tutorials & Community Resources](https://ebpf.io/?ref=klaerenn.fr) \- Documentation officielle eBPF - [Kodem - Comparing eBPF and Kernel Modules for Application Security](https://www.kodemsecurity.com/resources/comparing-ebpf-and-kernel-modules-for-application-vulnerability-detection-and-attack-monitoring?ref=klaerenn.fr) \- Comparaison détaillée - [Datadog - What is eBPF? How it Works & Use Cases](https://www.datadoghq.com/knowledge-center/ebpf/?ref=klaerenn.fr) \- Vue d'ensemble pratique - [ACM - SafeBPF: Hardware-assisted Defense-in-depth for eBPF Kernel Extensions](https://dl.acm.org/doi/10.1145/3689938.3694781?ref=klaerenn.fr) \- Recherche sur la sécurité eBPF ### Positions des acteurs du marché - [CrowdStrike - Tech Analysis: CrowdStrike's Kernel Access and Security Architecture](https://www.crowdstrike.com/en-us/blog/tech-analysis-kernel-access-security-architecture/?ref=klaerenn.fr) \- Position officielle de CrowdStrike - [SecurityWeek - Microsoft's Take on Kernel Access and Safe Deployment](https://www.securityweek.com/microsofts-take-on-kernel-access-and-safe-deployment-practices-following-crowdstrike-incident/?ref=klaerenn.fr) \- Summit de septembre 2024 - [BCS - CrowdStrike and kernel-level access: a deep dive](https://www.bcs.org/articles-opinion-and-research/crowdstrike-and-kernel-level-access-a-deep-dive/?ref=klaerenn.fr) \- Analyse technique approfondie ### Architecture EDR et efficacité comparative - [Apriorit - User Mode and Kernel Mode in Cyber Security Technology Implementation](https://www.apriorit.com/dev-blog/439-kernel-mode-vs-user-mode?ref=klaerenn.fr) \- Comparaison technique - [BeyondTrust - Kernel Versus User Mode? - It's a Question of Security](https://www.beyondtrust.com/blog/entry/kernel-versus-user-mode-its-a-question-of-security?ref=klaerenn.fr) \- Perspective sécurité - [Outflank - EDR Internals for macOS and Linux](https://www.outflank.nl/blog/2024/06/03/edr-internals-macos-linux/?ref=klaerenn.fr) \- Architecture EDR multi-plateformes --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-06-29* ### SecNumCloud n'est pas le problème, c'est notre confusion qui l'est URL: https://www.klaerenn.fr/secnumcloud-nest-pas-le-probleme-cest-notre-confusion-qui-lest/ Last updated: 2026-01-24T00:30:59.000Z *Tribune* Un spectre hante le débat numérique français : celui de la souveraineté perdue. Entre ceux qui dénoncent l'insuffisance de nos dispositifs et ceux qui les défendent, nous tournons en rond. Et si le problème n'était pas nos outils, mais notre incapacité collective à distinguer sécurité et souveraineté ? ### Le malentendu originel SecNumCloud fait parfaitement son travail : sécuriser. Avec ses 1160 points de contrôle et son architecture de défense en profondeur, il transforme même notre approche de la protection. Plutôt que promettre l'impossible - une forteresse inviolable - il garantit que toute intrusion sera détectée, tracée, documentée avec des preuves opposables. C'est du pragmatisme efficace, pas de l'illusion. Lui reprocher de ne pas nous rendre souverains, c'est comme reprocher à un gilet pare-balles de ne pas nous apprendre à éviter les conflits. Ce n'est simplement pas son rôle. La loi SREN, elle, régule le marché du cloud pour limiter les pratiques d'enfermement. Elle ne prétend pas révolutionner notre paysage technologique mais encadrer des pratiques commerciales. Ces outils font exactement ce pour quoi ils ont été conçus. Le problème survient quand on leur reproche de ne pas faire ce qu'ils n'ont jamais prétendu accomplir. ### L'équation oubliée de la valeur Mais il y a plus pervers encore. La donnée est le carburant de l'économie numérique, mais ce carburant n'a de valeur que transformé par des logiciels innovants. Or, SecNumCloud sécurise parfaitement le réservoir... sans garantir l'accès aux moteurs les plus performants. Les organisations font face à un choix cornélien : la sécurité maximale avec des outils limités, ou l'innovation débridée avec des risques assumés. Chez les géants du cloud, elles trouvent l'IA intégrée, la collaboration sophistiquée, l'innovation constante. Chez un hébergeur SecNumCloud, elles ont la conformité et la sécurité... mais où sont les outils de création de valeur comparables ? Cette dichotomie révèle notre confusion entre trois dimensions distinctes, comme l'analysait déjà Tariq Krim depuis une dizaine d'années : - La sécurité (que SecNumCloud garantit excellemment) - La souveraineté des données via leur localisation (que la SREN encadre) - La souveraineté logicielle qui transforme ces données en valeur (largement ignorée) Nous avons laissé la notion originelle de souveraineté numérique - la maîtrise de nos outils logiciels - être réduite à une simple question d'hébergement. ### Le coût de l'aveuglement volontaire Vincent Strubel de l'ANSSI l'a dit clairement : "Il n'y a pas de contre-mesure technique permettant de protéger du droit extraterritorial." Cette vérité dérange mais libère. Dans un monde interconnecté, la question n'est pas "comment devenir hermétique ?" mais "comment maximiser notre protection tout en créant de la valeur ?". Les solutions hybrides comme S3NS (Thales-Google) ou Bleu (Orange-Capgemini-Microsoft) tentent ce compromis. Imparfaites ? Sans doute. Mais elles essaient au moins de concilier sécurité et innovation, contrôle opérationnel français et technologies de pointe. Pendant ce temps, nous développons une suite bureautique souveraine que personne n'utilise. Nous renouvelons nos contrats Microsoft tout en parlant d'indépendance. Nous formons nos enfants sur des outils dont nous ne maîtrisons rien. Cette schizophrénie révèle le vrai problème : nous voulons la souveraineté sans en payer le prix. ### Dépasser le faux dilemme La voie existe, mais elle demande de dépasser l'opposition stérile entre sécurité et innovation. D'abord, arrêtons de critiquer SecNumCloud pour ce qu'il n'est pas. C'est un excellent outil de sécurité, utilisons-le comme tel. Ensuite, attaquons le vrai défi : comment créer de la valeur avec des données sécurisées ? Cela passe par : - Des investissements massifs dans des solutions logicielles européennes capables de rivaliser - Des consortiums associant les exigences de sécurité les plus élevées et l'innovation des startups et éditeurs - L'usage progressif de solutions souveraines, en acceptant temporairement un écart fonctionnel - Le développement d'écosystèmes complets, pas de silos sécurisés mais stériles Le cadre réglementaire pour la protection des données sensibles existe depuis des années. Les outils sont là. Ce qui manque, c'est la vision systémique et la volonté de construire. ### L'heure de la cohérence Le débat sur SecNumCloud et la SREN révèle notre rapport ambigu à la souveraineté. Nous la proclamons sans la construire. Nous confondons sécurité et indépendance pour éviter les vrais choix. Cette confusion doit cesser. Non pour le plaisir conceptuel, mais parce qu'elle nous paralyse. La vraie question n'est pas "SecNumCloud est-il suffisant ?" mais "comment transformer nos données sécurisées en valeur souveraine ?". La France a les talents et les moyens pour redevenir un acteur majeur du numérique. Mais cela demande de la lucidité : SecNumCloud sécurise excellemment. La SREN régule utilement. Ni l'un ni l'autre ne créent la souveraineté - et ce n'est pas leur rôle. La souveraineté se construira par l'articulation intelligente de la sécurité et de l'innovation, par des investissements ciblés dans les logiciels autant que dans les infrastructures, par des choix cohérents assumés dans la durée. Cessons de reprocher à nos outils de sécurité de ne pas nous rendre souverains. Utilisons-les pour ce qu'ils sont - des fondations solides - et construisons dessus l'écosystème numérique dont nous avons besoin. Les outils sont là. La volonté de bien les utiliser, elle, reste à démontrer. --- *Franck ROUXEL* --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-06-19* ### Conférence : Souveraineté numérique et cybersécurité URL: https://www.klaerenn.fr/conference-souverainete-numerique-inasp/ Last updated: 2026-01-24T12:04:45.000Z Le 20 juin 2025, j'interviens à la Mairie du 17e arrondissement de Paris aux côtés de Jérôme Augusseau (Naval Group), Valérie Doye et Jean-Michel Lafine (Davidson Consulting). Nous aborderons les défis industriels, stratégiques et humains liés à la construction d'une autonomie numérique française. [Voir l'événement sur le Pôle d'excellence cyber →](https://www.pole-excellence-cyber.org/evenements/souverainete-numerique-cybersecurite-conference-paris-2025/?ref=klaerenn.fr) ### Cybersécurité : Et si on arrêtait de complexifier ce qui devrait être simple ? URL: https://www.klaerenn.fr/cybersecurite-et-si-on-arretait-de-complexifier-ce-qui-devrait-etre-simple/ Last updated: 2026-01-24T00:29:14.000Z *Le rapport de la Cour des comptes sur la cybersécurité vient de paraître. 112 pages qui confirment ce que le terrain sait déjà : notre approche actuelle nous mène droit dans le mur. Mais au-delà des constats, ce document révèle surtout notre incapacité collective à penser simple quand il s'agit de cyber. Proposition pour une approche radicalement différente.* --- "Il faudrait 652 ans à l'ANSSI pour auditer une fois toutes les entités concernées par NIS2." Ce calcul, tiré du rapport de la Cour des comptes, résume notre problème. Face à cette impossibilité mathématique, que proposons-nous ? Plus de structures de coordination, plus de comités, plus de process. C'est notre réflexe pavlovien : quand ça ne marche pas, on complexifie. ### Première leçon du terrain : Ce qui marche est toujours simple Prenons [Cybermalveillance.gouv.fr](http://cybermalveillance.gouv.fr/?ref=klaerenn.fr). Cette plateforme traite 280 000 demandes par an avec 19 personnes et 3 millions d'euros. Soit environ 10€ par assistance. Un miracle d'efficacité. Son secret ? La simplicité. Un point d'entrée unique. Un diagnostic automatisé. Une mise en relation directe avec des professionnels certifiés. Pas de comité de pilotage stratégique transverse. Juste un service qui répond à un besoin. Paradoxe : cette réussite est en situation de précarité budgétaire permanente. Pourquoi ? Parce qu'elle ne rentre pas dans les cases. Trop directe, trop efficace, pas assez institutionnelle. ### Deuxième leçon : L'exemplarité vaut mieux que mille réglementations Le rapport révèle que l'État affiche un score de maturité cyber de 42,4%. L'objectif minimal est à 65%. Nous sommes donc 23 points sous notre propre standard. Dans le même temps, nous nous apprêtons à transposer NIS2 pour 15 000 entités. La directive européenne prévoit des sanctions jusqu'à 2% du chiffre d'affaires, certes. Mais leur application reste à la discrétion des autorités de contrôle. Cette dissonance pose une question simple : avec quelle crédibilité un État à 42,4% de maturité peut-il sanctionner des entreprises qui font des efforts ? Le choix d'appliquer ou non les sanctions révélera notre vraie philosophie : punir ou progresser ensemble ? ### Troisième leçon : Les entreprises comprennent le risque, pas le jargon Les dirigeants de PME ne sont pas des inconscients. Ils gèrent quotidiennement des risques : commercial, financier, humain, réglementaire. La cyber n'est qu'un risque parmi d'autres. Ce qu'ils ne comprennent pas, c'est pourquoi on brandit des sanctions théoriques (que nous n'aurons de toute façon pas les moyens de contrôler) plutôt que de les aider concrètement à progresser. Un crédit d'impôt cyber de 50% transformerait instantanément NIS2 d'une contrainte en opportunité. Mais c'est trop simple, donc on préfère agiter le bâton de sanctions qu'on appliquera... ou pas. ### Proposition pour une approche qui pourrait (vraiment) marcher ### 1\. Arrêtons de réinventer ce qui fonctionne Les parcours de cybersécurité ont fait progresser 946 entités de D+ à B pour 86 000€ en moyenne. ROI prouvé. Méthode validée. Solution évidente : industrialiser ce dispositif pour accompagner les 15 000 entités NIS2. Mais non. Le programme s'arrête faute de financement pérenne. On préfère lancer de nouvelles expérimentations. **Proposition** : Sanctuariser 150M€/an pour déployer 2000 parcours cyber annuels. En 7 ans, tout le périmètre NIS2 serait couvert. Simple, chiffré, faisable. ### 2\. Un euro par Français pour la cyber de proximité [Cybermalveillance.gouv.fr](http://cybermalveillance.gouv.fr/?ref=klaerenn.fr) a prouvé son utilité. Donnons-lui les moyens de ses ambitions. **Proposition** : 1€ par citoyen par an = 67M€. De quoi décupler les capacités, créer des antennes régionales, former des milliers de professionnels labellisés. C'est le prix d'un timbre-poste pour protéger nos TPE/PME. Qui peut sérieusement s'y opposer ? ### 3\. L'État doit montrer l'exemple avant d'exiger Principe simple : pas d'obligations nouvelles pour le privé tant que le public n'atteint pas 65% de maturité cyber. **Proposition** : Un "contrat de confiance cyber". L'État s'engage sur un calendrier de mise à niveau. En contrepartie, les entreprises acceptent une montée en charge progressive des obligations. Et surtout : moratoire sur les sanctions tant que l'État n'a pas atteint ses propres objectifs. La carotte avant le bâton. ### 4\. Simplifier radicalement l'écosystème Aujourd'hui : SGDSN, ANSSI, OSIIC, VIGINUM, COMCYBER, COMCYBER-MI, DGSI, C4, COSINUS, CINUS, C3PC... Un millefeuille illisible. **Proposition** : Un guichet unique par région. Un interlocuteur. Un process. Des solutions. Les entreprises s'en fichent de savoir si elles dépendent du CSIRT sectoriel, territorial ou ministériel. Elles veulent juste de l'aide quand elles sont attaquées. ### 5\. Transformer la contrainte en opportunité économique NIS2 représente 100 à 200k€ d'investissement par PME. C'est énorme. Sauf si... **Proposition** : Crédit d'impôt cyber de 50% sur 3 ans. Amortissement accéléré des investissements. Bonus RSE pour les entreprises certifiées. Résultat : la cyber devient un avantage compétitif, pas un centre de coût. Les entreprises se battront pour être conformes. Plus besoin de brandir des sanctions. ### Le vrai enjeu : Choisir entre sanctionner et accompagner La directive NIS2 nous laisse le choix. Les sanctions jusqu'à 2% existent sur le papier. Mais c'est à nous de décider : veut-on une cyber de la peur ou une cyber de la confiance ? Avec 23 audits par an pour 15 000 entités, l'application des sanctions sera de toute façon arbitraire. Qui sera contrôlé ? Sur quels critères ? Avec quelle équité ? Plutôt que cette loterie punitive, construisons un système où les entreprises VEULENT être conformes parce que c'est dans leur intérêt. ### Pour conclure : Le courage du bon sens La cybersécurité n'est pas un sujet technique. C'est un sujet de bon sens. Financer ce qui marche. Accompagner plutôt que menacer. Simplifier au lieu de complexifier. Montrer l'exemple avant d'exiger. Ces principes sont d'une banalité confondante. C'est justement pour ça qu'ils pourraient fonctionner. Le rapport de la Cour des comptes a posé le diagnostic. À nous maintenant d'avoir le courage de la simplicité. Et surtout, le courage de choisir : veut-on vraiment élever le niveau de cyber-résilience collective, ou juste avoir un nouveau prétexte pour sanctionner ? Car pendant qu'on débat de l'application des sanctions qu'on n'aura pas les moyens de contrôler, les cyberattaquants, eux, avancent. Et ils ont le mérite de la simplicité : ils attaquent, point. La vraie question n'est pas de savoir si on PEUT sanctionner. C'est de savoir si on DOIT le faire quand on pourrait obtenir de meilleurs résultats en accompagnant. Le choix est entre nos mains. Espérons que nous choisirons la sagesse plutôt que l'autorité. --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-06-17* ### Président du jury des Trophées de la Cybersécurité 2025 URL: https://www.klaerenn.fr/trophees-cybersecurite-2025-president-jury/ Last updated: 2026-01-24T11:56:19.000Z J'ai l'honneur de présider le jury des Trophées de la Cybersécurité 2025, organisés par Solutions Numériques et la Fédération Française de la Cybersécurité. Avec un jury de décideurs et professionnels engagés, nous évaluerons les projets autour des enjeux actuels : cloud souverain, conformité NIS 2, cybersécurité by design, Zero Trust. Remise des prix le 6 novembre au Tech Show Paris. [Lire l'article sur Solutions Numériques →](https://www.solutions-numeriques.com/dossiers/trophees-de-la-cybersecurite-2025-recompenser-ceux-qui-securisent-le-numerique-de-demain/?ref=klaerenn.fr) ### Les États, architectes cachés du marché noir des vulnérabilités : quand la défense nationale alimente l'insécurité globale URL: https://www.klaerenn.fr/les-etats-architectes-caches-du-marche-noir-des-vulnerabilites-quand-la-defense-nationale-alimente-linsecurite-globale/ Last updated: 2026-01-24T00:24:19.000Z ### Introduction : le paradoxe fondamental Dans l'ombre des discours officiels sur la cyberdéfense, se cache une réalité troublante : les États, qui se présentent comme les garants de notre sécurité numérique, sont simultanément les principaux financeurs du marché noir des vulnérabilités. Cette contradiction fondamentale structure l'écosystème de la cybersécurité mondiale, créant une insécurité systémique au nom de la sécurité nationale. ### 1\. L'économie cachée des zero-days : les États comme acteurs majeurs ### Les chiffres qui révèlent l'hypocrisie Les budgets dédiés aux acquisitions de zero-days par les agences gouvernementales atteignent des sommets : - NSA/CIA : 25-50 millions de dollars annuels - Services chinois : 30-50 millions de dollars annuels - Services russes : 10-20 millions de dollars annuels - DGSE (France) : 5-10 millions d'euros annuels - BND (Allemagne) : 4,5 millions d'euros annuels (programmés jusqu'en 2020) - Budget combiné européen : 30-50 millions d'euros annuels L'évolution des prix sur le marché révèle une inflation spectaculaire alimentée par la demande étatique : - 2015 : Zerodium offrait jusqu'à 1,5 million de dollars pour un exploit iOS - 2019 : Les prix atteignent 2,5 millions de dollars pour Android - 2024 : Crowdfense propose 5-7 millions de dollars pour iOS, 3-5 millions pour WhatsApp/iMessage - 2025 : Zerodium suspend ses opérations, symptôme d'un marché en surchauffe Ces investissements massifs ont créé un écosystème où les programmes de bug bounty privés (plafonnant généralement à 100 000 dollars) sont structurellement non compétitifs face aux budgets étatiques. ### La mécanique perverse du marché Cette dynamique crée un cercle vicieux : 1. Les États achètent des vulnérabilités pour leurs capacités offensives 2. Ces achats établissent des prix élevés qui attirent les chercheurs 3. Les vulnérabilités restent non divulguées, maintenant l'insécurité globale 4. Les criminels profitent de ce marché structuré pour acquérir leurs propres armes 5. Les citoyens et entreprises restent vulnérables plus longtemps Cette tendance s'est encore accentuée récemment, comme l'illustre la réorientation des ressources gouvernementales américaines. En 2025, tandis que l'administration Trump a considérablement réduit le budget de la CISA (Cybersecurity and Infrastructure Security Agency) – l'agence responsable de la protection des infrastructures critiques – elle a simultanément renforcé les capacités offensives du pays. Cette décision budgétaire témoigne d'un choix stratégique clair : privilégier l'attaque sur la défense, alimentant davantage ce cercle vicieux. ### 2\. Le "shadow inventory" : l'angle mort systémique ### La face cachée de l'iceberg Si les 0,6% de vulnérabilités zero-day causent 80% des dommages dans les cyberattaques sophistiquées, et que le marché noir échange 200-300 zero-days majeurs par an, les experts estiment qu'il existe un "stock caché" de 3000 à 5000 vulnérabilités critiques non divulguées. Ce "shadow inventory" s'est considérablement développé avec l'émergence de l'écosystème israélien. Des entreprises comme NSO Group (Pegasus), Candiru ou Paragon, toutes issues de la fameuse Unit 8200, ont industrialisé le développement d'exploits sophistiqués destinés exclusivement aux gouvernements. Leurs arsenaux, soumis à l'approbation du ministère de la Défense israélien, représentent des milliers de vulnérabilités maintenues secrètes. Ce "shadow inventory" représente : - Des vulnérabilités stockées par les agences de renseignement occidentales - Les arsenaux des entreprises israéliennes (NSO, Candiru, Paragon) - Des failles connues des courtiers privés mais non vendues - Des exploits en circulation sur le marché noir - Des backdoors intentionnelles maintenues secrètes L'acquisition récente de Paragon par AE Industrial Partners (500-900 millions de dollars en décembre 2024) illustre la consolidation de ce marché sous contrôle américain, après l'échec de la tentative d'acquisition de NSO par L3Harris en 2022. ### L'illusion de la transparence Les 29 000+ CVE publiés annuellement ne représentent que la partie visible d'une réalité bien plus sombre. Pendant que les organisations s'épuisent à gérer ce flux constant, les attaques les plus dévastatrices exploitent des vulnérabilités issues de ce stock invisible, soigneusement entretenu par les États eux-mêmes. ### 3\. La doctrine du "pompier-pyromane" ### EternalBlue : le cas d'école L'affaire EternalBlue illustre parfaitement cette contradiction. Développé par la NSA pour ses opérations, cet exploit a été dérobé et utilisé dans l'attaque WannaCry en 2017, causant des milliards de dollars de dégâts à travers le monde et paralysant des hôpitaux britanniques. La NSA avait connaissance de cette vulnérabilité pendant des années sans la divulguer à Microsoft. ### La justification de la "défense offensive" Les États justifient ces pratiques par des arguments de sécurité nationale : - Nécessité de capacités cyber-offensives pour la défense - Avantage stratégique dans les conflits géopolitiques - Protection contre les adversaires qui font de même Cependant, cette logique crée une course aux armements numériques où chaque acteur contribue à l'insécurité générale au nom de sa propre sécurité. ### L'intensification de la posture offensive Cette doctrine s'est considérablement renforcée ces dernières années. En mai 2025, Alexei Bulazel, directeur principal pour le cyber au Conseil de sécurité nationale américain, a clairement exprimé l'intention de l'administration Trump de "déstigmatiser et normaliser" l'utilisation offensive du cyber comme outil de puissance nationale. Il a notamment déclaré qu'il était essentiel d'être capable "de répondre de la même manière" si les États-Unis sont ciblés par des cyberattaques, ajoutant que "ne pas répondre est en soi une escalade" qui encourage les comportements malveillants. Cette évolution doctrinale s'accompagne d'une restructuration des organes de cybersécurité, avec un accent mis sur les capacités offensives au détriment des missions défensives traditionnelles. La nomination de responsables cyber ayant une orientation offensive marquée, associée aux coupes budgétaires dans les agences de protection civile, illustre parfaitement cette tendance à la militarisation croissante du cyberespace. ### 4\. L'Europe face à ses contradictions : l'hypocrisie occidentale révélée ### Entre discours défensif et pratiques offensives L'analyse des pratiques européennes révèle une contradiction fondamentale entre les discours publics et les pratiques secrètes. Pendant que l'Union européenne développe des initiatives comme l'EUVD et prône la cybersécurité défensive, les services de renseignement européens participent activement au même système qu'ils critiquent publiquement. Les exemples les plus frappants de cette hypocrisie incluent : **Le GCHQ britannique** : Pilier européen du stockage de vulnérabilités depuis 1999, le GCHQ a développé des systèmes comme Tempora (2008) pour l'interception massive. Il maintient des partenariats étroits avec les télécoms et a activement aidé le BND allemand à "réformer ou réinterpréter" les lois restrictives sur l'interception. Son processus d'équité des vulnérabilités (VEP) n'a été rendu public qu'en 2018, soit 19 ans après sa création. **Le BND allemand** : Après le hack du Bundestag en 2015, l'Allemagne a opéré un virage significatif vers l'offensif. Le BND a budgété 4,5 millions d'euros pour l'achat de zero-days jusqu'en 2020, créé ZITiS (agence spécialisée dans le contournement du chiffrement) et lancé une Agence d'innovation cyber dotée de 200 millions d'euros sur cinq ans - dont 80% pour la recherche offensive. Paradoxalement, alors que le BSI prône la divulgation complète des vulnérabilités, le BND en stocke secrètement. **La DGSE française** : Maintient une approche particulièrement opaque avec une collaboration étroite avec le GCHQ ("cooperate and share"). Décrite par les services britanniques comme un "partenaire techniquement compétent et très motivé", la France n'a jamais publié de processus transparent de gestion des vulnérabilités. ### La perte de contrôle stratégique européen L'exemple le plus symbolique de cette perte de contrôle est celui de VUPEN, entreprise française fondée en 2009 à Montpellier par Chaouki Bekrar. VUPEN était devenue un acteur majeur du marché européen des vulnérabilités, avec des abonnements à 100 000 dollars par an et une clientèle exclusivement gouvernementale. En 2015, Bekrar ferme VUPEN et crée Zerodium, basé à Washington DC. Cette migration transatlantique illustre parfaitement comment l'Europe a perdu le contrôle d'un acteur stratégique de son écosystème cybernétique. Zerodium est devenu l'un des principaux courtiers mondiaux avant de suspendre ses opérations en janvier 2025, symptôme d'un marché en profonde mutation. Cette perte de contrôle se manifeste également dans les tentatives d'acquisition d'entreprises européennes par des groupes américains, comme les négociations avortées autour de NSO Group ou l'acquisition récente de Paragon par AE Industrial Partners. ### Le dilemme de la souveraineté numérique L'Europe se trouve face à un choix impossible qui révèle toute la complexité du dilemme de la souveraineté numérique : - Participer au marché pour ne pas être désarmée face aux autres puissances - Ou refuser ce jeu et risquer un désavantage stratégique dans un environnement où tous les autres acteurs disposent de ces capacités Cette situation illustre comment la structure même du marché des vulnérabilités perpétue les déséquilibres géopolitiques. L'Europe, malgré ses ambitions d'autonomie stratégique, reste tributaire d'un écosystème largement dominé par les acteurs américains et leurs partenaires (notamment israéliens). Ce dilemme s'est encore complexifié avec les récentes décisions américaines concernant leurs cibles prioritaires. Par exemple, lorsque l'administration Trump a ordonné à Cyber Command de suspendre ses opérations contre la Russie pour se concentrer sur d'autres menaces comme les cartels mexicains, les alliés européens se sont retrouvés dans une position délicate, devant réévaluer leur propre posture défensive face à des menaces que leur principal partenaire avait décidé de déprioritiser. ### L'absence de coordination européenne Contrairement aux États-Unis qui disposent d'une approche relativement coordonnée via la NSA, la CISA et le processus VEP, l'Europe souffre d'une fragmentation institutionnelle qui affaiblit sa capacité de réponse : - **Absence de VEP européen** : Aucun processus harmonisé de gestion des vulnérabilités entre les différents services européens - **ENISA limitée** : Rôle principalement défensif, sans autorité sur les services de renseignement nationaux - **Fragmentation nationale** : Chaque pays gère ses vulnérabilités selon ses propres règles et priorités - **Manque de transparence démocratique** : Les citoyens européens ignorent largement que leurs services participent à ces pratiques Cette fragmentation crée une situation où les citoyens européens sont doublement vulnérables : aux failles gardées secrètes par leurs propres services ET par les services étrangers, sans aucun mécanisme de coordination ou de transparence démocratique. ### 5\. Les implications pour la sécurité globale ### L'asymétrie fondamentale renforcée Comme l'ont souligné plusieurs experts en économie de la cybersécurité : "While hackers need to buy only one zero-day to succeed, targets must buy all of them." Cette asymétrie est délibérément maintenue par les États qui : - Financent la découverte de vulnérabilités - Retardent leur divulgation - Créent les conditions économiques favorisant l'offensive sur la défense ### Le coût caché pour la société Cette politique a des conséquences mesurables qui s'étendent bien au-delà des simples coûts financiers : - Les cyberattaques coûtent 180 milliards d'euros annuellement à l'économie européenne - Les ransomwares exploitant des zero-days génèrent des gains de 5-50 millions par campagne - Les entreprises dépensent des milliards en cyberdéfense réactive plutôt qu'en architecture sécurisée - La consolidation du marché sous contrôle américain (acquisition de Paragon pour 500-900 millions, tentatives sur NSO) réduit l'autonomie stratégique européenne L'hypocrisie occidentale a également un coût démocratique : les citoyens européens et américains sont maintenus dans l'ignorance des pratiques de leurs propres services, qui contribuent à l'insécurité qu'ils subissent. Cette double vulnérabilité - aux failles gardées secrètes par leurs propres services ET par les services étrangers - constitue un déficit démocratique majeur dans la gouvernance de la cybersécurité. ### 6\. Vers une approche réaliste : vivre avec le paradoxe ### Les limites du réformisme Face au constat du rôle des États dans le maintien de l'insécurité numérique globale, certains experts proposent des solutions idéalistes comme un marché régulé des vulnérabilités ou des traités internationaux sur la non-prolifération des cyber-armes. Ces propositions, bien qu'intellectuellement séduisantes, se heurtent à des obstacles fondamentaux : - **L'impératif stratégique** : Aucun État ne renoncera à ses capacités offensives tant que ses adversaires en conserveront. Dans un monde où la cyber-puissance est devenue un élément central de la sécurité nationale, le désarmement unilatéral ou même multilatéral reste une chimère. - **L'impossibilité de vérification** : Contrairement aux armements conventionnels, les cyber-capacités sont immatérielles et facilement dissimulables. Comment vérifier qu'un État a effectivement renoncé à l'exploitation de zero-days quand ceux-ci peuvent être stockés sur quelques lignes de code dans des serveurs secrets? - **L'économie souterraine inévitable** : Toute tentative de régulation créerait inévitablement un marché parallèle encore plus opaque et probablement à des prix plus élevés, aggravant potentiellement la situation. Ce constat n'est pas une invitation au pessimisme, mais à une lucidité stratégique : le paradoxe du "pompier-pyromane" n'est pas une anomalie temporaire, mais une caractéristique structurelle de notre environnement numérique pour les décennies à venir. ### La résilience comme réponse pragmatique Face à cette réalité géopolitique, la seule réponse viable n'est pas l'éradication illusoire des vulnérabilités, mais la construction de systèmes suffisamment résilients pour en limiter l'impact : - **L'architecture segmentée comme nouvelle norme** : Plutôt que de miser uniquement sur l'imperméabilité impossible, concevoir des systèmes où la compromission d'un élément ne compromet pas l'ensemble. Les analyses post-incident montrent que plus de 70% des attaques réussies auraient pu être contenues si les architectures avaient été correctement compartimentées. - **La réduction de la surface d'attaque** : Minimiser délibérément la complexité des systèmes critiques, privilégiant la robustesse sur la richesse fonctionnelle. Chaque fonctionnalité supplémentaire constitue un vecteur d'attaque potentiel – une leçon encore trop souvent négligée. - **La préparation à l'inévitable** : Développer systématiquement des capacités de détection précoce, d'isolement rapide et de reconstruction post-compromission. Les organisations les plus résilientes ne sont pas celles qui prétendent être inviolables, mais celles qui peuvent récupérer rapidement après une attaque. - **L'investissement dans la résilience humaine** : Former les équipes à opérer en mode dégradé, et maintenir des protocoles manuels de secours pour les fonctions critiques. Cette résilience opérationnelle reste le parent pauvre de la cybersécurité, pourtant crucial face à des attaquants disposant de capacités offensives avancées. Des États aux organisations : l'autonomisation nécessaire Si les États ne peuvent être la solution à un problème qu'ils contribuent à maintenir, les organisations doivent développer leur propre autonomie défensive : - **L'auto-responsabilisation critique** : Cesser de compter exclusivement sur les correctifs fournis par les éditeurs ou les alertes gouvernementales. Les organisations matures développent leurs propres capacités d'évaluation des risques et d'implémentation de contre-mesures temporaires (workarounds) indépendamment des patches officiels. - **La mutualisation sectorielle** : Les entreprises d'un même secteur partagent souvent des vulnérabilités similaires. Des coalitions sectorielles de partage d'information et de bonnes pratiques offrent une alternative concrète aux mécanismes étatiques défaillants. - **L'acceptation calculée du risque résiduel** : Reconnaître qu'un niveau zéro de risque est impossible et allouer les ressources en conséquence, en privilégiant la protection des actifs véritablement critiques plutôt qu'une approche égalitaire illusoire de "tout patcher". Cette approche pragmatique reconnaît que nous ne résoudrons pas le paradoxe fondamental des États comme architectes de l'insécurité numérique. Elle propose plutôt de construire des systèmes qui peuvent survivre et fonctionner malgré cette réalité géopolitique immuable. Des études menées par le CERT-EU suggèrent que les organisations ayant adopté cette philosophie de résilience par conception ont réduit l'impact financier des incidents de sécurité de 62% en moyenne, même lorsqu'elles étaient ciblées par des attaques exploitant des vulnérabilités zero-day sophistiquées. ### Conclusion : la lucidité face à l'hypocrisie systémique occidentale La révélation du rôle des États dans le maintien de l'insécurité numérique globale appelle à une lucidité nouvelle dans nos approches de la cybersécurité. La réalité géopolitique actuelle rend illusoire toute résolution du paradoxe fondamental : tant que les États occidentaux considéreront les capacités cyber offensives comme un attribut essentiel de leur souveraineté, ils continueront à jouer ce double jeu, finançant les vulnérabilités qu'ils prétendent combattre. L'analyse des pratiques européennes révèle que ce paradoxe n'est pas spécifiquement américain, mais constitue une caractéristique systémique de l'approche occidentale de la cybersécurité. Du GCHQ britannique à la DGSE française, en passant par le BND allemand, tous participent à la même hypocrisie : prôner publiquement la cybersécurité défensive tout en développant secrètement des capacités offensives et en stockant des vulnérabilités zero-day. Les développements récents aux États-Unis, marqués par une réorientation significative vers les capacités offensives au détriment des mesures défensives, ne font qu'accentuer cette tendance. L'intention clairement exprimée de "normaliser" l'utilisation offensive du cyber comme outil de puissance nationale, associée à des coupes budgétaires dans les agences de protection, confirme que nous sommes face à un phénomène structurel et non à une anomalie temporaire. Dans ce contexte, les organisations – entreprises, institutions publiques et infrastructures critiques – ne peuvent compter que sur elles-mêmes. L'ère où l'on pouvait déléguer sa sécurité aux mécanismes étatiques ou aux correctifs des éditeurs est révolue. La résilience par conception, la segmentation architecturale et l'auto-responsabilisation défensive constituent non pas des options, mais des impératifs de survie dans un environnement numérique fondamentalement hostile. L'Europe, avec ses initiatives comme le Cyber Resilience Act et l'EUVD, peut jouer un rôle dans l'atténuation des effets de ce paradoxe. Non pas en se berçant d'illusions sur une régulation mondiale impossible, mais en favorisant une culture de la résilience, en exigeant des architectures sécurisées, et en développant des mécanismes d'autonomie défensive qui réduisent la dépendance aux systèmes et aux décisions américaines. Mais cela nécessitera d'abord de reconnaître et de corriger ses propres contradictions. Les 0,6% de zero-days qui causent l'essentiel des dégâts ne sont pas une anomalie statistique, mais le symptôme d'un système délibérément maintenu dans un état d'insécurité structurelle par l'ensemble des puissances occidentales. Il est temps d'accepter cette réalité et de concevoir nos systèmes non plus pour un monde idéal où chaque vulnérabilité serait corrigée, mais pour le monde réel où certaines failles seront toujours exploitées avant même d'être connues. La véritable lucidité consiste à reconnaître que la sécurité nationale telle que conçue par les États occidentaux continuera de se construire au détriment de la sécurité globale. Notre réponse ne peut être qu'adaptative : bâtir des systèmes qui restent fonctionnels et résilients même lorsqu'ils sont partiellement compromis. C'est dans cette capacité de résistance, et non dans une illusoire invulnérabilité, que réside notre meilleure défense face à ce paradoxe structurel qui transcende les frontières nationales et révèle l'hypocrisie systémique de l'approche occidentale de la cybersécurité. --- ### Bibliographie 1. MITRE Corporation (2025). "CVE Program Funding Crisis Report". McLean: MITRE, février 2025. 2. Moussouris, K., et al. (2015). "Zero-Day Market Economics: Incentives for Defensive Tools". Harvard/MIT/Facebook Research Collaboration, avril 2015. 3. Council on Foreign Relations (2016). "Using Incentives to Shape the Zero-Day Market". New York: CFR, septembre 2016. 4. Google Threat Intelligence Group (2025). "2024 Zero-Day Exploitation Analysis". Mountain View: Google, janvier 2025. 5. RAND Corporation (2017). "Zero Days, Thousands of Nights: The Life and Times of Zero-Day Vulnerabilities". RAND Corporation Research Report. 6. ENISA (2024). 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RAND Corporation Policy Research. --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-05-28* ### L'affaire Polytechnique : quand l'ambiguïté des "données sensibles" fragilise notre souveraineté numérique URL: https://www.klaerenn.fr/laffaire-polytechnique-quand-lambiguite-des-donnees-sensibles-fragilise-notre-souverainete-numerique/ Last updated: 2026-01-24T00:20:22.000Z L'audition récente de Laura Chaubard, directrice générale de l'École polytechnique, devant la commission d'enquête du Sénat illustre parfaitement le dilemme français face à la souveraineté numérique. La décision de migrer les services administratifs de cette grande école, sous tutelle du ministère des Armées, vers Microsoft 365 a déclenché une vive controverse. ### Le nœud du problème : qu'est-ce qu'une "donnée sensible" ? Au cœur de ce débat se trouve une question apparemment simple mais fondamentalement complexe : qu'est-ce qu'une donnée sensible dans une institution publique stratégique ? - **L'approche pragmatique de la direction** : Mme Chaubard défend une vision restrictive où seules les données des laboratoires classés en Zone à Régime Restrictif (ZRR) méritent une protection souveraine. Les données administratives seraient, selon elle, suffisamment protégées par les garanties contractuelles de Microsoft. - **L'approche stratégique des sénateurs** : Pour eux, toute donnée d'une école formant des ingénieurs pour la défense nationale présente potentiellement un intérêt d'intelligence économique et mérite protection. Cette divergence n'est pas anodine. Elle révèle l'exploitation d'une zone grise réglementaire qui permet à chacun d'interpréter à sa convenance l'Instruction Interministérielle n° 901/SGDSN/ANSSI. ### Une ambiguïté réglementaire problématique Cette instruction définit les systèmes d'information sensibles comme ceux qui "traitent d'informations dont la divulgation à des personnes non autorisées, l'altération ou l'indisponibilité sont de nature à porter atteinte à la réalisation des objectifs des entités qui les mettent en œuvre." Cette définition présente trois faiblesses majeures : 1. **Elle est fonctionnelle plutôt que catégorielle** : pas de liste précise de types de données 2. **Elle comporte une dimension subjective** : la notion d'atteinte aux objectifs est interprétable 3. **Elle ne hiérarchise pas les niveaux de sensibilité** contrairement au régime du secret défense Malgré les tentatives de clarification par la récente loi SREN (mai 2024), le flou persiste et permet aux institutions de minimiser leurs obligations en matière de protection des données. ### Au-delà des définitions : un choix de société Ce débat technique masque un choix fondamental pour notre pays : privilégions-nous le pragmatisme à court terme ou l'autonomie stratégique à long terme ? L'argument principal de Mme Chaubard est l'absence d'alternatives souveraines offrant des fonctionnalités équivalentes à Microsoft 365\. Cet argument, recevable sur le plan opérationnel immédiat, révèle le cercle vicieux dans lequel nous sommes enfermés : - Les institutions choisissent les solutions américaines pour leur efficacité - Ce choix affaiblit la demande pour des solutions souveraines - Sans demande forte, les solutions souveraines peinent à se développer - L'écart fonctionnel persiste, justifiant de nouveaux choix non-souverains La réaction de Proton, offrant gratuitement ses services à Polytechnique suite à cette controverse, souligne l'existence d'alternatives européennes qui mériteraient d'être explorées. ### Pour une clarification nécessaire Cette controverse met en lumière l'urgence d'une refonte de notre cadre réglementaire avec : 1. Une **typologie claire des niveaux de sensibilité** des données publiques 2. Des **critères objectifs** d'évaluation des risques 3. Une **gouvernance transparente** des choix technologiques stratégiques Sans ces clarifications, nos ambitions de souveraineté numérique resteront des vœux pieux, systématiquement sacrifiées sur l'autel du pragmatisme de court terme et des contraintes budgétaires. ### Une question de volonté politique Le cas de l'École polytechnique est emblématique d'un problème plus large : malgré un arsenal législatif croissant (loi pour une République numérique, loi SREN...), la souveraineté numérique française continue de reculer dans les faits. La responsabilité n'incombe pas uniquement aux dirigeants d'institutions, mais aussi aux décideurs politiques qui doivent : - Clarifier les obligations réglementaires - Financer adéquatement la transition numérique souveraine - Imposer une cohérence entre discours et pratiques À l'heure où la France et l'Europe affirment vouloir reprendre le contrôle de leur destin numérique, l'affaire Polytechnique nous rappelle que le chemin vers la souveraineté passe d'abord par des définitions claires et une volonté politique sans faille. --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-05-20* ### Les enfants de la Cyber #3 : Souveraineté URL: https://www.klaerenn.fr/les-enfants-de-la-cyber-03-souverainete/ Last updated: 2026-02-03T13:11:48.000Z Troisième épisode de *Les enfants de la Cyber*, le podcast cybersécurité co-animé avec Julien Merali. Dans cet épisode, nous abordons **la souveraineté numérique**. ## Au programme SecNumCloud, Cloud de confiance, extraterritorialité américaine... Comment naviguer ce paysage complexe ? ### La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités : quand le système censé nous protéger devient notre point faible URL: https://www.klaerenn.fr/la-vulnerabilite-de-la-gestion-des-vulnerabilites-quand-le-systeme-cense-nous-proteger-devient-notre-point-faible/ Last updated: 2026-01-24T00:00:51.000Z ### Le paradoxe originel : un système critique sans garantie de pérennité L'ironie est cruelle : le système mondial de gestion des vulnérabilités informatiques, censé être le pilier de notre cybersécurité collective, est lui-même devenu une vulnérabilité critique. Cette infrastructure, sur laquelle reposent les défenses de millions d'organisations à travers le monde, vacille sur des fondations précaires. En 2024, le monde de la cybersécurité a tremblé lorsque le financement fédéral américain du programme CVE, opéré par MITRE, a failli être interrompu. In extremis, un renouvellement provisoire de 11 mois a été accordé, mais l'alerte était donnée. Cette situation précaire s'est encore aggravée début 2025, lorsque MITRE a annoncé une nouvelle crise de financement, mettant en péril la maintenance du système CVE et laissant planer l'incertitude sur sa continuité sans réforme profonde de son modèle économique. Plus inquiétant encore, en mai 2025, la CISA (Cybersecurity and Infrastructure Security Agency) américaine a été confrontée à une réduction significative de son budget opérationnel, compromettant sa capacité à maintenir à jour le catalogue KEV (Known Exploited Vulnerabilities). Ce catalogue, devenu une référence mondiale pour prioriser les correctifs de sécurité, a vu ses mises à jour ralenties, laissant de nombreuses organisations sans directive claire sur les vulnérabilités activement exploitées par les attaquants. Le National Vulnerability Database (NVD) du NIST, autre pilier de cet écosystème, n'est pas en meilleure posture. En février 2024, une panne technique a paralysé les mises à jour pendant plusieurs semaines, affectant plus de 60% des scanners de vulnérabilités utilisés en Europe. Le NVD a par ailleurs accumulé une "dette technique" de plus de 17 000 CVE non traités à la mi-2024, illustrant les limites d'un système centralisé face à l'explosion du volume de vulnérabilités. Ces crises successives révèlent un paradoxe fondamental : comment un système aussi critique pour la sécurité mondiale peut-il reposer sur des financements aussi fragiles et une infrastructure aussi vulnérable ? La réponse à cette question nous amène à examiner les failles structurelles profondes du modèle dominant. ### Les failles structurelles du modèle dominant ### La course sans fin : l'explosion exponentielle des CVE ### De la modestie à la démesure (1999-2024) L'histoire du système CVE est celle d'une croissance devenue incontrôlable. Lancé en septembre 1999 avec seulement 321 vulnérabilités, le système semblait alors une solution élégante pour créer un langage commun de la sécurité informatique. Les premières années ont vu une croissance modeste mais gérable : en 2002, la liste CVE comptait 2 032 entrées, avec environ 150 à 200 nouvelles vulnérabilités ajoutées chaque mois. Le tournant est venu progressivement. En 2014, face à l'approche de la limite des 10 000 CVE annuels, le format d'identification a dû être révisé (passage de CVE-YYYY-NNNN à CVE-YYYY-NNNNN+). Cette modification technique masquait une réalité plus profonde : le système commençait à être submergé par sa propre croissance. L'accélération s'est ensuite emballée : - 2021 : environ 20 000 CVE par an - 2022 : plus de 25 000 CVE par an - 2023 : record historique avec plus de 29 000 CVE - 2024 : projection de 52 000 CVE (données d'août 2024) - 2025 : prévision de plus de 500 nouveaux CVE par semaine Aujourd'hui, avec plus de 277 000 CVE cumulés dans la base MITRE, nous assistons à une multiplication par 860 du volume initial. Cette croissance exponentielle, loin d'être un signe de succès, est devenue le symptôme d'un système qui court après sa propre queue. ### L'accélération insoutenable Cette explosion quantitative s'accompagne d'une accélération qualitative tout aussi problématique. La fenêtre d'exploitation des vulnérabilités s'est dramatiquement réduite, passant de 45 jours en 2020 à seulement 15 jours en 2023\. Les organisations sont prises dans une course contre la montre permanente, devant traiter un flux incessant de nouvelles vulnérabilités tout en sachant que les attaquants peuvent les exploiter de plus en plus rapidement. La dette technique du NVD, avec ses 17 000 CVE en retard de traitement, symbolise l'impasse du modèle actuel. Le système produit plus d'alertes qu'il ne peut en traiter, créant un bruit de fond qui noie les véritables menaces dans un océan d'informations. ### Le paradoxe économique : quand les attaquants adoptent le modèle startup Face à cette situation, les attaquants sophistiqués ont développé une approche radicalement différente, adoptant ce qu'on pourrait appeler un "modèle startup" de la cyberattaque. ### L'asymétrie fondamentale attaque/défense L'asymétrie entre attaquants et défenseurs n'a jamais été aussi marquée. Comme l'ont souligné plusieurs experts en économie de la cybersécurité : "While hackers need to buy only one zero-day to succeed, targets must buy all of them." Cette formule résume parfaitement le déséquilibre structurel : pendant que les défenseurs tentent de colmater des milliers de brèches, les attaquants n'ont besoin que d'une seule faille inconnue pour réussir. ### Le business model des zero-days Les attaquants ont transformé cette asymétrie en avantage économique, adoptant une approche qui rappelle étrangement celle des startups disruptives : **L'investissement initial** : Comme toute startup prometteuse, l'acquisition d'un zero-day demande un investissement conséquent. Les prix ont explosé ces dernières années : - 2016 : Le FBI paie 1,3 million de dollars pour un exploit iPhone - 2020 : Les exploits Zoom se négocient jusqu'à 500 000 dollars - Aujourd'hui : Certains zero-days critiques dépassent le million de dollars **Le time-to-market critique** : Une fois l'investissement réalisé, la course contre la montre commence. Les attaquants doivent exploiter la vulnérabilité avant qu'elle ne soit découverte et corrigée. Cette fenêtre d'opportunité, bien que limitée, offre un accès privilégié aux cibles les plus protégées. **Le ROI extraordinaire** : Malgré le coût initial élevé, le retour sur investissement peut être spectaculaire. Une seule vulnérabilité zero-day bien exploitée peut compromettre des milliers de systèmes, générant des gains financiers ou stratégiques considérables. **L'exit strategy** : Comme dans le monde des startups, la sortie est planifiée dès le départ. Une fois le zero-day "brûlé" (découvert et patché), les attaquants passent simplement au suivant, perpétuant un cycle d'innovation malveillante. ### L'angle mort structurel Cette approche "startup" exploite un angle mort fondamental du système actuel. Pendant que les entreprises mobilisent des ressources considérables pour gérer plus de 25 000 nouveaux CVE par an, les attaquants se concentrent sur quelques vulnérabilités inconnues mais dévastatrices. Les chiffres sont éloquents : - Avant 2022 : moins de la moitié des vulnérabilités les plus exploitées étaient des zero-days - 2023 : 10 des 15 vulnérabilités les plus exploitées étaient initialement des zero-days - 2024 : 44% des zero-days ciblent spécifiquement les technologies d'entreprise (contre 11,8% en 2019) Ce basculement vers les zero-days n'est pas un hasard : c'est la réponse rationnelle des attaquants à un système de défense qui s'est focalisé sur la quantité au détriment de la qualité. ### Le mythe de la neutralité technique La prétention à la neutralité du système CVE/NVD masque des biais géographiques et politiques significatifs. Les scores CVSS, présentés comme des évaluations objectives, sont en réalité définis selon des critères et des priorités largement américains. La liste KEV (Known Exploited Vulnerabilities) de la CISA reflète naturellement les menaces perçues par les États-Unis, qui ne correspondent pas toujours aux réalités européennes. L'évolution récente du CVSS illustre ces défis. La version 4.0, sortie en octobre 2023, vise à mieux prendre en compte les impacts sur les chaînes d'approvisionnement et offre une granularité accrue. Cependant, fin 2024, seuls 27% des organisations avaient migré vers cette nouvelle version, créant une fragmentation supplémentaire dans un écosystème déjà complexe. Plus inquiétant encore, le retour de Donald Trump à la présidence américaine en 2025 et sa politique DOGE (Directorate of Government Efficiency) ont ravivé les craintes d'une instrumentalisation géopolitique de ces ressources. La probabilité de restrictions d'accès à certaines informations stratégiques de cybersécurité, autrefois considérée comme hypothétique, est désormais prise au sérieux par de nombreux experts européens, particulièrement après les récentes coupes budgétaires affectant la CISA. ### La fragilité économique Le contraste est saisissant entre la fragilité économique des infrastructures publiques de cybersécurité et la prospérité du marché des vulnérabilités. D'un côté, le programme CVE survit grâce à des financements précaires, renouvelés au coup par coup. De l'autre, le marché des zero-days affiche une santé insolente, avec des transactions se chiffrant en centaines de milliers, voire millions de dollars. Cette disparité révèle une faille fondamentale dans le modèle économique de la cybersécurité : les incitations sont structurellement alignées en faveur de l'offensive plutôt que de la défense. Comme l'ont souligné plusieurs chercheurs, "bug bounties are far too low in relative price to be directly competitive with the offense market prices". Les programmes de récompense des éditeurs, plafonnant généralement entre 10 000 et 100 000 dollars, ne peuvent rivaliser avec les prix du marché gris où les gouvernements sont prêts à payer des millions pour des capacités offensives. ### L'effet domino : quand la faille devient systémique La panne du NVD en février 2024 a servi de révélateur brutal à la fragilité systémique de notre infrastructure de cybersécurité. Plus de 60% des scanners de vulnérabilités utilisés en Europe ont connu des perturbations significatives, créant des angles morts dans la détection des nouvelles failles pendant plusieurs semaines. Cette paralysie en cascade a mis en lumière une dépendance critique : la majorité des outils de sécurité européens s'appuient directement sur les données du NVD pour fonctionner. Lorsque cette source unique défaille, c'est tout l'écosystème qui vacille. Les analyses post-incident ont révélé que de nombreuses organisations ont dû suspendre leurs processus de scan automatisé, laissant potentiellement des vulnérabilités critiques non détectées pendant la période de panne. De même, la récente réduction des capacités opérationnelles de la CISA a eu un impact mondial immédiat. Plusieurs organisations européennes qui s'appuyaient sur le catalogue KEV pour prioriser leurs correctifs se sont retrouvées sans directive claire, devant improviser leurs propres méthodes de priorisation. Cette situation a créé une disparité dans les réponses aux menaces, certaines vulnérabilités activement exploitées restant non corrigées pendant des semaines. Le risque géopolitique s'ajoute désormais à ces vulnérabilités techniques. Avec l'administration Trump et l'initiative DOGE, la possibilité que les États-Unis utilisent leur contrôle sur ces infrastructures comme levier stratégique n'est plus du domaine de la fiction. Les tensions commerciales ou diplomatiques pourraient théoriquement conduire à des restrictions d'accès, laissant l'Europe dangereusement exposée. ### Vers une réinvention nécessaire ### De la réaction à la prévention : changer de paradigme Face à l'échec manifeste du modèle "patch-or-die", un changement de paradigme s'impose. La course effrénée aux correctifs, loin de renforcer notre sécurité, a créé un système où la quantité prime sur la qualité, où la réaction l'emporte sur la prévention. La défense en profondeur, concept classique mais souvent négligé, offre une alternative prometteuse. Plutôt que de tout miser sur la correction rapide de chaque vulnérabilité, cette approche vise à créer des couches successives de sécurité. Ainsi, même si une vulnérabilité est exploitée, son impact reste limité par d'autres mécanismes de protection. Une étude du CERT-EU analysant 200 incidents majeurs en 2022-2023 révèle que dans 78% des cas, l'impact aurait pu être significativement réduit par une architecture correctement compartimentée, même en présence de la vulnérabilité initiale exploitée. Ce constat souligne l'importance cruciale de repenser notre approche de la sécurité. ### L'approche réglementaire européenne : entre perpétuation et innovation Face à cette crise systémique, l'Europe a déployé un arsenal réglementaire qui, paradoxalement, oscille entre la perpétuation du modèle défaillant et des tentatives d'innovation. ### NIS2 : l'institutionnalisation explicite d'une pratique ancienne La directive NIS2, entrée en application en octobre 2024, représente moins une innovation qu'une formalisation explicite de pratiques déjà largement répandues. Son article 21.2(e) impose : "Security in network and information systems acquisition, development and maintenance, including **vulnerability handling and disclosure**" Cette exigence n'est pas nouvelle. Déjà présente de manière implicite dans NIS1 (2016) et dans de nombreuses réglementations sectorielles antérieures, la gestion des vulnérabilités était depuis longtemps une obligation de fait. Ce que NIS2 apporte de nouveau, c'est une harmonisation trans-sectorielle de ces exigences et une extension massive du périmètre : **160 000 entités** concernées (contre 10 000 sous NIS1). Mais fondamentalement, NIS2 perpétue et institutionnalise à grande échelle le même modèle réactif "patch everything" qui prévaut depuis des décennies. Les organisations doivent toujours corriger toutes les failles identifiées dans des délais stricts, maintenant des processus de gestion basés sur les CVE/NVD américains. Cette approche légalise la "course aux patches" avec ses **29 000+ CVE annuelles**, mobilisant des ressources considérables pour une efficacité discutable face aux **0,6% de zero-days** qui causent les vrais dégâts. ### CRA : une véritable tentative d'innovation Le Cyber Resilience Act (CRA), dont l'application principale est prévue pour décembre 2027, représente la première véritable rupture avec le modèle traditionnel : - **Interdiction** de commercialiser des produits avec des "vulnérabilités exploitées connues" - Obligation de **sécurité dès la conception** ("security by design") - Responsabilité des fabricants pendant **toute la durée de vie** du produit - Signalement des vulnérabilités dans les **24 heures** Cette approche marque un vrai changement de paradigme : plutôt que de perpétuer la responsabilité des utilisateurs finaux à "tout patcher", le CRA déplace le fardeau vers les fabricants. C'est une tentative de "fermer le robinet" des vulnérabilités à la source. Les projections de l'ENISA suggèrent que le CRA pourrait **réduire de 30% le volume de vulnérabilités critiques** d'ici 2030\. Cependant, même cette innovation ne résout pas le problème fondamental des zero-days exploités par les attaquants sophistiqués. ### Conclusion : l'urgence d'un changement de cap Le système actuel de gestion des vulnérabilités a atteint ses limites structurelles. La course aux patches, loin de nous protéger, a créé un environnement où les attaquants prospèrent en exploitant nos angles morts. Le paradoxe est total : le système censé nous défendre est devenu notre vulnérabilité la plus critique. Les récentes turbulences affectant le MITRE, le NVD et la CISA nous rappellent brutalement la fragilité de cette infrastructure essentielle. Cette situation n'est pas seulement un problème technique ou organisationnel, mais une menace stratégique pour la sécurité numérique mondiale. Il est temps de reconnaître que la perfection est impossible, que certaines vulnérabilités existeront toujours, et que la véritable résilience ne réside pas dans la quête illusoire du zéro défaut, mais dans la création de systèmes intrinsèquement résistants malgré leurs imperfections. La vision d'un nouveau paradigme de sécurité émerge : moins réactif, plus résilient ; moins centralisé, plus distribué ; moins focalisé sur la quantité, plus attentif à la qualité. Un système qui ne court plus après les vulnérabilités mais les anticipe, qui ne se contente pas de colmater les brèches mais renforce les fondations. La vulnérabilité de la gestion des vulnérabilités n'est pas une fatalité. C'est un appel à l'innovation, à la créativité, à la construction d'un avenir numérique plus sûr et plus résilient. Il est temps de transformer cette faiblesse systémique en force stratégique. *Dans un prochain article, j'examinerais la dépendance européenne aux standards américains de gestion des vulnérabilités et les initiatives émergentes pour construire une autonomie stratégique dans ce domaine crucial.* --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-05-09* ### Les enfants de la Cyber #2 : IA appliquée à la Cyber URL: https://www.klaerenn.fr/les-enfants-de-la-cyber-02-ia-cyber/ Last updated: 2026-02-03T13:10:07.000Z Deuxième épisode de *Les enfants de la Cyber*, le podcast cybersécurité co-animé avec Julien Merali. Dans cet épisode, nous abordons **l'IA appliquée à la cybersécurité**. ## Au programme Comment l'IA transforme la détection des menaces ? Vrais enjeux de l'IA et comment séparer le signal du bruit. ### De la Défense Périmétrique à l'Antifragilité : La Métamorphose de la Cybersécurité URL: https://www.klaerenn.fr/de-la-defense-perimetrique-a-lantifragilite-la-metamorphose-de-la-cybersecurite/ Last updated: 2026-01-22T19:05:35.000Z *Franck Rouxel, expert en cybersécurité, cumule plus de 25 ans d'expérience dans le numérique. Ancien officier de l'armée de l'air, il a occupé des postes stratégiques de RSSI et de conseiller en sécurité. Son expertise dans la protection des systèmes critiques et sa vision holistique de la sécurité l'amènent aujourd'hui à explorer les dimensions organisationnelles et culturelles de la transformation numérique, essentielles à la résilience des entreprises.* ### L'essence de la défense numérique Il fut un temps où les pare-feu et VPN constituaient l'essence même de la défense numérique. Aujourd'hui, ces bastions d'une époque révolue laissent place à des systèmes plus nuancés, où l'intelligence artificielle, le XDR, le Zero Trust, le SASE et le SOAR redéfinissent progressivement le paysage de la cybersécurité. Plutôt que de s'enorgueillir d'un passé glorieux, il convient de reconnaître que l'évolution de la sécurité informatique repose sur une combinaison subtile d'innovation et de pragmatisme. L'analyse des premières solutions, simples et parfois naïves, révèle que les fondations posées jadis ont préparé le terrain à des mécanismes de défense bien plus complexes et adaptatifs. Ces innovations, si elles promettent une détection des menaces affinée et une réponse automatisée à la hauteur des défis actuels, présentent néanmoins des difficultés notables lors de leur intégration dans les systèmes d'information existants. Les organisations se heurtent souvent à l'enchevêtrement d'outils sophistiqués – EDR, XDR, SOAR – qui, mal orchestrés, risquent de transformer leur environnement en un labyrinthe complexe. À cette équation s'ajoute la lourdeur persistante des systèmes legacy, héritages d'une ère moins numérique, qui continuent d'entraver l'harmonisation des processus. Ce cocktail – un savant mélange d'innovations de pointe et de technologies d'un autre temps – illustre avec une pointe d'ironie que le progrès ne s'improvise pas et que la coordination minutieuse reste indispensable pour éviter que l'excès de technologie ne se mue en un casse-tête insurmontable. ### La dépendance croissante aux infrastructures cloud et les aléas géopolitiques Au-delà de ces enjeux d'intégration, une dimension souvent négligée dans l'évaluation des solutions de cybersécurité modernes réside dans leur dépendance croissante aux infrastructures cloud. Les XDR, SOAR et autres plateformes avancées s'appuient massivement sur des architectures distribuées, hébergées chez les grands fournisseurs cloud internationaux. Cette évolution, si elle apporte agilité et puissance analytique, introduit également une vulnérabilité systémique dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu. Les récentes tensions internationales révèlent la fragilité de ces équilibres. Un cas emblématique est celui du cadre juridique des transferts de données transatlantiques, actuellement mis à l'épreuve par des bouleversements politiques aux États-Unis. La remise en question des organes de contrôle indépendants comme le Privacy and Civil Liberties Oversight Board (PCLOB) ou le Data Protection Review Court (DPRC) illustre parfaitement comment des changements politiques peuvent, en quelques semaines, fragiliser des accords internationaux considérés comme stables. Face à ces incertitudes, les organisations doivent désormais intégrer à leur analyse de risques la possibilité de perturbations majeures dans l'accès à leurs solutions de sécurité : que se passerait-il si, suite à des tensions diplomatiques, un fournisseur cloud étranger se voyait contraint de suspendre ses services ? Comment garantir la continuité de la détection et de la réponse aux incidents si les flux de données analytiques étaient soudainement interrompus par une décision réglementaire ou politique ? Cette problématique exige une évaluation minutieuse des architectures sous-jacentes aux solutions de cybersécurité déployées. Le choix d'un fournisseur XDR ou SOAR ne peut plus se limiter à ses capacités techniques, mais doit intégrer la résilience de son infrastructure face aux aléas géopolitiques et sa conformité durable aux exigences réglementaires comme le RGPD ou la NIS2. ### L'arrivée imminente de l'informatique quantique et ses répercussions Parallèlement à ces préoccupations immédiates, l'horizon technologique s'assombrit avec l'arrivée imminente de l'informatique quantique. Les algorithmes de cryptographie traditionnels – RSA, ECC – voient leur robustesse mise en question par la promesse d'une puissance de calcul inédite. Le redouté scénario du « stocker maintenant, décrypter plus tard » n'est plus à exclure : des données précieuses, interceptées aujourd'hui, pourraient être déchiffrées demain par des machines quantiques. Pour répondre à ce défi, la communauté internationale s'active autour de la normalisation des algorithmes post-quantiques, avec des initiatives menées par le NIST, l'ANSSI et d'autres acteurs de premier plan. Cependant, l'expérience de la transition TLS 1.1 vers TLS 1.2 nous enseigne que de telles migrations cryptographiques à l'échelle mondiale peuvent prendre bien plus longtemps que prévu – près d'une décennie pour TLS 1.2, malgré une standardisation dès 2008\. La transition vers la cryptographie post-quantique s'annonce encore plus complexe, car elle implique non seulement des changements de protocoles, mais une refonte fondamentale des primitives cryptographiques sous-jacentes. Les obstacles structurels observés lors de la migration TLS sont susceptibles de se reproduire, mais avec une ampleur accrue : inertie des systèmes legacy, retard d'adoption dans certains secteurs (comme l'éducation et l'administration publique qui accusaient encore 40% de retard en 2020 pour TLS 1.2), et difficulté à coordonner une transition homogène à travers des écosystèmes hétérogènes. Si la migration TLS 1.2 a nécessité des annonces coordonnées des grands navigateurs et l'appui de réglementations sectorielles comme PCI-DSS, la transition post-quantique exigera une stratégie encore plus globale et concertée. De plus, contrairement à TLS 1.2 qui apportait des améliorations incrémentales, les algorithmes post-quantiques présentent des caractéristiques radicalement différentes (signatures et clés plus volumineuses, nouvelles propriétés mathématiques) qui pourraient affecter la performance et nécessiter des adaptations matérielles. La transition post-quantique devra donc naviguer entre l'urgence sécuritaire et les contraintes pratiques de déploiement, tout en évitant la fragmentation qui pourrait résulter de l'adoption de solutions temporaires divergentes. Dans ce contexte, les approches hybrides combinant cryptographie classique et post-quantique semblent incontournables pour assurer une transition en douceur, à l'image de la coexistence prolongée de TLS 1.0/1.1 avec TLS 1.2 qui a permis la continuité des services pendant la période de migration. ### La cybersécurité dans un paysage en constante évolution Dans ce paysage en constante évolution, la cybersécurité ne saurait se réduire à une question purement technique. L'évolution des menaces impose une révision des modes de gouvernance, où le rôle du RSSI, désormais CISO, se mue en véritable levier stratégique. Ce dernier, qui n'est plus cantonné aux opérations techniques, doit aujourd'hui traduire les risques en enjeux économiques et culturels, et guider l'ensemble de l'organisation vers une posture résiliente. Dans ce contexte, la notion d'antifragilité – la capacité non seulement à résister aux chocs mais à s'en enrichir – émerge comme un concept déterminant. Cette philosophie, adoptée par des entreprises avant-gardistes, ouvre la voie à une mutation du CISO vers le rôle de Chief Resilience Officer, une fonction qui transcende la sécurité pure pour englober la gestion globale des risques, qu'ils soient cyber ou organisationnels. La gouvernance moderne, soutenue par une approche agile et collaborative, se doit ainsi d'intégrer cette dimension antifragile, favorisant une adaptation constante et une anticipation des imprévus, sans pour autant renoncer à la rigueur nécessaire pour répondre aux exigences réglementaires et aux défis géopolitiques. Les incertitudes géopolitiques actuelles viennent renforcer cette nécessité d'évolution, soulignant l'importance d'une approche prudente en matière de délégation de services critiques. Les organisations doivent réexaminer leurs dépendances technologiques à l'aune de scénarios de crise jusqu'alors considérés comme improbables : suspension soudaine d'accords internationaux sur les transferts de données, rupture d'approvisionnement en services cloud, ou restrictions d'accès aux mises à jour de sécurité. Cette nouvelle réalité appelle au développement de stratégies de souveraineté numérique, où les considérations de continuité opérationnelle s'étendent bien au-delà des traditionnels plans de reprise d'activité. Il s'agit désormais d'anticiper les conséquences de décisions politiques prises à des milliers de kilomètres, susceptibles d'affecter en quelques heures la disponibilité de services jugés essentiels. La diversification des fournisseurs, l'évaluation systématique des risques géopolitiques dans la chaîne d'approvisionnement technologique, et le développement de compétences internes critiques deviennent ainsi des composantes essentielles d'une stratégie de cybersécurité mature. En définitive, l'avenir de la cybersécurité réside dans l'équilibre subtil entre l'innovation technologique et la transformation des mentalités. Les organisations, pour demeurer pertinentes dans un environnement en perpétuelle mutation, doivent non seulement investir dans des outils de pointe, mais aussi repenser leur structure, intégrer les vestiges du passé sans s'y enliser, et adopter des méthodes collaboratives qui embrassent l'antifragilité comme moteur de résilience. Il ne s'agit pas ici de glorifier la technologie ou de fustiger le legacy, mais de reconnaître que la véritable avancée se trouve dans la capacité à se réinventer continuellement, en gardant toujours à l'esprit que la force d'une organisation réside autant dans son agilité que dans sa solidité. C'est cette approche mesurée et pragmatique qui, en définitive, permettra de transformer les défis d'un monde numérique incertain en opportunités de progrès durable, en cultivant une résilience qui dépasse la simple robustesse pour atteindre une véritable antifragilité organisationnelle. --- 📰 *Cet article a été publié dans Global Security Magazine #59 (Mai-Juillet 2025)* ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/GSMAG59_BAT_FRANCK_ROUXEL_page1.png) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/GSMAG59_BAT_FRANCK_ROUXEL_page2.png) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/GSMAG59_BAT_FRANCK_ROUXEL_page3.png) ### Les enfants de la Cyber #1 : NIS 2 URL: https://www.klaerenn.fr/les-enfants-de-la-cyber-01-nis2/ Last updated: 2026-02-03T13:07:36.000Z Premier épisode de *Les enfants de la Cyber*, le podcast cybersécurité co-animé avec Julien Merali. Dans cet episode, nous abordons **NIS 2**. ## Au programme Qui est concerné par NIS 2 ? Comment se préparer ? Quelles sanctions ? Une approche pragmatique, loin du jargon réglementaire. ### Cloud souverain : et si la France arrêtait de rater le virage ? URL: https://www.klaerenn.fr/cloud-souverain-et-si-la-france-arretait-de-rater-le-virage/ Last updated: 2026-01-24T01:12:24.000Z ### Depuis 2008, la France tente, sans succès, de faire émerger une alternative nationale et européenne dans le cloud. La relance annoncée en 2025 sera-t-elle différente ? Depuis plus de quinze ans, l'État français cherche à réduire sa dépendance technologique dans le domaine du cloud. Du projet Andromède (2011) à la doctrine "Cloud de confiance" (2021), en passant par les initiatives européennes comme Gaia-X, les tentatives se sont succédé, mais aucune n'a vraiment changé la donne. En avril 2025, le gouvernement relance un "cloud souverain à la française". Faut-il s'en réjouir ou craindre un énième rendez-vous manqué ? ### Un diagnostic lucide, mais une exécution défaillante La France a très tôt identifié le cloud comme un enjeu de souveraineté. Dès 2008, son Plan France Numérique évoque la nécessité de "répondre aux enjeux de souveraineté et de sécurité liés à l'émergence de ces technologies." Le Patriot Act (2001), puis le Cloud Act (2018), ont mis en lumière les risques juridiques liés à l'hébergement de données sensibles sur des infrastructures contrôlées par des entreprises américaines. Cette prise de conscience a donné lieu à une première initiative ambitieuse : le projet Andromède en 2011, soutenu par 135 millions d'euros d'investissements publics, aboutissant aux offres Cloudwatt (Orange/Thales) et Numergy (SFR/Bull). L'intuition était juste, mais l'exécution s'est révélée désastreuse. Dès 2015, ces projets sont abandonnés, n'ayant convaincu ni administrations ni entreprises. Le diagnostic d'échec est sans appel : architectures trop rigides, absence d'écosystème de services et d'applications, manque d'expérience utilisateur, et approche trop institutionnelle. Comme le constatait un observateur industriel en 2016 : "*On a cru qu'il suffisait de construire des data centers pour faire un cloud. Or, le cloud n'est pas une infrastructure, c'est un modèle économique et d'usage.*" À partir de 2018, l'État change de stratégie : il mise sur une doctrine d'usage, avec la circulaire "Cloud au centre", et sur une certification de sécurité avec le visa SecNumCloud délivré par l'ANSSI. Le constat est lucide : plutôt que de bâtir une infrastructure ex-nihilo, mieux vaut encadrer et sécuriser l'adoption du cloud. En 2021, nouvelle inflexion : faute d'acteurs 100% français compétitifs, le gouvernement accepte des alliances avec des hyperscalers américains. Ainsi naissent les offres Bleu (Orange + Capgemini + Microsoft Azure) et S3NS (Thales + Google Cloud). Pourtant, ces dispositifs, aussi pertinents soient-ils sur le papier, peinent à inverser la tendance. En 2025, entre 70 et 90% du cloud consommé en France reste d'origine américaine. Le marché français du cloud, estimé à plus de 25 milliards d'euros, demeure dominé à 80% par trois acteurs : Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud. L'observatoire de la souveraineté numérique, récemment créé, ne fait que confirmer cette dépendance structurelle. ### Quand la sécurité devient une barrière à l'adoption L'obsession sécuritaire de l'État français, incarnée par la certification SecNumCloud, a paradoxalement freiné l'émergence d'un cloud souverain compétitif. Ce label, pensé pour les besoins critiques de l'État, impose des exigences telles que seuls quelques grands acteurs peuvent y prétendre, au prix d'investissements considérables et d'une grande inertie. Cette approche a généré trois effets contre-productifs : 1. **Une offre élitiste et appauvrie** : en 2023, seules 7 offres étaient qualifiées SecNumCloud, essentiellement concentrées sur l'infrastructure (IaaS), avec peu ou pas de services managés comparables aux grands hyperscalers. Pour une startup ou une PME, ce catalogue apparaît dramatiquement limité face aux milliers de services disponibles chez AWS ou Azure. 2. **Un découplage entre sécurité et création de valeur** : la souveraineté est présentée comme un centre de coût (+30 à +70% sur certains services labellisés vs. cloud public standard), sans valorisation métier équivalente. Pour une entreprise, le discours "choisissez la sécurité" se traduit concrètement par "payez plus pour moins de services" – une équation économiquement intenable. 3. **Une vision régalienne déconnectée des usages** : pensée pour les administrations, cette approche ignore les besoins spécifiques des entreprises innovantes : time-to-market rapide, flexibilité, écosystème de développeurs, interopérabilité, etc. En somme, la France a mis la sécurité avant l'usage, transformant le cloud souverain en projet de conformité plutôt qu'en opportunité de transformation économique. C'est l'exact opposé de la méthode qui a fait le succès des hyperscalers: attirer d'abord les développeurs et les usages, puis renforcer progressivement la sécurité et la conformité. ### Des offres qui ne convainquent pas, une demande fragmentée Sur le marché français, les fournisseurs certifiés peinent à décoller. Leur offre reste centrée sur l'infrastructure, alors que la demande porte sur des services applicatifs (SaaS, IA, PaaS). Leur expérience développeur, leur catalogue de services et leur écosystème sont trop limités pour rivaliser avec les géants américains. En parallèle, l'adoption du cloud par les entreprises françaises reste paradoxalement faible. En 2020, seules 29% des entreprises utilisaient des services cloud, contre 54% en moyenne dans l'Union européenne, et plus de 70% dans les pays nordiques. En 2023, malgré une progression, la France reste en-dessous de 40% d'adoption. Ce retard est encore plus marqué chez les PME : à peine 5% sont certifiées ISO 27001, et la majorité reste mal préparée à la directive NIS2. Cette contradiction entre l'exigence de souveraineté et le retard d'adoption technologique crée un cercle vicieux : trop peu d'entreprises utilisent le cloud pour générer une demande massive de solutions souveraines, et les solutions souveraines sont trop limitées pour accélérer l'adoption du cloud. ### Le pari européen : entre espoir et désillusion Face à ces défis, la France a misé sur la coopération européenne. Le projet Gaia-X, lancé en 2019 avec l'Allemagne, visait à créer un écosystème cloud fédéré européen. L'ambition était noble : définir des règles d'interopérabilité et de confiance permettant aux acteurs européens de collaborer sur un pied d'égalité. Mais le projet s'est rapidement enlisé dans les contradictions. L'ouverture de Gaia-X aux acteurs non-européens (y compris les hyperscalers américains) a provoqué des tensions. En novembre 2021, Scaleway quittait l'initiative, dénonçant "l'étrange ouverture aux acteurs extra-européens pour un projet présenté comme le futur cloud souverain européen." Si Gaia-X a permis de sensibiliser aux enjeux de souveraineté numérique, il n'a pas encore produit d'alternatives concrètes et massivement adoptées. L'IPCEI Cloud-Edge, lancé en 2023 avec 5 milliards d'euros de financements, représente un nouvel espoir, mais sa concrétisation industrielle reste à démontrer. ### Repartir de l'usage, pas du dogme Relancer un cloud souverain en 2025 ne peut être une simple affaire de doctrine ou de communication. Pour réussir, cette nouvelle initiative doit rompre avec quinze ans d'approche technocratique et adopter une stratégie centrée sur quatre piliers : 1. **Penser plateforme, pas infrastructure** : le cloud souverain doit proposer un écosystème complet (compute, stockage, bases de données, IA, API, analytics) avec une expérience développeur de premier plan. Il doit être "opinionated" – c'est-à-dire avoir sa propre philosophie produit – tout en restant ouvert et interopérable. 2. **Activer la demande, pas seulement l'offre** : la commande publique doit jouer un rôle de locomotive, avec des appels d'offres massifs dans la santé, l'éducation, la défense et la recherche. Le couplage avec les exigences réglementaires (NIS2, RGPD, secteur financier) peut créer un effet d'entraînement sur le secteur privé. 3. **Investir là où la bataille n'est pas perdue** : plutôt que de tenter de rattraper AWS sur l'IaaS, mieux vaut se positionner sur les prochaines vagues : IA souveraine, edge computing, cloud quantique, ou plateformes sectorielles (santé, énergie, industrie 4.0). 4. **Gouverner autrement** : le pilotage doit sortir des silos administratifs et associer régulateurs (ANSSI, DINUM), industriels (grands groupes, PME, startups) et utilisateurs finaux. Il faut une instance agile, dotée d'un mandat clair et de moyens d'exécution rapides. ### La dernière chance de 2025 L'initiative annoncée par Clara Chappaz en avril 2025 peut-elle réussir là où les précédentes ont échoué ? Rien n'est moins sûr. Pour inverser la tendance, il faudra une rupture profonde dans la conception même du projet : penser en termes d'usage et d'adoption massive, pas uniquement de souveraineté défensive. Souveraineté ne signifie pas autarcie, mais contrôle et choix. Pour l'instant, nous avons échoué à créer une alternative qui donne envie aux entreprises et aux développeurs. Le défi n'est pas seulement technologique, il est culturel et économique. Ce qui est en jeu dépasse largement la question du cloud : c'est la capacité de la France et de l'Europe à exister dans l'économie numérique du XXIe siècle. Après quinze ans de rendez-vous manqués, l'opportunité de 2025 pourrait bien être la dernière. --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-04-16* ### Cybersécurité : et si l'État parlait enfin le langage du risque entrepreneurial ? URL: https://www.klaerenn.fr/cybersecurite-et-si-letat-parlait-enfin-le-langage-du-risque-entrepreneurial/ Last updated: 2026-01-24T00:12:04.000Z *Par Franck Rouxel, CISO observateur des tensions entre conformité et réalité économique* « Ça coûte dix fois moins cher de se protéger que de subir une attaque. » Cette formule, reprise par Vincent Strubel, directeur général de l'ANSSI, dans Les Échos, semble frappée au coin du bon sens. Pourtant, elle révèle surtout un décalage profond entre la doctrine de sécurité portée par l'État et la culture du risque qui structure l'économie réelle, particulièrement celle des PME et ETI. Ce qui est vrai dans le cadre étatique et des grandes organisations ne l'est pas nécessairement pour les entreprises à taille humaine. C'est précisément ce que j'ai découvert en passant du secteur public au monde des entreprises privées : deux univers qui parlent fondamentalement des langues différentes quand il s'agit d'appréhender le risque. ### NIS2 : des recettes du passé pour un monde en reconfiguration Le projet de loi "Résilience", qui transpose la directive européenne NIS2, vise à étendre les obligations de cybersécurité à plus de 15 000 nouvelles entités. L'intention est louable, mais l'approche reste ancrée dans une vision réglementaire déconnectée du nouveau contexte mondial. Nous sommes entrés dans ce que certains analystes comme Tariq Krim qualifient d'"ère de l'impensé" : tarifs douaniers massifs, escalade des tensions commerciales entre grandes puissances, reconfiguration des chaînes d'approvisionnement, volatilité des marchés... Le 2 avril 2025, des taxes de 34% ont été imposées sur les produits chinois par les États-Unis, avec une riposte symétrique annoncée par Pékin. Dans ce contexte, la stratégie numérique des entreprises est directement impactée par des facteurs géopolitiques qui dépassent largement la seule question de la sécurité. Pourtant, la réponse de l'État à ces changements systémiques consiste à déployer des mécanismes de conformité issus d'un monde stable et prévisible. C'est comme si nous tentions d'appliquer les règles du commerce maritime du XIXe siècle à l'économie numérique du XXIe. ### L'argument économique confronté à la réalité du terrain Présenter la cybersécurité comme un investissement « rentable » relève d'une vision administrative éloignée des réalités entrepreneuriales. Le rapport d'activité 2024 des CSIRT territoriaux le démontre : le coût moyen d'une cyberattaque pour une PME/ETI est de 150.000€, composé à 20% de coûts directs et à 80% de pertes d'exploitation. Mais ce calcul théorique ignore la réalité quotidienne de l'entrepreneur. Sur le terrain, la cybersécurité reste fondamentalement un centre de coût qui ne génère pas de revenus directs, comprime les marges et n'offre que rarement un avantage compétitif visible aux yeux des clients. Cette équation financière se complexifie davantage dans le nouveau contexte international : "La taxation des circuits et des pays permettant l'assemblage des produits va peser sur la rentabilité ou sur l'inflation tech sur les marchés domestiques." Ce phénomène touche également l'Europe et affecte directement les coûts d'infrastructure des solutions de sécurité, rendant l'investissement encore plus difficile à justifier pour une PME. ### Le chef d'entreprise : un gestionnaire rationnel du risque dans un monde instable C'est peut-être là que le regard institutionnel pèche par manque d'empathie et de mise à jour. L'entrepreneur n'a pas attendu la cybersécurité pour se familiariser avec la notion de risque. Il navigue quotidiennement entre risques commerciaux, financiers, humains et logistiques. Il hiérarchise constamment ces menaces selon ses ressources limitées et sa vision stratégique. Et contrairement au fonctionnaire, il assume personnellement les conséquences économiques de ses arbitrages. Dans ce nouvel environnement caractérisé par un "basculement stratégique complet", les dirigeants doivent désormais intégrer dans leurs décisions des variables qui n'existaient pas il y a encore quelques années : - La déstabilisation sans résultats tangibles à court terme - Les ruptures d'approvisionnement en composants critiques - L'émergence de nouvelles règles commerciales bilatérales - La volatilité économique comme nouvelle norme ### Le paradoxe d'une exigence sans moyens adaptés L'injonction devient paradoxale lorsque ces mêmes entreprises sont sommées d'investir massivement en cybersécurité tout en maintenant des ratios de performance financière irréprochables, notamment sous le regard vigilant des commissaires aux comptes et des banques. Les cas d'entreprises comme Octave, éditeur de solutions ERP placé en liquidation judiciaire en mars 2025 après une cyberattaque, illustrent la vulnérabilité structurelle des PME. Mais ils ne doivent pas devenir des épouvantails moralisateurs. Cette double contrainte crée une tension souvent insoluble : sécuriser ses systèmes sans dégrader sa rentabilité opérationnelle, dans un environnement économique où chaque euro compte et où les ressources sont limitées. Un constat s'impose pourtant : "même avec subventions et barrières tarifaires, les infrastructures, compétences et chaînes logistiques nécessaires à une relocalisation industrielle rapide ne sont pas là." Ce constat s'applique également à la cybersécurité : les compétences, outils et processus demandent du temps pour être intégrés efficacement dans les PME, mais l'État exige une transformation numérique sécurisée immédiate sans tenir compte de ces délais d'adaptation réels. ### Pour un soutien ancré dans la réalité entrepreneuriale Plutôt que de multiplier les obligations et sanctions issues d'une vision révolue, l'État gagnerait à déployer des mécanismes d'accompagnement tenant compte des reconfigurations mondiales en cours : - **Un crédit d'impôt cybersécurité** dédié aux PME/ETI, transformant une partie de l'investissement défensif en avantage fiscal concret et qui intègrerait également les surcoûts liés aux tensions sur les chaînes d'approvisionnement technologiques. - **Des plateformes de mutualisation économique** inspirées du modèle des CSIRT territoriaux, permettant aux entreprises d'un même territoire de partager les coûts des infrastructures et compétences de sécurité, créant des écosystèmes de résilience adaptés aux nouvelles réalités géopolitiques. - **Un fonds de garantie cyber** cofinancé par l'État et les assureurs, offrant un filet de sécurité financier modulable en fonction des impacts des tensions internationales sur les coûts de mise en conformité. Ces dispositifs incarneraient une approche où la résilience cyber devient un enjeu collectif, et non plus la seule responsabilité d'entrepreneurs isolés face à leurs arbitrages économiques quotidiens. ### Vers une doctrine adaptée au monde de "l'impensé" La cybersécurité ne progressera pas par l'application de modèles réglementaires conçus pour un monde qui n'existe plus. Elle s'ancrera dans le tissu économique par : - Une compréhension des vulnérabilités spécifiques des entreprises dans ce nouvel environnement de restructuration globale. - La capacité de l'État à moduler ses exigences selon non seulement la taille des structures, mais aussi leur exposition aux fluctuations des marchés mondiaux et des tensions géopolitiques. - Un cadre qui valorise l'adaptation et la résilience plutôt que la conformité à des standards statiques, reconnaissant que nous sommes entrés dans une ère d'incertitude structurelle. ### En conclusion : respecter la culture du risque entrepreneurial Le risque cyber s'inscrit dans une constellation de risques que l'entrepreneur doit gérer avec des ressources limitées. Il mérite d'être traité avec discernement, dans une approche proportionnée, et non sous la pression d'une injonction déconnectée des réalités économiques. L'État gagnerait à adopter le langage du risque partagé, à construire une posture de confiance, et à reconnaître que parfois, l'acte premier de résilience consiste à comprendre que chaque euro investi en cybersécurité est aussi un euro qui n'est plus disponible pour d'autres dimensions vitales de l'entreprise, en particulier dans une économie mondiale entrée dans ce que Tariq Krim a justement qualifié d'"ère de l'impensé". --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-04-10* ### NIS2 : Pourquoi 89% des PME françaises ne sont pas prêtes URL: https://www.klaerenn.fr/nis2-pourquoi-89-des-pme-francaises-ne-sont-pas-pretes/ Last updated: 2026-01-24T00:05:08.000Z **15 000 entreprises françaises bientôt concernées par NIS2\. Mais un problème massif se profile : 89% des PME n'ont pas les bases nécessaires pour s'y conformer.** La transposition de cette directive européenne révèle un paradoxe inquiétant entre l'ambition affichée et les capacités réelles du terrain. Voici pourquoi c'est problématique. ### 4 chiffres qui montrent l'ampleur du problème - **5,1 vs 28,4** : Certificats ISO 27001 pour 1000 entreprises en France contre pays nordiques - **174 jours** : Temps moyen de détection des incidents en France (contre 49 jours en Scandinavie) - **70 000€** : Coût moyen d'implémentation pour une PME de 50 salariés - **0,3%** : Proportion de PME françaises touchées par les programmes d'accompagnement actuels ### Ce qui bloque vraiment la résilience de nos entreprises ### Le mythe du rattrapage par la législation Un texte de loi, même parfait, ne peut à lui seul combler un retard opérationnel. Face à la complexité technique, la France privilégie souvent une réponse juridique, au détriment de la faisabilité terrain. ### L'insuffisance critique des dispositifs Les programmes existants ont accompagné seulement 1 200 PME depuis 2021\. Face aux 15 000 entités concernées par NIS2, l'écart est abyssal. Sans changement d'échelle, la conformité restera théorique. ### Un déficit de culture technique dans la gouvernance La gouvernance cyber en France reflète une préférence pour les profils administratifs plutôt que techniques. Résultat : des dispositifs souvent déconnectés des contraintes opérationnelles des entreprises. ### Transformer la conformité en résilience réelle La question n'est plus de savoir si la France va transposer NIS2 – elle le fera – mais si cette transposition produira des effets concrets sur notre résilience collective. Les organisations devront trouver des approches qui transforment les obligations réglementaires en capacités opérationnelles tangibles. Dans ce contexte, l'accompagnement par des experts comprenant à la fois les enjeux réglementaires et les réalités techniques devient crucial. Le véritable défi n'est pas la conformité documentaire, mais la construction d'une résilience effective. --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-03-29* ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/title-1450039506_resized_1980x1080_ratio_respected.jpg) ### La dette de sécurité applicative : quand le "Secure by Design" défie la conformité réglementaire URL: https://www.klaerenn.fr/la-dette-de-securite-applicative-quand-le-secure-by-design-defie-la-conformite-reglementaire/ Last updated: 2026-01-24T01:12:48.000Z Alors que la directive européenne NIS2 s'impose progressivement comme le nouveau standard réglementaire en matière de cybersécurité, un fossé préoccupant se creuse entre l'approche "conformité" qu'elle incarne et les principes du "Secure by Design" nécessaires pour traiter efficacement la dette de sécurité applicative. Ce paradoxe, mis en lumière par le récent rapport Veracode, soulève des questions fondamentales sur la pertinence d'une approche purement normative face aux défis techniques concrets. Les chiffres du dernier rapport State of Software Security de Veracode invitent à la réflexion. Le délai moyen de correction des failles de sécurité est passé de 171 à 252 jours au cours des cinq dernières années, tandis qu'environ 50% des organisations présentent une dette de sécurité qualifiée "à haut risque", avec des vulnérabilités non corrigées depuis plus d'un an. Si ces tendances soulèvent des questions légitimes, elles reflètent aussi la complexité croissante des environnements numériques modernes, comme le souligne Chris Wysopal, cofondateur de Veracode. L'augmentation du nombre d'applications et des lignes de code à gérer représente un défi technique majeur, mais pas insurmontable pour les organisations qui adoptent les bonnes pratiques. Face à cette réalité, la directive NIS2 propose une approche principalement axée sur la gestion des risques et la notification des incidents. Bien qu'elle introduise des avancées significatives en matière de gouvernance de la cybersécurité et de responsabilisation des dirigeants, elle n'aborde qu'indirectement la problématique fondamentale de la dette technique. Cette vision de la sécurité, nécessaire mais incomplète, pourrait être avantageusement complétée par les principes du "Secure by Design", qui prônent l'intégration de la sécurité dès les premières phases de conception des systèmes. Le risque existe que la conformité devienne une fin en soi, plutôt qu'un moyen d'améliorer véritablement la posture de sécurité. La dette de sécurité applicative requiert une approche radicalement différente. Elle exige d'embrasser pleinement les principes du "Secure by Design" - modularité, minimisation des dépendances, architecture défensive, mise à jour continue - pour créer des systèmes intrinsèquement plus résistants aux vulnérabilités. Cette démarche proactive s'oppose à l'approche réactive et documentaire privilégiée par NIS2\. Le risque est réel de voir des organisations consacrer l'essentiel de leurs ressources à maintenir une conformité de façade, au détriment d'investissements dans l'amélioration structurelle de leurs applications. L'étude de Black Duck citée dans le rapport Veracode illustre ce défi technique. Huit des dix principales vulnérabilités à haut risque identifiées concernent jQuery, une bibliothèque JavaScript omniprésente. La faille la plus fréquente (CVE-2020-11023), présente dans un tiers des bases de code analysées, affecte des versions obsolètes mais toujours largement utilisées. Face à cette situation, NIS2 apporte certainement un cadre structurant pour identifier et documenter ces risques, mais la résolution effective de ces vulnérabilités profondes nécessite une approche complémentaire, ancrée dans les principes du développement sécurisé. Cette situation met en lumière les limites d'une approche exclusivement réglementaire. Sans remettre en question la valeur de NIS2 pour établir un socle commun de sécurité, il faut reconnaître que la conformité peut parfois devenir un exercice qui mobilise des ressources importantes. Les organisations se retrouvent alors dans une situation délicate : comment équilibrer les efforts consacrés aux exigences réglementaires avec ceux nécessaires à la modernisation de leurs applications et à la réduction de leur dette technique? L'alternative à cette approche normative réside dans l'adoption généralisée des principes "Secure by Design". Cela implique d'intégrer la sécurité dès les premières phases de conception, d'adopter des pratiques de développement qui minimisent l'introduction de vulnérabilités, et de privilégier des architectures modulaires qui facilitent les mises à jour et les remplacements de composants. Cette approche proactive permet de réduire significativement l'accumulation de dette technique et d'améliorer la capacité des organisations à répondre rapidement aux nouvelles menaces. Les entreprises les plus performantes en matière de sécurité applicative sont celles qui ont réussi à intégrer ces principes dans leur culture technique. Elles corrigent les vulnérabilités cinq fois plus rapidement que la moyenne, selon le rapport Veracode, non pas parce qu'elles sont soumises à davantage de régulations, mais parce qu'elles ont adopté des pratiques de développement qui facilitent les corrections rapides et les déploiements continus. Cette vision complémentaire de la cybersécurité ne s'oppose pas au cadre réglementaire de NIS2, mais propose de l'enrichir avec une dimension plus technique et opérationnelle. La réglementation établit des objectifs et un cadre de responsabilité essentiels, tandis que l'approche "Secure by Design" fournit les moyens concrets pour atteindre ces objectifs de manière durable et efficiente. La véritable résilience numérique viendra d'une approche équilibrée, combinant un cadre réglementaire structurant avec une transformation profonde des pratiques de conception et de maintenance des systèmes informatiques. À cet égard, les autorités nationales chargées d'appliquer NIS2 ont un rôle crucial à jouer. En effet, la transposition de la directive dans les législations nationales offre une opportunité d'enrichir le texte européen avec des mesures d'accompagnement plus concrètes. Certaines autorités de contrôle développent déjà des programmes de sensibilisation et des outils pratiques qui vont au-delà de la simple vérification de conformité, favorisant l'adoption de bonnes pratiques techniques. Cette intelligence dans l'application du cadre réglementaire, combinée aux efforts des organisations pour intégrer les principes du "Secure by Design", constitue sans doute la voie la plus prometteuse pour répondre efficacement au défi de la dette de sécurité applicative. --- *Cet article s'appuie sur les données du rapport State of Software Security de Veracode et propose une analyse critique de l'approche réglementaire face aux enjeux contemporains de cybersécurité.* --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-03-13* ### Le grand paradoxe de la protection des données URL: https://www.klaerenn.fr/le-grand-paradoxe-de-la-protection-des-donnees/ Last updated: 2026-01-24T01:13:06.000Z Dans un monde numérique où nos données personnelles sont devenues une monnaie d'échange précieuse, un paradoxe frappant se dessine : d'un côté, une industrie des data brokers qui opère presque sans entraves, et de l'autre, des tentatives pour affaiblir les mesures de protection mises en place par certains géants technologiques. Cette situation pose question sur la cohérence des politiques de protection des données et sur l'équilibre entre intérêts économiques et droits fondamentaux. Le marché des données personnelles semble aujourd'hui échapper à tout contrôle efficace. Les data brokers, ces entreprises spécialisées dans la collecte, l'analyse et la revente de données personnelles, profitent d'un cadre réglementaire insuffisant. Leurs activités, souvent menées dans l'ombre, transforment nos informations les plus intimes en marchandises, sans que nous en soyons pleinement informés ou que nous ayons donné notre consentement explicite. Cette situation n'est pas nouvelle. Des spécialistes de la cybersécurité comme Bruce Schneier alertent depuis des années sur les dangers de cette industrie qui se développe dans les angles morts de la réglementation. La complexité des chaînes de traitement des données rend par ailleurs particulièrement difficile l'identification des responsabilités en cas de violation. Parallèlement, malgré l'existence du RGPD, considéré comme l'une des législations les plus protectrices au monde, les autorités de contrôle comme la CNIL peinent à endiguer le phénomène des fuites massives de données. L'année 2024 a ainsi vu une augmentation préoccupante des incidents de sécurité touchant les données personnelles des citoyens français. Ce constat met en lumière un décalage entre les ambitions affichées par le cadre juridique européen et la réalité opérationnelle. Les lourdeurs administratives, couplées à des sanctions insuffisamment dissuasives, limitent l'efficacité des mécanismes de protection. Plusieurs rapports institutionnels, notamment ceux de l'European Data Protection Board, appellent à un renforcement urgent des moyens de contrôle. Cette fragilité réglementaire se complique davantage lorsqu'on l'observe à travers le prisme des relations transatlantiques. Un cas emblématique est celui du cadre juridique des transferts de données entre l'Europe et les États-Unis, actuellement mis à l'épreuve par des bouleversements politiques majeurs outre-Atlantique. La remise en question d'organes de contrôle indépendants comme le Privacy and Civil Liberties Oversight Board (PCLOB) ou le Data Protection Review Court (DPRC) illustre parfaitement la vulnérabilité de notre écosystème numérique. Des accords internationaux considérés comme stables peuvent, en quelques semaines seulement, être fragilisés par des changements d'orientation politique. Cette instabilité crée une incertitude juridique préoccupante pour les entreprises européennes et accentue le sentiment d'un cadre réglementaire construit sur des sables mouvants. La confrontation des approches européenne et américaine en matière de protection des données ne fait qu'ajouter une couche supplémentaire de complexité à un paysage déjà fragmenté. Dans ce contexte troublant, l'approche d'Apple apparaît comme une exception notable. L'entreprise a développé des outils techniques robustes pour limiter le tracking inter-applications, renforçant ainsi la protection de la vie privée de ses utilisateurs. Mais cette démarche se heurte aujourd'hui à une résistance significative : l'industrie publicitaire française ferait pression pour qu'Apple assouplisse ces mesures de protection. Ce paradoxe est saisissant : alors que les autorités semblent impuissantes face aux abus des data brokers et que les accords internationaux vacillent, on demande à une entreprise qui a choisi de protéger les données de ses utilisateurs de revenir en arrière pour satisfaire des intérêts économiques. Cette situation met en évidence une tension fondamentale entre deux visions de la régulation numérique. D'un côté, la défense des droits individuels et de la vie privée, incarnée par les mesures anti-tracking d'Apple et les ambitions du RGPD européen, qui placent l'utilisateur au centre des préoccupations. De l'autre, les exigences économiques des annonceurs et les fluctuations politiques internationales qui fragilisent les garde-fous établis avec tant d'efforts. Entre ces forces contradictoires, le législateur semble hésiter, créant un vide qui profite avant tout aux acteurs les moins scrupuleux du marché des données. Face à cette impasse, une évolution de notre approche de la régulation numérique pourrait s'avérer bénéfique. Plusieurs pistes de réflexion méritent d'être explorées pour accompagner cette transformation. On pourrait envisager, par exemple, un renforcement progressif des capacités des autorités de contrôle : la CNIL et ses homologues européens gagneraient sans doute à disposer de moyens humains, techniques et financiers plus adaptés pour mieux enquêter et répondre aux abus constatés. Par ailleurs, face aux incertitudes des accords transatlantiques, il serait peut-être judicieux pour l'Europe d'envisager une certaine autonomie stratégique en matière de gouvernance des données, qui contribuerait à établir un cadre plus stable malgré les fluctuations politiques internationales. Quant au modèle économique de la publicité en ligne, une réflexion approfondie permettrait probablement de trouver un équilibre plus satisfaisant entre efficacité commerciale et respect de la vie privée, plutôt que d'affaiblir les mécanismes de protection existants. Le numérique se trouve aujourd'hui à un carrefour d'orientations possibles. L'approche actuelle, caractérisée par ses contradictions entre tolérance excessive et restrictions ciblées, par la fragilité des accords internationaux et les pressions économiques divergentes, semble difficilement soutenable dans la durée. Une régulation plus équilibrée et cohérente pourrait contribuer à réconcilier innovation technologique, dynamisme économique et protection des droits fondamentaux. Comme le suggèrent plusieurs experts et rapports institutionnels, cette évolution paraît souhaitable pour favoriser l'émergence d'un écosystème numérique inspirant davantage confiance aux utilisateurs. La France et l'Europe font face à un défi considérable : celui de saisir pleinement les enjeux de cette transformation et de parvenir à un consensus sur un modèle adapté aux réalités contemporaines. Rien ne garantit cependant que cette prise de conscience s'opère à temps ni que les solutions proposées répondent adéquatement aux défis posés par un paysage numérique en constante mutation. --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-03-05* ### L'Europe face aux portes dérobées : un enjeu de résilience dans un monde incertain URL: https://www.klaerenn.fr/leurope-face-aux-portes-derobees-un-enjeu-de-resilience-dans-un-monde-incertain/ Last updated: 2026-01-19T13:38:52.000Z *Dans une ère où l'incertitude géopolitique s'impose comme nouvelle normalité, la question des portes dérobées numériques devient un révélateur des choix stratégiques de l'Europe pour les décennies à venir.* ### La grande fracture numérique mondiale Le monde numérique dessine aujourd'hui une nouvelle géographie des puissances, où la maîtrise des données et des infrastructures de communication façonne les rapports de force internationaux. Dans ce paysage en recomposition permanente, l'hégémonie américaine se voit contestée par l'ascension fulgurante de la Chine, tandis que l'Europe cherche à définir sa propre trajectoire. En toile de fond de cette rivalité systémique se joue une bataille fondamentale autour de la confidentialité des communications et du chiffrement. Faut-il, comme le proposent certains en France, imposer des "portes dérobées officielles" dans les messageries sécurisées, au risque d'affaiblir l'ensemble de l'architecture numérique européenne? ### L'incertitude comme nouvelle constante Le dérèglement géopolitique actuel, marqué par le retour de Donald Trump au pouvoir et l'affirmation croissante des régimes autoritaires, génère un environnement d'incertitude stratégique sans précédent. Cette instabilité chronique exige de repenser fondamentalement notre approche de la sécurité numérique. Dans un monde où les alliances d'hier peuvent se fracasser sur les écueils des intérêts nationaux de demain, la vulnérabilité intentionnelle de nos systèmes de communication constituerait une imprudence majeure. La question n'est plus tant *si* des backdoors seraient exploitées par des acteurs hostiles, mais *quand* elles le seraient. ### Le paradoxe américain : dérégulation et surveillance L'administration Trump 2.0 incarne un double mouvement contradictoire : d'un côté, elle poursuit la dérégulation massive du secteur technologique, renforçant l'emprise des géants numériques sur la société américaine. De l'autre, elle maintient et développe l'arsenal de surveillance hérité du Patriot Act, créant une forme de capitalisme de surveillance à double détente, où citoyens et entreprises sont exposés tant à l'État qu'aux appétits commerciaux des plateformes. La démarche d'Elon Musk avec X (ex-Twitter) illustre ce glissement inquiétant, où pouvoir économique, contrôle informationnel et proximité politique se fondent en une nouvelle forme d'influence qui échappe aux contrepoids traditionnels. ### Le modèle chinois : l'intégration totale Face à ce modèle, la Chine a développé une approche radicalement différente mais tout aussi préoccupante. L'État-Parti y a construit un écosystème numérique hermétique où chaque communication est potentiellement accessible au pouvoir. Le "Great Firewall" et la constellation d'applications nationales comme WeChat constituent les piliers d'une surveillance systémique où la notion même de vie privée numérique s'efface devant les impératifs du contrôle social. Cette architecture de surveillance intégrée s'exporte désormais à travers les "Nouvelles Routes de la Soie numériques", proposant aux régimes autoritaires du Sud global un modèle clé en main de contrôle de leur population. ### L'Europe à la croisée des chemins Dans ce monde polarisé entre deux visions également problématiques, l'Europe se trouve à un carrefour historique. Le choix qu'elle fera en matière de chiffrement et de portes dérobées ne relève pas simplement de l'ajustement technique, mais engage sa conception même de la démocratie et de la société numérique qu'elle souhaite construire. ### La résilience comme impératif stratégique Face à l'incertitude croissante des relations internationales, la résilience s'impose comme l'impératif catégorique de notre temps. Pour l'Europe, elle implique de construire des infrastructures numériques robustes, capables de résister aux chocs externes et de protéger efficacement ses citoyens, ses entreprises et ses institutions contre des menaces multiformes et évolutives. Un chiffrement fort, loin d'être un obstacle à la sécurité collective, en constitue la pierre angulaire. Dans un monde où les alliés d'aujourd'hui peuvent devenir les adversaires de demain, où les technologies de surveillance s'internationalisent à grande vitesse, seule une architecture numérique inviolable peut garantir la pérennité de notre souveraineté. Les portes dérobées, par définition, introduisent une fragilité systémique dans cette architecture. Elles créent des points de vulnérabilité que nul ne peut garantir de maintenir sous contrôle exclusif dans la durée, quelles que soient les précautions prises. L'histoire de la cryptographie regorge d'exemples où des systèmes supposément inviolables ont été compromis, parfois des décennies après leur conception. ### La résilience par la diversité et l'excellence technologique Pour être à la hauteur des enjeux sécuritaires sans sacrifier les libertés fondamentales, l'Europe doit privilégier une approche multidimensionnelle: - **L'inviolabilité du chiffrement comme doctrine** \- Sanctuariser le principe du chiffrement de bout en bout comme élément non négociable de l'infrastructure numérique européenne. - **L'excellence ciblée plutôt que la surveillance de masse** \- Développer des capacités d'investigation de pointe permettant de cibler précisément les activités criminelles sans compromettre la sécurité générale des systèmes. - **L'autonomie technologique comme garantie** \- Investir massivement dans un écosystème européen de cybersécurité pour réduire notre dépendance aux solutions étrangères potentiellement compromises. - **La coopération judiciaire renforcée** \- Approfondir les mécanismes de collaboration entre autorités européennes pour traquer efficacement les activités criminelles transfrontalières. ### Le prix de l'unité européenne La tentation des portes dérobées nationales, comme celle que la France pourrait adopter avec la loi "narcotrafic" de 2025, menace directement l'unité numérique européenne. Cette fragmentation aurait des conséquences dévastatrices à plusieurs niveaux: ### L'Europe divisée, proie facile Une Europe fragmentée en matière de chiffrement deviendrait mécaniquement vulnérable aux influences extérieures. Chaque législation nationale imposant des backdoors créerait autant de points d'entrée potentiels pour des puissances étrangères. L'histoire nous enseigne que les failles de sécurité ne restent jamais longtemps l'apanage de ceux qui les ont créées. Dans l'écosystème hyperconnecté d'aujourd'hui, une vulnérabilité dans le système français pourrait rapidement compromettre des infrastructures allemandes, italiennes ou polonaises. ### La compétitivité sacrifiée Sur le plan économique, un patchwork réglementaire en matière de chiffrement mettrait gravement en péril la compétitivité des entreprises européennes. Comment développer des services paneuropéens viables si chaque État membre impose des exigences contradictoires en matière de sécurité? La confiance numérique, déjà fragile, serait définitivement compromise si les utilisateurs apprenaient que leurs communications sont structurellement vulnérables par décision législative. ### Une troisième voie pour un monde incertain Pour naviguer dans les eaux troubles de la géopolitique numérique contemporaine, l'Europe doit tracer sa propre route, distincte à la fois du modèle de surveillance commerciale américain et du contrôle étatique chinois. ### Vers une souveraineté numérique responsable Cette troisième voie européenne reposerait sur trois piliers fondamentaux: - **La protection intransigeante du chiffrement** \- Ériger au niveau européen une protection juridique du chiffrement fort, considéré comme extension du droit fondamental à la vie privée et composante essentielle de notre résilience collective. - **L'investissement dans l'intelligence d'enquête** \- Doter les autorités européennes de moyens techniques et humains d'investigation ciblée sans compromettre l'architecture sécuritaire globale. - **Le leadership normatif international** \- Promouvoir activement nos standards de protection des données comme alternative crédible aux modèles américain et chinois, en s'appuyant sur la force du marché unique. ### Conclusion: résilience et valeurs dans un monde instable Dans un environnement international marqué par l'incertitude et l'instabilité croissantes, l'affaiblissement volontaire de nos défenses numériques par des portes dérobées constituerait une erreur stratégique majeure. La véritable force de l'Europe réside précisément dans sa capacité à concilier sécurité et liberté, non à les opposer. En préservant un espace numérique sécurisé par un chiffrement inviolable, tout en développant des capacités d'investigation sophistiquées et ciblées, l'Europe peut forger un modèle de résilience numérique à la hauteur des défis de notre temps. Face aux tentations court-termistes de surveillance généralisée, l'Europe doit avoir le courage de défendre une vision de long terme, où la protection des infrastructures et des libertés numériques constitue non pas un obstacle, mais le fondement même d'une sécurité durable dans un monde incertain. L'histoire jugera sévèrement ceux qui, par facilité ou précipitation, auront volontairement fragilisé notre architecture numérique commune. À l'inverse, elle reconnaîtra la clairvoyance de ceux qui auront su préserver les fondements technologiques et éthiques d'une société numérique résiliente, capable de traverser les tempêtes géopolitiques tout en restant fidèle à ses valeurs fondamentales. --- *Initialement publié sur LinkedIn le 2025-03-01* ### Gestion de l'identité en 2025 URL: https://www.klaerenn.fr/gestion-de-lidentite-en-2025/ Last updated: 2026-01-22T19:06:22.000Z *Franck Rouxel, expert en cybersécurité, cumule plus de 25 ans d'expérience dans le numérique. Ancien officier de l'armée de l'air, il a occupé des postes stratégiques de RSSI et de conseiller en sécurité. Son expertise dans la protection des systèmes critiques et sa vision holistique de la sécurité l'amènent aujourd'hui à explorer les dimensions organisationnelles et culturelles de la transformation numérique, essentielles à la résilience des entreprises.* ### Dans l'univers numérique contemporain, l'identité s'impose comme la clé de voûte de toute organisation moderne. Cette dimension, autrefois cantonnée à la simple gestion des accès, irrigue désormais l'ensemble des processus d'entreprise, transcendant le cadre traditionnel de la sécurité informatique. Face à l'accélération technologique et à la multiplication des menaces, les organisations doivent déployer des stratégies toujours plus sophistiquées pour protéger ce patrimoine immatériel. Cette évolution transforme profondément le rôle du CISO (Chief Information Security Officer), et ce dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. Les cyberconflits qui accompagnent désormais systématiquement les crises internationales nous font entrer de plain-pied dans ce que l'on pourrait appeler "le numérique de l'incertitude". Les tensions entre grandes puissances, la multiplication des acteurs malveillants étatiques et la militarisation croissante du cyberespace créent un environnement où la protection des identités numériques devient un enjeu de souveraineté. Dans ce contexte volatile, le CISO évolue vers un rôle d'acteur de l'antifragilité organisationnelle. Cette métamorphose ne répond plus seulement à des impératifs technologiques, mais aussi à une nécessité stratégique face à des menaces hybrides, où les frontières entre cybercriminalité classique et opérations d'État deviennent de plus en plus floues. Au cœur de cette transformation, les solutions d'Identity and Access Management (IAM) et de Privileged Access Management (PAM) orchestrent une symphonie complexe d'interactions numériques. Ces outils, devenus indispensables, dépassent la simple gestion des authentifications pour embrasser l'ensemble du cycle de vie des identités numériques. Le Single Sign-On facilite l'expérience utilisateur tout en renforçant la sécurité, illustrant parfaitement l'alliance possible entre confort d'utilisation et protection des données. La mise en œuvre de ces solutions s'inscrit dans une réflexion stratégique globale, où la gouvernance des identités devient un enjeu majeur. L'acteur de l'antifragilité endosse alors un rôle de stratège et de facilitateur, créant des ponts entre les différentes composantes de l'organisation. Son expertise technique s'enrichit d'une vision business affûtée, permettant d'aligner les impératifs de sécurité avec les objectifs de croissance de l'entreprise. Le cadre réglementaire, loin d'être une contrainte, devient un catalyseur d'innovation. RGPD, ISO 27001, directives REC, NIS2 : ces normes constituent autant d'opportunités pour repenser la gestion des identités numériques. En transformant ces exigences en avantages compétitifs, l'acteur de l'antifragilité renforce la confiance des parties prenantes et ouvre de nouvelles perspectives de développement. ### L'émergence de technologies disruptives enrichit continuellement la palette des possibles. Identité décentralisée, biométrie avancée, intelligence artificielle : ces innovations redessinent les contours de la gestion identitaire. L'enjeu consiste désormais à intégrer ces avancées tout en préservant l'équilibre délicat entre innovation et sécurité, entre agilité et contrôle. La multiplication des objets connectés complexifie encore davantage cette équation. Chaque nouveau dispositif IoT représente une identité supplémentaire à gérer, élargissant la surface d'attaque potentielle. Face à cette complexité croissante, l'approche antifragile révèle toute sa pertinence. Plutôt que de subir cette complexification, l'organisation apprend à en tirer parti, développant des mécanismes d'adaptation toujours plus sophistiqués. Les cybermenaces évoluent également, gagnant en sophistication et en intensité géopolitique. Intelligence artificielle malveillante, deepfakes, attaques ciblées : l'arsenal des attaquants s'enrichit constamment, souvent alimenté par des moyens étatiques. Les récentes crises internationales ont démontré que les identités numériques constituent désormais des cibles privilégiées dans les stratégies de déstabilisation. Cette nouvelle donne exige une redéfinition permanente des stratégies de défense, où la protection des identités numériques joue un rôle central dans la préservation de la souveraineté numérique des organisations. Le "numérique de l'incertitude" se caractérise par une imprévisibilité croissante des menaces et des ruptures technologiques. Les tensions géopolitiques peuvent désormais affecter en quelques heures la disponibilité de services cloud critiques, la fiabilité des chaînes d'approvisionnement technologiques, ou encore l'intégrité des infrastructures numériques. Dans ce contexte, la gestion des identités doit intégrer des scénarios de crise jusqu'alors considérés comme improbables : rupture d'accès aux services d'authentification internationaux, compromission massive de certificats numériques, ou encore blackout des infrastructures de confiance. La réussite de cette transformation repose largement sur l'évolution de la culture d'entreprise. La sensibilisation et la formation continues des collaborateurs deviennent cruciales, transformant chaque membre de l'organisation en acteur conscient de la sécurité numérique. Cette acculturation collective constitue le terreau fertile où peut s'épanouir une véritable culture de l'antifragilité. ### L'agilité organisationnelle émerge comme une compétence clé dans ce nouveau paradigme. La capacité à adapter rapidement les processus, à faire évoluer les structures et à capitaliser sur les retours d'expérience devient déterminante. En cultivant un écosystème ouvert et collaboratif, l'organisation enrichit sa pratique et contribue à l'amélioration collective des standards de sécurité. Cette approche holistique de la gestion des identités numériques ouvre de nouvelles perspectives. Entre promesses technologiques et défis éthiques, les organisations doivent tracer leur voie avec discernement. L'intégration de l'antifragilité dans leur gouvernance transforme ces défis en leviers de croissance, permettant d'envisager l'avenir avec confiance. À l'image des systèmes biologiques qui se renforcent face aux stress environnementaux, les entreprises qui sauront cultiver leur antifragilité tout en maintenant une gestion rigoureuse de leurs identités numériques seront les mieux armées pour prospérer dans ce "numérique de l'incertitude". Cette évolution marque l'émergence d'un nouveau paradigme, où la protection des identités numériques devient non seulement un enjeu de sécurité, mais aussi de souveraineté et de résilience face aux turbulences géopolitiques. L'urgence de cette transformation n'a jamais été aussi criante. Les crises récentes nous rappellent que le monde numérique, loin d'être un espace virtuel déconnecté des réalités géopolitiques, en est devenu le miroir et parfois même le champ de bataille principal. Dans ce contexte, la maîtrise des identités numériques s'impose comme une compétence stratégique, garante de la pérennité et de l'autonomie des organisations dans un monde où l'incertitude est devenue la seule constante. --- 📰 *Cet article a été publié dans Global Security Magazine #58 (1er trimestre 2025)* ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/GS_Mag_1er_T2025_Franck_Rouxel_page1.png) ![](https://storage.ghost.io/c/2e/3d/2e3d92e5-7b15-4c7a-818b-d2b794f24466/content/images/2026/01/GS_Mag_1er_T2025_Franck_Rouxel_page2.png)